Mar 22

DES « LACUNES » AU CEA DE CADARACHE, L’ASN MET EN GARDE !

Des graves dérives dans l’organisation du travail « relation sous-traitant / exploitant ». Il faudrait peut-être faire une reconstitution de cet incident avec nos collègues sur place qui, eux, savent exactement qui est responsable ! Quand l’appât du gain pour les entreprises extérieures prend le dessus sur la sûreté et sécurité…il y a un souci non ? La falsification de rapport d’activité erroné deviendrait la règle du marché ?

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a mis en demeure, mardi, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) d’être plus rigoureux pour l’exploitation de l’une des unités de son centre de Cadarache, à la suite d’un incident survenu en 2017.

L’annonce fait suite à la chute en octobre 2017 d’un colis de déchets radioactifs de 500 litres, d’une hauteur d’environ 5 mètres, dans un puits d’entreposage de la station de traitement des déchets du centre de Cadarache (Bouches-du-Rhône).L’incident n’a eu en soi « aucune conséquence sur la sécurité des personnes et sur l’environnement. En particulier, les balises de mesure de la radioactivité de l’installation et les contrôles effectués sur le colis n’ont révélé aucun signe de rupture du confinement des matières radioactives du colis », relève l’ASN. Toutefois, le gendarme du nucléaire observe que le problème a été détecté tardivement – en juillet 2018 – avant de lui être signalé par le CEA.

« Lacunes importantes »

En menant une inspection dans la foulée, l’ASN « a constaté des lacunes importantes en matière de rigueur d’exploitation et de culture de sûreté dans cette installation ». Cet « événement significatif » a été classé « au niveau 1 de l’échelle INES », c’est-à-dire qualifié d’« anomalie » (1). Dans une décision dévoilée mardi, l’ASN met en demeure le CEA « de se conformer […] aux exigences réglementaires qui touchent à l’analyse du retour d’expérience, au classement de sûreté d’un équipement et aux contrôles techniques des activités ».

« Nous allons prendre les mesures qui s’imposent pour satisfaire la demande de l’ASN », a réagi un porte-parole du CEA de Cadarache.

Cinq mille employés

Cadarache est un gros centre de recherche du CEA, qui emploie cinq mille personnes, avec des réacteurs de recherche, des laboratoires et des installations pour la gestion des matières et des déchets nucléaires.

Seule l’une de ses unités est visée par la décision de l’ASN annoncée mardi: il s’agit de l’installation nucléaire de base (INB) dite 37-A, une station de traitement et de conditionnement de déchets solides. Le centre de Cadarache compte une vingtaine d’INB au total.

  1. Cette échelle, graduée de 0 à 7, a été créée après la catastrophe de Tchernobyl (Ukraine) en 1986. Elle permet « d’aider la population et les médias à comprendre immédiatement la gravité d’un incident ou d’un accident dans le domaine nucléaire » selon l’Institut de la radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ainsi, de 0 à 3, on parle d’« incident » ; de 4 à 7, on emploie le terme d’« accident ».

Par mazonecontrolee, le 21 mars 2019 

http://www.ma-zone-controlee.com/des-lacunes-au-cea-de-cadarache-lasn-met-en-garde/

Mar 22

L’ENVOYÉ NUCLÉAIRE SUD-CORÉEN RENCONTRE LA CHEF DE LA DIPLOMATIE DE L’UE À PROPOS DE LA CORÉE DU NORD

SÉOUL, 22 mars (Yonhap) — Le négociateur en chef de la Corée du Sud sur le nucléaire, Lee Do-hoon, a rencontré la haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, afin de discuter des moyens de parvenir à la dénucléarisation de la Corée du Nord, a annoncé jeudi le ministère des Affaires étrangères à Séoul.

Lee, représentant spécial pour les affaires de paix et de sécurité dans la péninsule coréenne, s’est entretenu mercredi avec Mogherini au siège de l’UE à Bruxelles.

«Les deux parties ont reconnu la nécessité pour la communauté internationale de maintenir la dynamique de dialogue après le deuxième sommet entre les États-Unis et la Corée du Nord et s’efforcent de réaliser de réels progrès en faveur de la dénucléarisation de la Corée du Nord», a annoncé le ministère dans une déclaration.

«Ils sont également convenus de rechercher une coordination étroite avec la communauté internationale, y compris les États-Unis», a indiqué le communiqué.

Lee a également tenu un briefing à huis clos sur la situation actuelle dans la péninsule coréenne ainsi que sur la politique du gouvernement nord-coréen avec le comité politique et de sécurité de l’UE.

L’émissaire nucléaire a souligné la nécessité pour Washington et Pyongyang de reprendre leur dialogue le plus tôt possible après la rupture du sommet entre leurs dirigeants à Hanoï le mois dernier.

Il a appelé l’UE à jouer un rôle constructif dans la réalisation de la dénucléarisation complète de la péninsule et l’établissement d’une paix permanente.

Son voyage s’est déroulé dans un contexte de préoccupations croissantes quant à l’avenir du fragile processus de dénucléarisation et de consolidation de la paix, alors que le sommet États-Unis-Corée du Nord s’est achevé sans aucun accord en février.

Lee a aussi rencontré jeudi Helga Schmid, secrétaire générale du Service européen pour l’action extérieure, afin de discuter de la question nord-coréenne.

lp@yna.co.kr

Publié le 22.03.2019 à 09h55

https://fr.yna.co.kr/view/AFR20190322000800884?section=news

Mar 22

LAURENT WAUQUIEZ VEUT UN EPR DANS LE TRICASTIN

Pour le président LR de la région Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, la filière nucléaire est « un fleuron français qu’il ne faut pas lâcher ». C’est ce qu’il a rapporté au conseiller régional Mounir Aarab, qui le représentait durant les rencontres de l’alternance des métiers du nucléaire qui se tenaient mercredi 20 mars à Pierrelatte. Ce dernier a déclaré soutenir l’implantation d’un EPR (réacteur pressurisé européen) sur le site de l’actuelle centrale nucléaire EDF du Tricastin.

« Anticiper la fermeture »

« J’ai demandé à Laurent Wauquiez de pousser dans ce sens », souligne Mounir Aarab. Une lettre de la Région a donc été envoyée au gouvernement afin d’appuyer la candidature du site. Parmi les raisons évoquées, l’emplacement géographique stratégique du site du Tricastin, mais également son importance : c’est le site nucléaire le plus étendu de France. La centrale EDF est également l’une des plus anciennes du parc. « Nous devons anticiper la fermeture du site en construisant un EPR avant », martèle le conseiller régional.

Laurent Wauquiez espère pouvoir implanter plusieurs réacteurs nucléaires de troisième génération (les fameux EPR) dans la région. Mounir Aarab se positionne « pour que le site nucléaire du Tricastin soit le prochain à bénéficier d’un EPR. La filière nucléaire est une filière d’avenir, que Laurent Wauquiez soutient des deux pieds et des deux mains. »

Par S.V. | Publié le 22/03/2019 à 06h03

https://www.ledauphine.com/drome/2019/03/22/laurent-wauquiez-veut-un-epr-dans-le-tricastin

Mar 21

LE DÉPLOIEMENT DES BOMBARDIERS B-52 EN EUROPE EST «UN MESSAGE FORT» À LA RUSSIE, SELON CNN

Ayant récemment déployé six bombardiers stratégiques B-52H en Europe pour des exercices d’«intégration théâtrale et d’entraînements aériens» avec des alliés régionaux et l’Otan, les États-Unis envoient «un message fort à la Russie» à l’occasion du 5e anniversaire de l’«annexion» de la Crimée, selon CNN.

Le déploiement récent de six bombardiers stratégiques B-52H Stratofortress en Europe est un signe important adressé à la Russie, informe la chaîne de télévision américaine CNN.

Ainsi, selon la chaîne, les bombardiers américains en Europe ont été déployés pour des exercices «d’intégration théâtrale et d’entraînements aériens» avec des alliés régionaux et des partenaires de l’Otan. Ce pas de la partie américaine est considéré comme un «message fort à la Russie qui célèbre le cinquième anniversaire de l’annexion militaire de la Crimée», toujours selon ce média.

Comme le souligne d’ailleurs la chaîne de télévision américaine, l’Otan entreprend ces mesures à cause du «renforcement de la présence militaire» de Moscou en Crimée. Le Conseil de la sécurité nationale des États-Unis a annoncé le 18 mars que l’«annexion» de la péninsule par Moscou continuait de représenter une menace à leurs alliés régionaux, rappelle la chaîne américaine.

Auparavant, il a été signalé que deux bombardiers stratégiques américains B-52H Stratofortress, capables de porter des missiles de croisière et des bombes nucléaires, sont arrivés sur la base de la Royal Air Force (RAF) située dans le Gloucestershire, en Angleterre.

En outre, le 15 mars, un bombardier stratégique américain B-52H Stratofortress a effectué un vol le long de la frontière nord-ouest de la Russie, dans la région de la mer Baltique, d’après le ministère russe de la Défense. Il s’est approché de la frontière à 150 kilomètres tout au plus.

Le même jour, un avion de reconnaissance stratégique de l’US Air Force RC-135V, qui avait décollé depuis RAF Mildenhall, en Angleterre, a été repéré aux abords de la région de Kaliningrad, où il avait effectué un vol de plusieurs heures. L’avion de reconnaissance suédois Gulfstream 4 a également fait vendredi un vol au-dessus de la mer Baltique.

La Crimée, rattachée à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev en 1954, à l’époque de l’URSS, a réintégré la Russie à la suite d’un référendum organisé en mars 2014. 96,77% des habitants de la péninsule ont voté pour le rattachement. L’Ukraine ne reconnaît pas les résultats du plébiscite et continue à considérer ce territoire comme le sien.

Publié le 21 mars 2019 à 8h41

https://fr.sputniknews.com/international/201903211040434653-bombardiers-b52-europe-etats-unis-message/

Mar 21

L’INTERCEPTION D’UN BOMBARDIER US B-52 PAR DEUX SU-27 A LA FRONTIÈRE RUSSE EN VIDÉO

Le ministère de la Défense russe a diffusé la vidéo de l’escorte d’un bombardier stratégique américain B-5 à la frontière par deux avions de chasse russes. Les images prises depuis l’un d’eux permettent de discerner les détails du bombardier américain capable de porter des bombes nucléaires.

Une vidéo de l’accompagnement du bombardier stratégique américain B-52 Stratofortress par deux avions de chasse russe SU-27 a été mise en ligne par le ministère de la Défense russe ce jeudi 21 mars.

L’appareil a été repéré au-dessus des eaux de la mer Baltique, à une distance importante de la frontière russe, le 20 mars. «Deux avions de chasse SU-27 des forces du service de la défense aérienne ont été mobilisés afin d’identifier et d’accompagner le bombardier», ont déclaré les militaires.

Les deux aéronefs russes, qui ont décollé de l’aérodrome à Kaliningrad, se sont approchés du bombardier en détectant son origine, son numéro d’immatriculation et d’autres détails.

Des photos ont été prises à bord. Il est possible de distinguer un conteneur pour la nacelle de désignation laser AN/AAQ-33 Sniper Advanced Targeting Pod (ATP) censée receler des armes de précision, installé sous l’aile droite du bombardier. L’avion était chargé de plusieurs bombes.

Dès que le bombardier a effectué un demi-tour vers l’ouest, les SU-27 sont retournés à leur aérodrome d’origine.

Le 15 mars dernier, un autre bombardier stratégique américain s’est approché de la frontière russe, à une distance de 150 km. L’avion s’est trouvé pendant quelques minutes dans la zone de l’action des DCA russe, après quoi il s’est dirigé vers une base aérienne située sur le sol britannique.

Ces derniers temps, des avions espions étrangers, et notamment américains, sont de plus en plus souvent aperçus autour des frontières russes. Au cours de l’année 2018, les militaires russes ont enregistré et escorté 980.000 aéronefs, dont 3.000 avions de combat étrangers ainsi que des avions espions.

Publié le 21.03.2019 à 15h52

https://fr.sputniknews.com/international/201903211040440567-escorte-bombardier-us-avion-russie-frontiere-video/

Mar 21

28 MARS 1979, L’ACCIDENT NUCLÉAIRE DE LA CENTRALE DE THREE MILES ISLAND

Le 28 mars 1979, un accident nucléaire se produisait à la centrale nucléaire de Three Miles Island aux États-Unis. Cet accident a été classé au niveau 5 de l’échelle internationale des événements nucléaires. Retour sur les faits.

Three Miles Island est une centrale nucléaire située sur une petite île de la rivière Susquehanna, près de Harrisburg, dans l’État de Pennsylvanie aux États-Unis. Ce 28 mars, une série d’événements incontrôlables provoque un accident nucléaire grave qui aboutit à la fonte d’une partie du cœur du réacteur n° 2 de la centrale (TMI-2). Accident qui va provoquer une fuite radioactive dans l’atmosphère. Le lendemain de l’accident, Jean-Pierre Pernaud décrit les circonstances du drame telles qu’elles sont connues alors.

L’accident aurait été provoqué par « l’explosion d’une valve de l’une des pompes de réacteur« . Ce dernier avait été installé en 1975. Des images aériennes montrent la centrale, le commentaire indique : « Il semble que le taux de radioactivité de cette vapeur dégagée soit supérieur aux taux admis dans l’enceinte et à l’extérieur de l’usine. » Pourtant, le personnel est filmé sans protection particulière devant la centrale !

Seul le personnel de nuit, heure à laquelle s’est produit l’accident, aurait été contaminé. L’enquête se porte également sur le combustible qui pourrait être à l’origine de l’accident. Le commentateur souligne que l’alerte n’a été donnée que trois heures après l’accident, la fuite radioactive ayant été jugée comme « très minime. »

Du risque minime à l’ordre d’évacuation

Mais l’accident n’a rien de minime ! Deux jours après, les autorités américaines annoncent qu’il faut se préparer à l’évacuation de quatre comtés autour du site contaminé, soit « 950 000 personnes« .

Le 30 mars, une nouvelle fuite de « gaz rare » oblige le gouverneur à évacuer les femmes enceintes et les enfants dans un rayon de 8 kms et de fermer les écoles. Dominique Bromberger, correspondant aux USA, déclare que les habitants situés dans un rayon de 16 kms doivent rester calfeutrés chez eux et décrit la panique qui a gagné les habitants de Harrisburg. La tension est à son paroxysme comme le décrit si bien Roger Gicquel dans ce sujet du 30 mars. 

Le 30 avril, la situation se complique. Le gouverneur annule l’ordre d’évacuation des femmes et des enfants, alors que les mesures effectuées sur place indiquent que les habitants ont reçu, en une seule journée, autant de radiations qu’en un an !

Confusion générale

Les réacteurs sont toujours en surchauffe. Jean-Claude Bourret souligne que « c’est l’accident nucléaire le plus grave jamais survenu dans le monde. » Sur place, Dominique Bromberger explique que la population est désemparée. Il interviewe des riverains de la centrale. Une mère de famille déclare : « Tout ça me préoccupe beaucoup. Je ne suis pas experte en la matière mais je sais que tout ça est inquiétant. Je veux partir loin de tout cela et oublier. » Plus loin, des images de son reportage montrent du personnel en train de se faire inspecter au compteur Geiger, toujours sans autre protection qu’un casque sur la tête et en bras de chemise ou T shirt ! Quant à Dominique Bromberger, il apparaît en costume et nœud papillon à quelques centaines de mètres de la centrale !

Le même jour, France 2 propose une animation pour tenter d’expliquer le fonctionnement d’un réacteur et les causes de l’accident. En France, le commentaire explique qu’un tel accident ne serait pas possible…

Le 2 avril. Pour rassurer les Américains, le président Jimmy Carter et son épouse se rendent à la centrale et restent deux heures dans la salle de contrôle.

Jacques Ségui, le correspondant d’Antenne 2 se rend à Harrisburg et Middletown à la rencontre des habitants restés sur place: un groupe de rock, un conducteur à son volant, un avocat dans bar, le maire de la ville qui affirme que les plus démunis de ses concitoyens seraient évacués en cas de nouvelle alerte. Malgré les informations rassurantes, les gens ne veulent pas rentrer chez eux et tous restes méfiants. Pourtant, le lendemain, la plupart reviennent.

Tout va bien… Rentrez chez vous !

Le 6 avril, le président Carter fait un discours dans lequel il annonce la constitution d’une commission d’enquête. Il appelle les Américains à réagir avec raison car le pays ne peut pas se passer de l’énergie nucléaire qui fournit déjà 13% de l’électricité. 70 centrales fonctionnent alors et 93 sont en construction. Sur place, le robot Herman, « doté de pinces et de caméras » travaille à refroidir le cœur où tout humain périrait en trente secondes. 

Mais ce jour-là, les esprits s’apaisent déjà. Jacques Ségui se rend à Godsburrough, le village le plus proche de la centrale nucléaire. Il rencontre un fermier confiant qui va reprendre ses cultures et affirme : « on a la mémoire courte. On va continuer à vivre avec la centrale. La vie va reprendre son cours normal « . Le restaurateur du village mesure la radioactivité avec un dosimètre et rassure : « les radiations sont nulles, pas de danger « . Tout ce que les habitants veulent savoir c’est pourquoi l’accident s’est produit ?

Conclusions des enquêtes et conséquences de l’accident

Dès le 27 avril, un rapport français sur la sécurité des centrales nucléaires est rendu public. Deux experts français se sont rendus à Three Miles Island. Dans leurs conclusions, ils décrivent des défaillances techniques aggravées d’erreurs humaines. Pour François Kosciusko-Morizet les risques nucléaires sont très faibles en France, notamment parce que les centrales françaises n’utilisent pas la même technologie qu’aux USA et que le personnel est mieux formé. (NDLR : les réacteurs nucléaires en France ont été construits sous licence Westinghouse donc américaine)

L’enquête montrera que l’accident avait débuté par la perte d’étanchéité de l’enceinte du circuit d’eau primaire (deuxième barrière de protection). C’est en fait une vanne de décharge du pressuriseur qui s’était bloquée en position ouverte. Puis une suite de manœuvres inappropriées avait stoppé le refroidissement du cœur, ce qui avait entraîné la fusion d’une partie du combustible (perte de la première barrière de protection). Heureusement, le confinement, lui, avait tenu et empêché une trop grande quantité de rejets radioactifs.

Un an et demi après l’accident, des caméras pénètrent dans l’enceinte du réacteur en grande partie détruite, des milliers de litres d’eau radioactive sont toujours à l’intérieur…

Quand six ans plus tard, il a été possible de pénétrer dans le cœur, une caméra introduite dans la cuve a montré qu’une partie significative du combustible avait fondu mais qu’il n’avait pas traversé la cuve, le corium s’est stratifié en fond de cuve sans provoquer d’explosion de vapeur. On avait évité de eu un accident gravissime.

Rédaction INA, le 21/03/2019 à 11h59. Dernière mise à jour le 21/03/2019 à 18h02.

Pour voir cet article ainsi que d’autres archives, cliquer sur : https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/28-mars-1979-l-accident-nucleaire-de-la-centrale-de-three-miles-island/

Mar 21

CHUTE DU MUR DE L’ANDRA DANS LE BOIS LEJUC : LA COUR D’APPEL DE NANCY INFIRME LE JUGEMENT QUI PESAIT SUR DEUX MILITANTS !

La cour d’appel de Nancy a rendu aujourd’hui une décision salutaire dans le contexte répressif actuel. Ce 21 mars, elle a infirmé la condamnation infligée à deux militants septuagénaires censés avoir fait tomber le mur construit par l’Andra autour du Bois Lejuc à l’été 2016. Nous espérons que cette décision attirera l’attention sur la politique d’acharnement contre les opposant.e.s à la poubelle nucléaire Cigéo pratiquée par le tribunal de Bar-le-Duc.

Le 15 août 2016, lors d’une action collective près de Bure, des centaines de personnes ont abattu le mur que l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (Andra) avait construit autour du Bois Lejuc, où elle voulait commencer les travaux préparatoires à la construction de Cigéo. La construction de ce mur avait été déclarée illégale 15 jours auparavant par le TGI de Bar-le-Duc.

À la demande de l’Andra, des poursuites ont été engagées. De manière totalement arbitraire, deux militants septuagénaires ont été ciblés par la justice. Or, bien qu’étant solidaires de cette action, ils n’avaient pas participé à l’abattage du mur. L’un d’entre eux, se relevant d’une opération, n’aurait d’ailleurs pas été en capacité de faire tomber de lourdes plaques de béton.

Lors de leur procès, le 13 février 2018, le procureur a tenté de présenter des « preuves » grossières, allant jusqu’à soutenir que l’un d’entre eux aurait été reconnu… sur une photo qui n’avait même pas été prise sur les lieux ! Les deux militants ont finalement été condamnés à quatre mois de prison avec sursis et 3000 € d’amende chacun.

Reposant sur des preuves bancales, ce jugement revenait à fabriquer des coupables de toute pièce, sanctionnant les militants sur la base de leur simple présence à cette manifestation et de leur solidarité avec une action collective. Ne voulant pas être victimes d’une erreur judiciaire (comme le dénonce l’un d’eux dans sa déclaration au tribunal), ces deux militants ont fait appel.

L’audience en appel, le 10 janvier 2019, a été l’occasion d’exposer l’inanité des « preuves » avancées par le procureur. Ce 21 mars, la cour d’appel de Nancy a infirmé le jugement rendu par le tribunal de Bar-le-Duc et a prononcé la relaxe des deux militants.

Aux côtés des militants, nous nous félicitons de cette décision de bon sens et espérons qu’elle éclairera sous un jour nouveau l’acharnement pratiqué contre les opposant.e.s à Cigéo. Alors que les arrestations et condamnations pour des motifs dérisoires pleuvent et que dix personnes sont toujours victimes d’un contrôle judiciaire absurde déclenché sur la base d’un dossier creux, cette répression n’a qu’un (vain) objectif : tenter de dissuader quiconque de s’engager contre ce projet de poubelle nucléaire.

La lutte contre Cigéo, projet dangereux et imposé, est légitime et nécessaire. Cet acharnement contre les personnes qui s’y opposent doit prendre fin !

Communiqué du Réseau Sortir du Nucléaire du 21 mars 2019

Retrouvez ce communiqué sur :

https://www.sortirdunucleaire.org/Chute-du-mur-de-l-Andra-dans-le-Bois-Lejuc-la

Mar 21

LA PAIX NE SAURAIT ÊTRE FONDÉE SUR DES ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE !

Le Pape François nous invite fortement à prendre la parole sur les sujets susceptibles d’intéresser le devenir de chacune et chacun d’entre nous sur cette Terre, notre maison commune.

C’est pourquoi, membres de l’équipe Voix nomades de la Communauté Mission de France, nous nous exprimons aujourd’hui sur une question relative à l’avenir de notre planète dont on parle bien peu. Nous le faisons d’autant plus que notre pays est un de ceux qui a, en la matière, une grande responsabilité. Cette question est celle des armes nucléaires et de la politique de dissuasion mise en œuvre par nos gouvernants et appuyée sur ces armes de destruction massive.

Nous voulons ici exposer divers arguments, tout autant rationnels qu’éthiques, qui nous amènent à demander le désarmement nucléaire de notre pays.

Dissuader

La dissuasion nucléaire nous est souvent présentée comme notre « assurance-vie« . Outre que cette expression est maladroite, force est de constater que cette dissuasion n’est en aucun cas capable de nous protéger des menaces les plus graves et imminentes : les attaques terroristes, le dérèglement climatique ou l’accroissement des inégalités sociales. Elle pourrait même se révéler une faille dans cette prétendue cuirasse en cas de cyberattaque ou si des ennemis, préparés et déterminés, s’en prenaient au stock d’armes entreposé à côté de Brest.

Certes, parce que le monde de demain est incertain, comme le montrent encore les dernières décisions prises par les gouvernements états-unien et russe, des militaires et des politiques affirment qu’il faut garder cette force « pour le cas où« . Mais un tel raisonnement ne permettra jamais au désarmement de devenir effectif ! Il encourage au contraire la prolifération sans pouvoir nous protéger de la folie de quelque dirigeant que ce soit, ni empêcher des opérations militaires ou le développement du terrorisme à travers la planète. Et, tout comme des bouleversements climatiques imminents, la menace d’un embrasement nucléaire n’est pas négligeable.

Or l’explosion décidée ou accidentelle d’une ou plusieurs de ces armes constituerait une catastrophe humaine telle qu’aucun secours efficace ne pourrait être apporté aux victimes, sans oublier des conséquences environnementales difficilement imaginables. Alors que certains parlent d’une arme inemployable… – car qui oserait en conscience l’utiliser ? – mais qu’il faudrait posséder pour assurer leur sécurité, il est urgent de poser des gestes effectifs de désarmement.

Le budget des armes est en augmentation constante

Par ailleurs le coût passé du développement puis du maintien en l’état de ces armes est exorbitant : plusieurs centaines de milliards d’euros depuis 1945 ! Pire, en contradiction avec l’esprit et la lettre de l’article VI du Traité de non-prolifération qui enjoint les puissances détentrices de l’arme nucléaire à « désarmer de bonne foi » dans les meilleurs délais, la loi de programmation militaire 2019-2025, votée à l’été 2018, prévoit que le budget annuel consacré à ces armes passe de près de 4 milliards d’euros à plus de 6 milliards, soit plus de 50 % d’augmentation ! Quel autre budget de l’État connaîtra une telle augmentation, à l’heure même où des milliers de Françaises et Français demandent davantage de justice sociale ?

L’arme nucléaire est difficilement compatible avec l’Évangile

Ces armes constituent également un déni de démocratie : d’une part, parce que jamais les citoyennes et citoyens de notre pays n’ont été consultés explicitement sur leur existence et leur maintien en état, d’autre part parce que la dissuasion repose sur un seul homme, le président de la République, obligé lors de son élection à faire allégeance à cette arme comme on fait allégeance à une idole, quoiqu’il puisse en penser en son for intérieur. Au point que certains spécialistes parlent de l’attachement à cette illusion de puissance que conférerait la bombe comme d’une addiction.

Le 10 novembre 2017, le Pape François a déclaré : « il faut condamner fermement la menace de leur usage, ainsi que leur possession, précisément parce que leur existence est inséparable d’une logique de peur qui ne concerne pas seulement les parties en conflit, mais tout le genre humain » (c’est nous qui soulignons). Ainsi, si mettre en œuvre une telle arme constituerait un crime contre l’humanité, menacer de l’utiliser constitue également un crime.

Enfin et surtout la possession de telles armes de destruction massive constitue une atteinte à la dignité même de la figure de l’ennemi, ce qui est difficilement compatible avec l’Évangile !

C’est pourquoi nous demandons avec insistance que notre pays, sans aucun doute le mieux placé des pays dotés de l’arme atomique pour ce faire, signe et ratifie le Traité d’interdiction des armes nucléaires rédigé et adopté par 122 pays à l’ONU en juillet 2017.

Cette signature, outre qu’elle honorerait la mémoire tant des victimes d’Hiroshima et Nagasaki que celles des 2400 essais nucléaires effectués depuis 1945, pourrait ouvrir la voie à un réel désarmement auquel se sont engagées les puissances dotées signataires du Traité de non-prolifération. Dans cette perspective, geler les crédits prévus dans la loi de programmation militaire 2019-2025 constituerait un geste symbolique de bonne volonté.

Nous encourageons aussi nos concitoyennes et concitoyens, notamment les chrétiens, à prendre leur responsabilité pour peser dans ce sens de l’Histoire ! C’est précisément parce que la folie nucléaire semble gagner les dirigeants des États dotés que le moment est venu de poser un geste fort de désarmement !

La Croix, le 20/03/2019 à 10h52

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/paix-saurait-etre-fondee-armes-destruction-massive-2019-03-20-1201010095

Mar 20

FUKUSHIMA. LE REGARD ENGAGÉ D’UN JOURNALISTE JAPONAIS (Lannion le 21 mars)

À l’initiative de Sortir du nucléaire-Trégor, le film « Fukushima – Le couvercle du soleil » sera projeté ce jeudi soir au cinéma Les Baladins à Lannion. Kolin Kobayashi, journaliste japonais en poste à Paris, animera le débat qui suivra la séance. 

Vous souvenez-vous où vous étiez et ce que vous faisiez le jour de la catastrophe nucléaire de Fukushima ?

J’habite en France depuis 1970. J’étais à Paris quand j’ai appris le matin très tôt, par l’appel d’une militante du réseau Sortir du nucléaire, que quelque chose n’allait pas à Fukushima. J’ai alors commencé à travailler, en collaboration avec mes collègues japonais sur place, qui sont allés mesurer la radioactivité le deuxième jour de l’accident.

Avez-vous pris immédiatement conscience de l’ampleur de cette catastrophe ?

Au premier jour, non. Je pensais qu’un seul réacteur était entré en fusion, mais jamais que trois avaient pété ! C’était la première fois dans notre histoire, mondialement.

Quelle a été votre réaction ?

J’étais complètement bouleversé, choqué. J’avais déjà été alerté en travaillant pour la revue de photojournalisme Days Japan. Nous avions fait un numéro spécial en janvier 2011, donc deux mois plus tôt, pour avertir de la probabilité d’avoir une triple catastrophe, c’est-à-dire un tremblement de terre, un tsunami et un accident nucléaire, sur une autre centrale près du Mont Fuji au bord de l’océan Pacifique.

Vous n’étiez donc pas complètement surpris ?

Oui. J’avais très peur depuis cet avertissement lancé par des sismologues. Je m’attendais à un accident majeur, mais je ne pensais pas qu’il arriverait aussi tôt que ça.

Vous-même militiez déjà contre le nucléaire ?

J’étais opposant depuis longtemps au nucléaire militaire et sur la question du nucléaire civil, j’ai pris vraiment conscience après Tchernobyl.

Le traumatisme est-il toujours aussi vif pour la société japonaise ?

Bien sûr, parce que l’accident n’est pas terminé. On est toujours sous l’état d’urgence nucléaire. On n’a pas amélioré la situation, on n’arrive pas à confiner la radioactivité. Depuis huit ans, il y a des fuites radioactives en quantité importante dans l’air, dans la mer, au sol. La grande majorité des Japonais sont tout à fait conscients de ce qui se passe.

Pourtant, l’État japonais laisse entendre que les habitants pourraient retourner sur place…

C’est une propagande pro-nucléaire. La commission des Droits de l’Homme de l’Onu vient de demander d’arrêter d’appeler au retour dans la zone contaminée.

Si les citoyens ne se réveillent pas, les choses seront toujours bloquées.

Ce week-end, des manifestations en faveur du climat ont eu lieu dans de nombreuses villes françaises, dont Lannion. Qu’en pensez-vous ?

La mobilisation, surtout des jeunes, c’est très bien pour l’avenir. Les gouvernements sont souvent un peu liés avec les intérêts des entreprises, du patronat. Si les citoyens ne se réveillent pas, les choses seront toujours bloquées.

À propos du réchauffement climatique, certains mettent en avant le fait que le nucléaire est une énergie qui ne produit pas de gaz à effet de serre. Comment réagissez-vous à cet argument ?

Je rejette cet argument venu du lobby nucléaire. Ce n’est pas forcément le réacteur nucléaire qui émet du CO2, mais au cours de l’extraction de l’uranium dans les mines, on fabrique beaucoup de CO2. Et toutes les procédures jusqu’à la fabrication du combustible dégagent pas mal de CO2. Donc le nucléaire n’est pas 100 % propre de ce point de vue là.

Il faut la volonté politique et économique pour sortir de cet étau nucléaire (…).

Comment sortir du nucléaire pour un pays comme la France qui en est très dépendant, et quand le développement des énergies renouvelables, comme les éoliennes sur terre ou en mer, rencontre aussi des oppositions ?

Il faut la volonté politique et économique pour sortir de cet étau nucléaire qui nous oblige à nous occuper, des centaines de milliers d’années, des déchets radioactifs qui resteront sur la terre. Évidemment, la transition vers les énergies renouvelables n’est pas toujours facile, mais en même temps, c’est la seule issue pour être dégagé du risque d’un grand accident nucléaire comme Fukushima. Un tel accident peut se produire n’importe où, n’importe quand, dans tous les pays qui se développent avec le nucléaire.

La France et le Japon s’accrochent encore au nucléaire, mais si on réfléchissait bien aux dégâts, à la gravité, à l’ingérabilité d’un accident majeur, il faudrait vraiment décider une autre orientation pour résoudre le problème énergétique. Dans la période de transition, on serait probablement obligé de revenir à l’utilisation des centrales au fioul ou au gaz, mais cette période pourrait être très courte si on décide vraiment d’investir dans le solaire, l’éolien ou d’autres sources d’énergies naturelles. Et fondamentalement, il faut penser à économiser la consommation d’électricité.

Pratique

Projection du film « Fukushima – Le couvercle du soleil », ce jeudi 21 mars à 20 h 30, au cinéma Les Baladins à Lannion. Entrée : 7,90 € ; tarif réduit, 6,70 €. Contact : Sortir du nucléaire-Trégor, tél. 06 86 22 58 88 ; courriel : sdn-tregor@laposte.net

Article publié le 20 mars 2019 à 17h24

https://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/lannion/fukushima-le-regard-engage-d-un-journaliste-japonais-20-03-2019-12237132.php

Mar 20

LA CHINE EST FERMEMENT OPPOSÉE À LA PROLIFÉRATION DES ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE

NEW YORK (Nations-unies), 19 mars (Xinhua) — Un diplomate chinois a déclaré mardi que la Chine était fermement opposée à la prolifération des armes de destruction massive (ADM) et de leurs vecteurs.

« La Chine a systématiquement et rigoureusement respecté ses obligations internationales en matière de non-prolifération. Elle s’est engagée en faveur d’une résolution politique des problèmes de prolifération dans les zones sensibles, et a contribué de manière positive à ces efforts de résolution« , a déclaré Wu Haitao, chargé d’affaires de la mission permanente de la Chine auprès des Nations unies, au cours d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la non-prolifération des ADM.

« La Chine est prête à approfondir sa coopération avec le comité (le Comité 1540 du Conseil de sécurité établi en vertu de la Résolution 1540), et continuera à travailler de concert avec tous les autres pays pour contribuer de manière positive à l’amélioration du régime international de non-prolifération et de la gouvernance de la non-prolifération au niveau mondial, et aussi à un idéal de paix et de sécurité durables pour tous« , a-t-il affirmé.

Le 28 avril 2004, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la Résolution 1540. Prise sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, cette résolution contraignante décrète que la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques et de leurs vecteurs constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales.

French.xinhuanet.com | Publié le 2019-03-20 à 04h52

http://french.xinhuanet.com/2019-03/20/c_137908236.htm

Mar 20

SÉISME PRÈS DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DU BLAYAIS : DERNIER RAPPEL ?

Ce mercredi 20 mars 2019, un séisme d’une magnitude non négligeable (4,9) s’est produit à proximité de la centrale nucléaire du Blayais (Gironde). Il est légitime de se demander si cet évènement n’est pas le dernier rappel avant que le pire ne se produise.

En effet, même s’il se termine sans dommages importants, cet épisode vient rappeler que l’ensemble de la population française, et même européenne, vit sous la menace d’une catastrophe nucléaire dont la cause peut être purement industrielle mais qui peut aussi survenir à la suite d’un évènement naturel.

Il se trouve que, lors de la fameuse tempête du 27 décembre 1999, la centrale nucléaire du Blayais a déjà montré sa grave vulnérabilité face au risque inondation, avec un scénario proche de celui qui allait se produire 12 ans plus tard à Fukushima.

L’évènement de ce jour est l’occasion de rappeler que, bien que le risque sismique soit modéré en France, le danger est bien réel car, par souci d’économies, EDF a construit ses centrales nucléaires en fonction du risque théorique : elles sont donc peu résistantes.

Il est par ailleurs notable que, 8 ans après le début de la catastrophe de Fukushima (qui se poursuit et va continuer encore pendant des décennies), les mesures de « sûreté » dites post-Fukushima ne sont toujours pas en place.

Il faut aussi rappeler que, même quand ces mesures seront enfin de mise, la catastrophe pourra toujours se produire car l’expérience montre qu’il est impossible de prévoir tous les scénarios.

Et ce d’autant que toute construction humaine est faillible et que l’accident peut être causé par des erreurs de conception, de construction, d’exploitation, de maintenance… le tout étant démultiplié par le vieillissement des installations.

Non contente d’être très vulnérable face au risque d’inondation et celui des séismes, la centrale du Blayais est aussi une des plus anciennes de France, étant en service depuis 38 ans.

Loin de la désinformation orchestrée par EDF mais aussi par la prétendue « Autorité » de prétendue « sûreté » nucléaire (ASN), la seule façon d’être sûr d’éviter la catastrophe nucléaire est de fermer aux plus vite la centrale nucléaire du Blayais… et les autres centrales.

Publié le 20 mars 2019

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article362

Mar 20

LE NOUVEAU RATÉ D’EDF DANS LE NUCLÉAIRE CONCERNE CETTE FOIS LES DIESELS DE SECOURS POST-FUKUSHIMA

L’ancrage des groupes électrogène de secours post-Fukushima construits par EDF sur les réacteurs 1300 M, n’est pas assez résistant aux séismes, observe l’ASN, qui pointe un problème industriel de génie civil. L’autorité a été contrainte de donner un délai supplémentaire à EDF pour réaliser les travaux.

Les travaux d’EDF pour mettre aux normes post-Fukushima les groupes électrogènes de secours de ses réacteurs 1300 MW ne sont pas au bon niveau de sûreté, pointe l’ASN. L’Autorité de sûreté du nucléaire fait en effet état dans un communiqué d’un « défaut de résistance au séisme d’ancrages des systèmes auxiliaires des groupes électrogènes de secours à moteur diesel des réacteurs d’EDF ».

Défaut sur les paliers 1300 MW

Le problème aurait été identifié par EDF en 2017. Il avait alors signalé à l’ASN « un événement significatif« , qui l’avait classé de niveau 2. Le problème portait sur « l’absence de démonstration de résistance au séisme des ancrages dans le génie civil de systèmes auxiliaires des groupes électrogènes de secours à moteur de ses réacteurs électronucléaires de 1300 MWe [mégawatts électriques] ». En avril et novembre 2018, EDF a déclaré à l’ASN, que les défauts de résistance au séisme s’étendaient à plusieurs autres réacteurs de 900 MWe, soit 11 réacteurs supplémentaires.

11 centrales 900 MW concernées

L’événement est classé de niveau 2 par l’ASN pour  les réacteurs Blayais 1 et 2, Gravelines 1 à 6, Saint-Laurent-des Eaux 1 et 2 et Chinon 2. Il est classé 1 pour les réacteurs Blayais 3 et 4, Dampierre-en-Burly 2, Cruas-Meysse 1, Chinon 1, 3 et 4 et Tricastin 1, 2 ,3 et 4. Des contrôles complémentaires ont également révélé de nouveaux défauts de résistance au séisme pour les réacteurs de la centrale nucléaire de Paluel, de Saint-Alban, de Belleville-sur-Loire et pour le réacteur 2 de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine.

Problème de conception et de génie civil

Selon l’ASN, l’événement recouvre à la fois des problèmes de conception génériques à l’ensemble des réacteurs concernés et des problèmes locaux liés à un mauvais état ou à un mauvais montage des ancrages. « EDF avait pris un engagement de mettre en place des diesels d’ultime secours pour fin 2018. Cet engagement ne pourra pas être respecté compte tenu des difficultés industrielles à les réaliser, a expliqué Bernard Doroszczuk, président de l’ASN, lors d’un entretien accordé à L’Usine Nouvelle. Ce sont des problèmes de génie civil avec une gestion de chantier qui n’est pas au niveau. L’intégration des différents corps de métier ne s’est pas faite de manière correcte. Les industriels sélectionnés par EDF ont rencontré des difficultés opérationnelles. Une seule centrale, Saint-Laurent-des-Eaux, est aujourd’hui équipée. Nous avons pris la décision de repousser cette échéance à fin 2020. »

Chacun des réacteurs des centrales nucléaires françaises dispose de deux diesels de secours, rappelle l’ASN. Ces équipements assurent de façon redondante l’alimentation électrique de certains systèmes de sûreté en cas de défaillance des alimentations électriques externes, notamment à la suite d’un séisme.

Par Aurélie Barbaux, publié le 19/03/2019 à 15H00

https://www.usinenouvelle.com/article/le-nouveau-rate-d-edf-dans-le-nucleaire-concerne-cette-fois-les-diesels-de-secours-post-fukushima.N819840

Mar 19

QUE FAIRE DES DÉCHETS NUCLÉAIRES ? (6/6)

Dans les précédents articles, nous avons vu que le stockage géologique des déchets nucléaires dans l’argile, le granite ou les mines de sel, ainsi que les conteneurs métalliques contenant ces déchets ne résolvent pas les risques graves, voire mortels, des déchets nucléaires. Alors quoi faire des déchets nucléaires? Qu’en pense Marcos Buser, géologue et expert du stockage des déchets radioactifs?

Bien que Marcos Buser ait énuméré une longue liste de sérieux problèmes quant au stockage géologique des déchets nucléaires (1*), il ne pense pas pour autant que le stockage géologique soit, a priori, une mauvaise idée. Il pense que dans l’état actuel des connaissances, les scientifiques n’ont pas encore trouvé les solutions aux sérieux problèmes que ça pose. Selon lui, il faut donc soulever tous les problèmes existants, ce qui nécessite la mise en place d’une culture de sécurité digne de ce nom.

En attendant d’avoir de meilleures solutions (si ce jour arrive), il pense à une étape intermédiaire qui précèderait l’étape définitive. Celle-ci consisterait à rassembler les déchets nucléaires en stockage en sub-surface, c’est à dire dans des cavernes dans la montagne ou en sous-sol pendant 100 à 300 ans.

Pourquoi un stockage intermédiaire dans des cavernes en montagne ou en sous-sol?

Ce stockage assurerait une meilleure sécurité des déchets nucléaires contre par exemple les risques d’accidents d’avions ou d’attaques terroristes et permettrait de développer, sans pressions excessives, de nouvelles techniques d’emballage et d’immobilisation de déchets.

Quels problèmes ce stockage intermédiaire doit résoudre?

Pour un stockage ouvert de ce type, la ventilation naturelle devra être garantie pour éviter une explosion de l’hydrogène. De même, l’écoulement naturel d’éventuelles venues d’eau et une protection contre des infiltrations d’eau devraient être assurés pour éviter tout risque d’inondation des cavernes. La protection probablement la plus difficile à réaliser est celle de la stabilité des cavernes (même pour les roches granitiques considérées les plus stables). Le problème de la corrosion des fûts sur 300 ans doit aussi être abordé.

Marcos Buser pense que tous ces enjeux sont maîtrisables. Il présentera un argumentaire pour ce stockage intermédiaire en 2019, dans le cadre d’une expertise, pour le compte d’organisations anti-nucléaires.

En même temps, Marcos Buser souligne fortement que cette étape intermédiaire doit être impérativement associée à un gardiennage des déchets et à la recherche de solutions scientifiques pour le long terme.

D’autres scientifiques partagent l’avis de Marcos Buser sur le stockage intermédiaire. C’est le cas de Peter Szakalos, chercheur sur l’impact de la radioactivité sur les matériaux au KZH en Suède, qui a déjà suggéré au gouvernement suédois d’attendre au moins 30 ans pour avoir le temps de chercher de meilleures solutions. En attendant, il préconise d’utiliser des stockages intermédiaires sûrs dans des “fûts secs” déposés dans des grottes, dans des montagnes, sans nappes phréatiques (2*).

De même, le physicien Jean Pierre Petit (écouter à partir de la minute 01:19:20) suggère de mettre les déchets nucléaires dans des galeries creusées dans des falaises, où il y a une ventilation naturelle, en attendant de, peut-être, un jour, avoir une solution pour ces déchets.

Il pense que les déchets nucléaires ne pourront pas être traités s’ils ont été mêlés au sol à cause de stockages souterrains qui ont mal tourné, ou si les polluants radioactifs ont été dispersés à la suite d’une guerre, d’accidents d’avions, d’actions terroristes, ou de diffusions lors d’accidents nucléaires comme Fukushima.

Si l’humanité existe encore et si les recherches nécessaires sont effectuées, il conjecture qu’on pourra se débarrasser des déchets radioactifs par “inversion de masse” !

Une conjecture est un énoncé pour lequel on ne connaît pas encore de démonstration, mais que l’on croit fortement être vrai, en l’absence de contre-exemple. (3*) Cet avenir est hypothétique. En attendant, on n’a toujours pas de solution définitive pour ces déchets.

Marcos Buser remarque un dernier risque concernant l’avenir des déchets nucléaires, c’est le désintérêt croissant des citoyens pour trouver une solution à la gestion des déchets nucléaires.

Il dit: « Il faudrait que ce message passe mieux. Mais on est peu écouté. » Alors, merci par avance de faire passer le message.

Je remercie Marcos Buser (géologue, ancien membre de la Commission fédérale de sécurité nucléaire en Suisse et expert du stockage des déchets radioactifs), Peter Szakalos (physicien spécialiste de l’impact de la radioactivité sur les matériaux), Roland Desbordes (physicien de la Criirad), et Jean Pierre Petit (physicien) pour leurs aides.

Notes

(1*) Voir message précédent

(2*) Mail Peter Szakalos 17/12/2018

(3*) Mail Jean Pierre Petit 20/01/2019

(4*) une conjecture https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Conjecture

Photo : Greenpeace Belgium

Information complémentaire: Article paru sur Reporterre  « Aucun pays au monde ne sait quoi faire de ses déchets radioactifs, constate Greenpeace »

Par Candice Vacle, publié le 18 Mars 2019

Mar 19

RAID CONTRE L’AMBASSADE NORD CORÉENNE À MADRID, L’OMBRE DE LA CIA PLANE

À cinq jours de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un à Hanoï au Vietnam, l’ambassade nord-coréenne à Madrid a été la cible d’un raid au cours duquel au moins une dizaine de personnes y sont entrées par effraction, ligotant, frappant et interrogeant des membres du personnel de l’ambassade durant plusieurs heures avant de partir dans deux voitures à vives allures sans être inquiétées et en emportant du matériel informatiques et des documents. La presse espagnole sera la première à révéler l’affaire au grand public pointant du doigt les services de renseignement américain, la CIA.

Dans son édition du dimanche 10 mars dernier, soit 16 jours après les faits, le site espagnol el Confidencial a révélé l’affaire au grand jour, rapportant qu’une employée de l’ambassade nord-coréenne, qui a réussi à s’échapper, dans la soirée du 22 février, s’est rendue à la police pour donner l’alerte sur l’attaque dont été victime l’ambassade. D’après son témoignage, le personnel était ligoté et bâillonné par plusieurs hommes armés. Les policiers se sont rendus rapidement à l’ambassade et ont été accueillis par un homme qui les a rassurés que tout allait bien.

Peu de temps après et sous les regards de la police, deux voitures ont quitté le complexe à grande vitesse, dans l’une d’elles y avait l’homme qui avait ouvert la porte aux policiers, révèle El Confidencial.

Le 13 mars, c’est au tour d’El Pais de s’emparer de l’affaire en affirmant que la police avait visionné des cassettes de surveillance de l’ambassade et que les enquêteurs espagnols avaient identifié deux des intrus comme étant liés à la CIA.

El Pais précise que l’attaque a eu lieu quelques jours seulement avant le sommet entre le président américain Donald Trump et son homologue nord-coréen Kim Jong- Un dans la capitale vietnamienne Hanoi, le 27 février dernier. Jusqu’à présent, aucun suspect n’a été arrêté.

Réagissant aux accusations des autorités espagnoles, la CIA a nié toute implication dans l’attaque. Réponse peu convaincante pour Madrid.

Si certains médias américains ont volé au secours de leur centrale de renseignements pour la blanchir, d’autres n’hésitent pas à la pointer du doigt l’accusant d’être le premier suspect tout en s’interrogeant sur le donneur d’ordre et les motifs de cette opération.

C’est le cas de Moon of Alabama qui s’est posé les deux questions suivantes :

1 :Qui a ordonné à la CIA d’assaillir l’ambassade de Corée du Nord en Espagne?

2 : John Bolton, conseiller en sécurité nationale du président Trump, a-t-il ordonné l’assaut de l’ambassade pour obtenir un avantage dans les négociations sur le nucléaire?

L’ambassadeur qui en sait trop

Pour le site américain, ce qui intéressait les barbouzes c’est Kim Hyok Chol. Ce dernier a été ambassadeur de la Corée du nord en Espagne jusqu’en septembre 2017, date à laquelle le gouvernement espagnol l’a expulsé ainsi qu’un autre diplomate à la suite d’essais nucléaires de Pyongyang et de lancements de missiles sur le Japon voisin. Il a récemment fait l’actualité lorsqu’il a dirigé la délégation nord-coréenne dans les négociations sur le nucléaire.

Kim Hyok Chol, diplomate de carrière issu d’une famille nord-coréenne d’élite, a fait ses débuts internationaux il y a quelques semaines à peine en tant que nouveau responsable des négociations nucléaires à Pyongyang. Dans la perspective du sommet des 27 et 28 février, il s’est entretenu avec son homologue américain Stephen Biegun afin de préparer le terrain pour la réunion, prenant les diplomates par surprise.

On apprend également par un autre site américain Galactic Connection que certains des assaillants étaient asiatiques et parlaient le coréen. Ils appartiennent probablement au Service national de renseignement sud-coréen (NIS), très lié à la CIA. Il souligne que s’attaquer à une ambassade étrangère dans un pays tiers est bien loin du droit international et de la décence diplomatique, ajoutant qu’après les révélations d’El Pais, il fallait faire quelque chose pour détourner l’attention de la CIA et trouver un autre coupable.

Pour ce faire, une histoire a été imaginée et portée par les médias américains proches de la centrale. Ce n’est pas la CIA qui l’a fait, mais une organisation qui cherche un «changement de régime» contrôlée par la CIA.

Il s’agit du groupe Cheollima, également connu sous le nom de Free Joseon, devenu célèbre en 2017 après avoir évacué avec succès le neveu de Kim Jong – Un de Macao lorsque des menaces potentielles pour sa vie ont fait surface. Le neveu était le fils de Kim Jong Nam, demi-frère exilé du dirigeant nord-coréen, assassiné lors d’une attaque par gaz neurotoxique dans un aéroport de Malaisie en 2017.

Voilà une affaire qui s’inscrit dans le long feuilleton de la guerre de l’ombre et des coups tordus de part et d’autre au grand bonheur des romanciers et de l’industrie cinématographique.

Publié le 19 mars 2019

https://www.le1.ma/raid-contre-lambassade-nord-coreenne-a-madrid-lombre-de-la-cia-plane/

Mar 19

L’ASN MET EN DEMEURE LE CEA D’AMÉLIORER LA RIGUEUR D’EXPLOITATION DE L’INB 37-A À CADARACHE

L’ASN a été informée par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), le 17 juillet 2018, de la chute d’un colis de déchets dits « moyennement irradiants » de 500 litres, d’une hauteur d’environ 5 mètres, dans un puits d’entreposage.

Cette chute est survenue le 25 octobre 2017 dans la station de traitement des déchets (STD) du centre de Cadarache (INB  37-A). Les colis de déchets élaborés dans la STD sont déplacés au moyen d’un « château de transport », équipé d’un système de préhension par ventouse. Il s’agit d’un équipement massif, blindé, destiné à assurer la protection des opérateurs contre les rayonnements émanant des colis de déchets. Une anomalie technique a conduit, le 25 octobre 2017, à une interprétation erronée, par les opérateurs, de la bonne préhension du colis par la ventouse. L’ouverture de la trappe inférieure du château de transport, qui permet l’accès au puits lorsqu’un colis est arrimé à la ventouse, a conduit à la chute du colis en fond de puits.

Cet événement n’a eu aucune conséquence sur la sécurité des personnes et sur l’environnement. En particulier, les balises de mesure de la radioactivité de l’installation et les contrôles effectués sur le colis n’ont révélé aucun signe de rupture du confinement des matières radioactives du colis.

L’ASN a été informée de l’événement après l’identification par les équipes d’exploitation, le 11 juillet 2018, de signes de déformation du couvercle du colis, situé au fond du puits.

En raison du caractère tardif de la détection de l’événement et de la nécessité d’évaluer sur place les circonstances de l’événement, l’ASN a mené une inspection réactive le 20 juillet 2018 et a constaté des lacunes importantes en matière de rigueur d’exploitation et de culture de sûreté dans cette installation. L’exploitant n’a en effet pas immédiatement identifié que cet événement constituait un écart aux règles générales d’exploitation de l’installation, et il a continué à utiliser ce puits. L’ASN classe cet événement significatif au niveau 1 de l’échelle INES en raison des lacunes constatées en matière de rigueur d’exploitation et de culture de sûreté.

Par ailleurs, après analyse des éléments complémentaires transmis par l’exploitant au sujet de cet événement, l’ASN met en demeure le CEA, par décision no CODEP-MRS-2019-011621 du 19 mars 2019, de se conformer, pour l’exploitation de l’INB 37-A, aux exigences réglementaires qui touchent à l’analyse du retour d’expérience, au classement de sûreté d’un équipement et aux contrôles techniques des activités qui présentent des enjeux pour la protection des personnes et de l’environnement pour s’assurer que celles-ci sont exercées conformément à leurs exigences associées.

Publié le 19/03/2019 à 11h37

https://www.asn.fr/Informer/Actualites/INB-37-A-du-CEA-a-Cadarache-mise-en-demeure-de-l-ASN

Mar 19

WASHINGTON ET PYONGYANG TENTENT DE S’ACCORDER SUR UN «ÉCHELONNEMENT» LORS DES NÉGOCIATIONS NUCLÉAIRES, SELON POMPEO

WASHINGTON, 18 mars — Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré lundi que les États-Unis et la Corée du Nord tentaient d’obtenir un «échelonnement» durant leurs négociations pour mettre fin au programme d’armement nucléaire du régime et permettre un avenir meilleur pour le pays.

Pompeo a fait cette remarque lors d’une interview donnée à KCMO, une station de radio basée à Mission, au Kansas, à la suite de la menace de la Corée du Nord d’abandonner les pourparlers. Il a rarement fait état d’un «échelonnement» par le passé, se référant plutôt à l’insistance de l’administration Trump pour que la Corée du Nord abandonne totalement son arsenal nucléaire dès le départ.

Le Nord a appelé au démantèlement progressif de son programme nucléaire en échange de concessions américaines, y compris l’allégement des sanctions.

«Je ne peux pas en dire beaucoup sur les détails de la négociation car il s’agit de conversations privées importantes», a déclaré le haut diplomate américain à propos de l’échec du sommet du mois dernier entre le président Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. «Mais il y a clairement un éventail de problèmes liés au timing et à l’échelonnement ainsi qu’à la manière dont nous y parvenons.»

Il a assuré que l’engagement de Trump visant à offrir un avenir meilleur pour le peuple nord-coréen est «très très réel».

«Mais il faut que cela vienne à la suite de la dénucléarisation confirmée de la Corée du Nord», a-t-il déclaré. «Un échelonnement qui fonctionne ainsi qu’un plan défini de manière à ce que chacune des parties puisse accepter et atténuer le niveau de tension le long de la frontière intercoréenne, cela compte pour les peuples du Japon et de la Corée du Sud, nos partenaires importants, et cela compte pour le monde entier».

Trump et Kim se sont rencontrés à Hanoï, au Vietnam, les 27 et 28 février pour préciser un accord auquel ils étaient parvenus lors de leur premier sommet tenu à Singapour en juin.

L’accord engage le Nord à réaliser la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne en échange de garanties de sécurité fournies par les États-Unis.

Le deuxième sommet s’est achevé sans aucune avancée concrète en raison de désaccords sur l’ampleur de la dénucléarisation de la Corée du Nord et de l’allègement des sanctions américaines.

Pendant une conférence de presse à Pyongyang la semaine dernière, le vice-ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Choe Son-hui, a déclaré que le régime envisageait de poursuivre les négociations et de maintenir son moratoire sur les essais balistiques et nucléaires.

«Nous pensons que nous continuons d’avancer. C’est certainement difficile, nous le savions bien», a déclaré Pompeo à l’occasion d’une interview accordée à la station de radio du Kansas, B98 FM.

«Nous avons fait un peu plus de progrès à Hanoï, il y a maintenant trois semaines, lorsque le président Trump s’est rendu dans la région pour rencontrer le président Kim. Nous reprendrons contact avec lui», a-t-il fait savoir.

Lors d’une interview accordée à la station de radio KQAM au Kansas, il a admis : «nous n’avons toujours pas réalisé les progrès nécessaires en matière de dénucléarisation».

«Les discussions se poursuivent bien sûr. J’espère que nous pourrons y parvenir», a-t-il ajouté, soulignant que c’était la «promesse» de Kim au monde lors de son sommet avec Trump à Singapour.

(Yonhap), publié le 19.03.2019 à 10h01

https://fr.yna.co.kr/view/MYH20190319005000884

Mar 19

SANS DISCUSSION, LA DISCRÈTE POURSUITE DE LA FILIÈRE DE RETRAITEMENT

Le gouvernement a annoncé en janvier son intention de faire perdurer la filière de traitement-recyclage du combustible nucléaire jusqu’aux années 2040. Une décision qu’Orano a anticipée en projetant la construction d’un atelier de production de dioxyde d’uranium dans son usine de Malvési, au grand dam des riverains.

Une ligne est sortie de nulle part dans le dernier brouillon de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dévoilé en janvier : « La stratégie de traitement-recyclage du combustible nucléaire sera préservée (…) jusqu’à l’horizon des années 2040. » Autrement dit, Orano va continuer à extraire du plutonium du combustible uranium usé pour fabriquer du Mox. Alors même que les réacteurs nucléaires qui utilisent ce combustible sont les plus anciens et vont fermer les uns après les autres, et que la filière de retraitement est régulièrement critiquée pour son coût et ses risques (vulnérabilité des piscines d’entreposage des combustibles usés en attente de retraitement, notamment).

Orano a discrètement anticipé cette annonce dans son usine de Malvési. Actuellement, le dioxyde d’uranium (UO2 ), l’autre ingrédient du Mox, est produit sur le site Framatome de Lingen, en Allemagne, qui va fermer en 2021. Donc, Orano a déposé en mai 2018 une demande d’autorisation pour un atelier de production d’UO2 , baptisé « nouvelle voie humide » (NVH), à Malvési. Un mois plus tard, le préfet décidait que cette demande ne nécessitait pas d’étude d’impact au motif que « les impacts prévisibles du projet sur l’environnement ne devraient pas être significatifs ».

« Emmanuel Macron a facilité les processus d’autorisation et voilà où nous en sommes » 

Pour Me Arnauld Noury, l’avocat de l’association Transparence des canaux de la Narbonnaise (TCNA), « Orano a sorti une nouvelle demande du chapeau alors qu’il en avait déposé une concernant l’usine TDN peu de temps auparavant. Il a bien saucissonné les projets pour que, prise isolément, la demande pour NVH ne constitue pas un changement notable. Et comme il n’y a pas d’enquête publique, on n’a pas pu avoir accès au dossier de demande et on ne peut donc pas avoir précisément connaissance du projet ».

Une analyse dont se défend Cécile Lemierre, directrice de la communication d’Orano Malvési : « NVH est un projet à 50 millions d’euros qui vise à produire 150 tonnes de d’UO2 par an, ce qui est tout à fait annexe par rapport à notre production de tétrafluorure d’uranium[UF4] — 14 à 15.000 tonnes par an. Surtout, nous produisons déjà de l’UO2 , puisqu’il s’agit d’une forme intermédiaire de l’uranium entre le yellowcake et l’UF4  [1]. De plus, cette commercialisation de l’UO2 va nous donner l’occasion de moderniser un atelier et donc de réduire nos émissions d’oxydes d’azote. »

Mariette Gerber, médecin épidémiologiste et ancienne chercheuse à l’’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), dénonce une aberration : « Emmanuel Macron a facilité les processus d’autorisation et voilà où nous en sommes. Pourtant, la fabrication de dioxyde d’uranium nécessite l’injection d’hydrogène. En Allemagne, l’usine qui produit cette matière a récemment connu une explosion. » « L’atelier NVH rejettera 10.000 m3/h de gaz et 8.400 kg d’oxydes d’azote supplémentaires chaque année dans l’atmosphère narbonnaise », dit pour sa part André Bories, président de Rubresus. Rubresus et l’association Colère ont déposé un recours au tribunal administratif contre ce projet.

Par  Émilie Massemin (Reporterre) publié le 19 mars 2019

https://reporterre.net/sans-discussion-la-discrete-poursuite-de-la-filiere-de-retraitement

Note : Cet article est la suite de « À Narbonne, le projet d’incinération des liquides radioactifs d’Orano crispe la population », à lire ou relire ici. Narbonne (Aude), reportage

Mar 19

ALLIER : UN CONTENEUR DE PRODUITS RADIOACTIFS RETROUVÉ CHEZ UN AGRICULTEUR

Un fût de produits radioactifs a été retrouvé lundi 18 mars à Monétay-sur-Loire, dans l’Allier. Découvert sur l’exploitation d’un agriculteur, il a été mis en sécurité par une cellule spécialisée des pompiers. 

C’est un agriculteur qui a découvert le conteneur contenant des matériaux radioactifs, lundi 18 mars, en début d’après-midi, à Monétay-sur-Loire, dans l’Allier. Le fût de 300 litres se trouvait dans un fossé, aux abords de son exploitation. 

Il décide alors de ramener l’objet sur son exploitation. Il découvre alors à l’intérieur des tuyaux sur lesquels se trouve un « trèfle radioactif », sigle indiquant la présence de la radioactivité.

Il contacte alors les pompiers de l’Allier et un périmètre de sécurité est alors mis en place. Une cellule spécialisée, la NRBC (une cellule nationale nucléaire, radiologique, biologique et chimique) des sapeurs-pompiers intervient. Les spécialistes découvrent alors la présence de radioactivité dans le fût : il s’agit en fait de morceaux de paratonnerres qui auraient été démontés et placés à l’intérieur du conteneur. 

Le fût doit être transporté dans une usine de traitement

Recouvert par une plaque métallique, le fût a été placé au fond d’un puits, qui se trouve sur l’exploitation agricole et dont le propriétaire ne se servait plus. Des analyses de radioactivité ont été effectuées sur l’agriculteur ainsi que sur un gendarme : heureusement, aucune trace de radioactivité n’a été retrouvée sur eux. 
Une dizaine de gendarmes est intervenue sur place jusqu’à 19 h. Un technicien doit venir identifier la provenance du produit de manière plus précise dans les prochaines heures. D’ici jeudi 21 mars, une société spécialisée doit transporter le fût dans une usine de traitement. 

Pour info : de la radioactivité dans les paratonnerres

Surnommés les parads, ces paratonnerres ont été commercialisés au début du 20ème siècle. Pendant des années, des milliers de paratonnerres à tête radioactive ont été installés jusqu’à leur interdiction en 1987

Plus de 40 000 paratonnerres radioactifs seraient encore présents en France selon l’association Inaparad (inventaire national des paratonnerres radioactifs). À l’époque, la présence d’éléments radioactifs, radium 226 ou américium 241, était censée augmenter la conductivité électrique autour de la pointe du paratonnerre. 

Ces paratonnerres ont été placés sur toutes sortes d’édifices : clochers d’églises, campaniles de gares ou de mairies, hôpitaux, écoles, etc. 

Le risque d’exposition et de contamination est négligeable tant que le paratonnerre reste en place, hors de portée et en bon état. D’anciennes têtes ont été démontées dans des déchetteries, des jardins ou même chez des particuliers.

À Poitiers, un vieux paratonnerre était tombé lors de la tempête en 2010. Il a été retrouvé en 2013. Trois personnes ont reçu de faibles doses de radioactivité, mais supérieures à la limite réglementaire pour la population. 

Par Aurélie Albert, publié le 19/03/2019 à 08h56 mis à jour le 19/03/2019 à 09h26

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/allier/moulins/allier-conteneur-produits-radioactifs-retrouve-agriculteur-1640878.html

Mar 19

23 MARS : LE JOUR OÙ LA FRANCE BASCULE SUR LES « ÉNERGIES GRISES »

Le fournisseur d’énergies 100% vert Ilek a calculé qu’en 2019, la France aura tourné 82 jours sur sa production d’énergies vertes. Le reste de l’année, la France consomme donc d’autres énergies, appelées « grises », à commencer par l’énergie nucléaire. 

Faut-il s’en réjouir, ou bien s’en alarmer ? En 2019, près de 23 % de l’énergie qui sera consommée en France proviendra d’une source d’énergie renouvelable. C’est mieux que l’an dernier : en 2018, les énergies renouvelables n’ont couvert que 18,4 % des besoins des Français. Le Grey  Day  2019 en France est prévu pour le 23 mars !

Atteindre 50 % d’énergies renouvelables en France ne sera pas simple

Bien entendu, cette projection réalisée par l’énergéticien vert Ilek et relayée dans un communiqué de presse, est théorique. Mais elle a le mérite de mettre en lumière une réalité : il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que les énergies vertes ne couvrent ne serait-ce que la moitié de nos besoins, comme la France s’y est engagée.

Faisant écho à l’Overshoot Day (jour à partir duquel la totalité des ressources naturelles disponibles pour l’année a été consommée),  calculé chaque année par plusieurs think-tanks, Ilek a estimé que le Grey Day français aura lieu le 23 mars.

À cette date, la France aurait consommé l’intégralité de l’énergie renouvelable produite dans l’hexagone, qu’il s’agisse de l’hydraulique, qui représente la plus grosse part, du solaire, de l’éolien, ou de l’exploitation de la biomasse qui produit chaleur, bio gaz et électricité.

Le Grey Day,  ou « Journée  Grise », marque le jour où l’équivalent du stock annuel d’énergies vertes est épuisé et à partir duquel les Français doivent se contenter «d’énergies grises», produites à partir du nucléaire ou d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon).

En 2018, en appliquant le même mode de calcul, la France a virtuellement basculé sur ses énergies grises le 8 mars.

Les Français ont moins consommé d’énergie en début d’année

À noter que cette forte progression de la part d’énergies vertes dans la consommation des Français sur 2019, n’est probablement pas à attribuer à une progression fulgurante de leur poidsdans notre mix énergétique(1). C’est tout simplement, et plus basiquement, parce que l’hiver a été particulièrement doux cette année, en janvier, et février, et que la consommation d’énergie a fortement chuté.

On sait aussi que la consommation d’hydrocarbures est en repli depuis plusieurs mois. D’ailleurs, la France a battu des records en début d’année en matière d’exportation d’électricité d’origine nucléaire, à destination de ses voisins…

Rédigé par Jean-Baptiste Giraud, le 18 Mars 2019, à 11 h 40 min

https://www.consoglobe.com/grey-day-23-mars-france-cg

Mar 19

INCIDENT À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DU BLAYAIS APRÈS L’INTERRUPTION D’UNE UNITÉ DE PRODUCTION

L’unité 4 de la centrale nucléaire s’est stoppée lundi. L’incident n’a eu aucun impact sur la sûreté des installations, précise la direction de la centrale. 

On l’a appris ce mardi, l’unité de production n°4 de la centrale nucléaire du Blayais a connu une déconnexion au réseau ce lundi 18 mars à 2h20. Cette déconnexion a été demandée par le gestionnaire du réseau électrique français. L’unité s’est donc arrêtée automatiquement et conformément aux dispositifs de sûreté et de protection du réacteur.

Le niveau d’eau est monté trop vite

C’est ensuite qu’est intervenu l’incident. Lors des opérations de redémarrage de l’unité de la centrale, une augmentation trop rapide du niveau d’eau dans les générateurs de vapeur a déclenché les systèmes de protection du réacteur, conduisant à la mise en arrêt automatique du réacteur, raconte la direction de la centrale.

L’unité 4 de production n’a finalement été reconnectée au réseau électrique que lundi 18 mars à 20h50. Cet arrêt n’a eu aucun impact sur la sûreté des installations, ni sur l’environnement et a fait l’objet d’échanges avec l’Autorité de Sûreté Nucléaire, explique la centrale.

Publié le 19/03/2019 à 12h14 par Clément Guerre.

https://www.sudouest.fr/2019/03/19/incident-a-la-centrale-nucleaire-du-blayais-apres-l-interruption-d-une-unite-de-production-5911161-3227.php

Mar 18

LA MARCHE DU SIÈCLE RÉUSSIT SON PARI ET IMPOSE LE TEMPO

Des centaines de milliers de personnes ont défilé dans 220 villes françaises, en convergeant avec l’acte XVIII des gilets jaunes, pour exiger un nouveau système conciliant écologie et justice sociale.

Baptisée « Marche du siècle » par les organisateurs, cette manifestation devait tenir les promesses de son ambition. Pour les milliers de participants, c’est un succès. À Paris, le cortège Urgence pour la justice climatique et sociale a réussi la convergence des luttes entre gilets verts et gilets jaunes. « L’idée pour ce 16 mars est de durcir le rapport de force face à ce gouvernement qui reste sourd à tous les mouvements. Ils ont voulu diviser écolos et gilets jaunes, mais nous combattons tous le même système », résume Élodie Nace, militante d’Alternatiba et ANV-COP21. « Regarde ta Rolex, c’est l’heure de la révolte ! », ironise une pancarte fièrement brandie par un groupe de jeunes.

La place de l’Opéra, noire de monde, a été rebaptisée « Impasse du réchauffement climatique ». Entraînée par le son électro du camion de la Rave pour le climat, la marée humaine s’élance vers la place de la République, en continuant de scander les slogans désormais connus de tous : « Et 1, et 2, et 3 degrés. C’est un crime, contre l’humanité ! » ou « On est plus chauds que le climat ! » Toutes les générations défilent joyeusement et avec une détermination sans faille.

Dans cette marche climat, le jaune n’est pas que sur les gilets. Nombreux sont les manifestants à brandir des jonquilles ou du mimosa. Comme Hervé, 68 ans, qui vit à Paris aujourd’hui, mais a passé de nombreuses années à Bar-le-Duc (Meuse). « C’est là-bas que j’ai vraiment pris conscience des inégalités sociales, de l’importance de la justice climatique et sociale. L’industrie du nucléaire a profité de ce désert rural pour s’imposer partout ! », s’exclame-t-il, en référence notamment au projet d’enfouissement des déchets nucléaire Cigéo, à Bure.

Acte XVIII des gilets jaunes

Ce 16 mars était aussi l’acte XVIII des gilets jaunes, dont plusieurs milliers étaient rassemblés dans la capitale. À midi, les minutes s’écoulent et la foule gonfle. « Il est lacrymo moins vingt », badine un gilet jaune. Les Champs-Élysées recrachent des panaches noirs, les affrontements entre policiers et manifestants ont rapidement gagné en intensité. Canons à eau et gaz incapacitant trouvent immédiatement leur réplique. Plusieurs groupes bien équipés, banderoles renforcées en tête, courent gagner l’affrontement. Les gilets dessinent devant eux un couloir et les honorent d’une « hola ». Plus à l’arrière, des feux de palettes débutent, des badauds s’y agglutinent pour discuter. Mais la répression policière gagne du terrain, les rejoint, il faut partir.

La « plus belle avenue du monde » se vide alors de ses « intrus ». Rapidement, les contestataires se font repousser dans les rues adjacentes. Un kilomètre plus loin, une autre mobilisation se forme à Madeleine. La Marche des solidarités contre les violences policières rassemble presque 5 000 personnes. Des gilets jaunes, accueillis chaleureusement, trouvent refuge dans le cortège après avoir été repoussés par la police.

Le top est donné. Les manifestants contre le racisme d’État s’élancent puis s’arrêtent. Une minute de silence s’observe et se respecte pour les victimes des attentats de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, l’accent est donné pour les gilets jaunes. Le défilé rejoint alors la Marche du siècle, et grossit encore de quelques gilets « amenés » par les forces de l’ordre. Mais les nouveaux venus restent indifférents au cortège : tous ont les Champs-Élysées au bout des lèvres, au bout des pieds.

Des marches dans 220 villes françaises

La vague verte et jaune a atteint les 107 000 personnes à Paris, selon les organisateurs, et plus de 350 000 manifestants dans 220 villes de France. À Anglet (Pyrénées-Atlantiques), un tas de cadres de vélo à été déposé devant l’hôtel de ville pour dénoncer l’absence d’aménagement cyclable lors de la rénovation urbaine, à l’initiative du maire, également président du syndicat des mobilités Pays Basque-Adour. À Grenoble, un die-in par 20 000 personnes a fait sensation. À Saint-Denis (La Réunion), 300 personnes ont marché pour le climat et de nombreux slogans ciblaient le chantier de la Nouvelle route du littoral qui doit être terminée pour 2022.

À lire aussi >> Climat : « Quand je serai grand, je voudrais être vivant »

La mobilisation pour le climat avait déjà connu un succès la veille, vendredi 15 mars, avec la grève mondiale pour le climat, suivie par plus de 160 000 jeunes dans 200 villes françaises, dans le cadre des « Fridays for future » initiés par la Suédoise Greta Thunberg, et désormais imitée dans 120 pays dans le monde. Après la Marche du siècle de ce 16 mars, un nouveau rendez-vous est donné dans un mois, le 19 avril pour une action de désobéissance civile intitulée : « Ensemble, bloquons la République des pollueurs ! »

https://www.politis.fr/articles/2019/03/la-marche-du-siecle-reussit-son-pari-et-impose-le-tempo-40152/

Mar 18

SUISSE : LES COÛTS DE LA DÉSAFFECTATION DE MÜHLEBERG FONT DÉBAT

Nucléaire : En vue du démantèlement de la centrale, les exploitants se montrent confiants. Le doute sur leurs calculs subsiste.

L’exploitant de la centrale de Mühleberg, BKW, présentera mardi ses chiffres annuels. Si le groupe bernois se porte bien, l’année 2019 s’annonce cruciale. Dès décembre, l’entreprise lancera le démantèlement de sa centrale nucléaire. Une première en Suisse, qui non seulement représente un défi technique, mais également des coûts colossaux. Rien que pour Mühleberg, la facture devrait s’élever à près de 927 millions de francs pour la désaffectation de la centrale, et 1,427 milliard pour l’élimination des déchets.

Pour parvenir à régler la douloureuse, les exploitants sont tenus d’alimenter deux fonds, l’un consacré aux coûts de désaffectation et l’autre à la gestion des déchets radioactifs (OFDG), respectivement depuis 1985 et 2001. Le financement de la désaffectation serait ainsi assuré. À la fin de 2017, les deux fonds comprenaient 7,7 milliards. BKW, qui est tenu d’assumer entièrement les coûts du démantèlement de Mühleberg, comptait le 31 décembre 2018 des provisions s’élevant à 1,5 milliard. «Les fonds pour la désaffectation sont entièrement assurés, garantit son porte-parole, Gilles Seuret. Quant à la mise à disposition des moyens pour la gestion des déchets, elle s’effectue conformément au plan par le dépôt des provisions et par des versements dans le fonds de gestion des déchets

Révision controversée

Tout roule, donc? Non, évidemment. Les exploitants des centrales sont fortement opposés à un point de la révision de l’OFDG, mise en consultation jusqu’au 20 mars. Celui-ci prévoit l’abaissement des rendements des deux fonds de 2% à 1,6%. «Cette baisse n’est pas appropriée, martèle Gilles Seuret. Jusqu’à présent, la moyenne à long terme des rendements réels des deux fonds était de respectivement 4,25% et 3,57%. BKW estime qu’il n’y a aucune raison de faire les calculs sur la base de rendements réels aussi bas que ceux évoqués.» Les exploitants calculent ainsi que dans ce cas, ils seraient contraints de verser des contributions supplémentaires de plusieurs millions – «et ce, sans gain de sécurité, sur des décennies et sans restitution en cas de couverture excédentaire des fonds, ajoute Gilles Seuret. Or, ces moyens feront défaut aux sociétés pour permettre la restructuration du système énergétique suisse.»

Autre son de cloche chez les antinucléaires. Pour eux, le problème principal réside dans l’inexpérience en matière de démantèlement de centrales nucléaires, et donc dans l’évaluation des coûts. Prudence extrême doit être de mise. «L’abaissement des taux de rendements permet une plus grande sécurité, approuve Florian Kasser, spécialiste du nucléaire chez Greenpeace. Les marchés financiers sont extrêmement fluctuants. Les rendements actuels évoqués par les exploitants sont effectivement très bons, car la Bourse se porte bien depuis plusieurs années. Mais si l’on avait fait ces calculs en 2010-2011, après le début de la crise de 2009, les résultats seraient déjà bien différents!» Florian Kasser souligne en outre le «cadeau» reçu par les exploitants dans cette même révision, à savoir la suppression du supplément de sécurité forfaitaire de 30%. Depuis 2015, en effet, l’ordonnance prévoit à titre préventif un supplément forfaitaire de 30% sur les coûts totaux de démolition des sites de production. Considérant que les méthodes de calcul de coûts se sont affinées, le Conseil fédéral la juge désormais caduque.

Marge d’erreur de 70%

Spécialiste de la question des sites de stockage de déchets radioactifs, le géologue Marcos Buser hausse les épaules. «Cette suppression ne me dérange pas vu qu’une marge de 30% était de toute façon absolument irréaliste, ironise-t-il. La marge d’erreur est difficile à calculer, car elle est extrêmement aléatoire. Mais selon des études très poussées et mes propres calculs, une marge d’erreur se situant entre 60% et 70% commence à être acceptable.» Marcos Buser donne l’exemple du démantèlement et l’assainissement du site de la décharge industrielle de Bonfol (JU), dont les coûts sont passés d’un calcul de 200 millions à une dépense finale de 380 millions. «Et dans ce cas, le projet était extrêmement détaillé, ajoute le géologue. Ce qui n’est pas, et de loin, le cas du nucléaire. S’ajoute à cela la gestion extrêmement compliquée des déchets, dont on ignore encore beaucoup

L’évaluation des coûts du démantèlement a effectivement été constamment revue à la hausse depuis vingt ans. Le démantèlement de l’ensemble des centrales nucléaires suisses et la gestion des déchets radioactifs se calculaient à environ 13 milliards début 2000, puis à 20,6 milliards en 2011. Aujourd’hui, nous sommes montés à 24 milliards. «L’industrie du nucléaire a tout intérêt à jouer la montre et le calcul approximatif, sinon cela leur coûterait bien trop cher, commente Marcos Buser. Au final, il reviendra aux générations futures de payer, et c’est peu correct

Le Forum nucléaire suisse, lui, assure que «des experts indépendants nationaux et internationaux le confirment après vérification: les estimations des coûts de désaffectation et de gestion des déchets sont solides, fiables et robustes!» Preuve en est, ajoute l’association des exploitants, que le DETEC ne voit «aucun élément lui permettant de mettre en doute le résultat de l’évaluation effectuée par les experts indépendants. Le financement de la désaffectation et de gestion des déchets tient le cap.» (24 heures)

Par Lucie Monnat, créé le 18.03.2019 à 06h43

https://www.24heures.ch/news/news/couts-desaffectation-muehleberg-debat/story/25215295

Mar 18

L’ENVOYÉ NUCLÉAIRE SOULIGNE LE RÔLE CLÉ DE SÉOUL DANS LA DÉNUCLÉARISATION AVANT SON DÉPART VERS LA RUSSIE

INCHEON, 18 mars (Yonhap) — L’envoyé nucléaire Lee Do-hoon a pris ce lundi la direction de la Russie pour discuter avec son homologue russe Igor Morgoulov des efforts destinés à dénucléariser la péninsule coréenne et à instaurer la paix.

Le représentant spécial pour la paix sur la péninsule coréenne et les affaires de sécurité rencontrera demain à Saint-Pétersbourg le vice-ministre russe pour évaluer ensemble la situation sur la péninsule coréenne après le deuxième sommet Corée du Nord-États-Unis qui s’est tenu les 27 et 28 à Hanoï, au Vietnam.

«Nous sommes à un moment très important où nous devons discuter étroitement avec les pays concernés après le sommet de Hanoï», a déclaré aux journalistes Lee avant son départ. «J’aborderai divers sujets avec le vice-ministre Igor Morgoulov, notamment la manière de travailler ensemble à l’avenir», a-t-il expliqué avant de faire part de son projet de continuer à rencontrer des officiels chinois, japonais et américains.

Lee a aussi tenu à noter la multiplication récente de contacts entre la Corée du Nord et la Russie, notamment de haut niveau.

La semaine dernière, la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères Choe Son-hui a minimisé le rôle de Séoul en le décrivant comme un «acteur et non un médiateur». À ce propos, Lee a souligné que le gouvernement sud-coréen constituait un «acteur clé».

Mercredi, Lee s’envolera vers Bruxelles pour participer à une session du Comité politique et de sécurité de l’Union européenne (UE) et s’entretenir avec Helga Schmid, secrétaire générale du Service européen pour l’action extérieure.

Par lsr@yna.co.kr, publié le 18.03.2019

https://fr.yna.co.kr/view/AFR20190318001900884?section=international/index

Mar 18

JOURNAL D’UNE CATASTROPHE ANNONCÉE : 17 MARS

Où étiez-vous le 16 mars ?

Où étiez-vous ce samedi, jour de la « marche du siècle », lendemain de la grève mondiale pour le climat des jeunes ?

J’ai regardé autour de moi, dans le cortège qui avançait, tranquille, dans les rues de la ville. J’ai vu des amants marcher par paire, des amis se héler. J’ai vu des inconnus proposer de relayer les porteurs de banderoles.

 « NI NUCLÉAIRE, NI EFFET DE SERRE,

ENTRONS ENFIN DANS LA TRANSITION. »

J’ai vu une planète blessée, portée par des brancardiers. J’ai vu une toute petite fille tenir un carton, assise sur le siège d’un vélo tenu par son père. « Pas de nature, pas de futur » J’ai vu des familles avec poussettes tenir des pancartes colorées. « Je veux des poissons dans la mer », « Quand je serai grand, je voudrais être VIVANT. » J’ai vu des élus, de la ville, de l’agglo, de la région. J’ai vu des militants donner des tracts sur le glyphosate. J’ai vu un homme marcher seul dans la foule, son panneau brandi, jusqu’au bout. « Sortons de l’âge du pétrole ». J’ai vu des artistes. J’ai vu des mamies et des papis. 

Des phrases étaient tracées à l’encre sur un carré de carton. Des fleurs en papier, des arbres dessinés « Sans planète, on aura l’air con ». « La nature n’est pas qu’un joli fond d’écran ». « Ta planète, tu la préfères bleue ? saignante ? Ou bien cuite ? » « Stop déforestation. Forêt=poumon ». « Maintenant ou jamais ». « OISEAUX, POISSONS, RÉVOLUTION ». « Vos actions, notre poison ». « Nique pas ta mer ». « L’humanité court à sa perte, mais elle y va en voiture ». 

La foule portant ces panneaux avançait sous le radieux soleil du réchauffement climatique. 

Des gens attablés aux terrasses des cafés nous regardaient passer.

Une marée noire avançait vers les côtes. 2500 voitures reposaient dans des containers par 4000 m de fond. 

L’Assemblée nationale repoussait l’interdiction « de la production, du stockage et de la vente de produits phytopharmaceutiques destinés à des pays tiers et contenant des substances prohibées par l’Union européenne ». Les firmes de produits pharmaceutiques finançaient des partis politiques européens.

Les députés rejetaient l’inscription dans la loi de l’interdiction du glyphosate. L’Agence nationale  de sécurité sanitaire continuait à mentir. Le Sénat continuait à rejeter toute limitation d’usage des produits. Le taux de carbone dans l’atmosphère terrestre continuait à grimper.

J’ai regardé autour de moi, ce samedi 16 mars. On s’est compté. On était 1300 à La Rochelle. 350 000 dans toute la France selon Greenpeace. J’ai compté et recompté. Dans ma famille, on était 15%. Dans mes amis, davantage. La moitié peut-être ? En repartant de La Rochelle, nous sommes passés devant la grande zone commerciale. Il y avait des voitures partout. Normal, c’est samedi et les bus ne passent pas dans la zone. « L’humanité court à sa perte, mais elle y va en voiture ». Il parait que notre cerveau est programmé pour ça. Se gaver, jusqu’à en crever. Pas réagir aux phénomènes globaux, se démener pour remplir le frigo. C’est pas qu’on n’aime nos enfants, non, c’est pas ça. Dites-moi, où étiez-vous le 16 mars ?

Le journal d’une catastrophe annoncée est un blog créé sur la maison d’édition La nage de l’ourse

Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

Par Véronique Duval, publié le dimanche 17 mars 2019

https://blogs.mediapart.fr/edition/vert-tige/article/170319/journal-dune-catastrophe-annoncee-17-mars

Mar 18

ESSAIS NUCLÉAIRES, LES IRRADIÉS TÉMOIGNENT

Samedi 16 mars, à la salle des conférences de Villeneuve-lès-Avignon, l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires) a organisé une exposition et une réunion d’information.

Que ce soit à Reggane dans les années 60 ou à Moruroa, dix ans plus tard, ils avaient 20 ans, appelés pour leur service militaire. Ils partaient, non pas la fleur au fusil, mais avec l’insouciance de leur jeunesse. Ils n’en furent pas moins de « chair à neutrons« , pour servir le programme nucléaire du général De Gaulle, voulant assurer l’indépendance militaire de la France.

Les rescapés ou leurs familles, s’ils ne peuvent plus le faire, trop malades ou morts des suites de leur exposition aux radiations, témoignent. Aujourd’hui, on sait qu’un corps irradié n’a plus les défenses nécessaires pour lutter contre un cancer. Tel fut le cas du père de Géraldine, en charge de la décontamination : « En janvier 2002, son cancer a été détecté, opéré en février, décédé le 14 avril. »

Le matériel contaminé enterré sur place

Un décès tout aussi rapide pour le mari de Joséphine, simple “trouffion”, envoyé pour surveiller une zone de tir de la bombe H.  » Il portait une médaille censée mesurer le degré de radioactivité. On ne lui a jamais communiqué le résultat enregistré…« 

Georges, en 1972, était en mission sur un bateau météo chargé de prévoir les retombées du nuage atomique. « Certes nous étions confinés à l’intérieur, mais de retour à la base, nous marchions sans protection sur le pont contaminé.« 

« Les équipements étaient insuffisants et la décontamination dépourvue de rigueur. L’eau utilisée pour laver les avions ruisselait partout« , raconte Bernard.  » À l’arrêt des essais en 1996, le matériel a été enterré sur place, au mépris des autochtones« , ajoute Christian Chabert, auteur d’un film sur internet intitulé Moruroa, l’enfer au paradis.

Par MIDI LIBRE, publié le 18/03/2019 à 02h23

https://www.midilibre.fr/2019/03/18/essais-nucleaires-les-irradies-temoignent,8074485.php

Mar 18

LANNION : PROJECTION D’UN FILM SUR LA CATASTROPHE DE FUKUSHIMA LE 21 MARS

Le film « Fukushima – Le couvercle du soleil » sera projeté jeudi 21 mars au cinéma Les Baladins, à Lannion, à l’initiative de l’association Sortir du nucléaire-Trégor. Il plonge le spectateur au cœur de la catastrophe qui a secoué le Japon il y a huit ans.

Le 11 mars 2011, le Japon était frappé par un séisme, suivi d’un tsunami, qui entraînait un accident majeur à la centrale nucléaire de Fukushima. « Un accident nucléaire, on en parle au passé, alors qu’il est toujours en cours. Les méfaits de la pollution radioactive sur l’eau, l’air, les sols, vont s’étaler dans un temps extrêmement long, avec de lourdes conséquences sur la santé des populations », martèle Laurent Lintanf. Le porte-parole de l’association Sortir du nucléaire (SDN)-Trégor n’est pas près d’oublier cette date. « On était quelques-uns à préparer un événement pour commémorer la catastrophe de Tchernobyl, quand celle de Fukushima s’est produite. On a alors pris la décision de créer Sortir du nucléaire-Trégor ».

Projection suivie d’un échange avec un journaliste japonais

Un film de fiction, « Fukushima – Le couvercle du soleil », vient de sortir en salle. SDN-Trégor s’associe au cinéma Les Baladins pour le projeter le jeudi 21 mars, à 20 h 30. Le réalisateur Futoshi Sato revient sur la catastrophe et sur la gestion de la crise par les autorités politiques et administratives japonaises. La projection sera suivie d’un échange avec le journaliste japonais et francophone Kolin Kobayashi. Ce dernier collabore régulièrement avec l’ancien Premier ministre japonais Naoto Kan, au pouvoir à l’époque et devenu depuis, un antinucléaire convaincu.

Pour les militants de SDN-Trégor « cette commémoration constitue une nouvelle occasion d’interpeller le gouvernement français ». « A-t-il vraiment besoin d’un accident nucléaire made in France pour enfin reconnaître que le nucléaire, c’est vraiment une folie ? », s’interrogent-ils.

Pratique

Projection du film « Fukushima – Le couvercle du soleil », jeudi 21 mars à 20 h 30, au cinéma Les Baladins à Lannion. Entrée : 7,90 € ; tarif réduit, 6,70 €. Contact : Sortir du nucléaire-Trégor, tél. 06 86 22 58 88 ; courriel : sdn-tregor@laposte.net

Publié le 17 mars 2019 à 14h20

https://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/lannion/nucleaire-projection-d-un-film-sur-la-catastrophe-de-fukushima-le-21-mars-17-03-2019-12234053.php

Mar 17

ACCORD NUCLÉAIRE ENTRE L’IRAN ET 5+1 : DÉCLARATION DE LA RÉUNION DE LA COMMISSION MIXTE

La réunion de la commission mixte a eu lieu à Vienne le 06 Mars 2019. Selon le JCPOA (Accord Nucléaire entre l’Iran et 5+1 ), la Commission mixte est chargée de superviser la mise en œuvre du JCPOA.

La réunion a été présidée par Mme Helga Schmid, représentante du Haut Représentant de l’Union européenne, et avec la présence des délégations de Chine, de France, d’Allemagne, de la Fédération de Russie et de la République islamique d’Iran, en tant que membres de JCPOA au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères / directeurs politiques.

Avant la commission, le groupe du travail pour lever les sanctions a tenu une réunion. Son excellence Monsieur le Docteur Araghchi, assistant politique, a présidé la délégation de notre pays à la Commission mixte. À la fin de la cette réunion, le président de séance a publié une déclaration dont les points les plus importants sont ci-après :

  1. Les membres de la réunion ont réaffirmé leur engagement à une mise en œuvre complète et effective dans tous les secteurs. Ils ont souligné que la résolution 2231 du Conseil de Sécurité des Nations Unies avait approuvé à l’unanimité la poursuite d’un élément clé du cadre mondial de non-prolifération et un acquis important dans le domaine de la diplomatie multilatérale.
  2. Les membres considèrent la poursuite de la mise en œuvre des engagements nucléaires connexes, malgré la réintroduction des sanctions américaines et de ses effets sur l’économie iranienne, qui a été approuvée par les quatorze rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique, y compris le récent rapport du 6 mars. Ils l’ont bien accueilli et ont également salué le rôle professionnel et impartial reconnu par l’AIEA, seule entité chargée de superviser et de vérifier le respect des obligations nucléaires iraniennes dans la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies.
  3. Les membres continueront d’appuyer le projet de modernisation du réacteur Arak dans le cadre du plan visant à transformer l’installation de Fordow en une installation nucléaire, physique et technologique. Les membres ont également annoncé leur soutien à des projets dans le domaine de la coopération nucléaire pacifique dans le cadre de l’appendice n ° 3 et ils l’ont apprécié. En outre, les membres ont réaffirmé que le canal des achats était prêt à évaluer les demandes de transfert d’articles vers l’Iran et qu’ils étaient déterminés à soutenir davantage la participation internationale à cet égard.
  4. Les membres ont déclaré que, parallèlement à la poursuite de la mise en œuvre des engagements nucléaires par l’Iran, la levée des sanctions, qui permettrait la normalisation des relations économiques avec l’Iran, constitue un élément essentiel du JCPOA.
  5. Les membres ont examiné leur engagement à lever les sanctions à la lumière de la déclaration des ministres de la Commission mixte du 30 juin 2018, de la déclaration ministérielle du 24 septembre 2018. Aussi ils ont examiné les effets de la remise en œuvre des sanctions américaines qui ont été supprimées par le JCPOA et ont évalué les efforts déployés pour maintenir les avantages de la levée des sanctions.
  6. Les membres ont particulièrement accueilli l’urgence et la nécessité d’obtenir des résultats tangibles de l’enregistrement de l’INSTEX en tant que mécanisme spécial permettant d’établir des relations financières efficaces, ainsi que par la détermination de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni en tant que principaux actionnaires pour faciliter le commerce légitime avec l’Iran. Dans le même esprit, le directeur de l’INSTEX, M. Fisher, a déposé hier un rapport sur les activités en cours. L’Union européenne continuera d’appuyer son activation dans les meilleurs délais et en coopération étroite avec l’institution iranienne compétente en cours d’établissement. Il soutient également l’engagement d’élargir les activités de l’INSTEX, y compris à d’autres gouvernements européens intéressés, et d’essayer de les inclure dans les prochaines étapes pour les activités économiques des pays tiers.
  7. À cet égard, les membres ont considéré les initiatives prises pour soutenir les relations commerciales et économiques avec l’Iran, notamment les missions spécialisées, encourageant et communiquant avec les petites et moyennes institutions iraniennes et les parties étrangères, établissant des contacts avec des banques, des acteurs économiques et des partenaires importants dans le monde entier.
  8. Les membres, soulignant leur engagement continu, ont examiné des mesures visant à soutenir les objectifs suivants :

– Maintenir et promouvoir des relations économiques plus larges dans différents domaines avec l’Iran.

 – Poursuite des exportations de condensats de pétrole et de gaz, de produits pétroliers et pétrochimiques

– Continuité des relations de transport maritime, terrestre, aérien et ferroviaire

– Améliorer la couverture du crédit à l’exportation

– Soutien clair et efficace aux acteurs économiques qui commercent avec l’Iran, en particulier les petites et moyennes entreprises, qui sont les principaux contributeurs à de nombreuses économies.

– Encourager davantage d’investissements en Iran,

– Soutien aux opérateurs économiques pour les investissements et autres activités commerciales et financières réalisées avec ou en relation avec l’Iran

– Réunir des experts des secteurs public et privé, notamment par le renforcement des conseils d’entreprise

– Soutien pratique au commerce et à l’investissement en Iran

– Soutenir les entreprises contre les effets transfrontaliers des sanctions américaines.

9- Les membres ont souligné leur décision d’appuyer les solutions opérationnelles pour la levée des sanctions et ont convenu de suivre de près les progrès et d’organiser une réunion de commission commune, notamment au niveau ministériel, afin de faire progresser les efforts conjoints. Ils redoubleront également d’efforts pour préserver leur intégrité, notamment en ce qui concerne l’élimination des sanctions par le biais d’échanges d’experts spécialisés, le cas échéant, par la création de sous-groupes de sous-comités chargés de l’élimination des sanctions.

Par Cheikh Kandé, publié le 16/03/2019 à 16h30

https://senego.com/accord-nucleaire-entre-liran-et-51-declaration-de-la-reunion-de-la-commission-mixte_872886.html

Mar 17

POLYNÉSIE : ROLAND OLDHAM NOUS A QUITTÉS

Il est à l’origine de l’association Moruroa e tatou. Il a consacré sa vie à la défense de la Polynésie concernant les effets du nucléaire. Roland Oldham est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à Arue à l’âge de 68 ans. 

Roland Oldham n’a jamais travaillé pour le CEP, il n’a même jamais mis les pieds à Moruroa. Pourtant, il a dédié sa carrière au nucléaire. Il a créé l’association Moruroa e tatou et en est devenu le Président en 2001. Son combat : défendre les anciens travailleurs du centre d’expérimentation du pacifique. Dans la foulée de sa grande sœur l’AVEN, (association des vétérans des essais nucléaires), il a fondé son association le 4 juillet 2001. « Moruroa e tatou« , c’est le nom de la première enquête réalisée en Polynésie auprès d’anciens travailleurs des sites nucléaires par l’Église protestante Ma’ohi. C’était la première fois qu’on les interrogeait, 30 ans après les premières expérimentations.

Roland Oldham voulait par-dessus tout que son combat, soit celui de tous les Polynésiens, et qu’ils ne soient pas instrumentalisés par le politique. « Pour que ça marche avec le peuple de Polynésie, il faut qu’il y ait une réconciliation entre le peuple polynésien, il faut qu’il y ait de l’humilité. Le système est toujours là, ce sont toujours les mêmes qui nous ont menti. J’aurais souhaité qu’ils demandent pardon au peuple. » disait-il.  

Pour Roland Oldham, la justice reste aujourd’hui encore à gagner. Il faut rendre le dispositif d’indemnisation plus performant et prendre en compte les effets transgénérationnels du nucléaire. 

Par Polynésie la 1ère, publié le 16/03/2019 à 09h51, mis à jour le 16/03/2019 à 19h59

Pour voir  la suite de cet article, cliquer sur : https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/tahiti/polynesie-francaise/roland-oldham-nous-quittes-690400.html

Mar 16

MOBILISATION POUR L’ABROGATION DU TRAITÉ EURATOM, NOUVELLES ET PROLONGATION DE LA PÉRIODE DE SIGNATURE !

Grâce à la mobilisation citoyenne, plus de 13.000 signatures en ligne et sous forme papier, ont été collectées !

Les 15 conférences animées dans plusieurs villes de France et de plusieurs pays limitrophes, de mi-janvier à début mars, ont permis de sensibiliser plusieurs centaines de personnes. Merci à tous les signataires et à ceux qui font signer la pétition !

La plus récente conférence a eu lieu à Genève le 7 mars, grâce au concours de son conseiller administratif, Mr Remy Pagani et en présence de la parlementaire Isabelle Chevalley. La Suisse n’est pas un état membre, mais « associé» d’Euratom; nombreux sont les citoyens Helvètes qui considèrent que le financement d’Euratom par leur pays est incompatible avec la politique énergétique du Conseil Fédéral.

La date de fin de la pétition était initialement fixée au 29 mars, date initialement prévue pour le Brexatom et le Brexit. Mais l’actualité en a décidé autrement et le Royaume-Uni a décidé de reporter cette échéance. Par ailleurs nous observons que le rythme de nouvelles signatures se maintient dans une dynamique positive, montrant que de nouveaux citoyens sont petit-à-petit sensibilisés par ce sujet.

Ces deux facteurs nous amènent à décider de prolonger la période de signature de la pétition et de caler sa date de fin sur celle du Brexit (on parle pour l’instant du 30 juin).

Ce report nous permet de programmer de nouvelles dates de conférences, la prochaine étant prévue à Lyon le 19 mars à 19h à la Maison de l’Environnement, 14 avenue Tony Garnier avec l’association SERA.

Ces derniers jours, Christine Hasse de l’Association Rech a participé à un groupe de travail à Berlin avec les associations Allemandes et Autrichiennes qui mènent le même type d’action dans leur pays, dans le but de donner une suite à la mobilisation.

Nous vous tiendrons bien entendu informés des décisions que nos deux associations seront amenées à prendre quant à la poursuite de cette action.

En attendant merci de faire connaître la nouvelle échéance autour de vous !

Rappels :

. pour faire signer la pétition, le plus simple est d’inviter à signer en ligne sur : http://abrogationeuratom.wesign.it/fr. Une version anglaise est en place sur ce même site (onglet EN),

. une version « papier » est également disponible et téléchargeable depuis notre site.

Nous comptons sur vous pour faire connaître la mobilisation dans vos réseaux et obtenir de nombreuses signatures !

[1] site CRIIRAD : http://www.criirad.org (y compris nos pétitions)
[2] Site RECH : http://chainehumaine.fr/

Mar 16

UN BOMBARDIER US CAPABLE DE TRANSPORTER DES ARMES NUCLÉAIRES FRÔLE LA FRONTIÈRE RUSSE

Un bombardier stratégique américain B-52H Stratofortress capable de porter des missiles de croisière et des bombes nucléaires a effectué vendredi un vol le long de la frontière nord-ouest de la Russie, dans la région de la mer Baltique, indique les données des sites qui surveillent les déplacements des avions militaires.

Pour la deuxième fois cette semaine, un bombardier de l’US Air Force B-52H Stratofortress s’est approché de la frontière nord-ouest de la Russie, effectuant ce vendredi un vol au-dessus des eaux de la mer Baltique.

Il est à noter que le bombardier volait à une altitude de 8.200 mètres avec un transpondeur allumé.

Toujours vendredi, un avion de reconnaissance stratégique de l’US Air Force RC-135V qui avait décollé depuis RAF Mildenhall, en Angleterre, a été repéré aux abords de la région de Kaliningrad où il avait effectué un vol de plusieurs heures. L’avion de reconnaissance suédois Gulfstream 4 a également fait vendredi un vol au-dessus de la mer Baltique.

Selon les sites Internet qui surveillent les vols des avions militaires, tout comme ce jeudi, le bombardier a décollé depuis la Barksdale Air Force Base, située en Louisiane. Après le vol transatlantique, il a survolé l’Angleterre, puis a traversé l’espace aérien allemand vers la Baltique. Au-dessus de cette mer, il a mis le cap vers la frontière maritime de la région de Kaliningrad.

À une distance d’environ 120 km de la frontière maritime russe, l’avion s’est trouvé pendant quelques minutes dans la zone de l’action des DCA russes, après quoi il s’est dirigé vers une base aérienne située sur le sol britannique.

https://fr.sputniknews.com/defense/201903151040376362-bombardier-armesnucleaire-frontiere-russe/

Mar 16

COUPÉS DU MONDE: UNE NOUVELLE SUR LE COTENTIN AU PROFIT DE « NOS VOISINS LOINTAINS »

Michel Lebonnois, auteur du Cotentin vient de faire don de ses droits d’auteur au CRILAN au profit de l’association franco japonaise « Nos voisins Lointains » qui vient en aide aux familles et enfants d Fukushima.

Vendu 5 euros ce livre sera disponible dès le mardi 20 mars auprès du CRILAN et au 06 08 84 22 22

http://leblogdejeudi.fr/coupes-du-monde-une-nouvelle-sur-le-cotentin-au-profit-de-nos-voisins-lointains/

NDLR: Le CRILAN (Comité de Réflexion, d’Information et de Lutte Anti-Nucléaire) est né en 1980 de la construction des deux réacteurs nucléaires de Flamanville (Manche), du développement du centre de retraitement de la Hague, du Centre de Stockage Manche (ANDRA) et de l’Arsenal de Cherbourg.

Association CRILAN, 16 LE BOURG GOURBESVILLE, 50480 PICAUVILLE

Mar 15

À NARBONNE, LE PROJET D’INCINÉRATION DES LIQUIDES RADIOACTIFS D’ORANO CRISPE LA POPULATION

Dans l’Aude, l’usine Orano Malvési cherche à se débarrasser de ses effluents radioactifs. Entreposés dans des bassins, ils ont déjà contaminé les alentours. Un incinérateur serait la solution mais depuis trois ans, la mobilisation des riverains contre ce projet ne faiblit pas.

Curiosité locale, l’oppidum du Montlaurès, au nord-ouest de Narbonne (Aude), était jusqu’au Ve siècle avant Jésus-Christ une fortification appartenant aux Élisyques. Mais, en ce matin ensoleillé de février, ce n’est par amour de l’archéologie que Fabrice Hurtado, président de l’association Transparence des canaux de la Narbonnaise (TCNA s’attaque au raidillon qui conduit au site, sur un promontoire rocheux couvert d’une odorante végétation méditerranéenne. Au sommet, il sort son appareil de mesure de la radioactivité et s’intéresse à la vue sur une place forte bien plus récente : les cent hectares de l’usine de conversion de l’uranium Orano Malvési, installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE) Seveso seuil haut. « Avec des vignes juste à côté, lâche-t-il, écœuré. La proximité avec le centre-ville de Narbonne est frappante : trois kilomètres à peine. Et c’est là qu’ils vont construire TDN ! » TDN, pour « traitement des nitrates » : un procédé industriel censé éliminer les liquides à haute concentration en nitrates et légèrement radioactifs entreposés depuis plus de cinquante ans dans les bassins en forme de lagunes bien visibles que M. Hurtado montre depuis le Montlaurès.

Fabrice Hurtado, président de l’association TCNA, et son appareil de mesure de la radioactivité.

Inaugurée en 1959, l’usine Orano Malvesi est en France le premier maillon de la chaîne de fabrication du combustible à base d’uranium pour les réacteurs nucléaires [1]. Elle réceptionne le concentré d’uranium — le « yellowcake » — en provenance du Niger, du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, du Canada et de Namibie et le transforme en tétrafluorure d’uranium (UF4 ). L’UF4 est ensuite envoyé à l’usine de conversion et d’enrichissement Orano Tricastin (Drôme) ou exporté. À ce jour, près d’un quart de l’uranium mondial transite à Malvési.

Première étape, la dissolution du yellowcake dans de l’acide nitrique. Il en ressort du nitrate d’uranyle, qui est purifié à l’aide de tributyl-phosphate (TBP) circulant dans une colonne. C’est de cet atelier que sortent les déchets liquides nitratés contenant des « résidus solides – impuretés, métaux agglomérés dans la mine, etc. » explique à Reporterre Cécile Lemierre, directrice de la communication du site. Sont-ils radioactifs ? « 99,9 % de l’uranium est récupéré, assure la directrice de la communication de la business unit chimie et enrichissement d’Orano, Nathalie Bonnefoy. Ces effluents ne présentent qu’une très faible activité radioactive. »

Le site Orano Malvési.

Ils sont ensuite envoyés dans les neuf bassins visibles depuis le sommet du Montlaurès. Les trois premiers, B3, B5 et B6, servent à la décantation. « Les impuretés et métaux lourds tombent au fond sous forme de boues. C’est là qu’on retrouve les traces d’uranium », poursuit Mme Bonnefoy. Plus précisément, des sels d’uranium et de ses descendants (thorium 230 et 234, protactinium 234), selon un rapport de l’IRSN de 2008. « À ce titre, ces boues sont considérées comme des déchets radioactifs dans l’inventaire de l’Andra », indique le texte (p. 10). Les liquides surnageants contiennent, eux, des éléments radioactifs solubles, comme le technétium 99, le radium 226 et le bismuth 214 et sont transférés dans les bassins B7 à B12, dits « d’évaporation ». « Une fois l’eau évaporée grâce au soleil et au vent, on récupère des sels fondus de nitrates », dit Cécile Lemierre. À ce stade, le problème est double : les sels de nitrates présentent des traces de radioactivité et ne peuvent donc pas être recyclés, par exemple comme engrais dans l’agriculture ; et comme ils sont semi-liquides, l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) refuse de les prendre en charge.

Les bassins de l’usine Orano Malvési, depuis le Montlaurès.

D’où cet entreposage, depuis plus de cinquante ans, dans des bassins à ciel ouvert. Fin 2016, 350.000 mètres cubes (m³) d’effluents y étaient accumulés. Mais ce pis-aller a montré ses limites. En 2004, une digue protégeant les bassins B1 et B2 a cédé, laissant s’échapper 15.000 m³ d’effluents nitratés et de boues. En 2006, des inondations puis un fort coup de vent ont fait déborder des bassins d’évaporation jusque dans le canal du Tauran. En juin 2006, une fuite dans une conduite a dispersé 350 m³ de déchets liquides jusqu’en dehors du site.

Bruno Chareyron, chef du laboratoire de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), a mesuré dès 2006 l’effet de ces incidents sur l’environnement [2]. « Nous avons analysé des boues prélevées par un riverain devant chez lui. Elles étaient contaminées par plusieurs radionucléides, comme le thorium 230, très toxique par inhalation, et le radium 226, qui se décompose en radon, un gaz radioactif qui peut entraîner des cancers du poumon. Nous avons aussi détecté de l’américium 241, un descendant du plutonium. Ces radionucléides n’avaient jamais été mentionnés dans les inventaires de l’Andra. En creusant, on s’est aperçu que l’usine avait discrètement reçu de l’uranium de retraitement entre 1960 et 1982, d’où la présence de ces radionucléides produits lors de la réaction nucléaire du cœur du réacteur. » À la suite de ces découvertes, le riverain et son épouse ont dû être relogés. Les bassins B1 et B2 ont été reclassés en « installations nucléaires de base » (INB) et comblés. Deux ans après, l’IRSN a confirmé la présence de plutonium, d’américium 241 et de thorium 230 dans des champs de blé près de l’usine, avec une activité massique « entre 100 et 10.000 fois supérieure à celles observées en général sur le territoire français ». Il a alerté sur une « contamination diffuse par la mise en suspension de particules provenant de bassins de décantation et d’entreposage ».

Les opposants à TDN ont d’autant moins confiance que de nombreux incidents ont émaillé l’histoire de l’usine 

Pour Orano, il devenait urgent de se débarrasser de cet héritage toxique. Et il compte pour ce faire sur son unité TDN, qui repose sur le procédé Thor — pour « thermal organic reduction » — développé par le groupe industriel suédois Studsvik. Les effluents radioactifs nitratés seront introduits dans un four chauffé à 780 °C, avec de la vapeur, du charbon et de l’argile. Objectif, « casser la molécule de nitrate, qui pose problème car elle se recombine sans cesse avec l’humidité de l’air pour redevenir liquide », explique Cécile Lemierre. Les éléments radioactifs et polluants captés par les particules d’argile et de charbon seront ainsi transformés en une poudre solide qui pourra être confiée à l’Andra. Quant à la cheminée de 28 mètres qui surmontera l’installation, elle sera censée rejeter principalement de la vapeur d’eau, de l’azote et de l’oxygène. « Ces gaz n’auront rien à voir avec ce qui sort d’un incinérateur, insiste la directrice de la communication du site. Les oxydes d’azote [NOx] ne représenteront que 0,02 % des rejets et moins de 2 % des émissions du trafic routier. » Ce nouvel atelier, qui représente un investissement à 80 millions d’euros, doit permettre de traiter les nouveaux effluents au fur et à mesure et d’éliminer progressivement ceux qui stagnent dans les bassins de décantation. « On aurait pu demander l’autorisation de creuser des bassins supplémentaires, mais dès lors qu’on avait développé cette technologie, elle nous est apparue comme une solution plus responsable », dit Mme Lemierre. Qui rappelle que le groupe a investi 500 millions d’euros en dix ans pour la modernisation de l’usine et la réduction de ses rejets et va en dépenser 300 millions supplémentaires dans les cinq années à venir — TDN compris.

Le procédé TDN.

Cette solution est-elle responsable ? Ce n’est pas l’avis de plusieurs associations et collectifs. Le premier à lancer l’alarme a été André Bories, chercheur à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) à la retraite et président de l’Association de protection et sauvegarde de l’environnement des basses plaines de l’Aude (Rubresus), dès l’enquête publique de 2016. « TDN va émettre 40.000 m3/h de rejets gazeux, 19.000 kg par an de Nox et des perturbateurs endocriniens ! Sans parler des poussières d’argile extrêmement fines contenant des éléments radioactifs, qui sont susceptibles d’être inhalées et de contaminer la population, explique-t-il à Reporterre. L’argument d’Orano selon lequel des essais ont été réalisés sur 62 tonnes de liquides nitratés ne le rassure pas : « Les tests ont été effectués avec des effluents qui ne contenaient pas de radionucléides, dans une installation d’une capacité de 200 litres alors que le four de Malvési fera 80 m³. Les Narbonnais sont considérés comme des cobayes. »

Une inquiétude partagée par Mariette Gerber, médecin épidémiologiste et ancienne chercheuse à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). « Les NOx et les particules fines sont les principaux composants de la pollution atmosphérique et provoquent des maladies comme l’asthme et la bronchite chronique obstructive indique-t-elle à Reporterre. TDN va aussi émettre des composés organiques volatils [COV] : du benzène, qui peut causer des leucémies, et des biphtalates, les DEHP, reprotoxiques et responsables de malformations génitales. Ces COV vont être mesurés en vrac alors qu’ils n’ont pas le même effet-dose : la toxicité du benzène augmente avec la concentration alors que les DEHP peuvent être néfastes même à très faibles doses. »

Les opposants à TDN ont d’autant moins confiance que de nombreux incidents ont émaillé l’histoire de l’usine. Outre les débordements de bassins et les fuites, les riverains se souviennent du déraillement de trois wagons transportant de l’acide fluorhydrique en 2001 : le dernier avait mis plus d’un mois à être relevé et l’opération avait nécessité l’évacuation d’une partie de la population narbonnaise. En septembre 2018, un fût a explosé, faisant trois blessés. À cette liste s’ajoute celle des ouvriers morts de maladies professionnelles : François Gambard, qui a succombé à une leucémie aiguë, et Bernard Moya, emporté par un cancer broncho-pulmonaire. La leucémie myéloïde aiguë de Michel Leclerc avait aussi été reconnue comme une maladie professionnelle, avant que la cour d’appel de Montpellier ne casse le jugement en 2013.

Orano se targue d’employer 220 salariés, dont 75 % habitent dans le Grand Narbonne

Après sa promenade au Montlaurès, Fabrice Hurtado retrouve des représentants du Comité de vigilance des déchets de Malvési (Covidem) et du réseau Sortir du nucléaire Aude (SDN 11) dans une salle prêtée par l’Assoc’épicée, à Narbonne. L’occasion de préparer le grand cortège funèbre prévu le 16 mars — lors de la précédente, le 24 novembre 2018, 800 personnes avaient déambulé dans le centre-ville avec des gerbes de fleurs portant l’inscription « À toi, Narbonne, sacrifiée à l’industrie nucléaire » — et de retracer la chronologie de la mobilisation. « C’est André Bories, de Rubrésus, qui été le lanceur d’alerte en contestant l’enquête publique en septembre 2016 », se souvient Franck Balourdet, du Covidem. Quand le commissaire-enquêteur a rendu un avis favorable au projet deux mois plus tard, Rubresus a organisé deux réunions d’information. Les associations SDN 11, Écologie du Carcassonnais, des corbières et du littoral audois (Eccla), Arrêt du nucléaire 34, lui ont prêté main-forte. Plusieurs collectifs et associations ont vu le jour : les Familles papillons, le Covidem, TCNA. Le troisième rassemblement devant l’hôtel de ville de Narbonne, début novembre 2017, a rassemblé 2.500 personnes –—une performance pour cette ville de quelque 55.000 habitants.

Une réunion d’opposants au projet TDN à Orano Malvési. De gauche à droite / Franck Balourdet (Covidem), Juliette Schweitzer (SDN 11), Denis Lenhardt, Fabrice Hurtado et Alain Donnadieu (TCNA).

Cela n’a pas empêché le préfet d’autoriser le projet par arrêté le 8 novembre 2017. « Nous avions commandé une tierce expertise qui a été réalisée par l’IRSN [Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire] et le professeur Jean-Claude Bernier, qui a dirigé le département chimie du CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Ils avaient rendu un avis favorable au procédé avec des recommandations que nous avons toutes reprises », dit à Reporterre Laurent Denis, chef de la subdivision Aude de la Dreal (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement). Maryse Arditi, présidente d’Eccla, a accepté de coprésider l’observatoire des rejets créé par cet arrêté et chargé de surveiller les émissions de l’usine en attendant de pouvoir analyser celles de TDN. « Cela fait vingt ans que je surveille cette usine. Elle rejette déjà par vingt-neuf cheminées. Pour moi, le risque fondamental est celui des déchets et la pollution atmosphérique vient loin derrière, estime l’écologiste. D’ailleurs, dans l’arrêté, les niveaux de rejets proposés par Orano ont été revus à la baisse : 200 mg/m³ pour les oxydes d’azote au lieu de 500 mg/m³, et même 10 mg/m³ pour les COV au lieu des 110 mg/m³. »

 La marche funèbre du 24 novembre 2018 organisée par TCNA.

Des élus qui s’étaient opposés au projet se sont peu à peu faits discrets. Carole Delga, présidente de la région Occitanie, avait fait voter en juin 2017 une motion pour un moratoire de suspension de l’installation de TDN. « Elle n’a pas répondu à notre lettre ouverte de décembre 2017 », regrette M. Hurtado. Le président du Grand Narbonne, Jacques Bascou, joint au téléphone par Reporterre, insiste sur le fait qu’il n’y a « pas d’alternative ». Quant au maire de Narbonne, Didier Mouly, qui s’était clairement exprimé contre le projet, il s’est subitement tu après l’autorisation préfectorale et n’a pas souhaité répondre aux questions de Reporterre. Le poids d’Orano dans la vie locale ? Le groupe se targue d’employer 220 salariés, dont 75 % habitent dans le Grand Narbonne, et d’avoir créé une centaine d’emplois supplémentaires dans des entreprises sous-traitantes. « Cela fait quinze ans qu’Orano finance le club de rugby local et il a aussi mis la main à la poche pour l’organisation du festival Charles Trenet », dit le président de TCNA. « Heureusement, des députés européens comme José Bové et Éric Andrieu nous soutiennent », nuance Juliette Schweitzer, de SDN 11.

Pas question pour les associations d’abandonner la lutte. Rubresus et TCNA ont déposé des recours contre l’arrêté. « L’enquête publique présente des insuffisances. La pollution atmosphérique et l’état initial du site sont peu étudiés, indique à Reporterre Me Arnauld Noury, avocat de TCNA. En outre, M. Bernier a été en lien avec Areva au cours de sa carrière, via des contrats de recherche. » À ce jour, les recours n’ont pas encore été examinés. Les rassemblements se poursuivent : chaque premier samedi du mois, les « sentinelles » des Familles papillons continuent de se rassembler devant la mairie de Narbonne pour réclamer l’abandon du projet.

Des commerçants de Narbonne soutiennent la mobilisation, par exemple dans cette échoppe de pâtes à emporter.

Peu à peu, la contestation dépasse le niveau local. « En juillet 2017, aux Déferlantes d’Argelès-sur-Mer, Manu Chao a offert une tribune aux Familles papillons », se réjouit M. Balourdet. « Pierre Richard a qualifié TDN de calamité dans l’émission Popopop de France inter en janvier dernier ! », ajoute M. Hurtado. Fin 2018 a été projeté pour la première fois Expertises, un film de Patrick Milani inspiré du dossier TDN. « Au moins, TDN fait parler de tous les problèmes causés par l’usine Orano Malvési, conclut Mme Schweitzer. Parce que pendant des années, les antinucléaires étaient bien seuls quand il s’agissait de s’opposer à cette usine. »

Par Émile Massemin, publié le 15 mars 2019

https://reporterre.net/A-Narbonne-le-projet-d-incineration-des-boues-radioactives-d-Orano-crispe-la-population

Mar 15

ESSAIS NUCLÉAIRES : LE LONG COMBAT DES VICTIMES RACONTÉ DANS LE GARD

Ce samedi 16 mars, des vétérans d’Algérie et de Polynésie seront à Villeneuve. Témoignage.

Le 13 février 1960, le premier essai nucléaire atmosphérique français, nom de code “Gerboise bleue”, est effectué à Reggane dans le Sahara. Sa puissance était quatre fois celle d’Hiroshima… Ce jour-là, le soldat Gérard Dellac était d’astreinte.

« Un officier lui a demandé de le conduire au point zéro pour mettre un drapeau français dans le trou fait par la bombe atomique« , raconte sa femme Arlette Dellac, présidente honoraire de l’association des vétérans des essais nucléaires (Aven), qui organise une journée d’information sur leur action samedi à Villeneuve-lès-Avignon.

« À l’époque, on ne savait pas ce que c’était le nucléaire. On avait oublié Hiroshima et Nagasaki… « , se souvient la retraitée tarnaise. Son compagnon, âgé de 21 ans, reçoit alors une dose de « 15 millisieverts (mSv) en quelques minutes alors que la dose recommandée est de 1 mSv par an…« . Quelque temps plus tard, « Gérard a perdu ses cheveux« . “Gerboise bleue” ne sera que la première des dix-sept expériences nucléaires menées en Algérie jusqu’en 1966. « Ensuite, 193 essais ont été menés en Polynésie française jusqu’en 1996. »

Des années plus tard, Gérard Dellac est atteint d’un cancer de la peau dont il n’est toujours pas guéri. « Il a eu vingt-huit opérations du visage. « 

Une loi votée en 2010

Au milieu des années quatre-vingt-dix, le couple Dellac, comme d’autres anciens appelés et militaires qui ont travaillé sur les expériences nucléaires françaises, s’interroge sur les maladies qui les frappent. « Certains, plus de trente ans après. » Ils décident de créer une association. « Mon mari avait déjà entamé une procédure contre l’État. »

Grâce aux témoignages, aux recherches, aux pétitions et aux manifestations, l’Association des victimes des essais nucléaires (Aven) fera avancer peu à peu la cause des malades du nucléaire. « En janvier 2010, est parue la loi Morin sur la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires avec la création d’une commission (le Civen, comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, NDLR) « .

Mais les militants associatifs se scandalisent : « La loi portait la mention risque négligeable… On a dû attendre 2017 pour que cette mention soit enlevée. » Les dossiers refusés antérieurement sont réexaminés. « Entre 2001 et 2011, seulement six personnes avaient été indemnisées. Depuis 2011, 189 personnes l’ont été. Mon mari a été le premier après la promulgation de la loi « , précise la septuagénaire. Actuellement, « l’association va devant le tribunal administratif quand le Civen refuse l’indemnisation. Une quarantaine de personnes sont en ce moment en expertise. On a présenté cinq cents dossiers depuis 2010« .

Si quelque 6 500 personnes malades se sont tournées vers l’Aven depuis sa création, Arlette Dellac estime que le nombre de malades concernés est bien plus important. « 150 000 personnes ont travaillé sur les essais français pendant 36 ans… Sans compter les populations locales ! « . Un petit pas de plus fait par l’association en ce début mars : « Jusqu’ici, vingt-et-une maladies, la plupart des cancers, des lymphomes, des myélomes, étaient reconnues comme conséquences des essais nucléaires… La commission d’indemnisation vient d’en reconnaître deux nouvelles, qui concernent les voies biliaires et la vésicule biliaire. Mais on voudrait que soient reconnues trente-trois maladies comme aux États-Unis. » L’infatigable pasionaria de 78 ans pointe notamment du doigt le césium 137 contenu dans les bombes atomiques : « Il s’attaque à tous les muscles, le cœur est un muscle…« 

Cas suspects

Les anciens des essais d’Algérie et de Polynésie se posent aussi des questions sur des cas suspects chez leurs enfants et petits-enfants. Telle cette fille de vétéran âgée de 36 ans, « qui a les organes d’une femme de 90 ans… On mène une étude sur l’hérédité. » Là encore pour découvrir de nouvelles conséquences dramatiques ? « Quand on parle de maladies orphelines chez un enfant, on ne sait pas d’où ça sort. »

Par Cécile BODARWE, publié le 15/03/2019 à 02h26 / Modifié le 15/03/2019 à 15h09

Mar 15

PYONGYANG ENVISAGE DE SUSPENDRE SES DISCUSSIONS SUR LE NUCLÉAIRE AVEC WASHINGTON

Séoul, 15 mars 2019 (AFP) – Pyongyang envisage de suspendre ses discussions sur le nucléaire avec Washington après l’échec du deuxième sommet entre Kim Jong Un et Donald Trump à Hanoï fin février, selon la vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréenne citée vendredi par l’agence russe TASS.

« Nous n’avons aucune intention de céder aux demandes des États-Unis d’aucune manière, et ne sommes pas non plus disposés à nous engager dans des négociations de ce type« , a déclaré Choe Son Hui selon l’agence russe.

Kim Jong Un fera bientôt une déclaration officielle sur ses intentions, a ajouté la responsable à des journalistes et des diplomates étrangers à Pyongyang.

Cet avertissement de la Corée du Nord intervient alors que des signes d’activité ont été détectés sur un site nord-coréen de lancement de fusées, qui ont suscité des spéculations sur l’imminence d’un test de missile ou de fusée de la part de Pyongyang.

Donald Trump et Kim Jong Un ont échoué lors de leur deuxième sommet fin février à Hanoï, à conclure un accord sur la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Choe Son Hui a critiqué l’attitude du secrétaire d’État américain Mike Pompeo et du conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, estimant qu’ils « avaient créé une atmosphère d’hostilité et de défiance » et « fait obstruction » aux « efforts constructifs » de Kim et Trump.

« Résultat, le sommet s’est achevé sans aucun résultat significatif« , a poursuivi la diplomate, qui était présente à Hanoï.

Il s’agit d’un changement de ton de Pyongyang, alors que les deux parties avaient exprimé leur intention de poursuivre le processus de discussions après le sommet d’Hanoï.

À Séoul, la présidence a tenté de minimiser la portée de ces déclarations, estimant qu’il était « prématuré d’évaluer la situation actuelle uniquement avec les propos de Choe« , ajoutant que la Corée du Sud continuerait à œuvrer pour la reprise des pourparlers.

Washington veut d’emblée un « grand accord » qui permette d’un coup la « dénucléarisation définitive et entièrement vérifiée de la Corée du Nord » en échange de la levée des sanctions qui étranglent l’économie de ce pays.

Lors du sommet, Kim Jong Un a proposé de démanteler son complexe nucléaire de Yongbyon en échange de la levée des principales sanctions. Mais Donald Trump a refusé, estimant que ce n’était pas suffisant.

Publié le 15/03/2019 10h07

https://www.atlantico.fr/node/3568246

Mar 15

LE NUCLÉAIRE N’EST PAS NOTRE AVENIR, ARRÊTONS-LE ! SIGNEZ LA PÉTITION

Communiqué du Réseau « Sortir du nucléaire« 

En janvier, vous avez publié le dossier qui servira de base à la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), texte qui fixera le cap en matière énergétique pour les prochaines années. Or cette PPE prévoit que l’objectif de 50% de nucléaire dans la production d’électricité ne soit atteint qu’en 2035. Elle ne respecte donc pas le cadre défini par la « Loi de transition énergétique pour une croissance verte », qui fixait cette échéance à 2025.

Plutôt que de faire des efforts pour respecter les objectifs légaux, vous préférez modifier la loi ! Une « petite loi énergie » est ainsi censée acter le report de cette échéance à 2035. Présenté dans les jours à venir en conseil des ministres, son texte sera ensuite soumis au vote du parlement. Le décret de la PPE pourrait être adopté dès cet été.

Avec le décalage de 10 ans de l’échéance pour la baisse de la part du nucléaire, vous préparez, avec EDF SA, la prolongation et la poursuite du nucléaire. Ceci implique de faire fonctionner jusqu’à plus de 50 ans la quasi-totalité des réacteurs.

Installations vétustes, pièces en fin de vie qui ne peuvent être remplacées, malfaçons et défauts sur de nombreux équipements, problèmes accrus de maintenance découlant des cadences infernales imposées aux travailleurs sous-traitants, déchets qui s’accumulent, etc. : la situation actuelle est déjà plus qu’inquiétante. Alors que l’industrie nucléaire, en situation de quasi-faillite est confrontée à une perte importante de compétences, ce projet de prolongation est une fuite en avant.

Invoquer la lutte contre le changement climatique pour justifier cette prise de risque relève de la mauvaise foi, au vu de l’inaction de la France en la matière. La sécurité d’approvisionnement ne saurait non plus être invoquée. Des réacteurs vétustes seraient maintenus en fonctionnement… principalement pour permettre à EDF d’exporter massivement de l’électricité que nos voisins européens, qui tournent le dos au nucléaire, ne voudront certainement pas acheter, pendant que les déchets nucléaires resteront tous en France. En prévoyant de prolonger la durée de fonctionnement des centrales et des usines atomiques, vous faites preuve d’irresponsabilité et mettez en danger la population sur plusieurs générations.

Messieurs Macron, Larcher, Ferrand, Philippe, De Rugy, Lemaire, et Mesdames et Messieurs les parlementaires, ne sacrifiez pas notre avenir et celui des générations futures !

Nous, signataires de cette pétition, demandons donc :

 La mise en place en urgence d’une véritable planification de l’arrêt de l’ensemble du parc nucléaire français. Avec fermeture au plus tard à 40 ans de fonctionnement des réacteurs et installations nucléaires

 L’inscription dans la loi de la possibilité pour un gouvernement et pour le Parlement de décider de la fermeture de réacteurs pour raison de politique énergétique, et le maintien à minima de l’échéance de 2025 pour la baisse de la part du nucléaire à 50%

 La remise à plat de la politique de gestion des déchets et dans cette attente, l’arrêt de tous les projets de stockage et d’entreposage

Je signe

https://www.sortirdunucleaire.org/Petition-le-nucleaire-n-est-pas-notre-avenir?origine_sujet=201903

Mar 14

NUCLÉAIRE : L’ASN POURRAIT PRESCRIRE À EDF DES ÉCHÉANCES POUR LE DÉMANTÈLEMENT DES RÉACTEURS UNGG

Trente ans après leur mise à l’arrêt, les réacteurs de première génération ne sont toujours pas démantelés. EDF propose d’achever ces opérations dans plusieurs décennies. L’Autorité de sureté nucléaire pourrait prescrire des échéances plus proches.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) devrait demander officiellement à EDF de revoir son calendrier de démantèlement des six réacteurs de première génération. Elle « envisage de prendre position sur cette stratégie [de démantèlement] », notamment en prescrivant à EDF des échéances de remise des dossiers de démantèlement et des dates de réalisation d’opérations de démantèlement plus proches que celles demandées par EDF », explique-t-elle, mardi 13 mars. Une décision de l’ASN devrait être adoptée, après consultation du public.

Alors que se profile aussi le démantèlement des premiers réacteurs à eau pressurisée avec l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin) en 2020 et 2022, la décision que prendra l’ASN sera scrutée avec attention. Elle donnera des indications importantes pour la mise en œuvre de la doctrine française de démantèlement immédiat. L’ASN pourrait aussi expliciter ses attentes pour sécuriser le programme de démantèlement d’EDF, que ce soit en termes de financement, de capacité technique ou de maintien de la sûreté des installations à l’arrêt.

Le 12 février 2019, le collège de l’ASN a auditionné EDF « afin que l’exploitant fasse part de ses observations sur les projets de décision visant à encadrer le démantèlement des six réacteurs de type « uranium naturel graphite-gaz » (UNGG), arrêtés depuis plus d’une trentaine d’années ». L’Autorité explique que l’entreprise souhaitait lui faire part de ses observations relatives aux projets de prescription. « Au cours de l’audition, EDF s’est engagée à transmettre rapidement des compléments justifiant le choix du réacteur « tête de série » et le délai nécessaire pour que les opérations de démantèlement des réacteurs bénéficient du retour d’expérience des opérations menées sur le premier réacteur qui sera démantelé », explique l’ASN.

Vers un démantèlement différé ?

En juin 2016, l’ASN avait déjà exprimé son inquiétude concernant le délai de démantèlement des réacteurs UNGG. La nouvelle stratégie d’EDF « conduit à décaler de plusieurs décennies le démantèlement de certains réacteurs », critiquait l’ASN qui demandait à EDF « de rendre public et de justifier de manière détaillée ce changement, en démontrant le respect des exigences législatives relatives au « démantèlement dans un délai aussi court que possible » ».

En juillet 2017, l’ASN alertait une nouvelle fois et publiait une lettre envoyée, un an plus tôt à EDF, pour demander à l’entreprise de revoir sa stratégie. L’Autorité s’interrogeait alors sur la légalité du projet d’EDF. En effet, la stratégie d’EDF correspondrait, de fait, à un démantèlement différé, alors que la législation française prévoit que le démantèlement des installations nucléaires soit réalisé « dans un délai aussi court que possible ».

Concrètement, pour bénéficier du retour d’expérience, EDF veut démanteler un réacteur avant d’entamer le démantèlement des cinq autres. Ce report du démantèlement des réacteurs UNGG tient à un changement de méthode. Initialement, EDF prévoyait de démanteler les parties les plus radioactives en noyant d’eau le caisson qui contient le cœur pour réduire l’exposition des travailleurs aux radiations. Mais aujourd’hui, l’entreprise propose une nouvelle méthode de démantèlement « sous air ». En conséquence, l’entreprise repart sur un nouveau réacteur tête de série pour expérimenter cette méthode.

Par Philippe Collet, publié le 14 mars à 13h18  |  

https://www.actu-environnement.com/ae/news/Nucleaire-ASN-EDF-echeances-demantelement-reacteurs-UNGG-33072.php4

Mar 14

NUCLÉAIRE : RÉGLAGE DÉFECTUEUX D’UNE VANNE SUR UN DES RÉACTEURS DE LA CENTRALE DE FLAMANVILLE

La centrale nucléaire de Flamanville a déclaré un événement de niveau 1, le 12 mars, concernant un défaut de réglage d’une vanne du circuit primaire principal d’un réacteur.

Le 31 décembre 2018, lors d’un essai périodique dans la partie nucléaire du réacteur numéro 1 de la centrale EDF de Flamanville, les intervenants ont procédé au réglage d’une vanne du circuit RCV, le circuit permettant le contrôle volumétrique et chimique du circuit primaire principal.

Le 6 mars dernier, à l’occasion d’un nouvel essai périodique, le réglage de cette vanne s’est révélé défectueux. Il ne permettait pas en effet d’atteindre le critère de débit d’eau attendu dans le circuit.

Le réglage a été repris

Dès la détection de cet écart, le réglage de la vanne a été repris pour remettre en conformité le circuit RCV.

Cet événement n’a eu aucune conséquence sur la sûreté des installations. Cependant, en raison de sa détection tardive, il a été déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire, le 12 mars 2019, classé au niveau 1 de l’échelle INES, échelle internationale de classement des événements nucléaires qui en compte 7, a indiqué la direction de la centrale dans un communiqué.

https://actu.fr/normandie/flamanville_50184/nucleaire-reglage-defectueux-dune-vanne-sur-des-reacteurs-la-centrale-flamanville_22074601.html

Mar 14

CENTRALE NUCLÉAIRE DE FLAMANVILLE : DÉPASSEMENT DU DÉLAI DE RÉPARATION PRESCRIT PAR LES RÈGLES GÉNÉRALES D’EXPLOITATION

Réacteur N°1 : Le 6 mars 2019, EDF a déclaré à l’ASN un événement significatif pour la sûreté relatif au dépassement du délai de réparation prescrit dans les règles générales d’exploitation de deux ventilateurs du système de ventilation des locaux électriques et des entreponts (DVZ).

Les deux ventilateurs concernés participent à l’extraction d’air des locaux qui abritent les batteries de secours. Lors de l’arrêt pour visite décennale du réacteur 1, des opérations de maintenance sur les deux ventilateurs prévoient le remplacement des roues des ventilateurs. A l’issue de ces opérations l’exploitant doit procéder à une requalification intrinsèque du matériel, qui permet de vérifier que ses performances propres n’ont pas été altérées, et une requalification fonctionnelle du système, qui permet de vérifier son bon fonctionnement dans sa configuration d’exploitation courante.

L’exploitant a procédé à la requalification intrinsèque des deux ventilateurs le 18 septembre. Le 28 septembre 2018, le réacteur est passé dans l’état « arrêt pour rechargement », dans lequel la disponibilité des deux ventilateurs est requise, sans que la requalification fonctionnelle n’ait été effectuée.

L’exploitant a détecté le 1er février 2019, alors le réacteur était en fonctionnement, que la requalification fonctionnelle des deux ventilateurs n’avait pas été réalisée. Elle sera effectuée le 12 février 2019.

Cette situation a conduit EDF à considérer que le système DVZ n’était pas disponible du 28 septembre 2018 au 11 février 2019.

Cet écart n’a pas eu de conséquence sur le personnel et l’environnement. Cependant, compte tenu de la répétitivité des écarts portant sur le suivi des interventions et la requalification des matériels durant l’arrêt pour visite décennale du réacteur 1, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES.

Par ASN, publié le 13/03/2019

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Depassement-du-delai-de-reparation-prescrit-par-les-RGE-reacteur-1

Mar 14

NOUS, ALLEMANDS, POUVONS FAIRE BEAUCOUP PLUS

Derrière la sortie du nucléaire et les nobles objectifs, la population d’outre-Rhin rechigne à changer ses habitudes polluantes.

Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, survenue le 11 mars 2011, Angela Merkel décidait qu’il était temps pour l’Allemagne de sortir du nucléaire – un choix validé par son cabinet, par le Conseil fédéral et le Parlement en juin de la même année. Depuis lors, quand je voyage à l’étranger avec mon mari, on nous parle souvent du rôle précurseur de notre pays en matière de politique climatique : «Vous, les Allemands, vous faites quand même beaucoup d’efforts.» Tant que ça ? Notre gouvernement a formulé de nobles objectifs, mais quid de leur mise en œuvre ? Les habitants de ce pays sont-ils vraiment prêts à changer leurs habitudes ?

Du haut de ses 16 ans, la Suédoise Greta Thunberg (lire page 3) a réussi à mobiliser la jeunesse également de ce côté-ci du Rhin. Des manifestations ont lieu chaque vendredi dans toutes les villes, déclenchant des réactions qui vont de la bienveillance au blâme. Attitude typiquement allemande, dirait-on, que celle de nombreux professeurs et inspecteurs de l’enseignement qui, au lieu de venir grossir les rangs des enfants et des ados, fustigent cette «école buissonnière». Dans ces conditions, même les applaudissements de la chancelière semblent fades. Et où sont les parents de ces enfants ? Délaissent-ils eux aussi leur travail chaque vendredi pour descendre dans la rue et défendre notre avenir – l’avenir de leurs enfants ? Ce serait trop beau.

Ils viennent chercher leur progéniture en 4 × 4 après la manif et leur tapent sur l’épaule pour les féliciter de leur engagement, déjà prêts à réserver les billets d’avion pour les prochaines vacances. C’est tout particulièrement dans le domaine des transports, de l’agriculture et de la consommation privée que l’Allemagne ne se montre pas à la hauteur de ses objectifs. Si les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 27,6 % entre 1990 et 2016, les émissions liées aux transports ont, elles, augmenté, quand la consommation d’énergie n’a pas affiché une baisse significative. Et si les appareils électriques sont devenus plus efficaces et économes, ils se multiplient dans les foyers, où on les laisse de plus en plus souvent en veille au lieu de les éteindre. Il en va de même de la petite préférée des Allemands – leur voiture. Il existe des moteurs plus performants, moins polluants, mais les innovations dans ce secteur ne peuvent rivaliser avec le désir de s’afficher avec des carrosses toujours plus imposants, symboles de réussite sociale. Et les grands groupes allemands, comme le gouvernement, ont pour l’instant laissé filer les chances de l’électromobilité.

Voilà des années que l’expansion de l’agriculture industrielle est soutenue par la politique allemande et celle de l’Union européenne. Au cours des trois dernières décennies, 76 % de la biomasse des insectes a disparu rien qu’en Allemagne, et d’autres espèces sont promises au même sort, les oiseaux les premiers. Difficile de se priver quand on cultive des standards de vie élevés. Plus les hommes sont riches, plus leur empreinte carbone est lourde, et nous sommes tous prompts à trouver de bonnes excuses à nos petits péchés environnementaux. L’un des arguments qu’on entend le plus fréquemment : à quoi bon nous démener, nous Allemands, pour sauver la planète, si tous nos efforts sont réduits à néant dans d’autres parties du monde ?

L’Allemagne compte parmi les premières puissances économiques de ce monde. Il nous revient d’endosser ce rôle de modèle, de même pour la sortie du nucléaire. Mais cela ne fonctionnera pas par la concertation avec la population, quand on sait que la plupart des gens feront passer leur confort personnel avant la raison environnementale. Afin de faire avancer la protection de la nature et du climat par des actes, et non seulement par des mots, nous devons exiger de la sphère politique davantage de réglementations : un impôt sur les émissions de CO2 et les produits de luxe, comme certains pays scandinaves l’ont inauguré avec succès ; un changement de paradigme en matière de transport, afin de viser plus de politiques publiques et moins de politiques privées ; une agriculture davantage tournée vers les pratiques écologiques et respectueuses de la nature, loin de l’élevage de masse et des monocultures chimiques.

L’Allemand est un mouton de Panurge. Pour que la protection de l’environnement puisse être menée avec succès, nous allons devoir redéfinir nos représentations du «cool» : fini, la grosse voiture, le dernier smartphone et le dernier écran plat, les 100 m2 de surface habitable, le vol au bout du monde – et ce, malgré les efforts de l’économie pour orienter nos envies en ce sens. Tout le monde est capable de faire changer les choses, chacune et chacun devrait s’y employer dès maintenant, sans attendre d’emboîter le pas aux autres. Il s’agit avant tout de considérer la situation sous l’angle éthique. Les rares fois où mon mari et moi mangeons de la viande, nous veillons à ce qu’elle provienne d’un élevage respectueux des animaux ; nous achetons en grande majorité des produits bios et durables, et nous habitons un petit appartement. Si nous n’avons pas encore mis la voiture au rebut, nous avons décidé que ce serait notre dernier véhicule, et nous ne prendrons plus l’avion. Contribution certes modeste, mais c’est la nôtre – et c’est un bon début.

Par Alex Berg traduit de l’allemand par Alexandre Pateau, publié le 13 mars 2019 à 19h06

https://www.liberation.fr/planete/2019/03/13/nous-allemands-pouvons-faire-beaucoup-plus_1714889

NDLR : dans le titre, remplacer « nous, allemands » par « nous, français » et mettre en pratique nous aussi !

Mar 13

ÉLECTRICITÉ: VERS LE TRANSFERT DE LA RENTE NUCLÉAIRE PUBLIQUE AU PRIVÉ

Après les autoroutes, ADP, l’électricité. Contrairement aux promesses du gouvernement, le prix de l’électricité devrait augmenter et même dans des proportions considérables. Passant outre la loi, la commission de régulation de l’énergie a décidé de lancer le démantèlement du service public de l’électricité et d’EDF. Objectif : transférer la rente publique nucléaire vers le privé, au détriment des ménages et de l’économie. Même l’Autorité de la concurrence est contre.

C’était un engagement d’Édouard Philippe le 30 novembre : les tarifs réglementés de l’électricité ne seraient pas augmentés pendant l’hiver. Dès cette annonce, beaucoup s’étaient interrogés sur la portée de cette mesure. Le gouvernement n’a pas la main sur les tarifs de l’électricité. Par le passé, le gouvernement a été condamné pour ne pas avoir respecté les décisions de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), autorité indépendante chargée de réguler le secteur de l’énergie et de fixer les tarifs.

Il y avait quelques raisons de douter des promesses gouvernementales. Le 7 février, la CRE a annoncé une hausse de 5,9 % des tarifs réglementés pour les particuliers comme pour les entreprises, « au plus tard le 1er juin 2019 ». Mais sa proposition cache en fait une fulgurante augmentation. Si les coûts de transport et les taxes restent inchangés, le prix du MWh – qui représente un tiers de la facture d’électricité – pourrait passer de 42 à 50,8 euros le MWh : 8,8 euros de plus, soit 19,7 % de hausse ! Depuis l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité, jamais les prix de l’électricité n’ont connu une telle envolée.

Depuis les annonces de la CRE, c’est silence radio du côté du gouvernement. Tout le monde fait comme si le dossier n’existait pas. En pleine révolte des « gilets jaunes », qui ont mis l’accent sur le pouvoir d’achat et les dépenses contraintes notamment liées à l’énergie, la tentation de jouer la montre et l’oubli est grande. D’autant que, selon nos informations, les avis divergent entre les ministres : François de Rugy (écologie) serait contre, Bruno Le Maire (finances) naturellement pour.

Mais les débats se tiennent derrière les portes capitonnées des ministères. Personne n’est prêt à prendre position publiquement sur un sujet aussi sensible. D’autant que tous connaissent désormais le fonctionnement du gouvernement : à la fin, c’est l’Élysée, souvent Emmanuel Macron en personne, qui décide. Acceptera-t-il les hausses proposées par l’autorité de régulation en mai ? Ou cherchera-t-il à composer ? Le projet de loi sur l’énergie devrait donner quelques réponses. Mais alors qu’il devait être présenté en conseil des ministres le 11 mars, il a été reporté à la demande d’Emmanuel Macron, qui souhaite le « muscler ».

L’affaire est d’autant plus gênante que ces hausses sont déjà largement contestées. « C’est une proposition injuste pour les consommateurs particuliers, contestable selon les principes de la régulation et, par conséquent, attaquable juridiquement », a dénoncé la CLCV, l’association nationale de défense des consommateurs et des usagers. Estimant que les dispositions contournent la loi et visent à subventionner illégalement les fournisseurs alternatifs (hors EDF), celle-ci a déjà fait part de son intention de poursuivre la décision de la CRE devant le Conseil d’État, si le gouvernement retenait la proposition de hausse avancée par le régulateur.

Cette hausse projetée alarme aussi le médiateur national de l’énergie. Alors que la fracture énergétique ne cesse de s’aggraver, que des millions de ménages rencontrent les plus grandes difficultés à payer leurs factures, l’augmentation risque d’empirer la situation. « Dans le contexte actuel, si elle est mise en œuvre, la hausse envisagée des tarifs de l’électricité aura des conséquences sur les ménages les plus fragiles », prévient-il.

« Pour maintenir la concurrence, on augmente les prix. Cela va à l’encontre de ce que l’on a présenté comme les bénéfices de la concurrence quand on a ouvert le marché. Si on en est là, c’est qu’il y a un problème quelque part », constate Vincent Licheron, chargé de mission à CLCV. « En fait, il s’agit d’augmenter le prix d’électricité de telle sorte que le plus mauvais des fournisseurs privés puisse encore exister face à EDF. Ce n’est pas cela, la concurrence », complète un connaisseur du dossier.

L’analyse est partagée par nombre de connaisseurs du marché de l’électricité. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a déjà contesté les changements introduits par la CRE. Plus embêtant, l’Autorité de la concurrence, elle aussi, s’élève vivement contre les nouvelles dispositions que la CRE veut imposer sur le marché de l’électricité français.

Le 21 janvier, elle a en effet rendu un avis très long et très argumenté sur les changements de méthode et d’analyse de marché adoptées par la CRE, qui conduisent à la hausse spectaculaire exigée aujourd’hui par l’autorité de régulation. La charge est au vitriol. « Ces dispositions conduiraient à privilégier un mode de fixation des tarifs réglementés de vente […] qui pourrait porter atteinte à l’objectif de modération et de stabilité des prix de l’électricité que la loi assigne à ces tarifs », statue-t-elle. Elle reproche aussi implicitement à la CRE d’abuser de son pouvoir, en faisant fi des lois existantes pour imposer par voie réglementaire ce qui relève du pouvoir législatif.

Jamais deux autorités indépendantes, censées toutes les deux veiller et contrôler la concurrence, ne se sont trouvées publiquement en conflit aussi frontal. Interrogée sur les critiques émises par l’Autorité de la concurrence, la CRE botte en touche : « Il n’est pas d’usage de donner un avis sur le travail d’une autre autorité indépendante » (voir notre Boîte noire).

Cette querelle pourrait paraître comme un différend entre deux instances, voulant chacune affirmer ses prérogatives. Mais c’est beaucoup plus que cela. Derrière des dispositions réglementaires et des calculs complexes, ce que propose la CRE est une révolution, sans en référer à personne, de l’organisation du marché de l’électricité, une remise en cause du service public. C’est une volonté de transférer sans le dire les bénéfices de la rente nucléaire, jusqu’alors redistribués à tous, à quelques groupes privés. Au risque d’exposer encore plus l’ensemble des ménages à la loi du marché et de priver l’économie d’un facteur important de compétitivité. Explications.

Quand la CRE décide de son propre chef de désintégrer le service public de l’électricité

Le sujet a été conduit dans la plus grande discrétion. Au détour d’une phrase, la CRE, dans sa délibération du 7 février 2019, annonce que compte tenu des tensions qui existent sur l’accès à l’électricité nucléaire distribuée à prix garanti par EDF, connu sous l’acronyme d’ARENH (accès régulé à l’énergie nucléaire historique), elle va procéder à une distribution au prorata des besoins des fournisseurs. « La CRE réplique les effets de cet écrêtement en réduisant la part d’approvisionnement à l’ARENH à due proportion de l’écrêtement des volumes », indique-t-elle. Tout cela est volontairement complexe, technique, à la limite du compréhensible pour les non-initiés.

Et pourtant ! Derrière ces quelques mots se cache un changement majeur : l’autorité de régulation entend désormais qu’EDF n’ait plus un accès direct à sa propre production d’électricité. Sans le dire, de sa propre initiative, la CRE prend les dispositions pour séparer les activités d’EDF, groupe public totalement intégré, et mettre à bas tout le service public de l’électricité.

Ses activités de distribution doivent, selon elle, au nom d’une concurrence libre et non faussée, être placées au même rang que les autres fournisseurs, et se présenter au guichet d’accès à la production électrique nucléaire comme les autres, avec les mêmes limites que les autres. « EDF devra appliquer le même taux d’écrêtement dans ses offres sur le marché de détail [que ses concurrents – ndlr] », indique la CRE dans une délibération en date du 25 octobre 2018, en vue d’établir un projet de décret modifiant les tarifs régulés.

Selon les calculs de la CRE, l’activité de distribution d’EDF n’aurait plus le droit de facturer que 75 % de l’électricité fournie à ses clients – les ménages (25 millions de clients) comme les entreprises éligibles (3 millions de PME, d’artisans et commerçants) – au prix historique du nucléaire. À l’avenir, les 25 % restants devront être facturés selon un prix de marché calculé par la CRE.

Cette désintégration du service public a un coût entièrement pris en charge par les clients : « La CRE estime que le surcoût pour le consommateur lié au rationnement de l’ARENH est de 3,3 euros/MWh hors taxes en moyenne pour les consommateurs au portefeuille d’EDF », écrit-elle dans son communiqué, pour cette seule disposition – car ce n’est pas la seule (voir plus bas).

Obligée par la loi de solliciter l’Autorité de la concurrence pour faire avaliser ce changement, la CRE a reçu un avis des plus sévères sur son projet. Rarement, l’Autorité de la concurrence a été aussi critique face à un projet de régulation. Elle donne « un avis défavorable » à tous les projets d’évolution amenant à aligner EDF sur ses concurrents. Ces options, prend-elle le soin d’insister, ne relèvent en aucun cas « d’une contrainte imposée par le droit de la concurrence », comme la CRE tente de le suggérer. Il est contraire aux règles de base du marché, selon elle, de priver un producteur d’avoir accès à sa propre production.

Ces dispositions conduiraient « à faire supporter la charge financière liée au dépassement du plafond aux consommateurs plutôt qu’aux fournisseurs », ajoute l’Autorité de la concurrence. Avant d’enfoncer le clou : « Elle [l’Autorité de la concurrence – ndlr] considère que toute réforme de ce dispositif de régulation, dérogatoire au droit de la concurrence, relève du Parlement. » En d’autres termes, l’Autorité de la concurrence accuse la CRE d’outrepasser les devoirs de sa mission et de faire passer, dans la plus grande discrétion, par voie réglementaire une réforme qui ne peut qu’être adoptée par la loi.

Mais les problèmes soulevés par la décision de la CRE vont bien au-delà. Même si elle est une autorité régulatrice, a-t-elle le droit d’intervenir sur l’organisation d’un groupe public intégré, d’imposer un changement de périmètre et de modifier son objet social, sans en référer à personne ? EDF étant coté, les actionnaires minoritaires peuvent légitimement contester ce coup de force réglementaire et ne pas approuver cette immixtion dans la vie de leur société par une autorité extérieure sans légitimité, et même demander des réparations. De même, les quelque 28 millions de clients d’EDF sont liés par contrat au groupe, ils peuvent aussi contester cette rupture des engagements pris.

Toutes ces questions sur la légitimité de la CRE à statuer sur l’organisation d’EDF et sa désintégration, sur les risques de contentieux que sa décision pourrait soulever, ont été posées à la CRE. Celle-ci ne nous a adressé qu’une réponse globale : « L’ensemble de vos questions et les critiques qu’elles semblent poser, reprennent les arguments qui ont été examinés dans la délibération de la CRE du 7 février. Elles traduisent une divergence totale de compréhension des règles jurisprudentielles, légales et européennes en vigueur. » Selon des experts du dossier, la CRE fait acte d’argument d’autorité : il n’existe pas de jurisprudence européenne en la matière, affirment-ils.

Quand la réalité dément la théorie

Est-ce vraiment cela, les bénéfices de la concurrence ?

Pour comprendre la démarche folle dans laquelle s’est engagée la CRE, il faut revenir aux origines de l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie en 2007. Acceptée par le gouvernement Jospin au sommet de Barcelone en 2002, cette ouverture a toujours posé un problème en France, tant son statut est à part.

EDF, groupe public intégré, bénéficie d’une position hors norme avec son parc de 58 réacteurs nucléaires. Il détient de fait une rente monopolistique quasiment imbattable, grâce à des coûts de production (hors coûts de démantèlement) très compétitifs, qui échappent en plus aux fluctuations de marché. De plus, par ses capacités de production et sa position géographique, EDF est le producteur qui assure la sécurité et la stabilité de toute la plaque électrique de l’Europe de l’Ouest, comme cela s’est encore vu ces dernières semaines. Au moindre risque d’effondrement du réseau, il est capable de lancer des productions supplémentaires pour le soutenir.

Pour contourner l’hostilité des Français qui ne voient pas les bénéfices que pourrait lui apporter une concurrence, quand un service public leur assure un approvisionnement sûr et à bas prix, le gouvernement Fillon adopte en 2010 la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l’électricité), censée assurer à la fois les bénéfices de l’électricité nucléaire et l’établissement d’une concurrence. Dès le préambule, celle-ci précise bien que l’ouverture doit se faire dans les conditions assurant « l’attractivité du territoire », permettant à l’ensemble des consommateurs de bénéficier « de la compétitivité du parc électronucléaire français ». 

Pour permettre à la fois cette redistribution de la rente nucléaire et l’instauration d’une concurrence, la loi Nome a prévu de mettre à disposition des nouveaux entrants sur le marché de l’électricité une partie de la production nucléaire : 100 TWh, soit environ un quart de la production d’EDF, leur sont réservés. Afin d’éviter qu’EDF ne profite de sa position d’acteur dominant et de sa rente, les prix de vente sont strictement encadrés. Ils sont fixés par décret à 42 euros le MWh.

Cette somme est censée représenter les coûts complets de la production nucléaire, assortis d’une marge de 3 %. C’est ce prix qui sert de référence aux tarifs réglementés. Ces derniers assurent la stabilité des prix de l’électricité aux ménages et sont proposés par tous les distributeurs d’électricité.

Selon la loi, ce dispositif est appelé à être transitoire : il devrait s’achever en 2025. Ce laps de temps a été jugé nécessaire par les législateurs afin de permettre aux fournisseurs alternatifs de s’installer sur le marché et de construire leurs propres équipements de production. Pour éviter toute stratégie d’écrémage opportuniste, il a même été prévu dans les textes que la CRE puisse sanctionner les fournisseurs qui n’auraient pas suffisamment de base installée en France. À notre connaissance, aucune pénalité n’a été imposée pour ce motif à ce jour.

Sur le papier, tout semblait donc devoir parfaitement fonctionner pour permettre l’arrivée de la concurrence sur le marché de l’électricité. Sauf que la réalité est venue démentir la théorie. À l’exception d’Engie (ex-GDF) et de Total, qui vient juste de prendre pied sur le marché de l’électricité en France, l’essentiel des distributeurs en France sont des électriciens virtuels. Ils n’ont pas de base de production installée, préférant laisser ce soin à des producteurs historiques et surtout à des financiers, attirés par l’effet d’aubaine.

Il est vrai que les subventions et les garanties pour permettre le développement des énergies renouvelables sont hors normes. Tous les contrats passés ont des garanties de rachat à prix fixé largement au-dessus du marché pendant des durées de 15 à 20 ans. Quelque 120 milliards d’euros d’engagements ont ainsi été pris pour des contrats courants entre 2018 et au plus tard 2046, selon la Cour des comptes. Celle-ci pointe notamment des contrats représentant à peine 0,7 % de la production électrique faisant ressortir un prix de 480 euros/MWh. Le vent vaut parfois de l’or.

Malgré tous ces efforts, le résultat est dérisoire : les énergies renouvelables représentent 15,6 % de la production électrique en France. Leur développement insuffisant se fait à un coût exorbitant et de manière anarchique, sans aucune préoccupation de sécurité d’approvisionnement ni d’aménagement du territoire. « Les opérateurs n’ont pas les moyens de développer la transition énergétique », constate Jean-Luc Magnaval, secrétaire du CCE d’EDF.

Par manque de moyens, par facilité en sachant qu’EDF était toujours derrière en cas de problème, les distributeurs alternatifs ont opté dans leur immense majorité pour une activité purement financière : ils se contentent d’arbitrer entre le marché de gros et les approvisionnements garantis par l’ARENH, en fonction des cours. Toute leur politique pour attirer les clients est basée sur des propositions de rabais de quelques pourcents par rapport aux tarifs réglementés imposés à EDF. Ils ont ainsi capté quelque 6 millions de clients, soit environ 20 % du marché. C’est ce qui explique la déformation existante sur le marché de l’électricité en France : les tarifs réglementés, calculés sur la production nucléaire, qui devraient être la référence plancher du marché, sont dans les faits le prix plafond.

Pendant des années, la CRE n’a rien trouvé à redire à cette situation, contemplant avec passivité le jeu des « fournisseurs alternatifs » exerçant leur droit de tirage sur les centrales nucléaires au gré de leurs intérêts, sans avoir à subir le moindre coût. Soit le prix proposé sur le marché de gros était plus élevé, et ils s’empressaient de s’approvisionner auprès d’EDF à 42 euros pour aller en revendre une partie sur le marché et empocher la marge. Soit le prix de marché était inférieur, ils allaient alors s’y approvisionner, laissant les pertes à la charge d’EDF, sans que celui-ci ne puisse jamais bénéficier des hausses.

Ce mécanisme d’arbitrage allait très bien, tant que les prix de marché étaient à la baisse ou se tenaient dans une fourchette équilibrée par rapport au prix de référence de l’ARENH. Mais à partir d’août 2018, les prix de l’électricité, par nature très volatils, se sont envolés sur les marchés. De 41 euros le MWh début janvier, le cours est passé à 59 MWh en décembre 2018, avec des pointes dépassant les 65, voire les 100 euros certains jours, en raison de l’effondrement de la production des renouvelables lié à des situations anticycloniques.

Face à cette flambée, tous ont demandé à accéder à la production nucléaire d’EDF au prix garanti. Mais la demande (135 TWh) a été supérieure à l’offre plafonnée de 100 TWh fixée par la loi. Les distributeurs alternatifs ont dû s’approvisionner pour le reste au prix fort sur le marché. Dans quelle proportion ? Mystère. Cela les a-t-il conduits à enregistrer des pertes importantes ? Nouveau mystère. La CRE ne dispose, semble-t-il, d’aucune base de données permettant de mesurer l’efficacité des distributeurs alternatifs, les moyens dont ils se couvrent et assurent la sécurité des approvisionnements, les pertes qu’ils ont pu subir.

Mais la seule perspective que les fournisseurs alternatifs aient pu rencontrer quelques difficultés en raison des soubresauts sur le marché de l’électricité a suffi pour amener la CRE à tout changer. Non par pour réfléchir à l’élaboration d’un système plus résilient. Non pas pour se dire qu’il serait peut-être temps de faire le ménage chez les distributeurs, qui n’offraient pas toutes les garanties pour participer à la sécurité du système électrique. Non pas pour s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour mener de façon concertée la transition énergétique. Sa seule préoccupation est de pouvoir afficher que des concurrents prennent des parts de marché à EDF, quitte à pénaliser celui-ci et à lui interdire de faire bénéficier ses clients de prix pouvant être inférieurs à ceux du marché. L’efficacité est pourtant le fondement même de la théorie de la concurrence.

Puisque les distributeurs alternatifs rencontraient des difficultés et étaient rationnés dans leur accès à l’électricité nucléaire, la distribution d’EDF devait être placée dans les mêmes conditions et ne plus pouvoir s’approvisionner directement auprès de la production du groupe. Qu’importe que les prix augmentent pour les clients d’EDF. Cela permettrait de garantir à tous ses concurrents de pouvoir survivre grâce à des prix plus élevés. Curieuse conception de la concurrence qui revient non pas à primer le plus bas prix et l’efficacité, mais de soutenir artificiellement, par des hausses de prix réglementés, des rivaux par ailleurs déjà largement subventionnés.

Est-ce cette conception que défend le premier ministre Édouard Philippe quand il fait l’éloge de la concurrence ? En tout cas, si une telle évolution demandée par la CRE était avalisée, elle risque de fâcher encore un peu plus les Français avec la concurrence. La fameuse « libéralisation » pour eux est devenue synonyme de renchérissement continu des prix et de dégradation des services.

Les calculs biaisés des augmentations

Dans sa grande créativité, la CRE ne s’est pas arrêtée là. Après avoir introduit l’influence du marché dans les tarifs réglementés – qui officiellement ont été créés pour éviter les fluctuations de marché –, il fallait bien en évaluer le montant. Se basant sur le seul incident des derniers mois – le premier en dix années de fonctionnement –, l’autorité de régulation a statué que ce dysfonctionnement, peut-être passager, devenait la norme : à l’avenir, la demande des fournisseurs à avoir accès à l’électricité nucléaire produite par EDF est appelée, selon la CRE, à être structurellement supérieure à l’offre de 100 TWh prévue dans la loi.

C’est sur cette seule base, et à partir des prévisions de demande des fournisseurs alternatifs pour l’année 2019, que la CRE a établi que 25 % de la part des tarifs réglementés devait refléter les prix de marché. Une méthode de calcul vigoureusement contestée par l’Autorité de la concurrence : « Ce taux de 25 % n’est fondé que sur une prévision des demandeurs eux-mêmes, effectuée fin 2018 pour l’année 2019 », relève-t-elle. « Cette méthode de l’écrêtement de la ressource en nucléaire historique […] aurait pour effet de soumettre les ménages à la volatilité des prix de marché au même moment où la protection apportée par les tarifs contre cette volatilité serait la plus nécessaire », poursuit-elle.

Qu’arrive-t-il si les prévisions se révèlent fausses ? Si comme par le passé le prix des marchés de gros redevient inférieur à celui proposé par EDF ? Les clients auront-ils le droit de se faire rembourser le trop-perçu ? La CRE ne nous a pas répondu. Cette seule disposition représente un coût supplémentaire de 1,4 euro par MWh, dit le régulateur.

À cela, il faut ajouter enfin la prise en compte des prix de marché dans le calcul des tarifs. Là encore, l’autorité de régulation s’est surpassée. Elle aurait pu prendre comme référence la moyenne annuelle des cours sur le marché de gros de l’électricité, ou lisser les cours. Eh bien, non ! La CRE a choisi de prendre uniquement pour référence la période la plus défavorable, celle où les cours ont explosé pendant un mois, en raison de la chute des capacités des renouvelables.

Les 25 % théoriques d’approvisionnement en électricité censés être au prix de marché se trouvent donc facturés sur la base de 60 euros/MWh (référence graphique tout en haut à droite). Depuis, les tensions sur les marchés de l’électricité ont disparu. Au cours des 15 derniers jours, le prix du MWh en période de pointe – c’est-à-dire le moment où la demande est censée être la plus forte – oscille entre 5,75 et 46,11 euros.

Interrogée sur les raisons de ce choix, sur sa méthodologie, la CRE ne nous a pas répondu. Il y a pourtant quelques motifs à s’interroger sur les méthodes de l’autorité de régulation, au vu de ce qui s’est passé sur les prix du gaz. Là aussi, le calcul du tarif réglementé était établi à partir de formules discutables, très déconnectées des prix mondiaux du gaz. Se sont ensuivies des hausses spectaculaires plusieurs années de suite, notamment après la privatisation de GDF : plus 60 % en cinq ans ! Après plusieurs années de déni, la CRE a finalement fait auditer sa formule par des experts. Ceux-ci ont statué que la formule retenue par la CRE entraînait un « surcoût injustifié de 30 % » pour les clients.

La CRE ne s’est pas excusée et a encore moins demandé que le trop-perçu soit remboursé aux clients. Elle a discrètement changé sa formule, mais à partir des prix antérieurs : la référence de prix était acquise. Il convenait de ne pas y revenir.

Tout se met en place pour que le même procédé, systématiquement défavorable aux clients, s’installe sur les tarifs de l’électricité. La CRE elle-même a calculé que le prix de marché qu’elle a pris comme référence (60 euros le MWh) se traduit par une hausse de 3,6 euros par MWh, qui viennent s’ajouter aux 3,3 euros après l’interdiction faite à EDF d’avoir accès à sa propre électricité produite, et au 1,4 euro lié au 25 % d’approvisionnement sur le marché. Soit les 8,3 euros d’augmentation annoncés.

Forte de ses convictions – discutables – et de ses calculs biaisés, la CRE n’a aucune difficulté à repasser la totalité de l’addition aux clients finaux. « Bien qu’elle ne soit pas en mesure de vérifier ce chiffre, faute de disposer de la méthode de calcul utilisée, l’Autorité [de la concurrence – ndlr] a noté que plusieurs intervenants, dont la CRE et la DGEC [direction générale de l’énergie et du climat – ndlr], ont indiqué, que selon eux, la charge supplémentaire pour les bénéficiaires des tarifs réglementés serait supérieure à un demi-milliard d’euros en 2019 », indique l’avis de l’Autorité de la concurrence.

Selon des connaisseurs du marché de l’électricité, la facture supplémentaire pour les ménages pourrait s’élever de 600 millions à 1 milliard d’euros. Pour les entreprises et artisans, cela dépasserait largement le milliard d’euros. Ce serait un facteur supplémentaire de dégradation de la compétitivité de l’économie française.

Alors que le prix de l’électricité en France était jusqu’alors un élément de l’attractivité, la CRE sape sans vergogne cette base, pour le seul bénéfice de quelques fournisseurs. Car ce sont eux qui seront les grands gagnants de cette transformation. Par ces transformations et ces calculs, la CRE leur assure, sans effort, leurs marges, une augmentation de leurs résultats et de leurs dividendes. Le tout bien évidemment sans contrepartie.

EDF figure aussi parmi les grands gagnants. Mais s’il s’agit par ce biais de renflouer le groupe public, il serait préférable au préalable de mener une opération vérité sur ses aventures financières, sur le coût réel et toujours caché du nucléaire, plutôt que de passer en catimini des hausses sur les tarifs.

Le diktat de la CRE

En plein « grand débat » sur le pouvoir d’achat et les inégalités, la CRE a naturellement mesuré que sa « révolution » tarifaire risquait de poser problème. Même si l’opinion publique se focalisait plus sur les seules hausses que sur les transferts vers le privé induits par ses changements de méthode, le gouvernement pourrait avoir quelque difficulté à faire avaler l’addition.

Alors, la CRE a prévu un mécanisme censé être imparable. Comme dans les contrats de concession autoroutiers, elle a inclus une clause de rattrapage exorbitante, si jamais le gouvernement différait sa décision ou décidait d’un gel. Par le passé, les fournisseurs alternatifs se sont déjà tournés vers le Conseil d’État pour contester un gel des tarifs décidé par le gouvernement et l’ont emporté.

Faisant partir le compte à rebours dès le 1er janvier, bien qu’elle n’ait rendu publique sa décision que le 7 février, la CRE a établi des modes de calcul dissuasifs. Plus le gouvernement diffère à accepter les tarifs fixés par la CRE, plus l’addition s’alourdit. Ainsi, au 1er mars, le régulateur considère qu’il y a déjà un manque à gagner de 1,1 euro par MWh et que cela doit se traduire par une augmentation supplémentaire de 0,6 %. Si le gouvernement n’entérine pas la hausse des tarifs réglementés le 1er juin, l’augmentation supplémentaire sera de 1,1 %. Et si c’est au 1er août, elle sera de 1,5 %, venant naturellement s’ajouter au reste.

Comment la CRE a-t-elle établi ces estimations ? Peuvent-elles être révisées si le marché de gros de l’électricité continue de baisser, comme actuellement ? La CRE n’a apporté aucun élément de réponse à ces questions.

Vers le grand transfert de la rente nucléaire publique vers quelques fournisseurs privés

Pourquoi les interlocuteurs rencontrés ont-ils toujours un sourire en coin lorsqu’est évoquée devant eux l’indépendance de la CRE ? Présidée par un ancien préfet, Jean-François Carenco, celle-ci est plus vue comme une courroie de transmission des volontés de « libéralisation » du gouvernement que comme une vraie instance de régulation. Pour les connaisseurs de dossier, jamais la CRE n’aurait osé faire un tel coup de force réglementaire, si elle n’avait pas eu le feu vert au sommet de l’État.

« Les changements que veut imposer la CRE, que ce soit en interdisant à EDF d’avoir accès à sa propre production électrique, la décision de priver les ménages de tarifs stables liés à la rente nucléaire et de les exposer à la volatilité des prix de marché s’inscrivent dans le grand projet de transformation d’EDF visant à en finir avec le service public de l’électricité », nous assure un responsable d’EDF.

À l’intérieur comme à l’extérieur du groupe public, beaucoup ont remarqué que la décision de la CRE, prise dans la plus grande discrétion, est arrivée au moment même où Emmanuel Macron a décidé, là aussi dans la plus grande discrétion, de reconduire Jean-Bernard Lévy à la tête d’EDF pour un second mandat de quatre ans. Il est vrai que de l’aventure d’Hinkley Point, projet voulu par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’économie, à la reprise des vestiges d’Areva, aux engagements financiers non chiffrés pour soutenir la filière nucléaire, le président d’EDF a toujours été un parfait exécutant.

Pour son nouveau mandat, Jean-Bernard Lévy a une lettre de mission volontairement des plus floues. Il lui est demandé de réfléchir à une réorganisation du groupe et à une évolution des structures d’ici à la fin de l’année. « La commande a été passée lors du discours d’Emmanuel Macron sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) [le 27 novembre – ndlr]. Mais il n’y avait aucune demande en interne. Il serait question d’une holding commune avec la scission des filiales comme les énergies renouvelables ou la distribution. Mais on ne sait rien de précis », rapporte Jean-Luc Magnaval. « Mais s’il s’agit de démantèlement ou de casser le service public, pas question », dit-il. « Nous tenons à un modèle intégré tel qu’il existe à EDF aujourd’hui », rajoute Force ouvrière.

Selon nos informations, les salariés ont toutes les raisons d’être inquiets. L’État aurait en tête de renationaliser EDF, ce qui lui permettrait d’avoir la main sur tout le nucléaire. Par la suite, les filiales les plus profitables, énergies renouvelables (EDF ER), gestion d’énergie (Dalkia), la distribution et autres, seraient vendues ou cotées en bourse. Le parc nucléaire, lui, resterait à 100 % nationalisé, l’État étant le seul à pouvoir offrir les garanties suffisantes pour assumer les risques – surtout depuis Fukushima – et la fin de vie du parc.

Cette entité fonctionnerait comme un centre de production centralisé fournissant de l’électricité à tous les fournisseurs, dans les mêmes conditions. Les services de distribution d’EDF seraient traités de la même façon que les autres. Ainsi, fin du service public, désintégration d’EDF. La rente nucléaire ne profiterait plus à l’ensemble de l’économie, aux entreprises, aux ménages, mais serait mise à la disposition de quelques fournisseurs privés. L’État ne saurait garder une rente publique, en faire bénéficier l’ensemble de pays et s’en servir pour financer la transition écologique.

Naturellement, ce grand transfert de rente vers le privé serait sans contrepartie, sans engagement ni d’investir dans des productions renouvelables, ni d’assurer la sécurité énergétique du pays, ni d’assumer une partie des coûts du nucléaire. La facture cachée depuis si longtemps du nucléaire, les désastres financiers de l’ensemble de la filière, le prix exorbitant des démantèlements à venir qu’il faudra bien mener, la gestion des déchets, l’État assumera. Ou plus exactement, il saura retrouver les contribuables en temps voulu.

Si tel est le projet, comment le gouvernement le justifiera-t-il cette fois-ci ? Des autoroutes à Aéroport de Paris, en passant par les hôpitaux, la SNCF et maintenant EDF – la liste est non exhaustive –, quel est le sens de cette politique qui conduit à la destruction systématique des services et des biens publics, à la perte de compétitivité de l’économie et des entreprises, à l’appauvrissement des finances publiques et des ménages, sans donner les moyens de financer son avenir ?

Par Martine Orange, publié le 11 mars 2019

https://www.mediapart.fr/journal/france/070319/electricite-vers-le-transfert-de-la-rente-nucleaire-publique-au-prive-0?onglet=full

Mar 13

LES PROGRAMMES NUCLÉAIRE ET BALISTIQUE DE LA CORÉE DU NORD RESTENT INTACTS

WASHINGTON, 12 mars (Yonhap) — Les programmes d’armes nucléaires et de missiles balistiques de la Corée du Nord restent intacts alors que le pays a recours à de nouveaux moyens pour échapper aux sanctions, a rapporté mardi un panel des Nations unies.

Le complexe nucléaire de Yongbyon demeure actif avec son réacteur de 5 mégawatts en service depuis décembre 2015, selon un rapport annuel établi par un groupe d’experts indépendants pour le comité du Conseil de sécurité de l’ONU chargé de surveiller l’application des sanctions contre le Nord.

Les photos de satellite du complexe prises de février à novembre 2018 ont montré l’excavation de voies d’eau et la construction d’un bâtiment près des installations d’évacuation des eaux usées du réacteur, a indiqué le rapport.

Un nouveau bâtiment a été aussi observé sur le côté ouest du réacteur à eau légère, a-t-il ajouté.

À Pyongsan, le site minier d’uranium, le panel a indiqué avoir observé des travaux destinés à débarrasser des tas de terre, indiquant une éventuelle activité minière.

Cela dit, à Kangson, il n’y avait pas de changement notable autour de l’installation d’enrichissement d’uranium présumée, excepté des mouvements périodiques de poids lourds.

«Les programmes nucléaire et de missiles balistiques de la République populaire démocratique de Corée restent intacts et le pays continue à défier les résolutions du Conseil de sécurité à travers une augmentation massive de transferts navire-à-navire illégaux de produits pétroliers et de charbon», a déclaré le rapport.

«Ces violations rendent les dernières sanctions des Nations unies inefficaces en bafouant les caps sur les importations de produits pétroliers et de pétrole brut de la République populaire démocratique de Corée ainsi que l’interdiction de charbon imposée en 2017 par le Conseil de sécurité en réponse aux tests nucléaire et de missiles balistiques sans précédent du pays.»

Il a souligné que les transferts navire-à-navire impliquaient des «techniques d’évitement de plus en plus avancées» dont le déguisement de vaisseaux à travers le vol d’identité de navire et la manipulation des transmissions du système d’identification automatique.

D’autres méthodes incluent le déguisement physique des pétroliers du Nord, l’utilisation de vaisseaux petits et non immatriculés, le changement de nom illégal et les transferts nocturnes.

Par ailleurs, la Corée du Nord cherche toujours à vendre des armes de petites tailles et d’autres équipements militaires à la Libye, au Soudan et aux rebelles houthis au Yémen en violation de l’embargo sur les armes, a relevé le rapport.

Par lsr@yna.co.kr, publié le 13.03.2019 à 10h12

Photo : La photo montre des transferts de navire-à-navire en mer (Yuk Tung et Ocean Explorer le 28 octobre 2018)

https://fr.yna.co.kr/view/AFR20190313001000884

Mar 13

INFOGRAPHIE – « LE COMBAT ÉCOLOGIQUE EST UN COMBAT DE LONGUE HALEINE »

Alors que la cause environnementale s’est imposée, Greenpeace France revient, à travers un livre, sur 40 ans de luttes qui se mêlent à l’histoire de France (1).

Le message de son directeur aux citoyens mobilisés les 15 et 16 mars pour le climat tient en un mot : Persévérez !

Entretien avec Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France

De nombreuses ONG se mobilisent pour l’environnement, comme le montrent les appels à manifester les 15 et 16 mars. Qu’est-ce qui caractérise Greenpeace ?

Jean-François Julliard : Nos modes d’action. Dès les années 1970, et les premiers combats contre le nucléaire américain, les militants de Greenpeace sont convaincus qu’il faut être là où ça se passe, s’interposer physiquement, utiliser son corps contre les crimes environnementaux. Les activistes grimpent sur des centrales, bloquent des baleiniers, des cargaisons de bois, etc. Ces actions sont porteuses parce qu’elles nous permettent de raconter une histoire, de témoigner de ces crimes, notamment grâce aux journalistes embarqués. Le fait de prendre des risques personnels est aussi un levier pour convaincre. L’une des premières actions du Rainbow Warrior contre l’immersion de déchets radioactifs dans le Golfe de Gascogne avait permis d’aboutir rapidement à l’interdiction de ces pratiques.

Ces actions sont-elles aussi efficaces aujourd’hui ?

J.-F. J. : Elles sont encore nécessaires mais insuffisantes. À l’époque, il suffisait parfois de révéler certaines pratiques méconnues pour qu’elles soient interdites. Aujourd’hui, l’information est beaucoup plus dense grâce aux médias, aux réseaux sociaux, nous sommes moins dans la révélation des scandales que dans des formes d’actions multiples et complémentaires : faire du plaidoyer, interpeller les responsables politiques, concevoir des recours juridiques contre l’État comme celui que nous allons déposer le 14 mars avec Oxfam, la Fondation Nicolas Hulot et Notre affaire à tous, etc. L’autre grand défi, c’est de se renouveler.

C’est-à-dire ?

J.-F. J. : Le nucléaire est un bon exemple : depuis 40 ans, nous réclamons la fin des centrales… et on est très loin du compte ! Cela nous oblige à réinventer nos modes d’action. Nous abordons aujourd’hui ces enjeux sous l’angle économique, par exemple en analysant les bilans financiers d’EDF. Nous démontrons que les coûts réels de la filière sont sous-estimés, notamment en raison du démantèlement et de la gestion des déchets. Nous touchons ainsi une audience plus large, la presse économique mais aussi les investisseurs, les analystes financiers, etc.

Le nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre. Pourquoi poursuivre un tel combat alors que l’urgence est à la lutte contre le réchauffement ?

J.-F. J. : Nous refusons de faire une hiérarchie entre deux causes décisives. S’il n’a pas d’impact sur le climat, le nucléaire, en raison des déchets qu’il génère et des risques d’accident, est une énergie très dangereuse. Il faut la combattre. Et ce d’autant plus que sa prégnance dans le mix énergétique français entrave le développement des énergies renouvelables, qui sont au cœur de la lutte pour le climat.

Deux grandes mobilisations pour le climat se profilent : la grève scolaire mondiale le 15 mars, la « Marche du siècle », le 16. Comment analysez-vous ce mouvement ?

J.-F. J. : Indéniablement, quelque chose se passe. Jamais, à Greenpeace, nous n’avons reçu autant de messages, de demandes, pour mener des actions de désobéissance civile. C’est aussi la première fois que l’on voit des lycéens et des étudiants prendre ces enjeux à bras-le-corps. On est au-delà de la prise de conscience, beaucoup de gens ont envie d’agir non seulement dans leur quotidien, pour réduire leur empreinte, mais aussi collectivement. Cela me frappe depuis l’été dernier, marqué par une succession d’événements climatiques inquiétants en Europe : sécheresses record en Suède, canicules dans de grandes villes, etc. Une part importante de la population commence à comprendre que ces risques la concernent directement. On ne peut être certain de l’issue, mais la dynamique est là.

Après 40 ans de lutte, quels sont les conseils de Greenpeace à ces nouvelles générations ?

J.-F. J. : Il faut rester mobilisés dans le temps, tenir, agir dans la durée, sans espérer l’emporter à la première… ni peut-être à la 10e mobilisation. Le combat écologique est un combat de longue haleine. On peut aussi tirer une leçon du passé : nous aurions sans doute avancé plus vite si nous avions fait le lien avec d’autres enjeux. La transition écologique réussira si elle est socialement juste ; on ne peut pas parler d’environnement sans parler du social. Nous ne l’avons pas fait suffisamment.

Recueilli par Marine Lamoureux, le 13/03/2019 à 6h10, mis à jour le 13/03/2019 à 10h34

Note : L’ONG est née en 1971 à Vancouver, au Canada. Greenpeace France voit le jour en 1977. Référence de l’ouvrage Greenpeace France, une histoire d’engagements, Les liens qui libèrent, 288 p., 22 €

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/Le-combat-ecologique-combat-longue-haleine-2019-03-13-1201008397?from_univers=lacroix

Mar 13

NUCLÉAIRE : UN « FAUX CONVOI » DE CHINON À FLAMANVILLE, LA ROUTE DES COMBUSTIBLES POUR L’EPR

Des militants antinucléaires organisent un « faux convoi » nucléaire, pour symboliser la route qu’emprunteront les convois quand l’EPR de Flamanville sera en fonction.

C’est l’idée du Collectif antinucléaire Ouest et Sortir du nucléaire Loire et Vienne (SDN41). Le samedi 23 mars, plusieurs véhicules partiront de Chinon et se rendront à Flamanville.

Sur leur route, plusieurs haltes sont programmées.

« C’est un convoi symbolique pour retracer la route que feront les combustibles quand l’EPR de Flamanville sera en route. Nous allons de villes en villes pour informer la population. Les antinucléaire locaux sont ainsi invités à organiser une conférence ou un événement tout public lors de notre venue », explique Sylvie Sauvage, l’une des organisatrices.

Lire aussi : Une grande marche contre le nucléaire entre Cherbourg et Paris

Le programme

Plusieurs rendez-vous sont déjà annoncés, et le programme est déjà bien établi.

23 mars :

  • 10 h à 14 h Chinon place Jeanne-d ’Arc pour des prises de parole
  • 15 h 30 Château-du-Loir place de la Gare pour des prises de parole
  • 18 h Le Mans parking av. Félix-Géneslay pour des prises de parole
  • 20 h salle Fulbert-Masson « nucléaire, la fin d’un mythe » avec Thierry Gadault

24 mars :

  • 10 h 30 Alençon marché de Courteille et
  • 16 h 30 salle Baudelaire, rue Porchaine conférence gesticulée de Johann Charvel « Atomes fourchus »

25 mars :

  • 11 h passage à Flers et 12 h à Athis-de-l’Orne, place Saint-Vigor
  • 16 h 30 Caen place Saint-Sauveur, chorégraphie
  • 20 h à l’amphi MRSH de l’université de Caen, conférence gesticulée de Johann Charvel « Atomes fourchus »

26 mars

  • 15 h Saint-Lô place de la Mairie
  • 18 h 30 Conférence de Bernard Laponche à l’Auberge Paysanne du Mesnil-Rouxelin

27 mars

  • 14 h Valognes rond-point place du Château
  • 16 h Flamanville port de Diélette stèle aux irradiés
  • 20 h retour à Valognes conférence sur le PPI petite salle du château

Par la Rédaction La Presse de la Manche, publié le 13 Mars 2019 à 0h01, modifié le 13 Mar 19 à 7h10

https://actu.fr/societe/nucleaire-faux-convoi-chinon-flamanville-route-combustibles-lepr_22014543.html

Mar 13

DANGEREUSE ESCALADE MILITAIRE ENTRE L’INDE ET LE PAKISTAN

Face aux attaques-suicides ou terroristes imputées au Pakistan, l’Inde est passée de la retenue à la riposte militaire, rapporte Julien Bouissou, correspondant du « Monde » à New Delhi.

 Analyse. Le récent affrontement entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire marque un dangereux tournant dans les relations entre les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud. La riposte militaire menée le 26 février par l’Inde, quelques jours après une attaque-suicide au Cachemire indien, revendiquée par le groupe islamiste pakistanais Jaish-e-Mohammed (JeM), qui a tué quarante paramilitaires indiens, est inédite. L’Inde privilégiait jusqu’à présent la diplomatie ou les opérations militaires clandestines contre son voisin, qu’elle accuse d’abriter et de soutenir les groupes terroristes la visant. Face aux attaques-suicides ou terroristes, l’Inde est passée de la retenue à la riposte militaire.

Fin 2001, lorsque le JeM mène une attaque contre le Parlement de New Delhi, l’Inde masse ses troupes à la frontière avec le Pakistan, mais n’ose pas envoyer ses avions de combat au-delà de la zone de la ligne de contrôle séparant les deux pays, par crainte d’une escalade.

Lorsqu’en 2008 des terroristes arrivent du Pakistan par la mer et tuent 166 personnes à Bombay, l’Inde tout entière est sous le choc, mais renonce, encore une fois, à riposter militairement au moins de manière visible. Cette retenue n’a pas empêché d’autres attaques- suicides ou attentats en Inde.

L’Inde ne peut pas faire la paix avec le Pakistan si elle ne fait pas la paix avec elle-même

Le premier ministre indien, Narendra Modi, arrivé au pouvoir en 2014, est parvenu à ce constat après une tentative avortée de négociation avec le dirigeant pakistanais, Nawaz Sharif, et l’attaque contre une base militaire indienne à Uri, en 2016. Sa réponse à l’attaque d’Uri marque le début d’un tournant. Pour la première fois, l’Inde mène, à grand renfort de communication, une opération militaire héliportée dans la zone de la ligne de contrôle, prenant de court son frère ennemi. La « frappe chirurgicale », comme New Delhi la surnomme, marque surtout les esprits et réveille le patriotisme indien, accentuant la pression sur le Pakistan. Sa médiatisation pousse aussi la communauté internationale à se positionner dans le conflit, en condamnant les attaques menées par des groupes islamistes présents sur le sol pakistanais.

Le 26 février, M. Modi a poussé le curseur plus loin. Pour la première fois depuis 1971, des avions de combat indiens ont frappé une cible au-delà de la région disputée du Cachemire, tout en se protégeant derrière la sémantique d’une frappe « préventive » et « non militaire », puisqu’elle ne vise aucune infrastructure de l’armée pakistanaise. Le risque d’une guerre nucléaire avec le Pakistan ne dissuade plus l’Inde de riposter militairement.

Washington aux abonnés absents

Cette stratégie est risquée. D’abord parce qu’elle laisse aux groupes islamistes basés au Pakistan l’initiative de déclencher une riposte militaire indienne, à chacune de leurs attaques. Ensuite, elle occulte un autre aspect important du conflit, celui de l’insurrection au Cachemire indien, qui s’est aggravée depuis l’arrivée au pouvoir de M. Modi. Pour certains analystes, le nationalisme hindou dont M. Modi est le chantre tire bénéfice de l’insurrection dans cette région à majorité musulmane, en renforçant les lignes de fracture communautaires. Les attaques dites « terroristes » se sont multipliées, et la répression s’est durcie. C’est un Indien du Cachemire qui a mené l’attaque-suicide contre le convoi militaire indien, et non un Pakistanais. L’Inde ne peut pas faire la paix avec le Pakistan si elle ne fait pas la paix avec elle-même.

Si un pilote indien n’avait pas été fait prisonnier au Pakistan, fin février, obligeant les deux pays à cesser leurs hostilités, jusqu’où serait allée l’escalade militaire ? Washington, qui s’activait autrefois en coulisses pour apaiser les deux pays, était aux abonnés absents. Le 26 février, jour des frappes aériennes indiennes, la France a dit reconnaître à l’Inde sa « légitimité à assurer sa sécurité contre le terrorisme transfrontalier », au risque d’attiser la tension entre les deux voisins. Des propos qui ont disparu de son communiqué publié le lendemain, lorsque le conflit s’est envenimé et que le pilote a été capturé.

La France, qui a signé en 1998 un partenariat stratégique avec l’Inde, veut renforcer sa coopération dans l’océan Indien menacé par l’expansion chinoise, et cherche à lui vendre des avions de combat et des réacteurs nucléaires. Le nouveau contexte géopolitique, la menace terroriste internationale, et le fait que le PIB indien soit dix fois supérieur à celui du Pakistan, incitent la communauté internationale à sortir de sa neutralité dans ce conflit. Sans le rôle d’apaisement qu’elle jouait jusqu’à présent, les risques de guerre entre l’Inde et le Pakistan sont accrus.

La nouvelle stratégie indienne va-t-elle dissuader le Pakistan d’abriter des groupes terroristes ? Islamabad a multiplié les arrestations en promettant de lutter contre le terrorisme. Mais le refrain a déjà été entendu lors des précédentes crises. Les islamistes avaient alors été libérés au bout de quelques mois. En augmentant la pression militaire sur le Pakistan, l’Inde risque de voir sa réputation de pays pacifique écornée, que la journée mondiale du yoga et les célébrations de l’anniversaire du mahatma Gandhi auront du mal à compenser. Des habitants du sous-continent ont même appelé à ce qu’Imran Khan, le premier ministre pakistanais, reçoive le prix Nobel de la paix pour la libération du pilote indien. De quoi surprendre vis-à-vis d’un pays dont l’armée n’a jamais été aussi populaire qu’après la riposte militaire indienne. Avec la montée du nationalisme hindou d’un côté, le retour en faveur de l’armée pakistanaise de l’autre, un patriotisme exacerbé et alimenté par les réseaux sociaux de part et d’autre, et l’absence de médiation internationale, les relations entre l’Inde et le Pakistan entrent dans une zone de turbulences.

Pat Julien Bouissou (New Delhi, correspondant régional), publié le 12 mars 2019 à 15h21

Photo : Un paramilitaire indien à Srinagar, dans l’Etat du Jammu-Cachemire, le 5 mars 2019. Mukhtar Khan / AP

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/12/dangereuse-escalade-militaire-entre-l-inde-et-le-pakistan_5434949_3232.html

Face aux attaques-suicides ou terroristes imputées au Pakistan, l’Inde est passée de la retenue à la riposte militaire, rapporte Julien Bouissou, correspondant du « Monde » à New Delhi.

 Analyse. Le récent affrontement entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire marque un dangereux tournant dans les relations entre les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud. La riposte militaire menée le 26 février par l’Inde, quelques jours après une attaque-suicide au Cachemire indien, revendiquée par le groupe islamiste pakistanais Jaish-e-Mohammed (JeM), qui a tué quarante paramilitaires indiens, est inédite. L’Inde privilégiait jusqu’à présent la diplomatie ou les opérations militaires clandestines contre son voisin, qu’elle accuse d’abriter et de soutenir les groupes terroristes la visant. Face aux attaques-suicides ou terroristes, l’Inde est passée de la retenue à la riposte militaire.

Fin 2001, lorsque le JeM mène une attaque contre le Parlement de New Delhi, l’Inde masse ses troupes à la frontière avec le Pakistan, mais n’ose pas envoyer ses avions de combat au-delà de la zone de la ligne de contrôle séparant les deux pays, par crainte d’une escalade.

Lorsqu’en 2008 des terroristes arrivent du Pakistan par la mer et tuent 166 personnes à Bombay, l’Inde tout entière est sous le choc, mais renonce, encore une fois, à riposter militairement au moins de manière visible. Cette retenue n’a pas empêché d’autres attaques- suicides ou attentats en Inde.

L’Inde ne peut pas faire la paix avec le Pakistan si elle ne fait pas la paix avec elle-même

Le premier ministre indien, Narendra Modi, arrivé au pouvoir en 2014, est parvenu à ce constat après une tentative avortée de négociation avec le dirigeant pakistanais, Nawaz Sharif, et l’attaque contre une base militaire indienne à Uri, en 2016. Sa réponse à l’attaque d’Uri marque le début d’un tournant. Pour la première fois, l’Inde mène, à grand renfort de communication, une opération militaire héliportée dans la zone de la ligne de contrôle, prenant de court son frère ennemi. La « frappe chirurgicale », comme New Delhi la surnomme, marque surtout les esprits et réveille le patriotisme indien, accentuant la pression sur le Pakistan. Sa médiatisation pousse aussi la communauté internationale à se positionner dans le conflit, en condamnant les attaques menées par des groupes islamistes présents sur le sol pakistanais.

Le 26 février, M. Modi a poussé le curseur plus loin. Pour la première fois depuis 1971, des avions de combat indiens ont frappé une cible au-delà de la région disputée du Cachemire, tout en se protégeant derrière la sémantique d’une frappe « préventive » et « non militaire », puisqu’elle ne vise aucune infrastructure de l’armée pakistanaise. Le risque d’une guerre nucléaire avec le Pakistan ne dissuade plus l’Inde de riposter militairement.

Washington aux abonnés absents

Cette stratégie est risquée. D’abord parce qu’elle laisse aux groupes islamistes basés au Pakistan l’initiative de déclencher une riposte militaire indienne, à chacune de leurs attaques. Ensuite, elle occulte un autre aspect important du conflit, celui de l’insurrection au Cachemire indien, qui s’est aggravée depuis l’arrivée au pouvoir de M. Modi. Pour certains analystes, le nationalisme hindou dont M. Modi est le chantre tire bénéfice de l’insurrection dans cette région à majorité musulmane, en renforçant les lignes de fracture communautaires. Les attaques dites « terroristes » se sont multipliées, et la répression s’est durcie. C’est un Indien du Cachemire qui a mené l’attaque-suicide contre le convoi militaire indien, et non un Pakistanais. L’Inde ne peut pas faire la paix avec le Pakistan si elle ne fait pas la paix avec elle-même.

Si un pilote indien n’avait pas été fait prisonnier au Pakistan, fin février, obligeant les deux pays à cesser leurs hostilités, jusqu’où serait allée l’escalade militaire ? Washington, qui s’activait autrefois en coulisses pour apaiser les deux pays, était aux abonnés absents. Le 26 février, jour des frappes aériennes indiennes, la France a dit reconnaître à l’Inde sa « légitimité à assurer sa sécurité contre le terrorisme transfrontalier », au risque d’attiser la tension entre les deux voisins. Des propos qui ont disparu de son communiqué publié le lendemain, lorsque le conflit s’est envenimé et que le pilote a été capturé.

La France, qui a signé en 1998 un partenariat stratégique avec l’Inde, veut renforcer sa coopération dans l’océan Indien menacé par l’expansion chinoise, et cherche à lui vendre des avions de combat et des réacteurs nucléaires. Le nouveau contexte géopolitique, la menace terroriste internationale, et le fait que le PIB indien soit dix fois supérieur à celui du Pakistan, incitent la communauté internationale à sortir de sa neutralité dans ce conflit. Sans le rôle d’apaisement qu’elle jouait jusqu’à présent, les risques de guerre entre l’Inde et le Pakistan sont accrus.

La nouvelle stratégie indienne va-t-elle dissuader le Pakistan d’abriter des groupes terroristes ? Islamabad a multiplié les arrestations en promettant de lutter contre le terrorisme. Mais le refrain a déjà été entendu lors des précédentes crises. Les islamistes avaient alors été libérés au bout de quelques mois. En augmentant la pression militaire sur le Pakistan, l’Inde risque de voir sa réputation de pays pacifique écornée, que la journée mondiale du yoga et les célébrations de l’anniversaire du mahatma Gandhi auront du mal à compenser. Des habitants du sous-continent ont même appelé à ce qu’Imran Khan, le premier ministre pakistanais, reçoive le prix Nobel de la paix pour la libération du pilote indien. De quoi surprendre vis-à-vis d’un pays dont l’armée n’a jamais été aussi populaire qu’après la riposte militaire indienne. Avec la montée du nationalisme hindou d’un côté, le retour en faveur de l’armée pakistanaise de l’autre, un patriotisme exacerbé et alimenté par les réseaux sociaux de part et d’autre, et l’absence de médiation internationale, les relations entre l’Inde et le Pakistan entrent dans une zone de turbulences.

Pat Julien Bouissou (New Delhi, correspondant régional), publié le 12 mars 2019 à 15h21

Photo : Un paramilitaire indien à Srinagar, dans l’Etat du Jammu-Cachemire, le 5 mars 2019. Mukhtar Khan / AP

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/12/dangereuse-escalade-militaire-entre-l-inde-et-le-pakistan_5434949_3232.html

Mar 13

COMMENT UNE GUERRE NUCLÉAIRE POURRAIT-ELLE AFFECTER INTERNET ?

«Il est difficile de débrancher Internet complètement, mais c’est possible», a expliqué Ben Segal, ancien chercheur en informatique du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN) et l’un des mentors de Tim Berners-Lee qui a créé le World Wide Web il y a 30 ans.

«Internet a été conçu de sorte à pouvoir utiliser des connexions de réserve. Il est donc difficile de l’anéantir, mais c’est possible. Une explosion nucléaire dans l’espace, à grande altitude, serait un vrai problème qui n’affecterait pas les hommes mais mettrait hors service l’électronique et les moyens de communication. On sait cela depuis longtemps, et je suis certain que tout le monde pourrait le faire en cas de menace», a déclaré à Sputnik Ben Segal, l’un des pères fondateurs d’Internet.

Une autre option serait de détruire toute l’humanité dans une guerre nucléaire. «Mais, sans détruire le monde, il est difficile de désactiver entièrement Internet. Parce que, comme je l’ai dit, il a été créé pour travailler à l’aide de différentes sources. Et tant qu’il existe un signal radio, un câble, un laser, vous pouvez communiquer via ces protocoles», a expliqué l’interlocuteur de l’agence.

«Toutefois, il est possible de lui infliger un préjudice considérable. Il y a quelques années, je ne pensais pas qu’un pays serait capable de filtrer Internet. Mais c’est possible. Par exemple, en Chine, Google est complètement interdit», a-t-il ajouté.

Il est impossible de prédire le développement futur d’Internet, mais la tendance générale est pessimiste, selon Ben Segal.

«Avez-vous lu le livre de Nassim Taleb Le Cygne noir sur la théorie des événements rares et difficiles à prévoir mais ayant des conséquences significatives? Et bien, la Toile mondiale était ce cygne noir. Comme Google et Facebook. Personne ne pouvait les prédire. Quand j’ai vu Google pour la première fois, j’ai pensé que cela ne pouvait pas exister. Que cela ne pouvait pas fonctionner. Et cela a été fait par un Russe. Et aujourd’hui personne ne peut dire quelle sera la suite», a-t-il déclaré.

Selon lui, la tendance générale de l’évolution de l’humanité suscite du pessimisme.

«Il existe de très nombreux risques. Et il est très regrettable que le cerveau humain, brillant dans certains domaines, ne puisse rien y faire. Et même si vous trouvez une solution, vous serez confronté au problème de son application», a-t-il ajouté.

Le World Wide Web fête son 30e anniversaire. Ce projet avait été mis en œuvre au CERN par le jeune informaticien Tim Berners-Lee, qui avait décidé de relier les ordinateurs dans un réseau commun grâce à l’hypertexte pour un meilleur échange d’informations.

Sci-tech, publié le 12.03.2019 à 14h18 (mis à jour à 14h27)

https://fr.sputniknews.com/sci_tech/201903121040331851-guerre-nucleaire-internet-impact-risques-menace/

Mar 12

« MINIMISER LES IMPACTS CATASTROPHIQUES D’UN ACCIDENT NUCLÉAIRE EST EN PASSE DE DEVENIR UN GRAND CLASSIQUE »

« Il est possible de mener une vie normale » dans les zones contaminées par la radioactivité, assure le ministre japonais de la Reconstruction, huit ans après l’accident nucléaire majeur de Fukushima. Ce discours de « normalisation », qui vise à minimiser le risque nucléaire et les conséquences d’un accident n’est pas l’apanage des autorités japonaises : on le retrouve en France depuis le lancement du programme nucléaire ou en Biélorussie après Tchernobyl. Sezin Topçu, historienne et sociologue des sciences, décrypte pour Basta ! Cette stratégie de communication, qui accompagne des politiques exonérant les exploitants de centrales nucléaires de leurs responsabilités. Entretien.

Basta !  : Lors des lancements des programmes nucléaires civils, aux États-Unis ou en France, la filière est clairement jugée à très haut risque. Comment les industriels qui se lancent dans l’aventure vont-ils être, en quelque sorte, en partie dédouanés de ces risques ?

Sezin Topçu [1] : Le caractère ingérable des dégâts provoqués par un accident nucléaire majeur est reconnu par les experts nucléaires dès les années 1950, bien avant le passage au stade industriel. Ils étaient d’accord sur le fait que de très vastes territoires allaient être contaminés pendant des centaines voire des milliers d’années ; et qu’il faudrait, en théorie, évacuer un nombre très important de personnes. Il est même envisagé de désigner des zones d’exclusion pour l’implantation des sites nucléaires. Des calculs effectués en 1957 à la demande de la commission à l’énergie atomique aux États-Unis (Atomic Energy Commission) imaginent alors un coût financier de l’ordre de 7 milliards de dollars.

Afin de protéger l’industrie nucléaire contre de tels risques financiers, l’État américain décide de limiter de façon drastique et exceptionnelle la responsabilité civile des exploitants en cas d’accident. Sans ces lois d’exception, il n’est alors pas envisageable pour les industriels de se lancer dans l’aventure nucléaire. Tous les pays qui développent le nucléaire vont s’inscrire dans ce schéma, qui n’a guère évolué depuis. EDF, par exemple, est aujourd’hui tenue par une responsabilité civile limitée à 91 millions d’euros en cas d’accident majeur, ce qui représente une somme dérisoire si on la compare aux évaluations des pouvoirs publics français qui estiment à environ 430 milliards d’euros le coût moyen d’un accident nucléaire majeur, jusqu’à 760 milliards pour un scénario « majorant ».

Le Japon fait figure d’exception vis à vis de cette atténuation des responsabilités, puisque l’exploitant doit dès le départ mettre de côté une réserve financière très élevée. Qu’a dû payer l’exploitant de Fukushima ?

Effectivement. La loi japonaise de 1961 relative à la responsabilité civile contraint tout exploitant à débloquer une « réserve de sécurité » d’un milliard d’euros, avant même de se lancer dans l’exploitation des centrales nucléaires. C’est une somme assez importante, égale à onze fois le montant imputé à EDF en cas d’accident. Cela dit, quand la catastrophe de Fukushima frappe le Japon en mars 2011, l’exploitant nucléaire privé Tepco aurait pu s’exonérer de toute responsabilité car la loi de 1961 prévoit aussi de rendre nulle la responsabilité de l’exploitant en cas de « catastrophes naturelles majeures ». Face à l’ampleur des réactions suscitées dans la population japonaise, Tepco a finalement décidé de ne pas demander d’exonération.

« Le coût d’un accident nucléaire majeur en France est estimé à environ 430 milliards d’euros »

Les sommes à débourser sont telles – les estimations oscillent entre 250 et 500 milliards d’euros jusqu’à récemment – que l’État a en fait avancé une partie des indemnités versées aux victimes, sans que l’on sache si Tepco remboursera un jour. Les consommateurs ont également été mis à contribution via une augmentation du prix du kWh. Ainsi, même dans un contexte où a priori l’exploitant porte une « responsabilité illimitée », des ajustements sont apportés au cadre législatif existant. Le « fossé » entre ce qu’un industriel est censé – et surtout est « en mesure » de – payer et ce qu’il faut réellement débourser pour prendre en charge correctement les dommages, impose une limitation forcée des responsabilités de l’industriel. Cela engendre une ré-organisation des charges à imputer à l’État et à la collectivité.

En France, au moment où le programme nucléaire est lancé dans les années 1970, plusieurs centaines de physiciens dénoncent une mauvaise évaluation du risque nucléaire. Comment se fait-il que leur avis n’ait pas été pris en compte ?

Le lancement du programme nucléaire français – le plus ambitieux du monde – ne s’est pas du tout fait dans des eaux tranquilles. Il y a alors de très grandes controverses. En février 1975, des physiciens du Centre national de recherche scientifique (CNRS), du Collège de France, de l’Institut de physique nucléaire, et d’autres encore, se mobilisent via une pétition qui met en garde contre le plan nucléaire du gouvernement. Ils conseillent à la population de ne pas accepter ce programme tant que les risques ne sont pas mieux évalués. Ils dénoncent un recours massif à l’énergie nucléaire – la France prévoyait alors 100 % d’électricité d’origine nucléaire – qui est selon eux extrêmement dangereux, d’autant qu’à l’époque la filière nucléaire n’était pas éprouvée. Ils critiquent aussi la technocratie propre à ce secteur. Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et EDF décident alors de tout, en lien avec les ministères de l’économie, de l’industrie et de l’énergie. En dehors de ce noyau, aucun scientifique n’est intégré.

Il n’était pas banal qu’autant de savants – 4000 au total – s’opposent à un tel programme. À ce moment, EDF a réellement peur de devoir stopper son programme nucléaire. Ces savants sont immédiatement désignés comme illégitimes, parce que ne connaissant pas, soit disant, le secteur. Cette stigmatisation est habituelle, en France, pour disqualifier les mouvements anti-nucléaires. EDF et le gouvernement les ont toujours présentés comme des partisans irrationnels du retour à la bougie, opposés au progrès. Dans la période actuelle, on observe un retour à ce discours de dénigrement des opposants anti-nucléaires, notamment à Bure [lieu d’un projet d’enfouissement à grande profondeur de déchets radioactifs, ndlr]. Avec un interventionnisme très important de l’État, qui oppose les « habitants citoyens » aux « opposants casseurs ».

Vous évoquez également une façon de gouverner par l’urgence, et la très alléchante taxe professionnelle pour faire accepter les projets nucléaires…

Dans les années 1970, le suivi de l’opinion publique devient un enjeu majeur pour le gouvernement et pour EDF. À partir d’études de comportement de la population à l’échelle locale comme nationale, notamment via les enquêtes d’opinion, EDF est avertie que les critiques d’un projet diminuent au fur et à mesure qu’un chantier avance. C’est logique : on a moins envie de s’opposer à un projet une fois qu’il est terminé. Il faut donc aller le plus vite possible dans la mise en chantier. C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de chantiers sont lancés avant d’avoir les autorisations de construction.

Les nombreuses plaintes déposées par des habitants ou des communes contre ces travaux non autorisés ont cependant toutes été classées, avec une régularisation a posteriori. Nous sommes confrontés à l’irréversibilité des projets techniques. On rend d’abord les projets irréversibles, ensuite on les régule. Cela estompe les possibilités de contestation. C’est la même chose avec les pesticides, qu’on tâche aujourd’hui de réguler alors qu’ils sont déjà disséminés partout dans l’environnement.

La taxe professionnelle joue également un rôle important pour rendre les projets nucléaires acceptables, avec d’autres avantages matériels, comme l’aménagement de piscines olympiques ou la réfection des routes. Des communes entières sont ainsi modernisées au fur et à mesure du déploiement du programme nucléaire. La région de La Hague, dans le Nord Cotentin, est un des bons exemples de ces avantages. C’est le visage scintillant de la modernité nucléaire. Aujourd’hui, le même phénomène se produit dans la région de Bure où on trouve des salles des fêtes immenses et toutes neuves, même dans des communes dépeuplées. Il y a toujours eu beaucoup d’investissements pour que les populations soient hospitalières vis à vis du nucléaire.

 Lire à ce sujet notre enquête : Un milliard d’euros ont été dépensés pour rendre « socialement acceptable » l’enfouissement de déchets nucléaires


EDF n’a-t-elle pas également beaucoup investi dans la communication ?

Si bien sûr. L’aspect informationnel – certains diraient propagande étatique – joue un rôle central dans le fait de rendre le nucléaire acceptable. On accentue ses avantages, qui font rêver : une énergie illimitée, zéro coût, avec un risque quasi-nul. Nous savons désormais que les conséquences immenses d’une catastrophe ont conditionné des lois d’exception pour ce secteur. Mais dans la France des années 1970, on pouvait entendre dire que la chute d’une météorite était plus probable qu’un accident nucléaire. Des sommes très importantes sont investies dans la publicité pour « éduquer » le public, notamment les opposants, ceux et celles « qui ne comprennent pas ».

Comment évoluent les stratégies de communication à partir du moment où les catastrophes nucléaires deviennent réalité ?

À la fin des années 1980, suite à l’accident de Tchernobyl, de nouvelles stratégies de communication se mettent en place, avec ce qu’on appelle la dissonance cognitive : il s’agit d’affirmer plutôt qu’être sur la défensive. En 1991, une campagne de communication est ainsi organisée via les journaux et la publicité audiovisuelle qui assène que 75 % de l’électricité est d’origine nucléaire. Il faut que les Français sachent que leur grille-pain fonctionne au nucléaire, il faut qu’ils l’acceptent. C’est comme ça, c’est la réalité, plus personne ne peut s’y opposer. Depuis l’accident de Fukushima aussi, cette même stratégie est à l’œuvre. C’est terrible, nous disent les promoteurs du nucléaire, mais c’est comme ça, il faut apprendre à vivre avec. Les programmes de publicité sont à l’inverse d’une tournure pessimiste des choses, avec des enfants qui courent dans la verdure.

Ce nouvel axe de communication, qui affirme qu’il faut « accepter le nucléaire », va de pair avec une nouvelle idée : on peut continuer à vivre dans les territoires contaminés. La Biélorussie, dont une partie importante a été touchée par l’accident de Tchernobyl en 1986, devient un laboratoire grandeur nature pour l’expérimentation de cette nouvelle « idée ». Quel rôle jouent les experts français dans cette normalisation des zones contaminées ?

Au début des années 1990, la Biélorussie est encore dans une économie de type post-soviétique, où l’État s’engage à prendre en charge totalement les victimes. Des systèmes de compensation sont mis en place, la possibilité pour les enfants malades d’aller en sanatorium, etc. Dans la deuxième moitié de la décennie, les organismes internationaux comme l’AIEA, l’OCDE et la Banque mondiale ont commencé à lancer des ultimatums à la Biélorussie pour qu’elle accomplisse sa conversion. Les expertises pilotées par l’AIEA et l’OMS jugent que les règles d’évacuation et de compensation sont trop précautionneuses, économiquement insoutenables, politiquement contre-productives et de fait nuisibles à la possibilité d’opérer une transition vers une économie – néolibérale – de marché. Il faut que les gens soient responsabilisés, et qu’ils n’attendent pas tout de l’État, ce n’est pas « moderne ».

« C’est une individualisation des risques, chacun doit apprendre à gérer les becquerels »

C’est à ce moment qu’intervient le programme Ethos, mené par des experts français, issus du CEA et réunis au sein du centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN), une association loi 1901 ne comptant que trois membres : CEA, EDF et IRSN. Ces consultants se rendent régulièrement en Biélorussie, proposent une « réhabilitation participative » des territoires « moyennement » contaminés. L’idée, c’est que l’on peut rester dans ces villages si on éduque les gens. Exemples : si on a mangé trop de champignons – chargés en radioactivité – le lundi, on mangera des aliments moins chargés le reste de la semaine. Idem pour le temps passé dehors : si on passe plusieurs heures dans un lieu contaminé – la forêt par exemple –, il faut faire attention, les jours suivants, à passer plus de temps chez soi. C’est une individualisation des risques, chacun doit apprendre à gérer les becquerels.

Cette stratégie de « normalisation » des territoires contaminés est-elle également mise en place à la suite de la catastrophe de Fukushima ?

Oui, et c’est en partie à l’initiative des experts français et leur « retour d’expérience » biélorusse. Ceux qui ont mis au point le programme Ethos sont au Japon actuellement. La normalisation des territoires contaminés y a été orchestrée en premier lieu par l’État japonais lui-même. Très vite, elle est devenue un mot d’ordre officiel. Dans un premier temps, en vue de limiter les évacuations, le gouvernement multiplie la dose maximale admissible par vingt, qui est ainsi passée de 1 mSv (millisievert) – la norme en vigueur en Europe et en France pour le fonctionnement « normal » des centrales – à 20 mSv par an. Soit le niveau maximal fixé pour les travailleurs du nucléaire en France et en Europe. Les pouvoirs publics japonais considèrent par ailleurs, depuis 2011, qu’en dessous du seuil de 100 mSv, le risque de développer un cancer radio-induit est proche de zéro – le tabagisme ou l’obésité, disent-ils, sont des problèmes plus préoccupants.

À partir de 2012, les responsables politiques japonais passent à l’offensive en matière de politique de normalisation de l’accident, en n’hésitant pas à parler de la nécessité de « reconquérir » au plus vite la plupart des zones évacuées. En comparaison, les ex-états soviétiques avaient été plus prudents à procéder de la sorte. Le gouvernement japonais investit dont énormément dans la décontamination pour opérer ce prétendu retour à la normale. Il dit à la population : « Revenez, il faut tourner la page, il faut que le Japon achève de faire son deuil. » Pour le moment, ce discours ne semble pas convaincre les personnes évacuées qui peinent à croire que l’on peut vivre heureux dans un univers contaminé. La plupart du temps ils sont stigmatisés par les experts gouvernementaux ou par les non-victimes en tant qu’individus peureux et irresponsables, entravant l’effort national relatif à la reconstruction de Fukushima.

Vous dites que la « normalisation » des territoires contaminés est une aubaine pour les promoteurs du nucléaire, notamment en France. Pourquoi ?

Ces stratégies visent à minimiser les évacuations, et à « normaliser » les territoires contaminés moyennant des normes sanitaires anormales ou des guides pour « apprendre à vivre avec ». Mais ces territoires contaminés ne pourront plus jamais redevenir normaux au sens propre. Ces stratégies sont en fait le moyen, pour l’industrie nucléaire, d’assurer sa survie, de continuer à diffuser le mythe du nucléaire « propre », de rendre ainsi invisibles les dégâts réellement engendrés en cas d’accident. La minimisation des impacts catastrophiques d’un accident nucléaire est ainsi en passe de devenir un grand classique de notre temps.

« Ces stratégies visent à minimiser les évacuations, et à « normaliser » les territoires contaminés »

S’il parait incontestable qu’il faut aider les victimes à s’informer, et à agir vis-à-vis des risques radioactifs qui les menacent, ces démarches de réhabilitation participative des territoires contaminés ont ceci de problématique qu’elles sont portées par des experts ou des institutions nucléaristes. Elles ont tout intérêt à prétendre, par ce biais, auprès de l’opinion publique nationale comme internationale, que les conséquences graves d’un accident nucléaire sont maîtrisées. Tout ceci pose de graves problèmes éthiques et démocratiques, en ce qu’il subordonne l’avenir de nos sociétés à des visions fatalistes, qui déforment la conception même des droits humains de base, dont le droit fondamental des individus à vivre dans un environnement sain.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler, publiés le 12 mars 2019

Note

[1] Sezin Topçu est historienne et sociologue des sciences, chargée de recherche au CNRS. Elle est membre du centre d’étude des mouvements sociaux à l’EHESS. Son ouvrage La France nucléaire, l’art de gouverner une technologie contestée a été publié en 2013 au Seuil.

https://www.bastamag.net/Minimiser-les-impacts-catastrophiques-d-un-accident-nucleaire-est-en-passe-de

Mar 12

AU JAPON, LA RÉPUTATION DE FUKUSHIMA IRRADIE TOUJOURS

Huit ans après le tsunami et la catastrophe nucléaire qui ont touché la région nippone, cette dernière reste une pestiférée qui n’arrive à écouler ni les produits qu’elle cultive ni ses poissons. Et ce malgré l’acharnement des officiels et de Tepco, l’opérateur de la centrale, à vendre aux visiteurs une zone plus propre que propre.

Leur chair rouge et ronde brille au soleil. Au Japon, l’hiver lumineux est la saison des fraises. Dans cette serre d’Iwaki, à 200 kilomètres au nord de Tokyo, les rangées s’alignent à hauteur de poitrine, racines dans l’eau et fruits à portée de main. «Servez-vous !» lance le directeur, Koichi Aoki. Pour 500 yens, soit 4 euros à peine, les familles de la région viennent déguster à volonté. On s’attarde sur la variété locale, la Fukuharuka. Ferme, sucrée, délicieuse. Les fraises d’Iwaki ont pourtant peu de succès.

La coopérative est située dans la préfecture de Fukushima, à 50 kilomètres au sud de la centrale accidentée. Une zone relativement peu touchée par les rejets radioactifs, emportés par les vents et les pluies vers le nord-est, mais nullement épargnée. «On a fait des tests un mois après la catastrophe, la radioactivité était la même qu’à Tokyo car la serre a protégé les fruits, assure Koichi Aoki. Les consommateurs ont cessé de venir pendant trois  ans. Ils sont revenus peu à peu mais, c’est sûr, la majorité ne veut plus de nos récoltes. Nous tenons grâce aux subventions.»

La région de Fukushima, littéralement «l’île prospère», rêve d’un retour à la normale et s’obstine à y croire. Les progrès réalisés comme les efforts fournis sont colossaux. Ils frisent parfois la démesure et l’absurde tant ils semblent déployés pour nier l’évidence : près de huit ans après, l’ancien grenier à riz et port de pêche du grand Tokyo reste une terre profondément meurtrie.

«Mes enfants ont une vie normale, ils vont à l’école, ne portent pas de masque ou de combinaison, tient à souligner Mitsuru Shoji, responsable des affaires internationales à la préfecture. Les zones évacuées ne représentent plus que 3 % du territoire, contre 12 % auparavant, 43 214 personnes sont concernées quand elles étaient 164 865 en mars 2012.»

A cela s’ajoute une norme de commercialisation draconienne, qui met la barre à 100 becquerels par kilogramme maximum – elle est de 1 250 en Europe et de 1 200 aux Etats-Unis. «Malgré tout, les consommateurs refusent nos produits et la situation n’est pas revenue comme avant, soupire Mitsuru Shoji. Nous souffrons des rumeurs néfastes.» Le mot est lâché et nous accompagnera tout au long du périple. Officiellement, c’est la faute aux rumeurs. La population de Fukushima s’acharne à vivre comme si de rien n’était et s’étonne de voir que le reste du monde ne fait pas de même.

Mais si l’invisible ennemi n’est pas tant la radioactivité que les peurs infondées, comment lutter ? La préfecture a invité des blogueurs pour faire la promotion de la région sur les réseaux sociaux et le tourisme est reparti de plus belle, plus fort qu’en 2010. Elle multiplie les exportations de produits dont l’archipel ne veut plus – pêches en Thaïlande et Malaisie, poires au Vietnam, riz en Europe… Elle s’érige en exemple. «Dans les cantines des écoles, 36,7 % des menus sont produits localement, la moyenne nationale est de 26,4 %», souligne fièrement Mitsuru Shoji. Et l’on frémit en pensant au principe de précaution.

«Aucune raison de s’inquiéter ! insiste Kenji Kusano, du Centre de technologies agricoles de Fukushima, luxueux bâtiment dont quelques poutres ont plié sous l’effet du séisme de 2011. Les 10 à 15 centimètres de sol où se concentrait le césium radioactif ont été enlevés. Les cultures sont arrosées de potassium, un analogue chimique du césium que les plantes absorbent au détriment des éléments radioactifs. Plus de 300 tests par jour sont réalisés sur la nourriture.»

Bouillie

Sur le port d’Onahama, à Iwaki, même acharnement à vouloir démontrer que tout va bien. Les locaux flambant neufs, aux règles de sécurité optimales, sont pourtant déserts. Deux petites rangées de bacs font résonner leur clapotis dans le grand hall de la criée. Les captures annuelles culminent à 3 000 tonnes sur la façade Pacifique de la préfecture quand elles atteignaient les 25 000 tonnes avant l’accident. Le millier de pêcheurs vit d’autres boulots ou des aides de Tokyo Electric Power (Tepco), l’opérateur de la centrale. Le poisson estampillé «Fukushima» ne s’écoule pas.

Chaque jour on en achève des dizaines qu’on réduit en bouillie afin de tester leur contamination. Une hécatombe méthodique de 560 000 bêtes marines et 212 espèces pour pouvoir affirmer que, depuis avril 2015, aucun échantillon ne dépasse les normes, 99 % n’ont même aucune radioactivité détectée. Comble de l’ironie, les pêches sont si maigres qu’il ne reste souvent plus rien à vendre une fois ces chiffres rassurants obtenus…

On pourrait pêcher ailleurs puisque le Japon ne manque pas d’accès à la mer… «Nous avions une bonne réputation, nous voulons pêcher ici», assène Toyohiko Hirata, représentant de la préfecture. «Nous n’abandonnerons pas, nous continuerons les tests jusqu’à ce que les consommateurs puissent manger nos poissons l’esprit tranquille», renchérit Hisashi Maeda, de la coopérative locale. A-t-il confiance en Tepco, qui assure ne plus souiller leurs eaux ? Un «non» jaillit dans un éclat de rire. L’entêtement frôle la résistance. On ne quitte pas un navire qui sombre, éthique de marin.

La gabegie prend toute son ampleur à bord du vaisseau mère, la centrale de Fukushima Daichi. Dans le bâtiment au hublot avec vue sur l’océan de citernes, des employés de Tepco vantent les avancées du chantier. Ils répondent ensuite longuement aux questions au pied des réacteurs endommagés, pour mieux prouver que le complexe, nettoyé, bétonné, coloré, est devenu inoffensif. Les dosimètres restent sages, 96 % du site sont accessibles avec un simple masque chirurgical et un casque.

A la suite d’un séisme et d’un tsunami inédits, le 11 mars 2011, une large partie de la centrale nucléaire a été dévastée, entraînant la fusion des cœurs de trois réacteurs. Depuis, 200 tonnes d’eau douce sont déversées chaque jour sur ces magmas métalliques ou coriums pour les refroidir. Le liquide s’échappe des cuves et des enceintes de confinement qui ne sont plus étanches, emporte au passage des matériaux radioactifs. Il est pompé dans les sous-sols des bâtiments, traité puis réinjecté dans les réacteurs. Le cycle serait vertueux si de l’eau souterraine ne ruisselait pas des montagnes environnantes pour se contaminer à son tour.

Un millier de citernes

Afin d’éviter toute pollution de l’environnement, Tepco pompe en permanence en divers points, en amont comme en aval. Un mur bloque les écoulements de la nappe phréatique vers la mer depuis octobre 2015. Il est doublé depuis peu d’un pharaonique sarcophage souterrain refroidissant : 1,5 kilomètre de tuyaux, plongeant à 30 mètres de profondeur et portés à – 30° C, pour faire barrage aux infiltrations autour des réacteurs. La construction de la structure a déjà englouti 35 milliards de yens, son fonctionnement avale 1 milliard supplémentaire par an. Le coût en vaut-il la chandelle ? L’Autorité de réglementation nucléaire (ASN) doutait dès le départ de la rentabilité du projet. Mais en termes de communication, il est parfois plus important de se montrer actif qu’efficace.

Les quantités d’eau souillée ont été réduites, néanmoins, 80 mètres cubes doivent encore être stockés chaque jour. Près d’un millier de citernes envahissent le site de la centrale, au bord de la saturation. Elles renferment plus d’1 million de tonnes d’eau radioactive, l’équivalent de 500 piscines olympiques, dont Tepco ne sait que faire. De l’avis des experts du secteur, le rejet en mer est la meilleure solution, arguant que cela ne présente pas de danger une fois dilué. De tels rejets se font notamment en France pour les centrales en service. Mais les pêcheurs, échaudés par les mensonges de l’opérateur, ne veulent pas en entendre parler.

Fin septembre, Tepco a reconnu que l’eau n’était pas aussi propre qu’il l’avait affirmé jusque-là. Elle devait être débarrassée de 62 éléments radioactifs à l’exception d’un seul, le tritium, qu’il est impossible de filtrer avec les techniques actuelles. En réalité, elle contiendrait de nombreux éléments radioactifs, et 80 % des stocks auraient une radioactivité au-delà des limites de rejet dans l’environnement. La concentration en strontium, particulièrement radiotoxique, peut la dépasser 20 000 fois ! «Dans les premières années après l’accident, nous avons traité l’eau trop rapidement car nous avons privilégié la sécurité des travailleurs», justifie Takahiro Kimoto, chargé de com à Tepco. L’eau sera donc filtrée une seconde fois avant un rejet en mer qui semble inéluctable. Les tests menés par les pêcheurs à Onahama ont un bel avenir devant eux.

Robot

En attendant, la piscine du réacteur 4, à l’arrêt lors de l’accident, a été vidée de ses 1 535 assemblages de combustibles usés. Reste à extraire les 392 du réacteur 1, les 615 du réacteur 2 et les 566 du réacteur 3. L’opération devrait débuter le mois prochain, avec quatre ans de retard. Ensuite viendra le temps du démantèlement à proprement parler. À ce jour, personne ne sait où et dans quel état se trouvent les coriums, un robot vient d’entrer en contact avec ce magma pour la première fois en février. Difficile donc de savoir comment le récupérer. Tepco mise sur une fin de chantier vers 2051 ou 2061. Un calendrier purement théorique.

La visite s’achève. On se défait des maigres gilets, masques et chaussettes qui s’accumulent dans de gigantesques poubelles incinérées sur place. On rend son dosimètre. Faire un tour de la centrale, c’est s’exposer à 0,05 millisievert, soit la moitié d’un vol Tokyo-New York, serinent les équipes de Tepco. Circulez, il n’y a rien à craindre. Agriculteurs, pêcheurs et employés du nucléaire s’évertuent tant à affirmer que tout est normal, qu’on se demanderait presque si la principale «rumeur néfaste» ne serait pas de croire qu’un accident nucléaire a eu lieu sur le territoire.

Par Rafaële Brillaud, envoyée spéciale à Fukushima, publié le 11 mars 2019 à 20h16

https://www.liberation.fr/planete/2019/03/11/au-japon-la-reputation-de-fukushima-irradie-toujours_1714443

Mar 12

LES RIVERAINS DE FUKUSHIMA N’OSENT PAS REVENIR DANS LES ZONES OFFICIELLEMENT DÉCONTAMINÉES

Depuis la catastrophe du 11 mars 2011, l’IRSN suit les évolutions de l’opinion des citoyens directement impactés. Revenir dans son ancienne ville après la décontamination n’est pas une décision simple à prendre.

CONFIANCE. Ce programme qui allie l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’université japonaise Tokyo Tech s’appelle « Shinrai » soit « confiance » en japonais. Depuis 2014, il s’attache à comprendre les rapports qui se nouent entre les autorités en charge des conséquences de l’explosion des réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima et les habitants. Officiellement, tout se déroule au mieux. Selon la Préfecture de Fukushima, la zone d’évacuation totale n’est plus que de 371km² soit 2,7% de la surface de la Préfecture. De 165.000 évacués en 2012, on est tombé en décembre 2018 à près de 43.000 personnes qui ne peuvent toujours pas retrouver leur maison.

Au huitième anniversaire de la catastrophe, Shinrai publie un nouveau rapport qui montre combien le retour des populations dans leur ancien lien de vie est dans la réalité difficile. Les chercheurs suivent pas à pas 120 personnes via des entretiens personnalisés et recueillent leurs réactions aux décisions des autorités. Ils constatent ainsi que les retours vers la ville d’origine sont peu nombreux. En moyenne, 15% seulement des habitants sont revenus après la décontamination de leur quartier et l’autorisation des pouvoirs publics. À l’exception de la ville de Tamura qui a vu 80% de retour, d’autres agglomérations comme Kawauchi (28,5%) ou Naraha (31,8%) ont des taux bien plus faibles et dans des villes partiellement évacuées comme Tomokia et Namie, 4% seulement des habitants se sont réinstallés bien que les autorités assurent qu’il n’y a désormais plus de danger pour la santé.

Les anciens reviennent, pas les jeunes

MÉDECINS. Le rapport Shinrai confirme ce que le gouvernement japonais redoutait. Le taux de retour des enfants des 9 municipalités concernées est de 8,6% seulement. La tendance est clairement identifiée par l’Agence publique de reconstruction : plus la personne concernée est jeune, moins elle a envie de revenir. Dans les entretiens, les maires semblent ne plus se faire d’illusions : les familles avec des enfants en bas âge ne se réinstalleront probablement pas. Le portrait du « revenant » est donc celui d’un homme d’environ 50 à 60 ans, en bonne santé, autonome, ayant une voiture, capable d’entretenir des relations de voisinage et dont les enfants sont adultes et vivent ailleurs.

Ceux de la même génération mais ayant des problèmes de santé choisissent d’ores et déjà de se réinstaller dans les villes où vivent leurs enfants et où ils trouveront un bon encadrement médical. Les médecins et les infirmières font en effet majoritairement partie de la génération plus jeune qui ne se réinstallera pas. Certains élus comme ceux de Naraha cités par le rapport, estiment qu’au mieux 50% des anciens habitants reviendront y vivre. Dès lors, les autorités essaient d’imaginer ce que deviendront ces agglomérations dans 10 ou 20 ans. La notion de « ville marginale » refait ainsi surface. Définie en 1991 par le sociologue Akira Ono, elle décrit le devenir de ces zones urbaines où la moitié de la population a plus de 65 ans, dans le contexte du vieillissement de la pyramide des âges du Japon.

La reconstruction économique de la région pourrait profiter à des populations extérieures

RISQUES. Le rapport bat ainsi en brèche l’idée très ancrée que les habitants sont attachés à leur région et rechignent à la quitter même en cas d’accident nucléaire. L’exemple de Fukushima montre le contraire. La majorité des riverains ne veulent pas revenir et ce, malgré les efforts des autorités pour les rassurer sur l’absence de risque sanitaire. Shinrai identifie les principales craintes à l’origine de cette décision : risque d’exposition aux radiations notamment pour les enfants, peur associée au voisinage de la centrale accidentée, manque de structures médicales et d’écoles, manque d’infrastructures commerciales et sociales, la forte présence des ouvriers de décontamination de la radioactivité contrastant avec l’absence des amis et des voisins qui ne sont pas revenus…

Les discours rassurants des autorités nationales comme régionales ne peuvent rivaliser face au constat que l’accident a profondément changé les structures de vie. La perte des relations sociales et familiales est ainsi mise en exergue pour expliquer cette volonté de ne plus revenir. Les auteurs du rapport soulignent par ailleurs que cela ne devrait pas s’arranger. Depuis mars 2018 en effet, l’électricien TEPCO ne finance plus les aides au relogement en dehors de la zone contaminée. Des familles qui pouvaient ainsi occuper deux habitations, devront désormais choisir car incapables de payer deux loyers. Et le nombre des départs devrait augmenter.

Quelle politique de reconstruction doit dans ce contexte mener les autorités japonaises? Les actions engagées visent en effet à revitaliser le tissu économique de cette région en favorisant l’installation d’entreprises et la création d’emplois. Le rapport souligne que pour les habitants le mot « reconstruction » signifie plutôt le retour à un environnement sain apte à préserver leur santé et ne sont pas demandeurs de ces activités économiques. Les auteurs redoutent ainsi que les emplois créés attirent des populations économiquement plus fragiles d’autres régions de l’archipel, accentuant ainsi la dépendance des villes locales aux aides des autorités nationales.

Par Loïc Chauveau, publié le 11 mars 2019

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/crise-nucleaire-au-japon/les-riverains-de-fukushima-ne-veulent-pas-revenir-chez-eux_132050

Mar 12

GREGORY JACZKO : « NOUS N’AVONS PLUS BESOIN DE CONTINUER À PRENDRE LE RISQUE NUCLÉAIRE »

Huit ans après la catastrophe japonaise, l’ex-président de l’autorité de sûreté américaine aux États-Unis, Gregory Jaczko, revient sur le risque lié à l’atome.

Gregory Jaczko a été président de l’autorité de sûreté nucléaire américaine, la Nuclear Regulatory Commission (NRC), entre 2009 et 2012. Après l’accident de Fukushima en mars 2011, il a coordonné la réponse américano-japonaise à la catastrophe. Il a publié, en janvier, Confessions of a Rogue Nuclear Regulator (« Confessions d’un régulateur indésirable », Simon & Schuster, non traduit). M. Jaczko est également enseignant à l’université et entrepreneur dans le domaine des énergies renouvelables.

Huit ans après Fukushima, estimez-vous qu’un accident de ce type peut encore se produire dans le monde ?

Il y a toujours un risque d’accident. Vous ne pouvez pas l’éliminer complètement. Quand on dirige une autorité de sûreté, on travaille sur les failles que l’on connaît mais, par définition, pas sur celles que l’on ne connaît pas. Or, elles existent toujours, comme l’a montré l’accident de Fukushima. Il est pourtant possible d’améliorer sérieusement la sûreté dans les centrales. Mais il faut accepter que cela ait un coût important, pour faire face à des scénarios qui ont très peu de chances d’arriver.

Les États-Unis, qui comptent le plus grand nombre de réacteurs au monde, devant la France, ont-ils tiré les leçons de cet accident ?

C’est pour moi une très grande déception : une partie des gens dans l’industrie ont minimisé le problème en assurant qu’il s’agissait d’un problème japonais, qui ne se produirait pas aux États-Unis. Pourtant, la technologie utilisée au Japon est inspirée de la technologie américaine. C’est une erreur de minimiser l’accident de Fukushima. Nous aurions dû en tirer des leçons. La NRC a très rapidement fait des recommandations réalistes, similaires à ce qui a été proposé dans d’autres pays pour améliorer la sûreté. Mais l’industrie nucléaire a tout fait pour empêcher leur mise en place, avec un fort appui politique au Congrès.

Les Européens ont-ils mieux géré l’après-Fukushima ?

En Europe, les autorités de sûreté ont réussi à imposer des « stress tests » [tests de résistance à un incident] très importants aux centrales, et à mettre en place des mesures utiles. En France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et son bras technique, l’IRSN, ont une expertise parmi les meilleures du monde et ont montré leur capacité à prendre des décisions indépendantes.

Dans votre livre, vous insistez sur le risque d’accident nucléaire. Pourtant, leur nombre est très faible.

Quand j’ai commencé ma carrière, je n’avais pas d’avis sur le nucléaire en tant quel tel, c’était pour moi une technologie qu’il fallait réguler, pas quelque chose qui ne devait pas exister. Mais après Fukushima, j’ai compris que notre manière de faire du nucléaire n’était pas la bonne. La condition devrait être de limiter les impacts d’un éventuel accident au site lui-même et de rendre impossible la contamination de l’environnement.

L’une des solutions serait d’avoir des réacteurs beaucoup plus petits, et donc moins dangereux. Mais le problème devient économique : ce n’est pas une option très rentable. Surtout, en quinze ans, ce débat a complètement changé : aujourd’hui, nous avons des moyens de produire de l’électricité qui n’émet pas de CO2, moins chers que le nucléaire. Nous n’avons plus besoin de continuer à prendre ce risque.

Les prix des énergies renouvelables baissent, mais contrairement au nucléaire, elles ne peuvent produire de manière continue…

C’est un raisonnement très simpliste. Le soleil et le vent sont très prévisibles et l’énergie qu’on peut produire à partir de ces sources également. D’autant que le solaire, l’éolien terrestre et l’éolien offshore sont très complémentaires et permettent de lisser la production sur une journée ou une semaine. Aujourd’hui, les renouvelables sont une technologie fiable. Peut-on en dire autant du nucléaire ? Après Fukushima, le Japon est passé de 25 % de nucléaire à 0 % ! À cause du risque d’accident, l’atome n’est pas une technologie très fiable. En cas de problème de sûreté, un réacteur doit pouvoir s’arrêter immédiatement. C’est pourquoi le nucléaire, comme les renouvelables, a besoin de systèmes parallèles d’appoint.

Certains défenseurs du nucléaire notent que les accidents ont fait assez peu de morts, si on les compare aux dizaines de milliers de victimes du charbon…

Ces déclarations seraient amusantes si le sujet n’était pas si grave. Fukushima, c’est plus de 100 000 personnes évacuées de force et un coût de plus de 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros). Ces arguments sont trompeurs puisque, aujourd’hui, il ne s’agit pas de remplacer le nucléaire par du charbon, mais par des énergies renouvelables qui n’émettent pas de CO2.

Certes, mais certains pays qui ont renoncé au nucléaire n’ont pas réussi à abandonner le charbon, comme l’Allemagne, et n’arrivent pas à réduire leurs émissions de CO2.

On ne peut pas fermer les réacteurs du jour au lendemain, c’est évident, mais il ne faut pas se battre pour les prolonger coûte que coûte. On peut les remplacer progressivement par des énergies renouvelables, tout en fixant un prix du carbone qui limite le recours aux énergies fossiles. L’Allemagne a décidé après Fukushima d’une sortie rapide du nucléaire et elle a encore beaucoup de charbon, mais elle vient de décider d’un plan de sortie et a développé les renouvelables à une vitesse incroyable.

La France a repoussé la baisse du nucléaire à 2035, ce qui implique de prolonger la durée de vie de la quasi-totalité des réacteurs. Cette prolongation présente-t-elle un risque ?

Pas nécessairement. Si cela est bien fait – et l’ASN a les compétences pour le faire –, on peut maintenir le même niveau de sûreté qu’aujourd’hui. Mais c’est d’abord une question économique : cela nécessite de remplacer des équipements et de faire des travaux importants, ce qui coûte très cher. Si on essaie de diminuer ces coûts, on risque de diminuer le niveau de sûreté.

Quel est l’état du nucléaire aux États-Unis, qui a reçu le soutien actif de Donald Trump ?

Sur les quatre réacteurs en construction aux États-Unis, deux ont été annulés, et les deux autres atteignent un prix prohibitif. Aucune autre construction de ce type de réacteurs ne sera lancée. Pour les cent réacteurs existants, la plupart auront atteint l’âge de 60 ans en 2030 et la fin de leur autorisation d’exploitation. Pour une moitié, il est envisagé de demander une prolongation de vingt ans. Ce qui veut dire que la part du nucléaire aux États-Unis va baisser mécaniquement.

Propos recueillis par Nabil Wakim, source : Le Monde, publié le 11 mars 2019

http://phplist.amisdelaterremp.fr/lists/?m=2158&uid=05de3a3148ebce886ead9db371d0d882&p=view&pi=ViewBrowserPlugin

Mar 11

JAPON. ACCIDENT NUCLÉAIRE DE FUKUSHIMA : DES ONG DÉNONCENT LES DANGERS LIÉS AU RETOUR DES HABITANTS

Selon Greenpeace, les habitants de la région de Fukushima qui reviennent chez eux tentent de modifier leur mode de vie pour minimiser les risques, en essayant par exemple d’éviter de rester longtemps à l’extérieur. Comme Greenpeace, plusieurs ONG pointent du doigt une situation dangereuse, malgré les déclarations rassurantes du gouvernement.

Huit ans après l’accident nucléaire de Fukushima (Japon), le gouvernement japonais assure que les habitants n’encourent aucun risque en revenant vivre dans les zones où l’ordre d’évacuation a été levé, mais plusieurs ONG dénoncent une mise en danger des populations en certains endroits.

« La préfecture de Fukushima n’est qu’une des 47 préfectures du Japon, et seulement 2,7 % de cette région fait encore l’objet d’un ordre d’évacuation », a insisté devant quelques journalistes le ministre de la Reconstruction, Hiromichi Watanabe, en amont des commémorations du tragique tsunami du 11 mars 2011 à l’origine du désastre de Fukushima.

« Il est possible de mener une vie normale »

Compte tenu des efforts de décontamination et de reconstruction, dans 97,3 % de la préfecture, « il est possible de mener une vie normale », ajoute-t-il. Faux, rétorquent entre autres les organismes Greenpeace et Human Rights Now, emboîtant le pas à plusieurs rapports des Nations unies.

Selon Greenpeace, les personnes qui rentrent tendent d’elles-mêmes à brider leur vie pour minimiser les risques, ce qui ne s’appelle pas « vivre une vie normale » : « elles peuvent changer leur comportement, par exemple éviter de rester longtemps à l’extérieur », note l’organisme dans un rapport. Il estime, mesures à l’appui, qu’en certains endroits de localités où l’ordre d’évacuation a été levé, « l’exposition aux radiations tout au long d’une vie peut largement excéder le niveau acceptable du point de vue de la santé publique ».

La situation des enfants jugée préoccupante

Divers rapporteurs et instances des Nations unies ont à plusieurs reprises critiqué la décision du gouvernement japonais d’élever à 20 millisieverts/an l’exposition acceptable et d’en faire le niveau de référence pour la levée des ordres d’évacuation, alors qu’en temps normal c’est 1 msV qui est retenu. Pour les ONG, cette largesse avec les chiffres combinés à l’arrêt progressif des subventions pour les évacués prend en étau les ex-habitants qui, pour des raisons financières, se sentent contraints au retour.

La situation des enfants est jugée très préoccupante par les ONG et l’ONU. En octobre, dans un communiqué, un expert des droits de l’Homme des Nations unies avait demandé au gouvernement « de cesser de faire revenir les enfants et femmes en âge de procréer dans les zones où les niveaux de radioactivité restent supérieurs à ceux considérés comme sûrs avant le désastre ». Le gouvernement répond notamment que ces propos nuisent à l’image de la région.

Publié ce lundi, un rapport de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) regrette que « la question des conséquences des radiations sur la santé soit rendue taboue parce qu’elle risque de diviser la population » entre ceux qui font confiance aux autorités et les autres.

Par Ouest France avec AFP, publié le 11 mars 2019 à 11h32, modifié à 11h52

https://www.ouest-france.fr/monde/japon/japon-accident-nucleaire-de-fukushima-des-ong-denoncent-la-dangerosite-potentielle-du-retour-des-6257215

Mar 11

KOLIN KOBAYASHI À LONGWY : « RIEN NE PERMET DE CONFINER LA RADIOACTIVITÉ » À FUKUSHIMA

Jeudi 14 mars, le journaliste japonais Kolin Kobayashi viendra à Longwy présenter un film sur la catastrophe nucléaire de Fukushima. Un sujet et une ville qu’il connaît parfaitement.

Le journaliste japonais Kolin Kobayashi présentera le film de fiction Fukushima, le couvercle du soleil, jeudi 14 mars à 20h, à Kinepolis Longwy.

Le synopsis : le 11 mars 2011, le Japon est secoué par un séisme, suivi d’un tsunami et de la triple catastrophe nucléaire de Fukushima. L’équipe du Premier ministre Naoto Kan tente de faire face à cette situation. Que s’est-il passé réellement à la résidence du Premier ministre au moment de la pire crise de l’histoire du pays ? La vérité a-t-elle été entièrement révélée ?

Qui êtes-vous ?

Kolin KOBAYASHI  : « Je suis le correspondant parisien de la revue japonaise Days Japan et je travaille pour d’autres médias de mon pays. Je suis installé en France depuis 1970. Mes domaines : les minorités, les droits de l’Homme et, depuis 2011, la catastrophe nucléaire de Fukushima. Sur ce sujet, j’ai coordonné beaucoup de choses entre la France et le Japon : les forums sociaux mondiaux antinucléaires, la venue de Naoto Kan à l’Assemblée nationale en France, etc. »

Vous étiez à Paris au moment de la catastrophe ?

« Oui, et je tentais d’avoir toutes les infos possibles. Ma famille vit toujours là-bas, et je rentre régulièrement au Japon.

J’avais déjà été très choqué par la catastrophe de Tchernobyl, et là, j’ai été bouleversé. Deux mois avant février 2011 et Fukushima, on sortait, avec le Days Japan , un dossier mettant en avant les risques pour le pays : tsunamis, tremblement de terre et accident nucléaire. Ça a été la panique totale, car dès qu’un réacteur entre en fusion, plus rien ne peut l’arrêter. Tout est hors de contrôle. Le film « Le couvercle du soleil » le montre : aucun pays, même la France, aujourd’hui, ne peut gérer ça.

L’accident se poursuit encore actuellement au Japon, car rien ne permet de confiner la radioactivité, qui se transmet partout. »

Vous allez régulièrement à Fukushima ?

« Oui, dans cette ville où il y a 100 à 200 fois plus de cancers de la thyroïde chez les enfants qu’ailleurs, que les autorités disent sans lien avec l’accident. Ces mêmes autorités qui ont relevé les normes pour ne plus avoir à gérer les conséquences. Imaginez ainsi que des épreuves des Jeux olympiques de Tokyo 2020 auront lieu à Fukushima, sur des sols contaminés lourdement. Le gouvernement essaie de normaliser la situation à tout prix. »

Vous êtes devenu antinucléaire ?

« Bien sûr. On peut se passer de cette énergie dangereuse dont on va payer les conséquences durant des centaines de milliers d’années. Mon pays l’a montré juste après la catastrophe en stoppant tous les réacteurs, et en faisant des économies d’énergie, tout simplement. Même si ça ne représentait avant 2011 qu’un tiers du total de l’énergie consommée, on peut s’en passer. Et on doit, car les accidents peuvent survenir partout, en France également. L’erreur est humaine. Et dans le nucléaire, l’erreur ne pardonne pas. »

Tarif unique : 5 €.

Propos recueillis par Sébastien BONETTI, publiés le 11/03/2019 à 12h00

https://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-longwy/2019/03/11/rien-ne-permet-ce-confiner-la-radioactivite

Mar 11

VAUCLUSE : « LES VAUCLUSIENS N’ONT PAS À SERVIR DE COBAYES D’UN ACCIDENT NUCLÉAIRE DE PLUS EN PLUS POSSIBLE »

La conseillère départementale EELV Sylvie Fare réclame la fermeture de la centrale nucléaire de Tricastin, alors que ce lundi 11 mars est commémorée la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon.

À l’occasion du huitième anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, lundi 11 mars 2019, la conseillère départementale de Vaucluse Sylvie Fare, réclame, dans un communiqué, « avec les associations du réseau sortir du nucléaire et EELV,  la fermeture définitive de la vieille centrale nucléaire de Tricastin conçue pour trente ans et qui approche de ses quarante ans« . 

L’élue écolo estime que « les Vauclusiens n’ont pas à servir de cobayes d’un accident nucléaire de plus en plus possible,  vu la vétusté de cette centrale comme le reconnait l’ASN (Autorité de sureté nucléaire) « .

Préparer la reconversion vers les énergies renouvelables

Sylvie Fare demande à l’État et aux collectivités locales « d’ouvrir une concertation avec les syndicats des travailleurs du nucléaire pour préparer la reconversion vers un pôle d’énergies renouvelables à créer afin de maintenir les emplois dans ces territoires« .

MIDI LIBRE, publié le 11/03/2019 à 15h16

https://www.midilibre.fr/2019/03/11/vaucluse-les-vauclusiens-nont-pas-a-servir-de-cobayes-dun-accident-nucleaire-de-plus-en-plus-possible,8061578.php

Mar 11

LES CENTRALES NUCLÉAIRES FRANÇAISES NE SONT TOUJOURS PAS AUX NORMES POST-FUKUSHIMA

L’Autorité de sûreté nucléaire a dû accorder deux années supplémentaires à EDF pour équiper ses réacteurs de groupes électrogènes « d’ultime secours ».

La filière nucléaire a-t-elle tiré toutes les leçons de la catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011 ? En France en tout cas, les prescriptions adressées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) aux exploitants pour renforcer leurs installations ne sont encore, huit ans après, que très partiellement mises en œuvre. Dans une décision du 19 février, passée relativement inaperçue, le gendarme du nucléaire vient ainsi d’accorder à EDF un délai supplémentaire de deux ans pour équiper l’ensemble de ses réacteurs de « diesels d’ultime secours ». Il s’agit de groupes électrogènes destinés à garantir l’alimentation électrique des sites atomiques en cas de défaillance de toutes les autres sources d’électricité.

Ces équipements font partie du « noyau dur » dont l’ASN avait demandé la mise en place, en juin 2012, au terme d’évaluations complémentaires de sûreté menées à la suite de l’accident au Japon. L’autorité de contrôle avait alors estimé que toutes les installations nucléaires françaises étaient aptes à continuer à fonctionner, mais qu’il y fallait un « renforcement significatif des marges de sûreté », afin d’accroître leur robustesse face à des événements extrêmes, tels que les séismes, les inondations ou les tempêtes.

Le principe de ce noyau dur consiste à garantir que les fonctions vitales pour la sûreté, en particulier l’alimentation en électricité et en eau, restent assurées en toutes circonstances, pour éviter une perte de refroidissement susceptible de provoquer la fusion des cœurs des réacteurs, comme à Fukushima, ou l’échauffement des combustibles placés dans les piscines d’entreposage.

« Force d’action rapide »

« Le retour d’expérience de Fukushima a conduit à un programme de travaux très important sur les installations nucléaires, avec beaucoup de chantiers menés en parallèle sur l’ensemble des sites, indique Étienne Dutheil, directeur du parc nucléaire d’EDF. Ce programme est en bonne voie. La première phase est achevée et les suivantes sont en cours de réalisation. »

Pourtant, l’essentiel reste à faire. Seule la mise en place d’une « force d’action rapide nucléaire », qui faisait partie des prescriptions de l’ASN, est aujourd’hui effective. Depuis fin 2012, cette équipe de 300 personnes, formée aux situations d’urgence et répartie entre quatre bases, à Civaux (Vienne), Dampierre (Loiret), Bugey (Ain) et Paluel (Seine-Maritime), est capable d’intervenir en moins de vingt-quatre heures sur n’importe quel site accidenté pour y apporter des matériels de secours (approvisionnement en eau et en électricité) et des renforts humains. Le déploiement de cette force spéciale a nécessité une série d’aménagements dans les différentes centrales, précise EDF.

En revanche, les diesels d’ultime secours, dont l’ASN avait demandé l’installation avant fin 2018, ne sont opérationnels que pour les deux réacteurs de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). Pour équiper l’ensemble de ses 54 autres réacteurs – les deux unités de Fessenheim (Haut-Rhin), dont la fermeture est prévue en 2020, en ont été exemptées –, EDF a obtenu un report de l’échéance au 31 décembre 2020.

Diesels à 2 milliards d’euros

Il est vrai qu’il ne s’agit pas de groupes électrogènes standard mais de structures lourdes – des bâtiments de 24 mètres de hauteur – devant résister à toute épreuve. « Il a fallu concevoir une réponse adaptée à la demande de l’ASN, puis acheter les diesels pour un coût total de 2 milliards d’euros, explique Étienne Dutheil. Sachant que chaque installation nécessite trois ans de travaux et d’essais, le calendrier initial n’était pas tenable. »

L’ASN considère que « les difficultés rencontrées par EDF sont avérées ». Elle n’en exige pas moins qu’en attendant la mise en service des nouveaux équipements, l’électricien « renforce ses actions visant à améliorer la fiabilité des sources électriques existantes ». Comme leur nom l’indique, les diesels d’ultime secours viennent en effet en complément des cinq sources d’alimentation dont disposent déjà les centrales nucléaires françaises (une ligne à haute tension principale, une ligne auxiliaire, deux groupes diesel et, selon les cas, un diesel supplémentaire ou une turbine à gaz), chacune devant suffire à garantir le fonctionnement des matériels de sûreté.

Autre requête de l’ASN, des systèmes d’alimentation en eau de refroidissement eux aussi « ultimes », cette eau pouvant être captée dans les nappes phréatiques ou prélevée dans des bassins. Pour l’heure, une telle source d’appoint n’est opérationnelle que pour la centrale de Flamanville (Manche), les autres réacteurs devant en être pourvus, précise EDF, en 2021.

« Grand carénage »

Reste encore la construction de centres de crise « bunkérisés », d’où pourraient être pilotés, en cas d’accident, les réacteurs et les secours. Seul le site de Flamanville en est pour l’instant doté, les autres centrales devant l’être d’ici à 2024. Si ce calendrier est respecté, douze ans auront donc été nécessaires pour mener à bien la totalité des travaux post-Fukushima.

Ce chantier se combine en fait avec le « grand carénage » destiné à prolonger de quarante à cinquante ou soixante ans la durée de vie des réacteurs, ainsi qu’avec les améliorations de la sûreté qui doivent permettre au parc français de se rapprocher des normes des réacteurs de troisième génération, c’est-à-dire de l’EPR de Flamanville, intrinsèquement plus sûr.

Pour l’ensemble de ces opérations, ainsi que la maintenance des centrales, EDF avance un coût de 45 milliards d’euros sur la période 2014-2025, soit environ quatre milliards d’euros par an. Dans son rapport de 2016, la Cour des comptes avait chiffré la facture, sur la période 2014-2030, à près de 75 milliards d’euros pour les seules dépenses d’investissement, et à 25 milliards pour les dépenses d’exploitation.

Par Pierre Le Hir (Le Monde), publié le 11 mars 2019, mis à jour à 12h49

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/03/11/les-centrales-nucleaires-francaises-ne-sont-toujours-pas-aux-normes-post-fukushima_5434350_3244.html

Mar 11

RETOUR À LA NORMALE : LES CONSÉQUENCES POUR NOS VIES D’UN ACCIDENT NUCLÉAIRE

« Retour à la normale », un docu-fiction réalisé par Christina Firmino, nous laisse imaginer quelles seraient les conséquences d’un accident nucléaire sur nos vies, et nous questionne sur la civilisation que l’énergie nucléaire est en train de façonner. Sur France 3 Rhône-Alpes (et sur internet) ce soir à 23 h 45.

Présentation du film par son partenaire Réseau Sortir du nucléaire :

Octobre 2021, une succession de défaillances dans l’un des réacteurs de la Centrale conduit au premier accident nucléaire français. À la suite de retombées radioactives massives, la population est évacuée et la zone interdite d’accès. Huit mois après, alors que les autorités veulent déjà tourner la page, habitant-e-s, évacué-e-s, scientifiques, journalistes, travailleurs de la filière nucléaire nous apportent un éclairage sur ce scénario d’accident plausible et sur ce futur possible.

Retour à la normale est un documentaire d’anticipation qui nous laisse imaginer quelles seraient les conséquences d’un tel drame sur nos vies, et nous questionne sur la civilisation que l’énergie nucléaire est en train de façonner.

  • Retour à la normale, docu-fiction de Christina Firmino, coproduction La Société des apaches et France Télévision, 2018, 52’. Diffusion sur France 3 Rhône-Alpes le lundi 11 mars à 23 h 45 puis en replay, le vendredi 15 mars à 8h50.
  • Le film sera suivi d’un débat sur les risques nucléaires et industriels lors duquel le cas de la centrale du Tricastin sera évoqué.
  • Le film sera disponible en DVD à partir du 12 mars.

Par Christina Firmino, publié le 11 mars 2019 /

Pour voir la vidéo de présentation du film (1mn33s), cliquer sur :

https://reporterre.net/A-LA-TELE-Les-consequences-pour-nos-vies-d-un-accident-nucleaire

Complément d’information par la CRIIRAD

Attention !

Si vous n’habitez pas en Auvergne-Rhône-Alpes, ou si vous recevez la télévision via une box, vous ne capterez pas le signal de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Voici le canal de la chaîne selon votre opérateur : ORANGE 324 – FREE HD 325 – SFR HD 324 – TNT SAT 324 – BOUYGUES – Bbox 493 – DARTYBOX 301 – CANALSAT 373 – FRANSAT 310 – NUMERICABLE La Box 933

REPLAY
Après la diffusion TV, le film sera disponible gratuitement en replay, pendant sept jours, sur la page de la case documentaire de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.

Lien pour visualiser le film:

https://drive.google.com/file/d/1PYP65krduK8eH7G_krpubJ5Kqg3wziQy/view

PROJECTIONS À VENIR

  • SAILLANS (Vallée de la Drôme) : le 19 mars à 20h, salle polyvalente
  • SAINTE CATHERINE (Monts du Lyonnais) : le 22 mars à 20h30, au Barkipass
  • ROCLES (Ardèche) : le 24 mars à 16h30, à l’Epicerie Au Fournil
  • CHARLIEU (Roannais) : le 25 mars à 20h, au café associatif L’Engrenage
  • MONTÉLIMAR : le 18 avril à 20h, salle Saint Martin
  • CRAN-GEVRIER (à côté d’Annecy) : le 26 avril, au cinéma La Turbine

Si de votre côté vous souhaitez organiser une projection près de chez vous, vous trouverez toutes les infos pratiques dans cette fiche récapitulative. La société de production se tient à votre disposition pour répondre à vos questions et vous aider : retouralanormale@lasocietedesapaches.com.

[1] CRIIRAD : http://www.criirad.org (y compris nos pétitions)
[2] Site des balises : balises.criirad.org

Mar 11

MINUIT –2 : IL EST TEMPS DE SE SOUCIER DE L’APOCALYPSE NUCLÉAIRE

Le traité FNI de 1987 sur les forces nucléaires intermédiaires a été la clé de voûte de la sécurité européenne. Donald Trump a décidé de s’en retirer. En réponse, Vladimir Poutine fait de même. L’inquiétude monte : toute l’architecture du désarmement nucléaire est menacée, une nouvelle course aux armements s’engage. Et l’Europe pourrait redevenir un champ de bataille.

L’événement est passé presque inaperçu, confiné dans d’étroits cercles de spécialistes. Pas de débat en France, alors que le sujet est ardemment discuté en Allemagne, aux États-Unis et en Russie. Vladimir Poutine a signé, lundi 4 mars, un décret suspendant l’application par la Russie du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). La décision russe avait été annoncée le 2 février, le jour même où les États-Unis choisissaient de sortir du traité. Dès le 20 octobre 2018, Donald Trump avait en effet créé la surprise jusque dans son entourage en clamant son intention de ne plus se plier à ce traité signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

 Le traité FNI est considéré comme la pierre angulaire du système de contrôle et de diminution des armements nucléaires, donc de l’équilibre stratégique entre États-Unis et Russie. Il a été le premier traité éliminant totalement une catégorie d’armements : des missiles de croisière ou des missiles balistiques tirés depuis le sol et d’une portée comprise entre 500 et 5 500 kilomètres. En 1991, 846 missiles américains et 1 846 missiles soviétiques avaient été détruits.

Ce traité avait trois autres grandes vertus : d’abord mettre fin à la guerre froide et à la folle course aux armements entre États-Unis et URSS ; ensuite stopper la « crise des euromissiles » qui dura tout le début des années 1980 et vit l’Europe transformée en champ de bataille avec déploiement de missiles SS-20 soviétiques et de missiles Pershing américains ; enfin amorcer la construction d’une véritable architecture de traités de désarmement nucléaire (traités Start et New Start) qui ont permis en moins de trente ans de passer de près de 70 000 têtes nucléaires américaines et russes à 3 000 effectivement déployées cette année (lire ici un inventaire des forces nucléaires).

Ce traité FNI, au-delà de ses dispositions très techniques, a toujours porté une ambition politique. Évaluer au plus près la dissuasion nucléaire et l’équilibre stratégique entre les deux hyper-puissances nucléaires ; instaurer une culture commune de la vérification et du contrôle ; obliger à l’échange d’informations et à la négociation ; rappeler surtout que l’apocalypse nucléaire n’est pas un fantasme mais un risque bien réel qui demande à être géré au plus près…

C’est dire combien la décision unilatérale de Donald Trump est dangereuse, et ses conséquences porteuses de risques exacerbés de nouvelles courses aux armements ou de crises non maîtrisées. Après avoir dénoncé l’accord sur le climat, plusieurs traités commerciaux et l’accord sur le nucléaire iranien, le président américain met à bas le complexe édifice qui a permis d’éviter tout conflit nucléaire.

Car la fin du traité FNI annonce la mort d’un autre grand traité de désarmement, le traité New Start (il concerne la réduction du nombre de lanceurs et de têtes nucléaires stratégiques), qui expire en 2021. Tous les spécialistes estiment que son renouvellement est hautement improbable vu le niveau de défiance entre Washington et Moscou. Dès février 2017, Donald Trump avait d’ailleurs critiqué ce traité, estimant qu’il favorisait la Russie.

Cette décision de Trump s’inscrit dans un contexte plus large d’augmentation du budget militaire américain (720 milliards de dollars en 2018, contre environ 60 milliards pour la Russie) et de déclarations tonitruantes. Exemple : « Nous augmentons les arsenaux de pratiquement toutes les armes. Nous modernisons et créons une nouvelle force nucléaire. Et franchement, nous devons le faire parce que d’autres le font. S’ils ne s’arrêtent pas, nous serons plus avancés que jamais auparavant dans le domaine nucléaire », clamait-il le 12 février 2018 (citation à retrouver dans ce rapport Munich Security Report 2019, page 50 (pdf, 3.7 MB)).

Dans une tribune publiée par le Washington Post, George Shultz (négociateur du traité pour Ronald Reagan) et Mikhaïl Gorbatchev s’indignent de cette décision : « L’abandon du traité FNI est un pas vers une nouvelle course aux armements, il mine la stabilité stratégique, il accroît les risques de mauvaises évaluations ou d’incidents techniques pouvant mener à une guerre immensément destructive. La réponse aux problèmes qui ont surgi n’est pas d’abandonner le traité FNI mais de le préserver et de l’améliorer. »

Cet avis est très largement partagé par les spécialistes américains démocrates et républicains ayant travaillé dans les administrations précédentes. Il l’est aussi par les responsables européens qui se retrouvent, une fois de plus, spectateurs dans cette affaire alors que c’est la sécurité européenne qui est en premier lieu concernée. Va-t-on revivre une crise des euromissiles si Russie et États-Unis décident de déployer de telles armes de portée intermédiaire sur le continent européen ?

La seule dirigeante européenne à avoir publiquement élevé la voix est Angela Merkel. Présente le mois dernier à la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, la chancelière allemande a critiqué sur un ton inhabituellement rude les choix américains. Le retrait du traité FNI ? « C’est une très mauvaise nouvelle » prise « sans concertation avec les Européens », qui seront pourtant les premiers menacés en cas de « course aveugle aux armements », a-t-elle estimé.

William Burns est un de ces experts réputés des questions stratégiques. Ancien ambassadeur à Moscou, sous-secrétaire d’État de Barack Obama, il préside aujourd’hui la puissante fondation Carnegie pour la paix internationale. Présent à Davos en janvier, lui aussi mettait en garde contre un abandon du traité. « L’année 2019 », a-t-il expliqué, « pourrait être aussi lourde de conséquences pour l’ordre nucléaire que la période qui a suivi la crise des missiles de Cuba en 1962, il y a plus d’un demi-siècle » (voir ici la vidéo de son intervention à partir de 8’45 »).

« Il est minuit moins deux minutes »

Dans un monde en proie à « l’affolement » (voir ici notre entretien avec Thomas Gomart), où les équilibres stratégiques sont bouleversés – entre autres par la Chine –, et où les « puissances carnivores », pour reprendre une formule du ministre allemand de la défense, ne masquent plus leurs ambitions brutales, cette fin programmée du système de contrôle et de désarmement ravive les cauchemars des conflits, voire de l’apocalypse nucléaire.

C’est ce que dit l’équipe du célèbre Bulletin of the atomic scientists, fondé en 1945 par les physiciens du Projet Manhattan après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Depuis soixante-dix ans, ils ont construit l’horloge de l’Apocalypse, une évaluation scientifique et documentée des risques de destruction nucléaire. Quelle heure est-il aujourd’hui ? Minuit moins 2, ont-ils expliqué le 24 janvier, soit le niveau de risque le plus élevé jamais atteint, égal à celui de l’année 1953. Et ce avant même l’officialisation par Washington et Moscou de leur retrait du traité FNI.

« Bien qu’inchangé par rapport à 2018, ce minuit –2 ne doit pas être considéré comme un signe de stabilité, mais comme une alerte grave pour les dirigeants et les citoyens du monde entier », notent les dirigeants du Bulletin. « La situation actuelle en matière de sécurité internationale dure maintenant depuis deux ans. C’est un état aussi inquiétant que l’époque la plus dangereuse de la guerre froide, les chances de voir éclater un conflit militaire majeur se multiplient. Cette situation est trop volatile et dangereuse pour être acceptée comme un état permanent des affaires mondiales. »

Il serait trop simple d’attribuer à la fin du traité FNI et au furieux Donald Trump l’entière responsabilité d’une situation stratégique devenue extrêmement dangereuse. Dès 2013, l’administration Obama avait averti Moscou de ce qu’elle estimait être une violation du traité FNI. L’armée russe a en effet développé à partir de 2005 un nouveau missile de croisière SSC-8 ou 9M729, tiré par des lanceurs terrestres mobiles et pouvant porter une charge nucléaire. Ce missile violerait le traité, sa portée étant supérieure à 500 kilomètres. Certains renseignements font état d’une portée de 700 kilomètres, d’autres de 2 500…

Moscou a dans un premier temps nié l’existence d’un tel missile. Puis l’a reconnu… avec cette précision : le missile 9M729 a une portée de 480 kilomètres et ne viole en rien les dispositions du traité. Pour montrer sa bonne volonté, le ministère russe de la défense a même présenté au mois de janvier, aux attachés militaires étrangers, le missile 9М729, ce qui n’a pas permis pour autant de connaître le détail de ses performances.

Par cette présentation, Moscou répondait à une réunion de l’Otan, en décembre 2018, au cours de laquelle tous les États membres ont convenu que la Russie violait le traité, et ce sur la base de renseignements qui ne seraient pas seulement américains. Dans un communiqué, le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian résumait peu après la position de la France : « Avec ses partenaires et alliés, la France est parvenue à la conclusion que la Russie a développé un système de missile, le 9M729, qui viole le traité (FNI). La France regrette d’arriver à une situation dans laquelle les États-Unis ont dû notifier leur retrait du traité FNI. »

Mais la Russie a, de longue date, d’autres arguments à faire valoir. Car elle aussi dénonce la violation de ce traité par les États-Unis. Comment ? Par le déploiement depuis plus de dix ans en Europe de son fameux « bouclier anti-missile » ou EPAA. Initialement présenté comme le moyen de se protéger de tirs de missiles balistiques venus de l’Iran ou de la Corée du Nord, des éléments de ce dispositif sont aujourd’hui installés en Roumanie et en cours d’implantation en Pologne.

Or Moscou estime que ce dispositif vise également les capacités russes et peut surtout en quelques heures se transformer en un système offensif. En effet, selon les experts, le système dit Aegis Ashore ne fait pas que lancer des missiles intercepteurs. Il pourrait être employé comme lanceur de missiles de croisière. Enfin, Moscou estime qu’en déployant des drones armés à long rayon d’action, Washington viole, si ce n’est la lettre du traité (ces drones ne sont pas considérés comme des missiles de croisière), à tout le moins son esprit.

Le forcing du Pentagone et de l’industrie de l’armement

Voilà pour les « problèmes qui ont surgi », évoqués par George Shultz et Mikhail Gorbatchev dans leur tribune en défense du traité FNI. Problèmes qui ne sont en rien insurmontables, estiment la plupart des spécialistes et politiques attachés aux traités de désarmement (lire ici et cet éditorial du New York Times « Ne déchirez pas le traité »). Le nouveau missile russe n’aurait été produit qu’à une cinquantaine d’exemplaires ; les installations antimissiles pourraient donner lieu à des inspections… Bref, une négociation pourrait venir à bout des actuels contentieux et maintenir, comme le souhaitent les Européens, l’actuel système de contrôle et de désarmement.

Ce que ne veulent pas Donald Trump et le Pentagone. Car l’enjeu stratégique central pour les États-Unis est aujourd’hui de ne pas se faire chasser de la zone pacifique et de la mer de Chine méridionale. Or la montée en puissance de la Chine et le développement spectaculaire de ses moyens militaires sont une menace nouvelle, inexistante il y a trente ans. De plus, d’autres pays disposant de l’arme nucléaire, Inde et Pakistan, ont développé des arsenaux de missiles de portée intermédiaire.

Comme l’explique Bruno Tertrais, l’un des meilleurs spécialistes français des questions stratégiques, « depuis plusieurs années, le Pentagone s’inquiète du déséquilibre, selon lui, entre les arsenaux balistiques et de croisière chinois et nord-coréens et les moyens américains dans la région. Selon Washington, 95 % des quelque 2 000 missiles chinois seraient de type FNI, s’inscrivant pour la plupart d’entre eux dans le cadre de stratégies d’anti-accès ou de coercition (Taiwan). Dès lors, le traité FNI apparaissait comme une contrainte empêchant l’Amérique de se doter des moyens de défense adaptés au changement de contexte » (lire ici l’analyse de Bruno Tertrais et d’autres experts de la Fondation pour la recherche stratégique).

Allergique à tout accord qu’il n’a pas lui-même signé, Donald Trump a donc choisi de suivre les faucons du Pentagone et les puissants lobbies de l’industrie militaire. Bien d’autres responsables politiques aux États-Unis, en Europe et en Asie parlent plutôt de « refonder » les traités de désarmement des années 1980 et 1990.

Oui, les équilibres stratégiques ont été bouleversés, expliquent-ils, donc il faut élargir ses traités en amenant Inde, Pakistan, Israël et Chine à la table de négociations. C’est, par exemple, ce qu’a demandé le mois dernier Angela Merkel. L’exercice est compliqué (la Chine, à ce stade, ne veut pas de telles négociations). Les choix de Trump, en particulier la dénonciation de l’accord nucléaire avec l’Iran et la confrontation entretenue avec la Russie, le rendent impossible.

C’est donc une nouvelle course aux armements qui s’annonce, avec une multiplication des forces nucléaires intermédiaires dans le monde entier, et donc une multiplication des possibilités de conflits ou d’accidents.

« Le budget américain de modernisation des armes nucléaires devrait coûter 494 milliards de dollars entre 2019 et 2028, selon certaines estimations, avant même l’ajout de nouveaux missiles à portée intermédiaire. Tant Moscou que Pékin riposteront probablement à tous les déploiements américains de missiles à portée intermédiaire, rendant la course aux armements imprudente et coûteuse pour les États-Unis », analysent Pranay Vaddi et George Perkovitch, chercheurs à la Fondation Carnegie.

Et l’Europe ? Le silence de ses dirigeants, au moment pourtant où Emmanuel Macron parle haut et fort d’une autonomie stratégique européenne, dit leur embarras comme leur impuissance. Incapables de faire accepter une autre voie au sein de l’Otan, divisés, les dirigeants européens risquent dans les dix ans qui viennent d’assister à un sinistre remake de la crise des euromissiles.

« Oui, les Européens vont devoir se demander combien de missiles supplémentaires destinés à l’Europe ils accepteront… », note le chercheur allemand Ulrich Kühn dans une remarquable analyse à lire ici : (pdf, 1013.0 kB). Délivré du traité, Moscou va pouvoir accélérer son programme de missiles 9M729. Tout en assurant que leur déploiement n’est pas destiné à l’Europe, Vladimir Poutine s’est également dit déterminé à riposter à toute installation de missiles américains sur le sol européen. Le président polonais Duda s’est déjà déclaré prêt à accueillir sur son territoire de telles armes…

Or, dès le mois de décembre 2018, John Bolton, l’un des pires faucons de Washington, partisan acharné de la guerre en Irak et aujourd’hui conseiller national à la sécurité de Donald Trump, signait un mémorandum demandant le « développement et déploiement au plus vite de missiles de croisière lancés depuis le sol », et ce en Europe (lire cet article du Washington Post).

Comment échapper à cette folle course ? Comment faire reculer l’aiguille de l’horloge de l’Apocalypse et regagner quelques minutes ? La réponse est dans un investissement massif dans la diplomatie, la Russie n’ayant pas les moyens économiques de rivaliser avec le budget militaire américain. Il reste ainsi deux minutes pour reconstruire avec ou contre les États-Unis de Trump, avec ou contre l’Otan, un nouveau processus de désescalade, de contrôle et de désarmement nucléaire.

Par François Bonnet, publié le 8 mars 2019

https://www.mediapart.fr/journal/international/080319/minuit-2-il-est-temps-de-se-soucier-de-l-apocalypse-nucleaire?utm_source=20190308&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5bQUOTIDIENNE%5d-20190308&M_BT=1144512633916

Mar 11

MANIFESTATION CONTRE LE NUCLÉAIRE À PARIS, HUIT ANS APRÈS FUKUSHIMA

Paris – Quelque 200 manifestants se sont réunis dimanche à Paris à l’appel du réseau Sortir du nucléaire pour commémorer la catastrophe de Fukushima, huit ans après, et demander « la sortie du nucléaire en France et au Japon« , a constaté une journaliste de l’AFP.

« Cela fait huit ans que l’accident de Fukushima a eu lieu, et pour autant la catastrophe continue. C’est très important de le rappeler, parce que les particules radioactives sont encore dans les sols, elles y resteront pendant des siècles, et parce qu’on n’arrête pas de découvrir de nouveaux cas d’enfants malades de la thyroïde« , a déclaré à l’AFP Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire. 

« Alors même que la catastrophe continue, les autorités japonaises sont dans le déni« , a-t-elle ajouté. « Si on se réunit ici, c’est pour faire mémoire des victimes présentes et à venir de Fukushima, pour protester contre ce déni et aussi pour demander une sortie du nucléaire en France, parce que la France malheureusement pourrait un jour se retrouver confrontée à un incident semblable« . 

« Fukushima, plus jamais ça« , « Le nucléaire, c’est l’enfer« , « Non à la folie du nucléaire« , pouvait-on lire sur des banderoles et pancartes lors de cette manifestation ponctuée de prises de parole et d’intermèdes musicaux, avec tambours japonais et trompette. 

Les manifestants, parmi lesquels des militants de Sortir du nucléaire, Greenpeace, Attac, Europe Écologie Les Verts ou La France insoumise, ont observé une minute de silence en hommage aux victimes du tsunami de mars 2011 et de la catastrophe nucléaire qui l’a suivi. Quelques militants se sont alors allongés par terre le visage recouvert de masques blancs. 

« C’est important de se rappeler de cet événement, de ces victimes, de marquer un moment un peu solennel autour de ça, et de dire qu’il faut arrêter avec cette énergie nucléaire« , a souligné auprès de l’AFP Mathilde Panot, députée de la France Insoumise (Val-de-Marne). « On est là principalement pour dire que le nucléaire, c’est une énergie du passé« . 

Par AFP, publié le 10/03/2019 à 18h10

https://www.lexpress.fr/actualites/1/societe/manifestation-contre-le-nucleaire-a-paris-huit-ans-apres-fukushima_2066346.html

Mar 10

PROJET DE LOI ÉNERGIE : LE GOUVERNEMENT VA REVOIR SA COPIE

La France veut se fixer des objectifs plus ambitieux contre le réchauffement climatique.

Changement de menu ce lundi au Conseil des ministres. La présentation du projet de loi relatif à l’énergie et au climat, qui devait faire figure de plat principal, est, selon nos informations, repoussée de quelques semaines. Emmanuel Macron souhaite qu’il soit remusclé. La décision a été prise vendredi soir, en petit comité, avec le Premier ministre Édouard Philippe et le ministre de la Transition écologique François de Rugy. « Le président souhaitait que des modifications soient réalisées, afin d’en accroître encore les ambitions », confie l’Élysée.

Ce texte remis par le gouvernement au Conseil économique, social et environnemental (CESE) doit précéder l’adoption de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Et redéfinir les objectifs de la France concernant la baisse des émissions carbone et la réduction du nucléaire dans le mix énergétique. Charge à la PPE de fixer les moyens pour y parvenir.

Diviser les gaz à effet de serre par 6 ou 7

Ce projet de loi a notamment pour objectif de redéfinir les objectifs de la France concernant la baisse des émissions de gaz à effet de serre (et notamment du CO2 émis par l’industrie, les transports, le chauffage…). Mais, découvrant la première version du texte, plusieurs ONG environnementales s’étaient inquiétées de l’objectif d’une « neutralité carbone » d’ici à 2050. Une expression trop floue pour leur sembler honnête.

La nouvelle mouture, nous dit-on, stipulera donc noir sur blanc de nouveaux objectifs à réaliser en deux temps. Première étape : 2030. Il s’agira de réduire, non pas de 30 % comme initialement prévu, mais jusqu’à 40 % la consommation d’énergies fossiles. Par quels moyens ? « Les efforts devront porter particulièrement sur l’utilisation du fioul par exemple, explique un conseiller du président. Mais également du charbon, du gaz ou encore du carburant. Cela nécessitera des moyens importants, et notamment une reconfiguration du nucléaire. » D’où le report de 2025 à 2035 de la fermeture de 14 centrales (sur les 19 que compte le parc français).

Autre point important : la diminution de la consommation d’énergie finale, à l’origine fixée à -17 % d’ici à 2030, devrait finalement être renforcée pour atteindre les -20 % à cette même échéance.

Deuxième étape : 2050, où l’ensemble des émissions de ces gaz devra finalement être divisé par 6, voire 7. L’objectif étant à cette date de parvenir à la neutralité carbone. Le pays ne devra alors pas émettre plus de gaz qu’il est capable d’en absorber, notamment via nos forêts, qui constituent de véritables capteurs de carbone. « De quoi dans ce cas réussir à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris et la COP 21 », précise-t-on encore à l’Élysée.

Insuffisant selon les associations

Suffisant pour satisfaire les ONG ? « Pas vraiment, estime Samuel Leré, à la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), ex-fondation Nicolas Hulot. Pour espérer atteindre la neutralité carbone, c’est-à-dire émettre moins de gaz à effet de serre que nous n’en absorbons, il faudrait au moins diviser les émissions par huit. Il faut avant tout expliquer ce que l’on fait dès maintenant pour réduire ces gaz à effet de serre. Et ne pas laisser tout le travail au gouvernement suivant. »

Mis sous pression par les critiques sur son maigre bilan en matière de politique environnementale, et par l’appel de son ancien ministre Nicolas Hulot et du patron de la CFDT Laurent Berger pour « rendre définitivement indissociables l’enjeu écologique et l’enjeu social », le président affiche de nouvelles ambitions à l’approche des élections européennes. De la publication de sa tribune sur l’Europe à la réunion du One Planet Summit à Nairobi (Kenya) à laquelle il se rend cette semaine, le chef de l’État multiplie les signaux ces temps-ci.

Pour marquer encore un peu plus le coup, il a également, selon nos informations, demandé aux secrétaires d’État Gabriel Attal et Brune Poirson, entre autres « jeunes » membres du gouvernement, de se rendre à la Marche sur le climat la semaine prochaine. Le report inattendu du projet de loi Énergie ne vient que confirmer ce qui transparaissait déjà : il est décidé à verdir son image.

Preuve que le chemin reste encore long, cet avertissement de Benoît Hartmann, géographe et spécialiste de l’environnement : « Il ne suffit pas de tenir de beaux discours. Il faut un agenda et un budget. Sinon ce n’est que de la com’. »

Par Erwan Benezet, Pauline Théveniaud et Émilie Torgemen, publié le 10 mars 2019 à 15h13, mis à jour le 10 mars 2019 à 17h27

http://www.leparisien.fr/economie/projet-de-loi-energie-le-gouvernement-va-revoir-sa-copie-10-03-2019-8028579.php

Mar 10

QUATRE FUKUSHIMA EN PUISSANCE. DORMEZ TRANQUILLES ET FAITES DE BEAUX RÊVES, L’ÉTAT VEILLE SUR VOUS

Le Barrage hydroélectrique de Vouglans sur la rivière d’Ain dans le Jura est une épée de Damoclès au-dessus de millions de citoyens. Si celui-ci venait à céder brutalement, comme le suggère un reportage diffusé sur France 2 le 14 décembre 2018, les conséquences d’une telle catastrophe, où pas moins de 4 centrales nucléaires pourraient être menacées, seraient tellement désastreuses pour cette région mais aussi pour notre pays tout entier, que même Fukushima ressemblerait à l’explosion d’un pétard mouillé en comparaison.

Aussi, j’envoie une lettre à l’ensemble des députés dans l’espoir que ceux-ci interpellent le gouvernement pour qu’il prenne des mesures concrètes de prévention du risque (Il m’arrive parfois d’être rêveur dans mes moments perdus). Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir cette semaine une réponse d’un député de la REM. Il avait posé la question – et je l’en remercie -, au Ministre de la transition Écologique dont voici la réponse parue au JO du 5 mars 2019. Le texte original peut être consulté sur le site de l’assemblée Nationale, rubrique Documents parlementaires, Questions écrites et orale n°13049

Voici in extenso la question posée par le député et la réponse faite par le gouvernement.

Texte de la question

Jacques Marilossian interroge M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire, sur la sécurité des barrages hydroélectriques sur le territoire français, en particulier celle concernant le barrage de Vouglans dans le Jura. Suite à un reportage alarmiste diffusé sur France 2, le 14 septembre 2018, le barrage de Vouglans présenterait un risque de rupture pouvant libérer 600 millions de mètres cube d’eau sur une zone pouvant toucher la ville de Lyon et son agglomération. Mais l’un des risques majeurs serait qu’une rupture immédiate du barrage endommage plusieurs centrales nucléaires dont celle de Bugey dans l’Ain qui se situe à 90 km en aval du barrage de Vouglans. Ce scénario fait écho à la feuille de route du Gouvernement d’ouvrir à la concurrence l’exploitation de plusieurs barrages hydroélectriques en France, et ce à la demande de la Commission européenne, car 85 % des barrages sont exploités à l’heure actuelle par le groupe EDF. Soucieux de la sécurité des barrages hydroélectriques, et en particulier celui de Vouglans, il souhaite savoir si le Gouvernement prévoit des modalités particulières concernant l’entretien et la sécurité des barrages hydroélectriques en vue d’une ouverture à la concurrence pour les exploiter.

Texte de la réponse

La France compte un parc d’environ 600 barrages des deux principales classes (A et B) définies selon l’importance de leur hauteur et du volume d’eau de la retenue, auxquels s’ajoutent environ 2 000 barrages de classe C. Ces ouvrages sont d’usages variés (production d’électricité, réserve d’eau potable ou pour l’irrigation, maintien de la ligne d’eau pour les besoins de la navigation, activités de loisirs, pisciculture, etc.). Les barrages hydroélectriques concédés représentent environ la moitié du parc des barrages des deux principales classes. Les barrages constituent un enjeu important en termes de sécurité des personnes et des biens. Ils nécessitent donc un encadrement réglementaire exigeant. La loi du 30 décembre 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques a ainsi fixé les responsabilités des propriétaires, exploitants et concessionnaires de barrages. Elle a été précisée par voie réglementaire dont la dernière mise à jour est le décret n° 2015-526 du 12 mai 2015 pour les barrages relevant de la « loi sur l’eau » et le décret n° 2016-530 du 27 avril 2016 pour les barrages concédés en vue de la production d’électricité. C’est ainsi que depuis 2008 chaque barrage de classe A ou B doit détenir une « étude de dangers » qui constitue sa fiche de sécurité. Le propriétaire ou l’exploitant, ou le concessionnaire si l’ouvrage est un barrage hydroélectrique concédé, doit la mettre à jour tous les 10 ans si le barrage est de classe A ou tous les 15 ans s’il est de classe B, après avoir analysé tous les risques théoriques possibles et les moyens d’y faire face. L’arrêté du ministère de la transition écologique et solidaire en date du 6 août 2018 fixant des prescriptions techniques relatives à la sécurité des barrages vient compléter cette réglementation pour ses aspects les plus techniques qui concernent la conception, la construction et l’exploitation des barrages. Cet arrêté donne une « grille de lecture » des études de dangers évoquées supra, particulièrement utile pour s’assurer que tel barrage en service est toujours en capacité d’évacuer les crues du cours d’eau sans que cet ouvrage en soit fragilisé et a fortiori, bien entendu, sans risque de rupture. Cette grille de lecture est à la fois homogène et stable, au-delà des seules règles de l’art qui peuvent être sujettes à interprétations variées. Elle facilite l’exercice des responsabilités des propriétaires, exploitants et concessionnaires de barrages, ainsi que le contrôle du respect de la réglementation par les services de l’État. L’arrêté du 6 août 2018 fixe, en outre, des délais maximaux d’interventions des responsables de barrages en vue des vérifications et mises à niveau quand elles apparaissent nécessaires. Par ailleurs, il convient de rappeler que toutes les interventions sensibles sur un barrage, comme la définition même de l’ouvrage initial ou, ultérieurement, celle des gros travaux complémentaires, la direction de tous les chantiers ou encore, après la mise en service et tout au long de l’exploitation, l’auscultation périodique, nécessitent l’obtention préalable d’un agrément ministériel. Les barrages concédés susceptibles d’être remis en concession après appel d’offres sont couverts par cette réglementation qui fait l’objet de contrôles réguliers par les services de l’État, indépendamment de leur contrat de concession et du concessionnaire concerné. Près d’une centaine d’agents du ministère de la transition écologique et solidaire se consacrent au contrôle de la sécurité des ouvrages hydrauliques sous l’autorité des préfets. Tout nouveau concessionnaire sera donc tenu de respecter la réglementation dans les mêmes conditions que les exploitants actuels. Pour conclure sur les barrages concédés, le processus de remise en concurrence n’aura aucun impact sur les exigences auxquelles sont soumis les exploitants en termes de sécurité. En outre, les capacités techniques et financières des candidats potentiels seront examinées en fonction des enjeux associés à chaque concession, pour déterminer s’ils sont autorisés ou non à déposer une offre pour le renouvellement de la concession. Ces renouvellements permettront par ailleurs de débloquer des investissements qui contribueront à la modernisation des installations existantes au-delà des strictes exigences réglementaires.

FIN

Vraiment, cela m’a fait chaud au cœur d’apprendre que nous étions protégés par la loi, par la réglementation, par les arrêtés ministériels, par les agents du ministère, les préfets, par la bureaucratie dans toute sa splendeur.

Dormez tranquilles braves citoyens et faites de beaux rêves, l’État veille sur vous

Par cleroterion, publié le samedi 9 mars 2019

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/quatre-fukushima-en-puissance-213305

Mar 10

SÉOUL NOMME UN NOUVEAU MINISTRE POUR RENFORCER LE DIALOGUE AVEC PYONGYANG

Le président Moon Jae-in a nommé vendredi 8 mars Kim Yeon-chul, 54 ans, expert de la coopération économique avec Pyongyang, au poste de nouveau ministre de l’unification. Objectif : relancer les échanges après l’échec du sommet de Hanoï.

En dépit de l’échec du sommet de Hanoï, le président sud-coréen veut renforcer le processus de pacification avec la Corée du Nord. Dans le cadre d’un remaniement gouvernemental plus vaste, Moon Jae-in, partisan convaincu depuis toujours d’un rapprochement avec la Corée du Nord, a nommé un de ses proches, Kim Yeon-chul, 54 ans, à la tête du ministère de l’unification, qui gère les questions relatives à la République démocratique et populaire de Corée (RDPC).

Une semaine après la deuxième rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un dont Séoul attendait beaucoup pour la paix et la coopération économique, le président Moon veut reprendre l’initiative et renforcer encore le rapprochement avec son voisin nord-coréen.

À lire aussi : Le président catholique sud-coréen Moon Jae-in croit à la réconciliation avec le Nord

Favorable au réchauffement entre les deux Corées

Kim Yeon-chul, qui dirigeait depuis l’an passé l’Institut coréen pour l’unification nationale, un organe gouvernemental, est un proche du président Moon dont il partage les convictions d’une « diplomatie de la rencontre » avec Pyongyang et Kim Jong-un. Il avait, l’an passé, salué sa décision de profiter de la tenue des Jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud pour tendre la main vers le Nord.

En revanche, en 2016, au moment des tests nucléaires et de missiles nord-coréens, il s’était opposé à la présidente conservatrice Park Heun-hye (destituée et condamnée à 24 ans de prison) qui avait ordonné la fermeture de la zone industrielle de Kaesong en Corée du Nord, symbole de la coopération entre les deux nations.

À lire aussi : Rencontre historique le 27 avril 2018 entre Moon Jae-in et Kim Jong-un

Les perspectives d’une relance du dialogue économique restent difficiles

Partisan d’un « engagement actif » vis-à-vis du voisin nord-coréen, Kim Yeon-chul avait déclaré au début de l’année que « 2019 sera l’année de l’application » des décisions prises entre Séoul et Pyongyang en septembre 2018 sur le plan économique. Il est convaincu que les sanctions de l’ONU votées contre Pyongyang ont été inutiles pour empêcher le Nord de se doter de l’arme nucléaire et appelle depuis longtemps à l’assouplissement de ces sanctions afin de créer un climat de confiance entre le Nord et les États-Unis.

Autant dire qu’à l’issue de l’échec du sommet de Hanoï, les perspectives d’une relance des projets de coopération comme la réouverture de Kaesong et la relance du complexe touristique des Mont du Diamant (fermé depuis 2008 après qu’un soldat nord-coréen a tiré et tué une touriste sud-coréenne) apparaissent assez sombres.

À lire aussi : Sommet Trump-Kim à Hanoï : un échec « entre bons amis »

Les dernières déclarations du responsable américain de la sécurité nationale John Bolton menaçant la Corée du Nord d’un renforcement des sanctions si aucune concession n’est faite, n’augurent rien de favorable. Face à ces nouveaux défis, Kim Yeon-chul appelle à « trouver des solutions créatives en consultation avec les États-Unis afin de rouvrir Kaesong et le complexe des Monts du Diamant ».

Dans un livre publié l’année dernière et intitulé 70 ans de dialogue entre le Sud et le Nord, Kim Yeon-chul défend clairement l’idée que « sans dialogue, il n’y aura pas de solution », précisant que tous les acteurs en présence dans la région « devaient négocier avec la Corée du Nord telle qu’elle est et non comme ils aimeraient qu’elle soit ».

Par Dorian Malovic, publié le 10/03/2019 à 11h45

https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Seoul-nomme-nouveau-ministre-renforcer-dialogue-Pyongyang-2019-03-10-1201007695

Mar 10

FUKUSHIMA: UN RISQUE DE CANCER DE LA THYROÏDE MULTIPLIÉ PAR 15

Un article du Dr Alex Rosen, président de l’IPPNW*, paru sous le titre original 15-faches Risiko für Schilddrüsenkrebs, 8 Jahre Fukushima, traduit par Yveline Girard et diffusé avec l’autorisation de l’auteur.

Ce mois de mars marque le huitième anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Les enfants nés l’année de la fusion des réacteurs fréquentent aujourd’hui l’école primaire, tandis que de nombreux enfants et adolescents qui, à cette époque, ont ingéré de l’iode radioactif en respirant ou dans leur alimentation, ont atteint l’âge adulte. Beaucoup de temps a passé depuis les images bouleversantes des explosions dans les réacteurs de Fukushima Dai-ichi en mars 2011. Le sujet a à peu près disparu de la conscience publique, et au Japon, de plus en plus de gens voudraient étouffer les événements de cette époque et leurs conséquences. Et pourtant la catastrophe n’est pas terminée/se poursuit/dure encore.

Jour après jour, de l’eau contaminée en provenance des bâtiments ayant abrité les réacteurs endommagés est déversée dans l’océan et dans les nappes phréatiques. Encore récemment, l’exploitant Tepco a été contraint d’admettre avoir trompé le gouvernement et l’opinion publique sur l’état réel de l’eau contaminée stockée sur le terrain des centrales et ce, des années durant. Contrairement aux allégations de l’entreprise selon lesquelles cette eau n’aurait plus contenu que du Tritium, les autorités japonaises ont constaté que 750 000 tonnes d’eau sur les 890 000 dépassent de cent fois le seuil maximal autorisé par l’État et qu’elles contiennent aussi une forte concentration d’isotopes radioactifs comme le strontium-90. Dans certains échantillons analysés par les autorités, la concentration de strontium-90 était 20 000 fois supérieure au maximum autorisé. Or, peu de temps auparavant, TEPCO avait fait part de son projet de déverser l’eau contaminée dans le Pacifique. Pour l’instant, ces nouvelles révélations ont mis un terme à ce plan.

Pendant ce temps, depuis la catastrophe, des villages entiers et des quartiers de zones urbanisées ont été nettoyés des retombées radioactives au prix d’un difficile travail de fourmi. Cependant, les régions boisées et montagneuses du nord-est du Japon, largement inaccessibles, représentent un réservoir incontrôlable de particules radioactives. Chaque tempête, chaque inondation, chaque incendie de forêt et chaque envol de pollens peut recouvrir de Césium 137 des territoires déjà décontaminés. C’est ainsi que de nombreuses localités, qui selon le gouvernement japonais pro-nucléaire devraient être repeuplées depuis longtemps, présentent des niveaux de radiation accrus. Et par voie de conséquence, les gens n’y retournent pas. Plus de 50 000 personnes sur les 200 000 déplacées initialement vivent aujourd’hui encore, huit ans après le début de la catastrophe, dans des foyers de réfugiés ou dans des hébergements de fortune. Et l’état prévoit de leur couper les aides. Ainsi le gouvernement pense-t-il les contraindre à retourner rapidement à l’endroit où ils vivaient. La commission des droits de l’homme de l’ONU s’est vue dans l’obligation d’examiner la situation de ces déplacés.

166 cas de cancers avérés, 38 enfants en attente d’opération

Que les radiations provoquent des problèmes de santé n’est nulle part aussi évident que dans l’augmentation des cas de cancers de la thyroïde. Depuis 2011, on examine tous les deux ans la thyroïde des personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs nucléaires. La première série de dépistages a eu lieu de 2011 à 2014, la deuxième de 2014 à 2016, la troisième de 2016 à 2018, la quatrième, en cours, à partir de 2018. Tandis que l’exploitation des données de la première série est terminée, celle des deuxièmes, troisièmes, et quatrièmes surtout est encore incomplète. Néanmoins il est déjà possible de tirer des conclusions à partir des résultats disponibles. Alors que ces examens avaient été effectués à l’origine pour rassurer les populations sur les conséquences de l’accident, ils ont en fait mis en évidence des résultats inquiétants.

Selon les données du Registre du Cancer Japonais, le taux d’incidence (le nombre de nouveaux cas par an) des cancers thyroïdiens chez l’enfant avant la catastrophe était d’environ 0,35 pour 100 000 enfants. Avec une population de 360 000 enfants dans la préfecture de Fukushima le nombre attendu de nouveaux cas serait donc de 1 seulement par an, c’est-à-dire 8 depuis le début de l’accident à la centrale, en mars 2011.

Or, dans cet intervalle de temps, des biopsies de la thyroïde à l’aiguille fine ont révélé des cellules cancéreuses chez 205 enfants. 167 de ces enfants ont dû être opérés entretemps en raison du développement extrêmement rapide de la tumeur, de la présence de métastases ou de la menace sur des organes vitaux. Dans 166 cas, le diagnostic histologique de carcinome thyroïdien a été confirmé, un seul cas de tumeur bénigne a été constaté. Trente-huit enfants sont encore en attente d’opération. Ces chiffres s’appuient sur les dernières publications de l’Université de Médecine de Fukushima (FMU) en date du 27 décembre 2018, qui prennent en compte tous les résultats d’examen disponibles à la fin septembre 2018.

La FMU a également déclaré dans sa dernière publication que parmi les 217 513 enfants ayant subi des tests complets (soit 64,6% des 336 669 enfants concernés), 141 275 (soit 65%) présentaient des nodules ou des kystes sur la thyroïde. Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est le nombre de pathologies détectées chez des enfants qui lors des examens précédents ne présentaient encore aucun symptôme inquiétant : chez 22 108 enfants (10%°), on a détecté dans la troisième série de dépistages des kystes et des nodules qui n’existaient pas lors de la deuxième série. Chez 135 d’entre eux, la taille des nodules dépassait 5 mm, et les kystes 20 mm, si bien que des examens complémentaires ont été nécessaires.

Par ailleurs, chez 577 enfants présentant des kystes ou des nodules de petite taille lors du deuxième dépistage, leur croissance a été telle que des examens plus poussés ont été nécessaires également.

Chez 54 des enfants présentant des résultats anormaux, des biopsies à l’aiguille fine ont été effectuées. Dans 18 cas, un cancer a été suspecté. Treize enfants ont été opérés depuis et le diagnostic de carcinome thyroïdien a été confirmé.

Ainsi, depuis l’an passé, dans le troisième dépistage, 5 cas confirmés de cancers et 6 suspicions de cancer se sont ajoutés aux cas précédents. Trente-cinq pour cent des données de ce troisième dépistage n’ont pas encore été exploitées, si bien qu’on ne peut pas encore en tirer de conclusions définitives.

Un effet de dépistage ?

Du côté du lobby nucléaire, on essaie toujours de rapporter le nombre élevé de cancers de la thyroïde à Fukushima à ce qu’on appelle l’effet de dépistage. Cet argument aurait encore pu passer pour les 101 cas de cancers de la première série de dépistages, mais il ne vaut plus pour la deuxième ni la troisième série. Les cas qui ont été détectés alors sont forcément nouveaux. Si l’on considère exclusivement les cas de cancers de la thyroïde qui ont été détectés lors de la deuxième et de la troisième série de dépistages, on en arrive au nombre total de 65 nouveaux cas (52 pour la deuxième série et 13 pour la troisième). Pour une population étudiée de 270 000 enfants et un intervalle de 4,5  années (d’avril 2014 à septembre 2018), cela représente une incidence d’environ 5,3 nouveaux cas de cancers de la thyroïde pour 100 000 personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs. Comme cela a déjà été expliqué plus haut, le taux habituel de ce cancer est de 0,35% pour 100 000 au Japon. Dans la préfecture de Fukushima le taux de nouveaux cas de cancer est par conséquent plus de quinze fois supérieur à la moyenne du Japon. Autrement dit : les personnes qui étaient enfants à Fukushima lorsque l’explosion a eu lieu ont un risque 15 fois plus élevé que les autres de développer un cancer de la thyroïde. Ce résultat est extrêmement significatif et ne peut en aucun cas être expliqué ou relativisé par l’effet de dépistage.

Il faut de surcroît considérer qu’en même temps, plus de 87 000 enfants de la population ayant fait l’objet des examens à l’origine sont sortis de l’étude, qu’un tiers des données de la troisième série de dépistages n’est pas encore connu et que tous les cas de cancers qui sont décelés et traités en dehors des hôpitaux officiels ne sont pas pris en compte dans les statistiques, si bien que le nombre réel de cas est certainement bien plus élevé.

Le cancer de la thyroïde : une affection banale ?

Au vu de cette évolution préoccupante, il est bon de rappeler que le cancer de la thyroïde, en dépit de perspectives thérapeutiques relativement bonnes, n’est pas une maladie anodine, quoi qu’en dise le lobby nucléaire. Il peut entraîner d’importantes conséquences pour la qualité de vie des malades et leur état de santé. Une opération de la thyroïde comporte des risques importants, les patients et les patientes doivent prendre des médicaments à vie, se soumettre régulièrement à des analyses de sang, et vivent constamment dans l’angoisse de la récidive. Selon une étude de la fondation japonaise pour le soutien aux enfants malades du cancer de la thyroïde, 10% des patients et patientes opérés ont déjà connu une récidive, c’est-à-dire qu’ils ont développé de nouvelles tumeurs cancéreuses, qui ont dû être de nouveau opérées. Dans la préfecture de Fukushima, le cancer a récidivé au bout de peu d’années chez 8 des 84 enfants soignés pour cancer.

Répartition géographique des cas de cancer de la thyroïde

L’an dernier déjà nous avions indiqué que la répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde chez les enfants coïncidait avec le degré de contamination à l’iode radioactif-131 dans les différentes régions de la préfecture : « www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Fukushima/SD_Artikel_Fukushima_Maerz_2018.pdf »

Le taux le plus bas relevé, 7,7 suspicions de cancer après biopsie pour 100 000 enfants par an, se retrouvait dans la région de Aizu, la moins contaminée par les particules radioactives. Avec 9,9 cas pour 100 000 on trouvait ensuite la partie de Hamadori, également peu contaminée par les radiations. Le taux était plus élevé (13,4 cas pour 100 000 par an) à Nakadori qui fut plus contaminé, le taux le plus élevé étant constaté dans les 13 localités les plus contaminées tout autour de la centrale (21,4 cas pour 100 000 par an). Les incidences de cette étude ne concernent pas seulement des cas avérés après opération, mais aussi les suspicions de cancer après biopsie, raison pour laquelle ils sont supérieurs aux chiffres cités plus haut.

Des tentatives pour vider l’étude de tout sens

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pro-nucléaire et de la puissante industrie nucléaire du pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU.

Déjà l’an dernier, nous avions attiré l’attention sur le fait que la FMU elle-même faisait tout pour faire capoter les études sur les affections de la thyroïde. C’est ainsi que contrairement à ce qui était prévu initialement et qui avait été annoncé, à partir de l’âge de 25 ans, les examens n’auront plus lieu tous les deux ans mais seulement tous les cinq ans. Par ailleurs, on a appris que des collaborateurs de la FMU passaient dans les écoles pour informer les enfants de leur droit à refuser les examens et de leur droit à l’ignorance. Depuis peu est apparue sur les formulaires l’option « Opt-out », c’est-à-dire la possibilité de sortir de l’étude. C’est tout à fait remarquable, dans la mesure où la participation a toujours été volontaire et que, d’ores et déjà, 20 à 30% des enfants ne font pas partie des cohortes se soumettant aux examens. Les critiques soulignent aussi qu’à partir de 18 ans, les frais d’examen ne seront pas assumés par les pouvoirs publics mais supportés par les patients et leurs familles. On peut supposer que les efforts de la FMU visent à diminuer le taux de participation aux examens et, à long terme, de faire perdre toute valeur à l’étude en déformant les résultats des tests, un résultat qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire du Japon.

Il faut également souligner de nouveau que les chiffres de la FMU de représentent qu’une partie des maladies survenues en réalité. Celle-ci ne prend pas en compte les autres affections liées aux radiations hormis les cancers de la thyroïde, pas plus qu’elle ne s’intéresse aux affections atteignant les personnes âgées de plus de 18 ans au moment de la fusion des cœurs, celles qui n’étaient pas enregistrés dans la préfecture de Fukushima à ce moment-là, celles qui ont déménagé depuis ou qui pour des raisons personnelles n’ont pas pris part aux dépistages. Un autre fait qui montre comment les statistiques officielles sont manipulées, c’est le refus de prendre en considération les cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués en dehors des hôpitaux appartenant à la FMU. Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de son enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de l’enfant n’avait pas été posé par eux, mais par une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour confirmer le diagnostic et suivre le traitement. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent par les responsables de l’étude.

Fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il avait participé au premier dépistage de l’Université ; mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et, de ce fait, n’ont pas été inclus dans les statistiques officielles.

Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés, combien de cas se sont déclarés en-dehors de la préfecture ou chez des personnes qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tout cela n’a jamais fait l’objet de la moindre recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne le saura jamais.

Le droit à la santé

Nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et en même temps, en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres sont vraisemblablement systématiquement sous-estimés.
En outre, on peut s’attendre une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies provoquées ou aggravées par les radiations ionisantes. Les tests de la FMU sur la thyroïde constituent les seuls tests en série à même de donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils risquent en l’état actuel des choses d’être manipulés  par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les habitants de Fukushima et les Japonais ont un droit inaliénable à la santé et à une vie dans un environnement sain. Dans ce contexte, les tests thyroïdiens chez les enfants ne bénéficient pas seulement aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et qui peuvent ainsi être soignés, mais à toute la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur suivi scientifique sont donc d’intérêt général et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.

Par le Dr Alex Rosen, président de l’IPPNW, publié le 10 mars 2019

Sources:

Proceedings of the 33rd Prefectural Oversight Committee Meeting for Fukushima Health Management Survey, December 27th, 2018

https://www.pref.fukushima.lg.jp/site/portal/kenkocyosa-kentoiinkai-33.html

NHK: Thyroid cancer relapses in some Fukushima children. 01.03.2018.

https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24

Sheldrick A, Tsukimori O. «  Fukushima nuclear plant owner apologizes for still-radioactive water  ». Reuters, 11.10.2018.

https://www.reuters.com/article/us-japan-disaster-nuclear-water/fukushima-nuclear-plant-owner-apologizes-for-still-radioactive-water-idUSKCN1ML15N

Article traduit par Yveline Girard

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW, est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et le syndrome d’irradiation aiguë.

L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.

Le site de l’IPPNW Europe : http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html

Celui de l’IPPNW Allemagne : https://www.ippnw.de

http://www.fukushima-blog.com/2019/03/fukushima-un-risque-de-cancer-de-la-thyroide-multiplie-par-15.html

Mar 10

JAPON : 8 ANS APRÈS LE TSUNAMI, LA CENTRALE DE FUKUSHIMA RESTE UN ÉNORME CHANTIER

Tokyo (AFP) – Huit ans après le tsunami de mars 2011 qui a dévasté la côte nord-est du Japon et mis en péril la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, le site reste un énorme chantier où le risque immédiat semble écarté mais où les tâches ardues et les imprévus continuent.

Voici les trois principaux enjeux:

Le combustible nucléaire

Quatre des six réacteurs de la centrale ont été endommagés. Les cœurs des tranches 1 à 3 ont fondu au moment de l’accident et l’on sait désormais que le combustible est en quasi-totalité tombé au fond de l’enceinte de confinement primaire de chaque unité, enceinte qu’il a même en partie entamée.

Des manipulations récentes avec un robot dans l’enceinte du réacteur 2 ont permis de constater que ce combustible pouvait en partie être soulevé par petits morceaux à plusieurs endroits. Ce n’est qu’un tout début pour étudier des moyens concrets de l’extraire, une opération extrêmement délicate qui ne débutera pas avant 2021 au mieux, ont récemment confirmé la compagnie exploitante Tepco et le ministère de l’Industrie.

Par ailleurs, dans ces mêmes réacteurs 1 à 3, des centaines d’assemblages de combustible usé sont toujours dans les piscines de refroidissement situées en haut des bâtiments. « En raison de différents problèmes, les opérations de retrait ont pris du retard dans le réacteur 3, elles ne débuteront pas ce mois-ci comme prévu. Et s’agissant de la piscine du réacteur 1, elle est couverte de détritus qu’il va falloir enlever, une opération que nous ferons avec une extrême prudence », expliquait à la presse fin février Akira Ono, directeur de la filiale de Tepco chargée du démantèlement.

Tepco ne prévoit pas de retrait de ce combustible des piscines des réacteurs 1 et 2 avant 2023.

Le réacteur 4 était lui à l’arrêt pour maintenance au moment de la catastrophe. Le problème principal résidait dans la piscine, dont les assemblages de combustible ont pu être enlevés entre fin 2013 et fin 2014.

Plus à l’écart, les réacteurs 5 et 6 ont été moins touchés et ne présentent pas les mêmes difficultés.

L’eau contaminée, les déchets

Le site regorge d’eau contaminée, « même si les différentes dispositions prises ont permis d’atténuer » le problème, selon M. Ono.

L’eau, c’est au départ celle du tsunami qui a ravagé les installations, eau qu’il a fallu pomper, assainir et stocker. C’est ensuite celle qui sert à refroidir les réacteurs et enfin celle qui tombe du ciel et descend de la montagne en amont et se contamine au passage.

Un mur de glace souterrain faisant barrière et des pompes permettent cependant de limiter la quantité d’eau contaminée par les installations.

« Elle a diminué à 220 m3 en moyenne par jour en 2017/2018, contre 470 m3 quatre ans plus tôt, et nous pensons la faire descendre à 150 m3/jour en 2020 », indique M. Ono. Les graphiques montrent cependant qu’en périodes de violents typhons (septembre, octobre), des pics à des niveaux bien plus élevés sont inévitables.

Au total, environ 1,12 million de m3 d’eau sont conservés dans des citernes sur le site, mais la capacité maximum (1,37 million) sera atteinte fin 2020.

Cette eau est traitée par un système de décontamination qui élimine les éléments radioactifs à l’exception du tritium.

Problème: Tepco a reconnu en fin d’année dernière que 85% de l’eau était en fait toujours porteuse d’une teneur trop élevée concernant les 62 radionucléides censés être supprimés. La société a donc décidé de la filtrer une deuxième fois.

Que faire ensuite de cette eau encore pleine de tritium ? « Plusieurs solutions potentielles (injection dans les couches profondes de la Terre, rejet en mer, évaporation dans l’air, etc.) sont examinées par un groupe d’études constitué d’experts, mais nous n’avons encore rien décidé », explique Yumiko Hata, directrice de la gestion des déchets de Fukushima au ministère de l’Industrie.

« Sans résolution de cette situation critique de l’eau, le plan, déjà irréaliste de Tepco d’en finir avec l’accident, est encore plus compromis », insiste auprès de l’AFP Shaun Burbie, spécialiste du secteur nucléaire au sein de l’organisme Greenpeace.

Tepco prévoit de stocker aussi sur le site 750.000 mètres cubes de déchets solides d’ici 2029, dont une partie radioactifs.

La main-d’œuvre

Environ 4/5.000 personnes travaillent chaque jour sur le site, un nombre presque deux fois moins important qu’il y a quatre ans, « car de gros chantiers ont été achevés (mur de glace, pose d’un revêtement sur le sol, construction de bâtiments divers) », précise M. Ono.

En moyenne, l’exposition des travailleurs aux radiations est désormais inférieure à 5 mSV par an, mais ce seul chiffre masque les fortes disparités entre individus en fonction de leurs tâches.

« Nous avons tous un carnet de suivi des radiations, mais cela n’est regardé que par notre employeur (dans mon cas, un sous-traitant de sous-traitant de sous-traitant d’une filiale de Tepco), mais nous ne sommes pas suivis spécialement par le gouvernement, ce n’est pas normal », se plaint Minoru Ikeda, un ex-travailleur du site.

© AFP, Publié le 10/03/2019 à 10h19

https://www.goodplanet.info/actualite/2019/03/10/japon-8-ans-apres-le-tsunami-la-centrale-de-fukushima-reste-un-enorme-chantier/

Mar 10

370 FISSURES DÉCOUVERTES DANS LE RÉACTEUR D’UNE CENTRALE NUCLÉAIRE EN ÉCOSSE (VIDÉO)

Des centaines de petites fissures ont été trouvées dans la coque du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Hunterston B dans le North Ayrshire en Écosse. Selon la BBC, certaines d’entre elles dépassent les deux millimètres de largeur.

Des contrôleurs ont découvert 370 fissures dans la coque du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Hunterston B dans le North Ayrshire en Écosse, relate la BBC. L’opérateur français EDF assure de son côté que la formation de petites fissures dans les réacteurs de centrales nucléaires est normale. Le fait qu’il y en ait eu 370 a néanmoins soumis le réacteur à un contrôle particulier.

Le réacteur 3 de l’usine de North Ayrshire est fermé pour inspection depuis mars.

Des représentants de la société française d’énergie nucléaire ont indiqué que les fissures n’affectaient pas la capacité fonctionnelle de la centrale nucléaire de Hunterston B et ne compromettaient pas la sécurité.

Ainsi, EDF refuse de modifier la limite d’exploitation de cette centrale nucléaire, fixée à 2023. Elle fournit de la lumière à environ 1,8 million de foyers en Écosse.

Publié le 09.03.2019 à 12h14

Pour voir la vidéo (3mn37s), cliquer sur :

https://fr.sputniknews.com/international/201903091040296071-370-fissures-decouvertes-reacteur-centrale-nucleaire-ecosse/

Mar 10

JAPON : BAUME ATOMIQUE

Partie 2 : La course pour votre vie aux Jeux Olympiques de Tokyo

Merci aux Amis de Fairewinds, qui nous ont écrit ou appelés pour nous faire part de leur appréciation sur la première partie du Baume atomique post-Fairewinds, et pour avoir pris le temps de lire et de comprendre notre analyse des véritables raisons pour lesquelles les Jeux olympiques d’été ont été placés à Tokyo en 2020.

Pour commencer la deuxième partie, parlons des études scientifiques que le Dr Marco Kaltofen et moi avons entreprises ensemble en 2012.

Avant la catastrophe en cours créée par la fusion de Fukushima, l’exposition maximale admissible aux rayonnements des réacteurs nucléaires commerciaux était de 100 millirem par an (1 milliSievert par an) pour les civils du monde entier.

Étant donné que les travailleurs sous rayonnements reçoivent une compensation pour la charge corporelle accrue qu’ils reçoivent en travaillant dans un environnement à fort niveau de radiations, ils ont droit à un maximum de 5 000 millirems par année de rayonnement (50 milliSieverts de 5 rem – selon la durée de l’exposition). Bien qu’il s’agisse de la limite supérieure légale, la plupart des travailleurs de l’industrie de l’énergie atomique peuvent en fait être exposés à environ 2 000 millirem par an (20 milliSieverts ou 2 Rem). Selon le DOE 2016 : exposition professionnelle aux rayonnements.

Au cours des cinq dernières années, toutes les personnes surveillées ont reçu une dose efficace totale (DET) mesurable inférieure à la LCA de 2 rem (20 mSv), ce qui est bien inférieur à la limite réglementaire du DOE de 5 rem (50 mSv) DET annuel.

Depuis les fusions de Fukushima, le gouvernement japonais a modifié les règles en augmentant de 20 fois la quantité de radiations autorisée pour les civils: ceci correspond pratiquement à la dose la plus élevée que les travailleurs nucléaires puissent recevoir en une année!

Une partie importante des Jeux olympiques, y compris le baseball masculin et le softball féminin, la course pour le transport de la flamme olympique, ainsi que l’installation d’entraînement de football, se dérouleront sur des terrains que le gouvernement du Japon a classé comme faisant partie de l' » urgence nucléaire « .

Cela signifie que les athlètes et les civils seront légalement exposés à des niveaux de rayonnement admissibles 20 fois plus élevés que ceux existant dans d’autres installations sportives sur tout autre continent.

Par conséquent, selon l’évaluation du risque de rayonnement sans seuil linéaire (LNT) de la National Academy of Science, le risque de maladies liées au rayonnement chez l’athlète a également été multiplié par 20 par rapport à leurs domiciles.

Le gouvernement japonais a informé les habitants de Fukushima Daiichi et de ses environs qu’ils devaient retourner dans leurs maisons et villages contaminés si les niveaux de rayonnement étaient de 2 Rem, alors qu’ils seraient soumis à des doses quotidiennes de rayonnement 20 fois supérieures à celles de personnes vivant à proximité de toute centrale nucléaire au Japon.

Plutôt que de mener à bien un nettoyage efficace, le gouvernement japonais oblige les personnes évacuées à retourner dans leurs maisons prétendument propres mais toujours fortement contaminées si elles souhaitent continuer à recevoir leur allocation financière de réfugié.

Trois problèmes fondamentaux rendent l’exposition des civils japonais bien pire que la nouvelle limite de dose.

Le premier problème est lié aux critères de dépollution du gouvernement japonais selon lesquels seules les zones situées à l’intérieur et autour des habitations auraient été décontaminées.

J’ai mesuré le rayonnement le long des autoroutes, puis j’ai parcouru 150 mètres dans les bois environnants pour constater que ces bois restaient très contaminés. De fait, lorsqu’il pleut, qu’il neige, ou quand le vent souffle la poussière ou le pollen des bois, ce rayonnement revient dans les maisons soi-disant propres et exemptes de radiations.

Je suis allé au sommet de toits de maisons hautes de quatre étages à Minamisoma qui avaient été complètement nettoyés et repeints à la suite des fusions.

Les toits ont été recontaminés par la poussière émettant des radiations provenant des montagnes environnantes sous l’effet des vents.

Les maisons et les communautés de personnes qui étaient prétendument propres sont recontaminées tous les jours.

Le deuxième problème est que le gouvernement japonais ne mesure qu’un seul type de rayonnement avant d’obliger les réfugiés à rentrer chez eux. Seul le rayonnement direct du césium est mesuré avec des compteurs Geiger portables. De telles mesures ne se font que sur des rayons gamma externes qui traversent le corps humain de façon uniforme, un peu comme les rayons X.

Le Dr Marco Kaltofen et moi-même avons constaté depuis longtemps que l’ingestion de petites particules radioactives, appelées particules chaudes ou poussières radioactives fines (ou nanoparticules), fait migrer ces particules dans les poumons et le système gastro-intestinal des gens. De fait les organes internes reçoivent de fortes doses de rayonnement pendant de nombreuses années. TEPCO et le gouvernement japonais « ignorent » la présence de ces particules chaudes.

Le troisième et dernier problème est que certaines particules chaudes sont extrêmement radioactives, beaucoup plus que la moyenne des particules chaudes.

Dans un article relu par des pairs que le Dr Kaltofen et moi-même avons rédigé, nous détaillons nos recherches scientifiques qui prouvent que plus de 5% de ces particules sont jusqu’à 10 000 fois plus radioactives que la moyenne des 300 particules que nous avons étudiées.

Bien sûr, cela signifie que les organes internes des personnes sont constamment bombardés de niveaux de rayonnement extraordinairement élevés, beaucoup plus élevés que ceux auxquels sont soumis les civils évacués.

Ces trois vidéos supplémentaires que j’ai prises à Fukushima en septembre 2017 montrent ce qui se passe réellement près de Fukushima.

Nous ne pouvons pas oublier l’ampleur de ces expositions pour créer une image de la normalité pour l’organisation par le Japon des Jeux olympiques de Tokyo.

Les poussières radioactives en provenance de Fukushima ont eu et continueront d’avoir un effet dévastateur sur les milliers de personnes qui vivent à proximité des réacteurs et qui sont maintenant contraintes de rentrer, ainsi que sur les centaines de milliers d’autres personnes résidant beaucoup plus loin.

Des échantillons hautement radioactifs ont été trouvés aussi loin et dans des endroits aussi peuplés que Tokyo. Dans ses efforts pour essayer de tout restaurer en l’état d’avant la triple fusion, le gouvernement du Japon n’a pas mesuré que le Japon et, en fait le monde, est un endroit très différent de ce qu’il était avant la catastrophe de Fukushima Daiichi.

Le Japon continue de forcer les réfugiés à retourner dans les villages contaminés et commercialise ce qui ne peut être que des produits irradiés de Fukushima.

Suite à la catastrophe avec fusions nucléaires, le nettoyage n’est pas une tâche facile, et un nettoyage complet est techniquement impossible.

Au lieu de reconnaître l’ampleur du problème et en ignorant ses causes profondes, en mettant des rustines et en appliquant des solutions rapides, les politiciens, les responsables gouvernementaux du Japon et TECPO mettent en danger la vie de milliers de citoyens japonais afin de protéger leur statut politique, leur situation financière personnelle et les actions de l’industrie nucléaire.

Selon l’Asia Pacific Journal (AJP) de la semaine dernière, dans un brillant essai écrit par Norma Field, professeure à l’Université de Chicago, professeure distinguée Robert S. Ingersoll en études japonaises sur les langues et les civilisations d’Asie de l’Est :

Nous pourrions prendre du recul par rapport aux prévisions selon lesquelles les Jeux Olympiques-Paralympiques de 2020 pourraient finir par coûter 3 billions de yens (environ 26,4 milliards USD), soit plusieurs fois le budget initial de ce qui devait être les Jeux Olympiques les plus économes de l’histoire. Ces jeux sont souvent présentés comme les « Jeux Olympiques de la récupération » (fukkō gorin).

Il n’est pas difficile d’imaginer comment cet argent aurait pu être utilisé au profit de l’ensemble de la région touchée par la triple catastrophe et surtout, au profit des victimes de la catastrophe nucléaire persistante.

Un maigre montant du budget des Jeux olympiques aurait permis d’assurer un modeste soutien au logement des personnes évacuées, qu’il soit obligatoire ou  » volontaire « . Au lieu de cela, les zones d’évacuation très restreintes et arbitrairement tracées ont été ouvertes sans précaution pour le retour des citoyens évacués en dépit des conditions inquiétantes qui règnent sur de vastes étendues de la région.

Le centre olympique de football qui a servi de base à TEPCO pour les travailleurs sinistrés contaminés par la radioactivité (où ils dormaient, portaient des vêtements de protection et étaient contrôlés) était contaminé par la radioactivité mais devait encore être le site d’entraînement de l’équipe nationale de football.

Dans l’essai de M. Field pour l’APJ, qui était une introduction à un essai plus long rédigé par le professeur récemment retraité de l’Institut de recherche sur les réacteurs de l’Université de Kyoto : Dr Koide Hiroaki, elle a écrit :
…Comme l’observe avec beaucoup d’ironie la journaliste médicale Aihara Hiroko, « les Jeux Olympiques de Tokyo seront certainement une superbe occasion de montrer à la communauté internationale les  » conséquences réelles de la catastrophe d’origine humaine résultant de la politique nucléaire nationale : l’imposition de l’évacuation à long terme et du sacrifice des habitants de la région « .

La lecture de l’introduction du Dr Field et de l’article complet du Dr. Koide Hiroaki dans APJ sont écrasants mais ils ne racontent pas toute l’histoire.

Réfugiés dans un hébergement

J’estime qu’il est important d’en dire plus sur les expositions actuelles aux radiations que subissent encore les 160 000 réfugiés de Fukushima, huit ans après la crise.

Cette réalité scientifique, que les gouvernements cachent aux gens du monde entier n’est pas difficile à comprendre, surtout si nous nous concentrons sur la volonté des gouvernements mondiaux de maintenir active l’énergie nucléaire et les armes nucléaires dans lesquelles ils ont investi lourdement – financièrement, politiquement et émotionnellement.

Au cours de mes quatre voyages au Japon, et à la lecture de toutes les personnes qui ont écrit à Fairewinds depuis que nous y avons publié notre livre, j’ai rencontré, parlé ou communiqué avec de nombreux réfugiés de Fukushima et je crois vraiment que Fairewinds comprend leurs chocs traumatiques.

Alors que les gens du monde entier peuvent applaudir les Olympiens de Tokyo, la perspective humaine devrait se concentrer sur les vraies victimes, celles qui sont placées hors de la vue.

En fin de compte, pour réduire les coûts de nettoyage tout en dépensant d’énormes fonds pour les Jeux olympiques, le gouvernement du Japon traite ses 160 000 Fukushima évacués comme des cobayes irradiés, les obligeant à retourner dans des zones contaminées pour essayer de convaincre le monde que tout va bien, tout en rendant difficile pour les scientifiques sérieux d’évaluer avec précision les effets du rayonnement sur ces personnes.

Les milliards de dollars dépensés pour les Jeux olympiques seraient beaucoup mieux utilisés pour aider les personnes déplacées par la catastrophe de Fukushima Daiichi, pour aider les familles à trouver un logement permanent, un emploi et de nouvelles communautés de soutien loin des zones contaminées dans lesquelles elles sont maintenant retournées de force.

Fairewinds vous tiendra au courant.

Écrit par Arnie Gundersen sous la direction de Maggie Gundersen, publié le 08 mars 2019

http://phplist.amisdelaterremp.fr/lists/?m=2140&uid=05de3a3148ebce886ead9db371d0d882&p=view&pi=ViewBrowserPlugin

Mar 09

À DEUX MINUTES DE LA GUERRE NUCLÉAIRE?

Le Parlement vient de voter le budget militaire impliquant la modernisation des armes nucléaires, chère et d’après des militaires inutile. De nombreuses personnalités, dont des ministres de la défense et des chefs d’armée, pensent que la «bombe» nous menace plus qu’elle ne nous protège. Voir ci-dessous leur liste, impressionnante. Je résume leurs craintes et arguments.

EXTRAIT

…L’Horloge de l’Apocalypse

Depuis 1947, des scientifiques éminents ont mis au point une représentation symbolique du danger de déflagration nucléaire en fonction des tensions internationales, appelée L’Horloge de l’Apocalypse.

Le Doomsday Clock a été créé après le début de la Guerre froide pour alerter l’opinion publique sur le risque d’une guerre nucléaire totale. L’heure du cadran a été réglée à ce moment-là à 23 h 53. En fonction des tensions politiques, l’aiguille se rapproche ou s’éloigne de minuit. Depuis sa création, cette horloge a été ajustée 18 fois, de minuit moins deux en 1953, quand les États-Unis ont décidé de produire la bombe à hydrogène, à minuit moins 17 minutes en 1991, à la fin de la Guerre froide.  Aujourd’hui le 25/01/2018, l’horloge est à 23h58, c’est-à-dire à un niveau proche dépassant les pires moments de la Guerre froide. 

« À deux minutes de la guerre nucléaire » 

La 54ème Conférence de Munich sur la Sécurité s’est déroulée en Allemagne du 16 au 18 février 2018. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré : « Pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, nous sommes face à une menace nucléaire, à la menace d’un conflit nucléaire.» 

L’ancien Secrétaire à la Défense américain William Perry affirme la même chose. 

« À l’initiative de Lord Desmond Browne (ancien Ministre de la Défense britannique), Wolfgang Ischinger (président de la Fondation pour la sécurité de Munich), Igor Ivanov (Ancien Ministre des Affaires Étrangères russe), de Sam Nunn (Sénateur américain) et plusieurs autres anciens Ministres des Affaires Étrangères ou de la Défense, ont invité les gouvernements présents à la Conférence de Munich  à coopérer pour réduire les risques créés par les armes nucléaires.

Nous sommes entrés dans une nouvelle ère nucléaire où une erreur fatale, déclenchée par un accident, un mauvais calcul ou une bavure, demeure le catalyseur le plus probable d’une catastrophe nucléaire. » 

Ont-ils été entendus ? D’après le résumé du journal Le Monde  cela ne semble pas être le cas, bien au contraire : « La conférence sur la sécurité, qui s’est déroulé du 16 au 18 février, a exposé au grand jour les tensions régionales ».

La plupart des médias français ont annoncé la Conférence de Munich  mais ne se sont pas intéressés à ses conclusions (largement commentées par la presse allemande).

 L’inquiétude des scientifiques au sujet du risque très élevé de conflit nucléaire a plusieurs sources :

  1. Armes nucléaires « classiques», dites « de dissuasion»
  2. Nouvelles armes nucléaires miniaturisées, destinées à l’attaque
  3. Obus à plutonium (uranium appauvri), déjà utilisés dans des guerres
  4. Défaillances fréquents des systèmes de surveillance : des guerres nucléaires évitées par chance
  5. Risque des cyberattaques
  6. Guerres actuelles « par délégation »…

Lire cet article en détail directement sur le blog

Article publié par Peter Bu, Blog : Le blog de Peter Bu

Site réactualisé le 9/3/2019

… Pour lire l’intégralité de l’article cliquer sur : https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/010318/deux-minutes-de-la-guerre-nucleaire

Mar 09

LA CORÉE DU NORD A RECONSTRUIT UN SITE DE LANCEMENT DE FUSÉES

Selon des experts américains, la Corée du Nord aurait terminé la reconstruction du site de lancement de fusées qu’elle avait commencé à démanteler, au risque de tensions avec les États-Unis après l’échec du sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un.

Le site de lancement de fusées que la Corée du Nord avait commencé à démanteler dans le cadre de son rapprochement avec les États-Unis est à nouveau « opérationnel » après avoir été rapidement reconstruit par Pyongyang, ont rapporté jeudi 7 mars des experts américains.

S’appuyant sur de nouvelles images prises mercredi par satellite, deux cercles de réflexion de Washington, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) et 38 North, ont affirmé jeudi que le site de Sohae (ou Tongchang-ri) était « revenu à son statut opérationnel normal« .

La veille, sur la base d’images prises tout début mars, ils avaient fait état d’un début de reconstruction entamé juste avant ou juste après le sommet au Vietnam, où le président des États-Unis et le dirigeant de la Corée du Nord avaient échoué, fin février à conclure un accord même partiel sur le désarmement nucléaire nord-coréen.

Donald Trump avait prévenu mercredi qu’il serait « très, très déçu » par l’homme fort de Pyongyang si ces informations devaient se confirmer. Une mise en garde réitérée jeudi matin par son conseiller à la sécurité nationale John Bolton. « Ce serait très, très décevant s’ils prenaient cette direction« , a-t-il dit sur la chaîne Fox News avant les nouvelles révélations.

Selon l’analyse de 38 North, la reconstruction de ces installations, qui comprennent un pas de tir et un site d’essai de moteurs de fusées, a continué « à un rythme rapide« .

La Corée du Nord peut « rendre réversible » tout démantèlement

Cela « démontre que la Corée du Nord peut rapidement, et sans trop hésiter, rendre réversibles toutes les actions prises pour démanteler son programme d’armes de destruction massive« , estime le CSIS. « Il s’agit d’un défi pour l’objectif américain d’une dénucléarisation définitive, irréversible et vérifiable« .

Pour les experts du CSIS, « les actions de la Corée du Nord sont un affront à la stratégie diplomatique du président et reflètent le dépit nord-coréen après le refus de Trump de lever les sanctions économiques lors des entretiens de Hanoï« .

Si Pyongyang n’a pas publiquement évoqué ses activités à Sohae, le régime reclus a dénoncé, par le biais de son agence de presse officielle KCNA, les manœuvres militaires conjointes en cours entre la Corée du Sud et les États-Unis, pourtant nettement réduites depuis que Donald Trump a décidé de mettre fin aux exercices de grande envergure pour conforter le réchauffement des relations avec le Nord.

« Les activités de mauvais augure entre les armées sud-coréenne et américaine constituent une violation injustifiée de la déclaration conjointe entre les États-Unis et la Corée du Nord ainsi que des déclarations Nord-Sud s’engageant à mettre fin aux hostilités et à réduire les tensions militaires« , a écrit l’agence.

Les relations entre Washington et Pyongyang, qui avaient connu une embellie spectaculaire l’an dernier après des mois de menaces atomiques et d’insultes échangées par Donald Trump et Kim Jong Un, risquent donc de se dégrader rapidement.

>> À voir aussi : Sommet Kim-Trump : pas d’accord, l’échec de la diplomatie Trump ?

Selon le directeur de 38 North, Joel Wit, « beaucoup dépend de la réaction américaine« , mais « le danger est de voir le cercle vicieux s’engager, chaque camp prenant des décisions qui sapent le processus en cours depuis le printemps« . Il a notamment dit craindre un prochain test de moteur de fusée par les Nord-Coréens, pour faire monter la pression.

Texte par : FRANCE 24 avec AFP, publié le 7 mars 2019 à 18h12

https://www.france24.com/fr/20190307-coree-nord-lancement-fusees-nucleaire

Mar 09

UN DÉBAT SALUTAIRE SUR LES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Pour la première fois, le sujet va faire l’objet d’une consultation publique, entre avril et septembre. Des discussions importantes, tant l’enjeu nous concerne tous.

 Éditorial du « Monde . À la veille du huitième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, au Japon, il faut garder en mémoire, comme une salutaire piqûre de rappel, l’avertissement constant de l’Autorité de sûreté nucléaire française : un accident majeur est possible partout dans le monde, y compris dans notre pays.

Mais il est une autre menace, plus insidieuse et plus diffuse : celle des déchets nucléaires, dont l’accumulation va léguer aux générations futures un héritage de plus en plus lourd. Pour la première fois, le sujet va faire l’objet d’une consultation publique.

Avec ses 58 réacteurs en activité – le parc le plus important après celui des États-Unis –, les laboratoires de recherche du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, les usines de fabrication et de retraitement du combustible, ainsi que les activités nucléaires liées à la défense nationale, la France possède aujourd’hui un stock de plus de 1,5 million de mètres cubes de déchets radioactifs, dont le volume est appelé à tripler ou à quadrupler dans les prochaines décennies. Le démantèlement progressif des plus vieux réacteurs va en effet générer des quantités toujours plus grandes de nouveaux résidus.

Aucune solution de gestion

Certes, il s’agit, pour 90 % d’entre eux, de produits de faible ou moyenne activité, voire de très faible activité, à vie courte. Mais, au fur et à mesure de leur amoncellement, même les rebuts les moins nocifs posent un problème croissant. L’un des deux centres de stockage exploités, dans l’Aube, par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, sera saturé entre 2025 et 2030. Un nouveau site sera ensuite requis. Pour certains déchets anciens, de faible activité mais à vie longue, il n’existe encore en France aucune solution de gestion.

Ce sont les produits de haute activité ou à vie longue qui sont le plus gros défi. Ils ne représentent que 3 % du stock total, mais ils concentrent 99,8 % de sa radioactivité et resteront potentiellement très dangereux pour la santé et l’environnement pendant des centaines de milliers d’années. Ce sont ces produits qu’il est prévu d’enfouir pour l’éternité, à 500 mètres sous terre, dans le sous-sol argileux de la commune de Bure, dans la Meuse. Une solution présentée par la filière nucléaire comme « la meilleure option », et dont l’ex-ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, est convenu qu’elle n’était que « la moins mauvaise ». Dans l’immédiat, il n’en existe pas d’autre.

Débat consultatif

L’atome a fourni jusqu’ici aux Français une énergie compétitive et pourvoyeuse d’emplois. Très peu carboné, il peut en outre contribuer, à sa mesure, à la lutte contre le dérèglement climatique. Pour autant, il importe de mettre dans la balance le fardeau des déchets radioactifs, d’autant plus qu’il existe aujourd’hui des filières d’énergie renouvelable de plus en plus performantes.

L’exécutif a repoussé de 2025 à 2035 l’échéance à laquelle la part de l’électricité d’origine nucléaire doit être ramenée à 50 % (contre 75 % aujourd’hui), laissant la porte ouverte à la construction d’un nouveau parc de réacteurs qui engagerait de nouveau la France pour au moins un siècle. Mais l’État ne saurait se dispenser de prendre en compte, dans les arbitrages à venir, le problème de déchets dont l’échelle de temps excède de beaucoup celle des gouvernements. Le débat public organisé d’avril à septembre est important. Il n’est que consultatif, mais, plus la participation citoyenne sera large, plus il pèsera sur les futures décisions.

Par Le Monde, publié le 8 mars à 12h28

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/08/un-debat-salutaire-sur-les-dechets-nucleaires_5433260_3232.html

Mar 09

LE COMBAT DE BEATRICE FIHN POUR L’ABOLITION DES ARMES NUCLÉAIRES

Il y a un an, Beatrice Fihn, directrice exécutive de l’ONG ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires), organisation lauréate du prix Nobel, se trouvait à Nagasaki, au Japon, lorsqu’une alerte annonçant l’arrivée d’un missile balistique a semé la panique à Hawaï.

C’était une fausse alerte, qui s’est avérée résulter d’une erreur humaine. Mais pour Beatrice Fihn, cet événement est venu rappeler de façon saisissante que, plus de 70 ans après la destruction de Nagasaki par une bombe atomique, la menace de guerre nucléaire était toujours aussi présente.

Dans son discours de réception du prix Nobel de la paix 2017 au nom d’ICAN, coalition qui rassemble des centaines d’organisations locales, Beatrice Fihn a émis une mise en garde, soulignant que le risque de l’utilisation d’armes nucléaire était encore plus grand aujourd’hui qu’à la fin de la guerre froide. Beatrice Fihn a cité le terrorisme, l’augmentation du nombre de pays détenteurs de l’arme nucléaire et la cyberguerre comme autant de facteurs accroissant l’insécurité.

« Les gens étaient terrifiés, et à juste titre, a déclaré Beatrice Fihn, évoquant la panique qui avait envahi Hawaï, dont la population était déjà tendue en raison des dissensions croissantes entre les États-Unis et la Corée du Nord. Avec la crise entre l’Amérique et la Corée du Nord, Hawaï est devenue une cible. Les gens se demandaient quoi faire des 20 dernières minutes de leur vie. »

Les organisations de défense des droits humains telles qu’Amnesty International considèrent depuis longtemps que les armes nucléaires sont les armes les plus inhumaines, les plus destructrices et les plus aveugles jamais créées, et soutiennent les travaux d’ICAN.

Depuis plus de 10 ans, Beatrice Fihn, militante suédoise, aujourd’hui âgée de 36 ans, se bat pour l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires. Elle évoque sans détour les préjugés auxquels elle est confrontée, étant l’une des rares figures féminines de ce secteur dominé par les hommes.

« Il est parfois difficile d’être une femme dans ce domaine », a-t-elle déclaré.

« Il est courant d’être considérée comme naïve quand on propose des solutions. Cela vient d’une perception très sexuée des bombardements et de la guerre. »

« Le fait de prendre ce qu’on veut est vu comme quelque chose de très masculin, de positif, d’admirable. La recherche du compromis, en revanche, est perçue comme une stratégie faible, féminine. Il est extrêmement important qu’il y ait plus de femmes aux postes de pouvoir et que le caractère sexué de ces vues soit remis en cause. »

Une « grande bombe sale »

Beatrice Fihn a grandi à Göteborg, où elle s’est toujours intéressée à la politique et aux affaires internationales. Plus tard, elle a fait un stage pour l’une des organisations membres d’ICAN, la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, à Genève, où elle a assisté à des réunions des Nations unies et suivi les débats entre la Russie, les États-Unis et la Chine sur les armes nucléaires.

« La campagne [pour l’abolition des armes nucléaires] m’a vraiment enthousiasmée, et j’ai été intéressée par l’idée de faire évoluer les dynamiques de pouvoir et d’interpeller les pays les plus puissants du monde », a-t-elle déclaré.

Dans le monde, neuf États sont dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. À eux tous, ils possèdent environ 15 000 armes nucléaires, capables de provoquer des destructions d’une ampleur catastrophique.

Les États-Unis, qui ont été le premier pays à élaborer des armes nucléaires, et la Russie, qui a été le deuxième, disposent d’environ 1 800 armes nucléaires en état de haute alerte, c’est-à-dire prêtes à être lancées dans les minutes qui suivent une alerte. La plupart de ces armes sont beaucoup plus puissantes que les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945.

Beatrice Fihn pense que les responsables politiques et le grand public n’ont pas suffisamment conscience du fait que ces armes pourraient anéantir des millions de vies en quelques minutes, et ne devraient pas servir d’instruments pour les jeux de pouvoir des États.

Le pouvoir des gens ordinaires

Le moment dont Beatrice Fihn est sans doute le plus fière depuis son arrivée à la tête d’ICAN, en 2013, est l’adoption par l’ONU du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, en juillet 2017. Point culminant de nombreuses années de mobilisation, le traité compte actuellement 70 signataires et 21 États parties. Il entrera en vigueur 90 jours après avoir été ratifié par 50 pays.

« L’adoption du traité a été un moment extraordinaire. Il y avait tellement de gens qui pensaient que cela ne se ferait pas. », a déclaré Beatrice Fihn.

« Nous nous sommes attachés à un projet auquel certains des pays les plus puissants étaient fermement opposés et auquel ils voulaient mettre un point d’arrêt. Et pourtant, nous avons réussi à obtenir un traité. »

Beatrice Fihn attribue ce succès étonnant aux gens ordinaires, aux groupes militants et aux ONG qui se sont mobilisés.

Beatrice Fihn a souligné l’importance d’organisations telles qu’Amnesty International pour contrer les attaques lancées par des « intérêts nationalistes » contre les droits humains, le droit humanitaire et les institutions internationales, comme le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

« Les organisations comme Amnesty International et ICAN doivent se saisir de cette occasion pour mener un travail de campagne et user de leur influence. Tout ce que nous faisons en tant que société civile peut avoir un impact et façonner la société. Des organisations comme Amnesty International doivent être renforcées, car c’est ainsi que nous ferons face aux menaces auxquelles nous sommes confrontés. »

Cet article a initialement été publié par The Lily.

Publié le 7 mars 2019 sur le site : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2019/03/beatrice-fihns-fight-to-abolish-nuclear-weapons/

Mar 09

CATASTROPHE NUCLÉAIRE DE FUKUSHIMA : LES DROITS BAFOUÉS

Huit ans après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, un rapport de Greenpeace Japon dénonce les violations des droits humains de la part du gouvernement japonais. Celui-ci fait appel à des travailleurs sous-payés et non protégés pour décontaminer des zones radioactives et lève des ordres d’évacuation malgré des niveaux de radioactivité très élevés, au mépris des risques sanitaires et des recommandations internationales. La crise sanitaire et humaine qui frappe le Japon est loin d’être terminée.

Des employés sous-payés et mal protégés face aux radiations

L’enquête menée par Greenpeace Japon dans les zones de décontamination autour de Fukushima est édifiante : les travailleurs et travailleuses en charge de décontaminer des zones où le gouvernement veut réinstaller des familles, interviennent dans des conditions inacceptables. « Dans des zones où certain-es de ces employé-es opèrent, les niveaux de radiation enregistrées auraient déclenché une procédure d’urgence s’ils avaient été relevés à l’intérieur d’une installation nucléaire, s’alarme Shaun Burnie, expert en nucléaire pour Greenpeace Allemagne. Ces employé-es n’ont reçu quasiment aucune formation en radioprotection, sont sous-payé-es, exposé-es à des niveaux élevés de radiation et risquent de perdre leur emploi s’ils parlent. Les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur les droits humains ont raison de mettre en garde le Japon sur ces risques et violations. »

L’ONU dénonce des « conditions de travail risquées »

En août 2018, un groupe d’experts des Nations unies appelaient déjà le gouvernement japonais à prendre des mesures urgentes pour assurer la protection de ces travailleur-euses du nucléaire, dont beaucoup sont des migrant-es, demandeur-ses d’asile et sans-abris. Ces rapporteurs onusiens se disaient « profondément préoccupés par le fait que [ces employé-es] seraient exploités en n’étant pas informés des risques d’exposition aux rayonnements, qu’ils seraient forcés d’accepter des conditions de travail dangereuses en raison des difficultés économiques et par le caractère inadéquat des mesures de formation et de protection ». Des « préoccupations » confirmées ces derniers mois par l’enquête menée sur place par Greenpeace Japon : recrutement de personnes en difficulté, absence de formation appropriée, falsification d’identité et de certificats médicaux, enregistrements officiels non fiables, interventions dans un environnement fortement radioactif…

Risque nucléaire et traitement inhumain

« Une personne comparait cela à de l’esclavage, raconte un ancien travailleur de décontamination nucléaire, Minoru Ikeda, qui a témoigné pour le rapport de Greenpeace Japon. Je veux faire savoir au monde ce qui est en train de se passer. Je veux appeler le gouvernement japonais à respecter la santé des travailleurs, à arrêter d’envoyer des gens pour occuper ces emplois dangereux, et à apporter un soutien approprié à ces travailleuses et travailleurs. »

L’évacuation levée malgré des taux de radioactivité élevés

Ces opérations de « décontamination » vont de pair avec une levée des ordres d’évacuation et un encouragement au retour des personnes qui avaient été évacuées au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Or, les niveaux de radioactivité relevés dans la zone d’exclusion et dans les zones de Namie et Iitate où l’ordre d’évacuation a été levé montrent que les risques pour le public sont encore importants, et plus particulièrement pour les enfants, davantage sensibles à la radioactivité. Les niveaux enregistrés sont cinq à cent fois supérieurs aux recommandations internationales maximales et ils le resteront pendant plusieurs décennies encore.

Une présentation biaisée des risques à Fukushima

« Dans son rapport remis aux Nations unies, le gouvernement donne délibérément une image fausse de l’échelle, de la complexité et des risques de radiation dans les zones autour de Fukushima », dénonce Kazue Suzuki, chargée de campagne Energie de Greenpeace Japon, qui déplore aussi le mépris des autorités pour les questions de bien-être et de santé des enfants. Les recommandations du Comité des Nations unies sur les droits des enfants, publiées début février 2019, si elles avaient été suivies, auraient dû conduire le gouvernement japonais à cesser de lever les ordres d’évacuation, à proposer des compensations totales aux personnes évacuées et à respecter pleinement les droits humains de ces personnes et des travailleurs-euses. Le 11 mars 2019, huit ans jours pour jour après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, on est très loin du compte…

Article publié le 8 mars 2019 sur le site: https://www.greenpeace.fr/catastrophe-nucleaire-fukushima-droits-travailleurs-enfants/

Mar 08

FUKUSHIMA: DES ÉVACUÉS REFUSENT DE JOUER LE JEU DES « JO DE LA RECONSTRUCTION »

Tokyo – « Tokyo 2020: JO de la reconstruction », clame le gouvernement japonais, mais huit ans après le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima, les habitants qui ont fui ne sont pas tous disposés à rentrer, même si les autorités les y poussent.

Pour le Premier ministre Shinzo Abe, l’événement sportif international est l’occasion de montrer au monde la santé recouvrée de la région dévastée par le raz-de-marée meurtrier (plus de 18.500 morts) et le désastre atomique du 11 mars 2011. 

Mais pour la citoyenne Kazuko Nihei, qui a fui sa maison de la ville de Fukushima (à environ 70 km de la centrale) avec ses deux filles, pas question de rentrer, JO ou non, même si les subventions gouvernementales qu’elle recevait ont été coupées.  

« Je ne vacille pas du tout« , dit cette femme à l’AFP, rencontrée à Tokyo où elle a emménagé en 2011 avec ses enfants, aujourd’hui âgés de 11 et 9 ans. 

– « Volontaires » – 

À la suite d’explosions dans la centrale Fukushima Daichi qui ont entraîné des rejets massifs de substances radioactives, le gouvernement avait ordonné l’évacuation d’une vaste zone alentour peuplée de plus de 140.000 personnes. 

Mais des habitants de localités limitrophes, officiellement non concernés par ces injonctions, ont aussi décidé de partir, dont Mme Nihei. Son mari et ses beaux-parents sont restés à Fukushima, avec tous les préjudices moraux et financiers qu’occasionne une soudaine séparation dans de telles conditions tragiques. 

« Aujourd’hui, toute mon énergie passe dans le travail« , assure Mme Nihei, qui trime sept jours sur sept pour nourrir sa famille.  

Pendant six ans, elle a bénéficié d’un logement payé grâce aux subventions gouvernementales, mais le soutien accordé aux évacués que les autorités appellent « volontaires » a pris fin en mars 2017.  

Elle a déménagé dans un autre logement et peine à débourser les 130.000 yens (un peu plus de 1.000 euros) de loyer mensuel.  

La vie est dure, les fins de mois difficiles, mais elle préfère cela au retour à Fukushima, même si l’État certifie que la zone est sûre.  

Cette mère s’inquiète « pour la santé des enfants, qu’il s’agisse d’un risque accru de cancer ou de conséquences génétiques« .  

« Si on avait droit à un bilan de santé annuel complet, je pourrais envisager de rentrer, mais ce qui est proposé actuellement ne suffit pas, cela ne concerne que le dépistage du cancer de la thyroïde« , précise-t-elle. 

Le gouvernement japonais a lancé un ambitieux programme de décontamination des routes, des champs, des aires de jeu, des bâtiments et de leurs alentours (le reste, essentiellement des forêts, est impossible à assainir) et, jugeant la tâche accomplie, les ordres d’évacuation ont été levés dans la majeure partie de la région sinistrée. 

– Coûteux JO – 

Mais cette politique est loin d’avoir convaincu l’opinion: un sondage réalisé en février par le quotidien Asahi Shimbun et la TV de Fukushima, KFB, a révélé que 60% des habitants de la région craignaient toujours les radiations.  

Une partie du doute vient de la décision de relever le niveau acceptable d’exposition aux rayonnements. Originellement de 1 millisievert (mSv) par an, il a été porté à 20 mSv/an, équivalent à celui autorisé pour les travailleurs des installations nucléaires. 

L’argument: même un tel niveau d’exposition entraîne des risques de cancer beaucoup plus faibles que le tabagisme ou l’obésité. Il est « comparable » au risque dû au stress résultant de l’évacuation, argue encore l’État.  

La Commission internationale de protection radiologique fixe une dose maximale de 1 mSv/an en situation normale et une fourchette de 1 à 20 mSv/an en situation post-accidentelle (qui ne doit pas s’éterniser). Or, la radioactivité actuelle va durer des décennies selon les experts et, insistent des ONG comme Greenpeace, on ne peut exposer quelqu’un à de telles doses sur une aussi longue période. 

Malgré l’incertitude, la préfecture de Fukushima prévoit de stopper toutes les subventions au logement d’ici la fin du mois de mars 2021, ce qui revient à forcer le retour de personnes dans leur maison désertée parce qu’elles n’ont plus les moyens de vivre ailleurs. 

« Nous craignons que les réductions de subventions ne provoquent (…) des suicides et ne jettent des individus à la rue, faute de travail disponible et lucratif dans la région« , s’insurge Daisaku Seto, secrétaire général du Centre de coopération pour le 11 mars 2011, une ONG qui soutient les personnes évacuées.  

Ces dernières veulent souvent au moins attendre que leurs enfants soient adultes avant de rentrer, « mais c’est le gouvernement qui arbitrairement fixe le délai« , dénonce-t-il.  

Pourquoi investir de l’argent dans les préparatifs olympiques – des épreuves de baseball seront organisées dans la région – au lieu de maintenir les subventions pour tous les réfugiés de Fukushima, s’interroge Noriko Matsumoto, 57 ans, partie en 2011 avec sa fille de Koriyama (préfecture de Fukushima). 

« Je pense qu’il y a d’autres choses à faire avant d’accueillir les JO. » 

Par AFP, publié le 08/03/2019 à 11h28 , mis à jour à 13h17

https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/fukushima-des-evacues-refusent-de-jouer-le-jeu-des-jo-de-la-reconstruction_2066012.html

Mar 08

FUKUSHIMA, 8 ANS DE CATASTROPHE : MOBILISATIONS PARTOUT EN FRANCE POUR REFUSER UN ACCIDENT MAJEUR

Le 11 mars 2019 sera le 8ème anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima. À cette occasion, des événements auront lieu partout en France, notamment à l’initiative de ressortissants japonais, pour rappeler que la catastrophe se poursuit.

À l’occasion de ce triste anniversaire, nous rappelons que le souhait d’EDF et des autorités françaises de prolonger la durée de fonctionnement du parc nucléaire prépare les conditions pour un accident en France.

Fukushima : la catastrophe dure depuis huit ans

Le 11 mars 2011, le Japon était frappé par un accident nucléaire majeur. Huit ans après, la catastrophe continue à se déployer. À la centrale de Fukushima Daiichi, la situation n’est toujours pas maîtrisée et il est question de rejeter plus d’un million de tonnes d’eau radioactive dans l’océan. Plus de 200 cancers de la thyroïde ont déjà été diagnostiqués chez des enfants et adolescents, alors que cette pathologie est rarissime chez eux. La « décontamination » engagée après 2011 s’avère illusoire et les particules radioactives rejetées lors de l’accident resteront présentes dans les sols pendant des siècles.

Pourtant, les autorités japonaises, prétendant tourner la page, pratiquent le déni. 2400 balises de mesure de la radioactivité pourraient être retirées. Les familles qui ont quitté la région de Fukushima vont voir leurs aides financières supprimées et sont incitées à revenir vivre sur des territoires où la contamination radioactive est importante. Des épreuves des J.O. de 2020 sont même prévues dans des zones contaminées.

Des événements et témoignages contre le déni

Pour rappeler que la catastrophe est toujours en cours et qu’un accident pourrait aussi avoir lieu dans notre pays, des actions seront organisées partout en France autour du 11 mars. De nombreux rassemblements auront lieu, notamment à Paris où musiques traditionnelles, minute de silence et prises de paroles se succèderont.

Par ailleurs, pendant près d’un mois, de nombreux événements se tiendront, à l’initiative des associations de ressortissants japonais Écho-Échanges, Yosomono-net et Nos Voisins Lointains (Plus d’informations ici). Après la tournée d’avant-premières en février, en présence de Naoto Kan, ancien Premier Ministre japonais, de nombreuses projections du film Fukushima, le couvercle du soleil seront organisées, suivies de débats avec le réalisateur. Par ailleurs, des mères de famille réfugiées de la région de Fukushima, parfois accompagnées de leurs enfants, viendront témoigner de leur situation à l’occasion d’événements en Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. Enfin, Tetsuji Imanaka, chercheur en radioécologie à l’université de Kyoto, s’exprimera lors de plusieurs conférences.

Évitons un accident en France, sortons du nucléaire !

Ces événements sont l’occasion de rappeler que la France n’est pas à l’abri d’un accident nucléaire majeur. Bien au contraire : en cédant face à EDF et en acceptant la prolongation de la quasi-totalité des réacteurs jusqu’à 50 ans de fonctionnement et plus, le gouvernement a accru les risques qui pèsent sur la population.

Faut-il rappeler que de nombreux équipements non remplaçables arrivent en fin de vie sur les centrales et usines ? Qu’EDF n’est pas à même de garantir une maintenance correcte de ses installations et qu’elle ne dispose ni des moyens financiers, ni des compétences pour entreprendre des travaux lourds et inédits ? La prolongation imposée par EDF et acceptée par le gouvernement promet un nucléaire low-cost, encore plus dangereux.

Comme l’a rappelé l’ancien Premier Ministre japonais Naoto Kan lors de sa dernière visite en France – dont il a profité pour signer la pétition pour la fermeture des réacteurs du Bugey – , le seul moyen fiable d’éviter un accident est la sortie du nucléaire. Il est urgent que la France sorte de l’impasse atomique pour se tourner vers une transition énergétique digne de ce nom !

Consultez ce dossier pour plus d’informations sur la situation à Fukushima et les événements franco-japonais organisés ce printemps.

Retrouvez toutes les informations sur les rassemblements autour du 11 mars : https://www.sortirdunucleaire.org/Mobilisations-de-printemps-2019

À Paris, le rassemblement aura lieu place de la Bataille de Stalingrad (75019), à partir de 14h30. Au programme : musiques traditionnelles, minute de silence, prises de parole… Plus d’informations

Contacts presse :

Pour plus d’informations sur les rassemblements :

Julien Baldassara – 07 60 15 01 23

Sur la situation au Japon :

Kolin Kobayashi (association Écho-Echanges) – 06 64 96 08 48

Yûki Takahata (association Yosomono-net) – 06 84 07 03 45

Retrouvez ce communiqué sur le site : https://www.sortirdunucleaire.org/Fukushima-8-ans-de-catastrophe-Mobilisations

Mar 08

FUITE DE TRITIUM AU TRICASTIN EN 2013 : LES VRAIS ENJEUX DU PROCÈS

Une audience au tribunal de Valence a eu lieu jeudi 7 mars pour connaître l’ampleur de la fuite de tritium en 2013 à la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme). Derrière ce procès, l’ensemble du parc nucléaire français pourrait être concerné.

L’audience a duré près de 2h30 à Valence, jeudi 7 mars, avec une très forte présence d’EDF représenté par les 2 directeurs successifs de la centrale du Tricastin, le responsable juridique de l’opérateur et plusieurs ingénieurs.  

Quelle dangerosité du tritium ?

Selon EDF, le tritium serait un élément « inoffensif » pour la santé à faible dose. L’avocat a expliqué à l’audience que 2 ou 3 Becquerels par litre ressemblait à de l’eau pétillante.

Mais Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Criirad, cité par les parties civiles comme témoin, conteste. « Il n’y a pas de seuil d’innocuité en terme de radioactivité. Le tritium présente une dangerosité certaine. L’hydrogène radioactif provoque des dommages à l’ADN même à faible dose.« 

Un retard après la découverte de la fuite ?

Le 6 août 2013, EDF a déclaré une fuite de tritium à l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Un incident classé « intéressant » mais sans gravité selon l’opérateur. La fuite venait d’un joint défectueux entre le réacteur numéro 3 et un bâtiment voisin. La découverte a eu lieu quand des employés ont retrouvé des flaques d’eau suspectes dans ce bâtiment. Les joints défectueux ont depuis été changés.

Mais pour le Réseau Sortir du Nucléaire, la fuite de tritium au Tricastin a eu lieu près d’un mois avant, le 8 juillet, ce qui représenterait un grave retard. 

Quant aux causes précises de cette fuite, elles restent encore aujourd’hui inconnues.

Quelle pollution à l’extérieur du site ?

EDF a toujours déclaré que la fuite avait été contenue à l’intérieur de l’enceinte géotechnique, c’est-à-dire à l’intérieur de parois en béton de 12 mètres construites sous terre pour enfermer la partie de nappe qui se trouve sous les réacteurs. A l’audience, l’opérateur a confirmé une nouvelle fois que la pollution n’avait pas été en contact avec l’extérieur, la fuite étant restée dans le confinement en béton. 

Mais Bruno Chareyron a précisé que le béton ne peut pas retenir le tritium: de la radioactivité a forcément pu s’échapper, notamment dans les eaux d’irrigation. 

Le tritium est l’un des isotopes de l’hydrogène. Les centrales nucléaires en produisent toutes, en quantité, avec des rejets autorisés selon la réglementation.

Quelle pollution réelle ?

EDF a présenté des mesures de 180 Becquerels / litre, au niveau d’un piézomètre (instrument qui mesure la perssion des liquides), le numéro 26.

Or, selon le réseau Sortir du Nucléaire, d’autres piézomètres ont mesuré des taux de radioactivité bien supérieurs, notamment au niveau du radier (la plate-forme de béton sur laquelle repose la centrale): jusqu’à 690 Becquerels / litre. 

La fuite de tritium aurait été pompée par EDF puis rejetée dans un canal pour que la pollution se dilue naturellement. Pour l’OMS l’eau potable devient dangereuse à partir de 10.000 Becquerels / litre, et la norme de qualité est fixée à 100 Becquerels / litre.

Un enjeu crucial pour l’ensemble du parc nucléaire français

Selon le réseau Sortir du Nucléaire, l’enjeu serait bien supérieur à un simple évènement anecdotique: « On n’est pas étonnés. Les effets du tritium ont toujours été minimisés par EDF. Car toutes les centrales nucléaires sont concernées. Reconnaître que cette fuite était une pollution, ce serait s’engager à des travaux colossaux pour que tout le tritium soit retenu dans tous les sites français.« 

Le tribunal de Valence rendra son jugement le 19 mars à 13h30.

Par Renaud Gardette, publié le 08/03/2019 à 11h39, mis à jour le 08/03/2019 à 13h47

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/drome/valence/fuite-tritium-au-tricastin-2013-vrais-enjeux-du-proces-1635090.html

Mar 08

LA FRANCE FACE AU FARDEAU DES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Dans l’Aube, deux centres de stockage accueillent 90 % des résidus radioactifs produits chaque année dans l’Hexagone. L’un approche de la saturation, et pour certains déchets il n’existe pas encore de solution.

Un glacis de givre recouvre la campagne, comme un grand linceul. Au milieu d’une forêt épaisse, une esplanade dénudée, clôturée de grilles. Ici, au centre de stockage de l’Aube de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), sur la petite commune de Soulaines-Dhuys, sont ensevelis les résidus de faible et moyenne activité issus de l’exploitation des installations nucléaires françaises. Ils sont appelés « à vie courte » dans le jargon de la filière, mais resteront tout de même radioactifs pendant plusieurs siècles.

Dans cette enclave au strict ordonnancement, où toutes les opérations obéissent à des procédures bien rodées, les polémiques entourant les déchets radioactifs, objet du premier grand débat national qui leur sera consacré entre avril et septembre, semblent d’un autre monde.

Ici, ainsi que sur le site voisin de Morvilliers, sont pourtant stockés 90 % des déchets radioactifs produits chaque année dans l’Hexagone. Chaque jour, six camions déchargent leur lot de matériel contaminé – outils, combinaisons, gants, chaussures… – provenant des réacteurs d’EDF, des centres de recherche du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et des usines d’Orano (ex-Areva).

Tous sont déjà conditionnés dans des fûts métalliques ou des coques en béton. À leur arrivée, ils sont identifiés par un code-barres gardant la trace de leur contenu, de leur provenance et de leur localisation sur le site. Ils sont ensuite empilés, par strates, dans de gros cubes de béton armé, de 25 mètres de côté et de 8 mètres de hauteur, aux murs épais de près d’un demi-mètre. Une fois remplis, ces silos sont obturés par une dalle de béton qui, à terme, sera elle-même recouverte d’une couche d’argile végétalisée.

« Protéger les hommes et l’environnement »

Quelque 140 casemates, alignées au cordeau, occupent déjà le site de 95 hectares, prévu pour en accueillir 420 à l’horizon 2060 ou 2070. Le centre abritera alors 1 million de mètres cubes (m3) de déchets – sa capacité maximale –, trois fois plus qu’aujourd’hui. Pendant trois cents ans encore, le temps que la radioactivité décroisse suffisamment pour écarter tout risque, il devra rester sous surveillance. Pour l’heure, indique l’Andra, plus de 10 000 analyses sont effectuées chaque année pour vérifier l’absence de contamination de l’air, de la faune, de la flore et des eaux souterraines, un réseau de galeries courant aussi en sous-sol pour recueillir les eaux d’infiltration.

Mis en service en 1992 pour succéder au site historique de Digulleville (Manche) arrivé à saturation (plus de 500 000 m3 de déchets y ont été déposés), le centre de Soulaines-Dhuys est l’un des deux seuls exploités en France, avec le centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage de Morvilliers, lui aussi dans l’Aube, à 2 kilomètres à vol d’oiseau du premier.

« Les modes de gestion varient selon la nature des déchets. Mais le but reste le même : protéger les hommes et l’environnement, aujourd’hui et demain », affirme Patrick Torres, directeur des opérations industrielles de l’Andra.

À Morvilliers, en effet, sont centralisés, sur 46 hectares, d’autres résidus, de très faible activité : gravats, terre, ferraille, provenant du démantèlement d’installations nucléaires ou de l’assainissement de sites pollués. Pas d’ouvrage en béton ici, mais des tranchées de 200 mètres de long creusées dans la terre. Une fois emplie de colis compactés, chaque alvéole est comblée par du sable, puis recouverte d’une membrane plastique étanche, une couche d’argile renforçant enfin l’imperméabilité du stockage. La trentaine d’alvéoles prévues, dont la moitié sont déjà pleines, resteront sous surveillance pendant trente ans seulement, compte tenu du faible niveau de contamination.

Investigations géologiques

Si le centre de Soulaines-Dhuys pourra être exploité pendant encore un demi-siècle, celui de Morvilliers, en revanche, sera saturé entre 2025 et 2030 : sa capacité de 650 000 m3 est déjà utilisée à plus de 50 %. Une « optimisation » du stockage, avec des alvéoles doubles, plus profondes ou surélevées, devrait permettre de passer à 900 000 m3 et de gagner quelques années, indique Patrick Torres. Mais une nouvelle installation sera ensuite nécessaire, sans doute à proximité des deux centres actuels.

Car, dans les années à venir, le démantèlement progressif des cinquante-huit réacteurs du parc nucléaire national – inéluctable, même s’ils sont remplacés par de nouvelles centrales – va générer d’énormes quantités de déchets de très faible activité. Selon les calculs de l’Andra, leur volume atteindra entre 2,1 et 2,3 millions de m3 (y compris ceux déjà produits), selon que les réacteurs seront arrêtés au bout de quarante, cinquante ou soixante ans de fonctionnement. C’est plus de trois fois la capacité actuelle du site de Morvilliers.

Ce n’est pas le seul défi auquel va être confrontée la France. À ce jour, il n’existe aucun débouché pour une autre catégorie de déchets : ceux de faible activité mais à vie longue – plus de trois cents ans. Il s’agit de déchets anciens, comme le graphite utilisé jusque dans les années 1990 pour les réacteurs de première génération (Bugey 1 dans l’Ain, Chinon A1, A2 et A3 en Indre-et-Loire, Saint-Laurent A1 et A2 dans le Loir-et-Cher), les déchets radifères (contenant du radium) provenant du traitement de minerais et de la décontamination de sites pollués, ou encore de produits conditionnés dans du bitume.

Fin 2016, leur volume s’élevait à 90 000 m3, disséminés sur une dizaine de sites. Un centre de stockage spécial à faible profondeur devra leur être consacré, là encore, prévoit l’Andra, au voisinage de Soulaines-Dhuys, où des investigations géologiques doivent être menées.

Bure, centre de stockage très contesté

Reste les déchets de haute activité ou de moyenne activité à vie longue, soit des centaines de milliers d’années, issus pour l’essentiel du retraitement des combustibles usés. En volume relativement faible – 3 % de l’ensemble des résidus nucléaires –, ils sont pourtant les plus dangereux : 99,8 % de la radioactivité totale, aux effets potentiellement très dangereux pour la santé et l’environnement.

Ceux-là sont destinés à être enfouis à 500 mètres sous terre, dans le sous-sol de la commune meusienne de Bure (Meuse). Le très contesté Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) devrait entrer en service en 2026 ou 2027, avec une phase d’essais de dix ans.

Selon le dernier inventaire de l’Andra, la France possédait au total, fin 2016, un stock de 1,5 million de m3 de déchets radioactifs. Au terme du fonctionnement et du démantèlement du parc de réacteurs actuel, EPR de Flamanville (Manche) compris, il aura été multiplié par trois ou par quatre. Sans compter les déchets que générerait, à l’avenir, un nouveau parc nucléaire, dont la construction est aujourd’hui en débat.

Par Pierre Le Hir, publié le 8 mars à 06h31, mis à jour à 07h19

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/03/08/la-france-face-au-fardeau-des-dechets-nucleaires_5433029_3244.html

Mar 08

LA VÉRITÉ SUR LES PROJETS NUCLÉAIRES D’EDF

L’entreprise publique achète discrètement des terres autour d’une quinzaine de centrales nucléaires pour accueillir de nouvelles installations.

L’agriculteur qui, en cette fin février printanière, laboure son champ, à l’ombre de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher), ignore encore qu’en ce lieu seront bientôt construites deux piscines d’environ 50 mètres de long et d’au moins 11 mètres de profondeur. Ces deux bassins, uniques en France, permettront de stocker, en rayonnage vertical, pas moins de 10.000 tonnes de déchets nucléaires provenant de tous les gros réacteurs de France. EDF a trouvé le lieu idéal pour construire cette piscine d’entreposage : « Ce site est stratégique, il est situé en plein centre de la France et le réseau ferré proche faciliterait le transport des déchets dangereux« , explique Catherine Fumé, de l’association Sortir du nucléaire, qui a pu consulter une partie du document qu’EDF a transmis pour avis à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). « Il y a bien un projet d’entreposage de déchets nucléaires, confirme Perrine Goulet, députée LREM de la Nièvre, Belleville fait partie des options sérieuses et la réserve foncière de la centrale, notamment, est un argument.« 

Ici, pas trop besoin de négocier avec les agriculteurs, EDF est déjà un gros propriétaire. Mais le dossier est délicat. Personne n’est prêt à accueillir cette décharge radioactive. Le maire de la commune voisine de Sury-sur-Léré, Pascal Viguié, est catégorique : « Je suis prêt à examiner l’installation de nouveaux réacteurs, mais pas la piscine. » À EDF aussi, le sujet est sensible. Pas question d’ameuter des foules d’écologistes et de zadistes autour de ce projet. Dans la campagne, les premières banderoles fleurissent déjà. Le projet de Belleville n’est pas confirmé, mais pas démenti non plus. « Nous rendrons public en 2020 le lieu d’entreposage, une fois terminé le débat public prévu dans le cadre du plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs« , explique EDF.

La Safer mandatée

Pour installer cette piscine, mais aussi et surtout pour renouveler son parc de réacteurs vieillissants et respecter les engagements pris par l’État dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE, lire encadré ci-dessous), EDF a besoin de place. Depuis six mois, le groupe public a donc lancé une vaste campagne de rachat de terres agricoles autour de ses sites. Pas moins de seize centrales nucléaires, soit la quasi-totalité du parc actuel, sont concernées. Les projets futurs ne sont pas encore dévoilés, mais les besoins fonciers sont déjà chiffrés. Si bien que se profile peu à peu la future carte de France du nucléaire. « Nous avons lancé ce programme foncier afin de couvrir nos besoins futurs, confirme Philippe Sasseigne, directeur exécutif en charge de la direction du parc nucléaire et thermique d’EDF. Ces rachats de terres doivent nous permettre de mener à bien nos éventuels projets de démantèlement ou de poursuivre nos activités de production décarbonée.« 

EDF a mandaté la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) pour piloter les négociations avec les agriculteurs. « Notre objectif est de perdre le moins de terres cultivables possible, avance Emmanuel Hyest, son président. La France abandonne 50.000 hectares de terres cultivables par an, tandis que l’Europe doit désormais importer l’équivalent de 35 millions d’hectares de terres en produits agricoles chaque année. » La Safer annonce vouloir privilégier les échanges de terres et éviter surtout que ces projets, qui feront l’objet d’une déclaration d’utilité publique, conduisent à des expropriations massives d’agriculteurs. « Est-ce vraiment le rôle de la Safer d’aider EDF à racheter des terres nourricières ? Pourquoi le faire en catimini ? Pourquoi la Safer refuse de rendre publique sa convention avec EDF ?« , interroge Catherine Fumé, qui a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs pour exiger ce document.

D’une centrale à l’autre, les besoins d’EDF sont variables : au Bugey (Ain), l’électricien est très gourmand puisqu’il a besoin de 400 hectares, contre 116 à Saint-Laurent-Nouan (Loir-et-Cher), 120 à Chinon (Indre-et-Loire), 140 à Belleville-sur-Loire et 150 à Penly (Seine-Maritime). C’est au Bugey que les projets sont les plus avancés. EDF est très motivé et prêt à y mettre le prix. « On nous a proposé, fin novembre, lors de rendez-vous individuels, de nous racheter nos terres à 20.000 euros l’hectare« , confirme un agriculteur. Soit cinq fois le prix du marché. À ce tarif, l’électricien espère bien faire craquer les propriétaires fonciers non exploitants. Avec 400 hectares, le site multipliera par quatre sa surface actuelle.

Opposition des agriculteurs

Si, au siège d’EDF, on refuse de préciser la finalité de ces rachats, localement la direction de la centrale est plus loquace. « Nos deux réacteurs seront arrêtés en 2028 et 2035, il va falloir de la place pour gérer leur déconstruction« , explique Pierre Boyer, le directeur du site, avant d’avancer des pistes très concrètes : « Il faut dès maintenant penser à l’après, avec 50 à 60 ans de durée de vie, l’enjeu est de pouvoir construire des EPR, annonce-t-il au Dauphiné. C’est le moyen le plus sûr au monde par sa conception, ça marche très bien en Chine, Bugey est candidate, mais la décision revient à l’État. »

Dans le Centre-Val de Loire, les négociations avec les agriculteurs ont mal commencé. « Nous avons reçu une lettre de la Safer pour nous demander si nous étions vendeurs, sans jamais nous préciser le projet« , s’emporte Yves-Marie Hahusseau, propriétaire exploitant au pied de la centrale de Saint-Laurent-Nouan, qui compte bien confier sa ferme dans deux ans à son fils. « Si EDF nous exproprie, ce sera la guerre« , prévient de son côté Florian Perrin, 23 ans qui vient de reprendre l’exploitation familiale. La zone convoitée par EDF est non seulement inondable, mais située à moins d’un kilomètre des premières habitations. Ce qui conduit les riverains à imaginer qu’ici EDF pourrait installer les nouveaux réacteurs, les Small Modular Reactor (SMR), plus adaptés aux étiages très sévères de la Loire l’été. EPR ou SMR, le nouvel âge du nucléaire commence.

Les besoins fonciers établis par EDF permettent de dessiner une carte du futur parc nucléaire français. (Corine Poulard)

Une programmation à vingt ans.

C’est un texte clé qui livre les orientations de la politique énergétique pour les années à venir. Fin janvier, le ministre François de Rugy a rendu public le document de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Il prévoit notamment une baisse de la consommation d’énergies fossiles et le report à 2035 (contre 2025 envisagé sous François Hollande) de la baisse de la part du nucléaire à 50 %. En plus de Fessenheim, dont la fermeture est confirmée pour 2020, la PPE prévoit deux fermetures en 2027 et 2028 et deux autres en 2025 et 2026, à décider fin 2022. La PPE prévoit également d’augmenter le parc des éoliennes terrestres avec 14.500 installations, contre 8.000 aujourd’hui, et de quintupler la puissance de l’énergie solaire. Objectif : atteindre 40 % d’énergies renouvelables dans la production d’électricité d’ici à 2030.

Par Thiébault Dromard, publié le 07 mars 2019 à 19h00

https://www.challenges.fr/entreprise/la-verite-sur-les-projets-nucleaires-d-edf_646658

Mar 08

QUATRIÈME RÉEXAMEN DES RÉACTEURS DE 900 MWE

La phase d’orientation

En 2014, l’IRSN a procédé à l’examen des orientations présentées par EDF pour le réexamen périodique [1] associé aux quatrièmes visites décennales (VD4) des réacteurs de 900 MWe (VD4-900).

Ce réexamen revêt un caractère exceptionnel au regard de ses enjeux. En effet, il s’agit de se prononcer sur la poursuite d’exploitation de ces réacteurs au-delà de quarante ans, ce qui correspond à la durée de vie initialement prévue pour la conception de certains ouvrages et équipements. Cet exercice doit tenir compte d’exigences de sûreté réévaluées (prise en compte des meilleures pratiques internationales ainsi que de l’évolution des connaissances et des règles applicables aux installations similaires, en particulier aux nouveaux réacteurs), du retour d’expérience d’exploitation et des dispositions post Fukushima, dont la dernière phase de réalisation coïncidera, pour les réacteurs de 900 MWe, avec leurs VD4.

Les attendus de la phase d’orientation du prochain réexamen

La phase « d’orientation » du réexamen a pour objectif d’aboutir à l’élaboration du programme de travail que devra engager EDF pour mener à bien ce réexamen.

En septembre 2010, EDF a présenté un programme de travail concernant l’extension de la durée de fonctionnement des réacteurs au-delà de quarante ans. L’IRSN a analysé ce programme et a présenté ses conclusions lors de deux réunions du groupe permanent d’experts pour les réacteurs nucléaires (GPR) en janvier 2012. Sur la base de cet examen, l’ASN a fixé en juin 2013 les objectifs à retenir pour le réexamen associé aux quatrièmes visites décennales des réacteurs de 900 MWe.

Ceux-ci concernent notamment :

  • la maîtrise de la conformité des installations à leur référentiel de sûreté et son maintien dans le temps en tenant compte des effets du vieillissement. Ceci nécessite des actions particulières d’EDF concernant, d’une part la vérification sur le terrain de la conformité des installations, avec la résorption des écarts et anomalies constatés au plus tard lors des VD4, d’autre part la connaissance des mécanismes de vieillissement, avec une attention particulière portée aux éléments non remplaçables que sont les cuves et les enceintes ;
  • l’amélioration de la sûreté des installations au regard des exigences et objectifs de sûreté retenus pour le réacteur nucléaire EPR de 3e génération en cours de construction à Flamanville. Ceci requiert des modifications pour limiter les conséquences radiologiques des accidents sans fusion du cœur, pour prévenir et limiter les conséquences des accidents avec fusion du cœur (accidents graves), pour renforcer la sûreté du combustible usé entreposé et pour renforcer la robustesse des installations en cas d’agression externe (inondations, grands chauds…).

Pour répondre à ces objectifs, EDF a présenté fin 2013 un dossier d’orientation du réexamen associé aux quatrièmes visites décennales des réacteurs de 900 MWe (VD4-900).

Analyse des orientations du réexamen associé aux VD4-900

L’IRSN a examiné les orientations présentées par EDF au regard des objectifs de l’ASN, notamment en termes de maîtrise du vieillissement ainsi que d’améliorations de la sûreté, et a présenté son expertise au GPR début avril 2015.

Lire la synthèse du rapport de l’IRSN sur le programme associé au projet d’extension de la durée de fonctionnement des réacteurs du parc en exploitation

Dans le cadre de cet examen, l’Institut a noté qu’EDF s’était engagée à démontrer sa capacité à maîtriser et à maintenir dans le temps la conformité de ses installations. L’IRSN a également souligné que le renforcement de la prévention des accidents étudiés au titre du réexamen VD4-900 ainsi que les dispositions issues des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) réalisées à la suite de l’accident de Fukushima-Daiichi permettraient d’améliorer de manière significative la robustesse des installations aux agressions extrêmes et aux situations accidentelles.

L’IRSN a estimé que les orientations du réexamen associées aux VD4-900 étaient ambitieuses et d’ampleur inédite : elles portent sur une cinquantaine de sujets techniques et visent une amélioration importante de la sûreté. Toutefois, l’IRSN a constaté que certains points nécessitaient des améliorations, notamment :

  • les contrôles proposés pour s’assurer de la conformité des installations et de son maintien dans le temps ;
  • la démarche de prise en compte, dans la démonstration de sûreté des réacteurs en exploitation, des accidents retenus à la conception du réacteur EPR de Flamanville 3 ;
  • la sûreté de l’entreposage du combustible usé dans les piscines ;
  • certaines hypothèses retenues pour l’étude des agressions (notamment les niveaux d’aléas) et l’étude des risques de collision et de chute de charge dans le bâtiment du réacteur ;
  • la prise en compte des dimensions organisationnelles et humaines lors de la conception des modifications de l’installation ou du référentiel d’exploitation ;
  • la prise en compte de l’état prévisible des combustibles en réacteur, notamment de leurs déformations attendues.

L’IRSN a également considéré que des sujets relatifs à la conception de systèmes importants pour la sûreté ou intervenant dans la maîtrise de certains risques méritaient un complément d’analyse.

Enfin, l’IRSN a estimé que l’instruction devait se poursuivre afin de statuer sur la suffisance des orientations retenues pour les risques relatifs à l’incendie et à l’explosion. L’IRSN a également considéré que la sélection des agressions externes – autres que le séisme – qui pourraient faire l’objet d’une évaluation probabiliste nécessite un examen complémentaire.

À la suite de cette expertise de l’IRSN et du positionnement de l’ASN en 2016, EDF a engagé des actions complémentaires dans le cadre du réexamen VD4-900.

Les conclusions du réexamen VD4-900 sont en cours d’expertise par l’IRSN en vue du premier déploiement des modifications matérielles et documentaires associées, sur le réacteur tête de série en juin 2019 : le réacteur n°1 de la centrale du Tricastin.

Note :

Conformément à la réglementation, EDF doit procéder, tous les dix ans, au réexamen de la sûreté de ses installations nucléaires de base.

https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-centrales-nucleaires/visites-decennales/Reexamen-900/Pages/1-reexamen-periodique-900Mwe-phase-d-orientation.aspx#.XIKCTbhCfVJ

Mar 08

QUE FAIRE DES DÉCHETS NUCLÉAIRES? (1/6)

Les déchets radioactifs ont une durée de vie très longue se comptant en millions d’années. Comment s’en débarrasser de manière respectueuse envers les générations futures ? Dans cette série de six articles, une citoyenne indépendante nous apporte ses conclusions dans ce domaine, après avoir contacté des spécialistes ou des scientifiques en Suède, aux Pays Bas, en Suisse et en France.

Les déchets radioactifs émettent des rayonnements invisibles pouvant être dangereux (ex: cancer) voire mortels. Certains d’entre eux ont une durée de vie très longue se comptant en millions d’années (1*). Les plus dangereux ont une concentration radioactive si élevée que seules des machines peuvent manipuler les conteneurs qui les contiennent (2*).

Est-ce que le stockage géologique (dans la Terre) des déchets nucléaires est une bonne idée?

À priori, c’est une idée intéressante car la roche peut être une barrière de sécurité empêchant la radioactivité de passer.

Est-ce que, la réalité est aussi simple?

Ci-dessous, je vous résume le point de vue développé dans un documentaire de Manfred Van Eijk diffusé dans un programme scientifique de la télévision néerlandaise

https://www.ntr.nl/Focus/287/detail/Stralend-afval/VPWON_1292623

Est-ce que le stockage géologique dans une mine de sel est une bonne idée?

L’expérience prouve que non. En Allemagne à Asse, des déchets nucléaires ont été stockés dans une mine de sel. La situation est devenue tellement dangereuse qu’il est envisagé de remonter les déchets à la surface.

Pourquoi?

Certains fûts contenant des déchets sont corrodés et abîmés par le sel et, peuvent donc, laisser passer la radioactivité. D’autres fûts ont disparus car des sols se sont effondrés. Il y a aussi des fissures dans les parois de sel de la mine et des infiltrations d’eau. Pour finir, les allemands ne savent toujours pas ce qu’ils feront de ces déchets quand ils les auront remontés en surface (s’ils y arrivent)! C’est un échec.

Entre parenthèses, ne trouvez-vous pas étonnant ce stockage dans une mine de sel? Il n’est pas nécessaire d’avoir un doctorat en physique pour savoir que le sel est un facteur de corrosion.

Est-ce que le stockage géologique dans l’argile des déchets nucléaires, est une bonne idée?

Selon Marcos Buser, géologue et ancien membre de la Commission fédérale de sécurité nucléaire, le problème est que ce matériau n’est pas assez fort pour résister aux modifications géologiques. Il y a, alors, un risque de fissures pouvant entraîner, ici aussi, des infiltrations d’eau et des échappements de radionucléides pouvant se retrouver dans les nappes phréatiques ou dans l’air. Un autre problème est que la radioactivité dégage de la chaleur (3*) et que les scientifiques n’ont aucune idée de l’effet de cette chaleur sur l’évolution de l’argile sur le long terme car aucune étude scientifique n’a été faite sur le sujet.

Est-ce que le stockage géologique dans le granit des déchets nucléaires est une bonne idée?

Le laboratoire souterrain du Mont Terri en Suisse étudie la question. La conclusion de Marcos Buser (qui a travaillé dans ce laboratoire), est une fois encore, que le granit risque de se fissurer et donc de laisser passer la radioactivité dans les eaux souterraines ou dans la biosphère. 

La conclusion de ce documentaire est que, dans l’état actuel de nos connaissances, le stockage géologique ne garantit pas une sécurité suffisante pour nous protéger des risques radioactifs de ces déchets nucléaires.

Alors, nous nous demanderons dans le texte suivant:

Est-ce que les fûts contenant les déchets radioactifs sont efficaces pour contenir la radioactivité?

À suivre

Notes :

(1*) Exemple: la demi-vie du neptunium 237 est de 2 144 000 ans https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Déchet_de_haute_activité_et_à_vie_longue
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Neptunium_237

(2*) Les six failles du projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Cigéo selon Greenpeace https://www.greenpeace.fr/les-six-failles-du-projet-denfouissement-des-dechets-nucleaires-cigeo/

(3*) Les déchets radioactifs c’est chaud! « L’objectif d’une bonne gestion des déchets est d’éviter que la température ne dépasse 100°C pour éviter la vaporisation de l’eau qui pourrait être présente » http://www.laradioactivite.com/site/pages/ChaleurDegagee.htm

+ p.126 https://www.andra.fr/sites/default/files/2018-04/dossier-options-surete-apres-fermeture_0.pdf

Je remercie Manfred Van Eijk réalisateur du documentaire sur le stockage géologique pour sa relecture.

Source : Investig’Action

Par Candice Vacle , publié le 07 Mars 2019

https://www.investigaction.net/fr/que-faire-des-dechets-nucleaires-1-6/

Mar 07

LE GRAND DÉBAT NATIONAL – VILLE-SUR-TERRE – 10200 – AUBE EN CHAMPAGNE – VENDREDI 15 MARS – 19 H – SALLE DES FÊTES

Communiqué :

À l’initiative du Président de la République, le Gouvernement engage un Grand Débat National permettant à toutes et à tous de débattre de questions essentielles pour les Français.

Michel GUÉRITTE vous invite donc à venir débattre du sujet suivant :

Transition écologique. Le nucléaire et ses déchets. L’impact sur la santé.

Quand : Le vendredi 15 mars 2019 de 19h à 23 h

Où : salle des fêtes, 10200 VILLE-SUR-TERRE

Objet :

. débattre sur la gestion des déchets nucléaires dans le Soulainois,

. débattre sur les résultats de l’enquête sanitaire Santé Publique France autour de Soulaines

Note : cet évènement est ouvert au public sans inscription. Pour participer, rendez-vous à ‘heure dite au lieu indiqué.

Ce débat est inscrit au calendrier officiel.

Venez vers 19 h avec votre dîner, votre pique-nique.

Nous pourrons partager les spécialités culinaires.

Un coup de cidre bio vous sera offert.

Ceux qui viennent de loin, notamment de Troyes peuvent arriver en retard.

# – Merci aux représentants des partis politiques de relayer et d’inviter à participer largement.

Que les EE-LV, les France insoumise, les Nouvelle donne, etc… mettent de côté leurs différences, et s’unissent pour échanger a propos du nucléaire, de la gestion des déchets radioactifs et de l’impact sur la santé publique.

# – Merci aux représentants des ONG, fédérations, associations, collectifs… comme Greenpeace, FNE, Les Amis de la Terre, Générations futures, Réseau sortir du nucléaire… de relayer l’information.

# – Merci aux réseaux aubois, haut-marnais et meusiens de communiquer sur l’opportunité de participer à cet événement. Meusiens, parce qu’on parlera peut-être de CIGéo et de ses alternatives.

Pour préparer ce débat vous pouvez mettre à jour vos connaissances en parcourant cette page : « Pourquoi TROP DE CANCERS AUTOUR de SOULAINES ? »

Si nous avons le temps, nous aborderons un sujet qui va faire grand bruit dans les semaines à venir :

Les habitants de Soulaines, Anglus et Sauvage-Magny ont bu de l’eau du robinet radioactive entre le 15 mai et le 15 août 2018.

Nous en avons la preuve.

Rendez-vous vendredi 15 mars.

Cordialement

Michel GUERITTE

Joignable par mail : michel.gueritte@gmail.com – échange téléphonique via le mail

Mar 07

PPE : LE PROJET DE DÉCRET DURCIT LE CRITÈRE DE SÉCURITÉ D’APPROVISIONNEMENT

Le gouvernement envisage de durcir la définition de la sécurité d’approvisionnement électrique. Cette modification rend plus difficile la réduction des capacités nucléaires et fossiles.

Le projet de décret relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) réserve une surprise : il propose de réviser le « critère de défaillance du système électrique » qui sert de base au dimensionnement du parc de production. Cette modification durcit un critère qui est déjà parmi les plus stricts d’Europe. Conséquence directe : son respect impose un parc de production très important et limite les possibilités de la fermeture de centrales. La nouvelle approche proposée par le projet de décret est déjà, en partie, à l’origine du report à 2035 de la réduction à 50 % de la part du nucléaire et de la prudence du gouvernement concernant la fermeture des centrales à charbon.

La sécurité d’approvisionnement conditionne la politique énergétique

La sécurité d’approvisionnement a toujours été un critère important de la politique énergétique. Mais depuis un an et demi, elle semble dicter directement certains choix clés de la stratégie française. En novembre 2017, RTE publiait des scénarios de l’évolution du parc nucléaire en fonction de la sécurité d’approvisionnement. L’entreprise recommandait alors de reporter la réduction de la part du nucléaire à 50 % au-delà de 2025, ce que le gouvernement validait le jour même. En novembre dernier, l’enchaînement se reproduit au sujet des centrales à charbon. Le gestionnaire de réseau estime qu’il faut étaler entre mi-2020 et 2022 la fermeture annoncée des cinq unités françaises. Cette option devient de fait la position officielle du gouvernement. Plus encore, la préservation de la sécurité d’approvisionnement ouvre aujourd’hui la voie à une exploitation de la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique) au-delà de 2022.

Reste que l’évaluation de la sécurité d’approvisionnement s’appuie sur un « critère de défaillance » flou. Le code de l’énergie prévoit que la durée moyenne de défaillance du système électrique, pour des raisons de déséquilibre entre l’offre et la demande, ne doit pas dépasser trois heures par an. Implicitement, la notion de « défaillance » correspond aux coupures liées à un manque de production. Mais un rapport officiel, publié il y a un an par les ministères de la Transition écologique et de l’Économie, révèle que RTE fait du zèle. Le gestionnaire du réseau, chargé de calculer le risque de défaillance, « en fait aujourd’hui une interprétation plus large », notent les hauts fonctionnaires de Roquelaure et Bercy. La filiale d’EDF « [considère] qu’il y a « délestage » dès lors qu’un consommateur est exposé à des actions non consenties ». Une simple baisse de tension est ainsi considérée comme une défaillance. « Le cas de coupure n’est donc qu’un cas de défaillance parmi d’autres. » En conséquence, « le respect du critère de trois heures fixé par le code de l’énergie [signifie] moins de trois heures de coupure, selon RTE ». Plus grave, le rapport explique qu’« [il n’est pas] clair à ce stade que les pouvoirs publics aient bien donné leur accord »

Nouvelle définition de la défaillance

La méthode appliquée par RTE a une conséquence directe sur les choix énergétiques français. Plus on applique une définition large de la « défaillance« , plus on doit disposer d’un parc de production important et plus il est difficile de fermer des centrales nucléaires ou à charbon. D’ailleurs, le rapport ministériel notait que deux scénarios de RTE, qui ont servi de base à la PPE (Ampère et Volt), correspondent à moins de deux heures de coupure par an… Si le rapport se gardait bien d’évaluer l’impact d’un retour à la définition traditionnelle de la « défaillance« , il préconisait de demander à RTE de revoir ses scénarios de consommation électrique en appliquant le critère conventionnel.

Le rapport recommandait surtout de clarifier la règlementation en définissant les notions de « défaillance » et de « délestage ». C’est ce que propose le projet de décret relatif à la PPE. Mais il rejette les propositions formulées dans le rapport de mars 2018 et se contente de valider à posteriori les calculs de RTE. Le rapport ministériel proposait de fixer une valeur réglementaire de trois heures par an pour les coupures et d’y ajouter une deuxième valeur supérieure pour encadrer le recours aux leviers exceptionnels. Finalement, le ministère s’apprête à abaisser à deux heures la durée des coupures et à fixer à trois heures la durée moyenne de la défaillance annuelle. Cette dernière correspond au recours aux moyens exceptionnels : interruptibilité, appel aux gestes citoyens, la sollicitation des gestionnaires de réseaux de transport frontaliers (hors mécanismes de marché), dégradation des marges d’exploitation, baisse de tension sur les réseaux et, en dernier recours, le délestage.

Pas de révision des scénarios de RTE

Finalement, ce projet de décret vient clore le débat puisqu’il valide a posteriori la méthode appliquée par RTE. Surtout, en rejetant les recommandations des hauts fonctionnaires des ministères de la Transition écologique et de l’Économie, le gouvernement s’épargne une révision de la PPE qui tirerait les conséquences de scénarios basés sur un critère de défaillance conforme à l’esprit du code de l’énergie.

Enfin, le choix du gouvernement contraint un peu plus les futures décisions de la fermeture de centrales. D’ailleurs, le projet de PPE prévoit de fermer 4 à 6 réacteurs nucléaires d’ici 2028 : les deux de Fessenheim (Haut-Rhin), deux autres en 2027-2028 et potentiellement deux de plus en 2025-2026… si la sécurité d’approvisionnement le permet. Il n’est pas anodin de noter qu’avec une limite de trois heures pour les coupures, la France dispose déjà d’un des critères de défaillance les plus strictes d’Europe. La Belgique accepte une défaillance de 20 heures par an pour les scénarios les plus défavorables, l’Irlande fixe la défaillance à huit heures par an pour tous les scénarios et l’Allemagne et l’Italie n’ont pas de critères chiffrés, mais des objectifs de réserves de production stratégiques et de capacités de stockage.

Par Philippe Collet, publié le  06 mars 2019

https://www.actu-environnement.com/ae/news/PPE-projet-decret-securite-approvisionnement-33022.php4

Mar 07

CIVAUX : LA MAINTENANCE À LA CENTRALE NUCLÉAIRE POINTÉE DU DOIGT

L’Autorité de sûreté nucléaire estime que dans le domaine de la sûreté, la centrale est en retrait en 2018 par rapport à la moyenne du parc national.

Reprendre en main la qualité de la maintenance à la centrale de Civaux. C’est l’une des exigences fortes qu’a exprimée, mardi, la cheffe de la division de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de Bordeaux, à l’occasion de l’assemblée générale de la Commission locale d’information (CLI) de Civaux, à l’hôtel du Département, à Poitiers.

Animée par son président délégué Roger Gil, elle a été l’occasion de présenter le bilan 2018 et les perspectives 2019 de la centrale ainsi que l’évaluation conduite par l’ASN (24 inspections sur site dont 7 inopinées).

Le point noir de l’évaluation ASN « Sur 23 événements déclarés en 2018, 5 étaient de niveau 1 sur l’échelle INES, c’est beaucoup et c’est plus que l’année précédente », explique Hermine Durand en pointant de « nombreuses erreurs » au niveau de la maintenance sur le site de production. C’est « le point noir » de l’évaluation conduite par le gendarme du nucléaire sur le site de production poitevin qui est « en retrait dans la moyenne nationale du parc français ». Le second point d’amélioration concerne les rejets de la centrale dans l’environnement qui, selon l’ASN, doivent être mieux contrôlés.

Il n’en fallait pas plus pour que cela soulève un certain nombre de questions principalement dans les rangs des représentants des associations environnementales. À l’image de Jacques Terracher (Aceve) qui s’interroge : « Manque d’effectifs ou manque de rigueur ? » Sans remettre en cause l’analyse de l’ASN, le directeur de la centrale, Mikaël Gevrey, précise qu’au niveau environnemental, le site de Civaux est dans la moyenne.
Pas d’impact sur la sûreté de la centrale S’il ne se satisfait pas de la situation, il ajoute que l’inspection renforcée de l’ASN a mis en avant un certain nombre de points. « On le traite », indique-t-il, rappelant qu’aucun incident significatif n’a eu d’impact et de conséquence sur la sûreté.

Le directeur met aussi l’accent sur les progrès réalisés depuis plusieurs années dans le domaine de l’exploitation. Après une année 2018 chargée, 2019 devrait être une année de transition. Elle sera mise à profit pour apporter des solutions en terme technique, d’organisation et de compétence, pour être capable de faire face à un programme industriel chargé de 2020 à 2022. La construction d’un bassin de confinement ultime de 100 m3, à l’échéance du premier semestre 2021, s’inscrit dans cette volonté.

Publié le 07/03/2019 à 04h55, mis à jour le 07/03/2019 à 07h37

https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/civaux-la-maintenance-a-la-centrale-pointee-du-doigt

Mar 07

ATOMIK TOUR DE PASSAGE: « POURQUOI LE NUCLÉAIRE? »

C’est un tour de France, en une cinquantaine d’étapes, prévu de janvier à août. L’Atomik Tour est parti de Bure (55) où se situe le projet d’enfouissement des déchets hautement radioactifs. Le projet va à la rencontre de la population et des associations qui luttent contre le nucléaire pour s’interroger sur la France nucléaire et son monde. À l’occasion de son passage du 9 au 11 mars à Poitiers, l’association ARDAN, née il y a 25 ans pour s’opposer à un projet d’enfouissement de déchets nucléaires en Sud Vienne, et l’association Alternatiba Poitiers, qui œuvre pour la promotion de la transition énergétique et citoyenne, se sont associées pour présenter un spectacle de jonglerie nucléaire: « 45° sans eau » proposé par la caravane d’Atomik Tour. Produit par la compagnie KL, il s’agit d’une histoire du nucléaire décalée, alliant jonglerie atypique, humour grinçant, burlesque et une habile repartie.

Il sera présenté dimanche 10 mars à 16h30, salle de l’ancienne gare à L’Isle-Jourdain(entrée libre). Il sera suivi d’un temps d’échanges avec le public autour de la question: « La France Nucléaire, vous y tenez? Oui, non, pourquoi? »

https://www.centre-presse.fr/article-661931-atomik-tour-de-passage-pourquoi-le-nucleaire.html

Mar 07

L’INDE ET LE PAKISTAN GLISSENT VERS UNE GUERRE CATASTROPHIQUE

L’Inde et le Pakistan, les États rivaux de l’Asie du Sud en matière d’armes nucléaires, sont sur le point de connaître un conflit militaire de grande ampleur. Tôt le matin mardi 26 février, des avions de combat indiens ont attaqué le Pakistan pour la première fois depuis la guerre indo-pakistanaise de 1971. Frappant au plus profond du Pakistan, ils ont détruit ce que New Delhi prétend être la principale «base de terreur» du Jaish-e-Mohammed, un groupe islamiste impliqué dans l’insurrection séparatiste au Cachemire sous contrôle indien.

Après une brève période de confusion, alors qu’il évaluait les dégâts et les implications stratégiques de l’attaque indienne, Islamabad a promis une réponse militaire forte. Le Pakistan, a-t-il déclaré, ne permettrait pas à l’Inde de «normaliser» à l’intérieur du Pakistan les attaques illégales semblables à ce que font les gouvernements américain ou israélien ailleurs. Et cela, qu’elles soient lancées au nom de représailles ou d’attaques préventives contre des insurgés du Cachemire.

Le lendemain, des avions de combat indiens et pakistanais se sont lancés dans un combat aérien au-dessus de l’État indien du Jammu-et-Cachemire. Auparavant, Islamabad avait lancé ce que New Delhi prétend être une attaque infructueuse contre les installations militaires indiennes. Les deux parties affirment avoir abattu au moins un avion ennemi lors de la rencontre de mercredi, Islamabad présentant un pilote indien capturé comme preuve de ses dires.

Les États-Unis, la Chine, la Russie et d’autres puissances mondiales s’efforcent maintenant publiquement d’éviter l’éclatement d’une guerre totale. Ils concèdent qu’une telle guerre pourrait rapidement dégénérer en un échange nucléaire catastrophique, même si elle devait être «confinée» au sous-continent. Les grandes puissances se sont enfermées, pour reprendre l’expression du Pentagone, dans «une nouvelle ère de concurrence stratégique». C’est pour cela, alors même qu’ils préconisent la retenue et proposent des médiations, que les grandes puissances tentent d’utiliser cette crise militaire en Asie du Sud pour promouvoir leurs propres intérêts géostratégiques.

Washington, en particulier, a profité de cette impasse pour poursuivre ses efforts en vue d’encercler la Chine de manière diplomatique et militaire. Il a publiquement donné son feu vert à l’attaque de l’Inde contre le Pakistan en tant que «autodéfense» et se sert de la crise actuelle pour souligner la force du «partenariat stratégique mondial» indo-américain.

À l’explosivité de la situation s’ajoutent les crises socio-économiques et politiques interconnectées qui secouent les deux États, dirigés respectivement par Narendra Modi et son BJP à suprémacisme hindouiste, et le populiste islamique Imran Khan.

Khan était élu Premier ministre du Pakistan il y a tout juste sept mois. Son programme tenait des promesses d’emplois, de développement et d’augmentation des dépenses sociales. Mais, Khan a vu sa popularité chuter alors que son gouvernement met en œuvre les mesures d’austérité exigées par le FMI. Tandis que, Modi et son BJP utilisent sans vergogne cette crise pour gagner des voix en faveur des élections générales d’avril à mai en Inde. Le BJP accuse l’opposition de mettre en péril «l’unité nationale» en ne cessant pas de critiquer le gouvernement et en refusant de clamer haut et fort que «l’homme fort» Modi a brisé les chaînes de la «restriction stratégique» dans les relations entre l’Inde et le Pakistan.

Avec l’appui total des militaires, des médias patronaux et de la quasi-totalité de l’opposition, le gouvernement Modi a rejeté l’offre de Khan d’organiser des pourparlers. New Delhi insiste, comme il le fait depuis des années, sur le fait que des interactions de haut niveau et encore moins de «négociations de paix» entre l’Inde et le Pakistan ne se feront pas. Le seul événement qui pourrait déclencher un tel processus serait si Islamabad capitulait manifestement devant les exigences de New Delhi en coupant tout soutien logistique du Pakistan pour l’insurrection au Cachemire.

Une catastrophe nucléaire en préparation ?

Personne ne devrait sous-estimer le danger de ce qui serait la toute première guerre entre États dotés d’armes nucléaires. La crise de 2001-2002 a vu un million de soldats indiens déployés à la frontière pakistanaise pendant neuf mois. Depuis, les deux pays ont mis au point des stratégies très sensibles, avec une dynamique impliquant une escalade rapide des mesures. En réponse à la stratégie «Démarrage à froid» de l’Inde, qui prévoit la mobilisation rapide des forces indiennes pour une invasion du Pakistan sur plusieurs fronts, Islamabad a déployé des armes nucléaires tactiques dites «de champ de bataille». Toutefois, l’Inde a fait savoir que toute utilisation par le Pakistan d’armes nucléaires tactiques dépasserait le «seuil stratégique» que L’Inde considère comme l’autorisant à utiliser l’arme nucléaire, et entraînerait des représailles nucléaires stratégiques.

Tout cela se déroulerait dans une zone relativement petite et densément peuplée. Le centre de Lahore, la deuxième plus grande ville du Pakistan avec une population de plus de 11 millions d’habitants, se trouve à un peu plus de 20 kilomètres (12,5 miles) de la frontière indienne. La distance de New Delhi à Islamabad est nettement inférieure à celle qui sépare Berlin de Paris ou New York de Detroit et un missile nucléaire ferait le trajet en quelques minutes.

Un échange nucléaire entre l’Inde et le Pakistan ne tuerait pas seulement des dizaines de millions de personnes en Asie du Sud. Une simulation réalisée en 2008 par des scientifiques qui, dans les années 1980, ont alerté le monde sur la menace d’un «hiver nucléaire» a permis de déterminer que la détonation d’une centaine d’armes nucléaires de la puissance de celle d’Hiroshima dans une guerre indo-pakistanaise entraînerait, du fait de la destruction de grandes villes, le rejet de tellement de fumée et de cendres dans la haute atmosphère que l’agriculture sur toute la planète subirait une catastrophe. Cela, ont-ils prédit, entraînerait un milliard de morts dans les mois suivant la guerre nucléaire «limitée» en Asie du Sud.

Les événements pourraient facilement dégénérer dans les jours ou les semaines à venir. Quelle que soit l’issue immédiate de cette dernière crise, elle illustre la réalité de la situation. L’effondrement de l’ordre géopolitique de l’après-guerre, la montée des antagonismes impérialistes, et des rivalités entre États qui en résultent enflamment tous les conflits et problèmes non résolus du XXᵉ siècle. Dans le siècle dernier, le capitalisme a relevé le défi de la révolution socialiste, mais seulement en entraînant l’humanité dans deux guerres mondiales, le fascisme et de multiples autres horreurs.

La partition et l’échec historique de la bourgeoisie nationale

Le conflit indo-pakistanais trouve ses racines dans la partition communale de 1947 du sous-continent en un Pakistan expressément musulman et une Inde majoritairement hindoue. La partition fut un crime perpétré par les impérialistes britanniques qui dominaient l’Asie du Sud et les représentants politiques des factions rivales de la bourgeoisie autochtone, le Congrès national indien et la Ligue islamique.

La partition a défié la logique historique, culturelle et économique et a déclenché une tempête de violence communautaire qui, au cours de son déroulement, a tué deux millions de personnes. De surcroît, elle a poussé 18 millions d’autres personnes à fuir l’Inde vers le Pakistan ou vice versa. Mais elle servait les intérêts cyniques des élites dirigeantes rivales de l’Inde et du Pakistan, en mettant un terme sanglant à la vague anti-impérialiste de masse qui avait agité l’Asie du Sud au cours des trois décennies précédentes et en leur donnant, dans le cadre de l’accord d’indépendance-partition avec Londres, le contrôle de la machine capitaliste coloniale britannique qui leur permettrait de répondre à la menace que constituait une classe ouvrière toujours plus combative.

Incapables de trouver une solution progressiste aux problèmes des masses, les bourgeois indiens et pakistanais utilisent depuis sept décennies leur rivalité stratégique et leurs appels nationalistes communautaires comme mécanisme pour détourner la colère sociale dans des directions réactionnaires.

La blessure ouverte qu’est le Cachemire témoigne de leur faillite commune. La bourgeoisie indienne a soumis la population du Jammu-et-Cachemire, seul État indien à majorité musulmane, à trois décennies d’occupation militaire. Du coup, elle exprime sa consternation face à la désaffection massive et continue de la population pour le régime indien, alors même qu’elle célèbre un parti et un Premier ministre impliqués dans des pogroms antimusulmans.

Quant à l’élite vénale au pouvoir au Pakistan, elle a bafoué les droits des Kashmiris qu’elle gouverne et a manipulé l’opposition au Jammu-et-Cachemire pour mettre au premier plan les éléments islamistes les plus réactionnaires.

Pour un mouvement ouvrier dirigé par la classe ouvrière contre la guerre et l’impérialisme

Au cours des deux dernières décennies, la nature du conflit indo-pakistanais s’est transformée. Il est devenu inextricablement lié de plus en plus à la confrontation entre les États-Unis et la Chine. Ce développement lui donne une nouvelle charge explosive massive et intensifie la menace qu’un conflit indo-pakistanais pourrait faire peser sur les grandes puissances mondiales.

Depuis le début du siècle actuel, Washington, sous les gouvernements démocrate comme républicain, a activement courtisé l’Inde et lui a octroyé des faveurs stratégiques. Notamment, l’accès à un combustible et à une technologie nucléaires civils de pointe et à des armes américaines de pointe, dans le but de mettre New Delhi au service de son programme stratégique.

L’océan indien est une voie navigable qui achemine le pétrole et les autres ressources qui alimentent l’économie chinoise, ainsi que ses exportations vers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Ceci représente l’importance qu’attachent les planificateurs de guerre américains à l’Asie du Sud et à l’océan indien. De plus le récent changement de nom du commandement américain du Pacifique en «Commandement Indo-Pacifique» souligne cette importance.

Sous Modi, les bases indiennes s’ouvrent aux avions et navires de guerre américains, l’Inde signe des accords de coopération stratégique bilatérale, trilatérale et quadrilatérale avec les États-Unis et ses principaux alliés régionaux (Japon et Australie). Tout cela témoigne que l’Inde est devenue un véritable «état en première ligne» dans l’offensive militaire et stratégique américaine contre la Chine.

Islamabad, pendant «la guerre froide», le principal allié sud asiatique de Washington, a averti de façon de plus en plus criarde que les actions américaines ont brisé «l’équilibre des forces» dans la région et enhardi l’Inde, mais en vain.

Par conséquent, le Pakistan a considérablement renforcé son partenariat militaire stratégique de longue date avec la Chine, qui craint également l’émergence d’une alliance indo-américaine.

Même si les États-Unis cherchent à calmer les tensions indo-pakistanaises actuelles, une guerre totale en Asie du Sud, selon les calculs, couperait à ce stade ses objectifs globaux. Les États-Unis le font dans le cadre de leur volonté d’hégémonie mondiale, y compris en fin de compte la soumission de la Chine. La Chine compte utiliser le corridor économique Chine-Pakistan pour contrer les plans américains qui visent à bloquer économiquement la Chine en saisissant les «points d’étranglement» de l’océan Indien et du sud de la Chine. Dans la riposte à l’effort, Washington a clairement fait savoir qu’il était déterminé à contrecarrer les efforts de la Chine pour faire du Pakistan un point d’ancrage de son initiative One Belt, One Road.

Les travailleurs de l’Inde et du Pakistan doivent unir leurs forces pour s’opposer aux préparatifs de guerre criminels de l’élite au pouvoir.

En Asie du Sud, comme partout dans le monde, la lutte contre la guerre est inséparable de la lutte contre le capitalisme lui-même. C’est-à-dire: contre les clans capitalistes nationaux rivaux, qui luttent de façon acharnée pour gagner les marchés, les profits et les avantages stratégiques, trouve son expression ultime dans la course à la répartition du monde; et également contre le système démodé et, dans le cas de l’Asie du Sud, le système de l’État-nation enraciné dans le communalisme, dont le capitalisme est historiquement enraciné.

En opposition au programme de guerre, d’austérité et de réaction communautariste de la bourgeoisie, les travailleurs et les jeunes socialistes d’Asie du Sud devraient lutter pour un parti et un programme socialiste et internationaliste. C’est-à-dire: la construction d’un mouvement ouvrier dirigé par la classe ouvrière contre la guerre et l’impérialisme, dans le cadre d’un mouvement mondial contre la guerre.

Un tel mouvement ne se construira que dans la lutte politique contre les partis parlementaires staliniens en Inde, le Parti communiste indien (marxiste) ou CPM et le Parti communiste indien (CPI), et les myriades de groupements maoïstes. Le CPM et le CPI, comme en témoigne une fois de plus leur participation aux réunions «multipartite» du BJP sur cette crise militaire, sont des partis chauvins et militaristes. Ils contribuent rendre les masses aveugles au risque d’une guerre catastrophique. Pendant des décennies, ils ont fonctionné en tant que partie intégrante de l’élite politique indienne. Ils ont soutenu les gouvernements, souvent dirigés par le Parti du Congrès. Ces deniers ont mis en œuvre des réformes néolibérales, ont poursuivi l’alliance indo-américaine et ont développé rapidement les capacités militaires de l’Inde à la poursuite des ambitions de grande puissance de la bourgeoisie. Les maoïstes sont imprégnés de nationalisme et hostiles à la lutte pour l’indépendance politique de la classe ouvrière.

C’est dans le socialisme international de Lénine et Trotsky que les ouvriers d’Inde et du Pakistan trouveront l’antidote à la guerre et à la réaction ; dans la lutte par en-bas pour défaire la partition du pays en se battant pour le pouvoir ouvrier et l’établissement des états socialistes unis d’Asie du Sud.

(Article paru d’abord en anglais le 2 mars 2019)

Par Keith Jones, publié le 6 mars 2019

https://www.wsws.org/fr/articles/2019/03/06/inpa-m06.html

Mar 06

JAPON : BAUME ATOMIQUE

1ère partie : Le Premier ministre Abe utilise les Jeux olympiques de Tokyo comme un placebo,  baume destiné à effacer des esprits la blessure atomique de Fukushima Daiichi.

Alors que nous nous préparons pour la huitième commémoration du tremblement de terre / tsunami / triple fusion de cœur du 11 mars 2011 à Fukushima Daiichi, Fairewinds est toujours conscient de ce qui se passe actuellement au Japon.

Le Japon n’a jamais élaboré de feuille de route pour se dégager de la malédiction de l’hydre radioactive aux têtes multiples. La tentative d’arrêt de la propagation de la radioactivité qui migre depuis Fukushima est sous-financée. Plutôt que de se concentrer sur la réduction de l’exposition à la radioactivité des civils, le gouvernement japonais a plutôt orienté l’attention mondiale sur les Jeux olympiques de 2020 qui doivent se dérouler à Tokyo.

À vrai dire, une situation aussi grave que celle de Fukushima peut se produire n’importe où dans le monde où l’énergie nucléaire est utilisée pour produire de l’électricité. La triple destruction survenue à Fukushima Daiichi est la pire catastrophe industrielle de l’histoire de l’humanité.

Avant Fukushima, l’industrie nucléaire n’avait jamais envisagé un désastre de cette ampleur. Au niveau mondial, les promoteurs et les exploitants de centrales nucléaires ne prennent toujours pas les mesures adéquates pour se protéger contre la survenue de catastrophes de l’amplitude de celle de Fukushima !
Certaines régions du Japon sont détruites définitivement suite à la migration de la radioactivité qui, au lieu d’être éliminée a été ignorée. L’expansion de la contamination radioactive vers les océans et les terres s’étend et détruit des territoires et des villages jadis vierges.

Pour donner l’échelle, la préfecture de Fukushima représente à peu près la taille de l’État du Connecticut (NdT : presque 3 départements français). Comment imaginer qu’un État entier puisse éliminer la contamination radioactive de ses forêts, rivières et vallées ?

Commençons par les réacteurs et le site lui-même. Il y a eu une triple fusion en 2011, mais Tokyo Electric a interdit l’utilisation du mot «fusion» dans sa communication vers la société civile. Nous savons maintenant que dans la première semaine après le tsunami, chaque cœur radioactif en fusion a traversé sa cuve en acier de 15 cm d’épaisseur, a brûlé et réagi chimiquement avec le béton situé en dessous (NdT formant un corium) Tous ces coriums sont actuellement en contact direct avec les eaux souterraines.

Mis à part quelques images de faible résolution montrant des trous de fusion des réacteurs, rien n’a été fait pour protéger les eaux souterraines de la contamination radioactive. J’ai été témoin de projets prévoyant une opération de forage pour installer une navette souterraine et collecter les matériaux fondus du corium, mais ces projets sont à des décennies de leur réalisation. Le gouvernement japonais affirme que le site de Fukushima sera entièrement nettoyé et démantelé dans moins de quarante ans, un délai qui va glisser dès APRÈS la tenue des Jeux olympiques de Tokyo de 2020 et qui est scientifiquement intenable suite au fait que des isotopes radioactifs sont dispersés à travers tout l’environnement autour du site. Des radioéléments qui ne disparaîtront pas avant trois cent ans et même avant 250 000 ans pour d’autres.
Les coriums issus des réacteurs de Fukushima sont en contact direct avec les eaux souterraines depuis huit ans, et cette eau radioactive hautement toxique pénètre dans l’océan Pacifique. Lorsque la catastrophe a frappé, TEPCO voulait construire un mur de glace pour empêcher la dispersion de la contamination, ce qui, je le savais, échouerait. Je préconisais d’encercler immédiatement les réacteurs avec une tranchée remplie de zéolite, un produit minéral utilisé pour absorber les radiations dans les installations atomiques.

« Le problème avec le gel du sol est que, suite à la survenue d’un tremblement de terre, vous perdez du froid et votre glace se transforme en bouillie et vous êtes foutus »

Gundersen, qui a visité la centrale de Fukushima dans le passé, a déclaré qu’une meilleure solution consisterait à creuser une tranchée de deux mètres de large jusqu’au niveau du substrat rocheux et à la remplir d’un matériau appelé zéolite: un matériau volcanique provenant de Dame Nature.

« C’est incroyablement bon pour filtrer les isotopes radioactifs. Ainsi, tout ce qui est à l’intérieur de la barrière restera à l’intérieur et tout ce qui se trouve à l’extérieur restera propre », a déclaré Gundersen, qui estime que le prix d’un tel projet serait d’environ 10 milliards de dollars.
La paroi de glace de TEPCO n’a pas empêché la dispersion des radioéléments via les eaux souterraines. Comment TEPCO propriétaire de Fukushima et le gouvernement japonais vont-ils réussir à nettoyer et à atténuer les dégâts causés par les trois réacteurs atomiques qui ont perdu leur combustible à la suite de leur fusion ?  Ces problèmes ne furent jamais anticipés au Japon où ces réacteurs furent construits et exploités, ni aux États-Unis, où les centrales nucléaires de Fukushima furent conçues et fabriqués.

Depuis les fusions de 2011, Fairewinds a averti le monde que les plans de  nettoyage proposé seraient presque intenables, le qualifiant de «rude bataille». Dès le début, j’ai clairement indiqué que «la catastrophe nucléaire est sous-financée et sans transparence, maintenant le public dans le brouillard». Malheureusement, huit ans plus tard, rien n’a changé.

En février 2012, lorsque je me suis adressé au club de presse des correspondants de l’étranger à Tokyo, j’ai précisé que la rémission voulue à Fukushima par le gouvernement n’a jamais eu pour but de protéger la population du Japon. C’était clair dès le lendemain du plus grand désastre de l’énergie nucléaire au monde et encore aujourd’hui, le gouvernement japonais s’emploie à protéger les intérêts financiers des opérateurs des centrales nucléaires japonaises afin qu’ils puissent construire de nouveaux réacteurs et continuer à exploiter les anciens. De toute évidence, les mesures prises par le gouvernement japonais montrent que la survie des entreprises de production d’électricité telles que Hitachi, Toshiba, Tokyo Electric et autres est plus importante pour le gouvernement Abe que la survie de 160 000 personnes évacuées et l’avenir de la chaîne alimentaire, de l’agriculture et de l’aquaculture.

Les personnes évacuées au Japon sont obligées de retourner dans leur communauté et dans leurs maisons contaminées. Le gouvernement du Japon et le présumé régulateur mondial, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – qui a été mandaté par les Nations Unies pour promouvoir et réglementer la production d’énergie nucléaire – ont, au lieu de revenir à l’état initial de radioprotection, repoussé le niveau d’exposition pour le public de plus de 20 fois de ce qu’il était à l’origine.

Début février 2019  le Washington Post écrivait :
La région de Namie a été jugée dangereuse depuis six ans suite à la fusion de plusieurs réacteurs à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, conséquence d’un séisme et d’un tsunami. En mars 2017, le gouvernement a levé son ordre d’évacuation du centre de Namie. Mais presque personne ne s’est risqué à revenir. Ses habitants sont dispersés et divisés. Les familles sont séparées. La notion de communauté se délite…

Comme nous l’avons fait savoir à plusieurs reprises à Fairewinds Energy Education depuis les tragiques crises de 2011, nous comprenons pourquoi le sort des 160 000 personnes évacuées de la région toxique de Fukushima n’a aucune importance pour le gouvernement japonais : le seul objectif est de maintenir les budgets des sociétés productrices d’électricité japonaises.

Comme Fairewinds l’a constaté suite à son expérience, et ce que le Washington Post et le peuple japonais ont bien compris, c’est que ces réfugiés sont tout simplement des pions d’un problème beaucoup plus important d’argent et de politique.

Pour les habitants de Namie et d’autres villes proches de la centrale de Fukushima, la douleur est accentuée par la façon dont le gouvernement japonais essaie de tourner la page en utilisant les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 comme un symbole d’espoir et de reprise, un signe que la vie peut redevenir normale après une catastrophe de cette ampleur…. Son offensive de charme est également liée aux efforts déployés pour relancer l’industrie nucléaire du pays, l’un des plus vastes réseaux de production d’énergie nucléaire au monde. [Souligné ajouté].

Six matchs olympiques de softball (féminin) et un match de baseball (masculin) auront lieu à Fukushima, grouillante capitale de la préfecture et « épargnée » par les radiations, de laquelle partira le relais de la flamme olympique.

Pour déterminer si les athlètes olympiques pourraient être touchés par les retombées du site de la catastrophe, le Dr Marco Kaltofen et moi-même avons été parrainés par Fairewinds Energy Education afin de visiter les sites olympiques à l’automne 2017. Nous avons prélevé de simples échantillons de poussière et de débris sur le trajet de la flamme olympique ainsi que dans le stade olympique de Fukushima et jusqu’à Tokyo. Lors du test des échantillons venant de cette collecte, nous avons trouvé des échantillons de terre hautement radioactifs venant du stade de baseball de Fukushima, crépitant à 6 000 Bq / kg en césium (3 000 fois plus radioactif que de la terre aux États-Unis) Nous avons également constaté que le niveau de radiation d’un simple parking étaient 50 fois plus élevé qu’aux États-Unis.

Trente des échantillons de déchets et poussière fine que j’ai prélevés lors de mes deux derniers voyages au Japon en février/mars 2016 et sept. 2017 ont été analysés au WPI (Institut polytechnique de Worchester). Analyses détaillées dans le rapport intitulé: Mesure de la radioactivité dans le sol et  les poussière du Japon, T. Pham, S. Franca et S. Nguyen, Institut polytechnique de Worchester, elles ont révélé que :

Avec la XXXIIe Olympiade à l’horizon 2020 accueillie par le Japon, il est nécessaire de se pencher sur la radioactivité des sites olympiques ainsi que sur les attractions touristiques des villes hôtes… car des milliers d’athlètes et des millions de visiteurs se rendent au Japon pour les Jeux olympiques, cela doit être une préoccupation de la communauté internationale. Par conséquent, il est important d’étudier l’ampleur des retombées radioactives de la catastrophe de Fukushima Daiichi…

Les résultats mesurés ont montré une activité beaucoup plus élevée de césium 137 sur le tracé proposé pour le transport de la torche par rapport à d’autres régions. Globalement, plus on s’éloigne de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, plus la radioactivité est faible. L’activité du césium 137 à Tokyo, le site le plus éloigné de la centrale, était la plus faible par rapport aux autres sites. Par conséquent, l’activité du césium 137 dans l’échantillon de Tokyo a été utilisée comme base de référence pour estimer qualitativement l’exposition humaine au rayonnement.

.… Au parc des sports Azuma, les échantillons de sol et de poussière donnaient une plage de 80 Bq / kg à 6000 Bq / kg. Ce site olympique se trouve à environ 90 km de la centrale nucléaire. Les autres sites plus proches de la centrale nucléaire, comme la route touristique, la route proposée pour le transport de la torche et les échantillons hors sites olympiques, ont des niveaux plus élevées en raison de la proximité du lieu de la catastrophe.

… Les échantillons de la route proposés pour la flamme présentaient la radioactivité moyenne la plus élevée en raison de leur proximité immédiate avec la centrale. Sur la base des mesures, nous avons estimé qualitativement que l’exposition aux rayonnements des personnes vivant à proximité du parc sportif d’Azuma était 20 fois supérieure à celle des habitants de Tokyo. Les principales routes touristiques envisagées pour les flambeaux présentaient une exposition aux radiations de 24 à 60 fois supérieure, comparativement à Tokyo….

Les responsables olympiques devraient envisager d’utiliser les résultats de ce projet pour déterminer si le niveau de radioactivité sur la route proposée pour la torche et les sites olympiques se situent dans des limites acceptable.

Sur une note plus personnelle, j’ai été le témoin direct de la dévastation radioactive en cours dans et autour de la région de Namie, comme celle décrite dans l’essai révélateur et factuel du Washington Post. Pendant les deux semaines que j’ai passées à Namie et dans ses environs en septembre 2017, j’ai filmé six courtes vidéos montrant de près à quoi ressemblait la dévastation. Ces courtes vidéos iPhone durent moins de 5 minutes. J’étais seul, sans vidéaste, donc ces courts métrages manquent probablement de la qualité professionnelle que les téléspectateurs associent généralement à Fairewinds. Cependant, ils reflètent le sentiment très manifeste de tristesse et de vide qui règne dans les villes fantômes que j’ai visitées. Je partage les trois premières vidéos dans cette page du blog. Nous publierons une deuxième partie de cette mise à jour de Fukushima, qui comportera trois autres courts métrages.

Les vieux amis de Fairewinds se souviennent peut-être qu’en 2011, le Premier ministre Noda (entre le Premier ministre démis Naoto Kan, premier ministre lors du drame de Fukushima et le premier ministre actuel, Abe), avait affirmé que les trois réacteurs de Fukushima étaient en «arrêt à froid», ce qu’ils n’étaient évidemment pas. Le but était de jeter les bases de la candidature olympique du Japon. Noda a déclaré: «… nous pouvons considérer que l’accident est maîtrisé». Fairewinds a comparé l’hypocrisie de «l’arrêt à froid» de Noda à l’ancien président George Bush qui clamait «Mission accomplie» en Irak.

Malheureusement, ce que nous avons déclaré en 2011 sonne toujours juste aujourd’hui

Le gouvernement japonais et l’AIEA protègent-ils l’industrie nucléaire plutôt que la population du Japon en affirmant que Fukushima est stable alors que ce n’est pas le cas ? L’ingénieur en chef de Fairewinds, Arnie Gundersen, décrit les incohérences majeures et les doubles discours de l’AIEA, du gouvernement japonais et de TEPCO, affirmant que l’accident de Fukushima est terminé. Équilibre dynamique n’est pas équilibre statique, l’exposition à des doses croissantes des enfants japonais et des travailleurs du nucléaire, le mélange d’éléments radioactifs avec des poussières non contaminées et la propagation de ces cendres contaminées à travers le Japon ne sont qu’une petite partie de cette tragédie nucléaire en cours.

Plus tard en 2013, le Japon a fait pression sur le CIO (comité international olympique) et versé des pots de vin à certains de ses membres pour qu’ils votent pour les JO 2020 au Japon, selon un article d’Associated Press du 18 février 2019 du journaliste Haruka Nuga.

Les membres du comité exécutif du COJ ( Comité olympique japonais) doivent être réélus cet été. Il y a des spéculations sur Takeda… [Le président du COJ, Tsunekazu Takeda, qui fait l’objet d’une enquête pour son rôle dans un présumé scandale de corruption] ne se présentera pas ou pourrait être remplacé. Les enquêteurs français pensent qu’il a peut-être aidé Tokyo à remporter les Jeux olympiques de 2020 lors d’un vote du CIO.

Takeda est président du COJ depuis 2001. Il est également un puissant membre du CIO et le chef de sa commission marketing. Il ne s’est pas défait de l’une ou l’autre de ces responsabilités pendant que le comité d’éthique du CIO enquêtait.

… Les autorités françaises soupçonnent qu’environ 2 millions de dollars versés par le comité de candidature de Tokyo – présidé par Takeda – à une société de conseil singapourienne, Black Tidings, ont été acheminés vers des membres du CIO en 2013 lorsque Tokyo a remporté le vote sur les candidatures d’Istanbul et de Madrid…Le mois dernier Takeda a reconnu avoir approuvé les paiements mais nié les accusations de corruption. Un rapport interne publié en 2016 par le COJ a essentiellement dégagé Takeda de tout acte répréhensible.

Tokyo dépense au moins 20 milliards de dollars pour organiser les Jeux olympiques. Les coûts des jeux sont difficiles à suivre, mais la ville de Tokyo semble prendre au moins la moitié de la facture à sa charge.

Le Japon s’est surtout attaché à montrer que la région de Fukushima est sûre et qu’elle s’est remise des tremblement de terre, tsunami et fusion de trois cœurs nucléaires en  2011. [Souligné ajouté]

Voici ce que j’ai dit dans une vidéo sur le site Web de Fairewinds en 2013 : https://www.fairewinds.org/demystify/tokyo-2020-qa-arnie-gundersen , lors de la première annonce des Jeux olympiques de Tokyo.

Je pense que l’organisation des Jeux olympiques en 2020 est une tentative des Japonais de changer de sujet. Je ne pense pas que les gens du monde entier s’en soucient avant 2020. Le gouvernement japonais dispose d’un délai de sept ans pour travailler à faire de Tokyo une vitrine accessible au monde entier. Je pense que le gouvernement japonais voulait organiser les Jeux olympiques pour améliorer le moral de la population japonaise après l’accident de Fukushima Daiichi. Malheureusement, cela détourne l’attention des gens du coût réel de l’accident, en termes d’argent et de santé publique.

Placer les Jeux olympiques à Tokyo était et est toujours un stratagème pour éluder les conséquences des fusions de Fukushima Daiichi et pour détourner l’attention du public d’une urgence pressante qui doit encore être résolue pour la santé et la sécurité des Japonais.

Fairewinds Energy Education vous tiendra informé de la deuxième partie sur  fairewinds.org.

Par Arnie Gundersen

Source : Fairewinds Energy Education      via Hubert C. Traduction automatique Google améliorée par H. C. – VO sur le lien

https://www.fairewinds.org/demystify/atomic-balm-part-1-prime-minister-abe-uses-the-tokyo-olympics-as-snake-oil-cure-for-the-fukushima-daiichi-nuclear-meltdowns

Mar 06

LE PAPE FRANÇOIS PEUT-IL INFLUENCER L’OPINION SUR LA QUESTION DES ARMES NUCLÉAIRES ?

Extrait : …Le pape s’implique beaucoup plus que ses prédécesseurs en matière de diplomatie nucléaire. Le Saint-Siège a ainsi ratifié le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires dès 2017 et offert d’accompagner son entrée en vigueur. Récemment, le pape s’est aussi dit prêt à accepter une invitation officielle de Kim Jong‑un dans le contexte de la crise nucléaire avec la Corée du Nord.

Cette prise de position va même au-delà du rôle de médiateur, aujourd’hui oublié, de Jean XXIII lors de la Crise des missiles de Cuba en 1962.

Si la plupart des jeunes Européens ne soutiennent pas les politiques menées en leur nom sur les armes nucléaires, et manifestent un sentiment d’impuissance à leur endroit, que pensent-ils des positions radicales du pape en la matière ? Comment le message du Saint-Père est-il perçu par les citoyens européens ?

Une affaire européenne

Une enquête transnationale sur le niveau de connaissance et l’attitude des Européens vis-à-vis des armes nucléaires, menée en juin 2018 dans le cadre du projet VULPAN (financé par l’Agence nationale de la recherche), donne un aperçu de la manière dont la population adulte de neuf pays voit la prise de position du pape sur cette question.

Nous avons interrogé plus de 7 000 personnes âgées de 18 à 50 ans : un millier en France et au Royaume-Uni et près de 750 en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne, en Suède et en Turquie. Cette tranche d’âge correspond approximativement à 55 % de la population adulte (âgée de 18 ans et plus) dans huit des neuf pays concernés, l’exception étant la Turquie, où la part s’élève à 71 %. Les huit pays membres inclus dans cette étude représentent environ 69 % de la population totale de l’Union européenne.

Cette enquête est d’autant plus révélatrice que les données ont été recueillies avant qu’éclate le scandale des abus sexuels au sein de l’Église catholique qui pourrait aujourd’hui biaiser les résultats de l’enquête.

En résumé, les Européens approuvent la position du pape mais ils sont partagés quant à l’opportunité de son implication dans la politique nucléaire et estiment que son opinion n’a pas ou peu influencé la leur.

L’opinion publique sur la position du pape en matière de politique nucléaire.

Les Européens sont nettement opposés aux armes nucléaires

Pour commencer, les Européens soutiennent en majorité l’opposition du pape à l’existence même des armes nucléaires. Ils communiquent également cette attitude d’opposition aux armes nucléaires en termes de sentiment d’insécurité et de refus inconditionnel de considérer comme moral un quelconque emploi de ces armes.

Ainsi, les sondés qui sont du même avis que le Saint-Père (75 % des personnes interrogées) ont aussi plus souvent tendance à considérer que la possession de ces armes rend un pays plus vulnérable (sauf en Allemagne où les sondés sont plus divisés). Seuls 5 % d’entre eux estiment que les armes nucléaires leur donnent un sentiment de « sécurité absolue » alors qu’au moins 45 % d’entre eux affichent un sentiment d’insécurité dans tous les pays de l’étude, sauf la France. Enfin, toujours parmi ceux qui sont du même avis que le pape, au moins 75 % pensent qu’il est moralement inacceptable d’utiliser des armes nucléaires (parmi ceux dont l’avis diffère de celui du pape, les réponses sont à peu près équitablement réparties)

La jeune génération se distingue

Cependant, les personnes interrogées ne considèrent pas que l’avis du pape influence vraiment leur opinion. Dans les neuf pays, trois sondés sur quatre sont d’accord avec l’affirmation : « Mon opinion sur les armes nucléaires est indépendante de celle du pape ».

Nous obtenons des résultats similaires lorsque nous leur demandons s’ils sont d’accord avec l’affirmation : « Ce que dit le pape me fait changer d’avis sur le sujet ». Seul un quart des sondés ont répondu par l’affirmative. La seule exception notable est la Pologne, bastion de l’Église catholique, où 42 % admet que le pape peut les influencer.

En rejetant l’influence du pape, rejettent-ils aussi son implication dans le débat sur l’avenir des armes nucléaires ?

Sur ce point, les résultats sont partagés. Si une étroite majorité des sondés restent opposée à l’intervention du pape en politique, la jeune génération (18-21 ans) se distingue dans les États dotés d’armes nucléaires.

Dans la plupart des pays, une majorité de 55 à 60 % considère que « le pape est un chef religieux qui ne devrait pas se mêler de politique ». L’Allemagne et l’Italie font exception avec une légère majorité des sondés (respectivement 55 % et 51 %) ne sont pas d’accord avec cette affirmation.

Il est intéressant de constater qu’en France et au Royaume-Uni, les deux puissances nucléaires de notre étude, les plus jeunes (18-21 ans) sont davantage favorables à l’implication du pape que les plus âgés (47-50 ans), par près de 15 %.

Soutien à l’engagement du pape en politique, par tranche d’âge.

À l’issue de cette étude, quatre résultats se dégagent. Une majorité d’adultes en France, au Royaume-Uni, en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne, en Suède et en Turquie approuvent donc l’opposition du pape aux armes nucléaires en France, au Royaume-Uni, en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne, en Suède et en Turquie. La plupart d’entre eux n’attribuent toutefois pas cette opinion à la prise de position pontificale. Seule une très légère majorité s’oppose en principe à l’intervention du Pape en politique. Enfin, en France et au Royaume-Uni, les sondés âgés de 18 à 21 ans sont étonnamment plus enclins à souhaiter son engagement en politique.

Publié le 5 mars 2019, 20h59 CET

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Mar 05

UN FILM SUR LA CATASTROPHE DE FUKUSHIMA ET UN DÉBAT SUR LE NUCLÉAIRE À LA CHARITÉ-SUR-LOIRE

Le Crystal Palace de La Charité accueillera la projection du film « Fukushima, le couvercle du soleil« , en présence du producteur et d’un journaliste qui a suivi la catastrophe, mercredi 6 mars.

Après l’annulation du débat sur le nucléaire prévu initialement à Cosne-sur-Loire, c’est finalement à La Charité qu’il aura lieu, au Crystal Palace. Le débat prolongera la diffusion d’un docu-fiction en sortie nationale, Fukushima, le couvercle du soleil.

Le film retrace les cinq premiers jours de la crise générée par l’accident nucléaire. Le tremblement de terre. Le tsunami. Et les réacteurs, qui explosent les uns après les autres. Le film plonge le spectateur dans les coulisses du gouvernement, de l’entreprise qui souhaite conserver son outil de production, du travail des journalistes, des communicants, dans la vie des familles qui doivent quitter leur maison sur le champ. « Il a été produit par un proche du Premier ministre de l’époque, ce sont donc des informations de première main », souligne Françoise Pouzet, membre de l’association Sortir du nucléaire.

Le producteur sera présent, en compagnie d’un journaliste indépendant qui a suivi la catastrophe. Après une petite introduction, à 19h30, le film sera présenté et suivi d’un débat. « L’objectif, pour nous, c’est de faire en sorte que cette catastrophe ne soit pas oubliée, de ne pas faire comme si rien ne s’était passé, et de faire le point sur la situation actuelle des centrales nucléaires, un peu partout dans le monde. En France, on ne prend pas du tout le chemin qu’on espérait : on prolonge les vieux réacteurs, on prend beaucoup de retard sur d’autres décisions liées aux matières radioactives… », regrette Françoise Pouzet.

L’association Sortir du nucléaire profitera de l’occasion pour organiser son assemblée générale en amont de la projection, au Tip’s, de 14 h à 17 h. 

Pratique

Projection de Fukushima, le couvercle du soleil, suivie du débat, mercredi 6 mars, à 19 h 30. Tarif : 6,50 €.
Le film sera également diffusé vendredi 8 et dimanche 10 mars à 17h30 et lundi 18 mars à 20h30.

Par Marlène Martin, publié le 05/03/2019 à 15h00

https://www.lejdc.fr/charite-sur-loire/environnement/cinema/2019/03/05/un-film-sur-la-catastrophe-de-fukushima-et-un-debat-sur-le-nucleaire-a-la-charite-sur-loire_13509231.html

Mar 05

GERASIMOV S’EN-VA-T-EN-GUERRE

Peut-être d’une façon divergente pour ne pas dire éloignée des habitudes de leur président, ou dans tous les cas sur une voie un plus disons guerrière parce que sans la moindre concession dans leurs analyses des intentions jugées belliqueuses et agressives du bloc-BAO et des USA, les militaires russes affirment leur volonté de préparer à la fois une nouvelle stratégie, un nouveau conflit, et une adaptation complète aux nouvelles formes d’agression. Dans une conférence à l’Académie Militaire jeudi dernier, le chef d’état-major général, le Général Gerasimov, a détaillé les multiples aspects de la nouvelle posture des forces armées russes.

Le point le plus remarquable à notre estime, on le verra, c’est l’intégration complète et opérationnelle des types d’“agressionsoft” (ou “agression douce”) définitivement identifiées et classifiées en tant que telles au début de la décennie mais non encore formellement intégrées dans une stratégie de guerre totale, au niveau de chefs militaires. Il s’agit de ce qu’on nomme soit de l’expression de “révolution de couleur”, soit de celle de “stratégie de régime change”, dans lesquelles l’action massive de la communication, la désintégration de la réalité, l’utilisation de narrative jouent un rôle essentiel. Sputnik.News a donné un compte-rendu de cette conférence dont nous ferons usage pour telle ou telle citation.

« Les rivaux géopolitiques de la Russie préparent une guerre d’un nouveau type contre un ‘adversaire de haute technologie’ utilisant des armes de haute précision à partir de plateformes dans les airs et dans l’espace et développant activement une confrontation dans le domaine de l’information, a déclaré le chef de l’état-major russe, Premier ministre adjoint de la Défense, le général Valery Gerasimov lors d’une conférence sur l’élaboration d’une stratégie militaire devant l’Académie Militaire de Moscou.

« “Par conséquent, la recherche de stratégies rationnelles pour faire la guerre à un adversaire différent est d’une importance primordiale pour le développement de la théorie et de la pratique de la stratégie militaire. Nous devons clarifier l’essence et le contenu de la stratégie militaire, les principes de la prévention, la préparation à la guerre et sa conduite”, a noté le chef de l’état-major général. »

  • Ces nouvelles guerres qui sont en préparation sont à la fois “classiques” et “asymétriques”. Elles nécessitent principalement un renforcement dans le domaine de la dissuasion stratégique et dans celui de la défense des structures de l’État.
  • La modernisation des forces russes dans l’optique de mettre en place cette nouvelle stratégie à double mission (dissuasion stratégique et défense des structures de l’État) implique un renforcement d’une armée de métier, avec l’objectif de 475 000 soldats contractants en 2025, ce qui réduit d’autant la conscription, et un corps d’officier hautement entraîné et expérimenté. (Actuellement, 96% des chefs d’unité combinées de combat et autres forces opérationnelles ont une expérience de combat réel.) 
  • En vue de maintenir la parité nucléaire, et même de la renforcer pour être prêt à rechercher un avantage de la Russie, 82% des systèmes d’arme nucléaires sont aujourd’hui des nouvelles générations de modernisation. Gerasimov explique que l’extrême complexité des systèmes d’armes stratégiques et nucléaires fait qu’il est impératif de les produire ou de préparer complètement leur production en temps de paix, pour n’avoir pas à relever le défi de l’organisation d’une production en un temps très court, en temps de guerre. Dès lors, tout ce qui est nécessaire à la production doit être fabriqué et prêt à être utilisé, sinon déjà utilisé en production, avant un conflit, ce qui revient si l’on comprend bien à cette notion de “renforcement” de la parité nucléaire “pour être prêt à rechercher [l’]avantage.
  • Du point de vue opérationnel et en fonction de la complexité de certains des nouveaux types de conflit, surtout de type asymétriques, la base de l’organisation des forces de déploiement de cette nouvelle stratégie sont du type ‘Force Rapide d’Intervention’, capables de répondre rapidement à une situation d’urgence et à réaliser sa mission d’une manière autonome. Le modèle créé autour du contingent des forces aérospatiales russes déployé en 2015 en Syrie constituerait le noyau central d’une telle force d’intervention. Les composants critiques de cette force sont de trois ordres : des forces opérationnellement très rapides à se déployer, la capacité d’être aussitôt prêt à prendre en charge la gestion des systèmes préparés à l’avance, et une puissante capacité de guerre de l’information (de la communication).
  • Comme nous l’avons déjà signalé, le passage le plus important pour notre point de vue de l’intervention de Gerasimov concerne la prise en compte opérationnelle, comme un nouvel élément de la guerre, de la nouvelle stratégie mise au point par les USA/le bloc-BAO, et comprenant notamment les moyens de communication hostiles et de type classiquement nommé “cinquième colonne”, – soit les “révolutions de couleur” et le stratégie dite de regime change. Voici ce passage:

« Gerasimov a poursuivi en affirmant que les États-Unis et leurs alliés avaient défini une orientation agressive dans leur politique étrangère et travaillaient sur des actions militaires offensives.

« Les États-Unis et leurs alliés cherchent à éliminer le statut d’État dans les pays qu’ils considèrent comme hostiles, comme en témoignent les développements au Venezuela, a-t-il noté. “Les États-Unis et leurs alliés ont déterminé le vecteur agressif de leur politique étrangère. Ils travaillent à des actions militaires offensives, telles que des frappes mondiales, une capacité de bataille dans plusieurs sphères, et également l’utilisation des techniques dite des ‘révolutions de couleur’ et de la guerre de communication. Ils cherchent à éliminer les structures étatiques de ces pays qu’ils jugent hostiles, à saper leur souveraineté, à changer les organes légalement élus du pouvoir politique”. Gerasimov a cité l’Irak, la Libye et l’Ukraine comme exemples d’une telle stratégie. “À l’heure actuelle, des actions similaires sont observées au Venezuela”.

« Il est nécessaire de développer davantage les formes et les méthodes d’utilisation des forces armées, principalement dans le domaine de la dissuasion stratégique ainsi que dans celui de l’amélioration de la structure de défense de l’État, a noté le chef de l’état-major général. Il a ajouté que le Pentagone avait commencé à élaborer une nouvelle stratégie de guerre axée sur l’utilisation active du potentiel de protestation d’une ‘cinquième colonne’ pour déstabiliser la situation dans les pays ciblés tout en frappant simultanément les installations stratégiques les plus importantes avec des armes de haute précision. “Le Pentagone a commencé à développer une stratégie de guerre fondamentalement nouvelle, qui a déjà été surnommée ‘Cheval de Troie’. Son essence réside dans l’utilisation active du potentiel de protestation de la ‘cinquième colonne’ pour déstabiliser une situation tout en attaquant les installations les plus importantes avec des armes de haute précision”.

« La Russie est prête à faire face à toutes les nouvelles stratégies : “Ces dernières années, des scientifiques militaires [russes], en collaboration avec l’état-major général, ont mis au point des approches conceptuelles pour neutraliser les actes d’agression des opposants potentiels”.

« Le chef de l’état-major général a souligné que la réponse de la Russie reposait sur une stratégie de défense active qui, compte tenu de la nature défensive de la doctrine militaire russe, prévoit un ensemble de mesures préventives visant à neutraliser les menaces à la sécurité de l’État. “La justification des mesures en cours d’élaboration devrait constituer la principale activité du corps des scientifiques militaires. C’est l’un des domaines prioritaires pour assurer la sécurité de l’État. Nous devons être en avance sur l’ennemi dans l’élaboration de la stratégie militaire, un pas en avant”, a ajouté le chef de l’état-major général. »

Bonjour, « Cheval de Troie »

Il se pourrait bien qu’il y ait un très intéressant quiproquo dans le cheminement des choses menant à cette no