Nov 21

ARMES NUCLÉAIRES EN EUROPE: BERLIN S’OPPOSE AU «RETRAIT PRÉCIPITÉ» DES USA DU TRAITÉ FNI

Selon le chef de la diplomatie allemande, l’éventuelle sortie des États-Unis du Traité FNI risquera de relancer le débat sur les armes nucléaires en Europe.

L’Allemagne ne veut pas que le continent européen redevienne le lieu d’une course aux armements et s’oppose ainsi au retrait des États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) annoncé par Donald Trump, a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas.

«Nous sommes contre la sortie précipitée des États-Unis du Traité FNI, car nous ne voulons pas faire de l’Europe l’arène de débats sur les armes nucléaires», a indiqué le chef de la diplomatie allemande intervenant mercredi devant les députés du Bundestag.

Selon lui, Berlin souhaite inclure les questions de désarmement et de contrôle sur les armes dans l’agenda international «au cours des mois à venir».

En octobre, Donald Trump avait annoncé que les États-Unis prévoyaient de sortir du traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire, signé en 1987 par Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan. Le document en question abolissait l’usage de toute une série de missiles d’une portée variant de 500 à 5.500 kilomètres.

Le lundi 19 novembre, Vladimir Poutine a promis que la décision américaine de sortir du Traité FNI ne resterait pas sans réponse de la part de Moscou. Auparavant, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait souligné que le retrait américain du traité forcerait la Russie à prendre des mesures pour assurer sa sécurité.

https://fr.sputniknews.com/international/201811211038997064-traite-fni-retrait-usa-allemagne-position/

Nov 21

INCIDENTS À RÉPÉTITION DANS LES INSTALLATIONS NUCLÉAIRES DU SUD-EST

Depuis le début de l’année, les sites atomiques de la vallée Rhône-Durance voient se multiplier les incidents mettant en cause la sûreté (toute relative) des installations nucléaires, les atteintes à l’environnement et à la santé des populations et salariés. Vaucluse et Drôme (Tricastin), Gard (Marcoule), Bouches-du-Rhône (Cadarache), Ardèche (Cruas-Meysse) et encore un peu plus haut en Isère (Bugey)  : pas un site nucléaire n’échappe à la déliquescence, aux erreurs, aux fausses estimations (1). Alerte !

NDLR : cet article étant très bien détaillé, plutôt que de le publier in extenso sur ce site, je me contenterai de ne publier que les titres des sujets abordés dans cet excellent document que je vous conseille vivement d’aller lire sur le site indiqué tout en bas.

. Areva Tricastin (Vaucluse-Drôme)

Non-respect de sûreté dans le confinement des matières radioactives, pression anormalement hautes, risques de dissémination pour les travailleurs et l’environnement, durées de refroidissement insuffisantes, non-maîtrise des variations élémentaire des durées nécessaires à la cristallisation complète et au refroidissement des conteneurs.

. EDF Tricastin (Vaucluse), réacteurs nucléaires de 900 MWe chargés en Mox

Indisponibilité partielle du système de ventilation du bâtiment d’entreposage des produits de fission atomique (« combustible ») du réacteur 1.

. C.E.A.- Cadarache dans les Bouches-du-Rhône

Non-respect de deux règles de sûreté lors d’un transport de substances radioactives au sein du centre de Cadarache.

. C.E.A.- Cadarache dans les Bouches-du-Rhône

Sous-estimation de la masse de matière fissile contenue dans des gaines de combustible transférées du CEA Cadarache au CEA Saclay.

. C.E.A.- Cadarache dans les Bouches-du-Rhône

Non-respect de deux règles de sûreté lors d’un transport de substances radioactives au sein du centre de Cadarache.

. Centrale nucléaire EDF de Cruas-Meysse (Ardèche), réacteurs de 900MWe

Contamination corporelle.

. Centrale nucléaire EDF de Cruas-Meysse (Ardèche), réacteurs de 900MWe

Indisponibilité du réservoir d’eau indispensable à la sécurité du réacteur n°1.

. Centrale nucléaire EDF de Cruas-Meysse (Ardèche) Réacteurs de 900 MWe

Indisponibilité partielle du système d’aspersion dans l’enceinte de confinement du réacteur 1.

. C.E.A Marcoule – Réacteur de recherche atomique Phénix

Non-respect d’une règle de criticité (16), menaces sur le Gard et toute la région.

. Areva-Orano Marcoule MELOX

Non-respect d’une règle de sûreté-criticité, de la gestion du risque lors d’une introduction de matériel en « boîte à gants« .

Et ça ne va pas mieux ailleurs : d’autres incidents non loin de là

. EDF Bugey (Saint-Vulbas dans l’Ain) Centrale nucléaire de réacteurs de 900 MWe

Indisponibilité du système d’appoint en bore du circuit primaire du réacteur de Bugey 3 permettant le contrôle du circuit principal.

. EDF Bugey (Saint-Vulbas dans l’Ain) Centrale nucléaire de réacteurs de 900 MWe

Non-respect du temps de démarrage d’un groupe électrogène de secours.

. EDF Bugey (Saint-Vulbas dans l’Ain) Centrale nucléaire de réacteurs de 900 MWe

Défaut d’isolement de l’enceinte de confinement du réacteur 4 de la centrale nucléaire du Bugey.

. Areva-Orano Framatome de Romans-sur-Isère (Drôme)

Dépassement de la limite de masse de matière uranifère fissile.

. Areva-Orano Framatome de Romans-sur-Isère (Drôme)

Entreposage de matière uranifère sur un emplacement non  autorisé.

. EDF Superphénix Creys-Malville (Isère)

Indisponibilité de la pompe de secours incendie au-delà du délai maximal autorisé dans l’atelier d’entreposage et d’évacuation du « combustible« .

Pour lire l’intégralité de l’article, cliquer sur : http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2018/11/19/Incidents-%C3%A0-r%C3%A9p%C3%A9tition-dans-les-installations-nucl%C3%A9aires-du-sud-est

Nov 21

NUCLÉAIRE: L’ASN OUVRE UN PORTAIL POUR LES LANCEURS D’ALERTE

Paris – L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé mercredi l’ouverture sur son site d’un nouveau portail de signalement destiné aux lanceurs d’alerte.

Il doit permettre « un lien direct entre l’ASN et une personne souhaitant l’alerter à propos d’éléments dont elle a connaissance et qui peuvent présenter des risques pour les personnes ou l’environnement« .

Le gendarme du nucléaire promet aussi « la stricte confidentialité des éléments transmis« .

L’idée de permettre à des lanceurs d’alerte de transmettre ainsi des informations avait germé après la découverte d’irrégularités dans la fabrication de composants de l’usine Creusot Forge, alors dans le giron d’Areva.

Ce scandale a conduit l’ASN à resserrer sa vigilance anti-fraude avec une série de mesures.

L’ASN cite en exemple de pratiques qui peuvent lui être signalées « la falsification de documents ou de résultats de mesures, la mise en œuvre de pratiques non conformes aux règles de l’art« .

Sa compétence ne se résume pas aux centrales nucléaires d’EDF ou aux usines fabriquant des composants destinés à ces installations.

L’ASN recherche ainsi « des signalements d’irrégularités rencontrées dans les installations nucléaires et lors d’activités présentant un risque lié aux rayonnements ionisants, comme le transport de substances radioactives et certaines pratiques médicales ou industrielles« .

jmi/fka/LyS

AFP / 21 novembre 2018 à 14h47

https://www.romandie.com/news/Nucleaire-l-ASN-ouvre-un-portail-pour-les-lanceurs-d-alerte/973040.rom

NDLR : pour accéder à ce portail, cliquer sur : https://www.asn.fr/Divers/Signalement-Lanceur-d-alerte

Nov 21

DIMINUER LA PART DU NUCLÉAIRE ? EMMANUEL MACRON TENTÉ PAR L’IMMOBILISME

Le président de la République doit donner la feuille de route énergétique de la France pour les dix prochaines années le 27 novembre.

C’est l’histoire d’une décision qui ne cesse d’être repoussée, tant elle est difficile à prendre pour Emmanuel Macron. Après plusieurs mois de tergiversations, le président de la République va présenter, mardi 27 novembre, la feuille de route énergétique de la France pour les dix prochaines années. Dans le sobre vocabulaire administratif français, cela s’appelle la programmation pluriannuelle de l’énergie, la PPE.

Ce texte doit présenter une trajectoire précise pour que la France diminue ses émissions de CO2, réduise sa consommation d’énergie et développe les énergies renouvelables. Il doit aussi résoudre une équation politiquement ardue : comment diminuer la part du nucléaire en France, et donc respecter la loi de transition énergétique votée en 2015 et les engagements de campagne du candidat Macron ?

L’objectif de la loi était clair : passer de 75 % à 50 % de nucléaire dans la production d’électricité d’ici à 2025. Quelques mois après son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron a poussé Nicolas Hulot – alors ministre de la transition écologique et solidaire – à renoncer à cet objectif. La PPE devrait acter noir sur blanc le report à 2035 de cet horizon.

Après le départ de Nicolas Hulot, l’Elysée se sait très attendu sur les questions environnementales. À l’inverse, l’exécutif doit faire face au mouvement des « gilets jaunes », qui illustre les difficultés de la transition écologique. La ligne de crête est donc étroite pour Emmanuel Macron, qui pourrait être tenté par l’immobilisme.

Faut-il arrêter de manière anticipée des réacteurs ?

Le dossier nucléaire se concentre maintenant autour de deux questions principales : faut-il arrêter de manière anticipée des réacteurs ? Et faut-il lancer la construction de nouveaux EPR, à l’image de celui de Flamanville (Manche) ?

Le premier sujet sur la table est le plus délicat. L’arbitrage présidentiel n’est pas encore pris, mais tout porte à croire que l’exécutif va choisir la voie la plus prudente. Autrement dit : aucun calendrier précis de fermetures de réacteurs ne sera arrêté dès maintenant.

« On ne va pas dire ce qui va se passer dans sept ans », explique un conseiller de l’exécutif, qui précise : « On va donner un chemin, un objectif politique, décrire les contraintes et évoquer des options. » En clair, le gouvernement va évoquer des scénarios qui, s’ils se réalisent, permettront de s’engager plus tard sur la fermeture de tel ou tel réacteur. L’un des avantages de cette orientation est qu’elle permettrait aussi d’éviter de verser des indemnisations conséquentes à EDF pour des fermetures anticipées de réacteurs.

Depuis plusieurs semaines, c’est une guerre sourde qui se livre à ce sujet au sein du gouvernement. « C’est le grand écart entre les ministères », euphémise un conseiller ministériel. D’un côté, le ministère de la transition écologique milite pour obtenir la fermeture de six réacteurs nucléaires dans les dix prochaines années – en plus des deux de la centrale de Fessenheim, qui doivent s’arrêter avant 2020. C’est le chiffre qu’avait obtenu Nicolas Hulot au moment de sa démission, mais qui a depuis été remis en cause.

Risque de déstabiliser EDF

De l’autre, Bercy colle au scénario défendu par EDF, qui ne voudrait fermer aucun réacteur avant 2029. Il faudrait pour cela obtenir de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le droit de prolonger la durée de vie des réacteurs. EDF assure ensuite qu’une douzaine de réacteurs devront être débranchés sur la période 2029-2035.

« La tentation de se dire “on va régler les problèmes en les renvoyant à plus tard” existe malheureusement », déplore un conseiller ministériel. « Il est de toute façon impossible de rendre tout le monde content avec cette PPE », résume François Dos Santos, de la CGT-Énergie.

Emmanuel Macron le sait bien, lui qui a largement restructuré la filière nucléaire pour faire face à la déroute d’Areva, lorsqu’il était à Bercy. Réduire la part du nucléaire en France, c’est prendre le risque de déstabiliser EDF – qui se trouve déjà dans une situation économique fragile. Ne rien faire, c’est repousser le problème à plus tard : alors que certaines centrales atteignent l’âge vénérable de 40 ans, c’est aujourd’hui qu’il faut prendre les décisions pour l’avenir. C’est aussi prendre le risque d’une crise politique avec les écologistes de la majorité, dont le ministre de la transition écologique François de Rugy, militant antinucléaire depuis de longues années.

L’autre sujet majeur à résoudre est tout aussi épineux : le gouvernement va-t-il lancer la construction de nouveaux réacteurs ? Un consensus émerge sur un point : une telle décision ne peut être prise avant la mise sur le réseau de l’EPR de Flamanville – a priori en 2020, si le chantier ne connaît pas de nouveau décalage.

Mais là aussi, les interprétations sont divergentes. « Je ne vois pas comment on pourrait décider aujourd’hui de commander de nouveaux EPR », a assuré François de Rugy sur Europe 1 dimanche, en estimant que « l’avenir de la filière nucléaire n’est pas garanti ». Son ministère plaide pour repousser la décision sur d’éventuelles constructions au prochain quinquennat, après 2023.

Ligne prudente

À l’inverse, Bercy et EDF plaident de concert pour une annonce rapide après la mise en service de Flamanville et pour un plan de construction de plusieurs EPR – entre deux et six. L’objectif : faire baisser les coûts de l’EPR en misant sur l’effet de série. Le sujet est vital pour la filière : « Si les constructions ne reprennent pas, la perte de compétences peut être mortelle pour le nucléaire français », estime un patron français du secteur.

Pour se sortir de cet imbroglio politique, l’Élysée et Matignon veulent minimiser le sujet du nucléaire dans le débat. « Au sein de la PPE, les sujets les plus importants sont ceux qui concernent les transports et le logement », évacue un conseiller de l’exécutif. Une manière d’insister sur le fait que la priorité est de réduire les émissions de CO2 de la France – en hausse en 2017 – alors que la production d’électricité nucléaire ne contribue pas au réchauffement climatique.

Mais cette ligne prudente risque de ne pas satisfaire au sein même de la majorité. « C’est la crédibilité de notre politique écologique qui se joue. C’est le moment clé du quinquennat », prévient le député LREM Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot. D’autant que le maintien du parc nucléaire en l’état rend moins urgent le développement des énergies renouvelables. Le gouvernement pourrait ainsi attendre 2028 et le début des fermetures de réacteurs pour accélérer sérieusement dans le domaine.

Les associations écologistes n’ont pas attendu les annonces de Macron pour marquer leur désaccord. « Le gouvernement plie sous le poids des lobbys », estime ainsi Anne Bringault, du CLER, une fédération d’ONG soutenant la transition énergétique, alors que Greenpeace accuse Emmanuel Macron de vouloir « défendre bec et ongles le nucléaire, vieux et neuf, peu importe les coûts astronomiques, les dangers et les déchets ».

Par Nabil Wakim et Virginie Malingre, publié le 21 novembre à 11h44

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/11/21/nucleaire-emmanuel-macron-a-l-heure-du-choix_5386492_3234.html

Nov 21

FUITES MASSIVES À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FESSENHEIM : LA COUR D’APPEL CONFIRME LA CONDAMNATION D’EDF

Communiqué du 21 novembre 2018

Début 2015, la centrale de Fessenheim avait dissimulé l’ampleur d’une fuite de 100 m3 d’eau sur le réacteur n° 1, qui avait endommagé des équipements et imposé un arrêt d’urgence. Pour le relancer au plus vite, EDF s’était contentée de réparations effectuées à la va-vite qui avaient débouché sur une nouvelle fuite.

Suite à la plainte déposée par 5 associations, le tribunal de police de Guebwiller avait sanctionné EDF le 8 mars 2017. EDF avait alors interjeté appel.

Ce 21 novembre 2018, la cour d’appel de Colmar a confirmé la condamnation d’EDF. Les associations se réjouissent de cette décision et en profitent pour rappeler que la centrale devrait être fermée immédiatement. À ce titre, le recul de l’ASN face à EDF laisse craindre de nouveaux incidents.

Une fuite massive camouflée en « défaut d’étanchéité »

Le 28 février 2015, le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim a été arrêté, officiellement, suite à un « défaut d’étanchéité« … Dans les faits, la rupture d’une tuyauterie avait déclenché une fuite de 100m3 d’eau, qui avait projeté des éclaboussures en salle des machines jusqu’à 10 mètres de haut et provoqué des courts-circuits sur des équipements électriques. Par ailleurs, cette fuite avait fait dangereusement baisser le niveau d’un réservoir destiné au refroidissement du réacteur, imposant son arrêt en urgence.

Suite à cette fuite, EDF s’était engagée auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à ne remettre la tuyauterie en eau qu’une fois les causes et les conséquences du problème analysées. Or EDF s’était contentée de réparations rapides, ne remplaçant qu’un mètre de canalisation. Voulait-on aller vite dans la perspective de la visite de Nicolas Sarkozy ? Le 5 mars 2015, sans attendre le retour d’analyse, la tuyauterie a été remise en eau, en pleine visite des inspecteurs de l’ASN… avant de rompre à nouveau sous leurs yeux, à un mètre de la précédente cassure !

Les magouilles d’EDF épinglées par la justice

Suite à cette fuite, EDF avait gardé le silence, ne fournissant qu’une information incomplète à la Commission Locale d’Information et de Surveillance de Fessenheim. Le président de l’ASN avait lui-même fustigé cette attitude, jugeant cette communication « décalée ». Le 21 avril 2015, une plainte commune contre EDF avait été déposée par le Réseau “Sortir du nucléaire“, Alsace Nature, le Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la Plaine du Rhin, Stop Fessenheim et Stop Transports-Halte au Nucléaire.

Suite à une première audience, le 5 octobre 2016, où EDF s’était surpassée dans la mauvaise foi, le 8 mars 2017, le tribunal de police de Guebwiller l’a condamnée à payer 17 000 € en tout et inscrit ces infractions à son casier judiciaire. Refusant cette condamnation, EDF avait fait appel.

Après plusieurs renvois, la cour d’appel de Colmar a examiné l’affaire le 26 septembre 2018. Les effets de manches d’EDF, qui tentait de se poser en victime, ne l’ont pas trompée : son arrêt confirme le jugement de première instance. EDF est condamnée à payer 7 000 euros d’amende et 2 500 € de dommages et intérêts ainsi que 2 000 € de frais. La cour confirme que la condamnation figurera au casier judiciaire d’EDF. Les associations se réjouissent de cette décision qui vient sanctionner un industriel menteur, qui met en danger toute une région européenne.

Pas de concession sur la sûreté, Fessenheim doit fermer immédiatement !

Ces fuites en série étaient la conséquence directe du vieillissement et du mauvais entretien des installations. Pour éviter qu’EDF ne récidive et ne dissimule à nouveau d’autres incidents après des réparations effectuées à la va-vite, il n’existe qu’une solution : arrêter définitivement cette centrale en fin de vie, située en zone sismique et inondable, sans attendre 2020 ni 2022 !

Nos associations tiennent d’ailleurs à exprimer leur profonde désapprobation vis-à-vis de l’attitude de l’ASN, qui vient de céder face à EDF. En effet, dès 2012, elle avait imposé à cette dernière d’installer des diesels d’ultime secours d’ici au 31 décembre 2018. Or, EDF n’a jamais entrepris ces travaux de mise aux normes post-Fukushima. Plutôt que de se montrer cohérente, l’ASN a fini par l’en dispenser pour les quelques années pendant lesquelles la centrale est encore censée fonctionner, se contentant de l’inviter à proposer d’hypothétiques mesures alternatives !

Pourtant, même dans la perspective d’une fermeture, l’installation de ces diesels est nécessaire pour garantir la sûreté des piscines de refroidissement de combustible usé, qui continueront à fonctionner plusieurs années après l’arrêt de la centrale.

Le fait que l’ASN accepte qu’un exploitant ne se soumette pas à ses prescriptions est grave. Dans un contexte où de nombreuses centrales vont atteindre leur fin de vie, verra-t-on EDF imposer une sûreté à deux vitesses ? On peut craindre de voir se multiplier les incidents… et pire, d’assister un jour à un accident majeur.

Communiqué de presse commun – Réseau « Sortir du nucléaire« , Alsace Nature, Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin, Stop Fessenheim, Stop Transports-Halte au Nucléaire, Les Citoyens Vigilants des environs de Fessenheim

Retrouvez le dossier juridique

Contacts presse :

Pour le Réseau “Sortir du nucléaire“ : Marie Frachisse – 07 62 58 01 23

Pour Alsace Nature : Jean-Paul Lacote – 0049 1609 733 55 75

Pour Stop Fessenheim : André Hatz – 06 82 02 69 79

Chargée de communication :

Charlotte Mijeon – 06 64 66 01 23

https://www.sortirdunucleaire.org/Fuites-massives-a-la-centrale-nucleaire-de

Nov 21

LE VICE-PRÉSIDENT AMÉRICAIN BAT LE RAPPEL POUR LA GUERRE EN ASIE

Le vice-président américain, Mike Pence, a profité des sommets asiatiques de la semaine dernière pour lancer un ultimatum à la Chine qui accélère la marche vers la guerre. Soit la Chine se plie aux exigences de l’impérialisme américain et accepte un statut subalterne, semi-colonial, soit elle aura affaire à toute la force diplomatique, économique, et finalement militaire des États-Unis.

S’exprimant lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), Pence a accusé la Chine d’avoir tiré « profit des États-Unis pendant de nombreuses années » et a déclaré que « cela est terminé ». Il a franchement averti que « les États-Unis ne changeront pas de cap tant que la Chine ne changera pas de comportement » et a averti que les États-Unis pourraient « plus que doubler » les droits de douane massifs existants sur les produits chinois.

Pence a en effet exclu tout accord entre Trump et le président chinois Xi Jinping lors du sommet du G20 prévu en Argentine plus tard ce mois-ci. En route vers Singapour, il a expliqué au Washington Post que Xi devait se rendre au sommet avec des « propositions concrètes » non seulement sur le déficit commercial américain avec la Chine, mais également sur un large éventail de questions, aussi bien politiques et militaires qu’économiques.

Pence a insisté sur le fait que la Chine devait « changer ses habitudes » en matière de prétendus « vol de propriété intellectuelle, de transfert forcé de technologie, d’accès restreint aux marchés chinois, de manque de respect pour les règles et normes internationales, des efforts pour limiter la liberté de navigation dans les eaux internationales et d’ingérence du Parti communiste chinois dans la politique des pays occidentaux. »

Les propos du vice-président reprennent le discours anti-chinois belliqueux qu’il a prononcé en octobre et qui a donné le ton à l’affrontement de plus en plus intense du gouvernement Trump avec la Chine. En effet, Washington insiste pour que Pékin abandonne son projet de développement d’industries de haute technologie afin de concurrencer les entreprises américaines, ouvre davantage la Chine à l’exploitation des entreprises américaines, se plie au « système international fondé sur des règles », défini ainsi par les États-Unis, et évite toute tentative de riposter à la propagande anti-chinoise de plus en plus agressive.

Pence a également lancé un défi au projet chinois « Belt and Road Initiative » (nouvelle route de la soie), une stratégie d’infrastructures de grande envergure visant à intégrer plus étroitement la Chine dans la masse continentale eurasienne afin d’empêcher son encerclement par les États-Unis et leurs alliés. Dans une attaque hypocrite sur la Chine, Pence a déclaré à la réunion de l’APEC : « Sachez que les États-Unis offrent une meilleure option. Nous ne noyons pas nos partenaires dans une mer de dettes, nous ne contraignons pas, ni ne compromettons votre indépendance […] Nous ne proposons pas un réseau de communication contraignant ou une route à sens unique. »

Pence a effectivement saboté le sommet de l’APEC, qui, pour la première fois en 29 ans, n’a pas publié de communiqué final, après que les États-Unis eurent insisté sur un libellé impliquant des modifications de l’Organisation mondiale du commerce susceptibles de porter atteinte à la Chine.

L’aspect le plus sinistre des propos de Pence concerne les actions militaires américaines centrées sur la mer de Chine méridionale, où l’administration Trump a intensifié ses opérations dites de « liberté de navigation » en envoyant de manière provocatrice des navires de guerre et des bombardiers à capacité nucléaire dans le but de pénétrer dans l’espace aérien et les eaux réclamés par la Chine.

Pence a insisté pour dire que de telles provocations militaires allaient continuer malgré le risque qu’un incident puisse engendrer un conflit ouvert. Une collision a failli avoir lieu en septembre entre un destroyer américain et un vaisseau chinois, dont Washington impute la responsabilité à la marine chinoise. En réalité, ce sont des actes américains téméraires dans des eaux à des milliers de kilomètres du territoire américain, mais proches des bases militaires chinoises sensibles, qui en sont responsables.

S’adressant aux médias, Pence a déclaré : « Nous ne serons pas intimidés. Nous n’allons pas baisser les bras. » Interrogé sur ce qui se passerait si Pékin n’acceptait pas d’agir de manière à éviter une « guerre froide » avec les États-Unis, Pence a répondu : « Alors qu’il en soit ainsi. Nous restons ici pour de bon. »

En réalité, ce qui se prépare n’est pas une nouvelle version de la guerre froide entre les États-Unis et l’ancienne Union soviétique, mais un retour aux années 1930 lorsque la guerre commerciale, les provocations militaires et les affrontements ont rapidement entraîné l’éclatement de la guerre mondiale qui a coûté la vie à de dizaines de millions de personnes. Contrairement aux années 1950 et 1960, quand les États-Unis dominaient l’économie mondiale et que l’Union soviétique ne posait aucun défi économique, l’impérialisme américain est en déclin historique et considère la Chine, aujourd’hui la deuxième économie mondiale, comme une menace majeure pour son hégémonie mondiale.

La stratégie de Washington n’est pas une « guerre froide » de confinement, mais la politique de « refoulement » qui, avant son abandon, mena les États-Unis au bord d’un conflit total avec la Chine et l’Union soviétique pendant la guerre de Corée. Le gouvernement Obama a lancé « le pivot vers l’Asie » accéléré par Trump dans lequel le Pentagone organise un renforcement militaire massif et la consolidation des alliances et partenariats stratégiques dans toute la région indo-pacifique.

Ce n’est pas un hasard si Pence a annoncé que les États-Unis soutiendraient l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) en créant une nouvelle base militaire commune majeure sur l’île de Manus (PNG). L’île, stratégiquement située, a été utilisée par les forces militaires américaines lors de la guerre du Pacifique contre le Japon. Les nouvelles installations de Manus s’inscrivent dans le cadre de la restructuration en profondeur des bases américaines du Pentagone en Asie, complétée par de nouveaux accords sur des bases qui cernent la Chine allant du Japon, la Corée du Sud et Guam, au nord de l’Australie et Singapour, en passant par l’Inde.

Plus tôt cette année, avant de prendre le commandement américain du Pacific, PACOM, l’amiral Philip Davidson a déclaré à une commission du Sénat qu’il allait « réorganiser » les 375 000 militaires et civils, les 200 navires de guerre et près de 1100 avions du PACOM, conformément à la nouvelle stratégie de défense nationale du Pentagone. Inauguré en janvier, le document de stratégie faisait de la rivalité entre grandes puissances son axe principal au lieu et place du terrorisme, désignant spécifiquement la Chine, ainsi que la Russie, comme des « puissances révisionnistes » qu’il fallait combattre.

Décrivant ses plans pour le PACOM, Davidson déclara : « Cet effort consiste à assurer la préparation au combat des forces affectées dans le Pacifique occidental, développer une empreinte qui tient compte de la modernisation rapide de la Chine et conclure des accords avec les pays hôtes permettant aux États-Unis de projeter de la force lorsque cela est nécessaire. » Il a évoqué un nouveau système d’armement, notamment « des armes hypersoniques et à énergie dirigée, dans le domaine de l’espace, des capacités de cyber et de réseau », le tout en préparation de guerre avec la Chine.

La démarche la plus inquiétante aux États-Unis est la récente décision de se retirer du traité de 1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) avec l’ancienne Union soviétique, ce qui permet au Pentagone de constituer un nouvel arsenal de missiles nucléaires à courte et moyenne portée ayant la Chine comme cible principale. La précédente stratégie de bataille aéronavale du Pentagone contre la Chine, qui consistait en une attaque massive conventionnelle par des avions et des missiles contre le continent chinois à partir de bases voisines, est maintenant complétée ou remplacée par un projet d’attaque nucléaire dévastatrice.

L’administration Trump met le cap sur une guerre catastrophique avec la Chine, qui entraînera inévitablement la mort de plusieurs millions, voire de milliards de personnes. En fondant la Quatrième Internationale en 1938 à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Léon Trotsky a averti que l’humanité n’avait que deux alternatives : le socialisme ou la barbarie. Une nouvelle internationale révolutionnaire opposée aux dirigeants traîtres social-démocrates et staliniens était nécessaire pour mobiliser et unir les travailleurs du monde entier afin d’abolir le capitalisme et sa division du monde dépassée en États-nations rivaux.

Tel est le défi auquel la classe ouvrière internationale doit faire face aujourd’hui : rejoindre et construire le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections, qui sont les seuls partis à se battre pour la perspective du socialisme internationaliste.

(Article paru en anglais le 20 novembre 2018)

Par Peter Symonds le 21 novembre 2018

https://www.wsws.org/fr/articles/2018/11/21/pers-n21.html

Nov 21

ESSAIS NUCLÉAIRES EN POLYNÉSIE : DES PRÉCONISATIONS POUR MIEUX INDEMNISER LES VICTIMES

Mieux indemniser les victimes des essais nucléaires. C’est l’enjeu d’un rapport remis ce mardi à l’hôtel de Matignon au Premier Ministre Édouard Philippe. Lana Tetuanui, sénatrice de Polynésie française, préside la commission chargée de faire des propositions au gouvernement. 

Il a été remis comme promis avant la fin de l’année 2018. Le rapport transmis ce mardi à Édouard Philippe est le fruit de six mois de travaux. Une commission présidée par Lana Tetuanui, sénatrice de Polynésie française, propose au Premier Ministre des mesures afin d’améliorer l’indemnisation des victimes des essais nucléaires. 

L’article 113 de la loi Égalité Réelle Outre-mer (ÉROM) du 28 février 2017 préconisait la création de cette commission de douze membres. Les députés de Polynésie française Nicole Sanquer et Moetai Brotherson en font partie. 

Indemnisation : la fin du parcours du combattant? 

Avant l’adoption de la loi Égalité Réelle Outre-mer en 2017, obtenir une indemnisation relevait du parcours du combattant. Selon la sénatrice Lana Tetuanui, « très peu de dossiers ont été déposés dont la plupart rejetée. » La faute à des critères très stricts. 

La loi Égalité Réelle Outre-mer a supprimé l’un des freins à l’indemnisation : la référence au « risque négligeable« . Une notion contenue dans la loi MORIN du 5 janvier 2010, l’ancien socle du dispositif d’indemnisation. Le risque de contracter une maladie liée au nucléaire était considéré comme « négligeable« .  D’autres facteurs apparaissaient prépondérants dans ces maladies. 

Avec les propositions de la commission dite « de l’article 113 de la loi EROM« , le dispositif d’indemnisation devrait être amélioré.

Que préconise la commission ? 

Pour être indemnisé, avoir résidé en Polynésie française entre 1966 et 1996 reste une condition sine qua non. Les 210 essais nucléaires français au Sahara algérien et en Polynésie ont été effectués durant cette période.

Toute personne souffrant d’une des vingt-et-une maladies radio-induites recensées dans le décret du 15 septembre 2014 peut aussi déposer un dossier d’indemnisation. 

La commission propose désormais que tout dossier d’indemnisation soit recevable dès qu’un seuil d’un millisievert est franchi. Le millisievert est une unité de radioprotection. Il mesure la dose de rayonnements reçus par un individu, que ces rayonnements soient d’origine radioactive ou proviennent d’autres sources comme les rayons X en médecine ». (Dr Jean-Philippe Vuillez, chef de service de médecine nucléaire au CHU de Grenoble et membre de la commission)

Un millisievert est la dose maximale admise pour le public par la législation française. Ce seuil est préconisé par le comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) depuis plus d’un an. Le CIVEN s’appuyait sur un article du code de la santé publique, sans que ce critère soit inscrit dans la loi d’indemnisation. La commission dite « de l’article 113 de la loi EROM » veut mettre fin à ce vide juridique.

Qu’est-ce que ça va changer ? 

Grâce à ce nouveau dispositif, le nombre de dossiers validés par le CIVEN devrait augmenter. Dans une lettre adressée au Premier Ministre le 15 novembre 2018, Lana Tetuanui donne des résultats encourageants. 

« Entre le 1er janvier et le 22 octobre 2018, 146 personnes ont fait l’objet d’une décision d’acceptation dont 48 résidentes de Polynésie française, alors qu’entre janvier 2010 et décembre 2017, 96 personnes ont reçu une réponse favorable dont 11 personnes résidentes de Polynésie française. »

Des délais prolongés pour déposer un dossier?

Autre préconisation de la commission : étendre à la fin de l’année 2021 la date limite pour déposer un dossier d’indemnisation. Les ayants droit des victimes décédées pourraient bénéficier de trois années supplémentaires. La loi de programmation militaire de 2013 prévoyant un délai de cinq ans pour le dépôt de toute demande, soit fin décembre 2018, pourrait être modifiée.

Dans un communiqué, Matignon indique que le gouvernement « va aussi proposer d’allonger le délai ouvert pour demander le réexamen des décisions de refus déjà prises par le CIVEN avant la loi du 28 février 2017« .

Quelles mesures seront retenues par l’État? 

Au micro de France Ô/la1ère ce mardi, Annick Girardin, ministre des Outre-mer, s’est voulu rassurante.

« La plupart des recommandations seront suivies par l’État. » Annick Girardin

Dépolluer les terres, bâtir un site mémoriel. La ministre des Outre-mer précise ces mesures sans indiquer de calendrier. Les préconisations portées par la commission dite « de l’article 113 de la loi EROM » nécessiteront pourtant plusieurs changements législatifs.

Un centre de mémoire en Polynésie française

Le rapport remis mardi à Matignon préconise aussi de faciliter le travail de mémoire. Un site mémoriel sera bâti en Polynésie française. Le terrain et les bâtiments de l’ancien commandement de la marine à Papeete serviront d’écrin au projet. Ils étaient jusqu’ici des propriétés de l’État.

Édouard Fritch, le président de la Polynésie française, présent à Matignon, a remercié le gouvernement pour la cession du foncier de l’État à la collectivité. Une cession inscrite dans le Projet de loi de Finances.

Dans un communiqué, « le Gouvernement confirme son soutien au projet d’institut d’archives et de documentation sur le fait nucléaire porté avec le gouvernement de Polynésie Française.« 

https://la1ere.francetvinfo.fr/essais-nucleaires-polynesie-preconisations-mieux-indemniser-victimes-652633.html

Nov 20

SCÉNARIOS NUCLÉAIRES DANS LA PROGRAMMATION PLURIANNUELLE DE L’ÉNERGIE : LE GOUVERNEMENT PROCRASTINE ET CÈDE AUX CAPRICES D’EDF

Communiqué du 20 novembre 2018

L’AFP vient de dévoiler trois scénarios concernant la réduction du nucléaire dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Du plus « ambitieux » au plus extrême, ces trois scénarios aboutissent tous à une inacceptable prolongation du risque nucléaire. Le Réseau “Sortir du nucléaire » appelle à se mobiliser pour empêcher ce risque imposé.

Alors qu’énormément de retard a déjà été pris pour réduire la part du nucléaire et que la fin de vie des réacteurs se rapproche [1], les trois scénarios mis sur la table par le gouvernement reviennent à procrastiner dangereusement et à perdre un temps précieux pour engager des transformations inévitables du système énergétique.

En faisant fuiter ces scénarios, le gouvernement a-t-il cherché à faire passer pour « ambitieux » celui attribué au Ministère de la Transition écologique, ou pour « raisonnable » le scénario intermédiaire ? Dans tous les cas, même le premier n’est en fait que la confirmation d’une reculade, repoussant la fermeture de réacteurs autres que Fessenheim après le quinquennat d’Emmanuel Macron et admettant la prolongation d’une grande partie des réacteurs jusqu’à 50 ans, voire plus. Le scénario « intermédiaire », lui, revient à prolonger la quasi-totalité du parc à 50 ans, voire plus. Quant au plus extrême, dit de Bercy (donc d’EDF…) il semble postuler la prolongation à 60 ans d’une grande partie du parc nucléaire. Il ferait prendre 15 ans de retard à l’objectif initial de réduction de la part du nucléaire et perpétuerait le risque nucléaire pour des décennies, en envisageant de surcroît quatre nouveaux réacteurs.

Ces scénarios confirment que le gouvernement est sous l’emprise d’EDF, qui dicte ses volontés. Cette situation est d’autant plus grave que les projets de l’entreprise apparaissent déconnectés du monde réel. Comment imaginer prolonger massivement le parc au-delà de 40 ans, voire de 50 ans, alors que les réacteurs vieillissent et vont connaître de plus en plus d’avaries, que 1775 anomalies (au moins) affectent des composants importants pour la sûreté et que des problèmes récurrents de maintenance mal faite se multiplient ? Rappelons que certains composants, comme la cuve du réacteur, ne sont pas conçus pour dépasser une quarantaine d’année de fonctionnement et ne sont pas remplaçables ni réparables. Cédant à EDF, le gouvernement accepte-t-il la perspective d’un accident dans les prochaines années ?

Ces scénarios dangereux sont également profondément irréalistes. Comment EDF compte-t-elle réaliser des travaux lourds pour prolonger son parc alors que même la maintenance de ses installations n’est pas correctement assurée ? Et à moins de mettre l’État à contribution, comment compte-t-elle financer ces travaux (sans parler de la construction de nouveaux réacteurs) alors qu’elle fait déjà face à une dette colossale ? Le gouvernement demandera-t-il donc aux Français de financer les délires d’une entreprise qui leur impose un risque démesuré et une énergie du passé ? Et tout cela pour garantir d’hypothétiques profits d’EDF SA, qui table sur des exportations d’électricité démesurées à l’étranger [2] ?

Et quelle sera l’attitude de l’Autorité de sûreté nucléaire ? Va-t-elle mettre le holà à ces projets hors sol, ou finira-t-elle par accepter une sûreté au rabais, comme elle l’a déjà fait en dispensant EDF de travaux post-Fukushima à Fessenheim ?

Le Réseau “Sortir du nucléaire“ appelle les citoyens à protester massivement contre cette fuite en avant et contre la prolongation du risque nucléaire qu’on veut leur imposer.

Notes :

[1] À ce jour, les 4/5 du parc ont dépassé 30 ans de fonctionnement. En 2028, une quarantaine de réacteurs aura dépassé les 40 ans et en 2035, une trentaine aura alors 50 ans ou plus.

[2] On notera que les deux derniers scénarios paraissent s’inspirer des scénarios de RTE les plus exportateurs d’électricité (jusqu’à trois fois plus qu’aujourd’hui.

Contact presse : Philippe Lambersens – 06 83 53 89 82

Chargée de communication : Charlotte Mijeon – 06 64 66 01 23

Retrouvez ce communiqué sur le site : https://www.sortirdunucleaire.org/Scenarios-nucleaires-dans-la-Programmation

Nov 20

LA POLYNÉSIE MARQUÉE À JAMAIS PAR LES ESSAIS NUCLÉAIRES FRANÇAIS

Pendant 30 ans, de 1966 à 1996, la France a testé ses bombes nucléaires en Polynésie. Alors que ce territoire ultramarin paye encore les conséquences sanitaires, sociales et environnementales des essais, faire reconnaître le rôle préjudiciable de la métropole et obtenir justice se heurte encore au secret défense.

« Nous devions demeurer sous les abris jusqu’à ce qu’il s’arrête de pleuvoir », raconte Daniel, un cultivateur local de Mangareva, une des îles de la Polynésie française appartenant à l’archipel de Gambier, à 1.500 km au sud-est de Tahiti. Il décrit les exercices réalisés sous le commandement de l’armée française pour les 500 habitants de l’île le 24 août 1968, le jour où, à 400 km de là, il fut procédé à l’explosion de Canopus — une bombe thermonucléaire 150 fois plus puissante que celles qui, en août 1945, ont détruit Hiroshima et Nagasaki.

Ce n’était ni la première ni la dernière fois que les habitants de l’île s’abriteraient de la pluie. Entre 1966 et 1996, la France a effectué 193 essais nucléaires dans ce qui constituait alors le territoire d’outre-mer de la Polynésie française. Quarante-six essais ont été réalisés dans l’atmosphère, où chacune des explosions a produit des nuages radioactifs balayés au gré des vents, parsemant l’environnement de radionucléides et exposant directement les populations, la faune et la flore à des taux de radioactivité anormaux.

Durant des années, l’effet réel des essais nucléaires en Polynésie française — maintenant une Collectivité d’outre-mer (COM) composée de 118 îles et atolls occupant plus de 2.000 km des eaux du Pacifique — avait constitué un secret étroitement gardé. Encore aujourd’hui, toute information concernant les taux d’exposition est protégée par l’armée française. Récemment, toutefois, des informations concernant la portée exacte des retombées ont commencé à faire surface. Début octobre, Oscar Temaru, politicien de l’opposition en Polynésie française, a déclaré lors d’une réunion des Nations unies à New York qu’une plainte avait été déposée contre la France pour « crimes contre l’humanité » devant la Cour pénale internationale, et ce, au nom de « toutes les personnes qui sont mortes des conséquences du colonialisme nucléaire ».

En raison d’un manque d’infrastructures et d’accès, un grand nombre de cas en Polynésie n’ont été signalés que très tard. Jusqu’en 2009, la plupart des patients atteints d’un cancer étaient évacués soit vers la Nouvelle-Zélande, soit vers la France, pour y recevoir un traitement de radiothérapie.

« Bousculer dans un laps de temps extrêmement court l’ensemble du mode de vie de la Polynésie » 

Les rapports divulgués au début de cette année par le ministère de la Santé de la Polynésie française indiquent une augmentation du nombre de maladies radio-induites, avec 467 nouveaux cas de cancer signalés en 2017 par rapport à 93 en 1992. On peut raisonnablement parler d’une corrélation entre cette augmentation et un système de santé plus développé, et des études plus spécifiques sont certainement requises pour évaluer précisément l’incidence des essais sur la santé de la population.  Cependant, les communautés locales refusent de croire que cette hausse des cas de diagnostics de cancer soit purement fortuite.

La France, actuellement deuxième producteur mondial d’énergie nucléaire, est engagée sur la voie de l’énergie nucléaire depuis 1939. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le président français, le général Charles de Gaulle, a mis sur pied une agence officielle chargée de l’énergie nucléaire, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Dès 1956, la construction d’armes atomiques a démarré sous le Premier ministre Pierre Mendès-France et après son retour au pouvoir en 1958, le général de Gaulle a activé un programme d’essais nucléaires qui a conduit à la détonation de la première bombe A dans le désert algérien, le 13 février 1960 — la tristement célèbre Gerboise bleue.

La France a procédé à des dizaines d’essais atmosphériques et souterrains en Algérie mais lorsque le pays a acquis son indépendance en 1962, l’attention du CEA s’est tournée vers les territoires français d’outre-mer du Pacifique. Il a choisi, pour nouveau terrain d’essai, les atolls de Moruroa et de Fangataufa (appartenant à l’archipel des Tuamotu), en Polynésie française, et en mai 1963, un premier contingent de 300 ouvriers et techniciens a débarqué à Moruroa pour y construire les premiers bâtiments du Centre d’expérimentations nucléaires du Pacifique (CEP). Son incidence a été, à bien des égards, regrettable.

Comme Patrice Bouveret, de l’Observatoire des armements, une organisation indépendante qui évalue les effets des essais nucléaires français en Polynésie depuis 1984, l’a expliqué dans un entretien avec Equal Times : « La décision du gouvernement français d’utiliser le territoire polynésien comme site pour ses essais nucléaires est venue bousculer dans un laps de temps extrêmement court l’ensemble du mode de vie de la Polynésie aux niveaux économique, social, alimentaire, culturel et environnemental. »

Dès avant le lancement des premières bombes, les efforts portant sur la construction du CEP ont déclenché une vague de changements auxquels les Polynésiens n’avaient pas accordé leur consentement et n’étaient pas prêts à faire face. « La population polynésienne était environ de 150.000 personnes à l’époque. Environ 10.000 personnes — pour la plupart des hommes seuls, jeunes — ont débarqué vers la fin des années 1960. Cela a entraîné une véritable explosion de la consommation, des transactions immobilières et foncières, qui a également bénéficié à certains Polynésiens, mais aussi aggravé les inégalités », explique M. Bouveret.

Ainsi, entre 1962 et 1968, la population de l’île de Tahiti a pratiquement triplé <http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/doc34-06/34269.pdf> , entraînant une vague d’urbanisme sauvage qui a exacerbé les disparités sociales. Parallèlement, avec son économie coloniale fortement dépendante de l’aide française, la Polynésie a connu un pseudo-boum économique où la hausse exponentielle de la demande de main-d’œuvre, la hausse des salaires et l’introduction d’un capitalisme à l’européenne ont détourné la population locale de ses moyens de subsistance traditionnels, comme la pêche et la production de copra, de vanille et de café destinée à l’exportation.

Des habitants et des milliers de travailleurs migrants avaient été « insuffisamment informés » par l’État des conséquences possibles des radiations 

Le CEP a également défiguré le paysage de quelques-unes de ces îles et atolls polynésiens naguère paradisiaques. Comme, par exemple, l’excavation de plus de deux millions de mètres cubes de terre et l’édification d’une digue de 2.000 mètres en l’espace d’un peu plus de deux ans à partir de la construction du CEP. L’atoll jusque-là inhabité de Moruroa a vu la construction d’une piste d’atterrissage d’une longueur de 2.000 mètres, ainsi que d’habitations à même d’accueillir plus de 2.000 membres de personnel, cependant que l’atoll de Hoa, cédé en location partielle, a dû faire ses adieux à 50.000 mètres cubes de corail, pour faire place à des chenaux d’accès.

Le lagon de Mururoa en 1972.

À partir du lancement des essais nucléaires en 1966, les conséquences ont commencé à affecter la santé de l’environnement local, des habitants et des milliers de travailleurs migrants, qui avaient été « insuffisamment informés » par l’État des conséquences possibles des radiations. Le nuage radioactif issu de l’explosion d’Aldébaran, la toute première bombe à exploser, le 2 juillet 1966, au-dessus de l’atoll de Moruroa, a dérivé jusqu’à Mangareva, entraînant l’évacuation du ministre des outre-mer, alors que la population locale n’en a pas été informée.

Plus de 40 ans plus tard, un rapport de l’Observatoire des armements <http://www.moruroa.org/medias/pdf/Damocles%20112-114.pdf> , a divulgué des documents jusque-là classifiés contenant des enregistrements par des techniciens du Service mixte de contrôle biologique (SMBC) — un organe créé par le CEA pour collecter et analyser des échantillons biologiques puisés durant et après les explosions — dans lesquels les niveaux de radiations décelées dans des laitues non lavées quatre jours après l’explosion d’Aldébaran étaient 666 supérieures à la normale.

L’eau potable était six fois plus radioactive et les échantillons de sol 50 fois plus radioactifs que la normale. Près de trois mois plus tard, une enquête a révélé que la radioactivité détectée dans l’eau de pluie à Mangareva atteignait des niveaux ahurissants, 11 millions de fois supérieurs à la normale.

Malgré le fait qu’il était en possession de cette information, le CEP a poursuivi les essais, et ce jusqu’à février 1996, quand le président Jacques Chirac a annoncé l’arrêt définitif du programme.

L’efficacité contestable de la loi Morin 

Au terme de longues années de lutte pour la reconnaissance face aux dénis véhéments de responsabilité de l’État français, une lueur d’espoir s’est finalement présentée aux Polynésiens en 2010 avec la mise en application par le gouvernement français d’une loi prévoyant le versement d’indemnités pour les victimes des essais nucléaires français en Polynésie <https://www.senat.fr/rap/l09-018/l09-01822.html> . Toutefois la loi Morin [1 <https://reporterre.net/La-polynesie-marquee-a-jamais-par-les-essais#nb1> ] a soulevé, à bien des égards, plus de controverses qu’elle n’a livré d’indemnisations adéquates.

D’après le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires <https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2018/06/20180525_civen_rapport_dactivite_civen_2017_avec_annexes.pdf> , des 1.245 cas enregistrés depuis l’établissement de ce comité, 147 seulement émanent de la population polynésienne. Jusqu’à présent, 11 cas à peine ont été approuvés comme éligibles à compensation.

L’efficacité contestable de la loi Morin tient, en grande partie, au secret que maintient le ministère de la Défense sur ses enquêtes afférentes aux questions nucléaires : l’impossibilité d’accéder aux dossiers exclut toute possibilité d’enquête exhaustive et par-là même toute possibilité de compensation effective et complète.

Cet embargo sur l’information a aussi eu des répercussions tangibles sur les résultats scientifiques — ce que le Dr Florent de Vathaire, du groupe chargé de l’épidémiologie des radiations à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a, dans son étude de 2010 < https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2965871/ >  sur les cas de cancer de la thyroïde en Polynésie française, attribué aux « données limitées concernant l’exposition ».

La France a maintenu le secret sur la plupart des documents, ne faisant qu’attiser la frustration des Polynésiens 

Malgré les tentatives répétées des autorités polynésiennes d’accéder aux documents, la France a maintenu le secret sur la plupart d’entre eux, ne faisant qu’attiser la frustration des Polynésiens. « Clairement, nous n’aurons jamais accès à tous les éléments qui pourraient révéler, ne fût-ce que partiellement, les moyens de fabriquer l’arme », affirme Yolande Vernaudon, de la Délégation polynésienne pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN), un service administratif mis sur pied par le gouvernement français pour superviser les processus liés aux essais. Et d’ajouter : « Cependant, certains courriers ou rapports sont classés “secret défense” alors qu’il nous semble qu’ils ne contiennent aucun indice de fabrication tandis qu’ils sont importants pour permettre de retracer les évènements historiques. »

Mais en dehors d’une estimation de la portée réelle des conséquences sur la santé de la population polynésienne, un simple examen des documents militaires pourrait permettre de faire la lumière sur d’autres retombées — peut-être plus profondes encore — de la période nucléaire. « Ces dernières années, l’accent a été mis essentiellement sur les conséquences sanitaires réelles, mais aussi supposées voire fantasmées de ces essais, occultant les conséquences environnementales, sociales et culturelles », a déclaré Mme Vernaudon à Equal Times.

Alors que la France continue de négliger ses responsabilités, les Polynésiens ont réuni un comité chargé de débattre de la création d’un mémorial où des archives, des documents et des témoignages personnels seront exposés pour les prochaines générations.

« Nous préparons désormais le cahier des charges pour recruter, par appel d’offres, un programmiste scénographe qui sera chargé d’écrire le projet de programme technique détaillé qui permettra la consultation de maîtrise d’œuvre », a indiqué Mme Vernaudon à l’issue de la dernière réunion du Comité, le 20 juillet 2018. Elle a ajouté que le mémorial a fait partie des demandes des Polynésiens depuis plus de 15 ans et que bien que son contenu ne soit pas encore précisément défini, ces premiers pas représentent une nouvelle quête pour la vérité.

Kim Feldmann (Equal Times) le 20 novembre 2018

https://reporterre.net/La-polynesie-marquee-a-jamais-par-les-essais

Nov 20

FRANCE/NUCLÉAIRE: ENTRE 0 ET 6 FERMETURES DE RÉACTEURS D’ICI 2028, TROIS SCÉNARIOS SUR LA TABLE

Paris – Trois scénarios pour un arbitrage très attendu: l’exécutif va annoncer la semaine prochaine entre 0 et six nouvelles fermetures de réacteurs nucléaires d’ici 2028, sans compter les deux de Fessenheim qui seront les seuls à s’arrêter durant le quinquennat, selon un document obtenu par l’AFP mardi.

Ce document préparatoire rassemble les trois scénarios sur lesquels planche l’exécutif pour la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui doit être annoncée la semaine prochaine par Emmanuel Macron et Édouard Philippe.

L’objectif de 50% de nucléaire est atteint en 2035 dans les deux premiers, mais attend 2040 dans un troisième. Tous prévoient en revanche une part de 40% d’électricité renouvelable, atteinte en 2030, 2032 ou 2034 suivant les trois cas.

Sollicité par l’AFP sur ces informations, Matignon n’a pas fait de commentaires « sur des scénarios préparatoires à une décision« , confirmant simplement que « des annonces seraient faites la semaine prochaine« .

Scénario 1: le scénario Hulot/Rugy, des réacteurs fermés durant la PPE

Dans le document que s’est procuré l’AFP, le scénario est siglé « MTES« , comme le ministère de la Transition Écologique et Solidaire, occupé par Nicolas Hulot et, depuis septembre, par François de Rugy. Il atteint les 50% d’électricité nucléaire en 2035, avec 40% d’électricité renouvelable dès 2030 (contre 71,6% et 17,6% respectivement en 2017).

Aucun autre réacteur que les deux de Fessenheim ne serait fermé d’ici la fin du quinquennat. Mais, comme le demandent les anti-nucléaires, des fermetures de réacteurs sont bien prévues dans le cadre de la PPE, qui s’arrête en 2028: deux en 2023, deux en 2025, et deux en 2027, soit six au total.

Le scénario, qui laisse entendre que des indemnisations devront être versées à EDF, prévoit ensuite six fermetures supplémentaires entre 2028 et 2035, soit un total de 14 réacteurs sur les 58 réacteurs en fonctionnement d’EDF, Fessenheim inclus.

Dans cette option, la possibilité de construire des nouveaux réacteurs reste ouverte, mais aucune mise en service n’est actée avant 2035 en dehors de l’EPR de Flamanville.

L’effort de construction d’électricité renouvelable est le plus rapide des trois scénarios: 5 gigawatts par an jusqu’en 2028, puis 5,5 gigawatts par an d’ici 2035, soit près de deux fois plus que le rythme d’installation en 2017 (2,8 GW). Il devrait s’agir principalement d’éolien et de solaire. L’objectif de 40% d’électricité renouvelable est atteint dès 2030.

Scénario 2: un scénario « intermédiaire » qui reste favorable à EDF

En dehors de Fessenheim, aucune fermeture de réacteur dans le quinquennat et aucune d’ici la fin de la PPE en 2028: la principale demande du PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, est respectée. Comme le scénario 1, ce scénario qualifié d' »intermédiaire » dans le document gouvernemental prévoit douze fermetures d’ici 2035, mais elles sont toutes concentrées sur la période 2028-2035. « Sans indemnisation » versée à EDF, selon le document.

La possibilité de construire des nouveaux réacteurs reste là aussi ouverte, sans mise en service actée avant 2035 en dehors de Flamanville.

Quant au rythme des nouvelles énergies renouvelables, il reste soutenu, mais le gros de l’effort est renvoyé en fin de période: 4,7 gigawatts par an d’ici 2028, puis 6,5 GW par an entre 2028 et 2035. Du coup l’objectif de 40% d’électricité renouvelable est atteint un peu plus tard, en 2032.

Scénario 3: un scénario Bercy avec des nouveaux EPR et 50% de nucléaire en 2040

Poussé par Bercy, selon le document, c’est le scénario où le nucléaire est le plus défendu: aucune fermeture supplémentaire d’ici 2028, et seulement neuf fermetures entre 2028 et 2035. Conséquence: l’objectif de 50% de nucléaire de 2025, repris dans son programme par Emmanuel Macron puis repoussé à 2030-2035 peu après son élection, attendrait 2040.

Le scénario retient noir sur blanc la construction de 4 nouveaux réacteurs en plus de l’EPR de Flamanville: deux vers 2034-2035 puis deux autres vers 2040-2041.

Le rythme de construction d’électricité renouvelable est plus lent: 3,9 gigawatts par an jusqu’en 2028, puis 4,9 GW/an jusqu’en 2035. L’objectif de 40% d’électricité renouvelable est atteint en 2034.

AFP / 20 novembre 2018 à 05h05

https://www.romandie.com/news/France-nucl-aire-entre-0-et-6-fermetures-de-r-acteurs-d-ici-2028-trois-sc-narios-sur-la-table/972700.rom

NDLR : en résumé, à part Fessenheim (peut-être…), on ne ferme aucun réacteur pendant le mandat de Macron. L’objectif de 50% de nucléaire de 2025, repris dans son programme sera officiellement abandonné, et il en sera de même, le temps venu, d’abandonner les scénarios 1 et 2, voire 3… sauf accident gravissime entre temps

Nov 20

NUCLÉAIRE : DE NOUVEAUX RÉACTEURS FERMÉS ?

LE CHIFFRE ÉCO – Jusqu’à six centrales nucléaires seront fermées d’ici 2028 dans le cadre de la PPE, outre les deux réacteurs de Fessenheim qui le seront pendant le quinquennat.

Après le pétrole vient le tour du nucléaire. Selon l’AFP, la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) préconise la fermeture de zéro à six réacteurs nucléaires d’ici 2028. Notons que le pays compte un parc nucléaire de 58 réacteurs. Le but est de réduire à 50% notre production d’électricité via le nucléaire qui est actuellement à 70%, et ce d’ici 2035. L’exécutif doit faire des annonces la semaine prochaine. Comment expliquer cette fourchette ?

Ce mardi 20 novembre 2018, Claire Fournier, dans sa chronique « Le chiffre éco« , nous parle de la fermeture de réacteurs nucléaires dans le cadre de la PPE. Cette chronique a été diffusée dans La Matinale du 20/11/2018 présentée par Pascale de La Tour du Pin sur LCI. Du lundi au vendredi, dès 5h45, Pascale de La Tour du Pin vous présente la Matinale entourée de ses chroniqueurs.

Publié le 20 nov. 07h50, mis à jour : aujourd’hui à 10:29

Pour écouter « Le chiffre éco », cliquer sur :

https://www.lci.fr/social/nucleaire-de-nouveaux-reacteurs-fermes-2105049.html

NDLR : des promesses, toujours des promesses… mais ceux qui promettent aujourd’hui ne seront plus aux commandes d’ici 2028 alors, ça ne coûte pas cher de promettre…et ça pourrait en calmer quelques-uns…

Nov 20

L’EXPOSITION « YELLOW CAKE » À MARSEILLE DÉNONCE L’EXPLOITATION DE L’URANIUM EN AFRIQUE

L’exposition « Yellow Cake » à la galerie marseillaise Porte Avion présente une installation de Caroline Sury et Ludovic Ameline qui met en lumière et dénonce, à travers des découpages dans du papier et de l’acier, des peintures, des objets ou encore un texte, l’exploitation de l’uranium en Afrique.

Yellow Cake : l’exploitation de l’uranium dans le Sahara

Le titre de l’exposition, « Yellow Cake », reprend un terme signifiant en anglais « gâteau jaune », qui désigne un concentré d’uranium, une matière première qui est le produit final du processus d’extraction de l’uranium de la mine, avant son transport et sa purification afin d’être utilisé dans la fabrication de combustible pour les centrales nucléaires. Le yellow cake est produit directement dans les pays où est extrait le minerai d’uranium, le plus souvent dans un site à proximité de la mine.

En reprenant à leur compte ce terme utilisé dans l’industrie minière et nucléaire, Caroline Sury et Ludovic Ameline exploitent pleinement ses multiples connotations. Détournant sa signification initiale, neutre et non péjorative, le duo d’artiste retient les notions de festivité, de confort et de richesse qui se rattachent aux mots « gâteau » et « jaune », évocateur de l’or, pour mieux souligner le caractère inéquitable de l’exploitation des ressources minières en Afrique.

Yellow Cake : une installation de Caroline Sury et Ludovic Ameline

Rassemblant des peintures, des objets, des découpages ou encore un texte, Caroline Sury et Ludovic Ameline ont réalisé une installation qui aborde le thème de l’Afrique et du nucléaire en se concentrant sur le Sahara et sur l’oasis, jadis lieu de repos, de ressourcement et de rencontre des peuples Touaregs, îlot de terre fertile au milieu de l’aridité, aujourd’hui transformé en mines d’extraction de l’uranium à ciel ouvert.

L’installation irradiante de Caroline Sury et Ludovic Ameline explore des formes artistiques singulières et les lieux de vie actuels en milieu hostile. On y retrouve l’univers graphique de Caroline Sury, entre art naïf, art brut et inspiration plus mordante et trash.  Les personnages découpés dans une plaque d’acier comme Toilette élégante et On sert le thé ou les deux Grigris jaunes sur lesquels sont peints des engins d’extraction renvoient la violence du télescopage entre la vie des autochtones et l’activité des exploitants occidentaux.

Caroline Sury et Ludovic Ameline

http://www.paris-art.com/caroline-sury-ludovic-ameline-galerie-porte-avion-yellow-cake/

Nov 19

NUCLÉAIRE : « L’EPR N’A PAS ENCORE DÉMONTRÉ SA FIABILITÉ, SA SÉCURITÉ ET SA COMPÉTITIVITÉ », POINTE FRANÇOIS DE RUGY

Sur Europe 1, le ministre de la Transition écologique affirme que les EPR, réacteurs nucléaires de nouvelle génération, doivent encore faire leur preuve avant de recevoir le feu vert du gouvernement.

Interview

Comment sera produite l’électricité de demain ? Alors que le gouvernement doit dévoiler prochainement sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la question de la place du nucléaire dans le mix énergétique français est posée et avec elle, celle des EPR, les réacteurs de nouvelle génération.

« Est-ce que l’avenir de la filière nucléaire française passe par l’EPR ? Cette technologie n’a pas encore démontré sa fiabilité écologique, sa sécurité et sa compétitivité économique« , estime François de Rugy, invité du Grand Rendez-Vous d’Europe 1 – CNews – Les Échos dimanche.

Pas de commandes d’EPR avant au moins 2021. « Je ne parle pas en l’air« , insiste le ministre de la Transition écologique qui prend comme exemple le contrat gagné par EDF pour la construction de la centrale EPR d’Hinckley Point, en Angleterre. « Il stipule que dans dix ans sera livrée une électricité à 100 euros le mégawattheure. Aujourd’hui, le prix de gros sur le marché est de 60 euros. Le prix du solaire et de l’éolien se situe quant à lui entre 55 et 70 euros« , souligne François de Rugy.

En l’état, « je ne vois pas comment on pourrait décider aujourd’hui de commander de nouveaux EPR » pour la France, ajoute-t-il, alors qu’un document ministériel affirmait fin octobre qu’aucune décision ne serait prise avant 2021. « La filière nucléaire française nous assure qu’elle sera en mesure de faire baisser le coût de production de l’électricité avec l’EPR. Je dis : ‘présentez-nous un plan‘ ».

Flamanville attend toujours son EPR. Les doutes de François de Rugy sont alimentés par les multiples reports de l’EPR de Flamanville, qui devait être initialement livré en 2012 et ne devrait finalement entrer en service qu’en 2020. « Ce n’est pas moi qui dit si c’est fiable ou non, c’est l’Autorité de sûreté du nucléaire. Elle a demandé à EDF de produire un certain nombre de modifications sur l’EPR avant de pouvoir le mettre en service. C’est dans ce cadre que nous agissons« , assure le ministre.

Pour retrouver cet article et écouter De Rugy, cliquer sur : http://www.europe1.fr/economie/nucleaire-lepr-na-pas-encore-demontre-sa-fiabilite-sa-securite-et-sa-competitivite-pointe-francois-de-rugy-3802691

NDLR : avec ce genre de discours, c’est clair qu’il ne faudra pas compter sur ce ministre pour s’opposer à la construction, de nouveaux EPR…

Nov 19

FINISTÈRE (Guimiliau) : ESSAIS NUCLÉAIRES : « L’EXPÉRIENCE » PROJETÉ LE 25 NOVEMBRE

L’association Vivre dans les Monts d’Arrée propose le dimanche 25 novembre, à 17 h au Cal, un spectacle autour du nucléaire extrait du livre de Christophe Bataille « L’expérience » produit par le Théâtre de l’ouverture, interprété par Joël Cudennec et mis en scène par Dominique Dieterlé. Dans l’expérience un jeune soldat participe à des essais nucléaires menés par la France dans le désert algérien à Reggane, un des points les plus chauds du globe, entre 1960 et 1961. Le soldat écrit ces mots : « Je suis sorti de la tranchée et, tout de suite, ses yeux m’ont fixé : deux prunelles de cendre. C’était une chèvre, une pauvre chèvre que nous n’avions pas vue, enchaînée sur la plaine, face au pylône et à la bombe. Un chevreau semblait s’abriter derrière elle, sur ses pattes tremblantes. Tous deux étaient comme cuits. J’ai abandonné mon compteur, et la chèvre s’est mise à hurler. Le chevreau était tombé sous elle. Il y avait ce cri, mécanique, sans être, un cri à nous rendre fous. Pour ce cri, j’aurais renoncé à la France ». Le spectacle sera suivi d’un pot et d’une discussion, l’occasion d’échanger sur l’impact des essais nucléaires sur la santé et l’environnement. Entrée : 5 €, gratuit pour les enfants.

NDLR : Le Centre d’Animation Locale (CAL) est une association qui propose de nombreuses activités sur les communes de Commana, Guimiliau et Locmélar.

Maison des associations – 16 rue des Cerisiers – Guimiliau 

Téléphone : 02.98.68.63.23, Site internethttp://www.cal29.fr

https://www.letelegramme.fr/finistere/huelgoat/essais-nucleaires-l-experience-projete-le-25-novembre-19-11-2018-12137806.php

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Nov 19

POURQUOI LE DÉBAT PUBLIC SUR LES DÉCHETS RADIOACTIFS NE DÉMARRERA PAS AVANT FIN JANVIER 2019

Le gouvernement bloque-t-il le lancement du débat public sur les déchets radioactifs pour ne pas ajouter un front écologique au mouvement des gilets jaunes ? Selon la Commission nationale du débat public, le problème n’est pas là.

C’est une ordonnance de 2016 qui oblige à organiser un débat public sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactif, le PNGMDR.

Même si ses bureaux sont installés dans les combles de l’hôtel particulier du ministère de la Transition écologique et solidaire, boulevard Saint Germain, la Commission nationale du débat public (CNDP) est indépendante. Et Chantal Jouanno, l’ex ministre de l’environnement qui préside depuis un an l’institution, tient ferme à cette indépendance. Alors lorsqu’elle explique que le retard au lancement du débat public sur le plan national de gestion des matières et déchets et radioactifs (PNGMDR), qui devait être lancé en octobre, n’a pas démarré pour des problèmes techniques, on a tendance à la croire.

Lourdeurs administratives

Le retard serait simplement dû à des « lourdeurs administratives » pour la signature de la convention financière, explique Chantal Jouanno. « Le changement de ministre n’a pas aidé », ajoute-t-elle. Pour chaque débat public, la CNDP reçoit en effet des crédits spécifiques pour l’organiser. Contrairement au débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie, qui avait dû se contenter d’un budget famélique de 500 000 euros, « là, ils ont accepté sans négocier le budget estimé », précise la présidente de la CNDP. Le budget du débat public sur les déchets radioactifs sera donc de 1,4 million d’euros.

Reste que sans cette convention financière, la CNDP ne peut s’organiser, réserver les salles de débats… « Le débat ne pourra commencer avant fin janvier 2019 », prévient Chantal Jouanno. La présidente de la commission particulière du débat public relatif au Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs, Isabelle Harel-Dutirou, a donc attiré l’attention du Gouvernement sur les risques d’incohérence du calendrier et le fait qu’il sera impossible que le PNGMDR soit approuvé dans des délais raisonnables au regard de la période triennale 2019-2021 du prochain plan. Elle a également réaffirmé « la nécessité que le dossier du maître d’ouvrage soit suffisamment complet, accessible et compréhensible pour que le droit à l’information et à la participation du public (articles 4, 5, 6 de la Convention d’Aarhus et le II de l’article L.120-1 du code de l’environnement) soit respecté« , indique un bulletin d’information de la CNDP.

Du temps pour digérer la PPE

Alors, le retard au débat n’est peut-être pas une manœuvre politique. Il n’en reste pas moins que le repousser à fin janvier donne au gouvernement le temps de faire digérer sa feuille de route énergétique pour les dix ans à venir, la fameuse PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie), qui doit notamment donner de la visibilité sur l’avenir du nucléaire en France… et donc de ses déchets. La PPE doit être dévoilée fin novembre, avec cinq mois de retard.

Par Aurélie Barbaux, publié le 19/11/2018 à 12H48

https://www.usinenouvelle.com/article/pourquoi-le-debat-public-sur-les-dechets-radioactifs-ne-demarrera-pas-avant-fin-janvier-2019.N770744

Nov 19

EN HAUTE-MARNE, L’INDUSTRIE NUCLÉAIRE VEUT BLANCHIR SON LINGE DANS L’OPACITÉ

Les « laveries nucléaires » sont des blanchisseries industrielles spécialisées dans la décontamination du linge radioactif. L’intention de l’entreprise Unitech d’en ouvrir une en Haute-Marne inquiète les habitants, notamment du fait de l’opacité du projet. Mais, dans un territoire miné par la désindustrialisation et sur lequel l’industrie nucléaire a jeté son dévolu, l’omerta domine.

Sous le pont qui enjambe la Marne, l’eau glisse paresseusement sur les galets. En ce sec mois d’octobre, le niveau de la rivière est au plus bas. Ce qui n’a rien d’étonnant : Joinville, « petite cité de caractère », se situe non loin de la source de la Marne. Ici, au carrefour de la Champagne et de la Lorraine, cet affluent de la Seine n’a pas le débit abondant que les Franciliens lui connaissent. C’est pourtant là qu’Unitech, filiale de l’entreprise étasunienne Unifirst, compte installer une laverie nucléaire. Et rejeter chaque jour près de 60.000 litres dans la rivière. Une eau potentiellement chargée en phosphates, en nitrates, en métaux lourds… et en matières radioactives.

« Une blanchisserie industrielle en tête de bassin versant, c’est un non-sens », insiste Bertrand Thuillier. Ce scientifique indépendant, connu pour ses travaux fouillés sur le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, habite à quelques kilomètres de Joinville. Inquiet de l’effet environnemental du projet Unitech, il épluche depuis plusieurs mois tous les documents à sa disposition. « En période d’étiage, le débit de la Marne se situe autour de 2 mètres cubes par seconde, et Unitech pourrait y déverser plus de 60 mètres cubes par jour, précise-t-il en griffonnant une multiplication sur un bout de papier. Les polluants éventuellement rejetés seront alors très concentrés. » Sur son bureau, une brochure éditée par l’Agence de l’eau Seine-Normandie explique que « les effluents des blanchisseries industrielles se caractérisent par une température élevée, un pH basique, la présence de matières en suspension et des pointes d’azote et de phosphore ». Sans oublier la radioactivité : « Unitech entend recevoir le linge des centrales nucléaires françaises, donc il y aura forcément des rejets d’éléments radioactifs comme le tritium », souligne M. Thuillier.

« Si le projet est si sûr, s’il n’y a pas de problème, pourquoi ne pas en parler ? » 

Mais pourquoi laver des vêtements contaminés ? « Nous n’accepterons que le linge très faiblement contaminé, qui peut être lavé et réutilisé », répond d’emblée Jacques Grisot, directeur d’Unitech, joint par Reporterre. Pour se protéger, les employés de la filière nucléaire revêtent en effet combinaisons, gants et chaussures spéciales, et ce, quelle que soit la zone de la centrale où ils se trouvent. Certains habits — « le linge rouge » —, très contaminés, sont considérés comme des déchets et stockés comme tels. Les autres vêtements, moins radioactifs, partent au pressing. La plupart des centrales disposent pour le moment de leurs propres machines à laver. Mais l’heure est à la sous-traitance. Ainsi, depuis 2013, Areva a confié les habits de la Hague à Unitech, qui les envoie dans son unité aux Pays-Bas pour être lavés. Puis en 2015, EDF a signé à son tour un contrat avec Unitech. À partir de 2020, tout le linge sale du nucléaire français — soit 1.200 tonnes par an, d’après M. Grisot — pourrait donc être acheminé vers la blanchisserie, située dans le parc d’activité de la Joinchère, sur la commune de Suzannecourt, qui jouxte Joinville.

 « On ne peut pas faire disparaître la radioactivité, admet M. Grisot. Notre action consiste à laver et rincer plusieurs fois les vêtements, pour enlever le maximum. Mais c’est comme une tache de cambouis, tout ne part pas. » Métaphore mise à part, le directeur se veut rassurant : « Nous avons des seuils très stricts à respecter, il y aura des contrôles permanents à chaque bout de la chaîne. » Unitech prévoit également l’implantation d’une coûteuse station de traitement des eaux au sein de la blanchisserie. « On récupèrera le maximum pour que ce qui est rejeté soit le plus propre possible, détaille M. Grisot. L’eau partira ensuite directement dans la Marne. » Quant aux boues issues de l’assainissement, elles seront envoyées dans des fûts à l’Andra (Agence nationale de gestion des déchets nucléaires), comme des déchets faiblement radioactifs.

Pas de quoi tranquilliser M. Thuillier, qui rappelle que la majorité des blanchisseries nucléaires sont situées, comme les centrales, en aval ou sur le littoral, là où les débits sont importants et la radioactivité diluée dans de gros volumes d’eau. Ce qui n’est pas le cas du bassin joinvillois. Le point a été soulevé par l’Agence régionale de santé (ARS), qui a émis un avis défavorable au projet en avril 2018, dans l’attente de compléments d’information. « Le point de rejet des effluents est prévu dans la Marne, à proximité immédiate de périmètres de protection de deux captages alimentant la commune de Vecqueville, écrit l’ARS. Ces captages puisent l’eau de la nappe alluviale, dont la qualité est fortement influencée par celle de la rivière. »

Cette préoccupation a également motivé Dominique Laurent, maire de Bettancourt-la-Ferrée, à faire voter une délibération municipale contre ce projet. « Cette année avec la sécheresse, le niveau de la rivière et des nappes est très bas, et ça ne va pas s’arranger avec le changement climatique, prévient-il. Or, moins il y a d’eau, plus la pollution est concentrée. Comme l’eau potable de notre commune provient de captages en aval de la laverie, elle pourrait être contaminée. »

Le maire de Suzannecourt, qui s’est rendu à la laverie Unitech de Coeverden, aux Pays-Bas, fait entendre un son de cloche bien moins alarmiste : là-bas, « pas le moindre défaut n’a pu être constaté en 22 ans de service », écrit Michel Boullée dans un courrier à ces concitoyens.

Mais Bertrand Thuillier met en avant un autre cas, pas si reluisant. En 1997, la ville de Santa Fé, au Nouveau-Mexique (États-Unis d’Amérique), a adopté une ordonnance limitant fortement les rejets de la compagnie Interstate Nuclear Services, qui est ensuite devenu Unitech services. En effet, depuis plus de 30 ans, l’entreprise lavait du linge radioactif et rejetait ses effluents dans le réseau d’assainissement de la ville. Constatant la forte radioactivité des eaux usées, la municipalité a donc décidé à la fin des années 1990 de restreindre cette activité, pour « préserver ses intérêts économiques ». L’ordonnance sera annulée par la justice quelques années plus tard, au motif qu’elle outrepassait les compétences de la ville et portait atteinte à l’autorité de l’État. « Mais cet exemple montre bien que tout n’est pas transparent et maîtrisé, comme le laisse entendre Unitech », conclut M. Thuillier.

Un scepticisme que ne partagent apparemment pas les représentants de l’État français. En février dernier, la préfète du département expliquait au Journal de la Haute-Marne que ce projet était « sûr, non nocif et sans aucun impact sur l’environnement ». « Si le projet est si sûr, s’il n’y a pas de problème, pourquoi ne pas en parler ? » rétorque Virginie [1]. Avec d’autres habitants, elle a créé l’association Joinville lave plus propre, afin de s’opposer à l’implantation d’Unitech. Depuis deux ans qu’ils ont appris l’existence de ce projet, ils tentent d’avoir accès aux informations concernant la blanchisserie. En vain. « C’est l’opacité la plus totale », se désespère cette jeune maman. Dossier d’autorisation environnementale, permis de construire, certificat de projet… autant de documents que ni la préfecture, ni les municipalités, ni l’entreprise ne leur ont fournis. Ils ont depuis saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), dont ils attendent la réponse. « Le permis de construire a été signé en avril dernier, mais il n’y a eu aucun affichage ni aucune communication, précise-t-elle. Un couple qui a acheté récemment une maison à 150 mètres de la future laverie n’a même pas été prévenu de ce projet ! »

« Ils ont compris qu’il valait mieux en dire le moins possible afin de ne pas donner prise à l’opposition » 

« Unitech et les pouvoirs publics avancent en catimini, dénonce Virginie. Leur stratégie, c’est de ne rien dire, tout cacher, et d’avancer le plus possible dans l’ombre pour mettre ensuite les gens devant le fait accompli. » D’après les opposants, les autorités auraient retenu la « leçon Bison ». En 2016, la société Derichebourg avait annoncé vouloir installer une base de traitement des déchets radioactifs à faible activité, nommée « Bison », à Gudmont-Villiers, à quelques kilomètres de Joinville. L’hostilité et la très forte mobilisation des habitants contre ce projet avaient abouti, un an plus tard, à son abandon. « Ils ont compris qu’il valait mieux en dire le moins possible afin de ne pas donner prise à l’opposition », estime Virginie.

Pour Jacques Grisot, il n’est pas question de dissimuler, mais de « donner à tout le monde l’ensemble des données, avec les explications et démonstrations qui vont avec, précise-t-il. Si on ne donne que des bribes d’info par-ci par-là, ça ne fait que susciter l’inquiétude. Tout sera dit au moment de l’enquête publique ». Mais cette consultation se fait attendre, car la demande d’autorisation environnementale, déposée en janvier dernier, est toujours examinée à la préfecture. C’est ce qu’a confirmé par courriel à Reporterre la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Grand Est, chargée du dossier : « L’examen du caractère complet et régulier de la demande est en cours. Dès la recevabilité de la demande actée, l’enquête publique prévue par le Code de l’environnement sera planifiée et le dossier sera consultable pendant cette enquête publique d’une durée d’un mois ». Patience donc. « De toute façon, on sait bien que quand l’enquête publique arrive, c’est souvent trop tard, ajoute Pascale Vincent, opposante. On demande l’avis à la population pour la forme, mais tout est déjà ficelé. »

Il y a les infos qui manquent, et celles qui clochent. Comme le classement de l’établissement en installation classée protection de l’environnement (ICPE) et non en installation nucléaire de base (INB), comme c’était le cas pour la laverie de la Hague. Ce qui a un effet direct sur le contrôle du site : « Une INB est sous la surveillance de l’Autorité de sûreté nucléaire, avec des examens très stricts sur la radioactivité, alors qu’une ICPE est contrôlée par la Dreal, moins au fait des questions nucléaires », note Bertrand Thullier.

À l’opacité du projet s’ajoute une omerta totale. « Je n’ai aucune information pour le moment, je ne sais rien et ne peux donc pas me prononcer », dit Bertrand Olivier, maire de Joinville, le principal bourg du bassin. Contacté par Reporterre, l’élu est pourtant à l’origine de la venue d’Unitech en Haute-Marne, puisque c’est lui qui, il y a deux ans, s’est positionné en faveur de l’implantation de la laverie. « Nous avons 26 % de chômage ici, et la moitié de nos jeunes n’ont ni diplôme ni travail. Unitech s’est engagé à créer une quarantaine d’emplois, donc son projet m’a paru intéressant. » Il a ensuite transmis le dossier à la communauté de communes du bassin de Joinville. Puis… plus rien. « Le sujet n’a jamais été abordé avec l’ensemble des élus, il n’y a eu aucune communication, c’est lamentable. » En bisbille avec le président de la communauté de communes, M. Olivier ne fait en effet pas partie du bureau communautaire, l’organe où se discutent les décisions stratégiques. Alors qu’il est à la tête de la plus grosse commune, il n’a ainsi pas été invité au voyage organisé par Unitech pour les élus locaux à la blanchisserie néerlandaise. « L’effet de cette omerta est catastrophique, observe le maire, qui demeure plutôt favorable au projet. Les gens ont l’impression qu’on leur cache des choses, ce qui alimente leur inquiétude. »

Signe de l’intérêt prudent des habitants, la réunion publique organisée par Joinville Lave plus propre en mai dernier a réuni plus de 200 personnes, une réussite pour la région. Les pétitions contre la laverie recueillent chaque semaine de nouvelles signatures. Signe également de la préoccupation des pouvoirs publics, « la réunion du printemps s’est tenue sous haute surveillance policière, et des élus locaux auraient été vu en train de noter l’identité des signataires des pétitions », précise Juliette Geffroy, de l’association antinucléaire Cedra, qui prête main-forte aux opposants locaux.

« Après, nombre de citoyens n’osent pas remettre en question leur maire, et la plupart des maires sont favorables au projet, observe Jacques Leray, ancien élu local et opposant à Unitech. Il existe une mentalité féodale et un fort fatalisme en Haute-Marne, qui entravent la contestation ». Un avis partagé par Dominique Laurent : « Les gens sont résignés à ce que notre territoire soit nucléarisé. On a déjà la poubelle Cigéo à moins de vingt kilomètres, mais aussi plein de projets satellites… la laverie est l’un d’eux. S’opposer à l’ensemble de la filière électronucléaire française paraît perdu d’avance pour beaucoup. »

« Le nucléaire, ici, c’est la facilité pour les élus, l’assurance d’argent facile »

Laurent comme M. Leray font partie de l’Éodra, une association d’élus opposés à la poubelle nucléaire de Bure. Pour eux, la laverie Unitech n’est qu’une des nombreuses « métastases » de Cigéo. Si Jacques Grisot nie tout lien de cause à effet entre la proximité de Bure et son implantation à Joinville, il reconnaît que la zone jouit d’une « position centrale par rapport à l’ensemble de nos clients et offre des capacités techniques intéressantes pour notre activité ». L’entreprise espère notamment obtenir des contrats avec des centrales en Allemagne et en Suisse. Outre Cigéo, les centres de stockage radioactif de Soulaines et Morvilliers se trouvent à moins de 50 km. Les lycées de la ville toute proche de Saint-Dizier proposent des formations spécifiques dans la maintenance du nucléaire. Et M. Grisot espère développer, en complément de la blanchisserie, un pôle de « contrôle radiologique » des matériaux issus de sites nucléaires, qui pourrait représenter jusqu’à 40 % de son activité. Cette « nucléarisation » du territoire passe également par les nombreux programmes d’accompagnement économique de Cigéo, notamment ceux portés par le groupement d’intérêt public (GIP) du département, doté de plus de 29 millions d’euros de recettes annuelles, et dont le vice-président est le maire de Suzannecourt, M. Boullée. « Entre ceux qui ont un travail ou un proche travaillant dans le nucléaire et ceux qui portent des projets financés par la filière, peu de gens ont intérêt à contester cette emprise, soupire Dominique Laurent. On est condamné à dépendre du nucléaire. »

« Le nucléaire, ici, c’est la facilité pour les élus, l’assurance d’argent facile, enchérit Virginie. Les entreprises viennent d’elles-mêmes. Mais nous nous battons en faveur d’un autre développement pour nos territoires. » À ses côtés, Johanna, Joinvilloise d’adoption, se désole : « Ils disent que ça se désertifie, et ils nous font un projet comme ça, comment veulent-ils que les gens viennent s’installer ici ? » Comme sa compagne de lutte, elle a choisi la Haute-Marne « pour son cadre, sa campagne, la qualité de l’environnement ». « Aujourd’hui, nos enfants dessinent des signes radioactifs partout, ajoute Virginie. Joinville va devenir une petite cité de caractère nucléaire. »

Par Lorène Lavocat (Reporterre), le 19 novembre 2018  

https://reporterre.net/En-Haute-Marne-lindustrie-nucleaire-veut-blanchir-son-linge

Nov 18

ÉCHÉANCE 2035 POUR 50% DE NUCLÉAIRE DANS LA PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ (DE RUGY)

Paris – Le gouvernement travaille à ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% d’ici à 2035, a déclaré dimanche le ministre de la Transition écologique François de Rugy, confirmant un horizon évoqué en septembre par le Premier ministre.

Interrogé lors du Grand rendez-vous Europe 1-CNEWS-Les Échos au sujet de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui définira la stratégie de la France sur dix ans et doit être publiée avant la fin du mois, M. de Rugy a répondu que 2035 était « l’échéance sur laquelle nous travaillons« .

La loi de transition énergétique de 2015 prévoyait que cette part du nucléaire soit ramenée à 50% « à l’horizon 2025« . Mais Nicolas Hulot, le prédécesseur de François de Rugy qui a démissionné fin août, avait abandonné cet objectif, jugé irréaliste, sans fixer de nouvelle date précise, mais en évoquant un horizon entre 2030 et 2035.

« On est dans ces échéances-là, on est obligé de faire une opération vérité« , a précisé le ministre. « La loi de 2015 faisait référence à une promesse de 2012, et entre 2015 et 2017 il ne s’est pas passé grand-chose. Donc on a perdu du temps, et donc on va refixer le cap« .

Actuellement, le nucléaire représente plus de 70% de la production d’électricité française, contre une part inférieure à 30% en moyenne en Europe.

Début septembre, le Premier ministre Édouard Philippe avait évoqué simplement « l’horizon 2035« , et Matignon avait précisé que l’arbitrage sur la date précise serait tranché dans la PPE.

Quand François de Rugy était candidat à la primaire de la gauche de 2017, il prônait une sortie du nucléaire à l’horizon 2040 et l’objectif de 100% d’électricité d’origine renouvelable en 2050.

« Mais je suis dans un gouvernement, nommé par Emmanuel Macron (…) Son programme c’était 50/50, donc on est dans ce cadre-là« , a-t-il dit dimanche. (NDLR : et peu importe le cadre quand on veut avoir le poste !)

« Notre stratégie n’est pas en train d’étouffer la filière nucléaire française, mais son avenir n’est pas garanti« , a-t-il ajouté, avant de mentionner la faillite d’Areva et les incertitudes qui entourent les nouveaux réacteurs EPR, en termes de « fiabilité, sécurité et compétitivité« .

AFP / 18 novembre 2018 11h00

https://www.romandie.com/news/Echeance-2035-pour-50-de-nucleaire-dans-la-production-d-electricite-Rugy/972393.rom

Nov 18

NI CHARBON NI NUCLÉAIRE : LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE ESPAGNOLE MONTRE L’EXEMPLE

L’Espagne souhaite fermer ses centrales à charbon et ses centrales nucléaires au plus vite. Un article de notre partenaire Euractiv.

Le secrétaire d’État espagnol à l’énergie, José Dominguez, a annoncé que le gouvernement socialiste n’avait pas l’intention de prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires espagnols, qui est actuellement de 40 ans.

Le plus vieux réacteur espagnol a plus de 37 ans, il fermera donc boutique en 2021. Le plus jeune ne tardera pas à suivre puisqu’il vient de fêter ses 30 ans et sera désactivé en 2028.

« Nous risquons de déborder un peu après 2030, mais d’ici 2040, nous les aurons tous fermés », assure le secrétaire d’État, rappelant que la fermeture définitive de toutes les centrales nucléaires est un processus long.

Nouveau projet de loi ambitieux mais lointain

Selon lui, il s’agit d’une « décision sociale », qu’il convient d’appliquer « avec ordre et prudence » tout en tenant compte du fait qu’il faudra peut-être des décennies avant d’y arriver.

En 2016, 20 % des besoins en électricité en Espagne étaient couverts par le nucléaire, et 23 % par des énergies renouvelables, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Cette semaine, un nouveau projet de loi a été émis par le gouvernement, promettant de passer à un réseau électrique 100% renouvelable et de réduire de 90% les émissions d’ici 2050. Toutefois, en l’état, le projet de loi ne fait aucune référence à la sortie de la nation ibérique du nucléaire, bien qu’il confirme fermement l’abandon de l’électricité produite à partir de charbon.

9 centrales à charbon sur 14 fermeront d’ici à deux ans

L’Espagne doit donc continuer à investir en masse dans les énergies renouvelables, qui devront atteindre les 35 % d’ici 2030, tout en augmentant la part du gaz.

Sur les 14 centrales au charbon présentes en Espagne, 9 fermeront en juin 2020, en vertu du règlement de l’UE sur les gros pollueurs, qui les classera non conformes. Selon José Dominguez, les cinq autres n’iront pas au-delà de 2030.

« Ce qui se passera selon nous, bien que nous n’imposions rien, c’est que toutes les centrales au charbon fermeront entre 2020 et 2030. À ce moment-là, l’Espagne sera débarrassée de tout charbon, et je pense qu’elles fermeront naturellement sans que nous n’ayons à intervenir », indique José Dominguez.

En vertu du nouveau projet de loi que le gouvernement espère présenter au parlement national, le Cortes generales, avant la fin de l’année, l’Espagne interdira également la fracturation hydraulique, supprimera les subventions aux énergies fossiles, et cessera de délivrer tout permis d’exploration gazière et pétrolière.

La ministre de l’Écologie, Teresa Ribera, a récemment annoncé qu’un accord avait été conclu pour fermer toutes les mines à charbon du pays, ainsi que pour créer des programmes de retraites anticipées pour les travailleurs des mines.

Par Sam Morgan, le 18 novembre, Euractiv.com (traduit par Méline Gadji)

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/ni-charbon-ni-nucleaire-la-transition-energetique-espagnole-montre-l-exemple-797790.html

Nov 18

PYONGYANG ANNONCE AVOIR TESTÉ « UNE ARME TACTIQUE ULTRAMODERNE »

Séoul (AFP) – Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a supervisé l’essai d’une « nouvelle arme tactique ultramoderne« , a annoncé vendredi l’agence officielle, une mesure perçue par les analystes comme un message politique plus qu’une grave provocation.

C’est la première fois que la Corée du Nord fait état de tests d’armements depuis qu’elle a entamé un délicat processus de négociations avec Washington sur ses programmes nucléaire et balistique.

« Kim Jong Un a visité le site d’essais de l’Académie des sciences de défense et a supervisé le test d’une nouvelle arme tactique ultramoderne« , a déclaré l’agence de presse officielle, KCNA. Elle ajoute que l’essai a été couronné de succès mais n’a pas spécifié la nature de l’arme testée.

D’après l’agence sud-coréenne Yonhap, qui cite une source gouvernementale, il pourrait s’agir d’un canon à longue portée en développement depuis plusieurs années.

Pyongyang a annoncé en avril suspendre ses essais nucléaires et ses tests de missiles balistiques, élément moteur de la spectaculaire détente en cours sur la péninsule. Celle-ci s’est traduite en particulier par trois sommets intercoréens et un tête-à-tête historique entre M. Kim et Donald Trump.

Le président américain n’a eu de cesse de saluer le comportement de Pyongyang.

Le département d’État américain a réagi en se disant « confiant » que les assurances faites par Kim Jong Un pendant son sommet avec Donald Trump seraient tenues.

En juin à Singapour, MM. Trump et Kim « ont pris un certain nombre d’engagements sur une dénucléarisation définitive et complètement vérifiée et sur la création d’un avenir plus brillant pour la Corée du Nord« , a dit un porte-parole.

– « Confiants » –

« Nous parlons avec les Nord-Coréens de l’application de tous ces engagements« , a-t-il déclaré. « Nous restons confiants sur le fait que les promesses (…) seront tenues« .

À Singapour, Kim Jong Un avait réitéré un engagement nord-coréen vague en faveur d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne« , dont les modalités et le calendrier avaient été repoussés à des négociations de suivi qui patinent depuis.

Washington exige la dénucléarisation du Nord avant toute levée des sanctions tandis que Pyongyang a condamné les « méthodes de gangster » des Américains accusés d’exiger son désarmement unilatéral sans faire de concession.

La reprise des tests nord-coréens jetterait des doutes sérieux sur le processus de négociations.

Les analystes ont cependant exclu la possibilité que le Nord ait rompu sa promesse de suspendre essais balistiques et nucléaires pendant les négociations avec Washington.

Les systèmes de détection de la Corée du Sud n’ont rien décelé de tel.

Yonhap évoque une nouvelle arme d’artillerie à longue portée développée sous le règne du père et prédécesseur de M. Kim, Kim Jong Il. « Nous ne voyons pas cela comme une provocation militaire d’importance« , a dit la source gouvernementale à l’agence.

KCNA n’a publié qu’une seule photographie pour accompagner sa dépêche. On y voit des hommes en uniforme en train de prendre des notes en écoutant M. Kim.

– « Frustration » –

Kim a exprimé sa « grande satisfaction » et jugé que le test constituait « un tournant décisif dans le renforcement de la puissance de combat de nos forces armées« , selon KCNA.

Cette arme « ultramoderne » et son « grand succès, sont une nouvelle démonstration frappante de la validité de la politique du parti qui accorde la priorité aux sciences et technologies de défense et à ses capacités de défense en développement rapide« .

Shin Beom-chul, analyste à l’Institut Asan d’études politiques, juge que Pyongyang veut « envoyer un message politique » à Washington vu l’impasse actuelle.

« En général, les tests de nouvelles armes haute technologie sont menés en secret. Le Nord a fait une annonce publique pour montrer sa frustration« .

Les tensions sur la péninsule avaient atteint des sommets en 2017, une année rythmée par les essais nucléaires et les tirs de missiles nord-coréens, dont certains capables d’atteindre le territoire continental des États-Unis. En toile de fond, MM. Trump et Kim échangeaient menaces apocalyptiques et injures.

Puis le dirigeant nord-coréen annonçait que son arsenal nucléaire, dont le Nord dit avoir besoin pour se protéger contre une invasion américaine, était au complet. Et les jeux Olympiques d’hiver organisés en Corée du Sud donnèrent le départ du rapprochement diplomatique.

Donald Trump a dit espérer une deuxième rencontre avec Kim Jong Un au début de l’année prochaine.

Pour le professeur Yang Moo-jin, de l’Université des Études nord-coréennes à Séoul, le nouvel essai est « un signal envoyé » par la Corée du Nord « aux États-Unis avant des discussions de haut niveau pour l’avertir que sa patience à elle aussi commence à s’épuiser« .

Par L’Obs, publié le 16 novembre 2018 à 11h01

https://www.nouvelobs.com/topnews/20181116.AFP8823/pyongyang-annonce-avoir-teste-une-arme-tactique-ultramoderne.html

Nov 17

LE GOUVERNEMENT JAPONAIS POURRAIT REJETER LES EAUX CONTAMINÉES DE FUKUSHIMA DANS LE PACIFIQUE

À la demande de l’Agence internationale de l’énergie atomique, le Japon pourrait rejeter les eaux contaminées du site de Fukushima dans l’océan Pacifique.

Un million de tonnes d’eau contaminée, l’équivalent de 500 piscines olympiques qui ont servi à refroidir les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima. Et pour le gouvernement japonais, un problème politique.

Mardi 13 novembre, l’Agence internationale de l’énergie atomique (lAIEA) a demandé au gouvernement de trouver d’urgence une solution pour se débarrasser de cette eau contaminée. Elle craint une fuite incontrôlée du liquide, stocké dans un millier de citernes, en proie à un nouveau tremblement de terre.

Le rejet de cette eau dans l’océan Pacifique serait la solution la moins chère pour le gouvernement japonais, qui assure qu’elle a été nettoyée de la plupart de ses radio-éléments à l’exception du tritium. Mais cette option inquiète les pêcheurs et les habitants de la région de Fukushima. Ils veulent en savoir plus sur les effets à long terme du tritium sur la flore marine. La décision est difficile à prendre pour le gouvernement à quelques mois des jeux olympiques de 2020 à Tokyo, rapportent les médias locaux.

Le démantèlement de la centrale de Fukushima doit durer une quarantaine d’années, et aboutir à des quantités gigantesques d’eau contaminée selon Greenpeace

https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima/le-gouvernement-japonais-pourrait-rejeter-les-eaux-contaminees-de-fukushima-dans-le-pacifique_3034179.html

Nov 17

LES ÉTATS-UNIS DOIVENT SE PRÉPARER À UNE GUERRE « HORRIBLE » ET « DÉVASTATRICE » AVEC LA RUSSIE ET LA CHINE

Une commission bipartite nommée par le Congrès a publié mardi un long rapport soutenant les projets du Pentagone visant à préparer une guerre entre « grandes puissances » contre la Russie, la Chine ou les deux, précisant que la politique belliqueuse de l’Administration Trump était partagée par le Parti démocrate.

Conscients que leurs conclusions ne seront jamais sérieusement relatées par les médias, les auteurs du présent rapport ne mâchent pas leurs mots sur la signification d’une telle guerre. Une guerre entre les États-Unis et la Chine, qui, selon le rapport, pourrait éclater d’ici quatre ans, sera « horrible » et « dévastatrice ». L’armée « fera face à des pertes plus importantes qu’à tout autre moment depuis des décennies ». Une telle guerre pourrait conduire à une « escalade nucléaire rapide », et des civils américains seront attaqués et probablement tués.

Il est impossible de comprendre quoi que ce soit dans la politique américaine sans reconnaître une réalité fondamentale : les événements et les scandales qui dominent le discours politique, qui font l’actualité du soir et qui font la une des journaux télévisés et des médias sociaux, ont peu à voir avec les considérations de ceux qui prennent réellement des décisions. Les responsables des médias jouent les rôles qui leur sont assignés, sachant que les sujets les plus importants ne peuvent être abordés que dans des limites très circonscrites.

Ceux qui élaborent les politiques – un groupe restreint de membres éminents du Congrès, de responsables du Pentagone et de personnel de groupes de réflexion, ainsi que des collaborateurs de la Maison-Blanche – parlent une langue tout à fait différente entre eux et dans des publications dont ils savent qu’elles ne sont pas lues par le grand public, et dont les médias ne feront pas de une couverture notable.

Ces personnes acceptent toutes comme un fait parfaitement évident des déclarations qui, si elles faisaient la une des nouvelles du soir, seraient alors considérées comme des « théories du complot ».

L’exemple le plus récent est un nouveau rapport publié par la commission de la stratégie de défense nationale, un organe créé par le Congrès pour évaluer la nouvelle stratégie de sécurité nationale du Pentagone, publiée au début de cette année, qui déclarait que « la concurrence des grandes puissances – et non le terrorisme – est désormais le principal objectif » de l’armée américaine.

Les conclusions du panel, publiées sous la forme d’un rapport intitulé « Prévoir la défense commune », peuvent être résumées comme suit : l’armée américaine a parfaitement raison de se préparer à la guerre avec la Russie et la Chine. Mais le Pentagone, qui dépense chaque année plus que les huit autres plus grandes forces militaires nationales combinées, a besoin d’une augmentation massive des dépenses militaires, qui sera compensée par des coupes dans les programmes sociaux fondamentaux tels que Medicare, Medicaid (assurance de santé pour les retraités et les pauvres) et la Sécurité sociale.

Le rapport est, en d’autres termes, un feuilleton du Congrès sur le renforcement militaire de l’administration Trump, décrivant ce que le Congrès a accompli cette année lorsqu’il a adopté, avec un soutien écrasant des deux partis, la plus importante augmentation du budget militaire depuis la Guerre froide.

Mais au-delà de la reconnaissance du fait que les États-Unis doivent se préparer à une guerre imminente impliquant l’ensemble de la société, avec des conséquences « dévastatrices » pour la population américaine, le document met en garde contre une autre réalité fondamentale : les États-Unis pourraient très bien perdre une telle guerre, qui exige en effet la conquête militaire de la planète entière par un pays comptant moins de cinq pour cent de la population mondiale.

Les États-Unis « pourraient avoir du mal à gagner, et pourraient même perdre, une guerre contre la Chine ou la Russie », affirme ce rapport. Ces guerres ne se dérouleraient pas uniquement à l’étranger, mais viseraient probablement la population américaine : « Il serait imprudent et irresponsable de ne pas attendre des adversaires qu’ils tentent des attaques de type cinétique, cybernétique ou autre. En somme, des attaques débilitantes contre des Américains pendant qu’ils cherchent à vaincre notre pays militaire à l’étranger. »

Le rapport ajoute : « En cas de guerre, les forces américaines devront faire face à des combats plus difficiles et à des pertes plus importantes qu’elles n’ont jamais existé depuis des décennies. Il convient de rappeler que pendant la guerre des Malouines, un adversaire nettement inférieur, l’Argentine, a paralysé et a coulé un important navire de guerre britannique en le frappant avec un seul missile guidé. La quantité de destruction qu’un adversaire majeur pourrait infliger aux forces américaines pourrait être plus élevée de plusieurs ordres de grandeur. »

Pour faire passer le message, le rapport décrit un certain nombre de scénarios. Le premier concerne la déclaration d’indépendance de Taïwan par rapport à la Chine en 2022, qui provoquerait des représailles de la part des Chinois. « Le Pentagone informe le président que les États-Unis pourraient probablement vaincre la Chine dans une longue guerre, si toute la puissance de la nation était mobilisée. Pourtant, il perdrait d’énormes quantités de navires et d’aéronefs, ainsi que des milliers de vies, en plus de subir de graves perturbations économiques – le tout sans aucune garantie d’avoir un effet décisif avant que Taïwan ne soit envahie […] mais éviter ce résultat exigerait maintenant d’absorber des pertes horribles. »

Le rapport conclut que la solution est une armée beaucoup plus grande, financée par des augmentations constantes et pluriannuelles des dépenses. « La crise de la défense nationale doit faire face à une urgence extraordinaire », écrit-il.

L’armée a besoin de « plus de blindés, d’armes à longue portée, d’ingénieurs et d’unités de défense anti-aérienne ». L’armée de l’air a besoin de « plus de chasseurs et de bombardiers furtifs à longue distance, d’avions de ravitaillement, de capacités de transport, de plates-formes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance ». Les forces nucléaires ont besoin de plus de missiles, et ainsi de suite.

Pour payer tout cela, il faut vider les services sociaux. « Les programmes sociaux que l’état est obligé de financer entraînent la croissance des dépenses », se plaint le rapport, exigeant que le Congrès se penche sur ces programmes, notamment Medicare, Medicaid et la Sécurité sociale. Il avertit que « de tels ajustements seront sans aucun doute très douloureux ».

Enfin, toute la société doit être mobilisée derrière l’effort de guerre. Une approche « pan-gouvernementale » doit être adoptée, notamment « la politique commerciale ; l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques ». Tout doit être mobilisé, que ce soient les entreprises privées ou les institutions universitaires.

En énumérant les différents défis auxquels feraient face les États-Unis pour mener et gagner une guerre contre la Russie ou la Chine, aucun des membres distingués de cette commission n’est parvenu à la conclusion qui semble évidente selon laquelle les États-Unis ne devraient peut-être pas mener une telle guerre.

Mais en cela, ils représentent l’énorme consensus au sein des milieux politiques américains. Dans ses derniers jours, Adolf Hitler aurait déclaré à maintes reprises que si la nation allemande ne pouvait pas gagner la Seconde Guerre mondiale, elle ne méritait pas d’exister. La classe dirigeante américaine est entièrement attachée à un plan d’action qui menace de détruire non seulement une grande partie de la population mondiale, mais également la population américaine elle-même.

Ce n’est pas la folie des individus, mais la folie d’une classe sociale qui représente un ordre social dépassé et en faillite, le capitalisme, et un cadre politique également dépassé, le système des États-nations. Et il ne peut être combattu que par une autre force sociale : la classe ouvrière mondiale, dont les intérêts sociaux sont internationaux et progressistes, et dont l’existence même dépend de l’opposition aux objectifs de guerre mégalomanes du capitalisme américain.

(Article paru d’abord en anglais le 16 novembre 2018)

Par André Damon le 17 novembre 2018

https://www.wsws.org/fr/articles/2018/11/17/rdwr-n17.html

Nov 16

LA RÉPRESSION CONTRE LES MILITANTS ANTI-CIGÉO DEVANT LA COUR DE CASSATION

« Peut-on museler l’activité militante, telle est la question qui se pose à vous aujourd’hui. » Devant la Cour de cassation, Maître Guillaume Lécuyer n’a pas mâché ses mots. Ce mercredi 14 novembre, il défendait le pourvoi de cinq militants anti-Cigéo, frappés, dans le cadre d’une instruction pour association de malfaiteurs, d’un contrôle judiciaire très strict, « non nécessaire et disproportionné », a estimé l’avocat, qui en a demandé la levée. Interdiction de se rendre en Meuse, en Haute-Marne, ou sur les communes de Bure et de Saudron, interdiction d’être en contact avec d’autres personnes poursuivies (ainsi notamment qu’avec Me Ambroselli, un des avocats des anti-Cigéo), interdiction de sortir de France sans autorisation.

« Derrière ce mot de contrôle judiciaire, il est question de notre liberté, a expliqué à la presse Angélique, une des requérantes. C’est un casse-tête d’organiser le moindre événement, militant, festif ou autre. » En tant qu’administratrice du réseau Sortir du nucléaire, elle ne peut par exemple plus assister à de nombreuses réunions où elle risquerait de croiser un des autres activistes concernés. « On parle de ma liberté de militer contre un des plus grands projets inutiles, imposés et dangereux actuellement en cours dans l’histoire de l’humanité, a-t-elle insisté. Cigéo, c’est une poubelle nucléaire qui va accueillir 99 % de la radioactivité française enfouie dans le sol. »

À quelques mètres d’elle se trouvait Joël, lui aussi sous contrôle judiciaire. Bien qu’amis de longue date et compagnons de lutte, ils ne peuvent plus se parler, « ni se saluer ni se serrer dans les bras comme nous avons l’habitude de le faire », a précisé Angélique. Sinon ? Le non-respect du contrôle judiciaire peut être sévèrement sanctionné par le juge de l’application des peines, notamment avec l’emprisonnement du « fautif ».

 « C’est aussi ma liberté de vivre mes amitiés avec d’autres militants qui est entravée, a ajouté la militante. C’est un formatage de l’esprit, une autocensure permanente. » Récemment, elle n’a pas pu se rendre à l’enterrement d’un ami, historique de la lutte antinucléaire, là aussi afin de ne pas croiser une des personnes « interdites ».

Devant les juges de la Cour de cassation, Me Lécuyer a fait valoir « des atteintes disproportionnées à la liberté d’expression et d’opinion », occasionnées par cette mesure répressive. « Ce contrôle judiciaire n’était aucunement impératif, a-t-il expliqué, car il n’y avait pas de risques évidents de commission de nouvelles infractions. » Comme le racontait Reporterre, les personnes concernées se voient reprocher des faits de « participation sans arme à un attroupement après sommation de se disperser », de « transports de substances incendiaires », de présence lors d’une manifestation non déclarée, et pour la plupart de « participation à une association de malfaiteurs ». Pour l’avocat, « le contrôle judiciaire vise à mettre à bas la stratégie militante » développée par les opposants à Cigéo, ces « empêcheurs d’enfouir en douce ».

Un avis partagé par Joël : « Entre la présence quotidienne d’un escadron de gendarmerie mobile à Bure et un harcèlement judiciaire qui peu à peu écrème les militants, la lutte contre Cigéo devient de plus en plus difficile, a-t-il raconté. Parmi les mis en examen, il y a plusieurs personnes très investies depuis au moins deux ans, donc ça handicape la lutte. Cette répression très forte a un effet dissuasif, les gens hésitent à venir militer contre Cigéo, car le contexte est dur, effrayant. »

L’avocat général a, sans surprise, balayé ces arguments, arguant que « les interdictions de contact et de territoire ne constituent pas une interdiction de mener une activité sociale et militante ». L’arrêt sera rendu le 28 novembre prochain.

Source et photos  : Lorène Lavocat pour Reporterre.

https://reporterre.net/La-repression-contre-les-militants-anti-Cigeo-devant-la-Cour-de-cassation

Nov 16

« LES ARMES NUCLÉAIRES CONSTITUENT UN DANGER PERMANENT ET BIEN RÉEL POUR LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE »

Entretien avec Jean-Marie Collin, expert et porte-parole de ICAN FRANCE, organisation prix Nobel de la Paix 2017, co-auteur de « L’illusion nucléaire : La face cachée de la bombe atomique » avec P.Quilès et M. Drain (Éditions ELCM, 2018. Propos recueillis par Édouard Pflimlin, chercheur associé à l’IRIS

Jean-Marie Collin est le porte-parole de ICAN France, relais national de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires, prix Nobel de la paix 2017. Il est intervenu lors du premier Forum de Paris sur la Paix qui s’est déroulé du 11 au 13 novembre (Halle de la Villette) pour présenter son projet : « Le Traité d’interdiction sur les armes nucléaires : un instrument au service de la paix ! ».
Une différence de vision politique nette est apparue entre le Japon et les États-Unis lors de consultations bilatérales avant qu’un groupe spécial de l’ONU adopte une résolution japonaise ce mois-ci appelant à l’élimination totale des armes nucléaires, selon des sources diplomatiques. Les États-Unis s’étaient opposés à l’inclusion de certaines phrases faisant référence à l’article 6 du traité de non-prolifération nucléaire et aux accords conclus lors des conférences d’examen du TNP en 1995, 2000 et 2010 dans la résolution de l’ONU parrainée par le Japon. L’article, qui n’avait pas été mentionné dans une résolution similaire adoptée l’année précédente par le Royaume-Uni, appelle les États dotés de l’arme nucléaire à poursuivre le désarmement nucléaire. La résolution intitulée « Action unie avec une détermination renouvelée en faveur de l’élimination totale des armes nucléaires » a ainsi été adoptée par la Première Commission sur les questions de désarmement lors de l’Assemblée générale des Nations unies le 1er novembre.

Que pensez-vous de la position du Japon ? Est-elle unique parmi les grandes puissances de la planète ?

Cet exemple illustre malheureusement la politique actuelle des États-Unis qui est très éloignée de celle pratiquée auparavant par le président Obama en termes de politique de contrôle et de non-prolifération nucléaire. Cela montre également à quel point la pression des États-Unis est grande sur un État comme le Japon qui veut à la fois conserver son lien privilégié avec les États-Unis, mais tente aussi de montrer sa bonne foi sur l’importance du désarmement nucléaire… Cette pression est classique de la part des puissances nucléaires, elle est ainsi exercée sur de nombreux États et par toutes les puissances nucléaires, à l’image de la France qui ne cesse d’envoyer des pressions politiques fortes vers des États francophones afin qu’ils ne deviennent pas membres du Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

Les armes nucléaires sont-elles un danger pour la planète ?

Cette question est étonnante, car je ne pense pas que celle-ci se poserait au sujet des armes biologiques et chimiques. Oui, les armes nucléaires constituent un danger permanent et bien réel pour la communauté internationale. Si ce n’était pas le cas, aucune règle internationale (comme le Traité de non-prolifération nucléaire ou le nouveau Traité d’interdiction des armes nucléaires) n’aurait été adoptée par l’ONU. La prolifération nucléaire, par ailleurs, ne constituerait pas une menace. Il est essentiel d’avoir toujours en tête que les armes nucléaires sont des armes de destruction massive dont les conséquences de leur utilisation (volontaire ou accidentelle) peuvent remettre en cause la survie de l’humanité. Ces armes sont donc une menace pour les populations et notre environnement. De plus, elles sont absolument incompatibles avec le droit international humanitaire comme l’a exprimé à plusieurs reprises le Comité international de la Croix-Rouge. En effet, à l’occasion des trois conférences internationales sur l’impact humanitaire des armes nucléaires, le CICR a souligné qu’aucun plan international ni aucun acteur ne sera à même de répondre de manière adéquate aux besoins des victimes en cas d’emploi d’armes nucléaires. De plus, les effets des armes nucléaires ne connaissent pas de frontières, ni dans le temps ni dans l’espace, car leur impact génétique se transmet aux générations suivantes.

N’assurent-elles pas un équilibre ?

Si vous pensez à l’équilibre de la terreur, alors oui. Mais le problème de l’équilibre c’est que le risque de tomber est toujours grand. D’autre part cet « équilibre » n’est pas souhaité par une écrasante majorité du monde, car leur sécurité est directement mise en cause. À l’heure où le mot multilatéralisme est largement utilisé, il serait donc temps de prendre en compte les besoins de sécurité de toutes les populations et pas seulement de quelques États. Cette notion d’équilibre est donc absurde, dangereuse et illusoire comme nous l’expliquons dans « L’illusion nucléaire : la face cachée de la bombe atomique ». Le discours sur la nécessité de la bombe et de son maintien repose sur des mythes. Or, en 2018, nous constatons de plus en plus que les failles de cette ligne Maginot nucléaire sont de plus en plus béantes.

En continuant à mettre en avant cette politique de dissuasion (et l’on peut se référer aux derniers discours de la ministre des Armées), c’est un appel à la prolifération nucléaire. De plus, il faut être aveugle pour ne pas voir que cette politique ne peut mener à terme qu’à l’usage de ces armes. Le développement accéléré des nouvelles technologies (notamment le cyber) rend encore plus incertains et fragiles les systèmes de sécurité de ces armes. L’invisibilité prochaine des sous-marins est également remise en question comme l’a souligné le député M. François Cornut-Gentille (qui n’est pas un opposant à l’arme nucléaire) avec l’arrivée de satellites capables de les repérer…

Quelles sont les chances d’une élimination complète des armes nucléaires et à quelle échéance

Depuis la fin de la guerre froide, l’arsenal nucléaire mondial est passé de près de 70 000 à moins de 15 000 armes, preuve que la diminution et le démantèlement sont bien des réalités et peuvent être réalisés en quelques années. Le processus d’élimination inclut de nombreuses étapes qui vont du retrait des armes en état d’alerte, au stockage puis au démantèlement. En 2017, à l’ONU, le Traité d’interdiction des armes nucléaires a été adopté par 122 États. Le TIAN entrera en vigueur en fin d’année 2019. La volonté politique de ces États est de ne plus se retrouver confrontés à une menace nucléaire. Ce traité était la pièce manquante du puzzle pour disposer d’une interdiction globale et engager des négociations sur l’élimination des armes nucléaires.

Le Président sur le porte-avions Charles-de-Gaulle a souhaité rassurer les Français sur l’équipement des forces armées.

Le président Macron lors de son interview a souligné que la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) était en forte hausse pour rééquiper les forces armées françaises. Nul ne peut nier cette augmentation, mais celle-ci va structurellement en direction des forces nucléaires et non pas vers les forces conventionnelles. Pas moins de 37 milliards d’euros seront ainsi consacrés dans la LPM 2019/2025, soit une augmentation de 60 % par rapport à la LPM précédente (qui était de 23,3 Mds €). Ce budget doit assurer la modernisation des arsenaux existants et lancer le processus de renouvellement de l’ensemble des systèmes des deux composantes nucléaires (sous-marine et aérienne, équipements liés aux transmissions, systèmes de simulation). La France participe bien ainsi à un processus de course aux armements nucléaires (non pas en termes de quantité, mais en termes de qualité) qui devrait se poursuivre jusque vers 2048, date de la fin annoncée de ce renouvellement. Les futurs crédits iront donc toujours plus en direction de l’arsenal nucléaire au détriment des forces conventionnelles…

http://www.iris-france.org/123916-les-armes-nucleaires-constituent-un-danger-permanent-et-bien-reel-pour-la-communaute-internationale/

Nov 16

QUE VONT DEVENIR LES DÉCHETS NUCLÉAIRES JETÉS DANS LES OCÉANS ?

«Entre 1946 et 1993, 14 pays ont procédé à des immersions de déchets radioactifs dans plus de 80 sites situés dans les océans Pacifique, Atlantique et Arctique», rappelle l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). En 1993, un accord international est trouvé pour interdire cette pratique.

Parmi ces déchets immergés, on trouve des liquides radioactifs en fûts ou non, des déchets solides en fûts mais aussi «des cuves de réacteurs nucléaires, contenant éventuellement du combustible, provenant des États-Unis ou de l’ex-URSS».

Tous ces sites sont récapitulés sur la carte ci-dessous. Petite particularité géopolitique, le site le plus proche des côtes françaises, a été utilisé par l’Angleterre et la Belgique.

L’activité totale des déchets immergés était d’environ 85 000 Téra becquerels à la date de leur immersion, selon l’Andra. Le becquerel est une mesure de la radioactivité qui caractérise le nombre de désintégrations spontanées de noyaux d’atomes instables par seconde. Le corps humain émet environ 8000 Bq. Parmi les éléments radioactifs présents, on trouve le Césium 137 (qui a une demi-vie de 30 ans, c’est à dire dont la radioactivité est divisée par deux tous les trente ans), le tritium (demi-vie de 12,3 ans) ou encore le Carbone 14 (5700 ans). 

La France est responsable de l’immersion de 14 200 tonnes de déchets radioactifs conditionnés, d’activité totale d’environ 350 TBq, dans l’Atlantique Nord (sur deux sites lors de campagnes coordonnées par L’Agence pour l’énergie nucléaire au sein de l’OCDE) et de 3 200 tonnes de déchets radioactifs, d’une activité totale inférieure à 0,1 TBq, dans les eaux territoriales françaises en Polynésie.

Quelle surveillance ?

Les sites Polynésiens font l’objet d’une surveillance régulière par le ministère de la Défense. Les derniers résultats sont publiés dans le rapport de 2016, dont la conclusion est la suivante :

«La surveillance de l’environnement à Moruroa et à Fangataufa met en évidence que les radionucléides artificiels mesurés dans les échantillons sont présents à des niveaux très bas et souvent inférieurs ou voisins de la limite de détection des appareils de mesure de la radioactivité. Depuis la situation radiologique établie par l’AIEA en 1996, constat de référence des niveaux d’activité dans l’environnement des deux atolls, les concentrations mesurées dans le milieu terrestre et les sédiments marins gardent la trace des essais atmosphériques en étant stables ou en légère diminution. En particulier, les mesures des quatre prélèvements de sédiments du lagon en périphérie du banc Colette à Mururoa montrent une stabilité de la radioactivité

Les autres sites sont beaucoup moins surveillés. Dans son inventaire des déchets immergés publié en 2017, la dernière campagne de surveillance que mentionne l’Andra est celle de GreenPeace en 2000. L’association avait filmé la dégradation des fûts de déchets radioactifs au fond de la mer dans le site le plus proche des côtes françaises, la fosse des Casquets dans la Manche utilisée par la Belgique et le Royaume-Uni.

Selon l’inventaire 2015 de l’AIEA, lors de la campagne de surveillance de 1992 en Atlantique Nord, «des concentrations élevées» de radio nucléides indiquaient «des fuites des colis». L’AIEA note d’ailleurs que «les colis avaient pour but de s’assurer que les déchets soient transportés intactes au fond de l’océan, il était donc attendu qu’une lente dispersion dans l’eau environnante puisse arriver».

Par ailleurs, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a pour mission «une veille permanente des niveaux de radioactivité. Il surveille également le milieu marin de la métropole et de l’outre-mer, et donc la radioactivité de l’eau de mer, des sédiments, de la flore et de la faune». Il détient une quinzaine de stations de surveillance sur les côtes de l’Hexagone. Il ne s’agit donc pas d’une surveillance des sites de déchets immergés mais de l’environnement de vie des français.

Accidents involontaires

Il faut ajouter aux décharges nucléaires maritimes volontaires, le cas des pollutions radioactives dues à des accidents de bateaux ou de sous-marins à propulsion ou armements nucléaires. En 2000, la Russie avait ainsi perdu un sous-marin nucléaire, le Koursk, qui avait ensuite été renfloué, une première à l’époque et encore unique opération à ce jour à notre connaissance. L’accident avait eu lieu en mer de Barents, qui abriterait «plus de 30 000 mètres cubes de déchets radioactifs solides, et 7 000 mètres cubes de liquides seraient entreposés dans la région», écrivait Libération en 2000.

À notre connaissance, aucun projet n’existe pour extraire ces déchets des fonds marins. Selon l’AIEA, la radioactivité totale au fond des océans sera sous les 10 000 térabecquerel en 2050.

Par Olivier Monod 16 novembre 2018 à 10:31

https://www.liberation.fr/checknews/2018/11/16/que-vont-devenir-les-dechets-nucleaires-jetes-dans-les-oceans_1681631

Nov 16

FUITE À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DU BUGEY : EDF CONDAMNÉE EN APPEL

La cour d’appel de Lyon vient de condamner EDF à 5 000 euros de dommages et intérêts suite à une fuite à la centrale nucléaire du Bugey en 2013.

En 2014, le réseau Sortir du nucléaire avait porté plainte contre EDF à propos de « possibles négligences à la centrale nucléaire du Bugey« . Selon le réseau, « En août 2013, à la centrale nucléaire du Bugey, EDF a négligé de réparer une vanne d’un circuit destiné à maintenir un volume d’eau suffisant pour assurer le refroidissement du réacteur n°5. Il en a résulté une fuite qui, aggravée par d’autres dysfonctionnements, a dangereusement perturbé le pilotage du réacteur. Par la suite, cette vanne a été réparée tardivement – et mal – , ce qui a entraîné d’autres problèmes en cascade. » 

En novembre 2016, le tribunal de Bourg-en-Bresse avait condamné EDF pour avoir pris une décision seule durant cet incident d’août 2013, sans demander l’avis de l’Autorité de sûreté du nucléaire. EDF avait été dispensée de peine, et devait verser 1 euro symbolique à Sortir du nucléaire qui avait fait appel. Le parquet n’ayant pas fait appel de son côté, la cour était amenée à se prononcer uniquement sur l’aspect civil du jugement : les dommages et intérêts.

Dès lors, la cour d’appel de Lyon vient de condamner EDF à devoir verser 5 000 euros de dommages et intérêts, ainsi que 1 500 euros de frais. Selon Charlotte Mijeon, « si le parquet avait fait appel, il est probable que la cour serait revenue également sur la question de la dispense de peine ».

Sortir du nucléaire indique avoir porté une nouvelle fois plainte, suite à une fuite de « tritium survenue en décembre 2017″ à la centrale espérant « que la justice ne mettra pas autant de temps à sanctionner ». Le réseau demande aujourd’hui la fermeture de la centrale nucléaire du Bugey.

Par Florent Deligia le 15 novembre 2018 à 16h34

https://www.lyoncapitale.fr/actualite/fuite-a-la-centrale-nucleaire-du-bugey-edf-condamnee-en-appel/

 

Nov 16

NUCLÉAIRE EN POLYNÉSIE: « NOUS AVONS MENTI », LANCE ÉDOUARD FRITCH

ASSEMBLÉE – Ce jeudi le président du Pays Édouard Fritch s’est lancé dans une tirade autocritique alors que la reconnaissance du fait nucléaire était abordée à l’occasion de l’examen du projet d’avis sur le toilettage du statut de la Polynésie.  

Le projet d’avis sur le toilettage du statut de la Polynésie était soumis aux élus de l’assemblée ce jeudi. Le 9 novembre, les membres de la commission des institutions avaient émis un avis favorable même si l’opposition entendait déjà voter contre. 

Dans un communiqué, envoyé mercredi aux médias, le Tavini Huira’atira explique : « Écrire dans ce projet de loi, élaboré par le ministère des Outre-mer, que « la Polynésie française a contribué à la construction de la capacité de dissuasion nucléaire et à la défense de la Nation », est une lecture mensongère de notre Histoire. » Pour le parti indépendantiste, le peuple polynésien a été « volontairement sacrifié sur l’autel de la Raison d’État, pour la seule grandeur de la France.« 

Ce jeudi en séance à l’assemblée, les discussions sur la reconnaissance du fait nucléaire ont donné lieu à une autocritique du président du Pays Édouard Fritch qui répondait au parti bleu : « Je ne m’étonne pas qu’on me traite moi de menteur alors que pendant 30 ans nous avons menti à cette population, que les essais étaient propres. Nous avons menti. J’ai fait partie de cette bande. Pour quelle raison nous avons menti ? Alors que notre propre leader a vu une bombe péter. Lorsqu’on voit une bombe atomique péter, je pense qu’on se rend compte que ça ne peut pas ne pas faire de mal. »

Une tirade à laquelle Moetai Brotherson, député indépendantiste, a répondu : « Je ne crois pas vous avoir traité ni de menteur ni d’orgueilleux ». 

« On utilise l’indépendance comme on utilise les essais nucléaires, pour taper sur la France »

Édouard Fritch s’est ensuite expliqué devant les médias : « On utilise l’indépendance comme on utilise les essais nucléaires, pour taper sur la France. Je trouve que c’est un moyen hypocrite de le faire (…) Je leur ai dit effectivement ce matin que je me sens aussi dans la peau d’un menteur parce que durant 30 ans avec le leader que nous avions à l’époque, nous étions convaincus que ces essais étaient propres. À la seule différence : c’est que notre leader de l’époque lui a vu une bombe exploser. Et je pense que si tous au Tahoeraa, nous avions vu cette bombe exploser, nous n’aurions pas eu le même comportement. » 

Le président du Pays explique qu’il « se doit aujourd’hui » de prendre ses responsabilités et « qu’on vienne participer à la reconstruction de ce Pays suite aux dégâts causés par ces essais nucléaires. » 

Parmi les modifications proposées par la Polynésie, celle « de notre loi organique pour pouvoir prévoir une indemnisation majeure des problèmes et des dégâts liés au nucléaire dans notre pays, sur le plan économique et social. Et nous envisageons de demander à l’État de prendre ses responsabilités concernant les dépenses engendrées suite aux maladies prises en charge par la CPS » expliquait la semaine dernière le représentant Tapura Michel Buillard.

Le projet d’avis sur le toilettage du statut a été adopté. Mais c’est bien l’État qui aura le dernier mot.

Rédaction web, le jeudi 15 Novembre 2018 à 15h51

https://www.tntv.pf/Video-Nucleaire-Nous-avons-menti–lance-Edouard-Fritch_a29008.html

Nov 16

NUCLÉAIRE : « LA FERMETURE DE RÉACTEURS DOIT ÊTRE ENGAGÉE DÈS MAINTENANT »

Le nucléaire est un obstacle majeur au développement des énergies renouvelables, explique, dans une tribune au « Monde », un collectif de chercheurs et d’activistes.

Tribune. Dans les prochains jours, le président de la République Emmanuel Macron présentera la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), une feuille de route qui déterminera l’avenir énergétique de la France pour les dix prochaines années.

Un sujet hautement stratégique pour l’Hexagone, ses citoyennes et ses citoyens. Ce document détermine le rôle que l’Hexagone jouera dans la transition énergétique au niveau européen et dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

Pourtant, à ce jour, nous craignons que ce plan manque fortement d’ambition. Notamment si la PPE n’annonce aucune fermeture de réacteurs nucléaires d’ici à la fin du quinquennat. Quand bien même il est question de repousser l’échéance des 50 % de nucléaire [dans la production d’électricité] en 2035 (légalement, elle est encore fixée à 2025), la fermeture de réacteurs nucléaires doit être décidée et engagée dès maintenant.

Il s’agit là de transformations majeures, notamment en raison des implications économiques et sociales qui en découlent. Et il s’agit de transformations indispensables, tant le parc nucléaire est vieillissant, défaillant et dangereux.

Pour toutes ces raisons, la France ne peut pas prendre plus de retard dans sa transition énergétique, et ces décisions doivent être prises maintenant.

Sécurité et déchets

Monsieur Macron, il n’est plus possible, comme l’ont fait vos prédécesseurs, de reporter. Si la PPE n’acte pas la fermeture de réacteurs d’ici à la fin de votre quinquennat, cela reviendra à prendre la décision de maintenir les Françaises et les Français dans une situation de risque permanent d’accident nucléaire.

Sur les cinquante-huit réacteurs en fonctionnement dans l’Hexagone, plus de 1 000 anomalies ont été détectées depuis leur mise en service. Certains continuent de produire de l’électricité, alors que des pièces ne sont pas conformes aux normes de sûreté.

Et c’est sans compter les risques d’accidents liés aux manquements dans la sécurité des centrales, comme l’a récemment soulevé la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, et l’accumulation, toujours plus folle, de déchets dont on ne sait que faire.

L’Autorité de sûreté nucléaire n’a pas encore rendu son avis sur les conditions de prolongation des réacteurs les plus vieux

Si la PPE n’acte pas la fermeture de réacteurs d’ici à la fin du quinquennat, ce sera également un coup de poignard dans le dos de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cet organisme indépendant n’a pas encore rendu son avis sur les conditions de prolongation des réacteurs les plus vieux, ceux qui vont atteindre l’âge limite d’exploitation pour lesquels ils ont été conçus, soit quarante ans. Le gouvernement ne peut pas décider de continuer d’exploiter des réacteurs nucléaires dont la possibilité technique de prolongation d’exploitation, dans des conditions suffisantes de sûreté, n’a pas été évaluée.

Si la PPE n’acte pas la fermeture de réacteurs d’ici à la fin du quinquennat, la transition énergétique de la France n’aura pas lieu. Le nucléaire est un obstacle majeur au développement des énergies renouvelables.

Selon les projections du Réseau transport électricité (RTE), la consommation d’électricité va diminuer ou stagner dans les vingt prochaines années. Si l’on ne réduit pas fortement la place du nucléaire, qui occupe aujourd’hui 75 % du mix de production électrique, les renouvelables n’ont aucune chance d’exister autrement qu’à la marge.

Un impact sur l’Europe

Pis, la transition énergétique sera également bloquée au niveau européen. Car tant que la France maintient son parc nucléaire, l’Allemagne et d’autres pays du Vieux Continent continueront à recourir au charbon. C’est le « deal » passé entre les voisins européens pour maintenir leurs industries énergétiques à flot. Tant pis pour les énergies renouvelables.

Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a récemment tiré la sonnette d’alarme pour que les États agissent plus vite et plus concrètement, la France peut-elle vraiment se permettre de ralentir l’action climatique européenne ?

Monsieur Macron, vos prédécesseurs ont déjà considérablement amputé la transition énergétique française. Ne répétez pas les mêmes erreurs. La PPE doit être un instrument de mise en œuvre des engagements climatiques internationaux de la France. Cela passe par une politique volontariste de maîtrise de la consommation d’énergie associée à un fort développement des renouvelables. Et cela ne pourra pas se faire tant qu’on ne refermera pas la page de notre histoire avec le nucléaire.

Signataires : Anne Bringault, coordinatrice des ONG sur la transition énergétique ; Florent Compain, président des Amis de la Terre France; Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, Global Chance ; Michel Dubromel, président de France Nature Environnement ; Clémence Dubois, chargée de campagne à 350.org <http://350.org/>  France ; Txetx Etcheverry, cofondateur du mouvement écologiste Bizi! ; Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France ; Jon Palais, porte-parole de ANV COP21 – Alternatiba ; Philippe Quirion, président du Réseau Action Climat ; Bernard Laponche, physicien nucléaire, Global Chance.

Par Collectif, publié le 15 novembre à 06h00, mis à jour à 14h48

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/11/15/nucleaire-la-fermeture-de-reacteurs-doit-etre-engagee-des-maintenant_5383712_3232.html

Nov 15

NUCLÉAIRE : COMMENT LA CORÉE DU NORD JOUE AVEC DONALD TRUMP

Selon eux, les bases de missiles sont éparpillées à travers le pays dans des tunnels forés dans des régions montagneuses.

Lors du sommet historique du 12 juin à Singapour, Kim Jong-un et Donald Trump sont parvenus à un compromis en faveur d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne« , dont les modalités et le calendrier avaient été repoussés à de prochaines négociations. Depuis le sommet de Singapour, le Nord a renoncé à ses essais balistiques et nucléaires, démantelé un site de tests de missiles et promis, si les États-Unis acceptent de faire des concessions, de démonter son principal complexe nucléaire. Ces sites renfermeraient des armements sensibles comme les missiles intercontinentaux (ICBM) qui sont situés dans des zones reculées de la Corée du Nord. D’après certaines sources, des missiles de portée intermédiaire capable de frapper le Japon et la Corée du Sud sont dissimulés dans des zones reculées de la Corée du Nord.

L’étude du CSIS vient donc contredire ces efforts. Les missiles à plus courte portée sont installés dans une ceinture tactique située entre 40 et 90 kilomètres de la DMZ. « Je ne vois rien de fracassant, pas vraiment d’informations nouvelles« , a commenté Daniel Pinston, professeur à l’université Troy de Séoul, ajoutant que le site Sakkanmol décrit par l’étude est « connu de longue date, au moins depuis 20 ans« .

Un point de vue partagé par Vipin Narang, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a tweeté: « M. Kim a littéralement ordonné la production de masse de missiles balistiques le jour de l’an 2018« . « Parler de tromperie » est fallacieux, poursuit-il. Selon le CSIS, ce site se trouve à moins de 150 km de Séoul. Dès qu’il a découvert, ce mardi, les conclusions du CSIS, le gouvernement sud-coréen a voulu en minimiser les découvertes en expliquant que ses services de renseignement étaient déjà au fait de ces installations  » secrètes « . Des accords avaient été conclus et Kim Jong Un avait exprimé sa volonté d’entamer le processus de désarmement nucléaire de son pays sans toutefois donner plus d’informations.

« Les mandarines sont une spécialité auxquelles n’ont pas normalement accès les Nord-Coréens ordinaires« , a déclaré dimanche le porte-parole de Moon Jae-in, sans autre précision.

Une réunion prévue la semaine dernière à New York entre le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et un très haut responsable nord-coréen, Kim Yong Chol, a été annulée à la dernière minute par les Nord-Coréens, officiellement pour des raisons d’agenda. Washington a lui retardé son feu vert à des demandes d’exemptions aux sanctions de l’ONU pour permettre la livraison au Nord de tracteurs, pièces détachées et d’aide humanitaire

Par Esther Coulomb | 15 Novembre 2018

http://jambonburst.com/2018/11/15/comment-la-cor-e-du-nord-joue-avec-donald-trump-nucl-aire.html

 

Nov 15

BURE : LE ZÈLE NUCLÉAIRE DE LA JUSTICE

Ils ne sont que quelques dizaines, pourtant la justice emploie les très grands moyens. «Libération» a pu consulter le dossier d’instruction contre les militants anti déchets nucléaires : une procédure titanesque employant les ressources les plus pointues… de la lutte antiterroriste.

A-t-il déjà pris part à une enquête d’une telle envergure ? Après un court silence, le procureur de Bar-le-Duc (Meuse), Olivier Glady, doit bien l’admettre : «Non.» Depuis l’été 2017, une instruction ouverte notamment pour «association de malfaiteurs» cible les opposants au Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), vaste projet de stockage des déchets nucléaires les plus dangereux, à Bure et dans ses environs. Après des mois de tensions croissantes entre les forces de l’ordre et les opposants au projet, un événement va précipiter l’ouverture de cette enquête colossale qui a abouti à la mise en examen de sept militants. Au matin du 21 juin 2017, une poignée de personnes, visages masqués, pénètre dans le hall d’un hôtel-restaurant, dont l’activité dépend du laboratoire du projet d’enfouissement. À l’étage, une dizaine d’occupants sont réveillés par le bruit. La réception est saccagée, une bouteille contenant des hydrocarbures est jetée au sol et s’enflamme. Alors que les individus quittent les lieux, un employé éteint rapidement le départ de feu. Le procureur de la République ajoutera à son enquête sur ces faits des dégradations commises au mois de février de la même année, dans «l’écothèque», un bâtiment appartenant à l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra). Ainsi que des violences survenues à l’occasion d’une manifestation sans autorisation à Bure le 15 août 2017 au cours de laquelle plusieurs personnes sont blessées.

Alors que ces faits, principalement de dégradation, ne concernent que quelques militants, c’est le mouvement dans son ensemble qui va être visé. L’objectif clairement affiché est de mettre en évidence la «radicalisation» d’une partie des opposants ayant des «desseins criminels» et auteurs, selon les gendarmes, d’«infractions graves n’ayant pour l’instant entraîné que des dégâts matériels». Dans cette instruction, qui a déjà dépassé les 10 000 pages et que Libération a consultée, les investigations les plus intrusives des enquêteurs s’enchaînent frénétiquement. Une «cellule Bure» à la gendarmerie est montée en coordination avec le parquet de Bar-le-Duc. Une dizaine de militaires travaillent sur le mouvement. La plupart à plein temps. Surveillance physique, géolocalisation, balisage de véhicule, placement sur écoute, tentative de sonorisation d’une maison, expertise génétique, perquisitions, exploitation de matériel informatique… Ces «techniques spéciales d’enquête» ont été étendues ou légalisées par la loi du 3 juin 2016 sur la criminalité organisée et le terrorisme. À l’époque des débats au Parlement, les défenseurs des libertés publiques alertaient justement contre le risque de voir les méthodes de l’antiterrorisme et de répression du grand banditisme appliquées au militantisme politique.

À lire aussi : Bure : un village paisible devenu une obsession sécuritaire

En visant l’«association de malfaiteurs», le parquet permet aux enquêteurs d’avoir recours à de nombreux moyens encadrés par la loi de 2016. «Ni moi dans un premier temps, ni le juge ensuite, n’a utilisé des méthodes qui ne seraient pas comprises dans le code de procédure pénale, souligne d’ailleurs le procureur de la République de Bar-le-Duc. Je reste dans ce que permet le code, pas plus… mais pas moins.» Une version contestée par Angélique Huguin, opposante résolue à Cigéo : «Bure, c’est un laboratoire répressif. On a affaire à la filière nucléaire, donc on a affaire à l’État.» «La justice utilise cette information judiciaire pour casser et museler le mouvement de contestation à Bure», s’emportent à leur tour des avocats du pool de défense des militants. Olivier Glady répond en trouvant un peu «paradoxales» les questions sur la débauche d’énergie : «Pour une fois qu’une enquête est menée jusqu’au bout, avec un déploiement de moyens qui ne s’expose pas aux reproches de la pingrerie qu’on entend trop souvent dans l’univers judiciaire…» Mais il se ménage une porte de sortie : «La fin du film je ne la connais pas, si ça se trouve à la fin il n’y aura pas assez d’éléments.» Revue de détails des méthodes à l’œuvre.

1/Les écoutes, la géolocalisation, les balisages

Entre l’ouverture de l’information judiciaire, fin juillet 2017, et la manifestation non déclarée du 15 août suivant, les communications d’au moins sept téléphones sont «interceptées». Les lignes «collectives», c’est-à-dire utilisées par plusieurs personnes, sont visées en priorité. Dans la liste des écoutes, on décèle, sans surprise, les téléphones portables et fixe de la «Maison de résistance», que l’instruction désigne comme «l’épicentre des mouvements contestataires du projet». Plusieurs militants logent en permanence dans cette bâtisse de pierres, achetée en 2004 par deux associations, et qui fait donc l’objet de toutes les spéculations. Déterminé à en connaître les moindres rouages, le juge d’instruction, Kevin Le Fur, diligente une «sonorisation du lieu». Cependant, les gendarmes ne parviennent pas à installer les micros dans la maison, occupée en continu. En revanche, ils sollicitent jusqu’à la caisse d’assurance-maladie et les services fiscaux pour étayer les profils de ses résidents.

Par leur recours massif aux écoutes, les gendarmes essaient de reconstituer l’organigramme des opposants au projet d’enfouissement. Une ligne attire particulièrement l’attention de la cellule d’enquête : celle de la «legal team», une escouade d’opposants rompue à la chose juridique. Le jour de la manifestation du 15 août, au cours de laquelle un militant sera gravement blessé au pied par une grenade, chaque appel émis ou reçu par le numéro de la «legal team» est consigné, et ce sur une durée de sept heures : «Appel de 18 heures et 28 secs : X déclare que le cortège se replie enfin. / Appel de 18 heures 05 et 53 secs : X déclare qu’ils redescendent et qu’il y a des blessés graves.» Et ça continue sur des pages et des pages.

Les grandes oreilles des gendarmes vont aussi s’intéresser à plus d’une dizaine de militants, dont les téléphones personnels sont placés sur écoute à partir de septembre 2017. Pour certains, les interceptions cessent après quelques semaines. D’autres, en revanche, seront écoutés pendant près d’un an. Qui parle à qui ? Qui utilise un pseudonyme ? Et lequel ? Les enquêteurs peinent à débusquer les «malfaiteurs» qu’ils traquent. Ainsi, 2000 communications décortiquées n’aboutissent qu’à quatre maigres retranscriptions… Sans parler du numéro d’une personne n’ayant rien à voir avec Bure, écoutée durant un mois pour rien.

Mais l’exploitation des téléphones personnels ne se cantonne pas aux écoutes. Une dizaine de personnes ont été géolocalisées pendant plusieurs semaines «avec une fréquence de rafraîchissement de dix minutes». Résultat de ces rutilantes investigations ? Aucun «élément intéressant l’enquête ou susceptible d’aider à la manifestation de la vérité». Autre tentative, celle de poser des balises GPS sous les véhicules de deux personnes intéressant manifestement beaucoup les enquêteurs. Mais là encore, les découvertes s’avèrent infructueuses.

2/Les «Imsi-catchers»

Les manifestations organisées par les opposants au projet Cigéo offrent aux gendarmes de nouveaux moments propices à la surveillance. La mobilisation du 15 août 2017 va d’ailleurs constituer l’un des nœuds de l’enquête. De très nombreux procès-verbaux retracent avec précision le trajet des militants et des événements. Un hélicoptère suit et filme les opposants depuis le ciel. D’abondantes captures d’écran documentent les violences commises à l’encontre des gendarmes. En plus des effectifs mobilisés pour la gestion du maintien de l’ordre, «des équipes d’enquête» sont «dépêchées sur place» préventivement. Elles observent alors que les manifestants «dégrad[ent] du mobilier urbain» et «désolidaris[ent] des panneaux de circulation».

Mais les très nombreuses images captées par les gendarmes ne suffisent visiblement pas. Une réquisition est adressée à la rédaction en chef de France Télévisions. Les gendarmes souhaitent récupérer «les copies vidéo et photos du reportage et des rushs» en précisant que «le secret professionnel ne peut être opposé, sauf motif légitime».

Les gendarmes profitent également des différents rassemblements pour garnir leurs fichiers de militants avec d’éventuelles nouvelles lignes téléphoniques. Ainsi, des réquisitions sont envoyées aux opérateurs à la suite de la manifestation du 15 août 2017, pour récupérer la liste des portables qui ont «borné» sur les antennes des environs. L’opération est effectuée pour «déterminer des réseaux de connaissances et procéder à l’identification des activistes présents sur les lieux».

En février 2018, le juge d’instruction Kevin Le Fur autorise les gendarmes à utiliser un appareillage encore plus intrusif : l’Imsi-catcher. Cette «valise espionne» agit comme une antenne-relais et intercepte les données de communication de tous les téléphones portables présents alentour. Elle a longtemps été utilisée illégalement par les services de renseignement avant que son usage dans le cadre d’une procédure judiciaire soit encadré par la loi du 3 juin 2016 relative à la criminalité organisée et au terrorisme. L’emploi de «cette technique est rendu nécessaire par le fait qu’il a été constaté que certains opposants avaient changé de numéros de téléphones [à la suite de perquisitions, ndlr]», justifient les gendarmes sur procès-verbal. En clair, l’Imsi-catcher permet de cibler beaucoup plus précisément les militants et de les géolocaliser en temps réel.

Le 13 février 2018, les gendarmes procèdent à une première captation avec l’Imsi-catcher aux abords du tribunal de Bar-le-Duc, où un rassemblement est organisé en soutien à trois militants poursuivis. Deux le sont pour la détérioration d’un mur qui encerclait le bois Lejuc (où doit être construit une partie du projet d’enfouissement), l’autre pour diffamation. «Plusieurs points d’enregistrement sont réalisés», précise le procès-verbal de compte rendu : «sur le parking du conseil départemental» ainsi qu’«à plusieurs endroits aux alentours du tribunal». Le lendemain, les enquêteurs investissent Bure au petit matin pour «intercepter les données techniques des opposants au projet Cigéo localisés à la Maison de résistance […] ainsi que ceux situés en lisière du bois Lejuc». L’opération est répétée moins d’un mois plus tard, à l’occasion du dernier grand week-end de mobilisation, les 2 et 3 mars 2018.

3/Les perquisitions et les expertises

La consigne est délivrée sans équivoque par le juge Le Fur : les enquêteurs peuvent «procéder à toutes auditions, réquisitions, perquisitions, saisies et d’une manière générale à tous actes utiles à la manifestation de la vérité, et ce, sur toute l’étendue du territoire national». S’ensuivent des dizaines de perquisitions, déclenchées en trois séries. Maison de la résistance, mais aussi cabanes dans la forêt ou domiciles personnels… : d’innombrables lieux ont été ratissés. De ces actions, découle évidemment la saisie de centaines de téléphones mobiles, ordinateurs, disques durs et clés USB. «Des supports numériques» dont les arcanes vont être disséqués.

D’après le décompte du pool d’avocats des militants, au moins 45 expertises techniques, informatiques – et même ADN – ont déjà été effectuées. Un mois après le saccage et la tentative d’incendie de l’hôtel-restaurant du Bindeuil, c’est un rapport d’expertise génétique qui est réalisé sur la bouteille ayant contenu des hydrocarbures, ainsi que sur quatre cailloux. Elle conclut que les données recueillies ne permettent pas d’identifier d’ADN ou de profil génétique.

Même constat d’échec lors de l’analyse de traces retrouvées sur des bouteilles et un briquet à proximité de l’écothèque, en février 2017. Des actes vains, mais facturés des dizaines de milliers d’euros, selon les nombreux devis, consultés par Libération, joints aux documents d’enquête.

4/Les interrogatoires

En juin 2018, Kevin Le Fur estime que l’enquête qu’il pilote depuis plusieurs mois est suffisamment aboutie pour envisager les premières mises en examen. Dès lors, plusieurs militants sont placés en garde à vue, dont l’avocat Étienne Ambroselli.

Souvent, la faiblesse des charges dont disposent les gendarmes, malgré leurs investigations, transparaît de leurs questions. Du coup, plus que les infractions visées, c’est le mouvement politique, et sa structuration, qui se retrouvent sur le gril. Intrigués par le mode de vie collaboratif, les gendarmes se demandent comment les militants «font pour l’hygiène». Ensuite, c’est l’ensemble des activités, même les plus anodines, qui sont passées au crible : «Qui est chargé de la logistique concernant le matériel, le bois ?», «Comment vous nourrissez-vous ?», «Qu’est-ce que le Hibou express ?», interroge un enquêteur. Réponse, dubitative : «Un journal hebdomadaire qui n’est pas paru depuis un mois.»

Les associations «Réseau Sortir du nucléaire» et «Bure zone libre», propriétaires de la Maison de résistance, sont également au cœur des auditions. Qui en sont les dirigeants ? Que peuvent-ils dire sur ces structures ? Comment sont-elles financées ? Y a-t-il des tensions entre elles ? Corinne François, une militante historique, qui appartient à «Réseau Sortir du nucléaire», est aussi placée en garde à vue. Son positionnement par rapport aux militants les plus radicaux est questionné : «Est-ce que vous ne sentez pas une dérive inquiétante de votre lutte ?», «Pensez-vous que tout le monde est fiable dans votre lutte ?» Ses présences à la Maison de résistance et le contenu des réunions qui s’y tiennent, sont également interrogés.

À lire aussi : Cigéo, le sous-sol de la discorde

Quant à l’avocat Étienne Ambroselli, qui défendait plusieurs militants poursuivis dans d’autres affaires, il doit principalement répondre de sa présence lors de la manifestation du 15 août 2017, vêtu d’«une sorte de tissu mauve» : «Pouvez-vous nous dire quelle est la signification de ce tissu, ou dans quel but il est porté ?»

À l’issue des gardes à vue, les experts sont une nouvelle fois sollicités afin de permettre le fichage du profil génétique des «protagonistes». Et lorsque le prélèvement de cellules buccales est refusé, c’est à partir de «matériel biologique» trouvé sur les vêtements des personnes interrogées que les biologistes sont invités à travailler, en l’occurrence un «caleçon de couleur gris» et un «sous-vêtement avec protège-slip». Seize mois de pêche au chalut, de multiples militants fichés, des dizaines de milliers d’euros dépensés pour un bilan bien hypothétique à ce stade.

Par Willy Le Devin , Aurélie Delmas et Ismaël Halissat — 14 novembre 2018 à 21:06

https://www.liberation.fr/france/2018/11/14/bure-le-zele-nucleaire-de-la-justice_1692100

Nov 15

NUCLÉAIRE: BERNARD DOROSZCZUK OFFICIELLEMENT À LA TÊTE DE L’ASN

Paris – Bernard Doroszczuk a été officiellement nommé à la tête de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour une durée de six ans, selon le Journal Officiel de mercredi, succédant à Pierre-Franck Chevet, dont le mandat arrivait à échéance.

Il a été nommé à la tête du gendarme du nucléaire par « décret du président de la République en date du 13 novembre« , précise le texte.

La nomination de M. Doroszczuk avait recueilli un avis favorable de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui l’avaient auditionné en octobre.

Son parcours a « été entièrement consacré au contrôle des activités et des installations à risque, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, avec plusieurs responsabilités en relation directe avec la sûreté nucléaire et la radioprotection« , rappelle de son côté l’ASN dans un communiqué.

En se présentant devant les parlementaires, Bernard Doroszczuk avait souligné que l’ASN faisait face à deux gros enjeux à court terme: celui du chantier de l’EPR de Flamanville (Manche) et le réexamen des réacteurs de 900 mégawatts d’EDF pour qu’ils puissent éventuellement fonctionner au-delà de 40 ans.

À plus long terme, il a aussi identifié un certain nombre d’enjeux: le maintien des capacités techniques et financières des exploitants (EDF, Orano, CEA), la question des déchets et du démantèlement, la radioprotection dans le domaine médical et l’efficience interne de l’ASN.

jmi/tq/nth, AFP / 14 novembre 2018 09h46

https://www.romandie.com/news/Nucleaire-Bernard-Doroszczuk-officiellement-a-la-tete-de-l-ASN/971345.rom

Nov 15

SORTIR DU NUCLÉAIRE BUGEY MONTE AU CRÉNEAU

SDN Bugey communique:

Lundi 12 novembre, avait lieu la CLI publique annuelle du Bugey, au Centre International de Rencontres de Saint-Vulbas.

Cette soirée avait pour objectif officiel d’informer la population riveraine sur la centrale, et notamment de lancer une concertation sur le thème sensible de la prolongation des réacteurs au-delà de 40 ans de fonctionnement. Beaucoup de monde à cette soirée (environ 250 personnes d’après Mme Baude, présidente de la CLI).

L’association SDN Bugey est évidemment opposée à ce projet de prolongation des réacteurs « en fin de vie« , et a contesté sur le fond, le bien-fondé de cette décision, dénonçant au passage un « semblant de concertation » puisque tout semble déjà avoir été décidé en amont.

Mais également, Madeleine Chatard-Leculier, présidente de SDN Bugey, a pris la parole pour dénoncer l’opacité totale dont fait preuve EDF dans sa communication qu’elle annonce pourtant « transparente« .

En effet, alors qu’en septembre, nous avions sollicité EDF pour obtenir des documents concernant les pièces défectueuses mises en cause pour Bugey 3 (une centaine d’irrégularités suite à l’affaire « Creusot-forges »), il nous a été renvoyé des documents occultés et totalement inexploitables, sous prétexte de « protection du site » et de non-divulgation d’informations « soi-disant sensibles ». Au moment de cette prise de parole à l’adresse du directeur de la centrale, une vingtaine de militants se sont levés et ont montré à la salle ces documents « caviardés« , totalement illisibles, au reste de la salle qui a « apprécié« …

Pour bien comprendre, nous avons saisi en septembre, la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (C.A.D.A) qui nous a donné raison sur le fond, et a enjoint EDF à nous remettre des documents lisibles. Mais depuis, EDF fait la sourde oreille, et nous attendons toujours une « vraie » réponse…d’où notre interpellation du directeur de la centrale.

Par ailleurs, nous avons appris récemment, qu’EDF cherchait à acquérir des terrains jouxtant le site de la centrale. Nous nous en sommes émus craignant une possible extension de la centrale, ou peut-être même une construction d’un EPR…(Joël Guerry est intervenu à ce sujet). Il nous a été simplement répondu qu’Edf devait penser à l’avenir et ne s’interdisait aucune piste …

Sortir du Nucléaire Bugey

Nov 14

NUCLÉAIRE SUISSE LES SCÉNARIOS CATASTROPHES SERONT DURCIS

Le Conseil fédéral a mis mercredi en vigueur au 1er janvier une révision d’ordonnance qui table sur un scénario de référence plus grave pour un accident nucléaire.

Le projet découle des travaux d’un groupe de travail interdépartemental mis sur pied par le gouvernement en mai 2011, suite à la catastrophe de Fukushima. Élaboré en collaboration avec les exploitants des centrales nucléaires et les cantons d’implantation (AG, BE, SO), il durcit les hypothèses de planification.

Nouveau scénario

Un scénario plus critique servira de référence. Il se fondera sur une défaillance avec grave endommagement du cœur du réacteur, un non-fonctionnement de l’enceinte de confinement et un rejet non filtré de radioactivité.

Ce nouveau scénario de référence (dit «A4») correspond à un événement de niveau 7 sur l’échelle de gravité internationale (International Nuclear Events Scale), soit le degré le plus élevé.

Toute la Suisse

Des mesures de protection d’urgence pourront dès lors s’avérer nécessaires bien au-delà d’un rayon de 20 km (ancienne zone 2, rebaptisée «zone de protection d’urgence 2»). Elles pourront s’imposer dans le reste de la Suisse (ancienne zone 3) et impliquer davantage d’acteurs.

Parmi ces mesures figurent l’alarme, la distribution de comprimés d’iode, l’évacuation postérieure (lorsque des substances radioactives ont été libérées), l’approvisionnement en eau potable et la gestion du trafic. La plupart sont déjà réglementées par d’autres ordonnances.

Cantons et communes

D’une manière générale, le projet accorde plus d’importance à l’évacuation à grande échelle. Les cantons dont certaines communes se trouvent dans les zones de protection 1 et 2 ainsi que des cantons du reste de la Suisse doivent être impliqués. Ces derniers doivent notamment garantir l’évacuation de la population exposée au danger, l’hébergement et la prise en charge des personnes évacuées.

Les cantons, régions et communes du reste de la Suisse ont désormais des responsabilités à respecter. Les charges élevées en relation avec la planification et de la préparation de mesures de protection en cas d’urgence pour les cantons nouvellement concernés peuvent être gérées dans le cadre des organisations d’urgence existantes, selon le Conseil fédéral.

Lors de la consultation, la gauche et les organisations environnementales ont estimé que le Conseil fédéral devait aller plus loin et que le scénario plus pessimiste devait servir de base pour la planification. De leur côté, les exploitants ont estimé que le scénario retenu n’apporte pas de nouvelles connaissances. (ats/nxp)

Créé: 14.11.2018, 11h01

https://www.lematin.ch/suisse/Les-scenarios-catastrophes-seront-durcis/story/10932572

Nov 14

CENTRALE NUCLÉAIRE DU BUGEY : DE NOUVELLES INSTALLATIONS DANS LES ANNÉES À VENIR ?

C’est en tout cas ce que redoute Sortir du Nucléaire Bugey. L’association vient d’être alertée par plusieurs agriculteurs du souhait d’EDF d’acquérir du foncier agricole proche de la centrale.

L’association SDN Bugey vient d’être alertée par plusieurs agriculteurs, qui ont reçu ces derniers jours une lettre d’EDF et de la SAFER, la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural, qui prospectent autour de la centrale en vue d’acquérir des terres agricoles. Ça concernerait 200 hectares selon l’association.

Pour quoi faire ?

C’est la question que se pose justement l’association SDN Bugey. Parmi ses suppositions : l’installation de nouveaux réacteurs ou d’une piscine centralisée de combustibles usés. « Pour nous c’est hors de question » explique Joël Guerry membre de SDN Bugey, « nous on demande l’arrêt des réacteurs qui ont plus de 40 ans, donc on ne veut pas de nouvelles installations ». L’association incite les agriculteurs à ne pas vendre leur terrain.

Jean-pierre Collet, le 12 novembre 2018

La SAFER, missionnée par EDF pour la réalisation de l’enquête foncière, va rencontrer une dizaine d’exploitants agricoles dans les semaines à venir.

Interrogée, la centrale nucléaire du Bugey explique qu’« EDF anticipe ses besoins en terme de foncier » et que pour l’instant aucun projet n’est fixé.

https://www.radioscoop.com/infos/centrale-nucleaire-du-bugey-de-nouvelles-installations-dans-les-annees-a-venir_163217

Nov 14

BELGIQUE : DES ACTIVISTES GREENPEACE BLOQUENT L’ENTRÉE D’ENGIE AUX EMPLOYÉS

Ce matin, une vingtaine d’activistes de Greenpeace ont bloqué l’entrée principale du siège d’Engie Electrabel à Bruxelles. Objectif: rappeler le principe du pollueur–payeur à appliquer pour les déchets nucléaires en Belgique. Devant les différentes portes d’entrée, les activistes ont déposé de l’argile, installé des fûts nucléaires et déployé des bannières rappelant: « Ce sont vos déchets.« 

« La menace que ce soit aux citoyens de régler la facture des déchets nucléaires est de plus en plus palpable », s’inquiète Éloi Glorieux, expert nucléaire de Greenpeace. « Engie doit conserver l’entière responsabilité financière de ses déchets et le gouvernement belge doit imposer des garanties absolues afin que suffisamment d’argent soit disponible dès que nécessaire.« 

Le 7 novembre, Écolo a organisé une conférence de presse durant laquelle il a déclaré craindre qu’Engie organise son insolvabilité et réclame d’urgence un cadre juridique. La Commission des provisions nucléaires avait rendu un projet de loi comprenant une quinzaine d’articles pour renforcer ce cadre juridique d’ici la fin de la législature. Ce texte a été envoyé au gouvernement fédéral, il y a neuf mois, mais aucun débat n’a été tenu à ce propos à la Chambre.
Peu après dans la journée, la ministre fédérale de l’Environnement, Marie-Christine Marghem (MR), a nié vouloir gagner du temps et a déclaré : « Le gouvernement veut qu’Electrabel assume complètement le démantèlement des centrales nucléaires et le traitement des déchets radioactifs. Le gouvernement ne veut pas que les citoyens mettent un centime là-dedans. C’est le principe du pollueur-payeur. »

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_des-activistes-greenpeace-bloquent-l-entree-d-engie-aux-employes?id=10072623

Nov 14

À BURE, LA JUSTICE SERT À RÉPRIMER LA LUTTE CONTRE LES DÉCHETS NUCLÉAIRES

La Cour de cassation doit dire mercredi matin 14 novembre si elle lève ou non le contrôle judiciaire que subissent plusieurs militants opposés à Cigéo. Mais derrière le théâtre de la justice, c’est en fait la liberté de lutter qui est en jeu.

La Cour de cassation — l’instance la plus élevée de l’ordre judiciaire français — doit dire ce mercredi 15 novembre si elle lève le contrôle judiciaire qui a été imposé depuis juin à plusieurs militants antinucléaires. On se rappelle que le 20 juin dernier, sous l’autorité du jeune juge d’instruction de Bar-le-Duc, Kévin Le Fur, des dizaines de policiers et gendarmes ont opéré des perquisitions brutales chez une dizaine de personnes opposées au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires. Sept d’entre elles sont restées en garde à vue pendant plusieurs dizaines d’heures, subissant plusieurs interrogatoires des policiers. Fait exceptionnel, un avocat, Maître Étienne Ambroselli, a été lui aussi perquisitionné et retenu près de 48 heures en garde à vue — avant que, le 25 juin, le juge de la liberté et des droits ne lui fasse rendre son matériel informatique : un signe clair que l’opération avait dépassé les bornes.

Les cinq personnes qui restent sous contrôle judiciaire ne se voient pas reprocher des faits précis, mais de participer à une « association de malfaiteurs », du nom d’un article du Code pénal né après les attentats anarchistes de la fin du XIXe siècle et réactivé avec les attentats terroristes de la fin du XXe siècle. Qu’auraient fait ces personnes ? Elles auraient été membres d’un « groupement formé en vue de la préparation de délits punis de cinq ans d’emprisonnement », les délits concernés étant la dégradation d’un bâtiment de l’Andra appelé l’Écothèque en février 2017 et situé près du « laboratoire » de Bure — où le gouvernement voudrait enfouir des déchets radioactifs —, un début d’incendie en juin 2017 dans un restaurant appartenant à l’Andra et également proche de Bure, et l’organisation d’une manifestation qui a mal tourné le 15 août 2017 dans le village meusien.

Le dossier compte pour chaque accusé jusqu’à 9.000 pages. Il a été alimenté par des écoutes téléphoniques pratiquées durant un an par un groupe de dix à trente policiers regroupés dans une « Cellule Bure » installée à Nancy et à Commercy. Il ne semble cependant pas s’y trouver de preuve irréfutable de la participation d’une des personnes poursuivies à un des délits cités. Mais telle est la vertu de l’association de malfaiteurs : il n’est pas besoin d’être l’auteur précis d’un acte, il suffit que des présomptions permettent de lier une personne à l’acte pour prétendre à une culpabilité. Ainsi, telle qui s’occupait de la « Legal Team », c’est-à-dire de l’organisation juridique collective de défense face à la police, est associée aux dégradations qui ont été commises ; tels autres qui animaient le site « vmc.camp » des opposants se voient supposer être impliqués parce que le site n’a pas critiqué les actes délictueux ; on reproche même à Me Ambroselli — qui n’est pas sous contrôle judiciaire — d’avoir porté « autour de son cou un morceau de tissu violet spécifique, comme d’autres participants à la manifestation»… Toute la démarche, visant à mettre en évidence une organisation pyramidale de la lutte contre Cigéo, ignore les pratiques horizontales et anti-autoritaires de cette lutte qui, comme à Notre-Dame-des-Landes, cherche à épanouir une organisation collective et sans chefs — quitte à endurer de fréquents ratés.

Mais réduire l’affaire au seul dossier juridique serait faire bon compte de tout le contexte de l’histoire. Car l’enjeu fondamental est de casser la lutte qui s’amplifiait contre Cigéo. Depuis 2015, la lutte contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure a connu un second souffle, marqué notamment par un camp estival. Quelques dizaines de jeunes et moins jeunes ont alors commencé à s’installer à Bure, dans la Maison de résistance appartenant à des associations antinucléaires et dans les villages alentour : un vrai coup de fraîcheur dans une région désertifié par les grandes cultures et l’abandon rural. Alors que depuis des années, l’Andra (Agence nationale des déchets radioactifs) avançait ses pions sans résistance notable, voilà qu’en juillet 2016, elle voyait le bois Lejuc — où elle prévoit de créer des installations nécessaires à l’enfouissement -– occupé par les activistes soutenus par une troupe joyeuse. De même, elle reculait sur le terrain juridique, comme en février 2017, quand le tribunal administratif de Nancy invalidait la cession du bois à l’Andra.

Quand M. Macron est arrivé au pouvoir –- lui qui, comme ministre de l’Économie, avait tenté plusieurs fois de faire avancer le processus législatif concernant Cigéo —, en juin 2017, un tournant a commencé à être pris : pas question qu’une « Zad » s’installe à Bure. La surveillance par les gendarmes à Bure et dans les villages proches a commencé à s’appesantir, tandis qu’en juillet, était ouverte une information contre X par le procureur du tribunal de Bar-le-Duc, Olivier Glady, « des chefs de dégradation par moyen dangereux et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement ». Dans une période où les moyens de la justice sont souvent limités, le jeune juge d’instruction Kévin Le Fur –- c’est son premier poste — se voyait allouer sans coup férir des dizaines de policiers, on l’a vu, pour enquêter pendant plus d’un an. C’est dire que tout l’appareil de l’État, habillé ici du majestueux manteau de la justice, s’est mis en branle pour mettre hors d’état de nuire un groupe d’opposants au nucléaire. Compte tenu du petit nombre de personnes qui, sur place, dans les villages, mènent la lutte, en toucher quelques-unes suffit à déstabiliser celle-ci. Car le contrôle judiciaire impose à ces personnes de ne pas se voir entre elles et de ne pas se rendre dans certaines communes, notamment à Bure. D’autres personnes, citées dans les dossiers d’instruction, sont aussi sous la menace d’un contrôle judiciaire, tandis que l’organisation même du Réseau Sortir du nucléaire, pourrait se voir incriminer au motif que, possédant 40 % des parts de la Maison de résistance, elle serait aussi dans « l’association de malfaiteurs ».

La « justice » continuera-t-elle à réprimer un mouvement d’opposition politique ? C’est au fond l’enjeu de cette affaire, qui concerne autant les libertés publiques que les déchets nucléaires.

14 novembre 2018 / Hervé Kempf (Reporterre)

https://reporterre.net/A-Bure-la-justice-sert-a-reprimer-la-lutte-contre-les-dechets-nucleaires

Nov 14

LA SANTÉ DES TRAVAILLEURS SOUS-TRAITANTS DANS LE SECTEUR DU NUCLÉAIRE

Le 5 novembre, la Maison des Sciences de l’Homme de Grenoble a accueilli Marie-Aurore Ghis Malfilatre, doctorante au centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS) pour un séminaire portant sur la santé des travailleurs sous-traitants dans le secteur du nucléaire.

Nous vous proposons un résumé de la présentation de l’étude ethnographique qu’elle a mené dans les camps de ces travailleurs installés à proximité de centres nucléaires.

De la prise de conscience à la reconnaissance

Si aujourd’hui la santé au travail peut apparaître comme un droit « naturel » des travailleurs, ce n’est bien qu’en apparence, car la construction des politiques publiques sur ce sujet n’est pas si évidente. Comment, par exemple, expliquer qu’au lancement du programme électronucléaire en France (dans les années 50) les principaux syndicats apportaient leur soutien, alors même que les risques sur l’exposition à la radioactivité sont connus depuis les années 30 ? Marie-Aurore Ghis Malfilatre nous montre à travers son étude que le développement que nous connaissons actuellement sur les questions de santé au travail dans le nucléaire résulte de configurations d’acteurs sociaux à un moment donné.

Si la question n’est pas d’actualité au moment de la création des programmes nucléaires, une prise de conscience apparaît progressivement. Des scientifiques spécialisés dans le domaine du nucléaire commencent à constituer des groupes de réflexion internes et se montrent critique sur la question des risques d’exposition. Le problème est ensuite peu à peu porté par certains acteurs syndicaux. Il faudra toutefois attendre 1997 pour voir une première vague de mesures gouvernementales, avec un décret pour l’interdiction du travail intérimaire et l’obligation de mettre en place un suivi pour les sous-traitants du nucléaire.

Malgré tout, cette question des risques des travailleurs reste peu visible dans le débat public et dans l’arène politique. Dans les années 2000, des travailleurs sous-traitant tirent eux-mêmes la sonnette d’alarme sur leurs conditions de travail et les enjeux que cela comporte pour la sûreté nucléaire. Leur mobilisation débouchera en 2006 sur l’abaissement des seuils d’exposition et la création d’un haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN).

Et dans la pratique ?

Ces mesures mises en place progressivement ont permis d’encadrer les risques encourus par les travailleurs sous-traitant du nucléaire, mais qu’en est-il des pratiques réelles ? Pour répondre à cette question, Marie-Aurore a mené une étude ethnographique avec parfois des obstacles de taille pour trouver son terrain. En effet nous dit-elle, certains acteurs du nucléaire comme EDF se montrent peu ouverts sur le sujet de la sous-traitance et les informations sont difficiles d’accès. 

Elle choisit alors d’aller au plus près des personnes concernées : les campings établis pour ces travailleurs. Lorsqu’un réacteur nucléaire est mis à l’arrêt, les travaux s’effectuent sur une durée relativement courte (quelques mois), et mobilisent entre 600 et 1500 travailleurs sous-traitants. Les travailleurs sont alors logés temporairement et à proximité des réacteurs. Ce qui ressort de l’étude de Marie-Aurore Ghis Malfilatre, c’est qu’au-delà des mesures mises en place, le travail de sous-traitance est fait d’aléas, de « bidouillages », de non-dits. 

Malgré la médiatisation des questions portant sur les risques du nucléaire, la question de ces travailleurs sous-traitants et de leurs conditions de travail réelles restent très peu visible. D’après Marie-Aurore Ghis Malfilatre, tout semble concourir pour que les questions de santé du travail nucléaire ne deviennent pas un enjeu politique. Les médecins du travail restent parmi les principaux acteurs de lutte pour la protection de la sous-traitance. Mais eux-mêmes se retrouvent dans une position paradoxale : chargés d’assurer la santé des travailleurs tout en étant payés par l’entité qui pourrait être à l’origine des risques encourus par ces travailleurs.

En conclusion, l’étude ethnographique d’un point de vue historique sur la santé des travailleurs du nucléaire met en évidence le poids des différents acteurs sociaux mobilisés à un moment donné. Elle fait également apparaître le décalage qu’il peut exister entre les mesures politiques, la médiatisation et les pratiques réelles des travailleurs exposés aux risques de la radioactivité. La médiatisation n’apparaît donc pas comme une condition suffisante pour que les pouvoirs publics s’emparent de la question.

Publié par Matthieu Martin, le 13 novembre 2018

https://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/humagora/articles/la-sante-des-travailleurs-sous-traitants-nucleaire

Nov 13

CORÉE DU NORD: LA REPRISE DES MANŒUVRES MILITAIRES USA/CORÉE DU SUD VIOLENT LES ACCORDS

Selon Reuters, environ 500 forces spéciales des États-Unis et de la Corée du Sud ont récemment lancé un exercice conjoint qui faisait partie d’une « sélection » de manœuvres reportées en juin lors du sommet de Singapour. Le journal nord-coréen Rodong Sinmun a écrit dans son édition du lundi 12 novembre que les manœuvres conjointes Séoul-Washington avaient violé l’accord signé le 19 septembre entre les dirigeants des deux Corées, appelant à la cessation de toutes les mesures hostiles.

Ce journal a également ajouté que cet exercice conjoint de deux semaines allait directement à l’encontre de l’accord militaire entre les deux Corées, censé mettre fin aux menaces de guerre nucléaires et aux relations hostiles dans la péninsule coréenne.

Kim Jong-un et Donald Trump, dirigeants nord-coréen et américain se sont réunis au sommet de Singapour en juin et ont promis de coopérer pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Ainsi, le président américain avait annoncé qu’il arrêterait les exercices conjoints avec la Corée du Sud pour concrétiser cette promesse. Mais rien n’a été fait du côté de Washington. En réponse à cela, la Corée du Nord avait annulé sa réunion avec le secrétaire d’État américain Mike Pompeo prévue à New York, le 10 novembre, en signe de protestation. Non seulement les navires de combat US ne se sont pas retirés de la péninsule, mais en plus les exercices conjoints US/Corée du Sud ne se sont pas arrêtés. Pyongyang avait de son côté commencé à mettre à profit sa promesse avec Trump, en entamant notamment le processus de réconciliation avec la Corée du Sud. La Corée du Nord avait supprimé ses postes-frontière pour se rapprocher de Séoul.

https://www.presstv.com/DetailFr/2018/11/12/579801/USA-Core-du-Sud-La-reprise-des-manouvres-militaires-conjointes

Nov 13

QUE FAIRE FACE À LA RÉPRESSION JUDICIAIRE

Face à une justice qui criminalise toutes celles et ceux qui résistent à la violence de notre monde, quelle marge de manœuvre nous reste-t-il ? Quels constats tirer? Comment s’organiser ?

Tribune de Gaspard D’Allens, journaliste engagé à Bure contre l’enfouissement des déchets radioactifs. Si à la suite de son procès il a finalement été relaxé, ce n’est pas le cas de toutes les personnes incriminées au même moment.  Une personne a écopé de 3 mois fermes, d’autres d’amendes. En deux ans, à Bure, il y a eu 50 procès, 28 interdictions de territoire. 2 ans de prison ferme cumulés et des centaines de mois avec sursis.

Nous vivons une époque singulière. Nos corps sont muselés, nos paroles entravées. Chaque geste qui s’opposerait à l’ordre existant est susceptible, désormais, d’entraîner des poursuites judiciaires. Une longue litanie de procès et d’enquêtes, de surveillances téléphoniques et d’élucubrations policières.

Parfois les affaires tournent au grotesque, à l’absurde. Des militants d’Attac ont été conduits 21 heures en garde à vue pour avoir posé des autocollants sur une vitrine de la Société générale. À Bure, un maraîcher opposé à la poubelle radioactive a eu un procès alors que des gendarmes avaient trouvé dans son camion une pelle à tarte et deux opinels. Récemment, une femme a subi 12 heures de garde à vue pour avoir peint un coquelicot à la peinture à l’eau sur les marches de la mairie à Reims. J’ai été jugé, de mon côté, sans même être prévenu, sans avocat pour avoir mis le pied devant une pelleteuse dans le Bois Lejuc pendant une minute. Un fait qualifié de « violent » par le procureur, alors que ce geste symbolique s’opposait à des travaux illégaux.

On serait prêté à sourire si ces histoires ne témoignaient pas d’un climat délétère. D’une dérive autoritaire. Mi-octobre, des étudiants de Nanterre ont pris de la prison ferme pour avoir participé au blocage de leur fac et tenté de résister à l’assaut des gendarmes qui avaient rappelons-le matraqué et gazé sans ménagement les occupants. En avril, trois jeunes ont été placés en détention provisoire pour avoir participé à une marche solidaire avec des migrants entre l’Italie et la France. En février, en première instance, des militants de Greenpeace ont pris plusieurs mois de prison ferme pour avoir tiré un feu d’artifice devant une centrale nucléaire.

« L’État veut nous transformer en spectateurs impuissants»

Zads, universités, luttes urbaines, résistances paysannes… Nous subissons partout la radicalisation de la répression. Quand les lacrymo ne suffisent plus à contenir les foules, les procès tentent de les étouffer, le poids des amendes de les asphyxier. Pour avoir démonté le robot de traite de la ferme usine des Millevaches, en Picardie, des agriculteurs de la Confédération paysanne sont sommés de payer plus de 120 000 euros. Un véritable coup de massue.

L’époque que nous vivons révèle notre dénuement, notre vulnérabilité. Quand les moindres gestes, même les plus anecdotiques, sont judiciarisables, que nous reste-t-il ? Comment agir sans subir ?

Pour les autorités, un bon militant n’est plus un militant mort. On ne lui tire plus dessus comme il y a 60 ans en manifestation. Un bon militant est un militant dépressif et impuissant. Simple spectateur du désastre ou il faudrait se cantonner à l’indignation. Écrire des communiqués, Twitter dans le vide infini d’internet, rester derrière son écran. Sans prise avec le réel. Cumuler les « like », les « grrr », les « wouah » et tous ces émoticônes sponsorisés par Facebook qui ne pourront jamais figurer l’ampleur de notre rage, la densité de nos rêves.

Sous couvert de pacification, nous avons perdu toute puissance. Frappés par une camisole moderne, qui ne cesse de nous enserrer. Vous résistez à un gendarme en manifestation ? « Outrage ». Vous osez lever le bras devant la matraque ? « Rébellion ». Les mois de sursis tombent comme la pluie. Le marteau du juge aussi. « Allez, au suivant ! ». Notre jeunesse défile sur les bancs des accusés, coupables de ne pas accepter le monde qu’on lui cède, rempli de déchets radioactifs, pourri aux pesticides. Un monde où le bruit des bottes couvre celui de nos rires, de nos joies, de nos espoirs.

En parallèle, l’arsenal répressif continue de s’approfondir, de piétiner ouvertement les libertés individuelles. La circulaire envoyée par le ministère de la justice en septembre 2016 pour réprimer les mouvements types ZAD s’applique parfaitement à Bure. «Interdiction de manifester », incrimination pour « association de malfaiteurs », « jugement expéditif » « procès pour entrave à travaux »… Nous assistons au déploiement d’un dispositif contre insurrectionnel qui criminalise nos amitiés et calque le système mafieux sur nos luttes.

Le 24 octobre, le Sénat a adopté une proposition de loi portée par Bruno Retailleau, l’ex président du conseil général de Loire-Atlantique qui a fait des zadistes le nouvel ennemi intérieur. Son texte contre les violences en manifestation ne vise évidemment pas la recrudescence des brutalités policières, ou celles des milices privées mode Benalla.

L’objectif de la proposition de loi est de briser tout surgissement d’une puissance collective. De pacifier la plèbe. De casser la spontanéité et la vitalité des cortèges de tête où se côtoient des individus non affiliés et non contrôlables, où s’inventent des slogans, des rythmes, des chants, où parfois, on se prend à croire que l’on peut, le temps d’un instant incandescent, changer le cours des choses.

« Il ne pourra y avoir de transition douce, de désobéissance sympathique »

Ce que les autorités et l’élite oligarchique veulent, c’est des manifestations plan plan, des défilés qu’ils peuvent, du haut de leur tour d’ivoire, mépriser allégrement, regarder passer comme l’eau sous les ponts. Entendre crachoter dans un mégaphone des formules périmées. Mille fois entendues. Des « sinon ça va pêter » sans lendemain, des « on lâche rien », criés très fort, pour oublier que l’on a tout perdu…

Alors que nous nous retrouvons de plus en plus fragiles face au pouvoir, une seule conviction m’habite. Il ne pourra y avoir de « transition douce », de « désobéissance sympathique » ou de « révolution tranquille ». C’est une pure illusion. Malheureusement, on ne bousculera pas l’ordre établi sans devoir se confronter aux forces de l’ordre, sans se heurter aux tribunaux, sans remplir les prisons.

C’est un triste constat. Qui dépasse largement le débat sclérosant entre la violence et la non-violence dans nos luttes. Quel que soit la stratégie adoptée, de la désobéissance civile au sabotage, du sit-in pacifiste à la casse, toute forme d’action, si elle est efficace, sera muselée et traduite en justice.

Parmi de nombreus-e-s ami-e-s ayant subi cette répression, je pense en ce moment particulièrement à Loïc Schneider, un jeune opposant à Bure, de 24 ans, maraîcher et poète. Il est emprisonné à Hambourg en Allemagne depuis août dernier, après avoir été livré par les autorités françaises à la police allemande. Il est accusé d’avoir participé aux manifestations anti G20 à Hambourg, après avoir enchaîné plusieurs procès en France, piraté le site de l’Andra sur Internet ou s’être attaqué aux grilles du laboratoire à Bure. J’enrage d’imaginer cet ami loin des siens, enfermé pour ses idéaux qu’il a toujours défendus sincèrement. Enfermé parce qu’il a décidé d’agir et de dépasser le stade de l’indignation, enfermé pour nous tous, pour un avenir sans nucléaire et sans l’oligarchie qui nous gouverne.

« Prendre conscience de la situation et s’organiser »

Aujourd’hui, nous devons prendre la mesure de ce qui nous arrive. Ne plus être naïfs. Ne plus s’accrocher à des illusions perdues ni à des mots qui ont perdu leur sens. L’« État de droit » légitime l’expulsion de la ZAD et la destruction de lieux de vie. « La démocratie participative » cautionne les pires projets d’aménagement. Quant à «  la justice », soit elle est inefficace pour condamner les crimes policiers, comme ceux de Rémi Fraisse ou d’Adama Traoré, ou pour empêcher des projets nuisibles, soit elle écrase l’opposition avec mépris.

Une guerre de basse intensité est en cours. Elle s’attaque à la jeunesse, aux pauvres, aux déviants migrants, aux écosystèmes et à celles et ceux qui luttent pour le vivant. Et dans cette offensive, nous sommes de plus en plus à nu et démunis. Fichés et fliqués.

Nous avons besoin de lier de nouvelles complicités, d’ouvrir plus d’espaces dans lesquels composer et se rencontrer. Articuler des pratiques, inventer un récit commun, à travers nos luttes qu’elles soient au sein de l’usine ou sur une zad, que l’on soit syndicaliste, squatteur, antinucléaire, membre d’associations citoyennes, paysan.ne, autonome, citoyen, forestier. Il faudrait arriver à dépasser les logiques de milieux et les crispations identitaires. La convergence ne s’invoque pas, elle s’aiguise et se travaille au quotidien. Elle se tisse avec patience comme l’étoffe.

Un jour, peut-être, nous arrêterons de fredonner des complaintes victimaires, de jouer à l’innocentisme. Nous accepterons la guerre des mondes. Nous prendrons simplement actes collectivement et nous nous organiserons en conséquence. Par de nouvelles solidarités, par la multiplication des collectifs anti-répression, par une meilleure circulation des caisses de soutien. En nous rendant aussi plus insaisissables, en améliorant la porosité entre nos milieux, en rendant nos pratiques complémentaires. Nous y retrouverons de la force, une puissance. Partout. Ensemble.

Ce texte se veut une invitation. Un appel à se rencontrer, se reconnaître, à mêler nos vécus, nos expériences de répression et de lutte, pour reprendre du souffle et s’orienter dans les temps à venir.

NOTE : Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

13 nov. 2018, Par sauvonslaforet, Blog : la lutte à Bure

https://blogs.mediapart.fr/sauvonslaforet/blog/131118/que-faire-face-la-repression-judiciaire/commentaires

Nov 13

BURE : TROIS MOIS DE PRISON FERME OU AVEC SURSIS POUR DES OPPOSANTS À L’ENFOUISSEMENT DES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc (Meuse), mardi 13 novembre a rendu sa décision. Quatre opposants au projet d’enfouissement de déchets nucléaires sont condamnés à de la prison avec sursis et à des amendes. Raphaël Jay, 22 ans, a lui été sanctionné de trois mois de prison ferme.

Le tribunal de Bar-le-Duc (Meuse), mardi 13 novembre 2018, a condamné à trois mois de prison ferme Raphaël Jay, 22 ans, un opposant au projet du centre d’enfouissement CIGÉO à Bure .

Le jeune homme, ivre et le visage dissimulé avait insulté et menacé les gendarmes à Bure (Meuse) en avril 2018.

Un autre opposant a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir insulté et craché sur un gendarme en septembre dernier.

Trois autres personnes ont été condamnées à des amendes allant de 150 à 1.350 euro et une quatrième a été relaxée.

Tous encouraient de la prison pour des faits d’ »outrage » aux forces de l’ordre ou de « rébellion » et de « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique« .

Une vingtaine de militants étaient présents dans la salle d’audience pour soutenir les mis en cause. Pour les encadrer, dans la salle et au dehors, un important dispositif avait été déployé par les forces de l’ordre.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/meuse/bure-trois-mois-prison-sursis-opposants-enfouissement-dechets-nucleaires-1573972.html

Nov 13

BURE, LABORATOIRE DE LA RÉPRESSION

Bure : une commune de la Meuse. Un réseau de galeries souterraines : le laboratoire de recherche de Meuse/Haute-Marne. Un exploitant : l’Andra, ou Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Une lutte : vieille de 20 ans, elle a pris, selon les mots du journaliste et militant Gaspard d’Allens, « un tournant inédit » depuis l’occupation de la forêt avoisinante, l’élévation de barricades et la pratique assumée du sabotage. Le 16 octobre 2018, d’Allens était jugé à Bar-le-Duc pour « opposition par violence ou voie de fait » à des travaux publics : de « violence », il n’y en eut pas, et il ne fut pas prévenu de l’audience, ne pouvant dès lors s’y rendre et encore moins se défendre. Il nous raconte cette lutte, à la fois collective et personnelle.

Quelque chose pourrit en France : c’est ce qu’on voit à travers l’exemple de Bure. Une certaine idée de la justice. Depuis deux ans, les opposants à la poubelle radioactive y subissent une répression très féroce : on compte pas moins d’une cinquantaine de procès, 28 interdictions de territoire, deux ans de prison ferme et plusieurs centaines de mois avec sursis cumulés. On a vécu une succession de situations complètement ubuesques : une administratrice du Réseau Sortir du nucléaire de plus de 60 ans est mise en garde à vue pendant 70 heures, un maraîcher est poursuivi pour avoir laissé un opinel et une pelle à tarte dans son camion, un agriculteur a pris plusieurs mois de prison avec sursis pour avoir prêté son tracteur lors d’une manifestation (lequel tracteur a été mis à la fourrière pendant plus d’un an), et un avocat a été perquisitionné et son bureau fouillé (ce qui a été jugé illégal). Même un voisin a pris du sursis pour avoir insulté des gendarmes : il n’en pouvait plus de les voir patrouiller 10 à 15 fois par jour devant chez lui, le filmer, rouler sur ses champs… Pour ma part, j’ai eu un procès le mardi 16 octobre, sans même en être prévenu, sans avocat, sans pouvoir m’exprimer. Mon procès a eu lieu en mon absence ! Une pure et simple négation des droits à la défense, des droits les plus élémentaires. C’est un exemple parmi tant d’autres, une goutte d’eau dans le karcher répressif qui vise à nettoyer Bure de toute forme d’opposition, et qui vise l’ensemble du mouvement : collectifs autonomes, paysans, habitants, associatifs.

« Les personnes à l’intérieur leur ont dit : Vous ne pouvez pas rentrer comme ça, sans mandat ; la réponse a été très claire : On est à Bure, on fait ce qu’on veut ! »

La répression s’est peu à peu radicalisée lorsque la lutte a commencé à avoir une vraie prise sur ce projet, à le mettre en difficulté, notamment avec l’occupation du bois Lejuc via l’installation dans les villages alentours de plusieurs dizaines d’opposants, qui ont racheté des maisons, lancé des projets agricoles et essayé de faire revivre ces lieux désertés en créant un territoire de résistance. Un seuil a été franchi dans la répression à l’été 2017, avec la constitution d’une soi-disant « association de malfaiteurs » en vue de nous incriminer : sept personnes sont aujourd’hui mises en examen, trois témoins assistés — dont notre avocat. Cette « association de malfaiteurs » est un moyen de nous attaquer en calquant le système mafieux sur notre organisation. Les personnes visées ne peuvent plus « entrer en contact » : des contrôles judiciaires leur interdisent de se croiser et de communiquer, quelles que soient les circonstances. Cela criminalise les amitiés et constitue une atteinte grave à la liberté d’association, pourtant garantie par l’article 20 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme1. Des interdictions de territoire ont également été assignées, empêchant les personnes de circuler où elles veulent : certains sont seulement interdits de Bure et de Saudron [Haute-Marne], d’autres du département entier, mais tous se trouvent atomisés.

La qualification d’association de malfaiteurs a entrainé quatre séries de perquisitions en septembre 2017, février, juin et octobre 2018, dans des domiciles privés mais aussi dans des lieux collectifs : des lieux d’information critique sur le nucléaire, ou des lieux d’accueil. C’est le cas de la Maison de la résistance, à Bure, qui a été en partie achetée par le Réseau Sortir du nucléaire et l’association Bure zone libre. La dernière perquisition date du 8 octobre : ils sont rentrés sans mandat, sans papiers officiels, juste pour vérifier s’il n’y avait pas quelqu’un interdit de territoire à Bure. Les personnes à l’intérieur leur ont dit : « Vous ne pouvez pas rentrer comme ça, sans mandat », et la réponse a été très claire : «On est à Bure, on fait ce qu’on veut ! ». Ces perquisitions sont des moments traumatiques, difficiles à vivre. On voit les gendarmes mobiles entrer au pied de biche dans une maison et casser la porte avec, défoncer les portes des caravanes, menacer les gens avec des flingues en leur disant « À terre ! », mettre des menottes à des camarades, etc. Ils laissent les affaires en bordel, ils cassent des choses, ils fouillent tout. Parfois des affaires disparaissent… En septembre 2017, ils ont pris une cinquantaine d’ordinateurs, des téléphones, des clés USB ; ils ont même embarqué notre imprimante. Leur volonté était de nous nuire, de nous intimider et de couper nos moyens de communication ! Ils ont aussi pris des livres sur l’écologie — dont mon manuscrit Bure, la bataille du nucléaire — et les ont mis sous scellés. Vivre une perquisition, c’est être touché dans son intimité, c’est être privé de ses outils, c’est se sentir isolé, démuni, fragilisé. C’est aussi avoir peur qu’ils reviennent la nuit, c’est se mettre à guetter les bruits de pas derrière la porte, la voiture qui ralentit dans la rue.

L’« association de malfaiteurs » a été un magnifique alibi pour engager une contre-insurrection et permettre au projet d’avancer sans trop de heurts. Ce qui a été visé, ce sont nos outils de lutte : automédia (les personnes qui contactent les journalistes, écrivent, communiquent), l’équipe juridique qui suit les procès et dépose des recours contre l’Andra et les médecins qui soignent en manifestation. S’il y a des automédias aujourd’hui, c’est parce que la plupart des médias dominants sont inféodés aux logiques du capital ; s’il y a des équipes médicales, c’est parce que la répression et la violence policière sont de plus en plus fortes ; s’il y a une équipe juridique, c’est parce que les autorités méprisent des règles élémentaires du droit (l’Andra a d’ailleurs été plusieurs fois condamnée par la justice, notamment pour travaux illégaux). Mais maintenant que tous les opposants sont en prison ou asphyxiés par des procès, ils ont de nouveau le champ libre. Ils viennent d’ailleurs de relancer les travaux préparatoires sur la voie ferrée qui acheminera les déchets. Au même moment — « en même temps », dirait Macron avec hypocrisie —, le gouvernement annonce en grande pompe qu’il va faire un débat public sur la gestion des déchets radioactifs ! Macron est pénard, les opposants sont muselés ! Ils n’ont même plus le droit d’être sur place ! Intensifier la répression, tenter de diaboliser les opposants, c’est un moyen pour l’État de nous faire détourner le regard, de nous éloigner des vrais enjeux. Depuis plusieurs années, Cigéo [Centre industriel de stockage géologique] est fragilisé sur le plan technique : sa sûreté a été remise en question par l’ASN début 2018 car il y a de grands risques d’explosion et d’incendie avec le stockage en profondeur. L’État pense que c’est à coup de lacrymo, de matraques et de procès iniques qu’il étouffera ces questions-là. Comme le disent les associations anti-nucléaire, « cette répression est directement proportionnelle aux failles du projet ».

« Macron est pénard, les opposants sont muselés ! Ils n’ont même plus le droit d’être sur place ! »

Le gouvernement et la contre-insurrection ont tiré les leçons de l’affaire Tarnac, dans laquelle le groupe de Tarnac, constitué lui aussi en « association de malfaiteurs », a été jugé responsable du sabotage d’un train alors même que des militants allemands avaient revendiqué ce geste. D’ailleurs, cette affaire est à l’origine un sabotage anti-nucléaire contre des trains de déchets radioactifs, également en hommage à la mort de Sébastien Briat, un opposant à Bure, qui avait été renversé en 2004 par l’un de ces trains. À l’époque, Michèle Alliot-Marie disait partout « Nous avons arrêté des terroristes ! » : pourtant, ils se sont rétamés la gueule 10 ans plus tard ! À Bure, on voit qu’ils ont tiré le bilan de leur échec à Tarnac et ont réinventé leur stratégie. Ils font ça de manière plus subtile ; ils avancent dans l’ombre, ils nous attaquent sans faire de vague médiatique et de manière ciblée, touchant directement nos moyens d’organisation. Plus généralement, on assiste à un approfondissement de l’arsenal juridique pour réprimer les mouvements sociaux. Je suis retombé récemment sur une circulaire écrite en septembre 2016, suite aux mobilisations contre la loi Travail. Elle avait été envoyée par la Chancellerie — donc le ministère de la Justice — à toutes les juridictions, pour dire comment gérer les cortèges de tête et les mouvements issus des ZAD : les judiciariser, c’est-à-dire les criminaliser en menant des procès expéditifs et en lançant des enquêtes pour « association de malfaiteurs ». Cette circulaire s’applique parfaitement à Bure. Et les moyens législatifs ne cessent de se développer. Fin octobre, le Sénat a fait voter en première lecture une nouvelle proposition de loi contre les violences en manifestation qui constitue un véritable danger pour notre liberté de manifester. Cette loi vise notamment à créer un fichier national des personnes interdites de manifestation. Toutes ces offensives doivent être mises en relation.

Sous la vitrine smart de « start-up nation » se cache une forme d’autoritarisme. La macronie sait très bien user de la matraque : on le voit dans la forte militarisation de la répression. Il suffit de regarder les chiffres du nouveau marché public pour l’achat de grenades : les marchands de canon n’ont jamais été aussi bien lotis qu’aujourd’hui. Nous en avons, là encore, fait les frais à Bure : nous avons eu des blessés lors des manifestations ou des expulsions — notamment Robin, qui a failli perdre son pied en août 2017. Sur le terrain, nous subissons une occupation militaire quotidienne complètement asphyxiante. Il faut imaginer qu’un camion de gendarmes stationne jour et nuit devant la Maison de la résistance, qu’une centaine de gendarmes mobiles circulent tous les jours en 4×4 banalisés à travers les villages, passant 5 à 10 fois par jour devant des domiciles privés, surveillant le bois Lejuc et filmant les habitants. Leur présence est d’autant plus visible que la région de Bure est un territoire complètement désertifié, avec six habitants au kilomètre carré : dans certains villages, il y a plus de gendarmes que d’habitants ! Tout est en train de crever dans les villages alentours, l’épicerie, la boulangerie, le collège de Montiers-sur-Saulx ferment, mais, par contre, ils vont peut-être y rouvrir la gendarmerie. On voit où sont les priorités !

Que nous reste-t-il pour lutter ? Nous sommes démunis, et ce que j’ai vécu personnellement en est une preuve. Je risque trois mois de prison avec sursis et 3 000 euros d’amende pour un acte de désobéissance tout simple, à une période où le bois Lejuc était dans un flou juridique complet. C’était en janvier 2017 et, un mois plus tard, le tribunal administratif de Nancy allait invalider la propriété du bois Lejuc par l’Andra [Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs]. Donc l’Andra avait non seulement fait des travaux illégaux, mais elle n’était pas propriétaire du bois. On avait donc toute légitimité à s’opposer à l’arrivée des pelleteuses qui détruisaient des cabanes alors même qu’on n’était pas expulsables. Je me suis retrouvé à visage découvert devant une pelleteuse pendant une minute et ça leur a suffi pour m’attaquer, pour judiciariser ce geste. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’ils ont mis un an et demi d’enquête, d’analyses vidéos, d’écoutes téléphoniques pour en arriver là. C’est complètement anecdotique mais ça illustre vraiment le climat actuel. Si même des gestes symboliques sont criminalisés, c’est que chaque mouvement, chaque corps qui se lève contre l’atomisation est surveillé et pénalisé. Des militants qui collent des stickers sur une vitrine peuvent aller en garde à vue. Une femme a fait 15 heures en garde à vue pour avoir dessiné des coquelicots sur la voie publique avec de la peinture à l’eau. On ne tire plus sur le militant pour le tuer, comme il y a 60 ans, on le désarme ; maintenant, on pourrait dire qu’« un bon militant, c’est un militant impuissant ». On essaie de le rendre spectateur du désastre, de séparer son indignation de toute prise avec le réel.

Au Parquet de Bar-le-Duc, il y a comme un système mafieux qui ne dit pas son nom, avec des pratiques étranges et une étonnante promiscuité entre la police et la justice qui doit nous interroger. Que peut-on penser d’un tribunal où les gendarmes encadrent les arrivées des procès et vident la salle d’audience ? L’avocate de l’Andra, Carine Broelle, est aussi bâtonnière de la Meuse. Pendant une garde à vue, un officier de police appelle le juge d’instruction — un certain Monsieur Le Fur — par son prénom, le tutoie, lui passe des coups de téléphone. Même les conditions d’exercice du travail des journalistes sont attaquées : Sébastien Bonetti, par exemple, a été visé par quatre grenades en août 2017 alors qu’il était en train de filmer ; un autre journaliste a perdu son ordinateur pendant une perquisition. Pourtant, le travail d’investigation est nécessaire : depuis 15 ans, plus d’un milliard d’euros a été déversé par la filière nucléaire dans ces territoires (60 millions d’euros par an dans la Meuse et la Haute-Marne). Des liens de connivence s’établissent avec les élus (à l’instar de Gérard Longuet, porteur de ce projet Cigéo). L’Andra organise même des parties de chasse pour les notables locaux, et des expositions régulières pour les enfants de 6 à 12 ans sur les forêts lorraines, sur l’archéologie ! La filière nucléaire civile est à mes yeux la digne héritière de la filière militaire : il règne dans l’une comme dans l’autre une opacité hallucinante.

La question qui se pose maintenant est celle de la puissance collective face à cette épée de Damoclès. L’histoire du mouvement anti-nucléaire est familière de tels déploiements de la force répressive et de la violence d’État. À Bure, les opposants ont réussi pendant deux ans à mettre en difficulté l’État et la filière nucléaire : en s’installant sur place, bien sûr, mais aussi grâce à des actes de sabotage collectifs assumés ensemble par plus de 700 personnes, de belles manifestations offensives et une vraie complémentarité des tactiques entre différentes composantes de la lutte (que ce soient les paysans, les zadistes, les militants du coin, les autonomes, le mouvement anti-nucléaire citoyen, etc.). Claude Kayser, opposant historique au projet et ancien maire d’un village voisin, avait eu une parole très forte à propos des actes de sabotage que les autorités veulent assimiler à de la simple délinquance : « Les casseurs, ce sont vos nièces, vos cousins, vos enfants qui sont dégoûtés par tant de mépris et qui aujourd’hui ont décidé de se lever et de résister. » À Bure se joue quelque chose de profondément subversif qui découle d’une grande désillusion. C’est le sentiment de trahison des élus, d’abord — on l’a vu avec Hulot et de Rugy, qui, avant d’être ministres, était tous deux opposés au projet… Mais c’est aussi la prise de conscience de la mascarade de la démocratie participative. En 2005, lors du premier débat public, toutes les associations avaient décidé de participer : la conclusion avait été qu’il fallait un stockage en surface et continuer les recherches, mais ne surtout pas stocker en profondeur. Et l’État s’est assis dessus. Évidemment, en 2013, le nouveau débat public a été boycotté — comme aujourd’hui. C’est ce qui explique que des opposants à ce projet peuvent affirmer : « Bure m’a fait passer de républicain bon teint à anarchiste révolutionnaire » ou « On a été trop gentils, dès le début on aurait dû secouer les grilles, poser des bonbonnes de gaz au fond du labo »…

Tout cela suggère qu’on ne peut pas poser la question des déchets nucléaires et de leur gestion sans poser la question révolutionnaire. C’est tout ce qui a amené à ce projet et à l’implantation de l’Andra qu’il faut condamner. C’est le fait que la population de la Meuse a été bafouée par ses élus et colonisée par la filière nucléaire. C’est la chape de plomb judiciaire et policière qui fait qu’une manifestation — comme celle de mars dernier — et une action symbolique (construire une vigie à l’orée du bois) peut mobiliser 1 000 gendarmes mobiles pour interdire tout stationnement dans les communes de Bure et Mandres-en-Barrois, sous peine de fourrière, d’amendes, etc… Dans les différents territoires en lutte confrontés à ces enjeux, comme Notre-Dame-des-Landes, Bure, Roybon ou l’Amassada, etc…, on n’assiste pas tellement à la « convergence des luttes » — une formule magique que la gauche affaiblie invoque dans les manifestations où elle peine à rassembler, et qui part du postulat qu’il faudrait additionner des combats disparates pour être plus fort. Non, ce qu’on vit dans ces territoires, c’est plutôt le partage d’une sensibilité commune, la recherche d’une existence plus collective, la volonté d’habiter un territoire, de mêler nos vies à la lutte, de sortir du règne de l’économie, d’acquérir plus d’autonomie tant sur le plan matériel, alimentaire que politique. Des liens se font aussi avec l’étranger : du fait de leur proximité géographique et de leur implication dans la lutte contre le nucléaire, les Allemands sont mobilisés à Bure. Il y a une lutte très similaire à Gorleben, où des militants se sont installés sur place sur un territoire complètement paupérisé et abandonné pour lancer une auberge, des activités maraîchères, pour créer un territoire de résistance contre les déchets nucléaires. Un autre lien existe, plus triste cette fois, qui sont les accords entre la France et l’Allemagne pour la répression des soirées émeutières de Hambourg pendant le G20 : la maison d’un camarade arrêté a été perquisitionnée à la fois par la police française, pour Bure, et par la police allemande, pour Hambourg. Ils l’ont fait exprès : c’est une stratégie médiatique pour faire passer les militants de Bure pour les leaders des Black blocs internationaux.

« Ce qu’on vit dans ces territoires, c’est la recherche d’une existence plus collective, la volonté d’habiter un territoire, de mêler nos vies à la lutte, de sortir du règne de l’économie, d’acquérir plus d’autonomie. »

On cherche les uns et les autres à sortir du consumérisme énergétique sans limite que décrivait Claude Lévi-Strauss dans Race et Histoire : « Le but de la société occidentale, c’est la maximisation de l’énergie par habitant. » Cela implique de critiquer à la fois le nucléaire et la transition énergétique qui repose sur l’illusion des énergies renouvelables industrielles. On n’aura pas le nucléaire ou le renouvelable ; on aura les deux. Notre système de transition énergétique vise à additionner différents types d’énergie, addition qui suppose toujours une croissance exponentielle. Il faut que la critique soit plus fine, plus profonde. C’est aussi cela que l’on partage avec les différents lieux de lutte : la recherche d’une prise sur ce système par l’occupation des chantiers, que ça soit au quartier des Lentillières à Dijon, qui lutte contre un éco-quartier visant à gentrifier la ville, à Bure, où le nucléaire devient le cheval de Troie de la lutte contre le changement climatique, ou à l’Amassada, contre le grand transformateur et les éoliennes industrielles. Une tribune parue sur le site de Lundi matin appelait à ce type de révoltes. C’est un rapport à la terre, une manière de s’ancrer quelque part et de parler depuis ce lieu, de parler de ce qu’on y vit, de redevenir terrestre.

https://www.revue-ballast.fr/bure-laboratoire-de-la-repression/

Nov 12

L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE CHANGE DE TÊTE, MAIS À QUOI SERT-ELLE ?

Le mandat de Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire, s’achève ce lundi 12 novembre à minuit. À quoi sert cette organisation ? Quels sont ses chantiers en cours et ses enjeux pour l’avenir ? Reporterre fait le point.

Ce lundi 12 novembre à minuit, Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) depuis six ans, laissera sa place à Bernard Doroszczuk, ingénieur des Mines et précédemment directeur général du Cofrac, une association chargée de délivrer les accréditations aux organismes intervenant dans l’évaluation de la conformité en France. Ce dernier a été nommé sur proposition du président de la République, après avoir été auditionné par l’Assemblée nationale et le Sénat. À quoi sert l’ASN ? Quels chantiers attendent M. Doroszczuk ? Reporterre fait le point.

Qu’est-ce que l’ASN ?

L’Autorité de sûreté nucléaire est une autorité administrative indépendante créée en 2006 par la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire (TSN). Elle a cinq grandes missions :

  1. Contribuer à l’élaboration de la réglementation sur le nucléaire, soit en donnant son avis au gouvernement sur les projets de décrets et d’arrêtés ministériels — même si le gouvernement n’y a pas toujours recours, puisque Pierre-Franck Chevet a indiqué le 11 octobre au journal Le Monde que l’ASN n’avait pas été sollicitée pour donner son avis sur une éventuelle liste de réacteurs à fermer dans le cadre de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ; soit en prenant des décisions réglementaires techniques.
  2. Délivrer les autorisations aux installations et activités nucléaires, à l’exception des autorisations majeures — création ou démantèlement des installations nucléaires de base. Ainsi, récemment, EDF a sollicité l’autorisation de l’ASN pour utiliser du combustible Mox (mélange de plutonium et d’uranium appauvri) dans ses deux réacteurs du Blayais (Gironde), autorisation que l’ASN ne lui a pas encore délivrée.
  3. Contrôler les installations et les activités nucléaires pour s’assurer qu’elles présentent des niveaux acceptables de sûreté. Pour cela, elle réalise quelque 2.000 inspections chaque année. Si elle constate des anomalies, elle peut ordonner des mesures et infliger des sanctions (mise en demeure, amendes administratives, saisies, etc.). Depuis la loi relative à la transition énergétique de 2015, elle est en outre chargée de contrôler la sécurité des sources radioactives (utilisées dans l’industrie pour le contrôle des soudures, des matériaux, etc.) contre les actes de malveillance.
  4. Informer le plus grand nombre de l’état de la sûreté nucléaire, et en particulier les associations de protection de l’environnement, les commissions locales d’information (CLI) à proximité de chaque site nucléaire et les médias, via son site internet et sa revue, Contrôle.
  5. En situation d’urgence, contrôler les opérations de mise en sûreté de l’installation nucléaire réalisées par l’exploitant, informer le public et assister le gouvernement.

L’Autorité de sûreté nucléaire, dont le siège est situé à Montrouge (Hauts-de-Seine), est dirigée par un collège de cinq commissaires nommés pour six ans par le président de la République pour trois d’entre eux (dont le président), par le président du Sénat pour le quatrième et par le président de l’Assemblée nationale pour le dernier. « Auparavant, la sûreté nucléaire était contrôlée par une direction générale placée sous la tutelle des ministères de l’Environnement et de l’Industrie. Mais aujourd’hui encore, l’ASN n’est pas réellement indépendante, elle fait partie de l’État, précise Bernard Laponche, ancien du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) aujourd’hui expert indépendant au sein de Global Chance. Simplement, son président ne peut pas être révoqué pour des raisons politiques. »

Enfin, l’ASN compte onze divisions territoriales (Bordeaux, Caen, Châlons-en-Champagne, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Orléans, Paris et Strasbourg). Fin 2017, elle disposait de 508 agents et d’un budget de 83,57 millions d’euros. Pour rendre ses avis et ses décisions, elle peut s’appuyer sur le travail technique mené par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et par sept « groupes permanents d’experts » (un consacré aux équipements nucléaires sous pression, un autre au plan national de gestion des matières et déchets radioactifs, etc.). « Le problème est que tout cela reste très consanguin, juge Bernard Laponche. Les experts sont très souvent issus du milieu nucléaire. Dans cet ensemble, les experts indépendants n’interviennent pas suffisamment, car ils sont très minoritaires. Cela signifie que les problèmes sont traités en famille. Même si l’indépendance formelle est réelle, il se pose la question de l’indépendance presque intellectuelle. » « On a créé en 2006 une Autorité de sûreté indépendante, mais on n’a pas changé la manière de fonctionner du système, qui repose sur une confiance que les acteurs doivent pouvoir se faire entre eux, renchérit Yves Marignac, expert indépendant à Wise-Paris. Or, on a parallèlement fait évoluer les opérateurs vers un statut et une logique privés, qui mettent fondamentalement ce principe de fonctionnement en cause. »

Quels sont ses principaux chantiers de l’ASN actuellement ?

Le chantier de l’EPR de Flamanville

En 2015, EDF a informé l’ASN d’une concentration anormalement élevée de carbone dans le couvercle et le fond de cuve de l’EPR en construction à Flamanville (Manche). Après avoir analysé les études réalisées par l’exploitant, qui visaient à prouver que la cuve était malgré tout opérationnelle, l’ASN a fini par autoriser la pièce en juin 2017, à condition d’en contrôler régulièrement le fond et que le couvercle en soit remplacé avant fin 2024.

Puis, en février 2018, l’ASN a révélé des problèmes sur plus d’une cinquantaine des cent cinquante soudures dans le circuit secondaire de l’EPR. Elle doit prochainement rendre son avis sur les réparations et les justifications de sûreté envoyées par l’exploitant. Le processus reporte à nouveau la mise en service de l’EPR : auparavant prévu fin 2018, le chargement du combustible dans le réacteur n’aura lieu qu’au quatrième trimestre 2019. Le coût total du chantier a également grimpé, passant de 10,5 à 10,9 milliards d’euros.

Le prolongement de l’exploitation des réacteurs au-delà de quarante ans

L’ASN table aussi sur le prolongement de l’exploitation des huit réacteurs de 900 mégawatts, les plus anciens, au-delà de quarante ans. En effet, si la réglementation ne prévoit pas d’arrêt automatique de l’exploitation au-delà de cette limite, elle impose que chaque réacteur fasse l’objet d’un réexamen tous les dix ans, complété par une enquête publique au-delà de trente-cinq ans, avant d’être déclaré apte à repartir pour un tour. EDF a déjà fourni un dossier récapitulant les améliorations générales à apporter à l’ensemble de ces réacteurs, indépendamment de leurs histoires particulières, qui fera l’objet d’un avis de l’ASN en 2020.

Ce projet de prolongation est porteur d’importants enjeux de sûreté, explique Bernard Laponche : « L’ASN a dit que, pour aller au-delà de quarante ans, les réacteurs devraient être améliorés pour atteindre le même niveau de sûreté que l’EPR. Il va donc y avoir des travaux. Cela s’annonce difficile et ce sera sans doute cher. Il va falloir que l’ASN soit ferme et n’intériorise pas la contrainte économique d’EDF dans ses considérations de la sûreté. Ce moment permettra de juger de l’indépendance réelle de l’ASN. »

Le projet d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo

En janvier 2018, l’ASN a émis des réserves sur le projet Cigéo d’enfouissement de déchets nucléaires les plus radioactifs à 500 mètres sous terre à Bure (Meuse). Ses inquiétudes concernent les déchets bitumineux, qui représenteraient environ 18 % de l’ensemble des déchets stockés dans les souterrains mais qui sont très inflammables. Elle a aussi réclamé des compléments d’information sur l’architecture de stockage, le dimensionnement de l’installation pour résister aux aléas naturels, sa surveillance et la gestion des situations post-accidentelles. L’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) devra les lui fournir avant de déposer sa demande d’autorisation de création, ce qu’elle a prévu de faire en 2019.

Le projet de nouvelle piscine d’entreposage des combustibles irradiés

Pour pallier la saturation progressive des piscines d’entreposage des combustibles nucléaires usés de l’usine de retraitement de La Hague (Manche), EDF prévoit de construire un nouveau grand bassin d’entreposage sur sa centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher). Il a déposé un dossier d’options de sûreté qui est en cours d’instruction par l’IRSN. L’ASN devra rendre son avis sur ce projet avant que l’électricien puisse déposer sa demande d’autorisation de création.

Quelles perspectives pour l’ASN ?

L’extension de ses missions à la sécurité nucléaire

Actuellement, l’ASN est chargée des questions de sûreté, c’est-à-dire de prévention des accidents d’exploitation, mais pas de sécurité (protection contre les actes de malveillance, les attentats, les sabotages, etc…). Une aberration, selon Bernard Laponche : « Dans les pays qui ont une autorité de sûreté indépendante, comme les États-Unis et la Belgique, cette dernière est également responsable de la sécurité. Évidemment, elles ne s’occupent pas de ce qui relève des opérations de gendarmerie contre les actes de malveillance, mais elles donnent un avis d’expert sur la sûreté sous l’angle de la protection. En France, l’ASN n’a pas le droit de s’en occuper. Résultat, quand Greenpeace a révélé des problèmes de sécurité liés aux piscines d’entreposage du combustible, elle n’a pas pu réagir. C’est d’autant plus surprenant que son appui technique, l’IRSN, peut travailler sur cette question. »

De fait, Pierre-Franck Chevet et son successeur, Bernard Doroszczuk, ont plaidé pour un élargissement des missions de l’ASN aux questions de sécurité. « Toutes les autorités étrangères ou quasiment toutes sont chargées à la fois de la sûreté nucléaire et de la sécurité nucléaire, a observé ce dernier lors de son audition à l’Assemblée nationale. C’est assez compréhensible en matière de vision globale et de définition à la fois des mesures techniques, organisationnelles et humaines à mettre en place pour préserver la sécurité des installations, qu’il s’agisse d’événements liés à l’installation ou d’actes de malveillance. » Il s’agit également d’une recommandation inscrite dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, dévoilé en juin dernier.

Le renforcement de ses moyens, notamment contre la fraude

En avril 2016, l’ASN révélait l’existence de 430 dossiers de fabrication irréguliers — des dossiers « barrés », dont certains remontaient aux années 1960 — dans les archives de l’usine Areva du Creusot où sont forgés les gros composants en acier des réacteurs nucléaires, notamment la cuve de l’EPR de Flamanville. Elle avait alors demandé à l’exploitant d’éplucher l’intégralité de ses 6.000 dossiers, et d’autres anomalies avaient été découvertes. Une sérieuse entaille dans le système de contrôle de la sûreté nucléaire, qui repose sur la confiance entre le gendarme du nucléaire et les exploitants — le travail de la première consistant en grande partie à examiner des dossiers techniques fournis par les seconds. « C’était du déclaratif, résume Bernard Laponche. Mais ce système a longtemps laissé passer les falsifications du Creusot. De la même manière, l’ASN ne s’est rendu compte que très tardivement des problèmes de la cuve et des soudures de l’EPR de Flamanville, parce qu’EDF a tardé à lui en parler et a attendu qu’il soit trop tard pour imposer ses solutions. Entre les réacteurs, les usines du cycle du combustible, la médecine, les sources radioactives, le champ des missions de l’ASN est considérable et le nombre de contrôleurs est insuffisant. Pour faire face à des exploitants qui falsifient ou ne communiquent que trop tardivement, il faut plus de contrôles et donc plus de moyens. » Consciente de ce point faible, l’ASN recrute actuellement cinq spécialistes de la fraude et travaille au lancement d’une plate-forme sécurisée pour les lanceurs d’alerte.

Mais pour Yves Marignac, il faut avant tout que l’ASN assume de sanctionner : « Elle est vue comme un gendarme du nucléaire”, mais elle se considère en fait comme une autorité technique. Elle contrôle techniquement la sûreté mais ne sanctionne pas les mauvais comportements des exploitants, qui pourtant se plient de moins en moins bien et dans les délais aux prescriptions. Et quand on est confronté à des problèmes de qualité voire de fraude, comme sur la cuve de l’EPR ou les falsifications du Creusot, cela conduit à un laxisme très problématique. »

Par Émilie Massemin (Reporterre) le 12 novembre 2018

https://reporterre.net/L-Autorite-de-surete-nucleaire-change-de-tete-mais-a-quoi-sert-elle

Nov 12

COMMENT LA FRANCE JOUE AVEC LE FEU NUCLÉAIRE

Dans « Nucléaire : une catastrophe française », Erwan Benezet raconte comment, entre sous-investissements, scandales en tous genres, dénis face aux menaces terroristes, jusqu’aux problèmes d’entreposage de déchets, la France s’obstine à défendre ce « fleuron », quitte à faire courir des risques inconsidérés à la population.

Présentation du livre par son éditeur :

Tchernobyl, Harrisburg, Fukushima… Mais auparavant déjà, Chalk River au Canada en 1952, Windscale au Royaume-Uni en 1957 ou encore Kychtym en Russie la même année…

Autant de catastrophes nucléaires qui ont ébranlé la planète.

« Oh, mais tout cela est arrivé si loin de chez nous ! » s’indigne la nucléocratie hexagonale.

Vraiment ? C’est oublier un peu vite les deux accidents de Saint-Laurent-des-Eaux, la centrale du Loir-et-Cher, en 1969 puis en 1980.

Dans les deux cas, du combustible d’uranium hautement radioactif était entré en fusion. C’est également glisser sous le tapis celui de Civaux (Vienne) en 1998. Ou du Blayais (Gironde), lors de la tempête de 1999. Sans parler de Fessenheim (Alsace), la plus vieille centrale de France, arrêtée en urgence lors de la canicule de 2003, pour cause de surchauffe…

De nombreux pays remettent aujourd’hui en cause la suprématie de l’atome. Certains vont jusqu’à fermer définitivement leurs centrales. Pas chez nous, hors de question ! Le nucléaire est un fleuron ! Quitte à mettre son industrie en danger, en laissant passer le train du renouvelable ? Ou, plus grave, à faire courir des risques inconsidérés à la population ?

Sous-investissements, scandales en tous genres, dénis face aux menaces terroristes, jusqu’aux problèmes d’entreposage de déchets, dont la dangerosité menace nos enfants et petits-enfants…

La France joue avec le feu nucléaire.

À nous, citoyens, de l’éteindre. Et de reprendre en main la politique énergétique de notre pays.

Erwan Benezet est journaliste au Parisien-Aujourd’hui en France, service Économie, en charge de l’énergie et de l’automobile.

Nucléaire : une catastrophe française, de Erwan Benezet, éditions Fayard, novembre 2017, 300 p., 19 €.

2 novembre 2018 / Erwan Benezet

https://reporterre.net/OEP-Comment-la-France-joue-avec-le-feu-nucleaire

Nov 12

NUCLÉAIRE EN AFRIQUE : VA-T-ON ASSASSINER L’AVENIR D’UN CONTINENT ?

Jusqu’ici, sur le continent africain, seule l’Afrique du Sud produisait de l’électricité nucléaire, mais elle vient de renoncer à continuer dans cette voie. Comme cette tendance est mondiale avec l’amélioration des performances des énergies renouvelables, les promoteurs du nucléaire sont prêts à tout pour trouver de nouveaux clients, y compris dans des pays à risque politique ou économique.

Le nucléaire est très peu présent sur le continent africain. L’Afrique du Sud est le seul pays à l’utiliser pour produire de l’électricité. Sa centrale de Koeberg a été construite en 1976 (trois ans avant l’accident de Three Miles Island) avec des fins également militaires. En effet, du temps de l’Apartheid, le régime de l’Afrique du Sud avait souhaité se doter de l’arme nucléaire pour défendre son régime raciste.

L’Afrique du sud a renoncé à l’arme nucléaire en 1994, en même temps que le pays s’ouvrait à un régime multiracial. À l’été 2018, le pays vient également de renoncer à de gros projets de construction de nouvelles centrales nucléaires civiles. Sa décision est basée sur le constat que cela allait coûter très cher, dans la mesure où la rentabilité des énergies renouvelables est désormais meilleure. En outre, cela la soulage des coûts ultérieurs de démantèlement et de retraitement des déchets, sans parler des risques d’accidents.

Un autre pays dispose également d’installations nucléaires significatives : la République Démocratique du Congo. C’est même à Kinshasa qu’a été construit le premier réacteur nucléaire d’Afrique en 1958, avec l’aide du gouvernement colonial belge et des États-Unis. Par la suite, un deuxième réacteur a même été mis en place en 1972, mais ces équipements ne fonctionnent plus depuis quinze ans, faute de moyens et en raison des troubles politiques et militaires. Cela ne les rend pas moins problématiques car plusieurs barres d’uranium ont été dérobées pour alimenter des trafics mondiaux d’armement, tandis que le site lui-même est menacé par l’érosion qui pourrait fragiliser les fondations des installations nucléaires, avec des conséquences potentielles graves sur le combustible encore en place.

Cinq autres pays africains aux situations économique, politique ou géologique pas forcément plus favorables disposent aussi de réacteurs de recherche : Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Nigeria.

Dans ce contexte déjà inquiétant, une dizaine de pays africains se sont mis récemment sur les rangs pour bâtir des centrales nucléaires dans le double but « affiché » d’augmenter leur indépendance énergétique et de lutter contre le réchauffement climatique.

Ils ont bien sûr été poussé dans ce sens par l’AIEA, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique, qui cherche à diffuser au maximum le nucléaire, et aussi par les rares États capables de construire des centrales, mais qui manquent de plus en plus de clients à mesure que le monde se rend compte des risques et limites du nucléaire : Chine, États-Unis, France, Russie, Corée du Sud…

Certains de ces pays d’Afrique disposent d’une expérience dans le nucléaire : Algérie, Égypte, Maroc, Nigeria, mais d’autres n’en ont aucune : Ghana, Kenya, Niger, Ouganda, Soudan, Tunisie, Zambie.

Il y aura forcément des voix pour défendre ces projets, notamment au nom de la « modernisation » de l’Afrique. Mais c’est oublier que le nucléaire est déjà devenue une énergie « du passé », comme le prouve la décision de l’Afrique du Sud, le seul pays du continent à avoir une vraie expérience en ce domaine, et qui vient d’y renoncer.

Quant aux deux arguments de l’ « indépendance énergétique » et de la « lutte contre le réchauffement climatique », ils méritent d’être fortement questionnés.

S’ils confirment ces projets, la plupart de ces pays africains seront encore plus dépendants de quelques nations possédant les technologies nucléaires, comme la Chine, les États-Unis, la France ou la Russie. Par ailleurs, même si quelques pays disposent de réserves d’uranium comme le Niger ou l’Algérie, ce n’est pas le cas de la plupart, donc ils ne seront pas « indépendants », a fortiori quand on sait que les réserves mondiales sont extrêmement limitées.

Quant au réchauffement climatique, il est encore une fois instrumentalisé, puisqu’il n’y a pas assez d’uranium sur Terre pour en faire une énergie de remplacement significative des énergies fossiles (si le nucléaire devait remplacer 20% des énergies fossile, il n’y aurait que l’équivalent de 10 ans d’uranium exploitable à l’échelle mondiale).

Avec leur croissance démographique importante et leur souhait légitime que les conditions de vie de leur population s’améliorent, on peut comprendre l’envie des dirigeants africains d’augmenter leur production énergétique. Mais qui leur dit que ces centrales nucléaires ne leur apporteront de toute façon qu’une petite portion de leur besoin, à des coûts bien supérieurs à ceux des énergies renouvelable ? Et cela a fortiori si l’on prend en compte les coûts du démantèlement et de la gestion des déchets nucléaires qu’aucun pays au monde, pas même les États-Unis, ne maîtrise, sans même parler des coûts liés à de potentiels accidents, comme les subit le Japon depuis Fukushima.

Les dirigeants africains vont-ils céder à des promesses illusoires sur le nucléaire, qui légueraient aux Africains, pour des centaines de milliers d’années et des milliers de générations, le poids et les conséquences de décisions, dont on peut déjà savoir aujourd’hui qu’elles seraient aberrantes ?

Renoncer au nucléaire ne serait pas un « refus de la modernité », au contraire, puisque comme on l’a dit le nucléaire est déjà une « énergie du passé ». Par ailleurs, il y a bien d’autres technologies prometteuses et moins dangereuses qui s’offrent à l’Afrique avec le solaire, l’éolien… ou d’autres innovations que les habitants de ce continent peuvent inventer.

Espérons que la sagesse africaine saura percevoir la voie d’un avenir qui se soucie vraiment des générations actuelles comme futures, et éviter celle des désastres annonçables. 

Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

Par Yann Quero le 12 nov. 2018 (Le blog de Yann Quero)

https://blogs.mediapart.fr/yann-quero/blog/121118/nucleaire-en-afrique-va-t-assassiner-l-avenir-d-un-continent

Nov 12

EDF N’A PAS (ENCORE) DE PROJET D’EPR À CATTENOM

CATTENOM – Le producteur français d’électricité rachète bien des terrains autour de sa centrale mosellane. Mais explique ne pas avoir de projet précis pour l’instant.

L’appétit d’EDF pour des terrains autour de ses centrales a suscité de l’inquiétude parmi les militants antinucléaires. La centrale de Cattenom, en Moselle, à quelques kilomètres de la frontière luxembourgeoise, n’échappe pas au phénomène, puisque quelques centaines d’ares ont été récupérées par l’électricien français, indique Le Républicain Lorrain.

EDF chercherait en fait à récupérer des parcelles proches de son site nucléaire, tout en se séparant d’autres plus éloignées et non moins intéressante. S’il dément pour l’instant toute volonté de construire en Moselle de nouveaux réacteurs ou de développer l’EPR, le nucléaire de nouvelle génération, EDF ne ferme pas la porte pour l’avenir.

Un responsable d’EDF indique que l’entreprise «prépare l’avenir», sans plus de précision. Aucun projet concret ne serait dans les cartons, indique-t-il au Républicain Lorrain.

jg/L’essentiel, le 11 novembre 2018 à 12h21, actualisé le 12 novembre 2018 à 08h56

http://www.lessentiel.lu/fr/news/grande_region/story/edf-n-a-pas-encore-de-projet-d-epr-a-cattenom-11098219

Nov 11

L’IRAN EXHORTE L’EUROPE À ACCÉLÉRER SES EFFORTS POUR SÉCURISER LES INTÉRÊTS IRANIENS DANS LE CADRE DE L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN

Téhéran, le 10 novembre (Xinhua) — L’Iran a exhorté samedi les pays européens à accélérer leurs efforts pour préserver les intérêts iraniens dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien dont les États-Unis se sont retirés en mai dernier.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a critiqué ce qu’il a appelé la lenteur de l’Union européenne (UE) dans le sauvetage du Plan d’action global conjoint (JCPOA), appelant aux efforts accélérés de l’UE à cet égard, a rapporté l’agence de presse Tasnim.

Zarif faisait allusion à l’entité légale que l’UE devrait instaurer prochainement pour faciliter les transactions financières légitimes avec l’Iran face aux sanctions américaines.

Vendredi, Abbas Araqchi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a également critiqué le rythme « lent » de l’UE dans la mise en place d’un mécanisme visant à maintenir les transactions commerciales de l’Iran avec ses partenaires européens dans le contexte des récentes sanctions américaines à grande échelle.

« Leurs positions politiques (contre les sanctions américaines) ont été très bonnes, mais jusqu’à présent, ils n’ont pas réussi à mettre en place des approches opérationnelles et à répondre à nos attentes« , a déclaré M. Araqchi.

En mai dernier, Washington s’est retiré de l’accord historique sur le nucléaire iranien de 2015 et a imposé lundi une seconde série de sanctions à l’encontre de Téhéran, visant les secteurs du transport maritime, des finances et de l’énergie.

L’Iran compte sur l’assistance de l’UE pour faire face au retrait américain de l’accord nucléaire, et sur leur promesse de garantir les intérêts de l’Iran dans le cadre de l’accord de 2015.

L’UE a souligné qu’elle créerait une entité légale pour faciliter les transactions financières légitimes avec l’Iran à la lumière du retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.

L’entité légale permettra aux entreprises européennes de continuer à commercer avec l’Iran conformément au droit de l’UE et pourrait être ouverte à d’autres partenaires dans le monde, a déclaré en septembre dernier Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

http://french.xinhuanet.com/2018-11/11/c_137597811.htm

Nov 11

« LES SANCTIONS US N’ONT EU AUCUN EFFET SUR L’ÉCONOMIE IRANIENNE » (ROHANI)

Le président iranien Hassan Rohani a affirmé samedi que les nouvelles sanctions imposées lundi dernier par les États-Unis contre l’Iran n’avaient eu aucun effet sur l’économie de la République islamique, rapporte l’agence de presse Reuters.

« Les sanctions n’ont eu aucun impact sur notre économie parce que l’Amérique avait déjà utilisé toutes les armes à sa disposition et n’avait rien de nouveau à utiliser contre nous« , a déclaré le chef de l’État iranien à la télévision d’État.

Les États-Unis ont rétabli lundi des sanctions contre les secteurs du pétrole, des banques et des transports iraniens, en espérant contraindre l’Iran à engager des négociations globales sur ses programmes nucléaire et balistique et obtenir de la République islamique qu’elle cesse de s’immiscer dans des conflits régionaux comme au Yémen et en Syrie.

La majeure partie des sanctions internationales contre l’Iran, troisième exportateur mondial de pétrole, avaient été levées début 2016 dans le cadre de l’Accord de Vienne, conclu en juillet 2015, par lequel l’Iran avait accepté de revoir à la baisse son programme d’enrichissement d’uranium, considéré par beaucoup comme destiné à doter le pays de l’arme atomique.

Mais Donald Trump, estimant que l’accord de 2015, conclu sous la présidence du démocrate Barack Obama, était biaisé en faveur de l’Iran, en a retiré les États-Unis au printemps dernier. Une première vague de sanctions a été rétablie cet été.

Nombreux sont les experts et diplomates qui jugent que l’Iran va souffrir du nouveau train de sanctions imposé par Washington depuis le 5 novembre mais que son économie, si elle connaîtra probablement une récession l’an prochain, ne s’effondrera pas.

Pression « implacable« 

De leur côté, les États-Unis ont promis lundi d’exercer une pression « implacable » pour faire plier l’Iran, qui entend « contourner avec fierté » les sanctions draconiennes rétablies par Washington contre ses secteurs pétrolier et financier.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a dévoilé la liste des huit pays autorisés, pendant encore six mois au moins, à continuer d’acheter du pétrole à Téhéran: la Chine, l’Inde et la Turquie (les premiers importateurs de brut iranien avec l’Union européenne), ainsi que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Italie et la Grèce.

Si les responsables iraniens affirment que l’économie de la République islamique s’en sortira, le gouvernement américain affiche l’objectif de ramener à zéro les exportations iraniennes de brut, qui assurent 40% des recettes de l’État iranien. Elles ont déjà baissé d’environ un million de barils par jours (mbj) depuis mai, à 1,6 mbj en septembre.

« Je pourrais ramener le pétrole iranien à zéro immédiatement mais je ne veux pas créer un choc sur le marché, je ne veux pas faire monter les prix« , a justifié le président des États-Unis, tout en vantant « les sanctions les plus dures jamais imposées« .

Le président Trump assure être prêt à discuter avec les dirigeants de la République islamique pour conclure un « meilleur accord« , « plus complet« , sur la base de douze conditions énoncées par Washington: des restrictions beaucoup plus dures à son programme nucléaire, la fin de la prolifération de missiles et de son interventionnisme jugé « déstabilisateur » au Moyen-Orient.

Tant que l’Iran n’aura pas « pris un virage à 180 degrés« , « nous exercerons une pression implacable sur le régime« , a martelé lundi Mike Pompeo.

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a prévenu que « la pression maximale » continuerait de « s’accroître« , notamment si les Iraniens tentaient « de contourner les sanctions« .

Les Européens, pourtant alliés des Américains, tiennent à préserver un accord sur le nucléaire qu’ils jugent indispensable à la sécurité mondiale et, pour éviter que Téhéran ne le quitte à son tour et ne relance sa course à l’arme atomique, promettent de l’aider à contourner les sanctions.

Écrit par i24NEWS et publié le10/11/2018

https://www.i24news.tv/fr/actu/international/moyen-orient/188374-181110-les-sanctions-us-n-ont-eu-aucun-effet-sur-l-economie-iranienne-rohani

Nov 10

L’AIEA JUGE ESSENTIEL QUE L’IRAN CONTINUE À METTRE EN ŒUVRE SES ENGAGEMENTS SUR LE NUCLÉAIRE

NEW YORK (Nations Unies), 9 novembre (Xinhua) — Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, a déclaré vendredi devant l’Assemblée générale des Nations Unies à New York qu’il était essentiel que l’Iran continue à mettre en œuvre ses engagements contenus dans l’accord international de 2015 sur son programme nucléaire.

« Nous avons continué de vérifier et de surveiller la mise en œuvre par l’Iran de ses engagements en matière nucléaire dans le cadre du Plan d’action global commun. L’Iran met en œuvre ses engagements en matière nucléaire dans le cadre du PAGC« , a déclaré M. Amano dans un discours devant les États membres.

« Il est essentiel que l’Iran continue de mettre pleinement en œuvre ses engagements« , a-t-il ajouté.

Amano a indiqué que l’AIEA continuait de vérifier le non-détournement de matières nucléaires déclarées par l’Iran dans le cadre de son accord de garanties. « Les évaluations concernant l’absence de matières nucléaires non déclarées et les activités en Iran se poursuivent« , a dit le directeur général.

http://french.xinhuanet.com/2018-11/10/c_137596525.htm

Nov 10

DÉBAT PUBLIC SUR LES DÉCHETS NUCLÉAIRES : LA CNDP RAPPELLE LE GOUVERNEMENT À SES DEVOIRS

Lors de sa séance plénière du 7 novembre, la Commission national du débat public (CNDP) a lancé un avertissement au gouvernement. « La Commission attire l’attention du Gouvernement sur les risques d’incohérence du calendrier, écrit-elle dans un communiqué : le maître d’ouvrage n’ayant pas encore signé la convention financière permettant de lancer le débat public, il est impossible que le PNGMDR [Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs] soit approuvé dans des délais raisonnables au regard de la période triennale 2019-2021 du prochain plan. » La Commission a demandé 1,4 million d’euros pour pouvoir mener le débat dans de bonnes conditions. Elle espère que cette somme sera débloquée d’ici la fin de l’année, le débat pouvant alors commencer en janvier.

« En outre, poursuit le communiqué, la Commission a réaffirmé la nécessité que le dossier du maître d’ouvrage (DMO) soit suffisamment complet, accessible et compréhensible pour que le droit à l’information et à la participation du public (articles 4, 5, 6 de la Convention d’Aarhus et le II de l’article L.120-1 du code de l’environnement) soit respecté. » Le gouvernement ne semble en effet pas indiquer dans le dossier toutes les options possibles, par exemple celle de l’abandon de Cigéo.

Source : Reporterre et communiqué de la CNDP)

https://reporterre.net/Debat-public-sur-les-dechets-nucleaires-la-CNDP-rappelle-le-gouvernement-a-ses

Nov 10

WASHINGTON ENVISAGE DE « NOUVELLES SANCTIONS » CONTRE L’IRAN

Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, a indiqué vendredi que de nouvelles sanctions pourraient être prises par les États-Unis à l’encontre de l’Iran, dont les secteurs pétrolier et financier sont déjà durement touchés.

« Je pense que vous allez voir encore plus de sanctions entrer en vigueur au fil du temps et une mise en application encore plus dure« , a déclaré M. Bolton, lors d’un briefing de presse à Paris, où doivent converger ce weekend près de 70 chefs d’État pour célébrer le centenaire de l’armistice de la Grande Guerre.

L’administration de Donald Trump, qui avait claqué la porte en mai de l’accord de 2015 censé empêcher l’Iran de fabriquer la bombe atomique, a rétabli toutes les sanctions levées après sa signature.

Impact « significatif« 

« L’impact des sanctions a été plutôt significatif en Iran. Sur le plan économique, la devise iranienne est à terre, l’inflation a quadruplé et le pays est clairement en récession« , s’est félicité John Bolton.

« Réduire à zéro les exportations de pétrole« 

« L’objectif est toujours de réduire à zéro les exportations iraniennes de pétrole. Nous avons travaillé avec l’Arabie Saoudite, les Émirats et d’autres producteurs pour nous assurer que la production augmentait et que les acheteurs historiques de pétrole iranien ne soient pas désavantagés« , a-t-il ajouté.

Accord sur le nucléaire iranien

L’accord sur le nucléaire iranien avait été conclu à Vienne le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne.

Levée des sanctions internationales

Il a permis de mettre fin à des années d’isolement de Téhéran en levant une partie des sanctions économiques internationales. En échange, l’Iran a accepté de limiter drastiquement son programme nucléaire afin de garantir qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme atomique.

Mais le 8 mai dernier, Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de cet accord et le rétablissement des sanctions contre l’Iran.

https://www.7sur7.be/7s7/fr/39092/Dossier-Trump/article/detail/3492836/2018/11/09/Washington-envisage-de-nouvelles-sanctions-contre-l-Iran.dhtml

Nov 10

L’ASN VA LANCER UNE PLATE-FORME POUR LES LANCEURS D’ALERTE DU NUCLÉAIRE

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) va installer sur son site internet une messagerie sécurisée à l’intention des lanceurs d’alerte.

Elle sera mise en ligne sur la page « Contact » de l’ASN « dans les prochaines semaines. La page est prête, mais comme il s’agit d’un dispositif informatique, nous sommes en train de vérifier que nous sommes en conformité avec les règles de la Cnil [Commission nationale de l’informatique et des libertés] », a expliqué à Reporterre Christophe Quintin, inspecteur en chef de l’ASN, après avoir dévoilé le projet lors de la 30e conférence des CLI (Commissions locales d’information, mercredi 7 novembre, à Paris. Par ailleurs, cinq recrutements sont en cours pour traiter les éventuelles alertes reçues par ce biais. « À l’ASN, on est des ingénieurs, pas des spécialistes de la fraude. On cherche donc des gens qui ont travaillé dans le domaine du judiciaire, qui savent travailler contre les fraudeurs et contourner les tentatives de masquer la vérité. » Il s’agira d’analyser et de décortiquer les mécanismes des fraudes révélées par les lanceurs d’alerte, « On a ouvert des fiches de poste en interministériel en ciblant des profils type répression des fraudes, police et gendarmerie », poursuit M. Quintin. Le dispositif d’accueil des alertes s’inscrit dans l’air du temps, alors que l’ASN « a reçu en 2018 une dizaine d’alertes qui ont conduit à des inspections et ont permis de trouver des choses ».

La méthode utilisée est largement inspirée de celle mise en place par la Nuclear Regulatory Commission (NRC), l’autorité de sûreté nucléaire étasunienne. En pratique, le lanceur d’alerte aura la possibilité de livrer informations et documents sur cette page dédiée du site de l’ASN. Il pourra, au choix, donner son nom ou rester anonyme, « même si l’on ne recommande pas l’anonymat parce que d’une part, on n’aime pas trop les dénonciations anonymes, et d’autre part, on a très souvent besoin d’informations complémentaires pour affiner notre travail ; si l’on ne sait pas comment contacter la personne, on ne pourra pas travailler », souligne M. Quintin. À l’ASN, le dossier sera imprimé avec le nom du lanceur d’alerte et un numéro d’enregistrement. « C’est le seul document où figurera ce recoupement, précise l’inspecteur en chef. Tout le reste de la chaîne de traitement n’aura plus accès qu’au numéro d’enregistrement, et personne d’autre à l’ASN ne connaîtra le nom de la personne. Si jamais quelqu’un a besoin de contacter le lanceur d’alerte, il devra passer par le garant, qui sera la seule personne à avoir accès au document. »

Cette plate-forme doit compléter la loi Sapin II, pas suffisamment protectrice des lanceurs d’alerte

Chaque alerte sera ensuite étudiée par une commission composée de membres de l’ASN, spécialistes de la fraude et spécialistes du métier, qui décideront des suites à lui donner — ou non. « Évidemment, on va avoir de fausses alertes, de petits rigolos qui n’ont rien à dire ou de salariés qui ont été licenciés et cherchent à se venger de leur patron sans raison véritable, prévoit M. Quintin. Mais en tout cas, aucune alerte ne sera laissée de côté, il y aura toujours une décision formelle prise en commission et qui sera tracée. » Si l’information est jugée sérieuse, l’ASN choisira la réponse qui lui semblera la plus adaptée : « Une inspection, ou un courrier ou plutôt une série de courriers à plusieurs entreprises, pour masquer l’action de l’ASN et ne pas se dénoncer auprès de l’entreprise qu’on cherche à coincer. »

L’idée de cette plate-forme a germé au sein du groupe de travail mis en place à la suite de la découverte de graves dysfonctionnements du contrôle qualité à l’usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire). En avril 2016, 430 dossiers de fabrication irréguliers — des dossiers « barrés », dont certains remontaient aux années 1960 — ont été découverts dans les archives du site industriel, où sont forgés les gros composants en acier des réacteurs nucléaires. L’ASN avait alors demandé à l’exploitant d’éplucher l’intégralité de ses 6.000 dossiers, et d’autres anomalies ont été découvertes. « Le groupe de travail a alors émis des recommandations sur la traçabilité, les inspections… Y figurait cette idée de pouvoir recueillir des alertes », se souvient M. Quintin.

Pour l’inspecteur en chef, cette plate-forme doit compléter la loi Sapin II, censée protéger les lanceurs d’alerte à condition qu’ils suivent un processus de dénonciation très précis — et avant toute chose qu’ils préviennent leur hiérarchie. « Je ne dis pas qu’il ne faut pas respecter la loi, mais que la protection apportée par la loi Sapin II est relativement faible. Parce que, si l’on ne peut pas vous licencier au motif que vous avez lancé l’alerte, dans les faits, dès qu’il y aura une charrette, vous serez dedans pour un autre motif. Ou alors, on va vous mettre à un poste moins intéressant et vous licencier ensuite pour une autre raison… C’est ce qui arrive à l’heure actuelle aux premiers lanceurs d’alerte qui ont été placés sous la protection de cette loi », observe-t-il.

Du côté des exploitants, on commente du bout des lèvres la mise en place de ce dispositif. « L’ASN nous a informés de son projet de développement d’une plate-forme pour les lanceurs d’alerte. Elle nous a également indiqué compter sur les exploitants nucléaires, dont Orano, pour diffuser l’information dans leur organisation respective et auprès de leurs partenaires industriels quand la plate-forme sera opérationnelle », indique-t-on à Orano. EDF, lui, assure n’avoir pas été associé au développement de ce dispositif et indique ne pas souhaiter commenter les décisions d’une autorité indépendante.

« Rendre les alertes publiques pourrait inciter d’autres salariés à témoigner »

Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire, salue pour sa part une « avancée, car la loi Sapin avait des limites : il fallait faire d’abord remonter en interne ce qui n’allait pas, ce qui signifiait pour de nombreux travailleurs se faire taper sur les doigts ». Mais elle attend de voir les moyens humains qui seront mis en œuvre pour traiter les alertes et la médiatisation qui en sera faite : « Rendre les alertes publiques pourrait inciter d’autres personnes à témoigner. Si l’ASN se contente de traiter avec l’exploitant, il existe peut-être un risque qu’elle ne voie qu’un petit bout du problème et que la personne ne soit pas vraiment protégée. Enfin, le dépôt d’une alerte signifie que les choses vont déjà très mal. L’ASN devrait également créer les conditions pour que le salarié n’ait pas à en arriver là. »

Aux dires de M. Quintin, la plate-forme est surtout destinée à recueillir les alertes concernant des fraudes et pas forcément des écarts aux procédures de sûreté. Un tort, car elle pourrait permettre aux sous-traitants de dénoncer des faits qu’ils passent parfois sous silence, de peur de se faire sanctionner, selon Gilles Reynaud, salarié dans une entreprise de sous-traitance et président et fondateur de l’association Ma Zone contrôlée. Lui-même a été mis à pied pendant cinq jours en juillet dernier, officiellement pour des faits remontant à cinq années plus tôt. Mais il était en réalité sanctionné, selon lui, pour avoir témoigné sous serment devant la Commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, en mai dernier. Et pour avoir divulgué sur le site de son association des documents relatifs à un projet de fusion entre les différentes activités de son entreprise, « qui entraînerait un moins-disant sur la qualité et un véritable dumping social ».

« Mon association est née il y a dix ans à la suite d’une série d’incidents sur les sites nucléaires du Tricastin : le largage de plus de 80 kilos d’uranium dans une rivière avec un risque de contamination de plans d’eau, la contamination de 90 personnes sur un site voisin d’EDF, des assemblages de combustible restés suspendus au-dessus de la cuve à cause d’un problème de roulement à billes, etc. Le problème est que la relation entre nos entreprises et les exploitants est commerciale ; on en vient, quand on est sous-traitant et qu’on fait ou voit une bêtise, à ne rien dire et à espérer que personne d’autre n’a vu, pour ne pas perdre de temps ni être sanctionné. La plate-forme pourrait considérablement améliorer notre situation, à condition qu’elle ne se limite pas à des questions de documents falsifiés, comme au Creusot. »

Le 9 novembre 2018 / Émilie Massemin (Reporterre)

https://reporterre.net/L-ASN-va-lancer-une-plate-forme-pour-les-lanceurs-d-alerte-du-nucleaire

Nov 09

BELGIQUE : LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE TIHANGE 1 EST « VÉTUSTE » ET LA POURSUITE DE SON EXPLOITATION « EXTRÊMEMENT DANGEREUSE »

La centrale nucléaire de Tihange 1 est « vétuste«  et la poursuite de son exploitation « extrêmement dangereuse« , a estimé jeudi l’expert allemand en ingénierie nucléaire, Manfred Mertins, lors d’une conférence de presse au Parlement européen.

Dans un rapport qu’il a élaboré à la demande des Verts européens, il souligne tout d’abord que les exigences internationales en matière « de sûreté et de fiabilité » ne sont pas remplies. « Tihange 1 est l’une des plus anciennes centrales au monde. Elle a été conçue sur base de principes de sûreté en vigueur au début des années 70« , a pointé M. Mertins.

Extrait de la Revue de la presse belge publiée sur le site : http://french.china.org.cn/foreign/txt/2018-11/09/content_71244676.htm

Nov 09

CENTRALE NUCLÉAIRE DE BELLEVILLE-SUR-LOIRE : ÉTAT DE DÉLABREMENT AVANCÉ DE LA CENTRALE PLACÉE SOUS SURVEILLANCE RENFORCÉE

La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire se trouve sur les communes de Belleville et de Sury-près-Léré, c’est-à-dire à la limite de trois départements : le Cher, le Loiret et la Nièvre.

Elle comporte deux tranches du type REP d’une puissance de 1300 MW (palier P’4). La tranche 1 constitue l’installation nucléaire de base n° 127. La tranche 2 constitue l’installation nucléaire de base n° 128. Le site a été dimensionné pour la construction de deux tranches supplémentaires.

Dans son appréciation 2016, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) note que les performances de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire en matière de sûreté nucléaire sont en retrait. L’ASN considère que la centrale a manqué de rigueur dans la planification, la préparation et la réalisation de certaines activités de maintenance et d’essais périodiques. Plusieurs événements significatifs déclarés en 2016 ont eu pour cause un manque d’attitude interrogative et des défauts de surveillance de la part des équipes de conduite. L’ASN relève des difficultés à gérer les situations imprévues et estime que la rigueur dans les comportements individuels doit progresser. Dans le domaine de la sécurité et de la radioprotection des travailleurs, l’ASN constate des faiblesses dans les domaines de l’optimisation de l’exposition radiologique des travailleurs et de la maîtrise du zonage radiologique. Concernant la prévention des pollutions et la maîtrise de l’impact et des nuisances pour le public et l’environnement, plusieurs événements ont mis en lumière les difficultés à maintenir dans leur état de conformité à la réglementation environnementale certains équipements implantés sur le site.

Une mise sous surveillance renforcée déclenchée par une dangereuse incurie

Le 13 septembre 2017, l’Autorité de sûreté nucléaire a placé la centrale nucléaire de Belleville sous surveillance renforcée, suite notamment à une inspection menée en avril 2017 (voir le rapport).

En effet, de nombreux équipements importants pour la sûreté sont dans un état de délabrement de nature à remettre en question leur fonctionnement, leur usure étant aggravée par un manque d’entretien et des réparations de l’ordre du rafistolage. De plus, en raison de problèmes organisationnels et d’un manque de rigueur et de traçabilité des opérations, la gravité des dysfonctionnements est sous-estimée : certaines demandes de réparation passent tout simplement à la trappe !

Cette situation inacceptable, qui met en danger les travailleurs et les riverains, n’est pas nouvelle : en 2015, le Réseau “Sortir du nucléaire“ avait déjà porté plainte pour une trentaine d’infractions. Comment la centrale peut-elle encore être autorisée à fonctionner dans ces conditions ?

Sur la base des éléments évoqués dans le rapport d’inspection, le Réseau “Sortir du nucléaire“ et SDN Berry-Giennois-Puisaye ont porté plainte le 20 octobre 2017 pour 46 infractions à la réglementation environnementale et nucléaire (voir la plainte, en document joint) [1]. Cette plainte ayant été classée sans suite de manière incompréhensible par le Parquet de Bourges, une citation directe a été déposée le 9 novembre 2018.

http://www.sortirdunucleaire.org/Belleville-sur-Loire-delabrement?origine_sujet=JUR201811

Nov 09

APRÈS FUKUSHIMA, EDF NE RESPECTE PAS TOUTES LES CONSIGNES DE SÉCURITÉ

C’était la principale préconisation pour renforcer la sûreté des centrales françaises après la catastrophe de Fukushima : installer des diesels d’ultime secours. Elle n’a toujours pas été mise en œuvre et vaut au groupe une information judiciaire pour délit de favoritisme et mise en danger d’autrui.

La catastrophe de Fukushima, c’était en 2011. Il y a une éternité. L’accident nucléaire le plus grave depuis Tchernobyl, 25 ans plus tôt. Sept ans plus tard, le site doit encore être refroidi en y déversant chaque jour de grandes quantités d’eau. En France, après des mois d’analyses, l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) ressort en 2012 convaincue qu’un accident majeur est possible en France. Pour l’éviter, elle prescrit à EDF toute une série de mesures, qui reposent sur le concept de « noyau dur » pour protéger le cœur du réacteur des risques liés, notamment, aux séismes et aux inondations.

Des études et préparations des équipes sont demandées à l’exploitant. Des travaux sont aussi exigés, parmi lesquels les plus importants concernent la construction de diesels d’ultime secours (DUS). Il s’agit de moteurs d’une soixantaine de tonnes, installés dans des bâtiments bunkerisés, destinés à assurer l’alimentation en électricité des réacteurs et ainsi à en permettre la maîtrise en cas de rupture d’alimentation du réseau.

L’ASN avait accompagné ses prescriptions d’un calendrier. Les diesels d’ultime secours devaient équiper les centrales nucléaires françaises « en tout état de cause avant le 31 décembre 2018 ». Pourtant, EDF ne respectera pas cet engagement. Selon nos informations, seuls deux appareils – sur 56 à mettre en place – seront installés fin 2018. Contacté par Mediapart, EDF confirme du bout des lèvres : « Il est possible que la mise en service de 54 DUS du parc se prolonge après décembre 2018. »

Quelles difficultés insurmontables et imprévisibles empêchent l’un des plus gros groupes industriels du monde d’équiper ses installations de moteurs diesels de secours ? Interrogé une première fois en septembre à ce sujet, EDF nous avait alors répondu que c’était « un projet industriel extrêmement ambitieux, à la fois en termes de délai de réalisation (56 ouvrages sont concernés), et d’exigence très élevée de robustesse aux agressions externes (séisme, inondations, tornades). Ce qui fait des DUS des équipements aux caractéristiques techniques et industrielles hors normes ».

Plus précisément, « les difficultés techniques et industrielles rencontrées sont de plusieurs natures, liées à : la réalisation des travaux préparatoires au chantier (terrassement, traitement des sols) ; la tenue des délais par les titulaires de contrats durant la phase de génie civil ; un décalage dans la phase de réalisation des montages électromécaniques ; une phase d’essais des DUS plus longue, liée à la rareté des compétences en essayeurs », ajoute le groupe fin octobre.

L’Autorité de sûreté nucléaire reçoit cinq sur cinq les explications de l’électricien et vient de proposer de repousser l’échéance à juin ou décembre 2019, et même juin 2020 en fonction des tranches, jusqu’à 18 mois plus tard. En contrepartie, EDF devra présenter un plan d’action pour renforcer la fiabilité des diesels actuels.

Pour EDF, « ce retard n’a aucun impact sur la sûreté. Ces diesels d’ultime secours viennent en complément de matériels et systèmes de secours déjà existants et redondants : turbine à combustion et autres diesels de secours ». Le groupe ajoute avoir équipé depuis 2013 l’ensemble de ses réacteurs de groupes électrogènes autonomes (beaucoup moins robustes et autonomes que ceux qu’ils doivent mettre en place).

Mais ces matériels existants présentent en réalité de nombreux problèmes de conception sur une grande partie du parc nucléaire – tous les réacteurs de 1 300 mégawatts comme Cattenom, Flamanville, Nogent-sur-Seine, Paluel, etc. Au point qu’en juin 2017, l’ASN déclare un incident significatif pour la sûreté et le classe au niveau 2 de l’échelle INES, qui en compte sept. Quelques mois plus tard, ce sont ceux du Bugey et de Fessenheim qui sont mis à l’index par l’ASN.

Pour Manon Besnard, experte en sûreté pour l’agence spécialisée Wise-Paris, « l’état des diesels actuels découvert en 2017 est inquiétant. C’est aussi un problème que l’installation des nouveaux diesels soit reportée sans que l’on ait connaissance de la raison du retard. Concernant les deux réacteurs de Fessenheim, c’est même scandaleux car, dans ce cas précis, EDF n’a même pas essayé d’installer des diesels d’ultime secours, puisque la centrale devait fermer. Mais comme, aujourd’hui, elle est toujours en opération, pourquoi leur permettre d’échapper à la prescription de l’Autorité de sûreté ? ».

Dans une note récente de l’ASN, on apprend que l’exploitant souhaite pouvoir faire tourner les deux réacteurs de la centrale alsacienne jusqu’en 2020 et 2022 – sous réserve de brancher l’EPR de Flamanville entretemps, en raison du plafonnement de la puissance électrique installée. Les tranches seront alors entrées dans leurs 43e et 45e années d’utilisation.

Mais pour Thierry Charles, directeur général adjoint de l’IRSN, les experts de l’ASN : « On comprend que, d’un point de vue industriel, il faille du temps. Il faut du temps pour installer un bâtiment de diesel d’ultime secours. La date du 31 décembre 2018 n’était pas impérative, au sens où la sûreté des centrales n’est pas remise en cause si les diesels d’ultime secours ne sont pas tous installés à cette date. Il faut une date de mise en place pas trop éloignée. » Une attitude très conciliante qui n’exerce publiquement aucune pression sur EDF, alors que les couloirs du groupe bruissent de propos anti-ASN, du type : « Il va falloir calmer l’ASN » (voir ici à ce sujet).

Les prescriptions de l’ASN ont pourtant une valeur contraignante et comportent des délais impératifs, dont le non-respect expose EDF à des sanctions administratives pouvant aller jusqu’à la suspension du fonctionnement d’un réacteur nucléaire. C’est d’autant plus étonnant qu’en 2014, lors d’une requête infructueuse contre la procédure d’attribution des diesels, EDF, dans sa défense, avait expliqué que les réacteurs non équipés de diesels d’ultime secours fin 2018 n’auraient pas l’autorisation de redémarrage de l’ASN et que le respect de la date butoir était « une absolue nécessité ». Quatre ans plus tard, la contrainte s’est manifestement desserrée. Pourquoi ? Personne ne s’en est expliqué jusqu’ici.

Joint par Mediapart, un cadre dirigeant d’EDF explique, sous couvert d’anonymat, qu’« en interne, il y a la conviction profonde que le risque nucléaire est entièrement maîtrisé, que la probabilité d’un accident grave en France est quasi nulle et que ce qui a causé l’accident de Fukushima, c’est un tsunami, pas un défaut de l’installation nucléaire ».

De son côté, Gérard Magnin, administrateur démissionnaire du conseil d’administration d’EDF en 2018 (voir ici) considère qu’« au niveau culturel au sein d’EDF, l’hypothèse d’un accident grave ne rentre pas dans le logiciel » : « La question du risque d’un accident n’a jamais été abordée en CA tant que j’y siégeais. Cela ne fait pas partie des questions stratégiques. La doctrine pré-Fukushima continue de régner : un accident grave n’est pas possible. C’est la grande différence entre EDF et l’ASN. »

« Considérer le risque comme quasi nul »

Mais il y a un deuxième volet à cette histoire de diesel d’ultime secours : les étranges conditions de passation du marché ouvert par EDF en 2013 pour la fourniture de ces équipements. Un des plus gros marchés industriels français de cette année-là, puisque le montant de la commande atteint 1 milliard d’euros. Il a été emporté par deux groupements : la société Clemessy, filiale d’Eiffage et dont le précédent actionnaire était Dalkia, filiale à 100 % d’EDF, alliée à Anglo Belgian Corporation, pour un ensemble de lots ; et l’américain Westinghouse, spécialisé en nucléaire, allié à Fairbanks.

Une information judiciaire a été ouverte en septembre pour délit de favoritisme, recel et mise en danger d’autrui à la suite de la plainte déposée par le groupement qui n’a pas été retenu, réunissant Man Diesel (groupe Volkswagen) et Alstom, comme l’a révélé le site Capital. De son côté, l’ONG Greenpeace s’est jointe à la plainte et y ajoute les griefs de mise à disposition et d’installation sur le marché d’un équipement à risques ne satisfaisant pas aux exigences essentielles de sécurité. La juge Bénédicte de Perthuis devrait commencer à entendre les parties en novembre.

Les requérants s’appuient sur la note technique d’un expert près de la cour d’appel de Paris, Yves-Marie Le Marchand, qui a alerté l’ASN sur un problème substantiel : la non-conformité des vainqueurs au cahier des charges d’EDF. Ce courrier avait été mis en ligne en 2014 par Capital, puis dépublié. L’ASN n’en a pas tenu compte, à notre connaissance, et attend que les équipements soient installés pour les inspecter un à un.

De quoi s’agit-il ? Alors que dans ce document initial, EDF indiquait vouloir porter son choix sur des moteurs existants, afin de disposer de démonstrations de fiabilité, le spécialiste signale que le matériel choisi n’a pas encore été construit. Par ailleurs, les cases du dossier de candidature relatives aux « fonctions ou équipement pour la sûreté ou classé de sûreté » et aux « justifications de comportement sous sollicitations », c’est-à-dire pendant un accident par exemple, ne sont pas cochées.

Enfin, EDF aurait dû produire une grille d’analyse des offres qui aurait validé au préalable à 100 % les exigences de démonstration de sûreté, avant de regarder les conditions financières. Or ce n’est pas ce qu’il s’est passé dans le traitement du dossier puisque, selon nos informations, 92 % de l’appréciation des offres portaient sur les critères financiers et seulement 8 % sur la question technique.

Pour Yves-Marie Le Marchand, cela montre « l’unique fin de produire de l’électricité commerciale », plutôt que de « répondre à toutes les exigences que l’on peut rencontrer lors d’une catastrophe majeure ». Et revient à « considérer le risque comme quasi nul ».

Pour la partie technique des dossiers, Alstom/MAN avait obtenu la meilleure note (6/8), devant les deux autres candidats, tous les deux avec 5,5/8. Mais il a été classé dernier pour l’offre commerciale, avec des propositions de prix supérieures respectivement de 11 % et 15,6 % pour chaque lot.

Pour sa défense, devant la juge, selon nos informations, EDF affirme que ce groupement a été victime de son offre insuffisamment compétitive. Et concernant le retard d’installation des équipements, l’entreprise estime que cela est dû à des contraintes spécifiques de chantier : disposer de suffisamment d’encadrement et intervenir lorsque les réacteurs sont à l’arrêt. Officiellement, le groupe ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet.

Sollicité par Mediapart, un cadre dirigeant d’EDF estime que la rivalité entre Patrick Kron, alors PDG d’Alstom, et Henri Proglio, alors PDG d’EDF, a pu jouer à l’encontre de l’offre de MAN-Alstom. Un résultat étonnant, compte tenu de l’expérience de MAN, un constructeur de machines industrielles, dans la fabrication de ce type de moteurs, très exigeants techniquement.

Résultat : les diesels d’ultime secours déjà fournis présentent des insuffisances par rapport au besoin, selon ce responsable ; la vitesse de rotation des moteurs ne serait pas adaptée en cas de température extrême. Or, en cas d’accident, la température peut monter très haut sur une installation nucléaire. Au point que cette personne se demande si EDF n’a pas surpayé des sous-produits.

Un autre expert près la cour d’appel de Paris rencontré par Mediapart s’étonne qu’aucun élément de fiabilité et de référence n’ait été demandé aux candidats encore en lice dans la short list de l’offre. Et s’interroge sur le niveau de réflexion fournie en amont de la rédaction de l’appel d’offres. Il repère aussi des incohérences dans la puissance affichée des moteurs, selon les documents. MAN, candidat rejeté, a beaucoup de références, alors qu’Anglo American qui a, lui, été retenu, n’en a pas.

Quelles sont les conséquences de ces anomalies pointées par les experts sur la sûreté de ces diesels d’ultime secours censés jouer le rôle de garde-fous en cas d’accident grave ? Dans son courrier à l’ASN, Le Marchand explique que ce dossier « semble relever de la plus haute importance et d’une urgence certaine ». Car ces équipements doivent être « une parade pour éviter les conséquences d’un accident grave ou majeur indépendamment de toute probabilité associée ».

Sans surprise, EDF assure que la sûreté du parc nucléaire est la « première des priorités » et qu’il « vise à améliorer sans cesse le niveau de sûreté de ses installations nucléaires, ce qui implique toujours plus de contrôles et de surveillance ».

À l’heure où le gouvernement s’apprête à prolonger la durée d’exploitation des centrales nucléaires, en reportant à 2035 l’objectif de réduction à 50 % du nucléaire dans la production d’électricité – en contradiction avec la loi votée en 2015 –, le sujet de la sûreté devrait être au cœur des discussions politiques sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). C’est pourtant l’exact inverse qui se produit.

La facilité avec laquelle EDF a obtenu le report de l’une des principales préconisations post-Fukushima est emblématique de cette aporie du débat sur la transition énergétique. Elle est le produit d’une unité de vues pronucléaires, partagée par tous les acteurs décisionnaires : l’État, EDF, l’Autorité de sûreté et une grande partie du personnel politique.

L’opacité entretenue sur les signaux de vieillissement des réacteurs qu’EDF voudrait faire disparaître (voir ici notre enquête), les difficultés des parlementaires à obtenir des réponses précises à leurs questions sur la sûreté et la sécurité des centrales (voir ici notre débat avec la députée Mathilde Panot), les révélations sur l’existence d’une liste d’événements survenus dans les centrales nucléaires françaises entre 2003 et 2014 augmentant le risque de fusion du cœur des réacteurs, ne font réagir que les antinucléaires.

La publication en Allemagne, par notre partenaire Correctiv, de révélations sur l’obsolescence de clapets anti-incendie (lire ici) a suscité la réaction du ministère de l’environnement, qui a commandé un rapport à ce sujet au Gesellschaft für Reaktorsicherheit, l’entité chargée de la sûreté. En France, la publication de nos enquêtes n’a été suivie d’aucune réaction officielle. L’enjeu de la sûreté nucléaire reste largement ignoré du monde politique et presque sans existence dans l’espace public.

Par Jade Lindgaard le 8 novembre 2018

https://www.mediapart.fr/journal/france/081118/apres-fukushima-edf-ne-respecte-pas-toutes-les-consignes-de-securite

Nov 09

« VOUS AVEZ RAISON D’AVOIR PEUR» : ENQUÊTE SUR LES DÉFAILLANCES DU NUCLÉAIRE FRANÇAIS

Alors que le gouvernement doit définir la politique énergétique de la France, notre reporter Erwan Benezet publie un livre où il explique comment EDF arrive à imposer sa stratégie aux pouvoirs publics.

Ce mercredi 18 janvier 2017, à Montrouge (Hauts-de-Seine), au siège de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), son patron, Pierre-Franck Chevet, a la mine des mauvais jours. Invité à dresser le bilan de l’année 2016 en matière de sûreté dans nos 19 centrales nucléaires gérées par EDF, il lâche, devant un parterre de journalistes : « La situation est inquiétante. » Du jamais-vu ! Dans le monde feutré du nucléaire, où chaque mot prononcé est soigneusement choisi, les propos de Pierre-Franck Chevet sidèrent.

Pour notre collègue Erwan Benezet, en charge des sujets sur l’énergie au Parisien – Aujourd’hui-en-France, c’est le point de départ d’une enquête d’un an et demi qui abouti avec la sortie de son livre : « Nucléaire : une catastrophe française »*. Avec une question : le nucléaire doit-il encore être l’énergie qui assure aux Français 75 % de leur consommation électricité ?

Multiplication des incidents, falsification de documents, fragilité financière, opacité, risque terroriste, incapacité à trouver une solution pérenne pour les déchets nucléaires…

Les problèmes pour la filière de l’atome, mais surtout pour EDF s’accumulent. Et pourtant, malgré les scandales à répétition, l’entreprise publique continue de tracer le sillon du nucléaire en France envers et contre tout. Pire, alors que son réacteur de troisième génération, l’EPR, rencontre les plus grandes difficultés techniques et financières pour sortir de terre en France, à Flamanville (Manche), mais aussi à l’étranger, EDF prépare en toute discrétion la prochaine génération d’EPR… low cost.

LIRE AUSSI >EDF prépare le terrain pour de nouveaux réacteurs

Comment ? Comme le révèle Erwan Benezet, en revoyant à la baisse le niveau de sûreté des futurs édifices, avec une seule enceinte de protection en béton au lieu de deux, en abaissant les dispositifs de redondance qui passent de quatre à trois tout en augmentant la puissance du nouvel EPR. Faut-il avoir peur ? Non, si le choix de poursuivre dans le nucléaire et la sûreté qui l’accompagne, sont décidés en toute transparence. Et c’est bien là tout le problème. À travers cette enquête, on découvre que le contrat passé il y a quarante ans, entre l’État, EDF et les Français qui ont dit oui au nucléaire à LA condition que cette énergie soit très étroitement surveillée, a subi de nombreux coups de canif. (NDLR : je rappelle que les Français n’ont jamais été consultés, donc il n’y a pas de contrat passé avec eux)

Un second EPR est pourtant en projet

Comme a pu le constater Barbara Pompili, députée LREM et rapporteure de la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, interrogée par l’auteur : « EDF, par exemple, n’a pas toujours répondu à nos demandes, arguant que certains documents étaient estampillés secret-défense, se contentant de fournir le « strict minimum » ».

Loin du pamphlet antinucléaire, ce livre se veut surtout un outil pour éclairer les Français à l’heure où le gouvernement s’apprête à définir la politique énergétique de la France pour les cinq, voire les dix prochaines années dans le cadre de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). D’autant qu’un projet de second EPR en France se trouve aujourd’hui en bonne place sur le bureau du Président de la République.

*« Nucléaire : une catastrophe française », par Erwan Benezet, 300 pages, Fayard, 19 euros.

http://www.leparisien.fr/economie/vous-avez-raison-d-avoir-peur-enquete-sur-les-defaillances-du-nucleaire-francais-07-11-2018-7936881.php

Nov 09

8 DÉCEMBRE 2018 – MARCHE POUR LE CLIMAT… ET CONTRE LE NUCLÉAIRE DANS TOUTE LA FRANCE

Malgré les dizaines de tribunes, d’appels publiés, le changement de trajectoire nécessaire à une lutte efficace n’a pas encore eu lieu. Nous sommes aujourd’hui au stade où un autre monde est nécessaire.

Après les formidables mobilisations du 8 septembre et le 13 octobre une nouvelle marche pour le climat s’annonce dans toute la France, le 8 décembre 2018.

Mais l’urgence s’avance : partout dans le monde, les effets de l’évolution du climat se font sentir.

Océans de plastique, phénomènes climatiques extrêmes, épuisement de la biodiversité et des terres arables, fonte des glaciers et des banquises, libération de gaz à effet de serre du fait du réchauffement des steppes, migrations climatiques…

Ces dernières années, le slogan « Un autre monde est possible » a souvent été entendu. Nous sommes aujourd’hui au stade où un autre monde est nécessaire.
Cet autre monde est à portée de main.

En démissionnant du gouvernement le 28 août dernier, Nicolas Hulot est devenu un lanceur d’alerte. L’alerte a été entendue le 8 septembre et 13 octobre, et nous y avons manifesté notre volonté de voir apparaître ce monde neuf, où l’activité humaine ne travaille pas contre l’environnement qui rend son existence possible, mais avec lui.

Ce monde, nombreux·ses sont celles et ceux qui, durant ces dernières décennies, ont contribué à l’imaginer et à le faire avancer. Lors de cette marche qui s’annonce comme une marche des solutions, nous voulons leur donner la parole, afin de commencer à bâtir ce monde pour tous, sans attendre.

Cette marche sera l’occasion de rappeler qu’en plus d’être dangereux et polluant, le nucléaire n’est pas une énergie décarbonée et que les coûts qu’il impose empêchent les investissements nécessaires à une transition énergétique vraiment écologique. À l’heure où le nucléaire aime à se présenter comme une alternative verte aux énergies fossiles, venez réaffirmer qu’il est une fausse solution pour lutter contre le changement climatique.

Pourquoi le nucléaire ne sauvera pas le climat ?

Retrouvez tout notre argumentaire pour bien faire comprendre à tous que le nucléaire n’est certainement pas une solution valable pour sauver le climat dans cette infographie réalisée à l’occasion de la COP 21

Consulter l’infographie (http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-climat)

Lors de la Marche pour le Climat nous appelons tous les participants à demander que le programme criminel de l’EPR soit définitivement stoppé.

Nous vous proposons de faire des pancartes ou banderoles pour rappeler que l’énergie nucléaire n’est pas une alternative crédible aux autres énergies fossiles. Nous faisons confiance à votre créativité en la matière nucléaire ! Voici quelques pistes de slogans :

 « EPR, arrêtons la fuite en avant »

 « Énergie nucléaire, climat de mort »

 « Ni effet de serre, ni EPR »

 « EPR, MOX, BURE, arrêt complet de la filière criminelle »

 « Respecte ta mer, nique ton EPR »

 « EPR c’est le bouquet énergétique final »

 « EPR, ça suffit ! Mobilisation ! »

Appel depuis la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à une mobilisation urgente pour empêcher le démarrage de l’EPR de Flamanville

Parce que le démarrage de l’EPR gravement défectueux de Flamanville mettrait en danger une très large population et contaminerait l’environnement pour des millions d’années.

Parce qu’il donnerait le signal du redémarrage de la filière nucléaire française en faillite, et dans son sillon celui de l’industrie nucléaire mondiale.

Parce que bientôt il sera trop tard pour empêcher le désastre : sauf retournement de situation, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), devrait signer très prochainement l’autorisation de mise en service de la cuve de l’EPR, malgré toutes les malfaçons qui ont retardé son démarrage de 7 ans.

Parce que cet EPR, et ceux qui devraient suivre, concentrent toutes les tares du nucléaire civil auxquelles s’ajoutent celles, invraisemblables, de cet EPR lui-même : un acier de cuve défectueux, forgé hors de tout respect des normes (en rapport avec un scandale d’État technico-financier, suivi d’une falsification par AREVA, avec le silence complice d’EDF et de l’ASN, de très nombreux certificats concernant cet acier) ; une transmission incomplète des compétences techniques (du fait de la multiplicité de la sous-traitance, du travail au noir par Bouygues sur le chantier), un béton du socle du réacteur fissuré, des soudures défectueuses, un cerveau électronique de contrôle-commande tout récemment piraté, etc…

Parce que son combustible prévu, le MOX, contenant du plutonium, celui-là même qui fut utilisé à Fukushima Daïchi, est extrêmement dangereux. Parce que les déchets de cette nouvelle filière exigeraient une multiplication des lieux de stockage démentiels comme celui que l´État veut imposer à Bure, ou la construction d’immenses piscines centralisées du type de celle prévue à Belleville-sur-Loire,

Pour toutes ces raisons il nous faut impérativement et rapidement empêcher le démarrage de l’EPR de Flamanville. De plus il contaminerait la cuve et son environnement, rendant alors son démantèlement impossible.

Inspirons-nous de la résistance exemplaire de la population de Jaitapur en Inde s’opposant à la construction de 6 EPR imposés par EDF-ORANO (ex-AREVA en liquidation), et à qui notre mobilisation bénéficierait en retour.

C’est pourquoi, de Notre-Dame-des-Landes, nous lançons un appel à tous les comités NDDL à s’emparer de cette affaire intolérable, à constituer des comités EPR en association quand cela est possible aux comités Bure, en prévision d’un grand week-end de mobilisation antinucléaire à venir.

Et dès à présent participons aux marches pour le Climat avec pancartes et banderoles exigeant l’arrêt du nucléaire, à commencer par l’EPR.

Des habitant-e-s de la ZAD, le Réseau « l’EPR ça suffit »

Pour trouver toutes les infos pratiques sur les villes participantes, cliquer sur : http://www.sortirdunucleaire.org/8-decembre-2018-Marche-pour-le-climat-et-contre

Nov 08

DANS LE CENTRE, EDF CHERCHE MYSTÉRIEUSEMENT À ACHETER DES TERRAINS

EDF cherche à acquérir près de 400 hectares de terres près de ses trois centrales nucléaires de la région Centre. Et maintient le flou sur ce qu’il compte faire de ce foncier. Des riverains inquiets redoutent un futur EPR ou une piscine d’entreposage de combustibles nucléaires usés.

EDF prospecte pour agrandir ses centrales nucléaires de Chinon (Indre-et-Loire), Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) et Belleville-sur-Loire (Cher). Dans son viseur, près de 400 hectares de terres réparties entre les trois sites. Cet appétit foncier inquiète les riverains et en particulier les agriculteurs, d’autant plus que l’électricien mène ses démarches en toute discrétion et reste très flou sur ce qu’il compte faire de ces terres. « Il n’y a aucun projet précis à ce stade, a confirmé EDF à Reporterre. Ces terrains peuvent servir aussi bien aux prochaines visites décennales et au démantèlement de réacteurs — pour accueillir des bâtiments et des parkings pour les entreprises partenaires, par exemple — que pour la mise en place de nouveaux moyens de production d’électricité décarbonée, nucléaires ou renouvelables. » Le suspense risque de durer : la construction d’éventuels nouveaux EPR ne doit pas être décidée avant 2021, selon un document de travail gouvernemental en lien avec la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Et EDF ne semble pas décidée à officialiser le site choisi pour son projet de piscine d’entreposage centralisé des combustibles nucléaires usés, dont Reporterre avait révélé qu’il s’agit de la centrale nucléaire de Belleville.

Près de Chinon, la mystérieuse entremise de l’État

Près de Chinon (Indre-et-Loire), 120 hectares sont ainsi convoités par EDF. Dominique Boutin, membre du réseau Sortir du nucléaire et voisin de la centrale, ne décolère pas. « Je l’ai appris il y a presque trois semaines. À la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers [CDPENAF], on a découvert que l’État demandait de bloquer 120 hectares pour une zone d’activité pour EDF. Cela a été dit verbalement, sans que des documents soient montrés. Ce qui nous ennuie, c’est qu’une fois de plus EDF est au-dessus des lois. Parce que, depuis la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains [SRU], on ne peut plus geler des terres que pour un projet précis. »

Difficile toutefois d’avoir des informations sur le rôle de l’État dans cette affaire. Contacté le 31 octobre, le ministère de la Transition écologique et solidaire s’est contenté d’envoyer par courriel une déclaration de François de Rugy : celui-ci y « rappelle que la procédure française ne permet pas à EDF de construire un EPR tout seul, dans son coin. L’EPR rencontre des difficultés à Flamanville ou en Finlande et a un coût : 100 euros le mégawattheure quand le prix du marché est à 60 euros. S’il est l’avenir de la filière nucléaire française, cela doit encore être démontré. Il n’y a aucune ambiguïté de la part du président de la République. Il n’est pas pour la sortie du nucléaire mais il faut réduire notre dépendance au nucléaire, nos importations de gaz et de pétrole, et ne pas passer à côté de l’essor des énergies renouvelables. » Le 6 novembre au soir, le ministère n’avait pas répondu à la relance de Reporterre du 2 novembre réclamant des éléments plus précis concernant l’opération foncière à Chinon. Pas de nouvelles non plus de la préfecture d’Indre-et-Loire, contactée par Reporterre le 31 octobre.

En tout cas, les acquisitions de terres risquent de se faire au détriment des agriculteurs du territoire, redoute Dominique Boutin. « Il s’agit de terres agricoles. La Safer, dont le rôle devrait pourtant être de préserver ces terres, est sur le coup et joue l’intermédiaire entre EDF et les agriculteurs. L’un d’eux a déjà été convoqué. Ce qui nous énerve le plus, c’est qu’EDF rachète les terres au prix agricole, soit 70 centimes le mètre carré, alors que le prix pour un mètre carré de zone d’activité est de 20 euros ! » Le militant regrette aussi l’opacité qui règne autour de ces tractations : « Pour l’instant, on n’a pas de document, que des on-dit. Si je n’avais pas été à cette réunion du CDPENAF, je n’aurais rien su. La seule chose officielle est la délibération du conseil municipal d’Avoine, le 11 octobre. Le conseil a voté l’aliénation des chemins ruraux qui desservent des parcelles d’EDF. Cela signifie que des agriculteurs ne peuvent déjà plus accéder à leurs parcelles. »

Des agriculteurs voisins de Saint-Laurent lourdement touchés

Du côté de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, ce sont 116 hectares de terres qui sont convoitées par l’électricien sur la commune de Saint-Laurent-Nouan (Loir-et-Cher). Entre quatre et six agriculteurs pourraient être concernés si cette opération venait à se concrétiser. Florian Perrin, 22 ans, est installé depuis deux ans en polyculture et élevage sur 186 hectares de terres, qu’il loue à des membres de sa famille. EDF voudrait récupérer 56 hectares de son exploitation. « Cela représente entre un tiers et la moitié de ma surface de culture en céréales. Si je n’ai pas de terres équivalentes en échange, l’avenir de ma ferme est en péril », s’inquiète le jeune homme. Son cousin Benjamin Perrin, qui cultive en location 130 hectares de céréales, a également découvert qu’EDF souhaitait acquérir trente hectares de son exploitation.

 « Dans un premier temps, j’ai appris ce projet d’EDF par le bouche-à-oreille, parce que mon père est au conseil municipal. Ça fait un moment que le maire est au courant, mais il n’a rien dit », poursuit Florian Perrin. L’annonce officielle a eu lieu le 6 septembre lors d’une réunion du conseil municipal en présence d’EDF et de deux agriculteurs, troublée par une manifestation des jeunes agriculteurs devant la mairie. « C’est à la suite de cette réunion qu’EDF a présenté son projet d’acquérir 116 hectares, officiellement pour le démantèlement d’ici la fin du siècle de deux vieux réacteurs à l’arrêt depuis des années. Dans le même temps, elle a dit qu’elle souhaitait être réactive en cas d’annonce gouvernementale sur la construction de nouveaux EPR », rapporte Yves-Marie Hahusseau, membre de la Confédération paysanne du Loir-et-Cher et paysan sur une ferme bio de 110 hectares de polyculture et élevage, dont EDF convoite 14 hectares.

La Safer a ensuite envoyé des courriers intitulés « étude de faisabilité foncière EDF — site de Saint-Laurent-Nouan » aux propriétaires terriens concernés, aux alentours du 19 septembre. Objectif, tâter le terrain pour voir si ces derniers seraient prêts à vendre. On peut y lire que « EDF souhaite compléter sa réserve foncière afin de faciliter la réalisation éventuelle de nouveaux projets permettant d’assurer la production d’électricité décarbonée (…). La Safer du Centre est missionnée par EDF pour évaluer la faisabilité d’acquisitions foncières. Cette évaluation se fonde sur une enquête préalable auprès des propriétaires et exploitants dans le périmètre d’étude, tout en répondant à leurs attentes ». « De ce qu’on sait, aujourd’hui, aucun propriétaire n’est prêt à vendre », assure Florian Perrin. Pour l’instant, EDF n’a fixé aucun ultimatum. Une réunion est prévue en préfecture le 18 novembre, en présence des syndicats agricoles, d’EDF et de la chambre d’agriculture, rapporte M. Hahusseau.

Près de Belleville, la mairie de Sury-sur-Léré ne décidera rien tant qu’EDF n’aura pas dévoilé ses desseins

Mais le territoire le plus touché est celui de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher), avec 140 hectares lorgnés par EDF. « À la suite de la révélation du projet de piscine d’entreposage centralisé, des élus ont été interviewés par la presse et on a appris que des tractations plus ou moins officielles étaient en cours pour une surface de 40 hectares, rapporte Catherine Fumé, du réseau Sortir du nucléaire du Cher. Puis le collectif citoyen Vivre notre Loire, qui s’est constitué contre la piscine, a pu se procurer le plan des 50 hectares de parcelles en pourparlers d’achat avec l’entremise de la Safer. Mais ce n’est qu’il y a une ou deux semaines qu’on a appris que la surface totale concernée était de 140 hectares. » Pour l’instant, aucun agriculteur qui aurait été contacté par la Safer ou EDF ne s’est manifesté. « J’ai mis des paysans sur le coup parce que le peu d’informations dont nous disposons pour le moment ne précise pas s’il s’agit de terres agricoles, indique Claire Guillemet, de la Confédération paysanne du Cher. Mais si des acquisitions étaient actées, nous l’aurions forcément su, parce que des agriculteurs de la Confédération paysanne l’auraient vu passer en commission, une étape obligatoire pour tout ce qui est achat et vente de terres agricoles. » Rencontré à la 30e conférence des Cli le 7 novembre, Patrick Bagot, maire de Belleville-sur-Loire et président de la Cli de Belleville, a assuré à Reporterre que la mairie n’avait pas reçu de courrier de proposition de vente ou d’échange de terrains communaux et n’était pas en mesure d’indiquer combien d’hectares de sa commune étaient convoités par l’électricien.

Quoi qu’il en soit, quelque 90 hectares des terres concernées seraient situés à Sury-sur-Léré, voisine de celle de Belleville-sur-Loire, d’après Pascal Viguier, maire de cette commune. Parmi elles, un peu moins de trois hectares appartiennent à la commune : une parcelle de 7.700 mètres carrés, une autre de 1.963 mètres carrés, une troisième de 2.231 mètres carrés louée à un agriculteur et la dernière, de 17.237 mètres carrés, qui accueille un étang. « Nous avons reçu un questionnaire de la Safer qui nous a demandé si nous voulions vendre, ne pas vendre ou échanger ces terres », indique l’élu. Pour l’heure, le conseil municipal du 26 octobre a décidé à neuf voix sur dix qu’il étudierait la possibilité d’un échange. « Notre réponse à la Safer, c’est qu’on ne vendra pas. On est prêt à étudier un échange, mais on ne décidera pas quoi que ce soit tant qu’on ne saura pas ce qu’EDF veut précisément en faire. Pour l’instant, rien n’a été dit à ce sujet. Lors de la réunion avec les agriculteurs, EDF a seulement dit que ce serait peut-être pour un démantèlement. J’attends avec impatience de savoir de quoi il s’agit », poursuit M. Viguier. En tout cas, il n’a « aucune idée » du temps que prendra cette opération foncière : « Ça me paraît lourd. De nombreux propriétaires et exploitants sont concernés. Et tant que l’État n’aura pas sorti la PPE, on ne peut pas savoir ce qui va se passer. »

8 novembre 2018 / Émilie Massemin (Reporterre)

Retrouvez cet article avec les plans des parcelles concernées en cliquant sur:

https://reporterre.net/Dans-le-Centre-EDF-cherche-mysterieusement-a-acheter-des-terrains

Nov 08

POLYNÉSIE : MODIFICATION DU STATUT : LES MAIRES DEMANDENT À L’ÉTAT DAVANTAGE D’ENGAGEMENTS

PAPEETE, le 7 novembre 2018. Les élus du Syndicat pour la promotion des communes ont fait une série de remarques sur le projet de loi organique rédigé par l’État qui prévoit la modification du statut d’autonomie de la Polynésie française. Les maires demandent notamment une reconnaissance pleine, entière et non équivoque de la « participation directe (de la Polynésie française) à la sécurité et à la défense de la nation » lors des essais nucléaires. Ils demandent aussi que soit fixée une valeur minimale de la quote-part que l’État et le Pays doivent apporter au fonds intercommunal de péréquation (FIP).

Après avoir été mis en suspens en raison de la campagne présidentielle, puis des élections territoriales, le travail sur le toilettage du statut d’autonomie peut enfin arriver dans la dernière ligne droite. Fin octobre, les élus du Syndicat pour la promotion des communes ont étudié le projet de loi organique. Thème par thème, ils ont émis des propositions.

La reconnaissance du fait nucléaire

Alors que le projet de texte prévoit d’inscrire que « la République reconnaît la contribution de la Polynésie française à la construction de la capacité de dissuasion nucléaire et à la défense de la Nation« , les élus municipaux demandent que soit inscrite « une reconnaissance pleine, entière et non équivoque de leur « participation directe à la
sécurité et à la défense de la nation
» ».

L’État évoque aussi l’entretien et la surveillance de Moruroa et Fangataufa. Pour les maires, cela n’est pas suffisant. Ils demandent d’ajouter que l’État se charge aussi de « la surveillance et la sécurisation » des Gambier et de Tureia. « La dépollution de tous les sites liés directement ou indirectement aux activités du Centre d’Expérimentation du Pacifique relève naturellement de la responsabilité de l’État« , insiste le SPC.

L’indemnisation financière

Concernant le volet financier, les maires demandent des « engagements de l’État vis-à-vis du Pays et des communes (qui ne soient pas) remis en cause au gré des aléas politiques et des lois de finances« .
Le SPC réclame aussi à ce que soit insérée la prise en charge des frais, aujourd’hui supportés par la Caisse de prévoyance sociale, lors du traitement des personnes souffrant de maladies radio-induites. « Ne pas reconnaitre une indemnisation par l’État au profit de la caisse de prévoyance sociale reviendrait à faire supporter sur la génération actuelle et future d’actif la charge des prestations de santé résultant d’une exposition de certains assurés sociaux à des irradiations causées par les activités nucléaires de l’État« , insistent les élus municipaux.

Lieu de mémoire

Pour clore le thème des essais nucléaires, le SPC demande que « L’État s’engage au financement, à la gestion et à la valorisation d’un lieu de mémoire édifié en Polynésie française sur la période liée aux essais nucléaires« . En janvier dernier, Annick Girardin, ministre des Outre-mer, a annoncé que  » l’institut d’archives et de documentation sur le fait nucléaire en Polynésie française » serait finalisé avant la fin du quinquennat.

L’autonomie des communes

Pour exercer pleinement une « autonomie de gestion et liberté d’administration » de leurs communes, les maires réclament une stabilité financière. Les élus communaux proposent la fixation d’une valeur minimale de la quote-part que doivent l’État et le Pays apporter au fonds intercommunal de péréquation (FIP). « Comme en métropole, les élus communaux de Polynésie devraient pouvoir développer leur territoire et leur projet au profit de leur population sans avoir à dépendre totalement des décisions du Pays et de l’État », souligne le SPC. « Cette dépendance est régulièrement pointée du doigt par l’agence française de développement et la chambre territoriale des comptes. »

https://www.tahiti-infos.com/Modification-du-statut-les-maires-demandent-a-l-Etat-davantage-d-engagements_a176600.html

Nov 08

FESSENHEIM : LA SÛRETÉ MAXIMALE JUSQU’AU BOUT ?

Prenant acte de l’arrêt définitif de la centrale alsacienne d’ici 2020-2022, l’Autorité de sûreté nucléaire a renoncé à imposer à EDF l’installation d’un diesel d’ultime secours, comme elle l’avait réclamée en 2012. Les écologistes crient au scandale.

EDF et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) répètent, depuis des années, que la centrale de Fessenheim fonctionnera jusqu’à son arrêt définitif avec le même niveau d’exigence, en matière de sûreté, que le reste du parc nucléaire français. Les associations antinucléaires alsaciennes ont donc jeté un pavé dans la mare, le jour de la Toussaint, en révélant un projet de décision de l’ASN visant notamment à abandonner l’obligation, imposée à l’exploitant en 2012, d’installer un moyen d’alimentation électrique supplémentaire avant la fin de cette année.

« L’ASN se dérobe »

« La centrale de Fessenheim doit légalement être fermée le 31 décembre 2018 et cependant l’ASN se dérobe », dénoncent conjointement Stop Fessenheim, Stop transports-Halte au nucléaire, le CSFR, Alsace Nature et le collectif Les Citoyens vigilants des environs de Fessenheim.

Lorsque l’ASN avait publié cette obligation d’alimentation électrique supplémentaire – ou « diesel d’ultime secours » (DUS) – en juin 2012, à l’issue des évaluations complémentaires de sûreté – dites « post-Fukushima » –, la fermeture de la centrale avait déjà été annoncée par François Hollande pour « fin 2016 » , mais l’échéance a été maintes fois reportée, jusqu’à devenir incertaine.

Aujourd’hui, c’est l’exploitant lui-même qui prévoit un arrêt définitif, d’ici septembre 2020 pour le réacteur n° 1, d’ici août 2022 pour le réacteur n° 2 (lire nos précédentes éditions), et l’ASN tient simplement compte de cette réalité nouvelle, explique Pierre Bois, chef de la division de Strasbourg. « Ce projet de décision prend acte réglementairement de la mise à l’arrêt annoncée du site et nous donne un cadre légal pour travailler, durant le temps de fonctionnement restant. »

EDF n’a jamais lancé les travaux nécessaires au DUS à Fessenheim – signifiant ainsi, dès l’an dernier, sa résignation à la fermeture –, mais dans le cas contraire, ils n’auraient de toute façon pas été achevés au 31 décembre 2018. Les chantiers sur les autres sites du parc nucléaire français, soumis aux mêmes obligations, ont en effet tous pris un important retard. « Les DUS sont des investissements importants, sur le plan financier, mais aussi sur le plan technique. Il est vraisemblable que les tout derniers n’entreront en service que fin 2020 », indique Pierre Bois. L’ASN prépare donc, pour le reste du parc aussi, une décision prenant acte des réalités : elle va accorder un nouveau délai aux 56 autres réacteurs d’EDF.

« Une adaptation, en aucun cas un renoncement »

En attendant l’entrée en service de ces DUS dans le reste du parc, et a fortiori à Fessenheim où ces DUS ne seront jamais mis en place, l’ASN demande à l’exploitant de renforcer la « fiabilité » de ses sources électriques.

« De nouvelles prescriptions apparaissent, qui amènent des bénéfices en matière de sûreté à relativement court terme, utiles dans la perspective d’une exploitation sur quelques années encore, puis dans une configuration “site à l’arrêt”, avec du combustible toujours présent, et, à plus long terme, dans la configuration “site en démantèlement”. Il s’agit donc davantage d’une adaptation, en aucun cas d’un renoncement », insiste Pierre Bois.

Dans la même logique de prise en compte d’échéances désormais clarifiées, l’ASN a rappelé à EDF, dans un courrier daté du 19 octobre, que l’exploitant doit désormais lui transmettre une déclaration d’arrêt définitif des deux réacteurs alsaciens. « Aujourd’hui, il n’y a quasiment plus d’incertitudes sur la mise à l’arrêt de Fessenheim : il serait donc normal qu’EDF procède, le plus rapidement possible, à cette déclaration, le véritable acte qui l’engage », souligne Pierre Bois.

Olivier BRÉGEARD, le 7 novembre

https://www.lalsace.fr/actualite/2018/11/08/la-surete-maximale-jusqu-au-bout

NDLR: croisons les doigts…

Nov 08

BELGIQUE : DÉMANTÈLEMENT DES CENTRALES NUCLÉAIRES: MARIE-CHRISTINE MARGHEM DÉMENT JOUER LA MONTRE

Non, le gouvernement n’essaie pas de gagner du temps dans le dossier du démantèlement des centrales nucléaires de la gestion de leurs déchets. C’est ce qu’a déclaré la ministre fédérale de l’Énergie, Marie-Christine Marghem (MR), en réaction à la conférence de presse organisée par Écolo, ce mercredi matin.

Les verts ont fait référence à un avant-projet de loi de la Commission des provisions nucléaires envoyé au gouvernement fédéral il y a neuf mois. Et puis « plus rien, aucun débat n’a eu lieu au Parlement« , s’inquiétait le chef de groupe Écolo, Jean-Marc Nollet. « Le gouvernement ne va certainement pas détricoter le texte de la Commission des provisions nucléaires« , explique la ministre de l’Énergie. « Il m’a chargé de renforcer encore cet avant-projet de loi avec un nouveau texte qui vient d’être finalisé« , conclut Marie-Christine Marghem. Bref, comprenez que le dossier n’est pas bloqué.

D’accord avec Écolo sur le principe du « pollueur-payeur »  

Ce texte de la Commission des provisions nucléaires a son importance car il doit renforcer le cadre juridique du principe « pollueur-payeur« . « Le gouvernement veut qu’Electrabel assume complètement le démantèlement des centrales nucléaires et le traitement des déchets radioactifs. Le gouvernement ne veut pas que les citoyens mettent un centime là-dedans. C’est le principe du pollueur-payeur », explique la ministre Marie-Christine Marghem.

Des réunions inter-cabinets devront encore être organisées. La ministre espère encore et souhaite que le débat parlementaire puisse être engagé d’ici la fin de l’année. L’Ondraf (Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies) a fait évoluer de 8 milliards d’euros à 10,7 milliards d’euros le coût de l’enfouissement nucléaire et le gouvernement entend bien que l’opérateur s’en tienne à ce montant

M.Binet, article publié le mercredi 07 novembre 2018 à 19h47

Pour retrouver cet article et voir la vidéo (2mn59s), cliquer sur :

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_demantelement-des-centrales-nucleaires-marie-christine-marghem-dement-jouer-la-montre?id=10067049

Nov 07

RELAXE POUR UNE EX-SYNDICALISTE D’AREVA, REJUGÉE POUR AVOIR MIS EN SCÈNE SON AGRESSION

Versailles – Maureen Kearney, ancienne syndicaliste d’Areva accusée d’avoir mis en scène une agression à son domicile, sur fond d’accord entre le groupe nucléaire et la Chine auquel elle était opposée, a été relaxée mercredi en appel, après avoir été jugée coupable en première instance.

La cour d’appel de Versailles a ainsi infirmé le jugement prononcé par le tribunal correctionnel en juillet 2017. Elle n’a cette fois pas suivi le ministère public, qui avait requis cinq mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende, soit la confirmation de la peine prononcée en première instance pour « dénonciation mensongère« .

« Nos arguments ont été reçus. C’est un soulagement pour la défense de Mme Kearney, après toutes ces années de procédure qui l’ont éprouvée« , a réagi Me Balthazar Lévy, l’un des avocats de la syndicaliste.

« Je suis totalement innocente« , avait en effet clamé sa cliente le 20 septembre devant la cour.

Maureen Kearney avait été retrouvée en décembre 2012 par sa femme de ménage à son domicile des Yvelines, ligotée à une chaise, bâillonnée, un manche de couteau introduit dans le vagin et un « A » scarifié sur le ventre.

« Il n’y aura pas de troisième avertissement. Arrête de t’occuper de ce qui ne te regarde pas« , avait déclaré, selon Maureen Kearney, son agresseur.

Professeur d’anglais dans la société Saint-Gobain Nucléaire, filiale d’Areva (devenu Orano), elle était à l’époque secrétaire CFDT du comité de groupe européen du géant du nucléaire.

Du fait de ses fonctions, elle s’était farouchement opposée à un accord entre Areva, EDF et l’opérateur nucléaire chinois CGNPC permettant des transferts de technologie en vue du développement d’un nouveau réacteur chinois.

Elle jugeait cet accord dangereux, compte tenu de la sensibilité des informations transmises qui, selon elle, mettaient en péril le maintien de l’emploi sur le territoire français.

Maureen Kearney avait aussitôt lié son agression à cet accord, mais les enquêteurs avaient relevé des incohérences entre ses déclarations et leurs constatations.

Ils n’ont trouvé aucune trace papillaire ou ADN hormis celles de Mme Kearney, son mari ou leur femme de ménage sur la scène du crime. Et surtout, tous les objets ayant servi à l’agression provenaient du domicile, « ce qui contrarie l’hypothèse d’une agresseur organisé« , avait souligné l’avocate générale.

La syndicaliste avait indiqué avoir tout inventé pendant l’enquête avant de se rétracter un mois plus tard, assurant avoir été victime de pressions en garde à vue.

AFP / 07 novembre 2018 14h34

https://www.romandie.com/news/Relaxe-pour-une-ex-syndicaliste-d-Areva-rejugee-pour-avoir-mis-en-scene-son-agressioAreva, syndicaliste, n/969231.rom

Nov 07

BURE : DÉAMBULATION FESTIVE DANS LES RUES DE METZ SAMEDI 10 NOVEMBRE

Ce samedi 10 novembre, les opposants au projet Cigéo de Bure organisent partout en France des «bals des malfaiteurs», en solidarité avec les militants poursuivis pour «association de malfaiteurs» par la justice. À Metz, rendez-vous à la colonne de Merten.

Samedi, le 10 novembre, un rassemblement du comité messin contre la poubelle nucléaire est prévu à 15 h, à la colonne de Merten à Metz, rue Serpenoise.

De 15 h à 17 h, une déambulation festive se déroulera au centre-ville. À 17 h, un rassemblement est prévu devant le tribunal de Metz. À 17 h 30, retour à la colonne de Merten, pour la suite du grand bal et le partage des victuailles.

Le comité messin contre la poubelle nucléaire répondra présent à l’appel au rassemblement partout en France (et ailleurs) pour clamer ensemble notre soutien aux personnes mises en examen pour « association de malfaiteurs » à Bure.

Publié le 07/11/2018 à 14h18

https://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-metz-ville/2018/11/07/bure-deambulation-festive-dans-les-rues-de-metz-samedi-10-novembre

Nov 07

DÉNUCLÉARISATION NORD-CORÉENNE: NOUVEAU CONTRETEMPS DANS LES NÉGOCIATIONS

Nouveau contretemps dans les négociations sinueuses sur la dénucléarisation de la Corée du Nord: le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a reporté à la dernière minute, et sans avancer de raison, une rencontre prévue jeudi avec le bras droit de Kim Jong Un.

Cette réunion, qui devait avoir lieu à New York avec Kim Yong Chol, un des plus proches collaborateurs du dirigeant nord-coréen, sera organisée à nouveau « à une date ultérieure« , « quand nos agendas respectifs le permettront« , a simplement annoncé mardi en fin de soirée la porte-parole du département d’État américain Heather Nauert.

Mike Pompeo devait profiter de ce nouveau rendez-vous pour tenter d’arracher des progrès concrets dans le dossier épineux de la dénucléarisation et pour préparer un nouveau sommet entre le président américain Donald Trump et Kim Jong Un.

« Les discussions en cours se poursuivent« , a assuré Heather Nauert. « Les États-Unis restent concentrés sur le respect des engagements pris par le président Trump et le président Kim au sommet de Singapour en juin« .

Interrogée par l’AFP sur les motifs de ce report, elle n’a pas souhaité faire davantage de commentaires.

Mais à Séoul, Yang Moo-jin, professeur à l’Université des études nord-coréennes, a vu un mauvais signe dans ce report.

« Cette annonce de report à la dernière minute n’est pas un bon signe car elle indique que les négociations n’avancent pas suffisamment bien pour permettre la tenue de la réunion« , a-t-il dit.

Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a jugé le report « regrettable » mais estimé que les « interprétations exagérément pessimistes » ne se justifiaient pas.

« Il y a déjà eu par le passé des exemples de reports de discussions entre les États-Unis et la Corée du Nord, ce qui fait qu’il n’y a pas de raison de troquer l’espoir pour l’inquiétude« , a déclaré aux journalistes un haut responsable du ministère.

À Singapour, lors de leur premier tête-à-tête historique, en juin, l’homme fort de Pyongyang avait promis au président des États-Unis d’œuvrer en faveur d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne« .

Mike Pompeo a ensuite été chargé de négocier, notamment avec Kim Yong Chol, l’un des plus hauts dirigeants nord-coréens, le contenu et le calendrier de cet engagement encore vague. Mais ces négociations de suivi patinent et ont déjà subi plusieurs coups de frein.

– Menace nord-coréenne –

Début juillet, le secrétaire d’État américain était ainsi rentré bredouille d’une visite en Corée du Nord, et fin août, Donald Trump avait annulé à la dernière minute un autre déplacement prévu de son ministre à Pyongyang, reconnaissant pour la première fois l’absence de progrès suffisants.

Depuis, les négociations semblaient relancées avec, en ligne de mire, un deuxième sommet dans un futur proche.

« Nous aurons une bonne occasion de poursuivre les discussions autour de la dénucléarisation« , avait déclaré dimanche Mike Pompeo en annonçant sa prochaine rencontre avec Kim Yong Chol.

« Je m’attends à ce que nous fassions de réels progrès, notamment pour que le sommet entre nos deux dirigeants puisse se tenir« , avait-il ajouté.

Mais le régime reclus avait refroidi l’atmosphère en menaçant, la semaine dernière, de reprendre le développement de son arsenal nucléaire si les sanctions qui étouffent son économie n’étaient pas levées.

C’est le principal point d’achoppement dans ce rapprochement spectaculaire entre les deux pays ennemis, dont les dirigeants échangeaient invectives et menaces de guerre nucléaire il y a encore un an et affichent désormais leur bonne entente.

Pyongyang, qui a cessé les tirs de missiles et essais atomiques mais n’a jusqu’ici pris aucune mesure considérée comme irréversible pour démanteler son programme nucléaire, exige des contreparties américaines pour continuer à avancer.

Et notamment un allègement des sanctions internationales, avec le soutien plus ou moins explicite de la Russie et de la Chine, ainsi que de la Corée du Sud, alliée des États-Unis mais dont le président Moon Jae-in est déterminé à tourner la page des tensions.

Or Washington promet de maintenir la pression économique tant que la dénucléarisation ne sera pas « définitive et entièrement vérifiée« .

2018 AFP | Crée le 07.11.2018

https://www.lnc.nc/breve/denuclearisation-nord-coreenne-nouveau-contretemps-dans-les-negociations-0

Nov 07

MIKHAÏL GORBATCHEV : UNE NOUVELLE COURSE AUX ARMES NUCLÉAIRES A COMMENCÉ

Il y a plus de 30 ans, le Président Ronald Reagan et moi avons signé le Traité américano-soviétique sur l’élimination des missiles de portée intermédiaire et de courte portée. Pour la première fois dans l’histoire, deux catégories d’armes nucléaires allaient être éliminées et détruites.

C’était une première étape. Elle fut suivie en 1991 par le Traité de Réduction des Armes Stratégiques (traité START), que l’Union Soviétique signa avec le Président George W. Bush, puis par notre accord sur des coupes drastiques dans les armes nucléaires tactiques, et par le Nouveau Traité START, signé par les présidents de Russie et des États-Unis en 2010.

Il y a toujours bien trop d’armes nucléaires dans le monde, mais les arsenaux américains et russes ne sont plus qu’une fraction de ce qu’ils étaient au cours de la Guerre Froide. À la Conférence d’Examen du Traité de Non-Prolifération nucléaire de 2015, la Russie et les États-Unis ont déclaré à la communauté internationale que 85 % de ces arsenaux avaient été retirés du service et, pour la plupart, détruits.

Aujourd’hui, cette réalisation considérable, dont nos deux nations peuvent être légitimement fières, est en péril. Le Président Trump a annoncé la semaine dernière que les États-Unis vont se retirer du Traité sur les Forces Nucléaires Intermédiaires et que son pays a l’intention de développer de nouvelles armes nucléaires.

On me demande si je suis amer d’assister à la disparition de ce que j’avais si durement travaillé à réaliser. Mais ce n’est pas une affaire personnelle. Ce qui se joue là est d’une tout autre importance.

Une nouvelle course à l’armement nous a été annoncée. Le Traité sur les FNI n’est pas la première victime de la militarisation des affaires du monde. En 2002, les États-Unis se sont retirés du Traité ABM sur les missiles balistiques ; cette année, ils se sont retirés de l’Accord sur l’Iran. Les dépenses militaires ont atteint des niveaux astronomiques et ne cessent d’augmenter.

Pour justifier leur retrait du Traité FNI, les États-Unis ont invoqué des violations supposées de certaines dispositions du traité par la Russie. Celle-ci a élevé des reproches similaires quant au respect du traité par les Américains, tout en proposant de discuter de ces questions autour d’une table de négociation, afin de leur trouver une solution mutuellement acceptable. Mais au cours des dernières années, les États-Unis ont esquivé la discussion. Je pense que la raison en apparaît clairement aujourd’hui.

Avec une volonté politique suffisante, tous les problèmes de conformité aux traités existants pourraient être résolus. Mais comme on l’a vu au cours des deux dernières années, le président des États-Unis a en tête un tout autre dessein. Il s’agit d’affranchir les États-Unis de toute obligation, de toute contrainte, et pas seulement par rapport aux missiles nucléaires.

Les États-Unis ont, de fait, pris l’initiative de détruire tout le système de traités internationaux et d’accords ayant servi de fondement à la paix et à la sécurité depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Je n’en reste pas moins convaincu que ceux qui espèrent tirer profit d’un « chacun pour soi« , d’une mêlée générale, se trompent lourdement. Il n’y aura aucun vainqueur dans une « guerre de tous contre tous » – particulièrement si cela aboutit à une guerre nucléaire. Et c’est une éventualité qui ne peut être exclue. Une course aux armements acharnée, des tensions internationales, une hostilité et une défiance universelles ne feront qu’accroître ce risque.

Est-il trop tard pour revenir au dialogue et aux négociations ? Je ne veux pas perdre cet espoir. J’espère que la Russie adoptera une position ferme mais équilibrée. J’espère que les alliés de l’Amérique, après mûre réflexion, refuseront de devenir les rampes de lancement de nouveaux missiles américains. J’espère que les Nations Unies, et en particulier les membres du Conseil de sécurité investis par la Charte des Nations Unies de la responsabilité première de maintenir la paix et la sécurité internationales, agiront de façon responsable.

Confrontés à cette menace désastreuse contre la paix, nous ne sommes pas dépourvus de moyens. Nous ne devons pas nous résigner, nous ne devons pas capituler.

Article traduit du russe en anglais par Pavel Palachtchenko et de l’anglais en français par Jean-Marie Matagne.

Source : New York Times

Le 5 nov. 2018 par Jean-Marie Matagne, (Blog : Le blog de Jean-Marie Matagne)

https://blogs.mediapart.fr/jean-marie-matagne/blog/051118/mikhail-gorbatchev-une-nouvelle-course-aux-armes-nucleaires-commence

Nov 06

QUIMPER 8 NOVEMBRE : PROJECTION DU FILM « ILS VONT ARRÊTER LA BOMBE »

« Ils vont arrêter la bombe ». Ce film de François Reinhardt (2017/54 min / What’s Up productions) sera projeté, jeudi 8 novembre, à 18 h 30, à la médiathèque Alain-Gérard. La projection sera suivie d’une rencontre et d’un débat en présence de Gilbert Nicolas, un des protagonistes du film, membre de l’équipage du Fri.

En 1973, un équipage de treize militants pacifistes embarquait à bord d’une goélette, le Fri, un navire de fortune parti de Nouvelle-Zélande pour rejoindre Mururoa dans l’espoir de mettre un terme aux essais nucléaires français dans le Pacifique. Le « bataillon de la paix », constitué du général de Bollardière, Jean Toulat, Jean-Marie Muller et Brice Lalonde venait prêter main-forte à l’équipage du Fri. Alister Barry, membre de l’équipage, a filmé cette odyssée.

Le film retrace l’histoire de cette contestation entre 1966 et 1974. Une histoire où se mêlent intrigues politiques et pressions diplomatiques, objectifs militaires, enjeux économiques, et, on l’oublierait presque, le sacrifice de la santé de milliers de Polynésiens et de leur environnement.

Petit rappel : le 2 juillet 1966, une bombe atomique de 28 kilotonnes explosait au large de Mururoa, en Polynésie française. Il s’agissait alors du premier essai atmosphérique français dans le Pacifique sud. Trente-quatre autres suivront jusqu’en 1974, puis cent quarante-sept souterrains jusqu’en 1996.

Pratique

Séance organisée en partenariat avec Daoulagad Breizh avec le soutien du Conseil régional de Bretagne, de la Drac Bretagne et du Conseil départemental du Finistère. Entrée gratuite.

https://www.letelegramme.fr/finistere/quimper/essais-nucleaires-projection-du-film-ils-vont-arreter-la-bombe-06-11-2018-12126187.php

Bande annonce sur : https://www.dailymotion.com/video/x5onuvg

Nov 06

DANS LES LABORATOIRES DE L’AIEA, LA DÉLICATE SURVEILLANCE DU NUCLÉAIRE MONDIAL

C’est dans la campagne autrichienne que se joue aussi le sort de l’accord nucléaire avec l’Iran: à Seibersdorf, des scientifiques se consacrent à vérifier des échantillons de matériel radioactif prélevé lors de missions dans le monde entier.

Lorsque les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) rentrent de mission, c’est à 35 km de Vienne, où se trouve le siège de l’agence, qu’est déposé le fruit de la collecte menée sur des sites d’installations nucléaires à l’étranger.

Les laboratoires de l’AIEA à Seibersdorf sont au cœur du travail de surveillance de la non-prolifération du nucléaire à des fins militaires confié au gendarme des Nations Unies.

Le suivi des activités nucléaires de l’Iran est l’un des dossiers les plus délicats dévolus à l’AIEA depuis la signature en 2015 de l’accord entre Téhéran et les grandes puissances par lequel l’Iran s’engage à ne pas développer l’arme atomique.

Six mois après avoir dénoncé cet accord avec fracas, les États-Unis ont rétabli lundi leurs sanctions les plus draconiennes contre Téhéran, s’ajoutant à un premier volet de sanctions en vigueur depuis août. Les autres signataires du document, dont l’UE, veulent éviter que l’Iran quitte à son tour l’accord et relance la course à l’armement nucléaire.

Les laboratoires de l’AIEA disposent de deux sections: l’une pour analyser les matériaux stockés sur les sites nucléaires déclarés par les États, l’autre pour passer au crible des particules prélevées dans l’environnement des sites inspectés (sur un mur, une table etc…), qui pourraient révéler des activités non déclarées.

– Échantillons anonymes –

Dans le premier cas, les scientifiques de Seibersdorf ne travaillent pas directement sur les conteneurs où sont stockés les produits, mais sur des échantillons « de l’ordre de millionièmes de gramme« , expliquait récemment Steve Balsley, chef du laboratoire des matériaux nucléaires, lors d’une visite de presse.

Environ 500 prélèvements de ce type sont examinés chaque année.

Dans le second cas, les experts utilisent un carré de tissu spécialement traité pour ramasser sur un site des particules et y rechercher des traces chimiques révélant le type d’activité nucléaire menée sur le lieu de prélèvement, comme par exemple de la conversion ou de l’enrichissement d’uranium.

« Tout processus nucléaire va laisser dans l’environnement des traces révélant le type de matériaux qui ont été utilisés sur un site« , décrit Stephan Vogt, chef du laboratoire des échantillons environnementaux.

Les machines qui équipent les laboratoires peuvent, pour les plus précises d’entre elles, analyser une molécule de plutonium cinquante fois plus petite que le diamètre d’un cheveu.

Pour garantir la neutralité des analyses et éliminer les risques de biais, tous les échantillons sont anonymes et le pays de provenance n’est pas indiqué.

Les scientifiques de Seibersdorf s’appuient également sur un réseau de laboratoires partenaires dans différents pays.

« 60 à 70% de notre travail est consacré à des tâches de contrôle de qualité pour garantir que les données que nous produisons sont inattaquables« , explique M. Vogt.

Selon les rapports réguliers de l’AIEA, l’Iran a jusqu’ici respecté les fondamentaux de l’accord. L’AIEA dit avoir eu accès « à tous les sites et emplacements en Iran qu’elle souhaitait« .

AFP / (05 novembre 2018 13h27

https://www.romandie.com/news/Dans-les-laboratoires-de-l-AIEA-la-delicate-surveillance-du-nucleaire-mondial/968549.rom

Nov 06

DONALD TRUMP, L’HOMME PROVIDENTIEL POUR MOSCOU

Le président Donald Trump a réagi à la mise au point du missile nucléaire hypersonique russe Avangard en annonçant le retrait de son pays du traité INF. À défaut de récupérer rapidement son retard en développant des missiles hypersoniques, il entend reconstituer son arsenal de missiles nucléaires à moyenne portée. Or, observe Valentin Vasilescu, les États-Unis ne fabriquent plus de moteurs pour ce type de missiles et utilisent des moteurs russes pour leurs fusées Atlas V. Par conséquent, dans ce domaine également, Moscou est en avance sur Washington.

En application du traité INF de 1987, l’URSS (puis la Russie) et les États-Unis ont détruit tous les missiles nucléaires basés au sol ayant une portée comprise entre 500 et 5 500 km (portée petite, moyenne et intermédiaire). Les missiles dont la portée est supérieure à 5 500 km n’entrent pas dans ce traité, ils sont considérés comme balistiques intercontinentaux (ICBM). En raison de cet accord, les États-Unis n’ont pas construit et n’ont pas pu placer leurs missiles nucléaires en Europe. Les principaux bénéficiaires de ce traité sont les pays européens et la Russie.

Le retrait unilatéral des États-Unis du traité INF, annoncé par Trump, n’affecte apparemment pas les États-Unis, car la distance entre le continent américain et la partie européenne de la Russie est de plus de 5 500 km. Trump pensait pouvoir tromper Poutine au moins avec ses boucliers anti-balistiques en Roumanie et en Pologne de type VLS MK-41, dérivés des systèmes existant sur les croiseurs AEGIS de classe Ticonderoga, qui peuvent lancer des missiles de croisière Tomahawk armés d’ogives nucléaires miniaturisées W80 de 5-50 kt. Mais les missiles de croisière états-uniens ont une vitesse 20 fois plus faible que les missiles balistiques russes et leur empreinte thermique peut encore être repérée par satellite dès leur lancement.

C’est pourquoi le Pentagone est en ébullition, sachant qu’ils ont été percés à jour et qu’ils avaient besoin d’urgence de nouveaux types de missiles balistiques à placer en Europe, près des frontières de la Russie. Le seul problème que le président Donald Trump n’a pas considéré est que les États-Unis n’ont plus les moteurs de fusée nécessaires pour construire ces véhicules. Tant que la NASA recevait des fonds importants, l’armée US disposait des moteurs de missiles les plus puissants. Mais au cours des 15 dernières années, la NASA est devenue un fantôme par rapport à cette entité qui avait envoyé les premiers hommes sur la Lune. Ainsi, sans le vouloir, en laissant les États-Unis se retirer du traité INF, Trump rend service à Poutine. C’est même une énorme victoire pour la Russie.

Caractéristiques d’un missile balistique doté d’une ogive nucléaire pesant 650-1 000 kg (avec la puissance de 1-8 mt) et capable de frapper une cible à une distance de 1 500 à 2 500 km :
 Poids : 18 à 24 t
 Longueur : 15 à 20 m
 Diamètre : 1,5 à 1,8 m
 Le missile comporte 1-2 étages
 Vitesse : de 4,5 km/s
 Altitude : de 600 à 900 km.
 Ses moteurs doivent développer une poussée d’au moins 75 000 à 100 000 kgf. Les missiles utilisés dans les boucliers antibalistiques US GBMD, SM-3 (1b, 2) et THAAD ont une propulsion beaucoup trop faible et sont inutiles.

À cause de la diminution du budget alloué à la NASA, une grande partie des spécialistes des sections subordonnées aux départements spéciaux de Lockheed Martin et de Boeing se sont associés sous le nom de « United Launch Alliance » (ULA). Cette compagnie achète des moteurs de fusées, assemble des composantes des fusées tout en créant de nouveaux véhicules spatiaux qu’elle lance ensuite pour l’usage du Pentagone et de la NASA.

ULA assemble ainsi la plus puissante fusée états-unienne lourde (Atlas V) en service, la seule capable de placer dans l’espace la navette spatiale militaire automatique X-37B et des satellites militaires sur des orbites géostationnaires. Atlas V utilise au lancement 2 boosters avec des moteurs russes RD-180, le premier étage de la fusée disposant, lui aussi, d’un moteur russe RD-180, produits par NPO Energomash.

La seule capsule US qui a prouvé qu’elle pouvait atteindre la Station spatiale internationale était l’espace X du Dragon. Elle a été lancée par la fusée légère à 2 étages Falcon 9. Son premier étage est composé de neuf moteur Merlin 1C, ayant chacun une poussée de 56 696 kgf. Son 2ème étage comprend un seul moteur Merlin. Falcon 9 n’est rien de plus que le recyclage des reliques de la Guerre froide. Le moteur Merlin 1C est une variante du célèbre moteur RS-27, produit par la société Rocketdyne à partir de 1974 pour les anciennes fusées Delta 2000 de McDonnell Douglas, abandonnées par la NASA. Plusieurs moteurs Merlin 1C peuvent être utilisés pour construire de nouveaux missiles nucléaires avec des missiles de courte et moyenne portée.

Taurus I et Minotaure I sont les nouvelles fusées phares de 3 ou 4 étages, fournies à la NASA par Orbital Sciences Corp. (OSC) qui peuvent satelliser un objet cosmique de 580 à 1 500 kg en utilisant les étages SR19 et M55A1 provenant des missiles balistiques intercontinentaux US à combustibles solides LGM-118A MX-Peacekeeper et LGM-30F Minuteman II. La fusée Minotaure I est constituée du premier et deuxième étage de la fusée balistique intercontinentale Minuteman II (développant tous les deux 120 000 kgf).

Dans la période 2010-2013, Orbital Sciences Corp a remplacé les deux premiers étages de la fusée Minotaure I avec moteur NK-33 (140 000 kfg). Les moteurs NK-33, livrés par la société russe Energomaș sont supérieurs à ceux des États-Unis. En raison des sanctions imposées à la Russie par les États-Unis, au début de 2014, le transfert de technologie russe d’Energomaș s’est interrompu.

La compagnie Aerojet, en collaboration avec le bureau d’étude de Youzhnoye à Dnipropetrovsk-Ukraine a commencé à produire des moteurs mal copiés sur le NK-33, sous le nom de AJ-26-58/62. Ces moteurs utilisent un schéma différent de turbopompe à haute pression nécessaire pour l’alimentation continue en carburant et comburant. La fusée Antares transportant le cargo états-unien Cygnus avec l’approvisionnement pour la station spatiale internationale (ISS) a explosé 6 secondes après le lancement à la suite d’un défaut de conception du moteur AJ-26.

Une fusée similaire, avec l’étage US SR19 (utilisé par Taurus I et Minotaure I), se compose du système fixe GBMD (Ground-Based Midcourse Defense) assemblé par Orbital Sciences Corp. GBMD (35 000 kgf) appartient à l’agence de défense antibalistique du Pentagone qui opère dans les bases de Fort Greely (Alaska) et de Vandenberg (en Californie). Ceci montre que la focalisation excessive des États-uniens sur la création du bouclier antimissile fait que les coupes budgétaires ont un impact sur le financement de la conception de nouveaux moteurs de fusée de forte puissance, obligeant l’utilisation de missiles lourds par la NASA.

Voyons comment se situe la Russie sur le chapitre des moteurs de fusée qui pourraient être utilisés pour les missiles nucléaires à moyenne portée et de portée intermédiaire.

La famille Angara comprend la fusée légère Angara 1.1 qui a une capacité de satellisation sur orbite basse de 2 t, la fusée moyenne Angara A3 qui peut placer sur l’orbite basse de la Terre 14,6 t. La famille Angara comprend aussi la fusée lourde Angara A5 ainsi que la fusée super-lourde Angara A7 dans laquelle les moteurs RD-191 sont remplacées par des RD-193, plus puissants, permettant le placement de 35 t sur une orbite basse. La fusée la plus puissante de la famille est Angara-100 capable de satelliser 100 t sur une orbite basse. La première composante de la fusée Angara-A5, développe une traction de presque 1 000 000 kgf, étant formée de quatre boosters aux moteurs RD-191, montés autour d’un segment central, disposé à son tour d’un moteur RD-191. Le moteur RD-191 a la possibilité de modifier pendant le vol la traction maximale de 200 000 kgf (100 à 30 %).

La conclusion est que la Russie peut utiliser un seul moteur RD-191 de la fusée Angara, et ainsi construire et rendre opérationnel en 6-8 mois un nouveau missile balistique nucléaire avec une portée allant jusqu’à 5 000 km, ce qui, pour les États-Unis, est catastrophique. La Roumanie et la Pologne sont dans une situation bien plus regrettable, car c’est sur leur territoire qu’ont été placés les boucliers antibalistiques US. Si jusqu’à présent, le temps disponible pour corriger une erreur de lancement accidentel d’un ICBM était de 20 à 25 minutes (le temps parcouru par un ICBM de Russie au continent américain), maintenant ce temps se réduit à seulement 4 minutes (la distance Russie-Pologne ou la Russie-Roumanie est d’environ 1 000 km). Dorénavant la Roumanie et la Pologne sont devenus la cible des ogives de 8 Mt des missiles balistiques russes, des ogives que ne pourront pas neutraliser les boucliers US, et qui ont une capacité de destruction énorme pour la population et les infrastructures.

Par Valentin Vasilescu, expert militaire. Ancien commandant adjoint de l’aéroport militaire d’Otopeni. Traduction Avic

Réseau Voltaire, édition internationale

http://www.voltairenet.org/article203760.html

Nov 06

LE RÉSEAU SWIFT SUSPEND DES BANQUES IRANIENNES APRÈS LE RETOUR DES SANCTIONS AMÉRICAINES

Six mois après s’être retiré de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump a rétabli les sanctions américaines visant spécifiquement les secteurs pétrolier et financier, vitaux pour l’Iran. Le président de la République islamique a promis de les «contourner fièrement»

Le fournisseur mondial de services de messagerie financière sécurisés SWIFT a annoncé lundi sa décision de «suspendre» l’accès de certaines banques iraniennes à son réseau après la décision des États-Unis de réimposer des sanctions à l’Iran.

«Conformément à sa mission de soutien à la résilience et à l’intégrité du système financier mondial en tant que prestataire de services mondial et neutre, SWIFT suspend l’accès de certaines banques iraniennes à son système de messagerie», a annoncé la société basée à Bruxelles, en Belgique, dans un communiqué.

«Cette mesure, bien que regrettable, a été prise dans l’intérêt de la stabilité et de l’intégrité du système financier mondial dans son ensemble», a expliqué SWIFT, basé à Bruxelles, dans un communiqué.

Le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, avait expliqué la semaine dernière que les États-Unis souhaitaient déconnecter l’Iran du circuit bancaire international, ossature du système financier mondial, comme c’était le cas de 2012 à 2016.

Comme le relève Reuters, SWIFT s’est retrouvé piégé entre la menace de sanctions américaines si le réseau continuait à traiter avec l’Iran, et l’injonction de l’UE avertissant ses entreprises qu’obéir aux sanctions américaines les exposerait à des pénalités.

Au final, la décision de SWIFT d’obéir à Washington plutôt que Bruxelles est d’autant plus notable que l’institution, basée dans un pays de l’Union européenne, avait activement cherché des moyens juridiques d’échapper aux sanctions américaines. La Russie, un temps menacée de suspension du réseau SWIFT, avait de son côté averti que cette mesure serait considérée comme un «acte de guerre».

Selon le Financial Times, des pays européens se sont adressés en vain à Washington pour exempter SWIFT des sanctions américaines. 

SWIFT avait été appelé dès vendredi par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo à exclure de l’accès à ses services les établissements financiers iraniens placés sur liste noire, hormis pour les «transactions humanitaires».

Les services fournis par SWIFT permettent de connecter plus de 11.000 organisations bancaires, infrastructures de marché et entreprises clientes dans plus de 200 pays et territoires, précise la société. «SWIFT ne détient pas de fonds ni ne gère de comptes pour le compte de clients», souligne-t-elle.

De son côté, le président iranien Hassan Rohani a promis de «contourner fièrement» les nouvelles sanctions américaines. Entrées en vigueur lundi, celles-ci visent spécifiquement les secteurs pétrolier et financier iraniens, vitaux pour l’économie du pays.

Six mois après s’être retiré unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, le président américain Donald Trump a rétabli lundi des sanctions draconiennes contre les secteurs pétrolier et financier iraniens, qui avaient été levées sous Barack Obama.

«J’annonce que nous allons contourner avec fierté vos sanctions illégales et injustes car elles vont à l’encontre du droit international», a répliqué le président Rohani dans un discours télévisé.

 «Guerre économique»

«Nous sommes en situation de guerre économique et nous affrontons une tentative d’intimidation. Je ne pense pas que dans l’histoire américaine il y ait eu jusqu’à présent quelqu’un à la Maison Blanche qui contrevienne à ce point au droit et aux conventions internationales», a clamé Hassan Rohani.

Adoptant une politique hostile à l’Iran depuis son accession au pouvoir en janvier 2017, Donald Trump, pour qui l’accord sur le nucléaire est une aberration, avait rétabli dès août dernier une première série de sanctions économiques contre Téhéran.

Samedi, le guide suprême d’Iran Ali Khamenei a accusé le président américain d’avoir «discrédité» les États-Unis qui, selon lui, seront les ultimes perdants de cette politique.

«L’Iran va mal», a de son côté relevé dimanche le président américain. «Quand j’ai pris mes fonctions, juste avant, on pensait que l’Iran allait dominer tout le Moyen-Orient (…). Plus personne n’en parle aujourd’hui».

Les sanctions américaines s’apparentent à un chantage contre les pays tiers qui commercent actuellement avec l’Iran: les entreprises asiatiques ou européennes se verront interdites de marché américain si elles continuent d’importer du pétrole iranien, ou d’échanger avec des banques iraniennes ciblées par Washington. Beaucoup devraient choisir les États-Unis, ou l’ont déjà fait.

Possibles exemptions

Huit pays bénéficieront toutefois d’une exemption pour le pétrole, dont la Turquie, et peut-être la Chine et l’Inde. La liste sera annoncée lundi.

Ce régime de dérogations est similaire à ce que les États-Unis pratiquaient de 2012 à 2015, avant l’accord sur le nucléaire iranien négocié sous Barack Obama. À l’époque, la Chine, l’Inde, la Turquie, la Corée du Sud, le Japon et Taïwan ont notamment été épargnés de sanctions américaines, au motif qu’ils réduisaient progressivement leurs importations de brut iranien. Des années plus tard, l’administration Trump a repris le même argumentaire.

«Il y a une poignée de pays qui ont déjà réduit de façon importante leurs importations de brut et ont besoin d’un peu plus de temps pour atteindre zéro, et nous allons leur donner ce temps», a dit le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, dans une interview dimanche sur la chaîne Fox.

Concernant les sanctions financières, il a redit que plus de 600 individus et entités en Iran seraient placés sur une liste noire, un nombre supérieur à ceux qui en avaient été retirés après la conclusion de l’accord de 2015.

«Déconnecter l’Iran»

L’économie iranienne souffrait déjà de nombreux maux avant l’offensive de Donald Trump. Les exportations de pétrole, qui assurent 40% des recettes de l’État iranien selon la Banque mondiale, ont déjà baissé de 2,5 millions de barils par jour, à 1,6 million en septembre.

Malgré l’animosité exprimée, Donald Trump répète qu’il est prêt à rencontrer les dirigeants iraniens pour négocier un accord global sur la base de 12 conditions américaines: des restrictions beaucoup plus fermes et durables sur le nucléaire, mais également la fin de la prolifération de missiles et des activités jugées «déstabilisatrices» de Téhéran au Moyen-Orient (Syrie, Yémen, Liban…).

«Nous restons prêts à parvenir à un nouvel accord, plus complet avec l’Iran», a répété Donald Trump vendredi. Mais les Iraniens ont déjà dit rejeter un dialogue avec Washington. «Il n’y aura pas de négociations avec les États-Unis», avait lancé clairement en août l’ayatollah Khamenei.

AFP, publié lundi 5 novembre 2018 à 15:17

https://www.letemps.ch/monde/reseau-swift-suspend-banques-iraniennes-apres-retour-sanctions-americaines

Nov 06

PROLIFÉRATION NUCLÉAIRE : LES DIGUES SE FISSURENT

Le 20 octobre dernier, le Président des États-Unis, Donald Trump, annonçait son intention de se retirer d’un accord sur les armes nucléaires conclu il y a 31 ans avec la Russie.

Un traité qui a permis de mettre fin à la crise des euromissiles

Adopté en pleine Guerre Froide, par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, ce traité interdisait aux deux puissances de tester, produire et déployer des missiles sol-sol, balistiques et de croisière de portée allant de 500 à 5000 km. Le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire – ou FNI – avait permis ni plus ni moins à l’époque de mettre fin à la crise des euromissiles et d’amorcer la désescalade entre les EU et l’URSS.

« La menace permanente d’un possible usage du nucléaire crée une insécurité permanente » – Jean-Marie Collin

Raison invoquée pour ce retrait : la Russie ne respecterait plus l’accord depuis des années. Les américains se plaignent notamment du déploiement par Moscou d’un système de missiles dont la portée, selon Washington, dépasserait les 500 kilomètres, en violation du traité. Les États-Unis annoncent également qu’ils vont bientôt se mettre eux aussi à « développer ces armes« . C’est donc un coup sévère porté au système de contrôle des armements nucléaires.

Un nouveau contexte mondial semble avoir rompu cet équilibre de la terreur dont on avait oublié la fragilité

Trois générations après la mise au point de la bombe H, après Hiroshima et Nagasaki, force est de constater que les armes nucléaires prolifèrent aux quatre coins du globe. Au moment où l’on s’apprête à célébrer le 100ème anniversaire de l’armistice de la première Guerre Mondiale, comment ne pas être frappé par cette relance de la course aux armements ? L’équilibre entre puissances nucléaires est-il rompu ? La doctrine de la dissuasion est-elle encore opérante ?  Quels rapports les démocraties entretiennent-elles avec l’arme nucléaire ?

Une émission préparée par Mailys André et Léa Sabourin.

Pour aller plus loin : 

– Repenser les choix nucléaires, un manifeste : www.sciencespo.fr/nk

– Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) : http://fr\.icanw\.org/

– Forum de Paris sur la Paix du 11 au 13 novembre et où sera présent l’ICAN : https://parispeaceforum\.org/fr/

Pour écouter l’émission en différé, cliquer sur l’icône à gauche du titre au-dessus de la mention 58 mn

https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/un-monde-a-cran-24-proliferation-nucleaire-les-digues-se-fissurent

Nov 05

POMPEO VA RENCONTRER LE BRAS DROIT DE KIM JONG-UN POUR PARLER DÉNUCLÉARISATION

CORÉE DU NORD. Kim Yong Chol, bras droit de Kim Jong-un, est un interlocuteur régulier de Washington depuis la reprise du dialogue entre la Corée du Nord et les États-Unis…

Les pourparlers se poursuivent. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo rencontrera cette semaine à New York son « homologue » nord-coréen, le bras droit de Kim Jong-un, dans l’optique de relancer des discussions devant aboutir à un nouveau sommet entre l’homme fort de Pyongyang et Donald Trump.

Sur la chaîne Fox News, Mike Pompeo a expliqué dimanche qu’il s’entretiendrait « cette semaine » à New York avec le général Kim Yong Chol, un des plus proches collaborateurs de Kim Jong-un.

« Je m’attends à ce que nous fassions de réels progrès« 

Kim Yong Chol est un interlocuteur régulier de Washington depuis la reprise du dialogue entre les deux pays. Au printemps, il avait déjà rencontré Mike Pompeo à New York avant d’être reçu par Donald Trump à la Maison Blanche. Le secrétaire d’État américain n’a pas précisé le jour exact de la rencontre, mais cette dernière devrait se tenir en milieu de semaine, les deux premiers jours de la semaine étant dominés par les élections législatives de mi-mandat aux États-Unis.

« Nous aurons une bonne occasion de poursuivre les discussions autour de la dénucléarisation » du régime nord-coréen, a-t-il déclaré sur Fox News. « Je m’attends à ce que nous fassions de réels progrès, notamment pour que le sommet entre nos deux dirigeants puisse se tenir », a-t-il poursuivi sur une autre chaîne, CBS.

Le très délicat dossier de la dénucléarisation

Depuis la rencontre historique entre Donald Trump et Kim le 12 juin à Singapour, un deuxième face-à-face entre les deux hommes est régulièrement évoqué. « Je l’aime bien et il m’aime bien », a notamment déclaré le président américain le mois dernier. « Trois ou quatre » lieux sont envisagés pour ce nouveau sommet, avait-il précisé.

Ce sommet, et la rencontre de la semaine prochaine entre Mike Pompeo et Kim Yong Chol, doivent permettre aux deux nations d’avancer sur le très délicat dossier de la dénucléarisation du régime nord-coréen. La Corée du Nord, frappée par des sanctions économiques étouffantes pour son économie, semble cependant s’impatienter.

« Je ne suis pas inquiet »

Le ministère nord-coréen des Affaires étrangères vient ainsi de déclarer que Pyongyang pourrait revenir à sa politique de « développement simultané » de ses capacités nucléaires et de son économie si les États-Unis ne changeaient pas d’attitude. « Je ne suis pas inquiet, nous avons déjà vu ça au cours des négociations », a tempéré Mike Pompeo dimanche matin sur CBS, avant de réaffirmer son inflexibilité : « Aucun répit économique avant d’avoir atteint notre objectif final ».

« Ce n’est pas seulement la dénucléarisation complète, mais notre capacité à vérifier qu’elle a eu lieu qui est une condition préalable à la levée des sanctions économiques », a-t-il martelé.

N.Sa avec AFP, publié le 05/11/18 à 05h12

https://www.20minutes.fr/monde/2365639-20181105-pompeo-va-rencontrer-bras-droit-kim-jong-parler-denuclearisation

Nov 05

LES RUSSES À LA RECHERCHE D’UNE BASE MILITAIRE À CUBA?

La visite du président cubain en Russie a suscité une série de spéculations par des analystes sur la possibilité de l’installation de missiles russes à Cuba comme à l’époque de l’ex-Union soviétique.

Le président cubain Miguel Diaz-Canel et plusieurs ministres de son cabinet ont rencontré, le 2 novembre, le président russe Vladimir Poutine au Kremlin. Les discussions ont porté sur la coopération russo-cubaine dans différents domaines, dont la défense.

Dans une déclaration commune publiée après leur rencontre, les deux présidents se sont dits favorables à la poursuite des efforts internationaux pour empêcher une course aux armements, tout en condamnant les sanctions unilatérales de certains États imposées à Cuba et à la Russie sous prétexte d’« accusations sans fondement ».  

Avant cette rencontre, le président Poutine avait déclaré aux journalistes que ses pourparlers avec Miguel Diaz-Canel seraient concentrés sur la coopération industrielle et économique, mais il faut se rappeler que pendant son séjour moscovite, le président cubain a également rencontré Iouri Borissov, vice-Premier ministre russe depuis mai 2018 et ancien vice-ministre de la Défense de 2012 à 2018. D’après les observateurs, cela permet de deviner que Cuba est intéressé par une reprise de sa coopération militaire avec la Russie.

Importance de la visite de Miguel Diaz-Canel à Moscou 

Le président cubain s’est rendu à Moscou deux semaines après la visite du conseiller du président américain pour la sécurité nationale John Bolton en Russie. La mission de Bolton était de confirmer auprès des Russes les nouvelles qui circulaient à Washington concernant la décision du président Trump de retirer les États-Unis du Traité FNI (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire).

Après le départ de John Bolton, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré aux médias que la Russie riposterait au retrait américain du Traité FNI.

Préoccupations russes 

Les responsables politiques et les experts militaires russes estiment que le retrait américain du traité portant sur l’interdiction des forces nucléaires à portée intermédiaire aurait des conséquences négatives tant sur la sécurité de la Russie que sur la stabilité de l’ensemble du continent européen. Le président russe Vladimir Poutine a déclaré récemment que si les États-Unis se retiraient du traité FNI, ils pourraient installer leurs missiles de moyenne portée en Pologne, dans les pays baltes et dans d’autres pays européens proches de la frontière russe.

D’après les dirigeants russes, le retrait des États-Unis du Traité FNI pourrait permettre à Washington d’y installer des missiles d’une portée de 5 000 km, ce qui signifierait que tout le territoire européen de la Fédération de Russie, l’ouest de la Sibérie et les territoires russes situés près de la frontière du Kazakhstan se trouveraient à la portée des missiles des États-Unis et de l’OTAN. Les autorités russes disent que c’est leur ligne rouge et que pour ne pas vivre un tel cauchemar, elles auront recours à multiples options.

Konstantin Sivkov, membre de l’Académie russe des sciences des missiles et des munitions du ministère de la Défense, estime pour sa part que le renforcement par la Russie de ses dispositifs de défense nucléaire est la seule option qui existe à l’heure actuelle pour ramener les États-Unis à la table des négociations.

Dans ce sens, après l’installation des missiles américains en Pologne ou en Roumanie et le retrait de Trump du Traité FNI, les Russes essaient de développer leur coopération avec Cuba afin de rétablir leur base sur le sol cubain, car l’expérience leur a appris que les États-Unis ne reculeront que lorsqu’ils se sentiront militairement menacés par la Russie.

https://www.presstv.com/DetailFr/2018/11/04/579068/Une-base-de-missiles-russes–Cuba

Nov 05

NUCLÉAIRE : LIBÉRER L’AVENIR

COMMUNIQUÉ DE PRESSE du 5 novembre 2018

À Salzbourg, en Autriche, ce 24 octobre 2018, à la suite de la remise des prix internationaux du « Nuclear Free Future Award 2018 »(1), les membres des différentes associations et fondations présentes ont débattu, notamment avec les lauréat(e)s, de la situation de l’industrie nucléaire et de ses risques, en Europe et dans le Monde.

La France, à peine sortie de la guerre contre le totalitarisme et le fascisme, s’est enchaînée au joug du nucléaire avec la création en 1945 du CEA (Commissariat à l’énergie atomique). Pourtant de nombreuses voix se sont élevées dès le début de l’ère atomique pour contrer la propagande et tenter d’ouvrir les yeux de nos concitoyens, que ce soit celle du biologiste Jean Rostand, du généticien Albert Jacquard, du commandant Cousteau, du poète Jacques Prévert ou des milliers de personnes actives dans les mobilisations du mouvement anti-nucléaire civil et militaire.

Plus récemment, Nicolas Hulot a enfin reconnu, fin août 2018, lors de sa démission du poste de ministre de l’écologie que «  le nucléaire était une folie inutile tant du point de vue économique que technique dans laquelle on s’entête ».

Mais peu importe aux nucléaristes qui se serviront de son successeur François de Rugy pour mettre en œuvre la relance du nucléaire. Dans son interview au journal Ouest-France du 27 octobre, ce dernier reconnaît collaborer avec un président de la République qui veut perpétuer le nucléaire. La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie dont le document de travail a fuité, annoncerait faire la part belle au nucléaire. 5 nouveaux EPR y seraient prévus dont au moins les 3 premiers dans l’Ouest, à Flamanville, Penly, et St Laurent des Eaux.

Le lobby nucléaire sait que le système est au bord de l’effondrement mais il cherche à en retarder l’échéance, quitte à sacrifier notre avenir et à prendre le risque de déclencher des conflits. Il utilise le chantage à l’emploi et aux pertes financières des collectivités pour refuser la fermeture des sites et notamment l’arrêt de la production de plutonium à la Hague. Il justifie la construction de nouveaux réacteurs par l’indispensable maintien au plus haut niveau de compétences professionnelles nécessaires à  la sûreté des sites nucléaires y compris après leur arrêt. Ce qui induit la continuation du nucléaire.

En 1978 le peuple autrichien, par référendum, décidait de ne pas charger le combustible dans son premier réacteur à Zwentendorf, puis de bannir le nucléaire de sa constitution. 40 ans plus tard, emboîtons-lui le pas avant la catastrophe. Le réacteur EPR de Flamanville ne doit pas être démarré !

Pour ce faire, le Collectif anti-nucléaire Ouest appelle les associations du grand Ouest comme les individus, à le rejoindre.

(1) http://www.nffa.de

Contact presse :

Didier Anger 06 80 23 39 45 / Chantal Cuisnier 06 84 14 58 87 / Martial Château,  tél: 06 45 30 74 66

Sylvie Sauvage 06 08 71 79 61

Collectif Anti-Nucléaire Ouest

10 Route d’Étang-Val, 50340 LES PIEUX

07 68 35 03 38

contact@can-ouest.orgwww.can-ouest.org

https://www.facebook.com/can.ouest/

https://twitter.com/canouest

Retrouvez ce communiqué sur : http://www.can-ouest.org/nucleaire-liberer-lavenir/

Nov 05

POINT DE VUE : COMPARAISON N’EST PAS RAISON

S’apprêtant à commémorer le centenaire de l’Armistice, le président de la République vient de donner une interview à Ouest-France qui m’a choqué. Parler de ressemblance entre les événements que traverse actuellement le monde et ceux de « l’entre-deux-guerres » néglige en effet les considérables évolutions qu’a connues l’humanité depuis cette époque.

Certes, la nature humaine, celle de nombreux chefs d’État, n’a pas vraiment changé. Trop souvent, des despotes, obnubilés par leur pouvoir, n’hésitent pas à recourir à la force, au détriment des principes démocratiques et des droits humains.

Et pourtant, on constate que notre monde est bien différent de celui des années 1930. De nouvelles puissances ont émergé, la décolonisation a modifié la structure de plusieurs continents, la prédominance américaine est contestée, les relations économiques internationales se sont intensifiées, le progrès technique a modifié des comportements.

Il est donc hasardeux d’affirmer que «le moment que nous vivons ressemble à l’entre-deux-guerres» et de suggérer ainsi, en s’appuyant sur l’adage selon lequel «les mêmes causes engendrent les mêmes effets», que l’Europe pourrait connaître prochainement une guerre, qui serait certainement mondiale. Est-il utile de rendre ainsi le climat plus anxiogène, alors que l’on s’inquiète que l’Europe soit «divisée par les peurs» ?

L’arme atomique inadaptée

Ceci amène obligatoirement à se demander comment se protéger si la Troisième Guerre mondiale se déclenchait. Dans la période qui a précédé 1940, la ligne Maginot devait assurer une défense inviolable du territoire français. On sait ce qu’il en est advenu !

Depuis près de cinquante ans, c’est l’armement nucléaire français qui est censé apporter une garantie ultime de sécurité à la France. Or, il est facile de constater que ces armes et le concept qui leur est associé sont inutiles et même lourds de risques pour l’avenir (1). Alors que nous avons vécu de nombreuses révolutions techniques, que les nouvelles armes et leurs capacités d’action sont sans commune mesure avec celles du siècle précédent, l’arme atomique est inadaptée à la gestion des crises de notre monde.

De plus, nous sommes entrés dans une nouvelle ère où la menace cyber, inconnue il y a une dizaine d’années, vient poser de nombreuses interrogations sur la crédibilité des forces de dissuasion nucléaire. Avec ce risque, l’assimilation de la dissuasion à la fameuse ligne Maginot correspond de plus en plus à la réalité.

Il est désolant de constater que les États nucléaires continuent à perfectionner leurs arsenaux et qu’ils mettent le monde à la merci d’une erreur d’appréciation ou d’une escalade incontrôlée.

Puisque le Président souhaite que l’Europe se ressaisisse et qu’elle «résiste», je lui recommande de faire étudier ces mesures simples que pourrait prendre la France et qui contribueraient à un renforcement de la stabilité et de la sécurité internationales :

– Engager un processus de médiation entre États-Unis et Russie pour maintenir le traité FNI (forces nucléaires à portée intermédiaire) et obtenir le retrait des ANT (armes nucléaires tactiques) américaines déployées en Europe, en échange du retrait total des ANT de la Russie de son territoire européen.

– Abaisser le niveau d’alerte des forces nucléaires.

– Adopter une attitude constructive à l’égard du Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), adopté à l’Onu par deux tiers de ses membres.

C’est par de tels gestes que la France pourrait offrir une perspective nouvelle de paix dans le désordre actuel du monde.

  • Lire L’illusion nucléaire, livre de Paul Quilès, Jean-Marie Collin et Michel Drain, et sur le blog de Paul Quilès

Article rédigé par Paul QUILÈS, ancien ministre de la Défense.et publié le 05/11/2018 à 07h05

https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/point-de-vue-comparaison-n-est-pas-raison-6052370

Nov 05

MISE EN GARDE DE PYONGYANG SUR UN RETOUR A SA POLITIQUE NUCLÉAIRE

La Corée du Nord a prévenu les États-Unis qu’elle envisagerait « sérieusement » de revenir à sa stratégie politique de développement de son arsenal nucléaire si les sanctions économiques infligées à son pays n’étaient pas levées.

Pendant des années, Pyongyang a mené une politique dite du « byungjin« , ou « développement simultané » de ses capacités nucléaires et de son économie.

En avril, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un avait annoncé que la quête pour se doter de l’arme nucléaire était terminée et que le Nord se concentrerait désormais « sur la construction économique socialiste« . La péninsule connaît un « nouveau climat de détente et de paix« , avait-il expliqué.

Dans un communiqué, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a déclaré que Pyongyang pourrait revenir à la politique du « byungjin » si les États-Unis ne changeaient pas d’attitude en matière de sanctions.

« Le mot +byungjin+ pourrait refaire son apparition et un changement de politique pourrait être sérieusement envisagé« , selon ce texte publié vendredi soir par l’agence officielle KCNA.

Lors de leur sommet historique à Singapour en juin, M. Kim et le président Donald Trump avaient signé une déclaration vague sur la dénucléarisation mais depuis, les négociations n’ont guère progressé.

En pointe des efforts internationaux menés en 2017 pour faire pression sur l’économie nord-coréenne, les États-Unis refusent un allègement des sanctions tant que le Nord n’aura pas procédé à une « dénucléarisation finale et entièrement vérifiée« .

Pyongyang a condamné les « méthodes de gangster » des Américains accusés d’exiger son désarmement unilatéral sans faire de concession.

« L’amélioration des relations et les sanctions sont incompatibles« , ajoute le communiqué signé par le directeur de l’Institut des études américaines du ministère des Affaires étrangères.

Toujours attendue, « la réponse correspondante des États-Unis« , ajoute le texte.

La Corée du Nord, qui est soumise à de multiples sanctions de l’ONU du fait de ses programmes nucléaire et balistique interdits ainsi qu’à des sanctions unilatérales de Washington, se montre de plus en plus impatiente avec les États-Unis.

Le mois dernier, les médias officiels avaient accusé Washington de « double jeu » et critiqué implicitement Donald Trump pour des propos selon lesquels Séoul ne lèverait pas ses propres sanctions contre le Nord sans l’aval de Washington.

Des divergences d’approche sur le dossier nord-coréen sont apparues entre Séoul et son allié américain, qui déploie 28.500 soldats en Corée du Sud pour la protéger de son voisin.

Le président sud-coréen Moon Jae-in est partisan de longue date d’un dialogue avec le Nord. Il a fait miroiter à Pyongyang investissements et projets transfrontaliers pour l’inciter à la dénucléarisation. Washington martèle pour sa part que les sanctions doivent être maintenues tant que la dénucléarisation ne sera pas totale.

AFP / (04 novembre 2018 06h39

https://www.romandie.com/news/Mise-en-garde-de-Pyongyang-sur-un-retour-a-sa-politique-nucleaire/968263.rom

Nov 05

L’IRAN PROMET DE « CONTOURNER FIÈREMENT » LES SANCTIONS AMÉRICAINES

Le président iranien Hassan Rohani a promis de « contourner fièrement » les nouvelles sanctions américaines, entrées en vigueur lundi et qui visent spécifiquement les secteurs pétrolier et financier iraniens, vitaux pour l’économie du pays.

Six mois après s’être retiré unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, le président américain Donald Trump a rétabli lundi des sanctions draconiennes contre les secteurs pétrolier et financier iraniens, qui avaient été levées sous Barack Obama.

« J’annonce que nous allons contourner avec fierté vos sanctions illégales et injustes car elles vont à l’encontre du droit international« , a répliqué le président Rohani dans un discours télévisé.

– « Guerre économique » –

« Nous sommes en situation de guerre économique et nous affrontons une tentative d’intimidation. Je ne pense pas que dans l’histoire américaine il y ait eu jusqu’à présent quelqu’un à la Maison Blanche qui contrevienne à ce point au droit et aux conventions internationales« , a clamé M. Rohani.

Adoptant une politique hostile à l’Iran depuis son accession au pouvoir en janvier 2017, M. Trump, pour qui l’accord sur le nucléaire est une aberration, avait rétabli dès août dernier une première série de sanctions économiques contre Téhéran.

Samedi, le guide suprême d’Iran Ali Khamenei a accusé le président américain d’avoir « discrédité » les États-Unis qui, selon lui, seront les ultimes perdants de cette politique.

« L’Iran va mal« , a de son côté relevé dimanche le président américain. « Quand j’ai pris mes fonctions, juste avant, on pensait que l’Iran allait dominer tout le Moyen-Orient (…). Plus personne n’en parle aujourd’hui« .

Les sanctions américaines s’apparentent à un chantage contre les pays tiers qui commercent actuellement avec l’Iran: les entreprises asiatiques ou européennes se verront interdites de marché américain si elles continuent d’importer du pétrole iranien, ou d’échanger avec des banques iraniennes ciblées par Washington. Beaucoup devraient choisir les États-Unis, ou l’ont déjà fait.

Huit pays bénéficieront toutefois d’une exemption pour le pétrole, dont la Turquie, et peut-être la Chine et l’Inde. La liste sera annoncée lundi.

Ce régime de dérogations est similaire à ce que les États-Unis pratiquaient de 2012 à 2015, avant l’accord sur le nucléaire iranien négocié sous Barack Obama. À l’époque, la Chine, l’Inde, la Turquie, la Corée du Sud, le Japon et Taïwan ont notamment été épargnés de sanctions américaines, au motif qu’ils réduisaient progressivement leurs importations de brut iranien. Des années plus tard, l’administration Trump a repris le même argumentaire.

« Il y a une poignée de pays qui ont déjà réduit de façon importante leurs importations de brut et ont besoin d’un peu plus de temps pour atteindre zéro, et nous allons leur donner ce temps« , a dit le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, dans une interview dimanche sur la chaîne Fox.

– « Déconnecter l’Iran » –

Concernant les sanctions financières, il a redit que plus de 600 individus et entités en Iran seraient placés sur une liste noire, un nombre supérieur à ceux qui en avaient été retirés après la conclusion de l’accord de 2015.

Le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, a expliqué la semaine dernière que les États-Unis souhaitaient déconnecter l’Iran du circuit bancaire international Swift, ossature du système financier mondial, comme c’était le cas de 2012 à 2016.

L’économie iranienne souffrait déjà de nombreux maux avant l’offensive de Donald Trump.

Les exportations de pétrole, qui assurent 40% des recettes de l’État iranien selon la Banque mondiale, ont déjà baissé de 2,5 millions de barils par jour, à 1,6 million en septembre.

Pour continuer à écouler leur brut, les tankers iraniens se sont mis depuis quelques semaines à éteindre leurs transpondeurs afin de ne pas être repérés, mais des satellites les traquent.

Le premier marché pour le pétrole iranien est la Chine, suivie de l’Union européenne, de l’Inde et de la Turquie. Le Japon et la Corée du Sud ont quasiment réduit à zéro leurs importations.

Malgré l’animosité exprimée, M. Trump répète qu’il est prêt à rencontrer les dirigeants iraniens pour négocier un accord global sur la base de 12 conditions américaines: des restrictions beaucoup plus fermes et durables sur le nucléaire, mais également la fin de la prolifération de missiles et des activités jugées « déstabilisatrices » de Téhéran au Moyen-Orient (Syrie, Yémen, Liban…).

« Nous restons prêts à parvenir à un nouvel accord, plus complet avec l’Iran », a répété M. Trump vendredi. Mais les Iraniens ont déjà dit rejeter un dialogue avec Washington. « Il n’y aura pas de négociations avec les États-Unis« , avait lancé clairement en août l’ayatollah Khamenei.

afp , le 05/11/2018 à 8h49

https://www.la-croix.com/Monde/L-Iran-promet-contourner-fierement-sanctions-americaines-2018-11-05-1300980822?from_univers=lacroix

Nov 04

ENTRÉE EN VIGUEUR DEMAIN DE LA SECONDE SALVE DES SANCTIONS AMÉRICAINES CONTRE L’IRAN : TÉHÉRAN VOIT EN WASHINGTON LE SEUL «PERDANT»

Le guide suprême d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé hier que le président américain Donald Trump a «discrédité» son pays, rapporte l’APS. Comme il a indiqué que Washington serait l’ultime perdant dans le rétablissement des sanctions à l’encontre de Téhéran. «Ce nouveau président américain (…) a discrédité ce qui restait du prestige des États-Unis et de la démocratie.

Le pouvoir de contraindre des États-Unis, en utilisant leur puissance économique et militaire, est également en déclin», a déclaré l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter. Il a rejeté le rétablissement des sanctions américaines, notamment celles contre le secteur pétrolier iranien qui doivent entrer en vigueur demain. «La dispute entre les États-Unis et l’Iran dure depuis 40 ans, et les États-Unis ont beaucoup agi contre nous», a-t-il poursuivi en dénonçant «une guerre militaire, économique et médiatique». À son avis, «dans cette dispute, les perdants sont les États-Unis et le vainqueur est la République islamique».

Les États-Unis ont confirmé, vendredi, qu’ils rétabliraient demain toutes les sanctions levées dans le cadre de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, dont Donald Trump a décidé de retirer son pays. «Le président Donald Trump réimpose les sanctions les plus dures jamais adoptées», a annoncé la Maison-Blanche. Dans un communiqué, le président américain a expliqué que «l’objectif est de forcer le régime à faire un choix clair : soit abandonner son comportement destructeur, soit continuer sur le chemin du désastre économique».

Il s’agit de la deuxième phase des sanctions rétablies depuis le retrait des États-Unis de l’accord de Vienne. Ces sanctions visent les secteurs de l’énergie, notamment les exportations de pétrole iranien que Washington veut ramener aussi près de zéro que possible, ainsi que le secteur bancaire, la construction navale et le transport maritime, a indiqué le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo. Huit pays bénéficient toutefois de dérogations et seront autorisés temporairement à continuer d’importer du pétrole iranien, «mais uniquement car ils ont fait preuve d’efforts importants pour ramener leurs importations de brut vers zéro» et «ont coopéré» avec les États-Unis «sur de nombreux autres fronts», a-t-il soutenu sans nommer ces États. Néanmoins, des sources officielles américaines ont affirmé qu’il pourrait s’agir d’alliés de Washington comme le Japon, l’Inde ou la Corée du Sud. Des responsables irakiens ont annoncé que leur pays avait obtenu une dérogation. De son côté, la Turquie a dit faire partie des huit pays bénéficiant de cette dérogation à venir. Le ministre turc de l’Énergie a déclaré avoir été appelé par Mike Pompeo à ce propos. La Chine pourrait aussi figurer parmi les pays bénéficiaires de cette mesure.

Détermination

Pour prouver la fermeté des autorités américaines, le secrétaire d’État a relevé que la précédente administration de Barack Obama avait octroyé des dérogations à 20 pays.

En tout, 700 personnes ou entités vont être ajoutées à la liste noire américaine, a affirmé de son côté le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin. Les sanctions vont pénaliser les pays qui refuseraient d’arrêter d’importer le pétrole iranien et les compagnies qui continueraient de signer des contrats avec les entités iraniennes figurant sur la liste noire émise par les États-Unis. Sont concernés la Banque centrale iranienne mais aussi nombre d’institutions financières privées, ainsi que des ports ou des compagnies maritimes étatiques. Il a ajouté que les États-Unis souhaitent couper du circuit bancaire international Swift les institutions financières iraniennes frappées par des sanctions, sauf pour les «transactions humanitaires». Il a toutefois laissé entendre que certaines banques iraniennes seraient autorisées à rester connectées à Swift.

La première salve des sanctions américaines contre Téhéran a pris effet durant la première semaine d’août. Elles comprennent des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale. En mai, le président américain a retiré son pays de l’accord sur le nucléaire, signé par l’Iran et le Groupe 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France, Allemagne) en juillet 2015, à Vienne. Accord à travers lequel l’Iran s’est engagé à ne jamais chercher à se doter de l’arme atomique. En contrepartie, Téhéran a obtenu une levée progressive des sanctions économiques qui lui étaient imposées jusque-là.

Le président Trump a affirmé qu’il reste «ouvert» à un «accord plus global sur l’ensemble des activités néfastes» de l’Iran, «y compris son programme balistique et son soutien au terrorisme». Il a aussi exhorté les dirigeants iraniens à changer leur «attitude menaçante et déstabilisatrice» pour retourner «dans le giron de l’économie mondiale». Il a reproché à la République islamique son soutien au président syrien, Bachar Al Assad, aux rebelles houthis au Yémen, au Hamas à Ghaza et au Hezbollah libanais.

En septembre, Washington a répliqué par des menaces à l’initiative de l’Union européenne d’instaurer un système de troc avec l’Iran pour contourner les sanctions américaines. «Nous n’allons pas permettre que nos sanctions soient contournées par l’Europe ou qui que ce soit d’autre», a averti le secrétaire d’État américain à l’adresse de Bruxelles. Mike Pompeo a promis de suivre de près l’affaire. 

https://www.elwatan.com/edition/international/teheran-voit-en-washington-le-seul-perdant-04-11-2018

Nov 04

UN CROISEUR NUCLÉAIRE LANCE-MISSILES RUSSE ENTRE DANS LA MER DE BARENTS ALORS QUE L’OTAN Y ORGANISE DE VASTES EXERCICES MILITAIRES

MOSCOU, 3 novembre (Xinhua) — Le croiseur nucléaire lance-missiles russe Pierre le Grand, de la flotte du Nord de la marine russe, est entré dans la mer de Barents samedi pour « effectuer des missions d’entraînement au combat », a annoncé le ministère russe de la Défense dans un communiqué de presse.

L’équipage du croiseur effectuera des exercices de défenses anti-aérienne et anti-sous-marine, ainsi que des exercices d’entraînement au combat utilisant des armes pratiques, a-t-il ajouté.

Deux avions de lutte anti-sous-marine Tu-142 de la Russie ont patrouillé vendredi au-dessus des eaux neutres de la mer de Norvège pendant plus de 12 heures, et leurs vols ont respecté scrupuleusement le droit international, a annoncé samedi le ministère de la Défense dans un autre communiqué.

Plus tôt cette semaine, deux bombardiers stratégiques russes Tu-160 ont patrouillé au-dessus des eaux neutres de la mer de Barents et de la mer de Norvège pendant 10 heures.

La Russie fait l’étalage de sa force alors que l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN) organise du 25 octobre au 7 novembre les exercices baptisés « Trident Juncture 2018 » en Norvège et dans les eaux alentours, qui sont les plus importantes manœuvres menées par l’OTAN depuis la fin de la Guerre froide.

Ces exercices impliquent près de 50 000 soldats de 29 pays membres de l’OTAN et de leurs partenaires de Suède et de Finlande, ainsi que près de 250 avions, 65 navires et près de 10 000 véhicules.

Publié le 2018-11-04 à 07:08

http://french.xinhuanet.com/2018-11/04/c_137579939.htm

Nov 04

VERS UN RACHAT DE TERRES AGRICOLES PAR EDF PRÈS DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE BELLEVILLE ?

D’après le réseau Sortir du nucléaire, la centrale de Belleville-sur-Loire, dans le Cher, s’apprêterait à acquérir 140 hectares de terres agricoles, mais pour y faire quoi ? L’association dénonce un manque de transparence de la part d’EDF.

Dans le Cher, le réseau sortir du nucléaire s’inquiète des projets d’agrandissement de la centrale de Belleville-sur-Loire, dans le Cher. Selon l’association, EDF s’apprêterait à acquérir 140 hectares de terrains agricoles, juste à côté de la centrale. Officiellement l’opérateur entendrait – selon l’association – y « réaliser des projets permettant la production d’électricité décarbonée », c’est-à-dire plus verte, comme l’exige la loi. Mais d’après Sortir du Nucléaire, EDF pourrait chercher en réalité à construire de nouveaux réacteurs.

140 hectares près de Belleville-sur-Loire

Catherine Fumé, du réseau sortir du nucléaire dans le Cher l’a appris en lisant la presse, EDF chercherait à acquérir 140 hectares de terres agricoles près de la centrale de Belleville : « On nous avait dit qu’il y avait une quarantaine d’hectares qui étaient rachetés au Printemps, et là on apprend avec la commission locale d’information qui a eu lieu la semaine dernière, qu’il y a 140 hectares de terres agricoles qui sont en cours de rachat ».

D’autres rachats en cours dans la région ?

Il n’y a pas qu’à Belleville, selon l’association, dans la région, EDF envisagerait aussi d’acheter 116 hectares près de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le Loir et Cher, et 120 hectares près de la centrale de Chinon. Pour quoi faire ? C’est toute la question. D’après l’association, EDF pourrait chercher à prolonger la vie des centrales existantes en installant des réacteurs dernière génération, comme des EPR.  

L’association réclame davantage de transparence

« Cela nous questionne quand même, parce qu’il y a des choses qu’on peut changer dans les centrales, mais il y a des choses gravissimes qu’on ne peut pas changer, comme les cuves et les enceintes de confinement qui sont très importantes en matière de sûreté ». Sortir du nucléaire a saisi la SAFER, l’organisme qui gère le foncier agricole pour lui demander des explications, mais l’association dit avoir le plus grand mal à obtenir des réponses.

« Quand on demande à EDF ce qu’il veut faire avec ces terrains… c’est flou« 

« Qu’on nous dise clairement ce vers quoi EDF se destine, et pourquoi il acquiert partout en même temps des terrains autour de ces installations ! » L’association redoute aussi qu’à Belleville soit implanté sur ces terrains un projet de piscine nucléaire géante, pour accueillir le combustible usé, projet « qualifié d’absurde et de dangereux ».

À lire Selon Reporterre, Belleville-sur-Loire pourrait accueillir une piscine géante de stockage de déchets très radioactifs

L’info en plus

Précisons que dans 15 jours, à mi-novembre, le gouvernement doit annoncer les grandes orientations pour les centrales nucléaires pour les 10 ans à venir dans le cadre de la future PPE, programmation pluriannuelle de l’énergie. En théorie dans la dernière loi de transition énergétique, la production d’électricité nucléaire en France doit être amenée à 50% dans les 10 ans, en privilégiant les énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, solaire thermique, géothermie, biomasse, hydroélectricité…).

Par Jonathan Landais, France Bleu Berry le samedi 3 novembre 2018 à 18:07 

https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/vers-un-rachat-de-terres-agricoles-pres-de-la-centrale-nucleaire-de-belleville-1541009676

Nov 03

TRUMP EXPLIQUE CE QU’IL ATTEND D’UN NOUVEL ACCORD AVEC L’IRAN

Les États-Unis sont prêts à conclure un nouvel accord avec l’Iran qui lui interdirait pour toujours d’obtenir des armes nucléaires et empêchera ses actions malveillantes, a annoncé Donald Trump.

Dans une déclaration publiée sur le site de la Maison-Blanche, Donald Trump s’est dit prêt à conclure un nouvel accord avec l’Iran qui lui interdirait d’accéder à l’arme nucléaire et empêcherait ses actions malveillantes.

«Les États-Unis restent prêts à conclure un nouvel accord plus global avec l’Iran, qui bloquera à jamais son accès à l’arme nucléaire et mettra fin à toutes ses actions malveillantes», a fait savoir le Président américain.

Donald Trump a rappelé que le lundi 5 novembre marquerait la fin de la participation des États-Unis à l’accord nucléaire iranien et que la dernière série de sanctions levée précédemment rentrerait en vigueur.

«Notre objectif est de forcer le régime à faire un choix clair: abandonner son comportement destructeur ou continuer sur la voie d’un désastre économique», a menacé Donald Trump.

Il a ajouté que les États-Unis comptaient sur la coopération de leurs alliés et partenaires dans cet effort.

En mai dernier, les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’accord de Vienne sur le dossier du nucléaire iranien conclu en 2015, avant de rétablir une première série de sanctions contre Téhéran en août. De nouvelles sanctions ciblant le secteur pétrolier iranien doivent être introduites le 5 novembre.

Les pays membres de l’Union européenne, tout comme la Russie et la Chine, ont pour leur part indiqué vouloir préserver l’accord de Vienne. Les États signataires du document sont ainsi convenus de poursuivre leurs efforts pour maintenir les échanges commerciaux avec Téhéran malgré le rétablissement des sanctions américaines.

https://fr.sputniknews.com/international/201811031038750481-trump-accord-iran-objectif/

Nov 03

LA MENACE NUCLÉAIRE REVIENT EN FORCE

Décidément, rien n’arrête M. Trump et les États-Unis dans leur chantier de démolition de ce qu’il reste de l’ordre multilatéral. 

Après le trait de plume biffant l’accord sur le climat, la poubelle ouverte pour y jeter l’accord sur le nucléaire iranien, le chiffonnage du traité antimissile balistique (ABM), voici que le président des États-Unis a annoncé dans un meeting électoral, le 20 octobre dernier, la mise à mort du traité américano-soviétique de 1987 sur les arsenaux nucléaires terrestres de portée intermédiaire. Ce traité, d’une cruciale importance, signé entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan, interdisait aux deux grandes puissances qu’ils dirigeaient de tester, produire et déployer des missiles sol-sol, balistiques et de croisière de portée allant de 500 à 5 000 kilomètres. Il était adopté au terme d’un puissant mouvement en Europe, et particulièrement en France, animé par le « Mouvement de la paix » et l’« Appel des cent » sous l’impulsion de Georges Séguy, derrière le mot d’ordre « Ni Pershing ni SS 20 », du nom des missiles américain et soviétique.

Depuis, le nombre de ces engins de mort a été réduit de 75 000 à 16 000. La France, qui n’était pas signataire de ce texte, a, depuis, démantelé la composante terrestre de son arsenal nucléaire et deux de ses six sous-marins lanceurs d’engins. Dans le prolongement de cet accord, quarante ans plus tard, l’Organisation des Nations unies a ouvert à signature un nouveau traité d’interdiction des armes nucléaires (Tian), le 7 juillet 2017. Malheureusement, les autorités françaises, une fois encore, n’en sont toujours pas signataires.

C’est dans un contexte de crise du capitalisme qui annonce de nouveaux krachs boursiers, où Proche- et Moyen-Orient connaissent les guerres, où les États-Unis et l’Occident en général perdent leur « leadership » mondial au profit de nouvelles grandes nations, de la Chine à l’Inde, de l’Indonésie à l’Afrique du Sud ou au Brésil, et que nul ne sait comment finira la guerre économique engagée contre la Chine, que les dirigeants nord-américains prennent une décision, potentiellement ravageuse pour le monde, notamment pour le continent européen. L’Europe deviendrait le champ de bataille nucléaire de puissances extérieures. Face à une telle menace, les peuples européens doivent se parler, faire entendre ensemble leur voix sans tarder, en lien avec les forces de paix, les forces progressistes des États-Unis, de Russie, de Chine et d’ailleurs. Les institutions européennes doivent sortir de leur silence et chercher les moyens et les alliés permettant de stopper cette stratégie irresponsable et macabre. Certes, la Russie est visée par l’initiative américaine, mais plus encore la Chine, comme on a pu l’observer à l’écoute de plusieurs interventions de dirigeants des États-Unis, dont celle du vice-président impulsant cet inquiétant tournant vers une deuxième guerre qui ne serait pas que froide, si on se réfère à cette déclaration de M. Trump : « À quoi cela sert d’avoir des armes nucléaires pour ne pas s’en servir ? » On ne peut qu’en avoir froid dans le dos !

Le combat pour la paix et pour le désarmement se doit donc de prendre une vigueur nouvelle. Exercer une forte pression sur les parlementaires de la majorité et sur le président lui-même en est une des dimensions. Il faut, en effet, obtenir que la France prenne des initiatives diplomatiques pour que l’Union européenne, et au-delà, pèse en faveur d’un multilatéralisme adapté aux conditions de nos temps incertains, mais aussi un nouveau type de coopérations visant la préservation des biens communs de l’humanité, une sécurité de vie pour chaque être humain et le progrès social. Parmi celles-ci, ne pourrait-on envisager une conférence paneuropéenne de sécurité et de coopération, ouverte aux États de tout le continent, associant les représentants des peuples et les mouvements engagés pour la paix ?

L’éditorial de Patrick Le Hyaric

https://www.humanite.fr/la-menace-nucleaire-revient-en-force-662959

Nov 03

DÉBILITANT EN MATIÈRE NUCLÉAIRE

Trump a récemment annoncé que les États-Unis avaient l’intention de se retirer du traité FNI (Forces Nucléaires à portée intermédiaire), l’accord de destruction de cette catégorie d’armements conclu en décembre 1987 les États-Unis et l’URSS qui a permis de limiter la folie nucléaire en rendant les attaques nucléaires surprises moins probables.

Il en a fait l’annonce de façon désinvolte alors qu’il montait à bord d’un hélicoptère. C’est compréhensible. Moi aussi, j’aime faire des déclarations importantes en montant sur une bicyclette, pour y ajouter un caractère dramatique.

Bolton, le gars de la sécurité nationale de Trump, s’est rendu à Moscou pour en discuter. Là, il a rencontré divers personnages locaux – Lavrov, le ministre des Affaires étrangères ; Choïgou, le ministre de la Défense – qui lui ont montré les différentes curiosités locales – le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Défense, puis ils se sont tous promenés sur la route en brique jaune pour aller voir le magicien au Kremlin.

Poutine s’est détendu récemment, avec même une pointe d’humour. Assis en face de Bolton, les micros allumés et les caméras en marche, il a levé les yeux vers le plafond et a improvisé : «Les armoiries américaines représentent un aigle qui tient 13 flèches dans une griffe et une branche d’olivier avec 13 olives dans l’autreAlors, où sont les olives ? L’aigle les a-t-il toutes mangées ? ». Poutine s’en est-il inquiété de façon fantasque ? Bolton, lui, a peut-être voulu se vanter que, malheureusement, l’aigle avait aussi mangé toutes les flèches (d’où le trou mystérieux de 21 000 milliards de dollars dans le budget de la défense américaine), mais il a vite réalisé que Trump pourrait en entendre parler, se mettre en colère et le virer pour ça. Alors il s’est mordu la langue. Le teint habituellement rosé de Bolton n’a pas permis de savoir s’il rougissait ou non. Voler à l’autre bout du monde pour voir ridiculiser votre emblème national est en effet un événement digne de faire rougir un représentant du gouvernement, mais avec Bolton, nous ne savons tout simplement pas s’il est un alcoolique à indice d’octane élevé, si son tempérament le rend naturellement apoplectique, s’il est juste embarrassé en permanence d’être John Bolton (je sais, je le serais aussi à sa place) ou tout ce qui précède en même temps. Je ne serais pas surpris si son pseudo des services secrets était “Mr.Pink”.

On ne sait pas si Bolton est capable ou non d’embarras, mais on sait qu’il est capable d’être profondément confus, probablement parce qu’il est âgé. Il a déclaré que les Chinois violaient le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire et a demandé à la Fédération de Russie de faire quelque chose à ce sujet. Les Russes ont dû lui expliquer patiemment que si les relations entre les Russes et le peuple frère chinois sont meilleures que jamais, la République populaire de Chine ne fait pas partie de la Fédération de Russie et qu’il devrait prendre des dispositions distinctes pour discuter directement avec les Chinois de leur non-respect d’un traité auquel ils ne sont pas liés. D’ailleurs, son point de confusion date vraiment : la dernière fois que la Russie et la Chine ont été unifiées, c’était dans les années 1360, sous les Khans mongols. Peut-être qu’il s’envolera ensuite pour la Chine, dans le cadre d’une tournée du type “Eh mec, il est où mon Empire ?” Bien sûr, ramenons l’Empire mongol et mettons la Chine sous le parapluie nucléaire de la Russie. N’est-ce pas ce que tu veux, John ?

Poutine a également annoncé en public qu’il aimerait avoir une conversation approfondie avec Bolton concernant la maîtrise des armements nucléaires, sujet sur lequel Bolton est censé être un expert. J’interpréterais cela comme signifiant que Poutine voulait expliquer à Bolton, pour sa bonne compréhension personnelle, je suppose, certaines choses qu’il ne comprend clairement pas, nonobstant son « expertise ». Plus précisément, comment les déploiements d’armes nucléaires intermédiaires et à courte portée ont-ils fonctionné pour les États-Unis dans le passé ? Quelqu’un se souvient-il de ce qui s’est passé après que les États-Unis ont essayé d’en mettre en Turquie ? C’est vrai, la crise des missiles de Cuba, avec pour résultat que les États-Unis ont dû retirer leurs lanceurs de Turquie. Et comment cela s’est-il passé après que les États-Unis ont décidé de mettre des missiles Pershing II en Europe ? C’est vrai, la signature du traité que Trump vient de décider de commencer à violer, après de grandes manifestations en Europe et aux États-Unis. L’URSS n’a même pas eu besoin d’aller à Cuba pour contrer cette menace. Alors, quelle sorte de logique boltonienne à tête floue pourrait persuader quelqu’un que « cette fois-ci, ce serait différent » ?

Il existe un moyen très simple de préjuger de l’issue d’un conflit dans les relations internationales – ou d’une bagarre naissante à l’extérieur d’un bar, tard dans la nuit, le week-end : observer l’attitude des participants. Si l’une des parties est détendue et se tient calmement debout et l’autre tendue, hurlant et sautant, vous savez déjà à peu près qui va gagner et qui va perdre. Poutine et son équipe ont agi de façon assez détendue et confiante ces derniers temps, tandis que Trump et son équipe sont dans un état de surexcitation nerveuse.

Pour être absolument sûr que je n’invente pas cela, s’il vous plaît regarder en entier les deux heures et demie de discours de Poutine à la 15e conférence annuelle du Club Valdaï ainsi que l’un de ses 14 précédents. Dans le passé, il était beaucoup plus concentré et intense. Cette année, il était à l’aise, improvisant au sujet du hockey et s’inquiétant du fait qu’il devait bientôt s’envoler pour un autre rassemblement international interminable. De toute évidence, il n’a pas l’impression d’avoir beaucoup de soucis à se faire à l’approche de sa retraite en 2024, après près d’un quart de siècle à la barre nationale. Alors il laissera probablement un gentil gars nommé Dmitry prendre la relève, avec un minimum de drame.

Au terme de son dernier mandat, il peut presque entièrement se reposer sur ses lauriers. L’armée russe a été réarmée et testée au combat en Syrie, liquidant quelque 85 000 terroristes sur une période de trois ans. Les nouveaux systèmes d’armes russes, certains déjà déployés, d’autres en production, feront en sorte que les Américains ne rêveront plus jamais de lancer une première frappe nucléaire. Sous sa direction, l’économie russe a doublé à plusieurs reprises, a survécu aux sanctions occidentales et se développe régulièrement sur une nouvelle voie, un peu plus autarcique, avec ses nouveaux partenaires commerciaux, beaucoup plus amicaux. Le Trésor russe regorge de lingots d’or, il n’est pas grevé par la dette et le budget fédéral est en excédent. Les réserves d’énergie ne cessent de croître et le secteur des exportations agricoles établit de nouveaux records. Toutes les tentatives américaines d’isolement international de la Russie sont, comme Obama aurait pu le dire, « en lambeaux ». Le gouvernement russe s’affaire à mettre en œuvre les ordres spécifiques de Poutine pour augmenter l’espérance de vie et le niveau de vie des Russes ordinaires. Alors, pourquoi s’inquiéter ?

Trump, par contre, a de quoi s’inquiéter. Il mène des batailles commerciales avec la moitié du monde. Son gouvernement se noie dans la dette tout en faisant de son mieux pour ignorer la question des passifs futurs non capitalisés. Wall Street est à deux doigts d’anéantir tout ce que Trump pourrait prétendre avoir accompli en tant que président. Ses « alliés démocratiques », les Saoudiens, sont en train de découper des gens vivants dans leurs ambassades alors qu’il s’inquiète des ventes d’armes perdues et de la perte de quelque 1 000 milliards de dollars d’argent saoudien investi aux États-Unis. Son propre pays est en état de guerre civile froide qui pourrait facilement devenir chaude. Ses anciens alliés – la Turquie, l’Allemagne, la Corée du Sud, le Japon – rêvent de gazoducs russes ou attendent avec impatience que l’un d’eux soit achevé. (Le Japon est un cas particulièrement intéressant : sa dépendance à l’énergie nucléaire est presque terminée, et pour rester industrialisé, il aura besoin de gaz russe devant être livré via la Corée du Nord et la Corée du Sud.) L’armée américaine est équipée d’armes obsolètes et impuissantes (Tomahawks, Patriots, flotte de porte-avions) ou nouvelles mais inutilisables (F-35), subit une épidémie de suicides militaires et une pénurie de recrues suffisamment aptes à servir.

En ce qui concerne Poutine, l’armée américaine n’est même plus une menace, à tel point qu’elle ne peut plus opérer dans aucun espace aérien où des armes russes sont déployées. Oui, la probabilité que les États-Unis deviennent des « débilitants nucléaires » et attaquent la Russie n’est toujours pas nulle, mais à la conférence de Valdaï, Poutine a semblé détendu à ce sujet. Il a dit : « В случае чего мы попадём в рай, как мученики, они просто сдохнут, потому что они даже раскаяться не успеют »(« Dans le pire des cas, nous irons au ciel en martyrs, et ils mourront simplement [comme des chiens], parce qu’ils n’auront même pas le temps de se repentir. »). Je ne veux pas m’en prendre aux chiens, mais le russe a plusieurs mots pour « mourir » et celui que Poutine a utilisé en référence aux Américains (qui d’autre pourrait penser à attaquer la Russie ?) ne s’applique pas aux humains. Remarquez la supériorité morale inattaquable de cette position. La Russie ne menacera ni n’attaquera personne. Elle se contentera de rester les bras croisés regardant les États-Unis s’autodétruire sans rien faire de provocateur. Tout ce que la Russie a à faire, c’est de s’occuper de ses propres affaires intérieures et de continuer à agir comme un partenaire international fiable.

John Bolton et son maître Donald Trump ne peuvent prétendre à aucune supériorité morale. Leur principale préoccupation est que les anciens traités les empêchent d’être suffisamment bellicistes pour forcer les pays du monde entier à leur prêter encore plus d’argent. Leur inquiétude semble déplacée ; quelle partie de« mourir comme des chiens » ne comprennent-ils pas ? Compte tenu de leur manque de compréhension, leur position est tout simplement embarrassante. Étant donné le teint et la physionomie de Bolton – celle d’une pomme de terre roussâtre légèrement gelée sur laquelle un clown aurait collé une moustache – il est physiologiquement incapable d’exprimer sa gêne, alors peut-être a-t-il besoin d’un petit drapeau blanc à agiter ou d’un autocollant pour son front. Quoi qu’il en soit, souhaitons-lui bonne chance dans sa tentative, à la fois chimérique et courageuse, de reconstituer l’empire mongol.

Publié le samedi 03 novembre 2018, Club Orlov, – traduction du Sakerfrancophone.) sur : http://www.dedefensa.org/article/debilitant-en-matiere-nucleaire

Nov 03

LE NUMÉRO UN IRANIEN S’EN PREND À TRUMP AVANT DE NOUVELLES SANCTIONS

À deux jours de l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions américaines, le guide suprême d’Iran Ali Khamenei a accusé samedi le président Donald Trump d’avoir « discrédité » les États-Unis qui selon lui seront les ultimes perdants de cette politique.

Six mois après avoir claqué la porte de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, les États-Unis ont confirmé qu’ils rétabliraient lundi leurs sanctions les plus draconiennes contre Téhéran, visant le pétrole et les banques.

Adoptant une politique hostile à l’Iran depuis son accession au pouvoir, M. Trump, pour qui cet accord nucléaire est mauvais, avait fait imposer en août dernier une première série de sanctions économiques contre Téhéran.

L’Union européenne, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, signataires avec la Chine et la Russie de l’accord censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, ont dit regretter la décision américaine. Toutes ses sanctions avaient été levées dans le cadre de l’accord nucléaire.

« Ce nouveau président américain (…) a discrédité ce qui restait du prestige des États-Unis et de la démocratie« , a dit l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter. « Le pouvoir de contraindre des États-Unis, en utilisant leur puissance économique et militaire est également en déclin« , a-t-il ajouté.

Premier personnage de l’État iranien et ultime décideur dans les dossiers sensibles, l’ayatollah Khamenei a rejeté les sanctions américaines.

« La dispute entre les États-Unis et l’Iran dure depuis 40 ans, et les États-Unis ont agi beaucoup contre nous« , a-t-il souligné en dénonçant « une guerre militaire, économique et médiatique« .

– « Faire un choix » –

Selon le guide iranien, « dans cette dispute, les perdants sont les États-Unis et le vainqueur est la République islamique« .

Les États-Unis sont l’ennemi juré de la République islamique d’Iran et les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues depuis 1980.

Le président iranien Hassan Rohani, artisan de l’accord nucléaire, avait entamé un très timide rapprochement avec l’administration américaine de Barack Obama avec la signature du texte historique qui avait alors mis fin à des années d’isolement de l’Iran.

Mais l’élection de M. Trump, qui dès sa campagne électorale Donald Trump a été l’un des principaux détracteurs de l’Iran et de l’accord nucléaire, a changé la donne.

« Le président Donald Trump réimpose les sanctions les plus dures jamais adoptées » pour faire plier l’Iran, a annoncé vendredi la Maison Blanche. M. Trump a expliqué que « l’objectif est de forcer le régime (iranien) à faire un choix clair: soit abandonner son comportement destructeur soit continuer sur le chemin du désastre économique« .

Les nouvelles sanctions prévoient de sanctionner, en leur barrant l’accès au marché américain, tous les pays ou entreprises qui continueront d’acheter du pétrole iranien ou d’échanger avec les banques de la République islamique.

« L’objectif est de priver le régime des revenus qu’il utilise pour semer la mort et la destruction à travers le monde« , a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, alors que les États-Unis cherchent à stopper le programme balistique de l’Iran ainsi que son influence au Moyen-Orient.

– « Nouvel accord » ? –

Huit pays seront toutefois autorisés à continuer d’acheter du pétrole iranien pendant au moins six mois supplémentaires. La liste de ces pays sera connue lundi.

En outre, le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a affirmé que 700 noms seraient ajoutés à la liste noire américaine, soit 300 de plus que ceux qui en avaient été retirés après 2015.

Il a aussi dit que les États-Unis souhaitaient couper les établissements financiers iraniens frappés par des sanctions du circuit bancaire international Swift, un maillon essentiel du système financier.

Malgré l’animosité, M. Trump répète qu’il est prêt à rencontrer les dirigeants iraniens pour négocier un accord global sur la base de 12 conditions américaines: des restrictions beaucoup plus fermes et durables sur le nucléaire, mais également la fin de la prolifération de missiles et des activités jugées « déstabilisatrices » de Téhéran au Moyen-Orient (Syrie, Yémen, Liban…).

« Nous restons prêts à parvenir à un nouvel accord, plus complet avec l’Iran« , a assuré de nouveau M. Trump vendredi.

Mais les Iraniens avaient déjà dit rejeter un dialogue avec Washington. « Il n’y aura pas de négociations avec les États-Unis« , avait lancé clairement en août l’ayatollah Khamenei.

afp , le 03/11/2018 à 12h40

https://www.la-croix.com/Monde/Le-numero-iranien-prend-Trump-nouvelles-sanctions-2018-11-03-1300980552?from_univers=lacroix

Nov 03

MINISTRE BELGE : « ON NE SORT PAS INDEMNE DE LA VISITE D’HIROSHIMA »

Le ministre belge des Affaires étrangères a visité le Mémorial pour la Paix à Hiroshima. Didier Reynders a assuré les autorités japonaises du rôle de la Belgique dans la non-prolifération nucléaire.

Ogura Keiko avait huit ans lorsque « Little Boy » fut larguée sur sa ville le 6 août 1945. Hiroshima. En un instant, la bombe atomique souffla plus de 75.000 vies. Plus tard, leur nombre atteindra 220.000. Ogura Keiko se trouvait à la limite de l’épicentre et a survécu.

Aujourd’hui âgée de 81 ans, elle est une « hibakusha« , une rescapée. L’une des dernières. Elle a partagé le récit de son expérience avec le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), mercredi, lors d’une visite du Mémorial pour la Paix à Hiroshima. « Après l’explosion, les gens venaient vers ma maison pour nous demander de l’eau, je me demandais ce que portaient certains, replié autour de leurs bras. C’était leur peau« , lui a-t-elle raconté.

« Ce qui m’a frappé dans son témoignage, c’est la discrimination qu’elle a subie, les victimes ont été traitées comme des parias durant de nombreuses années », explique Didier Reynders. Très ému, le ministre s’est attardé dans un parc aménagé à l’épicentre de l’explosion. Au milieu de milliers d’écoliers venus accomplir le devoir de mémoire. « On ne sort pas indemne de la visite d’Hiroshima », dit-il.

Seul témoin de la catastrophe, le dôme de Genbaku, un bâtiment laissé tel quel depuis l’explosion, dédié aux enfants massacrés par l’arme ultime. Il est parfaitement en ligne avec une statue et une flamme qui ne s’éteindra que lorsque les armes nucléaires auront disparu. « Cet alignement est épuré, mais il m’a impressionné », ajoute-t-il.

Didier Reynders s’est entretenu avec le maire d’Hiroshima Katsumi Mastui. Le ministre a renouvelé l’engagement de la Belgique à œuvrer dans un cadre multilatéral pour mettre fin aux essais nucléaires et à la prolifération des armes atomiques.

Pour la première fois dans son histoire, la Belgique occupe deux postes stratégiques qui lui permettront de jouer un rôle déterminant dans la non-prolifération.

Ce qui m’a frappé dans son témoignage, c’est la discrimination qu’elle a subie, les victimes ont été traitées comme des parias durant de nombreuses années. Didier Reynders

La Belgique en première ligne

Notre pays a succédé au Japon comme coordinateur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN). « Nous entendons jouer un rôle dans le cadre du processus de désarmement de la Corée du Nord. Les Japonais étaient très intéressés d’échanger avec nous sur l’avenir des relations avec le régime de Kim Jong-un », explique un diplomate.

Pour Didier Reynders, l’adhésion de la Corée du Nord au TICEN sera « une étape cruciale » dans la désescalade. Les ralliements à la convention ont progressé ces derniers temps avec la signature de tous les pays du sud-est asiatique.

En janvier, la Belgique occupera un siège au Conseil de sécurité de l’Onu. Une position privilégiée où elle entend aussi peser sur le processus en cours avec la Corée du Nord.

Le Japon, aux premières loges en cas de conflit dans la péninsule coréenne, suit les pourparlers avec scepticisme. « Malgré les sommets qui se multiplient entre les deux Corées et la rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump, les Japonais ne croient pas en une désescalade avec la Corée du Nord », dit une source.

Petit bémol, la Belgique n’est toujours pas signataire du Traité d’interdiction des armes atomiques promu par la Campagne internationale d’interdiction des armes nucléaires (ICAN). Didier Reynders rappelle qu’aucune grande nation nucléarisée n’est signataire et que la Belgique doit répondre aux exigences liées à sa participation à l’Otan.

La visite du ministre des Affaires étrangères au Japon, d’une durée de quatre jours, avait un important volet politique. Didier Reynders a été reçu par le prince héritier Naruhito, un privilège pour un ministre justifié par les relations anciennes et profondes entre les familles royales des deux pays. En octobre prochain, le prince montera sur le trône impérial. Le ministre a également rencontré son homologue japonais Taro Kono.

Vincent Georis, Journaliste , le 2 novembre 2018

https://www.lecho.be/economie-politique/international/asie/on-ne-sort-pas-indemne-de-la-visite-d-hiroshima/10065425.html

Nov 02

POURQUOI LES ACCIDENTS ET MALADIES PROFESSIONNELLES SONT DE MOINS EN MOINS RECONNUS ?

Nous avons analysé le rapport pour l’année 2017 de l’exposition professionnelle aux rayonnements ionisants en France faite par l’IRSN. Nous avons une pensée émue pour nos collègues décédés et toutes celles et ceux qui luttent contre la maladie aujourd’hui …Patrice , Christian , Dominique, Mathieu , Valérie… Revenons à nos moutons, certains résultats de ce rapport nous surprennent, nous interrogent, nous indignent !

Par exemple :

Alors, 12% d’examen positif dont 90% dans l’industrie nucléaire ! Combien de déclaration d’Accident du Travail d’après-vous ? Est-ce que ces contaminations internes (à faible dose) développeront ou pas dans le temps, des pathologies lourdes pour nos collègues ? Qui les prendra en charge demain, lorsque l’on supprime dans le même temps les cotisations sociales ? Servons nous prioritairement parallèlement de variable économique et en même temps, de cobayes ? Quand sera mis à jour ce Tableau N° 6 des Maladies Professionnelles ( qui date de 1984 / 13 cancers reconnus) ? Quand sera-t-il complété des 18 cancers avérés pour les victimes des essais militaires ? À qui profite tout bonnement cette prétendue modernisation évolution de l’organisation du travail ? L’escroquerie de cette  « (dés)organisation » du travail et de la santé au travail réside logiquement sur : « Car si mourir est  scandaleux, il est plus scandaleux encore que les traces des morts dégénèrent, en mort des traces. » Louis-Vincent Thomas 1991.

Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre…

La controverse sur les effets des faibles doses de rayonnements est entrée dans le débat public avec trois événements qui marquent l’émergence d’une mise en question du modèle de référence des effets sanitaires des rayonnements ionisants. Le premier est l’emprisonnement, en 1999, de Youri Bendazhevsky pour « atteinte à la sûreté de l’État », alors qu’il étudiait les effets multiples, sur la santé d’enfants biélorusses, de la contamination radioactive due à l’accident nucléaire de Tchernobyl. Le deuxième événement est l’émergence du mouvement social des vétérans des essais nucléaires, qui a mis en évidence et en débat – notamment devant la justice – les conséquences sanitaires des retombées radioactives de ces essais. Enfin, à l’initiative d’un groupe parlementaire européen, un Comité Européen sur le Risque d’Irradiation (CERI) réunit des scientifiques indépendants de l’industrie et des instances nationales et internationales concernant l’énergie atomique et ses risques. Les travaux du CERI ont l’intérêt d’élargir la discussion, mettant notamment en évidence le déficit de travaux scientifiques concernant l’irradiation interne. (Source)

Les seuils utilisés pour la surveillance de l’exposition interne (Page 100/124)

La limite de détection (LD) est la plus petite valeur détectable avec une incertitude acceptable, dans les conditions expérimentales décrites par la méthode de mesure. La LD est l’un des critères de performance des mesures radio toxicologiques et anthropométriques. Il apparaît que, pour une analyse donnée, les LD diffèrent parfois de plusieurs ordres de grandeur d’un laboratoire à l’autre. Les programmes de surveillance et les protocoles de mesure ne font pas à l’heure actuelle l’objet de procédures standardisées entre les laboratoires.

Dans les bilans statistiques présentés dans ce rapport, sont précisés les nombres d’examens considérés comme positifs, c’est-à-dire ceux dont le résultat est supérieur à la limite d’interprétation opérationnelle ou, à défaut, supérieur à la LD. Dans le cas où la mesure dépasse la limite d’interprétation opérationnelle (à défaut, la LD), le médecin du travail a la responsabilité de réaliser ou non une estimation dosimétrique. Deux niveaux de référence sont définis par la norme ISO 20553 [18] comme étant les valeurs des quantités au-dessus desquelles une action particulière doit être engagée ou une décision doit être prise : le niveau d’enregistrement et le niveau d’investigation…

SURVEILLANCE DE L’EXPOSITION INTERNE DANS LES ACTIVITÉS SOUMISES À AUTORISATION OU À DÉCLARATION (Page 95/124)

Pour les travailleurs en INB, la surveillance de chantier et la surveillance de contrôle sont considérées comme des cas particuliers de la surveillance de routine. Concernant la surveillance spéciale, la mesure vise davantage, dans la grande majorité des cas, à s’assurer de l’absence de contamination chez le travailleur qu’à calculer une dose interne. Le cas échéant, le calcul de la dose engagée est réalisé sous la responsabilité du médecin du travail, selon les recommandations de la Société Française de Médecine du Travail.

Résultats de la surveillance de l’exposition interne (page 108/124)

L’envoi des résultats est devenu effectif pour la plupart des laboratoires au cours de l’année 2010 et depuis 2011, l’ensemble des organismes agréés transmet régulièrement des fichiers à SISERI.

Toutefois, la transmission des données se fait encore trop souvent en dehors des délais prévus par la réglementation, malgré les actions entreprises par l’IRSN auprès des organismes concernés.

Comment progresse le renseignement par les employeurs des activités des travailleurs ? (page 109/124)

Entre mai 2015 et mars 2018, le taux de renseignement des activités pour les travailleurs ayant bénéficié d’une surveillance dosimétrique a progressé de 17 % à 53 % (figure ci-dessous) ; ce qui reste encore très éloigné des objectifs fixés par l’arrêté de 2013 qui visait un renseignement total au 1er Juillet 2016…

Bonne lecture : Bilan 2017 de l’exposition professionnelle aux rayonnements ionisants en France

Publié par mazonecontrolee le 2 novembre 2018

http://www.ma-zone-controlee.com/pourquoi-les-accidents-et-maladies-professionnelles-sont-de-moins-en-moins-reconnus/

Nov 02

LANCEMENT DE LA 2ÈME MARCHE MONDIALE POUR LA PAIX ET LA NON-VIOLENCE AU 2ÈME FORUM MONDIAL DES VILLES DE PAIX À MADRID

Le 7 novembre, entre 18h et 20h, dans l’Auditorium de la Casa del Reloj du Centro Cultural del Matadero à Madrid aura lieu le lancement de la 2ème Marche Mondiale, qui se déroulera entre le 2 octobre 2019, Journée internationale de la Non-violence, et le 8 mars 2020, Journée internationale de la femme.

La 2ème Marche mondiale aura lieu 10 ans après la réalisation de la 1ère Marche mondiale, qui a parcouru 97 pays des 5 continents. Dans cette nouvelle version, la marche commencera et se terminera à Madrid, après d’avoir fait le tour de la planète pendant 159 jours. Elle partira vers le sud de l’Espagne, en passant par l’Afrique, l’Amérique, l’Océanie, l’Asie et l’Europe, et devrait traverser plus de 100 pays.

Dans l’événement, les orateurs invités donneront les informations de base de cette 2ème MM sur les thèmes centraux qui seront développés lors du parcours :

Lancement international de la campagne « Les villes soutiennent le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires -TPAN ». Beatrice Fihn ICAN Prix Nobel de la Paix 2017.

– Refondation de l’Organisation des Nations Unies. Federico Mayor Zaragoza. Fundación Cultura de Paz.

– 100 ans de féminisme pacifiste. Carmen Magallón. Présidente de WILPF España.

– Le rôle des armées au XXIe siècle. Conf. Int. Costa Rica. Julio Rodríguez, ExJEMAD.

– Réseau international de parlementaires à l’appui du TPAN. Député Pedro Arrojo.

– La culture de la non-violence: Alberto Amman. Acteur

– Municipalisme et Paix. Antonio Zurita. Ciudadanía Global.

– Le TPAN et la Marche Mondiale. Carlos Umaña. Coordinateur Latinoamérique ICAN

– Méditerranée Mer de Paix. Tiziana Volta. Monde Sans Guerre

– Processus de pacification. David Nassar. Colombie

– Jumelage d’enfants. Sabina Colona-Preti e Isabel Bueno. Pequeñas Huellas y C.P: Nuñez de Arenas.

– Le terme « non-violence ». Montserrat Prieto. Monde Sans Guerre et Sans Violence, MSGSV

– Itinéraires et confluences 2MM. Martine Sicard. Coordinatrice internationale MSGySV

– Équipe de Base 2MM. Luis Silva. Conseiller municipal

– Marches d’Amérique centrale et du Sud. Sonia Venegas. Ecuador

– Symboles Humains. Jesús Arguedas y Charo Lominchar. E.P. de Madrid 2ème MM

– La 2ème Marche Mondiale, nouvelle tentative. Rafael de la Rubia. Coordination 2ème MM

La maire de Madrid, Manuela Carmena et la maire de Barcelone, Ada Colau, sont invitées à l’événement.

L’un des objectifs de plus en plus forts de cette 2ème MM est de faire en sorte que l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, promu par 122 pays au sein des Nations Unies, puisse être réalisée dans les conditions prévues.

En raison des conditions de participation de l’organisation, il est nécessaire de s’inscrire sur le site web http://www.ciudadesdepaz.com/

Le 01.11.2018 Monde sans Guerres et sans Violence

https://www.pressenza.com/fr/2018/11/lancement-de-la-2eme-marche-mondiale-pour-la-paix-et-la-nonviolence-au-2eme-forum-mondial-des-villes-de-paix-a-madrid/

Nov 02

LES TRAVAUX DE L’ANDRA PRÈS DE BURE MENACENT LA TENUE DU DÉBAT PUBLIC SUR LES DÉCHETS RADIOACTIFS

Dans la Meuse, l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs réalise des travaux en des points stratégiques de Cigéo, son projet d’enfouissement. Problème : l’agence n’a reçu aucune autorisation pour Cigéo, dont la pertinence doit être discutée lors du prochain débat public sur les déchets radioactifs. La Commission nationale du débat public s’en inquiète, révèle Reporterre.

L’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs, l’Andra, cherche-t-elle à escamoter le débat public ? Depuis plusieurs semaines, engins et travailleurs du bâtiment ont été aperçus dans la Meuse. Plus précisément, ils ont été vus dans au moins quatre endroits du passage de la future voie ferrée destinée aux wagons de déchets radioactifs en direction du centre d’enfouissement de Bure. Pour les opposants à ce projet de poubelle nucléaire, ces travaux constituent un nouveau « passage en force » de l’Agence pour faire accepter le projet Cigéo, alors même qu’un débat public sur les déchets nucléaires doit permettre d’ici quelques mois de questionner la faisabilité et l’utilité d’un tel projet.

Dans un courrier daté du 2 août 2018 que Reporterre a pu consulter, la présidente de la Commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, a d’ailleurs fait de la mise en retrait de l’Andra une condition sine qua non de la tenue du débat : « Un principe fondamental du débat public est que le maître d’ouvrage s’abstienne de prendre toute décision durant ce temps de concertation », a -t-elle insisté. Mme Jouanno a demandé expressément que « la concertation autour de la ligne ferroviaire » ainsi que « les opérations de défrichement, d’installation de clôtures ou de forages » nécessaires à l’étude d’impact global n’aient pas lieu en même temps que le débat public.

Pour réaliser Cigéo, l’Andra devrait en effet réhabiliter une ancienne voie de chemin de fer, la « ligne 027000 », afin de relier la ligne Paris-Strasbourg au centre d’enfouissement. Cette section de 40 kilomètres partirait de la gare de Nançois/Tronville jusqu’à la « zone descenderie », sur le territoire de Saudron, près de Bure, traversant plusieurs villages, dont Ligny-en-Barrois, Tréveray, Horville ou Gondrecourt-le-Château. Lors d’une réunion d’information organisée par l’Andra sur ce sujet en septembre dernier, David Mazoyer, le directeur du centre Meuse-Haute-Marne de l’Andra, est resté évasif quant au nombre de colis radioactifs qui emprunteraient ce chemin de fer ainsi que sur la distance entre la voie et les habitations, « très variable ». Le premier train de déchets serait prévu à l’horizon 2030, mais des wagons transportant le matériel nécessaire aux travaux de construction du projet pourraient arriver dès… 2020.

Compte tenu des délais très courts annoncés, l’Andra a-t-elle décidé de prendre de l’avance sur les travaux, alors que le projet Cigéo ne bénéficie à l’heure actuelle d’aucune autorisation ? C’est ce que laissent à penser différents chantiers entrepris depuis le printemps. D’abord à Horville-en-Ornois, où des riverains ont constaté des travaux de déblaiement d’un chemin qui longe cette voie ferrée. « Quand nous avons demandé aux ouvriers ce qu’ils faisaient, ils nous ont répondu qu’il s’agissait d’aménager le chemin de promenade pour les habitants, en accord avec la mairie, a indiqué un habitant qui préfère garder l’anonymat. Mais cela pourrait aussi permettre d’amener des engins. »

Depuis cet été, Jean-François Bodenreider, kinésithérapeute établi à Gondrecourt-le-Château, a également observé des mouvements dans sa commune. « Nous avons vu plusieurs camions entrer et décharger des matériaux dans l’ancienne usine de meubles », a-t-il expliqué à Reporterre. L’Andra a acheté cette friche industrielle, située stratégiquement près de la future voie ferrée, en 2013, et obtenu un permis de démolir en août dernier. Dans un communiqué publié mardi 30 octobre, l’Agence a indiqué qu’il s’agissait là d’une « deuxième phase de travaux » visant à déconstruire « des bâtiments techniques qui menacent de tomber en ruine ». Quant à la fonction du site, « c’est une annexe du laboratoire qui sert à entreposer du matériel et à conserver des échantillons de roche (carottes) issus de différentes campagnes d’investigations géologiques », a précisé l’Andra. Rien à voir donc avec le chemin de fer…

Des coïncidences suffisamment troublantes pour inquiéter les opposants 

Cependant, toujours à Gondrecourt-le-Château, l’Andra a commencé à évacuer un ancien dépotoir à proximité des rails. « Si cette décharge se situe sur l’éventuel tracé de la future voie ferrée, cette opération ne préjuge pas des autorisations futures propres à la liaison ferroviaire et contribue, indépendamment de Cigéo, à la résorption d’un site pollué et à une amélioration de l’environnement local », écrit-elle dans son communiqué. D’après Jean-François Bodenreider, le conseil municipal aurait demandé à l’Agence d’effectuer ces travaux de nettoyage « afin d’économiser quelques dizaines de milliers d’euros, vu que l’Agence aurait dû de toute façon le faire pour aménager le chemin de fer ».

Enfin, deux habitants de Bure et des alentours ont confirmé à Reporterre la venue d’agents de l’Andra mi-octobre devant l’ancienne gare de Luméville-en-Ornois, aujourd’hui occupée par des opposants. « Ils sont venus à plusieurs et des géomètres ont réalisé des mesures, a expliqué l’un d’eux, qui souhaite rester anonyme afin d’éviter la répression. Mais nous n’avons pas su s’il s’agissait d’une nouvelle provocation ou de travaux en lien avec la future ligne ferroviaire. » Fin septembre, des agents de l’Andra accompagnés de gendarmes mobiles s’étaient déjà rendus près de l’ancienne gare, entrainant des tensions et trois gardes à vue.

Pris isolément, tous ces événements pourraient passer pour anecdotiques, « des chantiers dans le cadre de la gestion de notre patrimoine foncier et immobilier », comme l’a indiqué l’Andra. Sauf que ces travaux semblent se multiplier depuis plusieurs mois, et qu’ils ont tous eu lieu à proximité directe de la future voie ferrée. Des coïncidences suffisamment troublantes pour inquiéter les opposants. « La voie de chemin de fer est une étape particulièrement importante que l’Andra tente de franchir en 2019, ont-ils écrit sur leur site. Il est donc urgent et nécessaire de lutter contre les travaux tant que ceux-ci n’en sont qu’à leur début, d’autant plus que, sans cette voie, le projet dans son ensemble ne peut aboutir. » Quant à la Commission nationale du débat public, restée jusqu’ici silencieuse, elle suit de très près les manœuvres des pelleteuses de l’Andra. Qui, si elles se continuent, pourrait remettre en cause le débat public.

https://reporterre.net/Les-travaux-de-l-Andra-pres-de-Bure-menacent-la-tenue-du-debat-public-sur-les

Nov 02

L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN DE 2015 : HISTORIQUE ET NOUVELLES SANCTIONS DÈS LE 5 NOVEMBRE

L’accord sur le nucléaire iranien a été conclu à Vienne le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne.

Il a permis de mettre fin à des années d’isolation de l’Iran en levant une partie des sanctions économiques internationales contre ce pays. En échange, Téhéran a accepté de limiter drastiquement son programme nucléaire afin de garantir qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme atomique.

Mais le 8 mai 2018, Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de cet accord et le rétablissement des sanctions contre l’Iran.

– Négociations –

En juin 2013, Hassan Rohani, qui représentait déjà son pays lors des premières négociations sur le nucléaire iranien, entamées en 2003, est élu président. Il obtient l’aval du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, pour sortir les discussions de l’enlisement, et désigne comme négociateur son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

Fin novembre, les négociations débouchent sur un accord pour six mois limitant certaines activités nucléaires sensibles moyennant une levée partielle des sanctions. L’accord définitif est conclu le 14 juillet 2015 après douze ans de crise et 21 mois de négociations acharnées.

– Réduction des capacités nucléaires –

Par cet accord, Téhéran s’est engagé à réduire ses capacités nucléaires (centrifugeuses, stock d’uranium enrichi…) pendant plusieurs années.

Le but est de rendre quasiment impossible pour l’Iran de fabriquer une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran, qui dément toute visée militaire, le droit de développer une filière nucléaire civile.

Conformément à ce qui est prévu par l’accord, l’Iran a réduit à 5.060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l’uranium (contre plus de 19.000 au moment de la signature de l’accord) et s’est engagé à ne pas dépasser ce nombre pendant 10 ans.

Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d’Arak, sous le contrôle de la communauté internationale, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation.

– Levée des sanctions –

L’accord, entériné par le Conseil de sécurité de l’ONU le 20 juillet 2015, est entré en vigueur le 16 janvier 2016, ouvrant la voie à une levée partielle des sanctions internationales contre l’Iran.

Les embargos de l’ONU sur les armes conventionnelles et sur les missiles balistiques sont maintenus jusqu’en 2020 et 2023 respectivement. Cependant, le Conseil de sécurité peut accorder des dérogations au cas par cas.

– Contrôle –

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est chargée de contrôler régulièrement tous les sites nucléaires iraniens, avec des prérogatives considérablement accrues.

Fin août 2018, l’AIEA a indiqué dans un rapport trimestriel que l’Iran respectait toujours les fondamentaux de l’accord. L’AIEA a eu accès « à tous les sites et emplacements en Iran qu’elle souhaitait« , a-t-elle précisé. L’agence a aussi souligné l’importance d' »une coopération proactive et en temps opportun » de Téhéran « pour assurer un tel accès« .

– Retrait de Trump –

En octobre 2017, Donald Trump, qu’une loi oblige à se prononcer auprès des parlementaires tous les 90 jours, refuse de « certifier » que Téhéran respecte ses engagements, mais assure que son pays ne se retirera pas de l’accord pour l’instant. En janvier 2018, il prolonge la suspension des sanctions, mais exige un « accord » des Européens pour remédier à ce qu’il qualifie de « terribles lacunes » du texte avant le 12 mai.

Mais le 8 mai, sans attendre l’expiration de son ultimatum, il annonce le retrait des États-Unis de l’accord et décide de rétablir les sanctions vis-à-vis de Téhéran ainsi que de toutes les entreprises ayant des liens avec l’Iran.

Le 7 août, Washington rétablit de sévères sanctions économiques contre l’Iran, visant les transactions financières et les importations de matières premières. Cette première salve comprend aussi des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale.

Le 5 novembre, la dernière série de sanctions doit notamment cibler le secteur de l’énergie, vital pour l’économie iranienne.

AFP• le 02/11/2018 à 12:12

https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/l-accord-sur-le-nucleaire-iranien-de-2015-960a118b45821781d955896a3e389150

Nov 02

LA SUISSE REFUSE TOUJOURS DE SIGNER LE TRAITÉ INTERDISANT LES ARMES NUCLÉAIRES

La Suisse a matérialisé sa décision de ne pas signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires. Elle s’est abstenue sur une résolution votée jeudi à l’ONU à New York.

Au total, 122 États se sont prononcés en faveur de ce texte devant la première commission de l’Assemblée générale, contre 41 oppositions et abstentions. La résolution soutient le traité qui prévoit l’interdiction totale des armes nucléaires.

Après avoir approuvé en 2017 l’adoption de cet arrangement, la Suisse avait décidé cet été de ne pas le signer, considérant notamment qu’il pourrait fragiliser le Traité de non-prolifération nucléaire et ne prenait pas en compte certains intérêts en terme de sécurité.

Des ONG internationales réprouvent

Cette position avait attiré la réprobation d’ONG internationales. Parmi elle, le Prix Nobel de la Paix 2017, la Campagne pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), avait dénoncé une décision « lâche » et incompatible avec la politique humanitaire de la Suisse.

Vendredi à Genève, ICAN Suisse, dont une pétition a rassemblé des milliers de signatures, a relevé que Berne s’est abstenue à New York aux côtés de pays comme le Belarus ou le Tadjikistan.

ats/pym

Publié le 2 novembre à 11h08 –

Discussion au Parlement fédéral

Au Parlement fédéral, la question reste discutée. Une motion du Conseil national qui demande au Conseil fédéral de signer et ratifier rapidement l’accord, divise.

Après l’approbation de la commission de politique extérieure de cette chambre, celle du Conseil des États s’est en revanche alignée la semaine dernière sur le gouvernement.

https://www.rts.ch/info/suisse/9964857-la-suisse-refuse-toujours-de-signer-le-traite-interdisant-les-armes-nucleaires-.html

Nov 02

L’ÉTRANGE PIRATAGE DE DOCUMENTS LIÉS AU SITE D’ENFOUISSEMENT DE DÉCHETS NUCLÉAIRES DE BURE

En partenariat avec des médias allemands, « Le Monde » a remonté la piste de ces documents confidentiels discrètement publiés après un piratage.

Dans la nuit du 10 au 11 juin, c’est un étrange message que reçoivent les 1 700 employés d’Ingérop, un grand groupe d’ingénierie dont le siège est situé à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). « Cher·e employé·e d’Ingérop », débute le message, avant de dénoncer les conséquences environnementales du projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure dans la Meuse (Cigéo), dont Ingérop est l’un des principaux prestataires. Plus loin, le courriel se fait plus menaçant, et évoque de futures « actions diverses visant votre entreprise et les personnes impliquées dans le projet Cigéo ». Il se conclut sur un appel aux salariés, leur demandant de transmettre toutes les informations confidentielles à leur disposition sur le projet Cigéo à une adresse e-mail sécurisée.

Le message est signé d’un collectif baptisé « Les Monstres de Cigéo ». Sur un blog fraîchement créé, le collectif appelle les opposants au projet d’enfouissement à mener campagne contre les sous-traitants qui préparent, sur le site de Bure, le gigantesque chantier d’enfouissement de déchets radioactifs. Très critiqué, le projet fait l’objet d’une importante mobilisation de militants écologistes et d’habitants, avec des manifestations régulières et parfois musclées. « Toute forme d’action est la bienvenue, soyons créatif·ve·s, obstiné·e·s, déterminé·e·s, pour obtenir d’Ingérop qu’elle se retire du projet Cigéo et de tous les projets connexes », est-il encore écrit sur le site, sans précisions sur les modalités d’action que le collectif espère voir naître.

« La nature de ces courriels était assez menaçante »

Au siège d’Ingérop, l’e-mail est pris au sérieux, et l’entreprise réagit rapidement. « La nature de ces courriels était assez menaçante, voire déstabilisante pour nos collaborateurs, qui ne s’y attendaient pas du tout », juge François Lacroix, directeur scientifique et technique du groupe. Le PDG, Yves Metz, envoie un courriel à toute l’entreprise, appelant les salariés à « ne pas réagir ni répondre d’aucune manière à des messages de cette nature ». Dans les jours qui suivent, l’entreprise met en place une « cellule d’accompagnement » pour les salariés, embauche une société spécialisée en sécurité informatique pour examiner ses systèmes, et annonce une remise à zéro de tous les mots de passe des messageries. « Les premières réactions étaient plutôt liées à l’évaluation de la protection physique, note M. Lacroix. Mais nous nous sommes aussi fait accompagner par des experts en cybersécurité pour chercher à comprendre ce qui s’était passé. »

Pendant ce temps, à Bure, la mobilisation contre le projet Cigéo se poursuit. Le 16 juin, une manifestation rassemble environ 2 000 personnes à Bar-le-Duc (Meuse), suivie d’échauffourées entre quelques dizaines de manifestants et la police. Le 20, les forces de l’ordre lancent une importante série de perquisitions et d’arrestations dans le milieu des opposants au projet : dix personnes, dont un avocat, sont placées en garde à vue. Le lendemain, un message sobrement intitulé « Ingerop Leaks » est mis en ligne sur le blog des Monstres de Cigéo. Il contient un lien vers plusieurs gigaoctets de documents internes d’Ingérop, qui a été « envoyé par mail » aux militants, avec un message de revendication truffé de fautes de français affirmant que la publication a été décidée « en réaction aux perquisitions du 20 juin [à Bure]. »

80 Go de documents publiés en ligne

Dans les jours qui suivent, d’autres documents sont mis en ligne, tous sur un sous-domaine du site SystemAusfall, animé par un collectif allemand qui fournit des outils informatiques libres à qui les demande, et qui n’est pas spécialement lié aux mouvements écologistes. Au total, près de 80 Go de documents, que Le Monde a pu consulter, sont ainsi publiés. On y trouve des fichiers administratifs et des dossiers liés à différents chantiers publics, dont certains semblent sensibles de prime abord : ils ont trait à la centrale nucléaire de Fessenheim, aux installations de Bure, ou encore à des centres pénitentiaires français.

Entre-temps, Ingérop a porté plainte. Les enquêteurs spécialisés ont découvert des accès non autorisés à son réseau interne. L’Anssi, l’agence chargée de la protection informatique de l’État qui offre aussi son expertise technique aux sociétés travaillant dans des domaines sensibles, a également repéré la publication des documents. Le 3 juillet, la section du parquet de Paris chargée de la lutte contre la cybercriminalité ouvre une enquête, et sollicite son homologue à Cologne, pour faire cesser la publication des fichiers et recueillir les données techniques du serveur.

« Les documents incluent les plans de quatre prisons françaises et des documents sur le projet Cigéo et les infrastructures de la centrale de Fessenheim »

À Cologne, le juge qui examine la requête française prend l’affaire très au sérieux. « Les documents publiés incluent (…) les plans de quatre prisons françaises et des documents sur le projet Cigéo et les infrastructures de la centrale de Fessenheim », située à quelques kilomètres de la frontière allemande, écrit-il dans sa réquisition transmise à la police de Dortmund, où se situe l’un des serveurs utilisé par SystemAusfall. Quarante-cinq minutes après avoir reçu le fax de Cologne, le 4 juillet, les policiers de Dortmund se présentent au centre culturel Langer August, qui abrite plusieurs associations, interdisent aux personnes présentes de quitter les lieux, et brisent la porte de la salle serveur, exploitée par l’association scientifique Wissenschaftsladen Dortmund. Les enquêteurs repartent avec plusieurs disques durs et une clé USB – quelques mois plus tard, le ministère de l’intérieur du Land justifiera la perquisition par une « menace sur la sécurité nationale » française.

Des documents confidentiels, mais pas si sensibles

Quel est le niveau de sensibilité réel de ces documents ?

Contrairement à ce qu’a cru comprendre le parquet de Cologne, les dossiers ne comprennent pas de détails sur les infrastructures de Fessenheim – mais une expertise du montant de l’indemnisation pour EDF lorsque fermera la plus ancienne centrale nucléaire française, au plus tard en 2022. Certains fichiers liés au projet Cigéo, porté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) et pour laquelle le bureau d’études Ingérop travaille depuis plusieurs années, sont, eux, confidentiels, à défaut d’être particulièrement sensibles.

La centrale nucléaire de Fessenheim, en 2011. Les documents dérobés ne concernent pas la centrale elle-même, mais les calculs de coûts liés à sa fermeture. FREDERICK FLORIN / AFP

On y trouve une multitude d’éléments sur les risques naturels et les impacts du projet, les tracés étudiés pour l’acheminement des « colis » radioactifs, la configuration des galeries souterraines, l’agencement des installations de surface ou l’implantation d’un transformateur électrique. Des informations dont beaucoup sont en accès libre sur le site même de l’Andra.

Plus inattendu, un fichier détaille les parcelles agricoles et forestières concernées par l’emprise du chantier, avec les noms de leur propriétaire et de leur exploitant, assortis de la mention « maîtrisé », « maîtrisable » ou « difficile à maîtriser ». Des qualificatifs dont on comprend qu’ils s’appliquent non seulement au contrôle du foncier, mais aussi aux détenteurs des terrains, identifiés comme étant prêts ou non à céder ces terrains. Un procédé que certains intéressés, qui ont eu connaissance de cette liste, dénoncent comme « un fichage ».

Un autre document fait état d’une réunion, tenue le 12 mars, au cours de laquelle a été examiné le risque d’une action d’opposants à Cigéo désireux de ralentir les travaux et de médiatiser leur combat. Des « préconisations » y sont formulées pour prévenir un « acte de malveillance », par exemple sur l’accès des engins de déblaiement ou le type de formations végétales à éviter. Ces pages éclairent en réalité certains aspects des pratiques et des préoccupations de l’Andra dans la conduite du projet Cigéo, plus qu’elles ne divulguent des informations véritablement sensibles.

Le constat est similaire pour les documents liés à la conception ou à la rénovation de trois prisons, la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan (Gironde), le centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, et le tout nouveau centre pénitentiaire de Lutterbach, dans le Haut-Rhin. Ingérop a naturellement accès à des données confidentielles, comme celles évoquant les problèmes d’amiante à Gradignan. Les documents en apparence les plus sensibles, des plans détaillés du futur centre de Lutterbach, comprenant l’emplacement des caméras de vidéosurveillance, ne le sont pas tant que ça : « Il s’agit du dossier pour un concours de maîtrise d’œuvre que nous avons perdu », explique François Lacroix, directeur scientifique et technique d’Ingérop. Ce ne sont donc pas ces plans qui sont actuellement utilisés pour construire le centre pénitentiaire.

« Notre système informatique comporte deux niveaux d’authentification, c’est compartimenté, explique M. Lacroix. C’est très déplaisant de se voir voler des données, mais ça ne représente qu’un nombre très réduit de projets. »

Documents remis en ligne

Qui a mis en ligne les documents volés à Ingérop ?

Et surtout, qui les a dérobés ?

Les indices les plus évidents pointent vers un ou des militants antinucléaires. Mais plusieurs détails laissent planer le doute. Et notamment le fait que les documents aient été volés avant le début des envois de courriels aux salariés d’Ingérop. Selon M. Lacroix, l’attaque qui a visé les systèmes de l’entreprise était « préparée, technique sans être exceptionnelle, mais d’un certain niveau ». Or, le collectif à l’origine des Monstres de Cigéo s’est, d’après son propre historique de mobilisation, davantage illustré par sa propension à l’action directe que par ses capacités de piratage : il a essentiellement revendiqué des blocages, des destructions de biens, des tags… Ses responsables n’ont pas donné suite aux tentatives de contact du Monde.

Coïncidence : le 20 juin, une importante série de perquisitions a également eu lieu en Allemagne, visant des défenseurs des libertés numériques dans le cadre d’un autre dossier lié à Noblogs.org. Mais ces perquisitions reposaient sur des justifications techniques farfelues – certains des militants soupçonnent la police d’avoir surtout cherché à recueillir plus généralement des informations sur des hacktivistes allemands, et accusent à demi-mot la police d’avoir eu des objectifs cachés –, et les perquisitions ont par la suite été annulées par la justice allemande.

Le collectif allemand animant le site SystemAusfall a également été très surpris que ses serveurs soient saisis sans avertissement. « Ils auraient pu facilement nous envoyer un e-mail pour nous dire qu’il y avait un problème avec un site que nous hébergions. Les autorités ne nous ont pas contactés, et ont ordonné à la place une perquisition », explique-t-on au sein de l’association. Les saisies risquent de n’être que d’une maigre utilité aux enquêteurs : les disques saisis étaient chiffrés de manière robuste.

Cinq mois après le vol des documents, le mystère sur l’identité du ou des pirates reste donc entier. Militants français, hacktivistes allemands ou italiens, ou une tout autre source ?

Les arrestations du 20 juin semblent avoir servi de prétexte à une publication décidée de longue date. Son ou ses auteurs, se présentant comme des militants antinucléaires, avaient contacté anonymement l’hébergeur dès début juin pour demander un grand espace de stockage.

La piste d’une opération d’espionnage industriel ou étatique, si elle n’est pas la plus probable, n’est pas non plus complètement saugrenue. Le secteur de l’énergie fait l’objet d’un intérêt particulier de la part des services de renseignement et des divisions cyber des armées étrangères, et sa protection est l’une des principales priorités de l’Anssi.

L’enquête sur le piratage d’Ingérop se poursuit ; elle a été confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure.

Par Damien Leloup (avec Martin Untersinger, Pierre Le Hir, Nabil Wakim et Franck Johannès) le 01.11.2018 à 20h00

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/11/01/l-etrange-piratage-de-documents-lies-au-site-d-enfouissement-de-dechets-nucleaires-de-bure_5377717_4408996.html?

Nov 02

L’INDE AURAIT TESTÉ AVEC SUCCÈS UN MISSILE POUVANT PORTER UNE CHARGE NUCLÉAIRE

L’armée indienne a de nouveau testé avec succès le missile balistique Agni-I, dont les caractéristiques le rendent capable de porter une charge nucléaire, rapporte Times of India se référant à ses propres sources.

Ce mardi 30 octobre, l’armée indienne a mené à bien un tir d’essai du missile balistique intercontinental Agni-I pouvant être équipé d’une ogive nucléaire, annonce Times of India citant ses sources.

Selon le média, le missile a été lancé depuis l’île Abdul Kalam au large de l’État indien d’Orissa dans le cadre des exercices militaires. Toutes les cibles ont été détruites, précise Times of India toujours selon ses sources.

«Le missile qui a déjà été mis en place au sein des forces armées a prouvé sa performance exceptionnelle du point de vue de portée, de précision et de destruction», précise le média.

Le missile Agni, mis au point par l’Organisation indienne de recherches et du développement de la Défense (DRDO), a été testé pour la première fois le 25 janvier 2002. Actuellement, l’Inde dispose de quatre modifications du missile: Agni —I, d’une portée de 700 km, Agni-II, d’une portée de 2.000 km, Agni-III et Agni-IV, respectivement d’une portée de 2.500 et 3.500 km.

https://fr.sputniknews.com/defense/201810301038710996-inde-test-missile-charge-nucleaire/

Nov 01

INTERVIEW DE FRANÇOIS DE RUGY SUR LA FERMETURE DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FESSENHEIM

. FR : François de RUGY, ministre de la transition écologique et solidaire

. GD : Guillaume DARET, journaliste

L’ENTRETIEN :

GD: Bonjour à tous, bonjour François de RUGY

FR: Bonjour Guillaume DARET

GD: Le Conseil d’État a annulé le décret de fermeture de Fessenheim, alors ça ne remet pas en cause le principe de la fermeture, mais simplement, formellement, EDF qui doit demander cette fermeture, est-ce que ça ne va pas toutefois retarder les choses ?

FR: Non, d’abord je veux dire que je ne comprends pas pourquoi ce décret a été pris dans ces conditions-là, le 8 avril 2017, deux semaines avant l’élection présidentielle.

GD: Ségolène ROYAL a mal fait le travail.

FR: Soit c’est de l’incompétence, parce que tout le monde savait très bien qu’il fallait faire les choses dans l’ordre, et soit c’est du cynisme, c’est-à-dire que c’est des annonces, c’est de l’affichage dont on sait qu’il ne sera pas suivi d’effets et dont on sait même qu’il sera ensuite cassé, ce qui sème le trouble évidemment, vous imaginez sur le terrain, au sein de la centrale où nous avons entamé nous, un travail, nous avons commencé par cela, avec les salariés, avec les élus locaux.

GD: Ce matin, vous nous dites : c’est certain, Fessenheim fermera bien.

FR: Et je confirme évidemment que notre intention est bien de fermer cette centrale, et contrairement à ce qui a été fait par le passé, nous ne nous contentons pas d’annonces, nous allons travailler sur le terrain, avec les personnes concernées, avec les élus locaux, pour accompagner le territoire vers l’après centrale.

GD: Juste, le nouveau décret sera pris dans les jours, dans les semaines à venir ?

FR: Ce sera plutôt je pense dans quelques mois, car de fait nous faisons les choses dans l’ordre, et donc nous allons évidemment discuter avec EDF, pour remettre les choses dans le bon ordre.

GD: Vous travaillez sur la feuille de route énergétique des 10 ans à venir pour notre pays, l’Agence France Presse révèle ce matin dans un document de travail : aucune décision sur la construction de nouveaux EPR ne serait prise avant 2021. Est-ce que vous nous confirmez cela ?

FR: Eh bien je vous confirme qu’un document de travail c’est fait pour travailler…

GD: Donc c’est possible.

FR: C’est pour travailler différentes hypothèses, et c’est ce que nous sommes en train de faire, sur un certain nombre de sujets qui engagent l’avenir de la France en matière d’énergie. Et tout le monde sait très bien que le défi énergie-climat, parce que les deux vont de pair, si on veut protéger le climat, il faut avoir une bonne politique en matière d’énergie, d’abord une politique d’économie d’énergie, et ensuite de diversification des modes de production d’énergie en France.

GD: Pas de nouveaux EPR avant 2021 ?

FR: Ah mais ça c’est sûr, mais, après…

GD: Donc … décision, en tout cas.

FR: La question, il faut le dire, c’est au-delà des énergies renouvelables, que nous voulons développer, nous voulons que la France profite de l’essor des énergies renouvelables, nous voulons que la France profite de ses propres ressources, le bois, le soleil, le vent, la géothermie, c’est-à-dire la chaleur que nous avons dans le sous-sol etc. Eh bien il y aura la question de l’avenir de la filière nucléaire française, est-ce que l’avenir de la filière nucléaire française passe par l’EPR ou pas ? C’est une question qui reste ouverte….

NDLR: vous ne trouvez pas que cela a un petit goût de langue de bois?

Pour lire la suite de l’entretien (qui ne concerne plus le nucléaire) cliquer sur : http://discours.vie-publique.fr/notices/183002139.html

Nov 01

SORTIR DU NUCLÉAIRE BUGEY : UNE ACTION DE SOUTIEN DES MILITANTS DEVANT LA PRÉFECTURE

En soutien aux militants de Bure (Meuse), à la suite d’arrestations récentes, quelques militants de SDN (Sortir du nucléaire) ont occupé les abords de la préfecture de l’Ain, mercredi, vers 17 heures.

« Déchets radioactifs imposés à l’humanité pour l’éternité », pouvait-on lire sur les pancartes.

Vêtus de blouses blanches, les militants de SDN (Sortir du nucléaire) Bugey ont fait part de leur soutien aux militants de Bure, dans la Meuse, arrêtés la semaine dernière, dans le cadre de la lutte contre le projet d’un centre d’enfouissement de déchets nucléaires.

« Qui dit Bure, dit Iceda (Installation de conditionnement et d’entreposage de déchets activités), précise Jean-Pierre Collet, secrétaire de SDN (Sortir du nucléaire). Cette action, c’est aussi l’occasion de faire apparaître une résonance locale. Même si c’est à Bure, nous sommes quand même concernés, avec le projet Iceda. »

Le 31/10/2018 à 17:45

https://www.leprogres.fr/ain-01/2018/10/31/sortir-du-nucleaire-bugey-une-action-de-soutien-des-militants-devant-la-prefecture

Nov 01

CENTRALE NUCLÉAIRE DE FLAMANVILLE : LA RÉSISTANCE AUX SÉISMES AVAIT ÉTÉ FRAGILISÉE

À Flamanville, EDF a dû réaliser des travaux en urgence. Une erreur lors d’aménagements récents avait fragilisé la résistance aux séismes de trois systèmes de ventilation.

Quatre centrales nucléaires françaises, dont les sites normands de Flamanville et de Paluel, viennent de connaître un incident de niveau 1 sur l’échelle des événements nucléaires.

À l’origine : une erreur de calcul commise lors des récentes visites décennales, de grandes opérations de maintenance pour les sites nucléaires.

D’autres travaux à venir

Dans un communiqué, EDF précise :

Lors de modifications des installations, la chape de finition n’avait pas été prise en compte pour le dimensionnement de certains ancrages au sol.

Résultat : une résistance de certains équipements pouvant s’avérer insuffisante en cas de tremblement de terre.

Pour trois systèmes de ventilation, EDF a même été contrainte de réaliser en urgence les travaux de correction. Pour deux autres équipements, des chemins de câbles, les travaux de renforcement des ancrages ont été jugés moins urgents par l’autorité de sûreté.

L’électricien promet que le chantier sera mené « dans les meilleurs délais ».

Publié le 31 oct 2018 à 20h46

https://actu.fr/normandie/flamanville_50184/centrale-nucleaire-flamanville-resistance-seismes-avait-ete-fragilisee_19343366.html

Nov 01

BURE – 10 NOVEMBRE : APPEL À ORGANISER LES PREMIERS « BALS DES MALFAITEURS » PARTOUT !

Communiqué du Réseau Sortir du Nucléaire (extrait)

À DIFFUSER PARTOUT ! Un appel à actions décentralisées samedi 10 novembre (lire ci-dessous), pour commencer à reprendre la main et faire corps partout contre la répression délirante qui s’est installée à Bure, quelques jours avant une audience en Cassation autour des contrôles judiciaires de l’association de malfaiteurs ! Retrouvons-nous tous-tes le samedi 10 novembre pour des premiers bals des malfaiteurs sur les places et/ou devant les tribunaux !

À diffuser également :

 « Bure : malfaiteurs ? Alors j’en suis ! » Un premier texte d’analyse et d’explication de l’association de malfaiteurs
 « Nous ne serons pas les prochain-e-s ! » : un appel à ne plus courber l’échine, partout en France et ailleurs, face aux stratégies de criminalisation et de paralysassions des résistances

Nous avons clamé que nous ne serions pas les prochain.es à subir la répression, à Bure comme ailleurs. Il est temps maintenant pour nous de reprendre la main et de nous retrouver dans la rue. En fin de journée du 10 novembre, au cœur de l’automne d’une année cousue et décousue par l’infernal tandem macronien de la concertation et de la répression, nous proposons de faire émerger et rejoindre les premiers bals des malfaiteurs. Esquissons ensemble ce premier pas de danse, et gageons qu’il y en aura d’autres !

Ce samedi 10 novembre, nous voulons en faire un temps fort, partout en France et ailleurs, pour se ressaisir d’une longue séquence répressive qui dure depuis plusieurs mois à Bure et qui se cristallisera quelques jours après : le 13 novembre, avec le délibéré de l’ubuesque et scandaleux procès du 16 octobre qui sera rendu par le Tribunal de Bar-le-Duc ; et surtout, le 14 novembre, avec une audience décisive à la Cour de Cassation pour exiger la levée des contrôles judiciaires de 5 personnes mises en examen pour « l’association de malfaiteurs » à Bure.

Un « contrôle judiciaire » ce sont des mesures créées en 1970 dans le droit français, pour qu’un juge puisse mieux garder la main sur des personnes suspectées. À Bure depuis leur mise en examen ou sous statut de témoin assisté dans l’instruction pour « association de malfaiteurs » en juin 2018, dix personnes – ami-e-s, camarades de lutte, membres d’associations – sont bannies de différentes portions du territoire meusien ou haut-marnais, pour certain.e.s interdites de sortir de France et… tout bonnement interdit-e-s de se voir et se parler ! Pour plusieurs années, tant que durera l’instruction. Le motif avancé ? Éviter qu’elles puissent harmoniser leurs versions des faits reprochés. La justice s’arroge donc le pouvoir de ruiner une relation entière pour éviter une petite discussion suspecte. Elle tue des amitiés pour contrôler un procès.

Calculer chaque déplacement et chaque rencontre, mettre en place des « gardes alternées » absurdes à chaque réunion, raser les murs la boule au ventre pour éviter de croiser une personne qu’on aime et ne pas nourrir les fantasmes policiers de la « cellule Bure », s’isoler en croyant se protéger… Peut-on imaginer plus perverse prison à ciel ouvert ? Utilisés de manière presque systématique à Bure dans d’autres procès contre les opposant.es, ces contrôles judiciaires sont un scandale absolu et le silence qui les entoure pour l’instant ne le rend pas moins assourdissant !

Alors, pour le 10 novembre, l’idée est simple : brisons le cercle vicieux de l’isolement imposé par la répression pour reformer celui de nos solidarités aimantes et joyeuses !

  • Donnons-nous rendez-vous devant les tribunaux et les places de nos villes, les bras emplis de vin chaud, infusions brûlantes, chocolat et autres victuailles.
  • Déployo