DÉCOUVREZ LE KHABAROVSK, CE SOUS-MARIN RUSSE LANCEUR DE TORPILLES NUCLÉAIRES

La Russie est en train de développer un submersible d’un genre nouveau : le Khabarovsk. Ce bâtiment de guerre a été créé spécialement pour tirer des torpilles capables de déclencher des tsunamis radioactifs.

La Russie augmente encore la puissance de sa vaste flotte de sous-marins. L’agence gouvernementale Tass vient d’annoncer le lancement du submersible Khabarovsk dès la fin de l’année. Selon le média russe, ce bâtiment de guerre mesure 113 mètres de long et pèse 10.000 tonnes. Il pourra embarquer un équipage d’une centaine de marins, et aura une vitesse de croisière estimée à 50 kilomètres par heure. Toujours selon Tass, la nouvelle création de Moscou partagerait de nombreuses similarités avec la nouvelle classe de sous-marins lanceurs d’engins Boreï. Contrairement à cette dernière, le Khabarovsk a été spécialement conçu pour embarquer et tirer des torpilles nucléaires Poséidon 2M39.

Une arme à la fois furtive et intelligente. Fort d’une vitesse de pointe supérieure à 100 kilomètres par heure, le Poséidon est capable d’atteindre sa cible sans aide ou guidage humain, comme une sorte de drone autonome. Ainsi, cette torpille jouit d’un rayon d’action de plus 10.000 kilomètres et peut traverser des océans à plus de 1.000 mètres de profondeur. Mais toutes ces capacités techniques ne sont rien face à son immense pouvoir destructeur.

>> À lire aussi – L’armée russe reçoit son premier avion de chasse futuriste pleinement opérationnel

Le Poséidon embarque en son sein une ogive thermonucléaire d’une puissance similaire voire même supérieure à celle de la Tsar Bomba, la bombe atomique la plus puissante jamais utilisée lors d’un essai russe, en 1961. Cependant, cette nouvelle “super arme” n’a pas été conçue pour provoquer de gigantesques explosions à l’air libre. En cas d’extrême nécessité, le Poséidon sera activé sous l’eau à quelques kilomètres des côtes. Ce qui engendrerait un gigantesque tsunami radioactif dévastant des pans entiers des littoraux d’un pays.

Le sous-marin Khabarovsk pourra emporter six de ces torpilles de destruction massive, de quoi renforcer encore plus l’imposante dissuasion nucléaire russe. Pour rappel Moscou possède déjà plus de plus 6.000 ogives atomiques. Ce qui en fait la première puissance nucléaire au monde devant les États-Unis (5.000) et la Chine (300). Mais le nouveau submersible de la marine russe ne sera pas uniquement équipé d’armes nucléaires. Pour se défendre dans le cadre d’un conflit “classique”, le Khabarovsk pourrait être équipé de missiles spécialisés dans la destruction de navires de guerre et de bases terrestres.

Pour le moment le chantier naval responsable de la construction du Khabarovsk n’a pas souhaité livrer plus détails sur le futur arsenal du submersible. Selon le site Military Today, un minimum de quatre sous-marins de ce type seront déployés par la flotte russe dans les prochaines années.

>> À lire aussi – Découvrez le Zircon, le nouveau missile hypersonique de la Russie

Par Thomas Romanacce, publié le 20/04/2021 à 15h13, mis à jour le 20/04/2021 à 16h47

https://www.capital.fr/economie-politique/decouvrez-le-khabarovsk-ce-sous-marin-russe-lanceur-de-torpilles-nucleaires-1400695

POLYNÉSIE ET NUCLÉAIRE : UNE TABLE RONDE SUR 2 JOURS PRÉVUE FIN JUIN À PARIS

Le président de la République Emmanuel Macron, en réponse à l’appel du président du Pays Édouard Fritch, a proposé une table ronde de haut niveau qu’il présidera à Paris sur deux jours. Elle est prévue fin juin 2021.

Pour le Pays, l’objectif de cette opération est d’apporter sur le fait nucléaire vérité et justice, « reko tika » en reo pa’umotu.

« En effet, nous devons être en mesure de dépasser ensemble notre passé nucléaire afin de retrouver la confiance. Cette confiance en nous, entre nous Polynésiens et entre la Polynésie et la France est nécessaire pour se projeter vers l’avenir », écrit la présidence dans son compte-rendu du conseil des ministres.

Le président Édouard Fritch conduira à cette table ronde de haut niveau une délégation de 20 à 30 personnes représentant toutes les forces vives institutionnelles, civiles et religieuses de la Polynésie. Ses membres seront désignés par leurs organisations respectives, sur invitation officielle, dans les prochains jours, du président du Pays.

Deux thèmes principaux se dégagent pour cette table ronde : celui de l’histoire du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) et celui des actions d’accompagnement de l’État.

Une équipe de pilotage est constituée pour coordonner, organiser et alimenter les débats de cette délégation. Conformément à sa mission générale de préparation et d’animation de la politique publique de la Polynésie française en la matière, la délégation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN) constitue et anime cette équipe.

NDLR : ce texte est extrait du compte-rendu du Conseil des Ministres du 19 avril 2021 (Communiqué-Conseil-des-ministres-séance-du-19-avril)

Publié le 19/04/2021 à 17h08

https://www.tntv.pf/tntvnews/polynesie/societe/nucleaire-une-table-ronde-sur-2-jours-prevue-fin-juin-a-paris/

MINES D’URANIUM EN FRANCE : IL EST TEMPS QUE LES CITOYENS ET ÉLUS LOCAUX SE MOBILISENT

Le territoire français compte plus de 250 anciennes mines d’uranium réparties sur 27 départements. Si la dernière a fermé il y a maintenant 20 ans, la contamination radioactive de l’environnement reste préoccupante autour de très nombreux sites. Ces derniers mois, la CRIIRAD et les associations de terrain ont pu relever nombre de situations inacceptables:

  • Terrains contaminés du fait du réemploi de déchets miniers radioactifs et qu’ORANO (ex AREVA) refuse de traiter.
  • Terrains pollués par d’anciennes mines d’uranium rétrocédés à des communes ou à des particuliers alors qu’ils n’ont pas été assainis.
  • Terrains contaminés par les rejets radioactifs liquides d’anciennes mines d’uranium, non dépollués, et situés sur le bassin versant de réserves en eau potable.
  • Résidus radioactifs issus d’usine d’extraction de l’uranium présents dans l’environnement accessible au public.
  • Eaux contaminées issues d’un bassin d’entreposage de résidus radioactifs s’écoulant dans l’environnement.

Les citoyens et les élus locaux concernés doivent prendre conscience de cette réalité et faire pression sur les responsables.

Les Autorités nationales ne sont clairement pas à la hauteur des enjeux comme le montrent les lacunes de la récente note d’orientation pour préparer les travaux du 5ème PNGMDR (Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs).

Voir à ce sujet le communiqué du 14 avril 2021 du Collectif Mines d’Uranium.

Consulter les études réalisées par la CRIIRAD sur l’impact des mines d’uranium sur le territoire français. (http://www.criirad.org/actualites/uraniumfrance/somuraniumfrance1.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=Mines_duranium_France_-_envoi_adhrents&utm_medium=email)

Contacts

. Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la CRIIRAD: bruno.chareyron@criirad.org/, tél : +33 6 27 27 50 37

. Arlette Maussan, coordinatrice du Collectif Mines d’Uranium: arlette.maussan@gmail.com

Ce Communiqué de presse a été publié le 20 avril 2021 sur le site : http://www.criirad.org/actualites/uraniumfrance/20_avril_2021_CP_CRIIRAD_Mines_uranium_en_France.pdf

ORNE. UN RASSEMBLEMENT POUR « UNE SORTIE DU NUCLÉAIRE », SAMEDI 24 AVRIL À ALENÇON

Le collectif alençonnais « Sortir du nucléaire – Stop EPR » organise un rassemblement à Alençon, place La Magdeleine, samedi 24 avril à 10 h 30.

« 35 ans après la catastrophe de Tchernobyl et 10 ans après celle de Fukushima qui ont fait des milliers de victimes, les conséquences désastreuses se font encore sentir aujourd’hui pour les humains, les animaux et la végétation. Aujourd’hui les régions les plus proches ne sont toujours pas habitables et les autres restent dangereuses pour ceux qui y retournent : les plantes qui repoussent ne sont pas exemptes de radioactivité et ne peuvent être consommées sans risque », signale des membres du collectif d’Alençon (Orne).

« Assez de déchets existants ! »

« Quant à l’eau utilisée pour refroidir le cœur des réacteurs, le Japon ne sait plus où la mettre et vient de décider tout simplement de la rejeter dans la mer. Au lieu de pointer cette pollution, l’agence internationale de l’atome la banalise en avouant que toutes les centrales rejettent régulièrement du tritium… et ce n’est pas la seule pollution comme le dénoncent depuis longtemps les laboratoires indépendants, l’Accro et la Crirad. »

À lire aussi : Orne. Le maire d’Alençon répond à vos questions vendredi 23 avril

Pour le collectif alençonnais : « Non le nucléaire ne protège pas la planète et n’est pas la solution au réchauffement climatique : pour ne parler que de l’EPR de Flamanville, les 11 milliards d’euros qu’il a déjà coûtés auraient pu être investis dans les économies d’énergie, les énergies renouvelables ou le développement des transports collectifs pour réduire la pollution des voitures et camions. Le choix d’encourager plutôt les véhicules électriques permet de « justifier le nucléaire ». C’est une fuite en avant qui ne tient aucun compte des pollutions diverses y compris l’émission de gaz carbonique – depuis l’extraction de l’uranium empoisonnant le Niger et ses habitants jusqu’à la production des milliers de tonnes de produits radioactifs pendant des siècles. Assez de déchets existants ! Arrêtons d’en produire de nouveaux. »

Vêtu de blanc

Pour ces raisons, et pour rappeler sa volonté « d’un changement radical de politique énergétique », le collectif alençonnais « Sortir du nucléaire – Stop EPR » invite « toutes les personnes qui désirent que la France, comme d’autres Pays, investisse ailleurs que dans le nucléaire » à se retrouver, « et pour celles qui le peuvent, vêtues de blanc », samedi 24 avril 2021 à 10 h 30, place La Magdeleine à Alençon, dans le respect des mesures sanitaires « pour la sécurité de tous ».

Par Rédaction Alençon, publié le 19 Avril 2021 à 12h32 

https://actu.fr/normandie/alencon_61001/orne-un-rassemblement-pour-une-sortie-du-nucleaire-samedi-24-avril-a-alencon_41147171.html

PLOGOFF, CE VILLAGE REBELLE FACE AU NUCLÉAIRE

Plogoff, les révoltés du nucléaire: un documentaire à voir ce jeudi sur France 3, à 22h40.

« Plogoff, commune située à l’extrême ouest de la Bretagne n’est pas un lieu de passage. C’est une destination rêvée pour un séjour inoubliable. C’est un itinéraire idéal pour une escapade le long des chemins côtiers ou de grande randonnée qui vous emmèneront jusqu’à la grandiose Pointe du Raz labellisée Grand Site de France, tout en découvrant le savoir-faire et l’astuce des habitants dans leur lutte pour préserver une nature qui inspire l’humilité« , peut-on lire sur le site officiel de la ville de Plogoff, petit bourg breton de maisons blanches de granit et d’ardoise. Pour promettre aux passants un lieu de paix, de beauté, il aura fallu aux habitants et à son maire, mener une lutte exemplaire, tous unis, tous solidaires.

L’histoire remonte au matin du 12 décembre 1974. En ouvrant leur journal, les habitants de Plogoff découvrent qu’EDF veut construire chez eux la plus puissante des centrales nucléaires du pays : 4 réacteurs de 1300 mégawatts chacun, face à la mer d’Iroise. Le combat semble perdu d’avance. S’opposer à EDF, c’est s’opposer à l’État. L’indépendance énergétique est devenue un véritable enjeu pour le pays après le choc pétrolier. Le gouvernement français s’engage dans un plan d’envergure en faveur du nucléaire civil avec, pour objectif, la construction de 170 réacteurs d’ici l’an 2000. Mais les Bretons ne se résignent pas. Au printemps 75, le conseil municipal se réunit. Le « non » à la centrale l’emporte à 18 voix contre 1. Le maire, Jean-Marie Kerloc’h, va transmettre cet acte officiel à la présidence. Pour lui, l’affaire est réglée.

David contre Goliath

La petite ville du Finistère a beau manifester son opposition par une voix démocratique, elle n’est pas entendue par la puissante détentrice d’énergie. La construction de la centrale devient de plus en plus inéluctable. Pour faire capoter le projet d’EDF, tantôt arrogante, tantôt menaçante, tantôt séductrice, le maire et ses concitoyens vont entrer en résistance. L’édile, qui a servi l’État durant toute sa carrière au sein de la marine nationale, va désobéir.

Il faudra compter 7 ans de lutte, de 1974 à 1981, 6 semaines d’affrontements au début des années 1980, pour défaire EDF et décrocher une victoire historique. Le documentaire de François Reinhardt relate un combat particulièrement inspirant qui pourrait bien, aujourd’hui encore, servir d’exemple.

Par Virginie Roussel, publié le 18-04-21 à 20h00, mis à jour le 18-04-21 à 20h01

Photo en titre : Les habitants avaient cherché à barrer les voies d’accès à la commune. © © Gilles Simon / Comité de défense de Plogoff

https://www.lalibre.be/culture/medias-tele/plogoff-ce-village-rebelle-face-au-nucleaire-607840ae7b50a654b5121495

CONTRE LE PROJET HERCULE, POUR UN SERVICE PUBLIC DE L’ÉLECTRICITÉ

Hercule, projet de démantèlement et de privatisation d’EDF

Un rappel historique est utile pour bien saisir l’absurdité de la libéralisation du secteur électrique, qui acterait une étape décisive avec le projet Hercule.

Électricité (et gaz) : un monopole public qui perdure jusque dans les années 1990

Au sortir de la guerre, la loi du 8 avril 1946 nationalise la plus grande partie des activités concernant la production, le transport (lignes haute tension), la distribution (lignes à moyenne et basse tension), l’exportation et l’importation d’électricité. De même en ce qui concerne le gaz. Ces activités, auparavant le fait de nombreuses sociétés privées agissant sans concertation nationale, sont confiées à EDF et GDF, établissements publics qui n’ont pas vocation à dégager des profits. Le personnel est doté d’un statut avancé.

La nationalisation a permis d’unifier les réseaux dans le cadre d’un monopole (une minorité de sociétés de production et distribution ont subsisté). La production, le transport et la distribution sont développés et exploités par EDF, le réseau de distribution lui étant simplement concédé par les autorités locales. Les barrages sont en majorité sous régime de concessions par l’État.

Le système électrique est alors « intégré » car ses différentes activités constituent un tout en ce qui concerne tant les aspects techniques que financiers. Ce qui lui a permis de prendre en charge des investissements très importants nécessaires pour assurer la continuité de fourniture sur le long terme. Bien que ce système ait ignoré tout débat démocratique sur les choix énergétiques, sa cohérence de monopole et de service public permet une bonne qualité de services reconnue par les usagers, à un prix de kWh plus faible que dans les pays voisins. La « péréquation tarifaire » (voir plus loin) assure une équité entre usagers domestiques sur l’ensemble du territoire national (DOM inclus).

Le monopole public sous l’assaut libéral

Dans les années 1980, la Commission européenne, soutenue par divers États, met à l’ordre du jour l’ouverture à la concurrence du secteur électrique européen, avec l’argument habituel : « la libre concurrence fera baisser les prix ». En application de la directive de 1996, obligation est faite à EDF, au début des années 2000, de tenir des comptes séparés pour ses activités de production et de réseaux. Il faut noter que la Commission ne demandait pas le changement de statut des entreprises électriques publiques, ce fut pourtant chose faite en quelques années un peu partout sous la houlette des États. En France, EDF est devenue société anonyme en 2004, cotée en bourse ensuite, l’État conservant 84 % du capital. La gestion des réseaux de transport et de distribution est confiée respectivement à RTE et ERDF (devenu Enedis) qui deviennent des filiales d’EDF… et des centres de profits : autour de 300 millions d’euros annuellement pour RTE et 500 millions pour Enedis !

La direction d’EDF, avec l’aval de l’État, a entériné par la même occasion une stratégie d’expansion internationale (voir page 5 « Quel avenir pour EDF international ? »).

Des compagnies s’installent en France comme fournisseurs, défiant EDF, généralement sans disposer de capacités de production d’électricité et achetant leur électricité, y compris hors de France. Mais elles sont incapables de pratiquer dans la durée des tarifs aussi intéressants que ceux d’EDF du fait des surcoûts (équipes commerciales et de trading, courtiers, opérateurs de bourse). Pour contourner l’absence de production des fournisseurs alternatifs, un dispositif singulier est monté : l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) !

L’accès régulé à l’électricité nucléaire historique

Ce dispositif offre, depuis 2011, aux fournisseurs concurrents d’EDF la possibilité d’acheter un quart de l’électricité nucléaire produite par EDF : le prix fixé par l’Arenh, correspond au coût estimé de production nucléaire d’EDF (jamais revalorisé depuis 2012). Tout bénéfice donc pour les fournisseurs, qui ont le choix d’acheter soit au prix de l’Arenh, soit au prix de marché quand celui-ci est inférieur (ce qui est très régulièrement le cas depuis 2016 du fait de la croissance de la production à base de renouvelables (EnR), subventionnée par les États), et ceci sans contribuer aux investissements. Au final, EDF se voit obligée de proposer, à un prix qui ne couvre pas ses coûts, une part significative de sa production à des concurrents pour que ceux-ci puissent étendre leur part de marché… à son détriment.

Le développement des filières de production à partir d’EnR (solaire, éolien) est délégué aux investissements privés effectués par des particuliers, des sociétés coopératives citoyennes, des sociétés d’investissement, des filiales de multinationales de l’électricité, avec retour sur investissements amplement assuré… sans réelle planification territoriale de la part des pouvoirs publics dans le cadre d’une transition énergétique boiteuse. Un développement dans lequel EDF joue néanmoins le rôle d’acheteur quasi unique de la production pour les réseaux, moyennant une compensation financière par l’État.

La contribution au service public de l’énergie (CSPE)

Cette taxe spécifique s’appliquant à l’électricité consommée a été ajoutée à la taxation existante : TVA (20 % sur la consommation d’électricité) et autres taxes. Son montant est calculé en fonction du nombre de kilowattheures consommés, néanmoins il est plafonné pour les gros consommateurs alors qu’il s’applique plein pot pour les particuliers quel que soit leur fournisseur. Elle permet de dédommager EDF des charges du service public d’électricité qui lui sont imposées : obligation d’achat d’électricité « verte » ou co-générée ; financement de la péréquation tarifaire entre la métropole et les « zones non interconnectées » (îles et DOM) ; financement des dispositifs sociaux (tarif de première nécessité et fonds de solidarité logement) relevant de la solidarité avec les plus démunis. Dans les faits, elle vise majoritairement à couvrir le système de rachat de l’électricité et du gaz « vert », c’est-à-dire à financer le développement des EnR. Au total, la taxation de l’électricité compte pour environ 33 % de la facture des particuliers 

Hercule : point d’orgue dans l’histoire du basculement néolibéral du secteur électrique français

Prétextant la difficile équation financière à résoudre pour assurer les lourds investissements prévus pour les prochaines années dans le nucléaire, la direction d’EDF soutenue par le gouvernement mijote depuis 2 ans un vaste plan de découpage du groupe, appelé Hercule. Elle n’avait néanmoins communiqué que peu de détails. Un document de 3 pages a été remis pour la première fois aux syndicats le 9 avril 2021 (!), n’apportant aucune modification aux grandes orientations déjà connues du démantèlement en 3 entités. L’ensemble des syndicats s’est déclaré sidéré par l’inconsistance de ce projet.

– une entité totalement publique – EDF Bleu – regroupant la production nucléaire et le réseau de transport : cette partie étant hors du champ concurrentiel, EDF et l’État assumeraient seuls les frais et les risques des investissements prévus sur le nucléaire,

une entité dont le capital serait ouvert, au départ, à hauteur de 30 à 35 % – EDF Vert – regroupant la gestion du réseau de distribution (Enedis), la fourniture et vente d’électricité d’EDF, l’activité EnR et la filiale Dalkia (spécialisée dans les services énergétiques). Entité hétéroclite s’il en est ! Rien n’empêchera ensuite de poursuivre l’ouverture du capital, comme c’est arrivé à GDF malgré les promesses récurrentes de ne jamais le privatiser !

– une entité – EDF Azur – comprenant la gestion des concessions et exploitation des ouvrages hydrauliques. Depuis des années, la Commission européenne cherche à introduire de la concurrence dans ce secteur sans se préoccuper de son rôle stratégique dans la conduite du système électrique (voir paragraphe suivant). EDF deviendrait ainsi un concessionnaire parmi d’autres industriels postulant à la gestion des barrages dans le cadre de « quasi-régies » (ouvrages détenus à 51 % par des collectivités locales ; Engie/Electrabel ne détient ainsi que 49 % de la Compagnie nationale du Rhône mais en tire grand profit).

Hercule parachèverait ainsi la logique strictement financière initiée avec la libéralisation, suivant la maxime connue : privatisation des activités rentables et socialisation des pertes.

Des conséquences très négatives

L’ouverture à la concurrence est déjà un échec. Non seulement les prix de l’électricité domestique n’ont pas baissé, mais ils ont fortement augmenté : la hausse est de 35 % sur le prix HT sur 12 ans, entre 2007 et 20191, soit très au-delà de l’inflation !

EDF deviendrait un fournisseur au même titre que les autres ; ce qui entrainerait la fin du tarif réglementé de l’électricité (voir encadré page 3), la fin donc de la péréquation péréquation et de l’objectif de solidarité sur l’ensemble du territoire.

Les objectifs sociaux seraient encore plus affaiblis. Actuellement, 4,3 millions de ménages sont considérés en situation de précarité énergétique par l’ONPE (Observatoire national de la précarité énergétique). Le risque est réel de voir ce nombre fortement augmenter.

L’adoption de ce projet ne pourrait que perturber l’indispensable transition écologique, car la logique qui le sous-tend revient à renoncer aux politiques publiques volontaristes dans le secteur de l’énergie.

Ouvrir au privé la possibilité de gérer les barrages serait porter un coup fatal à la capacité actuelle du système de compenser, grâce à cette énergie hydraulique pilotable, le caractère intermittent de la production d’électricité à base de solaire et d’éolien, en même temps que d’alimenter les centrales nucléaires en fonction des besoins.

Casser définitivement, comme le fait Hercule, l’intégration du système électrique qui articule ensemble production, transport et fourniture d’électricité, permettant ainsi l’échange des informations (sur les demandes de consommations, les capacités de production mises sur le réseau en temps réel et à moyen terme, etc.) et soumettre certains maillons de la chaine à la logique du profit, tout cela compliquerait fortement la régulation du système électrique. Cette fonction est pourtant essentielle. L’électricité ayant la particularité d’être difficilement stockable (en l’état actuel des connaissances et des moyens), il faut donc produire en temps réel ce qui est consommé par les usagers.

Le marché est inapte à garantir la sécurité d’approvisionnement à long terme : en l’absence de visibilité sur l’évolution des prix et des parts de marché, les producteurs ne sont pas incités à faire les investissements nécessaires, toujours très importants initialement.

De même, l’ouverture du capital d’Enedis fait craindre une perte du contrôle public sur les réseaux de distribution d’électricité. Les nécessaires investissements pour assurer la qualité de desserte sur tout le territoire, entretenir le réseau et l’adapter à la transition énergétique risquent fort de ne pas être entrepris, car peu rentables au regard de la logique financière de court terme.

Pour un service public de l’électricité (et au-delà, de l’énergie)

Il est urgent de stopper le processus de libéralisation du marché de l’électricité et à l’inverse, de construire un véritable service public.

L’électricité est un bien de première nécessité : l’accès doit être garanti dans un souci d’égalité de traitement et de solidarité.

Le tarif réglementé de vente (TRV) est un outil essentiel du service public de l’électricité : il permet que chaque foyer sur le territoire français, quelle que soit sa localisation, bénéficie du même tarif du kilowattheure. Ce tarif est calculé par la « péréquation tarifaire » qui met en œuvre le principe de solidarité : la desserte des zones plus « rentables » (urbaines) aide à financer la desserte des moins rentables (rurales). Le tarif réglementé est ainsi symbole d’égalité et de solidarité. Son objectif n’étant pas de dégager des profits, il a permis jusqu’à une période récente de fournir une électricité la moins chère d’Europe et de bonne qualité. Il était calculé en prenant en compte le coût de production d’EDF et en intégrant une marge pour financer les investissements nécessaires aux besoins du futur.

Avec la libéralisation du secteur électrique, le TRV a déjà été progressivement supprimé pour les gros industriels puis pour les PME-PMI. Son maintien pour les particuliers et les entreprises de moins de 10 salarié·es devient incompatible à moyen terme avec le projet Hercule.

L’évolution du tarif réglementé témoigne de l’aberration de la mise en concurrence !

Le TRV est toujours largement adopté par les usagers, malgré les pressions inadmissibles pour qu’ils passent aux « offres de marché ». Jusque dans les années 2010, ce tarif est resté très largement inférieur aux prix du marché. Un tarif public moins cher que le prix du marché constituait évidemment un démenti gênant au dogme de la concurrence censée être « le seul moyen de faire baisser les prix » ! En 2006, la Commission européenne déclare donc le tarif réglementé incompatible avec la règle de la concurrence.

Puis en 2010, la loi Nome (nouvelle organisation du marché de l’électricité) a inscrit une modification du calcul du tarif réglementé, de telle manière qu’il devienne supérieur aux offres des fournisseurs alternatifs : il tient compte maintenant non seulement des coûts de production d’EDF, mais aussi du yoyo du prix de l’électricité en bourse, tributaire des cours mondiaux du charbon et du gaz… alors que la production d’EDF n’en utilise que très peu. Ce changement explique pour une grande part les augmentations du tarif appliquées en 2019 et 2020. En résumé, le TRV ne reflète plus les coûts d’EDF mais est calculé de manière à ce qu’il puisse être concurrencé par les fournisseurs alternatifs (comme les multinationales Engie, Total, Vattenfal, Iberdrola,…) 

Pour un droit à l’électricité :

Retour au calcul précédent du tarif réglementé et maintien de la péréquation tarifaire,

– Amélioration de la prise en charge de la précarité énergétique : fin des coupures pour impayés pour les familles en situation précaire, augmentation substantielle des aides à la rénovation thermique des logements,

Face à l’urgence climatique, les choix énergétiques ne peuvent être laissés aux mécanismes du marché mais doivent résulter de choix citoyens mis en œuvre par des pouvoirs publics à leur service.

La lutte contre le changement climatique et contre la raréfaction des ressources impose d’adapter les systèmes énergétiques. Mais les choix énergétiques sont des choix de société.

Aujourd’hui, le système électrique français émet peu de gaz à effet de serre (GES) avec une production basée à 71 % sur le nucléaire et 11 % sur l’hydraulique. Cependant, le parc de centrales vieillit et des choix pour le futur s’imposent. Ils seront lourds de conséquences sur de nombreux plans : financier, écologique, de gestion industrielle, de souveraineté énergétique.

Alors même que réduire les émissions de GES des secteurs gros émetteurs – notamment transports – pourrait nécessiter un recours accru à l’électricité.

Si un large accord existe sur la nécessité de renoncer aux énergies fossiles, fortes émettrices de GES, de leur substituer une production à base de renouvelables et de réduire les consommations globales d’énergie, il n’en est pas de même par exemple sur les modalités de cette réduction de consommation énergétique, ni sur les moyens pilotables à mettre en œuvre pour pallier l’intermittence des EnR en l’absence de stockage à grande échelle. C’est la place de la production nucléaire qui est interrogée. Il est donc nécessaire de mener un véritable débat citoyen sur les grandes orientations énergétiques à retenir en conformité avec la transition écologique et sociale.

La mise en œuvre de ces choix énergétiques ne peut être confiée à une économie de marché avec des acteurs privés guidés par la seule logique financière. Des investissements massifs sont nécessaires, qui ne seront pas engagés par les opérateurs privés du fait notamment de la volatilité des prix de l’électricité sur le marché de gros. On l’a constaté, les pays où la libéralisation du marché électrique est la plus poussée souffrent de sous-investissements chroniques dans les moyens de production et les réseaux (avec les exemples de pannes et coupures de courant notoires en Californie, Espagne, Texas, … où les factures explosent alors soudainement). Un marché de l’électricité basé sur la concurrence est incapable de garantir la fourniture dans la durée.

Au contraire, l’adaptation du système électrique nécessite une planification publique (Programmation pluriannuelle de l’énergie PPE) en termes d’installation de capacités de production d’électricité (avec leur incidence sur le développement des réseaux) et de réduction radicale de la production énergétique fossile. Cette planification doit permettre, notamment, le développement d’une production photovoltaïque décentralisée, concerner également l’isolation thermique des bâtiments, le développement de bâtiments neufs à très basse consommation énergétique, la refonte du système de chauffage en général et plus généralement l’efficacité et la sobriété énergétiques. Il est nécessaire de prendre des mesures pour diminuer la consommation globale d’énergie.

La loi du marché n’aurait jamais permis l’émergence des EnR… pour lesquelles les investissements ont néanmoins été confiés à l’initiative privée.

Le développement significatif des filières électriques à partir de renouvelable (éolien, solaire, …) n’a été possible que grâce à des politiques publiques adoptées par les États, rompant de fait avec la loi du marché. En France, comme dans la plupart des pays de l’UE, des objectifs nationaux de développement pluriannuels des diverses filières de production d’électricité et de gaz à partir d’EnR ont été établis. Leur concrétisation a été laissée à l’initiative privée: individuelle, coopérative, sociétés privées (souvent faux-nez de compagnies internationales…).

La production des installations de puissance très diverses (toitures et fermes de la transition énergétique, solaires, parcs éoliens plus ou moins importants) a été subventionnée en instaurant un tarif d’achat obligatoire de tout kWh produit par ces filières. Ce tarif est garanti sur longue période (plus d’une dizaine d’années). Il est suffisamment avantageux pour assurer un retour sur investissement attractif (voire abusif) pour les producteurs. Ce prix est revu périodiquement pour les nouvelles installations en fonction de la baisse des coûts de production résultant de la baisse des prix des panneaux photovoltaïques et des éoliennes.

La puissance publique exercera son rôle à travers un service public couvrant ces domaines. Elle pourra tisser des relations nouvelles avec les collectivités locales afin d’encourager la recherche d’une certaine autonomie énergétique régionale dans le cadre de la planification nationale (et une accélération de la démarche d’autonomie de production EnR dans les îles) … Et également inventer de nouvelles relations avec les citoyen·nes et élu·es qui cherchent la voie d’une plus grande autonomie énergétique au niveau local, et avec les sociétés coopératives citoyennes de production EnR. Il s’agit de vivifier et de susciter le cadre d’une participation citoyenne actuellement trop souvent réduite, in fine, à une acceptation (forcée éventuellement) des choix « experts » des pouvoirs publics ou/et des industriels (enquêtes d’utilité publique, réunions officielles des collectifs d’information nucléaire, etc.).

Pour un véritable service public de l’électricité :

– Débat démocratique sur les choix énergétiques, pour répondre aux impératifs de la transition énergétique.

– Planification publique mettant en œuvre ces choix, optimisant la complémentarité entre les divers moyens de production, favorisant la sobriété et visant la souveraineté énergétique,

Démocratisation, avec des moyens d’intervention plus importants des salarié·es et de nouveaux modes de participation des citoyennes,

– Collaboration avec les collectivités et associations locales pour l’amélioration de l’autonomie énergétique.

Pour aller plus loin, ouvrir le débat public

En plus du nécessaire débat sur le modèle énergétique futur, engagé par la stratégie nationale bas carbone (SNBC), de nombreuses questions restent posées. Nous en posons ici deux.

Que faire de l’Arenh ? Ce dispositif a été instauré par la loi Nome pour répondre aux exigences de la Commission européenne et pour satisfaire les demandes des fournisseurs concurrents.

Depuis 2011 et jusqu’à 2025, il oblige EDF à mettre à disposition de ces fournisseurs 100 TWh (environ un quart de sa production nucléaire) à un tarif déterminé. Ce tarif, fixé à 42 €/MWh depuis 2012, n’a pas été réévalué depuis, contrairement à ce qui était prévu dans la loi. On l’a vu plus haut, il ne permet pas à EDF de couvrir les coûts du nucléaire, et l’entreprise, tout comme la Commission de régulation de l’énergie, en demandent sans succès la réévaluation. L’Arenh s’éteint en 2025, mais quid d’ici là ? La Cour des comptes elle-même note que le statu quo n’est pas acceptable car les fournisseurs alternatifs bénéficient avec l’Arenh de la « rente nucléaire », sans financer les actifs du parc de production, ce qui pèse sur les comptes d’EDF et potentiellement sur le financement de la sécurité. De plus, ces fournisseurs n’ont engagé aucun investissement dans des moyens de production de base (non intermittents), s’exonérant donc de la préoccupation de la continuité de service. Le devenir de l’Arenh doit être maintenant questionné dans le cadre d’un service public dans lequel EDF joue un rôle central. Ne serait-il pas juste que le gouvernement impose dès à présent un co-financement des actifs aux fournisseurs alternatifs, par une hausse de l’Arenh permettant à EDF de couvrir les coûts de production et de maintenance ?

Quel avenir pour EDF international ?

Dans le contexte de libéralisation actée en 1996, l’État et la direction d’EDF ont entériné une très capitaliste politique d’expansion internationale de l’entreprise. À la fin des années 1990, l’objectif était de réaliser 50 % du chiffre d’affaires hors hexagone. Cette aventure s’est traduite au cours des années 2000 par d’énormes investissements, payés par les usagers, destinés au rachat d’autres entreprises en Europe et en Amérique… avec un retour sur investissement pour le moins faible et la formation de l’essentiel de la dette actuelle du groupe ! Aujourd’hui, si l’on souhaite favoriser la souveraineté énergétique de chaque pays, n’est-il pas temps de questionner le bien-fondé des actifs internationaux d’EDF ?

Conclusion

Le projet Hercule obéit à une logique économique et politique qui est incompatible avec les objectifs sociaux, écologiques et démocratiques de la transition. Il doit être abandonné pour laisser place à un véritable service public de l’électricité.

NOTE :

1 : Source: Service des données et études statistiques (SDES) du Commissariat général au développement durable.

Par ATTAC, Fondation Copernic, publié en avril 2021

http://www.fondation-copernic.org/wp-content/uploads/2021/04/4-pages-Hercule-Copernic-Attac.pdf

26 AVRIL 1986 : IL Y A 35 ANS LA CATASTROPHE NUCLÉAIRE DE TCHERNOBYL S’ABAT SUR TOUTE L’EUROPE ET LE MONDE ENTIER

Rien n’est réglé depuis 35 ans et le début la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (Ukraine, ex-URSS). Les victimes s’accumulent, les morts se multiplient, les territoires sont condamnés à jamais malgré les dénis officiels des institutions pro-nucléaires nationales et internationales, du lobby nucléaire, des politiciens véreux. Les premiers de corvée, les peuples souffrent sur l’autel de la folie de la destruction atomique. N’oublions pas, souvenons-nous, agissons pour nous libérer de la terreur nucléaire. Rassemblements à Avignon*, Montpellier, Nîmes,…

On ne transige pas avec le crime. La catastrophe nucléaire est inhérente au processus même de destruction de l’atome au cœur des réacteurs nucléaires comme des bombes atomiques. L’accident n’est pas un avatar du à on ne sait quelle erreur technique ou humaine, voire conséquence d’une cause « naturelle« . L’explosion atomique est le propre de l’activité des industries civilo-militaires nucléaires. Ceux et celles qui en font la promotion et la mettent en œuvre relèvent d’une déviance inhumaine, de l’hubris, du mépris du vivant, de l’obscurantisme techno-scientisme.

Dans les rares pays nucléarisés de la planète, et particulièrement dans ce confettis géographique nommé France dépendant à 75% de la destruction atomique pour son électricité, le nucléaire de par ses rejets quotidiens de radioactivité est une atteinte permanente à la santé, au vivant, à la chaîne alimentaire, à l’air que nous respirons, à l’eau que nous buvons.

La catastrophe nucléaire du réacteur n°4 de la centrale atomique de Tchernobyl a étendu ses bras de morts sur l’ensemble de l’Europe, les retombées radioactives se sont engouffrées dans la vallée du Rhône jusqu’en Corse tout comme elles se sont abattues sur l’Est de la France, la région parisienne, le Centre, le Val de Loire,… personne n’a été épargné malgré les dires et mensonges officiels des experts en santé publique et politiciens relayés en chœur par les médias dominants (le nuage radioactif s’est arrêté à la frontière). Les victimes de cette monstruosité n’en finissent pas de se compter, les malades de la thyroïde (glandes où se fixe l’iode radioactive) en France, les cancers et ablations, les nodules contraignent à l’absorption de médicaments chimiques quotidiens (Levothyrox, Propylex notamment) pour survivre. Des centaines de milliers en France qui viennent s’ajouter aux morts et malades de la radioactivité en Ukraine, en  Biélorussie et d’ailleurs.

Il n’y a pas de bon ou de mauvais nucléaire (civil ou militaire). C’est une poisse, une saloperie née de l’imagination maladive d’obsédés du pouvoir et de la domination, de l’oppression et de la guerre.

Aux peuples, aux citoyens, aux individus, à chaque humain de s’y opposer jour après jour, heure après heure. Après il sera trop tard.

 L’appel international aux femmes du monde entier (Cet appel fait suite à l’appel du 26 avril 2016 qui avait suscité 400 initiatives à travers le monde)

 Le 26 avril 1986 commençait la catastrophe de Tchernobyl. Analysé, commenté, filmé depuis 35 ans, cet événement majeur de notre histoire contemporaine reste une «énigme à résoudre pour le XXIème siècle» nous avait annoncé Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature en 2015). C’est justement son texte La supplication paru en 1997 dans la revue russe Amitié entre les peuples et traduit depuis dans de très nombreuses langues qui a permis aux lecteurs du monde entier de prendre conscience des effets délétères de cette catastrophe technologique et humaine sans retour. 

 Récit tragique régulièrement adapté au théâtre, à la radio et au cinéma, il inspire de nombreux colloques, articles, romans, interviews … et controverses. D’une histoire d’amour banale, Le prologue de La supplication nous transporte au cœur d’un désastre technologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Le simple témoignage d’une toute jeune femme parlant de son mari sapeur-pompier va prendre les accents d’une épopée.  De garde cette nuit-là, son mari intervient avec quatorze collègues pour éteindre en vain ce qu’on leur avait annoncé comme  «un incendie ordinaire» sur le réacteur N°4 de la Centrale Lénine.

Irradié dès les premières minutes, son agonie durera quatorze jours au cœur de l’irrationnel, de l’épouvante … et de l’amour fou. Quatorze journées hallucinées, ravageuses pour lui et pour sa femme, pour leurs familles, leurs amis, mais aussi pour La Médecine, La Science, Le Pouvoir politique et Le Pouvoir militaire. En Union Soviétique comme dans le reste du monde.

Cet «Hymne à l’amour» (Nathalie Vannereau joue à Vallorcine en août 2019 )  vaut d’être chanté partout sur la Terre par un gigantesque chœur de femmes. Vous aimez lire ou dire à haute voix, vous êtes comédienne ou pas ? Alors, où que vous soyez dans le monde les 25 et 26 avril 2021 et à l’heure que vous déciderez (à partir de 18h le 25 et jusqu’à minuit le 26 )* lisez ou jouez le Prologue de La supplication de Svetlana Alexievitch.

Cet acte artistique éphémère est adressé à un public convié gratuitement dans une librairie, une bibliothèque, une ruine, un appartement, un théâtre, un jardin public, une salle de classe, une usine désaffectée, au cœur d’une forêt, en haut d’une montagne, dans une cour, un bar, un parking, un cinéma, une prison, un hôpital… Aux strictes conditions ci-dessus, Svetlana Alexievitch autorise et soutient l’initiative.

. Le texte qui sera lu : https://april26appeal.noblogs.org/files/2020/12/FRA_Une-voix-solitaire.pdf

. Groupe Facebook : https://www.facebook.com/groups/977646358962204/

. Appel international des Femmes : https://april26appeal.noblogs.org/francais/

. Liste des éditions et traductions du monde entier sur:  https://april26appeal.noblogs.org

* Avignon : lundi 26 avril 2021 de 15h à 16h30 devant l’Hôtel de ville

Partagez !

Par admin, publié le samedi 17 avril 2021 à 10h14

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/04/17/26-avril-1986-%3A-il-y-a-35-ans-la-catastrophe-nucleaire-de-Tchernobyl-s-abat-sur-toute-l-Europe-et-le-mond-entier

DÉBAT : ENFOUIR LA VÉRITÉ AVEC LES DÉCHETS NUCLÉAIRES ?

527 225 m3 de déchets radioactifs sont entreposés à la Hague, 628 000 m3 dans les trois centres de stockage de l’Aube. Dans le Grand Est, le projet Cigéo porté par l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) s’ajoutera vraisemblablement à ce dispositif.

Trois expertises se sont construites autour de ce mégaprojet. Trois expertises et autant d’approches de la notion de vérité.

Si l’expertise du promoteur, l’Andra donc, et celle des collectifs d’opposants (Bure-Stop, Cedra52, Eodra…) sont, de façon attendue respectivement favorable et défavorable à Cigéo, l’expertise universitaire, elle, pose problème.

Produire une vérité officielle

À priori « axiologiquement neutre » (c’est-à-dire sans prise de position éthique ou politique), ouverte à la dispute confraternelle et à la réfutation, l’expertise universitaire, dans le champ des sciences humaines et sociales (SHS), apparaît essentiellement réduite à produire une vérité officielle pour le compte d’un complexe industrialo-financier ; elle lui fournit l’assistance à maîtrise d’ouvrage demandée, tout en oblitérant les travaux des chercheurs qui s’écartent d’une ligne technocratique.

Une posture qui justifiait de rassembler les arguments de l’opposition citoyenne au projet Cigéo, dans un ouvrage consacré à ce projet d’aménagement, paru en avril 2017 et dont j’ai assuré la direction.

Toujours en attente de sa réfutation, l’argumentaire développé dans cet ouvrage révèle une des faces sombres des transitions énergétique et écologique : Cigéo constitue un fait spatial total, révélateur des paradoxes de notre démocratie.

L’expertise du promoteur : transition écologique ou fait du prince ?

L’OCDE et l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) encouragent le stockage souterrain des matières radioactives les plus dangereuses.

Autoriser Cigéo démontrerait que la filière électronucléaire est capable de gérer ses déchets ultimes : 1,67 million de m3 de déchets radioactifs classés selon leur dangerosité, et constitués pour 2,8 % de leur volume de déchets « à moyenne activité à vie longue » (MA-VL – outillages irradiés liés à la production ou à la maintenance) et à « haute activité à vie longue » (HA-VL – éléments de cœur de réacteur).

Les HA et MA-VL, qui seraient tous regroupés à Bure, concentrent 99,8 % de la totalité de la radioactivité. Un encouragement à produire une énergie décarbonée jusqu’à épuisement de l’uranium] dans quelques décennies.

En 1993, le Conseil général de la Meuse acte l’accueil d’un laboratoire pour l’étude de l’entreposage souterrain des déchets nucléaires, et de facto, la nucléarisation de son territoire.

Voir la vidéo (13mn 47s ) sur le site en fin d’article: Un siècle de nucléaire français dans le sous-sol de Bure. (Actu Environnement/Youtube, 2016).

Un groupement d’intérêt public est mis en place pour accompagner le projet ; une « corruption » institutionnalisée, dénoncent les opposants.

André Mourot, géophysicien indépendant, rappelle en 2002 l’existence de ressources géothermiques près de Bure, attestée dès les années 1970 par l’État. Pourtant, en cas d’existence d’un potentiel d’exploitation d’une ressource énergétique renouvelable, les règles fondamentales de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) prévoient l’interruption du projet.

Or l’ASN est présidée par Pierre-Franck Chevet, ancien membre du Conseil de surveillance d’Areva-Framatome et de l’Andra, maître d’ouvrage de Cigéo.

Le projet se poursuit après avoir modifié la règle – en considérant que ces ressources géothermiques ne présentent pas de caractère exceptionnel –, l’avoir démontré à l’aide d’un « sondage hydrogéologique calamiteux » et avoir fermé les portes du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Débats et pétition

Pour tenter de légitimer le projet, deux débats publics sont organisés. À la même époque, les collectifs d’opposants (Bure-Stop, Cedra52) recueillent auprès de 60 000 Meusiens et Haut-Marnais, la signature d’une pétition demandant à leurs Conseils généraux un référendum : « Êtes-vous pour la construction d’un centre d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure ? ».

Les pouvoirs publics « légitimes » rejettent cette démarche démocratique et citoyenne ascendante, tandis que la loi gestion de 2006 acte la solution du stockage souterrain, en introduisant sa réversibilité pendant un siècle.

Un second débat public est organisé en 2013. Échec à nouveau, l’ingénieur Bertrand Thuillier ayant mis en évidence des risques technologiques gardés sous silence. Malgré cela, la loi réversibilité est adoptée en 2016, après avoir été examinée par le député Christophe Bouillon, président du Conseil d’administration de l’Andra. Un conflit d’intérêts de plus, parmi tant d’autres.

Au service de « l’État nucléaire »

En 2009, l’Andra diffuse sa carte de la zone d’intérêt pour la reconnaissance approfondie (Zira), autour de Bure. Le gigantisme de Cigéo apparaît : 270 km de galeries, une ventilation en surface pour l’évacuation des gaz radioactifs pendant plus de cent ans, le rachat de milliers d’hectares de forêts et de terres agricoles…

Dans le même temps, la Meuse se couvre de parcs éoliens, diffusant l’image idyllique d’un territoire en pleine transition écologique.

Aujourd’hui, l’Andra doit produire sa demande d’autorisation de construction (DAC), alors que persistent des doutes sur Cigéo dont la phase pilote absorberait 95 % des provisions destinées à l’ensemble du projet jusqu’au milieu du XXIIe siècle.

En dépit de ses limites technologiques, démocratiques, environnementales, humaines et financières, ce projet d’aménagement s’imposerait grâce à la puissance de « l’État nucléaire », élément d’une gouvernance multiniveaux sophistiquée, elle-même expression d’un système-monde qui déploie sa vision idéologique et son action territorialisante au travers d’objets multiples, dont Cigéo est un artefact particulièrement éloquent.

L’expertise de l’universitaire, forcément valet, bouffon ou tartuffe ?

Une partie des sciences humaines et sociales produit désormais une science subventionnée par de grands acteurs dont les décisions relatives aux sujets sensibles (nucléaire, gaz de charbon, pesticides notamment) ne doivent jamais être critiquées.

La docilité des « professeurs » dénoncée par Yves Lacoste en 1976 demeure la règle.

Une production active de l’ignorance, l’entre-soi et l’éviction de toute géopolitique qui ne se réduise pas à une pseudoscience haushoférienne – Karl Haushofer est l’un des fondateurs de la géopolitique, du moins d’une discipline qui a fourni sous cette appellation, au début du XXe siècle, la caution pseudo-scientifique à un expansionnisme des plus violents.

Une instrumentalisation de la pensée aujourd’hui transposable à une géopolitique alignée cette fois sur la ligne de conduite des puissances et logiques financières. Une « bonne science » soucieuse de « favoriser l’acceptation » de projets inacceptés, voire inacceptables, et qui trouve dans les « complotistes » et autres catégories à blacklister, ses meilleurs ennemis : les intellectuels, forcément critiques à l’égard de notre système-monde néolibéral, de ses contradictions et de ses injustices.

Les expertises scientifiques laudatrices, elles, sont reconnues. Déjà en 1996, le rapport Meuse 2015. Construire ensemble la Meuse de demain, document paru après le vote clef du Conseil général de la Meuse en 1993, auquel collabore activement une experte géographe messine, n’évoque pas une seule fois Bure ni la question du nucléaire !

Cette science de diversion s’impose dans les cercles institutionnels, tandis qu’elle s’est discréditée auprès des citoyens. L’intellectuel, ou plutôt le chercheur organique (notion qui désigne, pour le sociologue Pierre Bourdieu, le chercheur qui renonce à sa liberté de pensée et de parole, pour se soumettre et complaire à un commanditaire), a perdu en confiance d’un large public ce qu’il a gagné en légitimité intéressée.

L’expertise des opposants : « agités du bocal » ou acteurs légitimes ?

Dans l’ouvrage scientifique d’avril 2017 évoqué plus haut, des « citoyens-experts » ont démontré l’infaisabilité de Cigéo. Mais Cigéo en Meuse, c’est Paris contre le désert français.

Et tandis que ces citoyens et collectifs d’opposants, parfois désignés sous l’appellation de hiboux et chouettes de Bure, poursuivent depuis près de trente ans leur combat de « malfaiteurs », le promoteur a peu à peu pris pied dans une région sans cohésion identitaire, sorte d’anti-Corse vouée à un éternel sacrifice au nom d’un intérêt général, aujourd’hui celui d’une filière technologique et financière.

Manifestation anti-Cigéo à Bar-le-Duc, en juin 2018. Jean‑Christophe Verhaegen/AFP

Une filière épaulée par des géographes et géopoliticiens subventionnés, pour qui Cigéo n’est qu’une « opportunité » dont il convient de « discuter les conditions de son intégration territoriale », malgré la confirmation de la dangerosité non maîtrisable du projet, régionalement comme internationalement.

Dans le Grand Est, les collectifs ont adjoint à leur exposé technique, un argumentaire géopolitique clairvoyant :

« De Bure à Notre-Dame-des-Landes, du Limousin à Dijon, nous avons dénoncé ensemble la présence de ce verrou antidémocratique qui nous rassemble au-delà de la singularité de nos batailles. Le sens de nos luttes se rejoint face aux connivences et aux méthodes de ceux que l’on a en face de nous. Nous sommes alliés, pour mettre en lumière ce qui ne se voit pas, mais qui rythme pourtant ce fameux « système », si abstrait dans l’idée, mais si concret dans ses implications… ».

Cigéo démontre, plus que jamais, la fracture entre expertises et vérités profanes et savantes, dominées et dominantes, scientifiques et académiques. Entre elles, un ventre mou social à conquérir pour faire prévaloir telle représentation de la démocratie plutôt que telle autre.

Par Pierre Ginet, (Professeur des universités en géographie et géopolitique, Université de Lorraine), publié le 18 avril 2021 à 17h02

Avant de partir…

Notre média est unique. Nous travaillons avec des chercheuses et des chercheurs afin de démocratiser le savoir. Nous sommes une association à but non lucratif, nous offrons du contenu gratuit, sans paywall, sans publicité. Nous sommes indépendants à 100%. Aidez-nous à partager une information fiable avec le plus grand nombre, en faisant un don.

Fabrice Rousselot, Directeur de la rédaction

Photo en titre : Conteneurs pour déchets radioactifs utilisés lors des tests dans le laboratoire souterrain de Bure. JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

https://theconversation.com/debat-enfouir-la-verite-avec-les-dechets-nucleaires-158038

COMMENT LA RUSSIE POURRAIT SE SERVIR DE « POSÉIDON », SA « SUPER ARME » NUCLÉAIRE

ÉCLAIRAGE – Selon CNN, Moscou développe actuellement une torpille nucléaire capable de provoquer de gigantesques tsunamis radioactifs. Une arme dont l’enjeu serait avant tout d’assoir l’influence russe dans l’Arctique.

Les experts militaires appellent cela un « Tigre de papier« . Une arme, en apparence si terrifiante et à la puissance si « apocalyptique« , que son objet premier serait davantage de dissuader que de provoquer la destruction pour laquelle elle est originellement conçue. 

Actuellement développé par la Russie, le programme « Poséidon 2M39« , cette « super torpille » nucléaire capable d’engendrer des « tsunamis radioactifs » sur les côtes ennemies, entre très certainement dans cette catégorie. Et à ce titre, elle fait partie de la nouvelle armada russe souhaitée par Moscou pour étendre sa sphère d’influence dans les années qui viennent. 

Ainsi, selon CNN, le sous-marin « Belgorod« , conçu pour accueillir le Poséidon (qui ferait 20 mètres de long) serait aussi sur le point d’être finalisé. Autre illustration de ce réarmement massif, les militaires russes plancheraient également sur un missile hypersonique, baptisé « Tsirkon« , capable de voyager furtivement à huit fois la vitesse du son, le rendant très difficile à contrer par une défense anti-aérienne, notamment américaine. 

De nouveaux équipements qui, à l’instar du Poséidon, seraient « utilisé(s) pour effrayer« , et comme « carte de négociation » au moment de défendre les intérêts russes face à ceux d’autres puissances étrangèresestime Katarzyna Zysk, professeur de relations internationales à l’Institut norvégien des études de défense. 

Pourquoi l’Arctique ?

Mais ces armes de pointe ont un autre point commun. Elle sont toutes développées dans d’anciennes bases soviétiques, réinvesties ces dernières années, et situées le long de la côte bordant l’Arctique. 

Un porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Thomas Campbell, décrit ainsi ce redéploiement au-delà du cercle polaire : « La Russie est en train de rénover les aérodromes et les installations radar de l’ère soviétique, de construire de nouveaux ports et centres de recherche et de sauvetage, et de construire sa flotte de brise-glaces à propulsion nucléaire et conventionnelle« . 

Du côté russe, on assure officiellement que ce regain d’intérêt pour l’Arctique est, bien que militaire, avant tout pacifique. En novembre, Vladimir Poutine la justifiait ainsi : « nous disposons d’une flotte de brise-glace unique qui occupe une position de leader dans le développement et l’étude des territoires arctiques. Nous devons réaffirmer cette supériorité constamment, chaque jour« . 

Un nouvel Eldorado russe ?

Et début avril, le président russe assurait encore que « l’expédition dans l’Arctique » n’avait pas « d’équivalent dans l’Histoire soviétique et moderne de la Russie. » Des velléités scientifiques pour expliquer la présence de plus en plus importante de la Russie dans la région, mais dont les enjeux semblent plus véritablement être stratégiques et économiques. 

Moscou compterait en effet étendre son influence sur la « route maritime du Nord« , une voie de navigation reliant la Norvège à l’Alaska, en longeant les côtes russes jusqu’à l’Atlantique Nord. Une route de plus en plus praticable du fait de la fonte des glaces provoquée par le réchauffement climatique. 

En l’empruntant, les porte-conteneurs réduiraient drastiquement leur temps de trajet entre l’Europe et l’Asie. Les retombées économiques seraient alors énormes pour la puissance dominante dans la région. Cette démonstration de force dans l’Arctique peut ainsi être vue comme un message sans ambiguïté envoyé par le Kremlin à la communauté internationale. 

Publié le 18/04/2021 à 08h00

Photo en titre : Image satellite montrant un sous-marin de missile balistique nucléaire russe Delta IV près de l’île d’Alexandra, dans l’Arctique, le 27 mars 2021. Crédit : AFP PHOTO / Satellite image ©2021 Maxar Technologies

https://www.rtl.fr/actu/international/comment-la-russie-pourrait-se-servir-de-poseidon-sa-super-arme-nucleaire-7900020421

MACRON + LEMAIRE = NUCLÉAIRE + HYDROGÈNE NON RENOUVELABLE

Macron est pronucléaire. Le Maire est prohydrogène. Mais l’hydrogène produit à partir du nucléaire n’est forcément pas renouvelable. Ce serait un hydrogène très polluant et dangereux. Combiner le nucléaire et l’hydrogène, ce serait chasser la peste climatique pour mieux répandre le choléra nucléaire.

Ce 15 avril 2021, l’émission Vous avez la parole sur France2 opposait l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot à Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, dans la perspective de la Présidentielle 2022.

N.B. Le débat manquait étrangement de tenue, car les 2 intervenants parlaient souvent en même temps. Il est vrai que les journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto s’amusaient à interrompre les 2 intervenants comme pour les déstabiliser ou les empêcher de développer leurs arguments.

Néanmoins Bruno Le Maire a eu la bonne idée, une première dans ce genre de débat, de marteler le mot « hydrogène« , exprimant en cela une conviction bien vertueuse (même s’il a mis beaucoup de temps à se rendre compte du potentiel de l’hydrogène).

Étrangement le mot « hydrogène » n’a pas du tout été repris ni par Yannick Jadot, ni par les journalistes. Jadot, Salamé et Sotto semblent ne pas encore avoir compris l’enjeu fondamental de la révolution énergétique que représente l’hydrogène.

Il est tout de même stupéfiant de constater que le leader écologiste qu’est Yannick Jadot n’a pas du tout rebondi sur le sujet de l’hydrogène, n’ayant développé aucun argument concernant l’hydrogène, un peu comme s’il n’en avait jamais entendu parler, alors qu’il appelait de ses vœux des technologies vertueuses et créatrices d’emploi, ce que l’hydrogène représente plus que toutes les autres technologies renouvelables dont l’hydrogène booste l’efficacité (notamment en permettant de profiter de l’intermittence).

Sur le sujet nucléaire en revanche, Léa Salamé et Thomas Sotto ont forcé le débat, présentant d’emblée une vidéo de Macron qui martelait clairement en décembre 2020 qu’il est pronucléaire et fier de l’être.

Faut-il rappeler d’abord à quel point le Président de la France se montre irresponsable quand il prône ainsi le nucléaire, sans du tout tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima qu’a vécu son homologue Naoto Kan, 1er Ministre du Japon au moment de cette catastrophe. Avant cette catastrophe, Naoto Kan était pro-nucléaire comme Macron. Mais après cette catastrophe, Naoto Kan est devenu le plus célèbre des activistes anti-nucléaire.

En février 2019 à Valence, Naoto Kan expliquait (voir vidéo) qu’aucun pays au monde n’a le droit de prendre le risque de devoir évacuer et déplacer le tiers ou la moitié de sa population, sachant que c’est ce qui a failli se produire au Japon en 2011. Naoto Kan a géré la plus grave catastrophe du nucléaire civil avec Tchernobyl. Il sait parfaitement de quoi il parle, mais Macron ne l’a jamais invité à partager son expérience. Un Fukushima made in France pend au nez de Macron.

Jadot a rappelé que le nucléaire coûte extrêmement cher à la France et aux français, que Flamanville seulement qui devait coûter 3,5 milliards d’euros, a déjà coûté pas loin de 20 milliards à la France selon la Cour des comptes. Si Mélenchon avait été là, il aurait sans doute parler aussi des 150 milliards d’euros (voir vidéo) budgétisés pour le grand rafistolage des vieilles centrales nucléaires dont il s’agit de prolonger la durée de vie. Et c’est sans parler du coût d’autres EPRs dont quelques attardés du nucléaire rêvent encore de décorer le paysage français, nonobstant le fiasco de Flamanville qui a fait exploser tous les compteurs en dépassements de budget et de délai.

Il va de soi que si de tels montants astronomiques étaient investis dans le renouvelable, la France n’aurait plus besoin du nucléaire et deviendrait LE leader mondial en matière d’énergies renouvelables.

Alors ce que Jadot aurait pu rétorquer en cours de débat, c’est que l’addition des fiertés de Macron et de Le Maire ouvrirait forcément la voie mortifère de la production d’hydrogène par électrolyse à partir d’énergie nucléaire, non renouvelable et très dangereusement polluant. En effet, si les renouvelables souffrent d’un déficit intermittent, le nucléaire souffre d’un excès de constance. La production d’électricité nucléaire doit être supérieure au maximum de la demande et ne peut pas être modulée en fonction de l’intermittence de la demande. Le couple Macron + Le Maire pourrait corrompre les espoirs vertueux d’une économie de l’hydrogène pour perpétuer la folie nucléaire française tant décriée aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hexagone.

Sous l’impulsion d’un Président pronucléaire, la France pourrait s’amuser à chasser la peste climatique en utilisant le choléra nucléaire, allant ainsi à contre-courant de ses partenaires européens. Quand en juillet 2020, l’Union Européenne lancé l’économie de l’hydrogène, c’est clairement l’hydrogène renouvelable qu’elle appelait de ses vœux et absolument pas un redéploiement du nucléaire.

En France, ceux qui craignent (voir NDLR ci-dessous) le pronucléaire Macron martèlent déjà depuis des années l’expression « hydrogène décarboné », pour éviter de parler d’hydrogène renouvelable, sachant que l’hydrogène renouvelable exclut le nucléaire.

Moralité:

1) Le nucléaire n’est pas une réponse acceptable au réchauffement climatique, la meilleure réponse étant l’hydrogène renouvelable.

2) Tout être sensé et responsable qui se respecte, qu’il soit français ou pas, doit d’ores et déjà espérer que Macron ne sera pas ré-élu.

Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

Par Jean-Lucien HARDY, (Blog : Hydrogène renouvelable… Hardyment vôtre… depuis 2013 ), publié le 18 avril 2021

Photo en titre : Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, visite la centrale nucléaire de Civaux, en France, le 17 mars 2016. © Reuters

https://blogs.mediapart.fr/jean-lucien-hardy/blog/160421/macron-lemaire-nucleaire-hydrogene-non-renouvelable

NDLR : Dans la phrase »… ceux qui craignent le pronucléaire Macron martèlent déjà depuis des années l’expression « hydrogène décarboné »,… », ne serait-ce pas plutôt ceux qui admirent le pronucléaire Macron… ?

LES ÉTATS-UNIS PRÊTS À DÉFENDRE LE JAPON AVEC L’ARME NUCLÉAIRE

Citant les «défis» que leur pose la Chine, les États-Unis ont confirmé leur détermination à défendre le Japon en faisant appel à une large gamme de moyens, y compris nucléaires, selon une déclaration conjointe des chefs d’État japonais et américain.

«Nous nous sommes engagés à travailler ensemble pour relever les défis de la Chine», a déclaré Joe Biden lors d’une conférence de presse à l’issue de ses négociations avec le Premier ministre japonais Yoshihide Suga.

Leur déclaration commune, adoptée à l’issue de la rencontre, détaille l’alliance américano-japonaise et la question de la sécurité commune allant jusqu’à l’utilisation d’armes nucléaires

Défendre en utilisant toutes les capacités

«Les États-Unis ont réaffirmé leur soutien indéfectible à la défense du Japon au titre du Traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon, en utilisant toute leur gamme de moyens, y compris le nucléaire», signale le document.

Joe Biden et Yoshihide Suga se sont également prononcés en faveur de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan. «Nous soulignons l’importance de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan et encourageons un règlement pacifique des problèmes (concernant cet endroit)

L’agence japonaise Kyodo fait savoir qu’il s’agit de la première mention de Taïwan dans une déclaration conjointe des dirigeants des deux pays depuis 52 ans. La dernière remonte aux négociations entre le Premier ministre japonais Eisaku Sato et Richard Nixon en 1969.

Le Xinjiang et les mers de Chine

Les deux pays ont fait part de leur sérieuse préoccupation concernant la situation des droits de l’Homme à Hong Kong et dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang.

Les deux parties, réaffirmant le fait que l’article V du Traité de coopération mutuelle et de sécurité s’applique aux îles Senkaku contestées par la Chine, rejettent toute tentative de changement dans la région. 

«Nous nous opposons à toute tentative unilatérale pour changer le statu quo en mer de Chine orientale. Nous avons réitéré nos objections aux revendications et activités maritimes illégales de la Chine en mer de Chine méridionale et réaffirmé notre vif intérêt partagé pour une mer de Chine méridionale libre et ouverte régie par le droit international, dans laquelle la liberté de navigation et de survol est garantie, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer», indique le document.

Les deux pays ont également réaffirmé leur engagement en faveur de la dénucléarisation complète de la Corée du Nord, l’exhortant à respecter ses engagements dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu.

Pékin s’oppose à la déclaration commune

La Chine n’a pas tardé à réagir avec un communiqué de son ambassade à Washington, affichant une «opposition résolue».

Les positions du Japon et des États-Unis «dépassent largement le cadre de relations bilatérales normales» et menacent les intérêts de parties tierces ainsi que la paix et la stabilité dans la zone Asie-Pacifique, lit-on dans le communiqué.

«Il est on ne peut plus ironique qu’une telle tentative d’attiser la division en Asie-Pacifique et de construire des petits blocs dirigés contre des pays tiers soit présentée comme de « la liberté et de l’ouverture« », a souligné l’ambassade en référence à la volonté américaine d’édifier une «région indo-pacifique libre et ouverte».

Par Victor Koulakov, publié le 17 avril 2021 à 9h53, mis à jour le 17 avril 2021 à 11h10

Photo en titre : © Photo / pixabay/tristanlai1220

https://fr.sputniknews.com/international/202104171045487011-les-etats-unis-prets-a-defendre-le-japon-avec-larme-nucleaire/

LE MOT DE L’ÉCO. LE NUCLÉAIRE : L’UN DES ENJEUX DE LA PROCHAINE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

Le nucléaire, c’est « Le mot de l’éco » du jour. « Nous croyons au nucléaire » a déclaré Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, jeudi 15 avril. Une petite phrase qui pèse lourd dans la bataille du nucléaire, et dont l’issue pourrait engager la France pendant presque un siècle. Le décryptage de Grégoire Lecalot. 

« Nous croyons au nucléaire » : cette profession de foi a été prononcée jeudi dernier, 15 avril, par le ministre de l’Économie en personne, Bruno Le Maire. Une petite phrase qui pèse lourd dans une grande bataille dont on parle assez peu, pandémie oblige, mais dont l’issue va pourtant engager la France pour quasiment un siècle : c’est la bataille de l’énergie.

Car la France voit arriver le moment de tourner une page, celle du tout nucléaire, dont l’histoire commence à s’écrire dans les années 70, en réaction au choc pétrolier. La génération de centrales construites jusque dans les années 90 commence à vieillir.

Fin février, l’autorité de sûreté nucléaire a validé la prolongation de 10 ans des plus vieilles d’entre elles. Mais compte-tenu des délais de conception, de construction, et des dizaines de milliards d’euros qu’il faut investir, il faut compter 10 à 15 ans pour disposer des équipements. C’est donc dès maintenant que l’État et les filières industrielles concernées se penchent sur l’avenir de la production d’énergie. 

franceinfo : Le nucléaire est donc en concurrence avec d’autres types d’énergies ? 

Grégoire Lecalot : L’énergie nucléaire est en concurrence avec les énergies renouvelables, le solaire et l’éolien surtout, complétés par la production hydroélectrique, les barrages pour faire simple. Et c’est un rapport de RTE, le réseau électrique français – une référence mondiale en terme de gestion électrique – qui jette un pavé dans la mare du nucléaire. Ce rapport dit qu’il est envisageable technologiquement d’arriver à 100% ou presque, de production en énergies renouvelables, à l’horizon 2050. Mais à condition de se lancer sans attendre dans les études et les travaux lourds qui permettraient de monter un réseau sécurisé. (NDLR : mais comme nos gouvernants préfèrent le nucléaire, rien n’avance vraiment du côté des renouvelables qui ne progressent que bien trop lentement)

Un réseau sécurisé garantirait en permanence l’approvisionnement électrique, puisque contrairement à une centrale, le solaire et l’éolien ne produisent pas à la demande. Ce n’est pas nous qui décidons du vent ou de l’ensoleillement. Ce rapport a été salué par les opposants au nucléaire, à commencer par la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. Mais pas de commentaire du côté de Bercy ou de l’Élysée. 

Et ce silence est une bonne nouvelle pour la filière nucléaire ?

Oui, d’autant qu’en plus de son credo nucléaire, Bruno Le Maire a signé, jeudi 15 avril, la création d’une université des métiers du nucléaire. Et fin décembre, Emmanuel Macron a également fait part de ses convictions en faveur de l’atome.  Ce qui est en balance, c’est donc soit de se lancer dans le 100% énergies renouvelables, soit dans un programme de construction de 6 nouveaux réacteurs nucléaires EPR, pour arriver à une production moitié nucléaire en 2035, au lieu de 70% aujourd’hui.

Emmanuel Macron a repoussé la décision après la mise en service du premier EPR à Flamanville, dont le chantier traverse bien des difficultés. L’avenir du nucléaire sera donc un des enjeux de la prochaine élection présidentielle. 

Par Grégoire Lecalot (FranceInfo, Radio France), publié le 17/04/2021 à 07h11, mis à jour le 17/04/2021 à 07h18

Photo en titre : Cattenom, 17 mars 2021. La centrale nucléaire EDF de Cattenom en Moselle, crachant ses volutes de vapeur d’eau et créant un plafond de nuages au-dessus de la campagne environnante. (Illustration) (JULIO PELAEZ / MAXPPP)

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-mot-de-l-eco/le-mot-de-l-eco-le-nucleaire-l-un-des-enjeux-de-la-prochaine-election-presidentielle_4357573.html

NDLR : si le 2ème tour des présidentielle est le même qu’en 2017, alors le nucléaire aura carte blanche jusqu’à la fin du siècle !

NUCLÉAIRE. À FLERS, CE COLLECTIF INTERPELLE CITOYENS ET ÉLUS : « IL FAUT ÊTRE CONSCIENT DES CHOSES »

Ce samedi 17 avril 2021, des membres du collectif Le nucléaire et ses déchets « non merci ! » se sont mobilisés à Flers (Orne). Ils ont sensibilisé sur les conséquences du nucléaire.

« Tchernobyl, Fukushima, plus jamais ça ! », peut-on lire sur l’une des banderoles installées par le collectif citoyen normand Le nucléaire et ses déchets : non merci ! d’Athis-de-l’Orne. Samedi 17 avril 2021, il s’est mobilisé sur la place Saint-Germain de Flers (Orne).

À lire aussi : Pratique du vélo à Flers et ses alentours : un vrai engouement

Près du marché, six membres (afin de respecter les restrictions sanitaires) de l’association se sont réunis dans le cadre de cette action symbolique

Membres du collectif Le nucléaire et ses déchets : non merci !: « À l’occasion des 10 ans de la catastrophe de Fukushima et les 35 ans de celle de Tchernobyl, nous souhaitons sensibiliser les citoyens et les élus sur la question « Pourquoi le nucléaire ? » »

Le nucléaire : 30 % de la consommation d’eau globale

À partir de 11h15 et pendant une heure environ, les adhérents habillés de combinaisons blanches ont interpellé les passants en pointant du doigt les conséquences liées au nucléaire

Membres du collectif Le nucléaire et ses déchets : non merci ! « L’uranium nécessaire à faire tourner les réacteurs des centrales n’est pas renouvelable, et en France nous sommes dépendants de son importation qui génère par ailleurs des conflits dans les pays producteurs. »

Selon eux, le coût de cette énergie est excessif, et les pertes dans les circuits importantes. « Le nucléaire arrive juste après l’agriculture concernant l’utilisation d’eau sur le territoire. »

À lire aussi : Carte interactive. Flers est-elle vélo compatible ? On l’a testé pour vous

« Faire évoluer les volontés politiques »

Pour appuyer ses idées, le collectif évoque aussi le cas de l’EPR de Flamanville (Manche), située moins de deux heures du Bocage. « Le site pollue et il est très dangereux, alors nous ne sommes pas à l’abri d’un accident », poursuivent les citoyens engagés en précisant qu’il « ne faut pas faire peur, mais être conscient des choses ».

Membres du collectif Le nucléaire et ses déchets : non merci ! « En plus, il y a de lourdes conséquences environnementales, car le retraitement des déchets ultimes, par exemple le démantèlement d’un cœur nucléaire, on ne sait pas faire. »

Tout en suggérant des solutions au quotidien, comme diminuer sa consommation individuelle d’électricité ou favoriser l’énergie renouvelable, le collectif espère « faire évoluer les volontés politiques, mais on se trouve face à des lobbys ». 

À lire aussi : Ordures ménagères : quelles solutions pour améliorer le tri à Flers ?

À l’heure où les questions environnementales se trouvent au centre des débats, cette action a aussi permis de partager une inquiétude : « alors que l’un des engagements du Gouvernement était de ne pas créer de nouveaux EPR sur le territoire, il semble que cette décision soit remise en question avec le projet de Loi climat… »

Par Maureen Marie, publié le 17 Avrol 2021 à 13h07 

Photo en titre : Ce samedi 17 avril 2021, des membres du collectif citoyen normand Le nucléaire et ses déchets : « non merci ! » ont organisé une action symbolique sur la place Saint-Germain de Flers (Orne) pour dénoncer les conséquences du nucléaire.

https://actu.fr/normandie/flers_61169/nucleaire-a-flers-ce-collectif-interpelle-citoyens-et-elus-il-faut-etre-conscient-des-choses_41136012.html

CORÉE DU NORD : L’INSTALLATION DE RETRAITEMENT NUCLÉAIRE DE YONGBYON MONTRE DES SIGNES D’ACTIVITÉS

WASHINGTON, 15 avr. (Yonhap) — La Corée du Nord pourrait avoir repris l’exploitation de ses installations de retraitement à Yongbyon dans le but de produire des matières nucléaires, a suggéré jeudi Beyond Parallel, un projet du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), citant des images satellite récentes.

Des images thermiques infrarouges du centre de recherche nucléaire de Yongbyon, prises le 14 avril, fournissent «de fortes indications» d’activités impliquant le chauffage des bâtiments, a déclaré le groupe de réflexion américain.

«Ces indications révèlent des schémas clairs, distincts du terrain environnant et des schémas quotidiens de chauffage solaire, qui suggèrent que le laboratoire de radiochimie, sa centrale thermique associée et l’usine de centrifugation ont repris leurs activités au début du mois de mars 2021 et se sont poursuivis jusqu’à la mi-avril 2021», a-t-il ajouté.

Beyond Parallel avait précédemment suggéré des activités possibles dans des installations de retraitement nord-coréennes, citant des images satellite prises le 30 mars, qui montraient de la vapeur ou de la fumée émanant d’une installation de Yongbyon supposée être un laboratoire radiochimique.

Le think tank a souligné que la nouvelle imagerie thermique confirmait davantage sa suspicion antérieure.

«Les schémas thermiques seuls peuvent ne pas être en mesure d’expliquer toute l’étendue des opérations par eux-mêmes, cependant, ils peuvent (et c’est le cas) fournir des preuves claires des opérations à ces endroits», a-t-il expliqué.

Les installations de retraitement produisent du plutonium, une matière fissile utilisée pour fabriquer des bombes nucléaires.

«Comme indiqué dans notre rapport de mars 2021, cette activité renouvelée est probablement l’indicateur d’une nouvelle campagne de retraitement conçue pour élargir l’inventaire de matières fissiles de la Corée du Nord pour les armes nucléaires», a expliqué le groupe de réflexion, qualifiant cela de décision stratégique du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un pour continuer de «faire monter lentement la pression» sur la Corée du Sud et les États-Unis.

Beyond Parallel a noté que les images infrarouges suggéraient cependant une inactivité continue des réacteurs nucléaires de Yongbyon, citant l’absence de modèles thermiques significatifs à leurs emplacements.

Cette image satellite, prise le 14 juillet 2016, et fournie par Airbus Defence and Space ainsi que l’Institute for Science and International Studies (ISIS) le 20 septembre, montre l’usine de retraitement nucléaire du complexe de Yongbyon dans le nord-est de la Corée du Nord. ISIS a déclaré que l’image montre peu d’activité à l’usine par rapport à celle détectée plus tôt cette année lorsque le retraitement aurait été en cours, indiquant que le Nord a peut-être fini d’extraire le plutonium du combustible nucléaire usé, en obtenant suffisamment pour produire jusqu’à quatre armes nucléaires supplémentaires.

Par as26@yna.co.kr, publié le16.04.2021 à 09h26

https://fr.yna.co.kr/view/AFR20210416000400884

NOUS CONDAMNONS FERMEMENT LA DÉCISION DU GOUVERNEMENT JAPONAIS DE REJETER DE L’EAU CONTAMINÉE DANS L’OCÉAN

Aujourd’hui, lors d’une réunion du Cabinet, le gouvernement japonais a décidé de rejeter dans l’océan l’eau traitée dite ALPS (Advanced Liquid Processing System) stockée dans des réservoirs sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Il n’y a pas eu de séances d’information ou d’auditions publiques depuis la publication du rapport du sous-comité ALPS en février 2020. Il y a eu des propositions du stockage en mortier solidifié et de stockage stable dans de grands réservoirs robustes utilisés pour stocker le pétrole, mais de telles alternatives n’ont pas été envisagées ni discutées du tout. La décision a été prise dans le cadre d’un processus hautement antidémocratique, ignorant de nombreuses voix d’opposition et d’inquiétude tant au pays qu’à l’étranger, y compris celles de l’industrie de la pêche. Nous condamnons fermement cette décision.

1 : La quantité totale de matière radioactive contenue dans l’eau est inconnue

L’eau du réservoir contient environ 860 billions de becquerels de tritium. En outre, on estime qu’il reste environ 1 200 billions de becquerels (NDLR : 1 billion = mille milliards) dans le bâtiment du réacteur et à l’intérieur du réacteur.

Il restait non seulement du tritium mais aussi des matières radioactives telles que le césium 134, le césium 137, le strontium 90 et l’iode 129, et le rapport de concentration totale de 1 était dépassé dans environ 70% de l’eau1. Il a été rapporté par Kyodo-News pour la première fois en 2018 que des matières radioactives autres que le tritium restaient dans le réacteur2. Jusque-là, la Tokyo Electric Power Company (TEPCO) avait déclaré que toutes les matières radioactives autres que le tritium seraient éliminées et qu’elles tomberaient en deçà des normes.

À l’heure actuelle, TEPCO affirme que les matières radioactives autres que le tritium seront rendues « inférieures à la norme par un traitement secondaire », mais il n’a pas indiqué quel type et combien de matières radioactives resteront dans l’eau après le traitement secondaire.

Le gouvernement prévoit de rejeter 22 trillions de becquerels de tritium par an dans l’océan (NDLR 1 trillion = 1 milliard de milliards). Avant l’accident nucléaire, la quantité de tritium rejetée dans l’océan par la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi était de 1,5 à 2 billions de becquerels par an3. Cela signifie rejeter environ 10 fois cette quantité de tritium dans l’océan pendant plusieurs 10 ans.

TEPCO dit qu’il limitera la quantité de matières radioactives dans l’eau traitée à 1500 becquerels par litre lors de leur rejet dans la mer. Certains médias appellent cela «un rejet d’eau traitée diluée à 1/40 de la norme», mais cela est très trompeur. 60 000 becquerel / litre est la norme pour le tritium seul.

À la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, lors de la détermination des concentrations de tritium dans les eaux usées des eaux souterraines, etc., la contamination provenant d’autres sources telles que les installations sur le site a été prise en considération afin d’atteindre une dose supplémentaire annuelle de 1 millisievert, ce qui est égal à la norme à l’intérieur du site et les autres nucléides contenus dans les eaux usées ont également été pris en compte, et le niveau a été fixé à 1 500 becquerels / litre. En d’autres termes, il convient de noter que 1 500 becquerels par litre n’était qu’une exigence réglementaire.

2 : Alternatives jamais discutées ou prises en compte

La Commission citoyenne sur l’énergie nucléaire, dont certains membres sont des ingénieurs et des chercheurs, a proposé le stockage de grandes cuves et la solidification du mortier, et l’a soumise au ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie. Celles-ci n’ont pas du tout été prises en compte, malgré le fait que ces mesures étaient bien documentées et avaient de solides antécédents.

Le «plan de stockage des grands réservoirs» est un plan visant à construire un grand réservoir avec un toit en dôme et un évent étanche. Quant au chantier, il y a une zone qui avait été épargnée pour les réacteurs n ° 7 et n ° 8 sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et un dépotoir. Les grands réservoirs sont utilisés pour le stockage de pétrole et à d’autres fins.

Si une option de toit en dôme est adoptée, il n’y a pas lieu de s’inquiéter de la contamination de l’eau de pluie. L’installation de la digue est également incluse. Le «Mortar Solidification Plan» est une méthode utilisée pour l’élimination de l’eau contaminée à la centrale nucléaire de Savannah River aux États-Unis. L’eau contaminée est un mortier de ciment et de sable stocké dans un état semi-souterrain.

Le rapport du sous-comité ALPS ne contenait que le refus unilatéral de TEPCO du plan de stockage des grands réservoirs. Au cours du processus, aucune audition n’a été menée avec le Comité des citoyens du nucléaire qui a fait la proposition.

3 : Rompre la promesse avec les communautés de pêcheurs

Depuis immédiatement après l’accident, les pêcheurs locaux ont souffert du rejet intentionnel et non intentionnel d’eau contaminée par TEPCO. En avril 2011, TEPCO a libéré 10 000 tonnes d’eau contaminée à titre de mesure d’urgence. À ce moment-là, il n’y a pas eu de consultation avec les pêcheurs et la Fédération nationale des associations de coopératives de pêche a vivement protesté contre TEPCO.

Le 23 juin 2020, la Fédération nationale des associations coopératives de pêche a adopté à l’unanimité une résolution spéciale contre le rejet d’eau contaminée dans la mer.

Un pêcheur nous a dit: « Petit à petit, des progrès ont été accomplis vers la restauration des pêcheries. Nous ne pouvons retrouver notre compétitivité que si nous améliorons la mer à Fukushima. Peu importe combien elle est purifiée, elle contient de la radioactivité. Je m’oppose au rejet de dans l’océan « . Le gouvernement devrait écouter ces pêcheurs.

4 : Processus décisionnel non démocratique

Depuis que le sous-comité a rédigé le rapport, le ministère n’a pas tenu de séances d’information ou d’audiences publiques sur son contenu. Au lieu de tenir des audiences publiques, le ministère a tenu sept réunions depuis avril 2020 à Fukushima et à Tokyo pour entendre les opinions des représentants des groupes industriels et des gouvernements locaux de son choix. Les réunions ont été suivies par des vice-ministres supérieurs des ministères, avec des chefs de gouvernements locaux et des représentants d’organisations, qui avaient été informés à l’avance par le METI, exprimant leurs opinions un par un, et avec peu de questions et de réponses.

Sur les 44 personnes qui ont pris la parole, 43 étaient des hommes. En conséquence, les voix des femmes et des jeunes n’ont pas été entendues. Même lors d’une telle audition formelle, non seulement la Fédération des pêches de la préfecture de Fukushima, mais aussi la Fédération des coopératives forestières de la préfecture de Fukushima et la Fédération des coopératives agricoles de la préfecture de Fukushima ont exprimé leur opposition à la libération en mer et dans les airs. En d’autres termes, les groupes locaux de l’industrie primaire se sont tous opposés.

5 : Nécessité d’une discussion ouverte et transparente

Le gouvernement et les médias ont minimisé l’impact du rejet d’eau traitée par l’ALPS dans l’océan en le limitant à des «rumeurs nuisibles» ou fuhyo-higai. Cependant, le rejet d’eau contaminée traitée dans l’océan est le rejet de matières radioactives dans l’environnement. L’accident nucléaire était une catastrophe d’origine humaine, et le gouvernement et TEPCO sont responsables de l’accident. L’approche du gouvernement consistant à ne mettre l’accent que sur les «rumeurs nuisibles» fait apparaître les personnes qui soulignent les effets et les risques des rejets océaniques comme s’ils en étaient les auteurs, mettant ainsi fin aux discussions.

Il n’est pas trop tard maintenant. Le gouvernement devrait divulguer les informations sur la quantité totale de matières radioactives contenues dans l’eau contaminée traitée et mener un examen et une discussion ouverts sur les alternatives et les risques.

NOTES :

1. Le total de la concentration réelle de chaque matière radioactive divisée par la limite de concentration notifiée est inférieur à 1.2. Kyodo News «L’eau traitée de la centrale nucléaire de Fukushima contient des substances radioactives» 19 août 2018

3. Selon le «Rapport sur le contrôle des rayonnements des installations nucléaires pour l’exercice 2015» de l’Autorité de régulation nucléaire, la quantité de tritium rejetée par le NPS de Fukushima Dai-ichi (Becquerel / an) est la suivante.

2006 Env. 2,6 billions

2007 Env. 1,4 milliard

2008 Env. 1,6 milliard

2009 Env. 2,0 milliards

2010 Env. 2,2 milliards

Avant l’accident nucléaire, les matières radioactives autres que le tritium du NPS de Fukushima Dai-ichi étaient N.D. [non détecté]

4. TEPCO “東京 電力 (株) 福島 第一 原子 力 発 電 所 の サ ブ ド レ ン 水 等 の 排水 に 対 す る 要 望 書 に 対 す る 回答 に つ い て (Réponse à la demande de l’Association coopérative des pêcheries de Fukushima le 25 août 2015)

5. FoE Japan «Que disent les coopératives de pêche au sujet du déversement d’eau contaminée dans l’océan», https://311mieruka.jp/info/en/mieruka-facts/fact-16/ (Les résultats de l’enquête ont été initialement publiés en mai 2020)

Publié le 13 avril 2021

https://www.foejapan.org/en/energy/doc/210413.html

POURQUOI LE NUCLÉAIRE VA S’INVITER DANS LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE DE 2022

La gauche et la majorité macroniste semblent divisées sur la construction rapide de nouveaux EPR, tandis que la droite et l’extrême droite accentuent leur soutien à la filière.

En pleine période de pandémie et de crise économique, débattre sur l’équilibre du système électrique français en 2050 pourrait sembler décalé. Et pourtant : le lobbying et les batailles en coulisses sont bel et bien lancés, à grande vitesse. Dans la filière nucléaire, on scrute comme le lait sur le feu les attitudes et les inflexions des candidats déjà déclarés ou potentiels à la présidentielle de 2022.

Le nucléaire français fait face à un défi existentiel : il s’agit de décider si la France se lance dans la construction de nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR (réacteur à eau pressurisée européen) – comme celui en chantier depuis 2007 à Flamanville – ou si, au contraire, elle décide de ne plus investir et d’organiser une sortie du nucléaire à moyen terme. Le parc actuel de 56 réacteurs ne sera pas éternel, et plusieurs devront cesser de fonctionner en cascade à partir de 2040. Dès lors, la décision de lancer ou pas de nouveaux chantiers – qui peuvent durer entre dix et quinze ans – doit être prise rapidement et incombera au prochain président de la République.

Emmanuel Macron a reporté cette décision à l’après-2022, la renvoyant au moment où les travaux de l’EPR de Flamanville seront terminés – au mieux en 2023. Depuis son élection en 2017, le chef de l’État entretient un « en même temps » parfois confus sur le sujet énergétique. M. Macron est historiquement un partisan de l’énergie nucléaire. Il l’a rappelé en décembre 2020, en visitant la forge du Creusot en Saône-et-Loire, qui fabrique notamment des cuves de réacteurs. « Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire », avait-il expliqué sans pour autant annoncer de décision sur la construction de nouveaux réacteurs.

Ambiguïtés de la majorité

Pour autant, depuis le début du quinquennat, trois des quatre ministres qui se sont succédé à la transition écologique, dont dépend le domaine de l’énergie, étaient critiques envers le nucléaire : Nicolas Hulot, François de Rugy et l’actuelle ministre Barbara Pompili. Élisabeth Borne était également sceptique quant à la nécessité de construire de nouveaux EPR. Et Emmanuel Macron a mis en œuvre la promesse de François Hollande de fermer la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin).

Lire également : Entretien avec le physicien Bernard Laponche : « L’état du parc nucléaire français est préoccupant »

Une passe d’armes a illustré les ambiguïtés de la majorité. François Bayrou, allié du président de la République et haut-commissaire au Plan, a livré dans un document lapidaire fin mars un plaidoyer très favorable au nucléaire. « Il faut construire d’autres réacteurs, il n’y a pas d’autre solution », plaide le patron du MoDem.

Sur Twitter, la ministre Barbara Pompili s’est empressée de lui répondre vertement en lui soumettant les résultats des derniers travaux qui posent les bases techniques d’un scénario reposant sur 100 % d’énergies renouvelables. Cette étude du Réseau de transport d’électricité (RTE) et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), rendue publique en janvier, avait suscité l’enthousiasme de la ministre, qui a qualifié sa publication de « moment copernicien », alors que Bercy et l’Élysée ont affiché un silence gêné.

Attente et enthousiasme

« Macron a le nucléaire honteux depuis le début du quinquennat, mais on espère que ça s’arrange », confiait récemment un haut dirigeant d’EDF. Les patrons de la filière ont tous salué les dernières sorties très pro-nucléaires du président de la République, mais ils attendent des actes, et observent avec enthousiasme l’arrivée de candidats plus explicites sur le sujet, au premier rang desquels Xavier Bertrand.

Lire aussi: La campagne anti-éolien de Xavier Bertrand (Article réservé à nos abonnés)

Le président des Hauts-de-France n’a jamais caché sa préférence pour l’atome. Il est élu dans la région qui compte la plus grande centrale nucléaire d’Europe, à Gravelines (Nord), et a déjà fait acte de candidature pour la construction d’un réacteur EPR sur son territoire. « Je le dis sans ambages : je suis pro nucléaire », a redit récemment l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui a rencontré plusieurs représentants syndicaux du secteur.

Dans le même temps, M. Bertrand mène depuis deux ans une campagne active de soutien aux opposants locaux à l’installation d’éoliennes, reprenant parfois sans mesure des approximations ou des informations fausses. Il a ainsi promis de s’opposer à toute installation de parcs éoliens dans les Hauts-de-France, ce qui ne relève pas de sa compétence, ou dénoncé l’absence d’emplois liés à l’éolien dans la région, qui en compte pourtant près de 1 800, un chiffre en constante progression.

Cette position est partagée par d’autres prétendants à droite, comme le sénateur Les Républicains (LR) de Vendée Bruno Retailleau ou le président d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. Une autre possible candidate chez LR se fait plus discrète sur la question : Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France. Comme la plupart des dirigeants de région, elle participe au financement des projets d’énergies renouvelables, et plaidait en 2018 pour que la région, qui importe 90 % de son électricité, « assume de sortir progressivement du nucléaire ».

Marine Le Pen, elle, a fait de la défense du nucléaire l’un des principaux piliers de sa politique en matière d’écologie. Une position sur laquelle la présidente du Rassemblement national (RN) assume d’avoir changé d’avis depuis 2012, lorsqu’elle dénonçait « les dangers » de l’atome.

Jusqu’en 2017, un consensus à gauche

À gauche, la question était relativement consensuelle en 2017 : les principaux candidats plaidaient pour une sortie du nucléaire. Jean-Luc Mélenchon n’a pas varié, et a même durci récemment sa position : invité au micro de France Inter, mi-mars, le chef de file de La France insoumise (LFI), candidat déclaré en 2022, a affirmé que les scénarios de sortie de l’atome évoqués n’étaient pas assez ambitieux. Il a plaidé pour une politique de réduction forte de la consommation d’électricité et une sortie du nucléaire d’ici à 2030 – un objectif unanimement jugé très difficile à tenir. D’autant que les pistes de solutions de remplacement suggérées sont imprécises : M. Mélenchon a évoqué l’énergie hydrolienne, une technologie très peu développée, ou l’énergie « thermique », sans préciser comment serait produite l’électricité.

Sa déclaration a provoqué l’ire des partisans du nucléaire. « Vous êtes une catastrophe naturelle… Si on a le temps, on passera couper votre compteur », a ainsi menacé le compte Twitter de la CGT de la centrale de Fessenheim, fermée en juin 2020. Un message immédiatement relayé par… Arnaud Montebourg, lui aussi possible candidat à la présidentielle. « Merci à la CGT ! Nous avons fermé la centrale nucléaire de Fessenheim pour acheter de l’électricité aux centrales à charbon allemandes. L’urgence, c’est l’extinction du charbon et du pétrole pour diminuer les émissions européennes de CO2. Et nous avons besoin du nucléaire pour cela », a twitté l’ancien ministre socialiste, qui reprend à son compte un raccourci caricatural sur le charbon allemand qu’affectionnent les milieux industriels alors que la France est largement exportatrice d’électricité.

Arnaud Montebourg a d’ailleurs défendu sa position pro nucléaire, lundi, lors d’un débat organisé par le site Reporterre avec le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle. Là où M. Montebourg a plaidé pour placer l’atome au cœur de la réindustrialisation française, M. Piolle, candidat à la candidature chez les écologistes, a estimé que « le nucléaire ne devait plus faire partie de la photo en 2050 ».

Montebourg a également signé en décembre un texte pour la protection du « patrimoine nucléaire français», aux côtés de plusieurs figures de droite, comme l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer, mais aussi de plusieurs élus communistes comme les députés Sébastien Jumel et André Chassaigne. Un appel relayé sur le site du PCF, qui n’a plus l’intention de masquer ses différences avec M. Mélenchon sur le sujet.

Les écologistes, eux, n’ont pas varié d’un pouce : l’eurodéputé d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Yannick Jadot, ancien de Greenpeace, a assuré le 29 mars sur France Inter qu’il faudrait « une quinzaine d’années » pour sortir du nucléaire en France, compte tenu du retard pris dans le développement des énergies renouvelables et dans les économies d’énergie.

Au Parti socialiste, le premier secrétaire Olivier Faure maintient le flou et ménage ses possibles alliés écologistes… tout en reconnaissant sur France Info, en février, que le nucléaire peut être une « énergie de transition » – une expression qui fait sourire dans la filière, tant les investissements se décident sur plusieurs dizaines d’années. De quoi réchauffer l’ambiance autour de la table lors de l’éventuelle rencontre prévue entre les dirigeants de gauche, à l’initiative de Yannick Jadot, pour évoquer l’élection présidentielle de 2022.

Par Nabil Wakim, publié le 15 avril à 15h30, mis à jour à 19h58

Photo en titre : Macron, en visite à l’usine du chaudiériste nucléaire Framatome du Creusot (Saône-et-Loire), le 8 décembre 2020. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/15/pourquoi-le-nucleaire-va-s-inviter-dans-la-campagne-presidentielle-de-2022_6076899_823448.html

POUR LES 35 ANS DE TCHERNOBYL : L’APPEL DU 26 AVRIL

« Vous ne devez pas oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé, qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main ! »

Svetlana Alexievitch, La Supplication, p.24

Le 26 avril 1986 commençait l’accident de Tchernobyl. Pour beaucoup de lecteurs du monde entier, c’est la lecture de La Supplication, ce livre du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch, qui a permis de prendre conscience intimement de l’horreur de cette catastrophe technologique et humaine sans retour. Ce texte commence par le récit poignant d’une femme dont le mari, pompier intervenu dès le début de l’accident, décèdera après une irradiation aigüe.

35 ans après l’accident, nous rejoignons l’appel international du 26 avril 2021 afin que partout vive la mémoire du pire accident nucléaire de l’Histoire et que personne n’oublie ses conséquences sanitaires et environnementales qui durent toujours.

Les 25 et 26 avril prochains, nous invitons les femmes (et les hommes) à lire à haute voix le prologue de La Supplication. À l’occasion de lectures publiques, dans des théâtres occupés, lors d’une manifestation ou dans tout autre lieu que vous jugerez pertinent, nous vous invitons à démultiplier les lectures de cet extrait si particulier, afin de marquer le coup.

 Lire l’appel du 26 avril en entier

 Télécharger le texte à lire le jour J

 Visualiser les lectures publiques déjà prévues ou en proposer une nouvelle

 Inscrire à notre agenda en ligne une lecture ou tout autre événement

Par le Réseau Sortir du Nucléaire, (9 rue Dumenge, 69317 Lyon, cedex 04,  www.sortirdunucleaire.org), publié le 15 avril 2021 à 15h50

https://www.sortirdunucleaire.org/Pour-les-35-ans-de-Tchernobyl-l-appel-du-26-avril-399

CHINE AU FONCTIONNAIRE JAPONAIS: SI L’EAU RADIOACTIVE TRAITÉE DE FUKUSHIMA EST SÛRE, « VEUILLEZ LA BOIRE »

«L’océan n’est pas la poubelle du Japon», a également déclaré Zhao. Le responsable chinois a également tweeté un message similaire en anglais.

Les remarques du ministère chinois des Affaires étrangères sont intervenues après que le gouvernement japonais a annoncé mardi qu’il avait décidé de rejeter à la mer plus d’un million de tonnes d’eau contaminée collectées à Fukushima, lors de la catastrophe nucléaire de 2011 à la suite d’un tsunami.

Le vice-Premier ministre japonais Taro Aso avait déclaré que l’eau traitée et diluée serait potable et il pense que le pays aurait dû libérer l’eau plus tôt.

Le plan est de commencer à libérer l’eau dans deux ans et de continuer lentement pendant des décennies. Le gouvernement japonais a déclaré que l’eau serait traitée davantage pour éliminer les isotopes dangereux et diluée pour répondre aux normes de l’Organisation mondiale de la santé pour l’eau potable, bien qu’il ne puisse pas éliminer un contaminant, le tritium, une forme radioactive d’hydrogène.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) supervisera l’opération. Les experts en radiation ont également minimisé les craintes concernant l’eau, suggérant que son ingestion n’entraînerait qu’une infime dose de rayonnement et que le tritium dans l’eau passerait rapidement à travers le corps.

La décision a été prise alors que Tokyo Electric Power Co., connue sous le nom de Tepco, manquait d’espace de stockage pour l’eau sur le site, ont déclaré des responsables japonais.

Mais les voisins du Japon en Chine et en Corée du Sud ont exprimé leur inquiétude à propos de cette décision, tandis que les pêcheurs et d’autres groupes ont également exprimé leurs inquiétudes.

Le Chinois Zhao, connu pour son style de diplomatie agressive, a longuement répondu aux problèmes entourant l’eau de Fukushima cette semaine, niant mardi l’idée que la Chine se trouvait elle-même dans une situation comparable lorsqu’elle a libéré de l’eau radioactive traitée des centrales électriques dans la mer. .

Les archives chinoises montrent que les centrales électriques locales telles que Daya Bay à Shenzhen ont également rejeté de grandes quantités de tritium dans la mer. Zhao a déclaré que l’eau de Fukushima était différente de l’eau que d’autres centrales nucléaires rejetaient dans l’océan.

«Aucune comparaison ne peut être établie entre les deux», a-t-il dit, sans autre explication.

Zhao a évoqué jeudi les cas de maladie de Minamata au Japon causés par de l’eau contaminée au mercure déversée dans la mer par une société chimique au milieu du XXème siècle, appelant Tokyo à ne pas «oublier cette tragédie».

On ne sait pas si la contestation de Zhao envers Aso était signifiée littéralement, ou comment le vice-premier ministre pourrait boire l’eau radioactive avant qu’elle ne soit diluée avec de l’eau de mer. L’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe a mangé publiquement des fruits de mer pêchés au large des côtes près de l’usine à plusieurs endroits pour rassurer les consommateurs.

Yoshihide Suga, le successeur d’Abe, se rend cette semaine à Washington pour rencontrer le président Biden. Suga est le premier dirigeant étranger à visiter Biden depuis son investiture aux États-Unis et les deux tiendront un sommet vendredi où la Chine devrait être un sujet de discussion majeur.

Bien que les États-Unis aient offert leur soutien à la décision du Japon sur l’eau de Fukushima, Zhao a déclaré mercredi que la partie japonaise devait parvenir à un accord avec tous les pays parties prenantes avant de pouvoir continuer. « La Chine se réserve le droit de faire d’autres réponses », a déclaré Zhao.

 Par Merlin Charpie, publié le 15 avril 2021

 https://news-24.fr/chine-au-fonctionnaire-japonais-si-leau-radioactive-traitee-de-fukushima-est-sure-veuillez-la-boire/

FRAMATOME À ROMANS-SUR-ISÈRE : NON-RESPECT D’UNE CONSIGNE DE MAÎTRISE DE LA CRITICITÉ

La société Framatome a déclaré le 13 avril 2021 à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif relatif à la maîtrise du risque de de criticité dans son usine de Romans-sur-Isère.

L’installation nucléaire de base (INB) no 98 est dédiée à la fabrication d’éléments combustibles standards utilisés dans les réacteurs à eau sous pression ; la matière nucléaire utilisée dans cette installation est de l’uranium à un taux d’enrichissement maximal de 5 %.

L’événement est survenu au sein du bâtiment AX2, bâtiment utilisé pour le conditionnement de déchets ou le reconditionnement de colis non conformes. Lors d’une opération de nettoyage d’une zone en arrêt d’exploitation du bâtiment AX2, trois fûts de déchets ont été découverts. Les fûts contenaient des bouteillons de boues et ne portaient aucune mention : ni date de conditionnement, ni identification de contenu. Par ailleurs, ils n’étaient pas répertoriés dans le registre de suivi matière du bâtiment.

Après analyses radiologiques du contenu des fûts, il s’avère que les bouteillons contiennent de l’uranium  à un taux d’enrichissement maximal de 5 %. Or, afin de garantir la maîtrise du risque de criticité, la quantité d’uranium-235 entreposée à l’intérieur du bâtiment AX2 est limitée. Ces fûts n’étant pas pris en compte dans le suivi matière du bâtiment, cette limite n’a pas été respectée.

Les trois fûts ont ensuite été isolés dans un autre bâtiment, où l’entreposage de tels déchets est autorisé.

Compte-tenu des marges de sûreté retenues vis-à-vis du risque de criticité, cet événement n’a eu aucune incidence sur la sûreté, la sécurité des personnes ou l’environnement de l’installation.

En raison du non-respect du référentiel de sûreté de l’installation relatif à la prévention du risque de criticité, l’incident a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

Par ASN, publié le 14 avril 2021

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Non-respect-d-une-consigne-de-maitrise-de-la-criticite3

NUCLÉAIRE : L’IRAN ANNONCE UN ENRICHISSEMENT DE L’URANIUM « À 60 % » DÈS LA « SEMAINE PROCHAINE »

La République islamique enrichit actuellement de l’uranium à 20 % en isotope 235. Un enrichissement à 60 % le mettrait en mesure de passer rapidement aux 90 % et plus, nécessaires pour une utilisation de ce minerai à des fins militaires.

Deux jours après un « sabotage » de son usine d’enrichissement de Natanz, que Téhéran impute à Israël, l’Iran a annoncé mardi 13 avril qu’il allait « commencer à enrichir l’uranium à 60 % », selon l’agence de presse officielle IRNA. Abbas Araghchi, ministre des affaires étrangères adjoint, a fait cette annonce « dans une lettre à Rafael Grossi », le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

La République islamique enrichit actuellement de l’uranium à 20 % en isotope 235, bien au-delà de la limite de 3,67 % fixée par l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015. Un enrichissement à 60 % le mettrait en mesure de passer rapidement aux 90 % et plus, nécessaires pour une utilisation de ce minerai à des fins militaires.

L’IRNA n’avait, à ce stade, pas précisé à quelle date commenceraient ces activités, qui marqueraient un pas supplémentaire dans la violation des engagements pris par l’Iran vis-à-vis de la communauté internationale en 2015 pour limiter son programme nucléaire. Mais selon PressTV, chaîne d’information en anglais de la télévision d’État, cette mesure devait être mise en œuvre dès le milieu de la semaine.

Les travaux préparatoires ont effectivement commencé mardi soir et l’ambassadeur de la République islamique auprès de l’AIEA, Kazem Gharibabadi, a écrit dans un tweet, dans la nuit de mardi à mercredi, que l’Iran prévoit d’« accumuler le produit [de deux cascades de centrifugeuses consacrées à l’uranium à 60 %] la semaine prochaine ».

« Nous avons vu les informations de presse » à ce sujet, mais « nous n’avons pas de commentaire à ce stade », a déclaré un porte-parole de l’AIEA à Vienne.

Lire aussi : L’Iran impute à Israël un « acte de terrorisme » sur son site nucléaire de Natanz (Article réservé à nos abonnés)

« Mille centrifugeuses supplémentaires »

Mercredi, le président iranien, Hassan Rohani, a estimé en conseil des ministres que l’enrichissement d’uranium à 60 % était « la réponse à [la] malveillance [d’Israël] ». « Ce que vous avez fait s’appelle du terrorisme nucléaire, ce que nous faisons est légal », a-t-il ainsi lancé dans une allusion à « l’attaque » du site de Natanz. « Avec cette action, le régime sioniste a, bien sûr, essayé de se venger du peuple iranien pour la patience et la sagesse dont il a fait preuve [en attendant] la levée des sanctions » américaines, avait déjà déclaré le porte-parole des affaires étrangères iranien, Saïd Khatibzadeh, lors d’une conférence de presse à Téhéran, lundi.

La République islamique a toujours nié vouloir se doter de l’arme nucléaire, arguant d’un interdit moral et religieux. Dans sa lettre à M. Grossi, M. Araghchi déclare également que « mille centrifugeuses supplémentaires d’une capacité 50 % supérieure seront ajoutées aux machines présentes à Natanz, en sus du remplacement des machines abîmées » par l’explosion survenue, dimanche, dans ce complexe nucléaire du centre de l’Iran, ajoute l’IRNA sans plus de précisions.

Ces annonces surviennent quelques heures après une rencontre à Téhéran entre le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Plus tôt, la télévision d’État avait annoncé que M. Araghchi avait quitté Téhéran pour participer mercredi à Vienne à une réunion devant faire le point sur les discussions en cours, destinées à réintégrer les États-Unis au sein de l’accord sur le nucléaire de 2015 et à ramener Téhéran à l’application stricte du texte, en échange de la levée des sanctions imposées par Washington contre la République islamique depuis 2018.

Lire aussi : Nucléaire iranien : mobilisation diplomatique « constructive » à Vienne (Article réservé à nos abonnés)

Par Le Monde avec AFP, publié le 13 avril 2021 à 20h47, mis à jour le 14 avril 2021 à 10h07

Photo en titre : Vue aérienne de l’usine de Natanz, en Iran. MAXAR TECHNOLOGIES / VIA REUTERS

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/13/nucleaire-l-iran-annonce-un-enrichissement-de-l-uranium-a-60_6076664_3210.html

LE LIVRE DE KATE BROWN : « NOUS N’AVONS TIRÉ AUCUNE LEÇON DE TCHERNOBYL »

Le 26 avril 1986 survenait la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le 11 mars 2011 celle de Fukushima… C’est d’une certaine manière ce double anniversaire des 35 et 10 ans qui invite ces jours-ci à se poser la question : qu’a-t-on appris de ces événements ?

Peu de choses, à en croire Kate Brown, professeure de « Sciences, Technologies, et Société » au MIT. Pour cette spécialiste de l’histoire environnementale, l’ampleur de ces catastrophes continue d’être sous-estimée, et notamment les effets des faibles doses d’irradiation. Avec Tchernobyl par la preuve, elle livre les résultats de dix années d’enquête.

Dans sa version originale, le nouvel ouvrage de Kate Brown, Tchernobyl par la preuve : vivre avec le désastre et après (paru en mars aux éditions Actes Sud), s’intitule Manual for Survival: A Chernobyl Guide to the Future (W. W. Norton & Company, 2019), un manuel et un guide donc pour survivre dans un monde marqué par la catastrophe nucléaire. C’est l’apport essentiel de Kate Brown, professeure au MIT, connue pour son travail en histoire environnementale comparée, et pour ses études des réactions de différentes communautés humaines aux effets transformateurs de l’industrie et des technologies : montrer que nous subissons tous sur la planète l’effet des retombées radioactives de plus d’un demi-siècle de choix nucléaires. Après dix ans d’enquête sur le terrain, entre l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie, dans plus de 25 fonds d’archives, cette russophone a pu montrer que, contrairement à ce que le pouvoir soviétique mais aussi les instances internationales comme l’ONU ont cherché à faire croire, les conséquences de l’accident du 26 avril 1986 ne sont absolument pas circonscrites à la « zone d’exclusion » qui entoure l’ancienne centrale nucléaire. Or, le débat fait rage sur l’effet à long terme d’une exposition dite à des « faibles doses » de radioactivité. Cela touche en effet au sujet sensible de la dangerosité des choix politiques qui ont été faits en matière civile comme militaire, de l’énergie aux essais nucléaires, dont Kate Brown remet en cause la sacro-sainte distinction.

De quoi Tchernobyl est-il le symptôme ? Pourquoi est-il si important d’y revenir, 35 ans après la catastrophe ?

Le désastre de Tchernobyl est important car c’est un indicateur à l’échelle mondiale, en tant que pire accident nucléaire que l’humanité ait connu, au cours duquel X personnes sont mortes. Ce nombre X a été instrumentalisé, politisé jusqu’à devenir un argument à la fois des partisans et des détracteurs de l’énergie nucléaire. Si vous partez sur la base des 33 à 54 victimes et les 2 006 décès à long terme avancés par l’ONU [1], vous pouvez en conclure que, comme plus de gens meurent dans les mines de charbon ou en installant des panneaux solaires sur les toits, l’énergie nucléaire est tout ce qu’il y a de plus sûre, et que nous pouvons accepter les risques qui l’accompagnent. À l’inverse, lorsque d’autres avancent le chiffre de 93 000 à 200 000 morts – ce sont les projections de Greenpeace –, alors les risques sont inacceptables et l’énergie nucléaire devrait être abandonnée progressivement. Tchernobyl est donc une sorte de point d’appui, bien plus par exemple que Three Mile Island, la centrale située en Pennsylvanie (États-Unis) où un accident nucléaire est survenu en 1979. Cet événement plus petit et beaucoup plus limité dans son ampleur, qui n’a pas fait de victimes humaines directes, a pourtant conduit les États-Unis à cesser toute construction de centrales nucléaires. Même Fukushima, plus récent, ne tient pas ce rôle emblématique bien que les rejets nucléaires pourraient s’avérer aussi importants que ceux de Tchernobyl. Le bilan de cette catastrophe est toujours en cours, car les fuites de la centrale japonaise continuent à ce jour.

Vous avez pu consulter des archives qui n’avaient jusque-là jamais été exploitées. À quel type de matériel avez-vous pu avoir accès et qu’avez-vous trouvé ?

Pour vous répondre, il faut revenir un peu en arrière. Je me suis lancé dans ce projet alors que j’écrivais un livre intitulé Plutopia, qui traite de l’histoire comparée des deux premières villes du monde à produire du plutonium : la ville américaine de Hanford, dans l’État de Washington, et la ville soviétique de Mayak (ou Plant Mayak) en Sibérie [2]. En travaillant sur ce livre, je ne m’intéressais pas à la santé ou aux effets des radiations, mais à la sécurité nucléaire. Cependant, les agriculteurs vivant en aval de ces deux lieux ne cessaient de me parler de leurs problèmes de santé. Ceux-ci étaient minimisés par les scientifiques, qui se moquaient des agriculteurs, en les accusant d’être stupides et « radiophobes », d’exagérer en attribuant tous leurs problèmes de santé aux radiations.

Après avoir terminé Plutopia, je me suis dit que cette histoire devait être racontée et que Tchernobyl pourrait être un bon point de départ pour enquêter de par l’ampleur de cet accident, avec un rejet de radiations de l’ordre de 50 à 200 millions de curies, et d’autre part parce que le site était public, dirigé par une puissance civile. J’espérais donc trouver plus d’informations que si cela avait été un site militaire. Je me suis d’abord rendu aux archives de Kiev, en Ukraine, et j’ai demandé les dossiers du ministère de la Santé sur Tchernobyl. L’archiviste m’a d’abord répondu que je ne trouverais rien car le sujet avait été occulté par l’Union soviétique. J’ai insisté et il se trouve que nous avons exhumé une énorme collection de documents étiquetés en ukrainien : « Les conséquences médicales de la catastrophe de Tchernobyl ». J’ai commencé à lire ces gros volumes reliés et j’ai rapidement réalisé qu’il s’agissait d’une véritable mine d’or. En fait, l’archiviste n’avait pas essayé de me mentir. C’est juste que personne n’avait jamais demandé ces documents auparavant… le personnel des archives ne savait donc même pas qu’ils existaient.

Mais en supposant qu’ils n’existaient pas ou en supposant que l’on ne trouverait rien parce que c’était la période soviétique ?

Peut-être que les gens ont cru les archivistes sur parole, peut-être que la question n’était pas intéressante à l’époque, parce que tout le monde était satisfait des rapports de l’ONU qui sont sortis dans les années 2000 et qui minimisaient les conséquences médicales de l’accident… Je ne sais pas pourquoi. Lorsque j’ai examiné ces rapports à Kiev, j’ai vu qu’ils étaient très étroitement axés non seulement sur les personnes qui recevaient des rayons gamma dans l’environnement ambiant, mais aussi sur les personnes qui mangeaient et buvaient cette radioactivité dans leurs aliments et leurs sources d’eau. C’est pourquoi je me suis dirigée vers les documents du ministère de l’Agriculture. Ce qui est pratique avec les gouvernements communistes, c’est que tout est centralisé : toutes les entreprises qui produisent de la nourriture sont enregistrées auprès du ministère de l’Agriculture, car elles appartiennent toutes à l’État. Là-bas, j’ai trouvé des tonnes de preuves qui montraient que les aliments radioactifs se retrouvaient tout au long de la chaîne alimentaire. J’ai tout de suite pensé que j’avais intérêt à ne pas me tromper si je voulais dévoiler cela, contre le récit communément admis. Après avoir travaillé sur les sources nationales, je suis donc descendue à l’échelle de l’oblast (communauté territoriale) de Kiev, dans lequel se situe le site de Tchernobyl et, de là, aux archives locales, celles des raïons (districts). Je suis ensuite partie en Biélorussie puis en Russie poursuivre mes recherches dans les archives fédérales soviétiques.

Au final, j’ai travaillé dans vingt-sept départements des archives. Je l’ai fait parce que je savais que, lorsque je publierai un livre sur ce sujet dans des pays partisans du nucléaire, comme la France, de nombreuses personnes haut placées et très diplômées viendraient remettre en question mon travail. J’ai donc croisé les données provenant des hôpitaux locaux et j’ai suivi la trace des rapports au fur et à mesure qu’ils remontaient la chaîne de commandement. Je me suis rendu compte que les médecins locaux ne savaient pas qu’ils vivaient dans un territoire radioactif – et ils ne le sauraient pas avant 1989, à la publication des rapports dans le cadre de la glasnost, la politique de transparence initiée par Mikhaïl Gorbatchev. Jusque-là, les responsables leur avaient assuré qu’ils avaient contenu les radiations à l’intérieur de la zone de Tchernobyl – ils avaient mis une clôture autour de la zone et c’était tout. La vie continuait. Cependant, parce que les données de santé locales avaient été dûment enregistrées – toujours dans le cadre de la politique communiste –, ces médecins ont pu les consulter et en faire une sorte d’épidémiologie de tous les jours. C’est à ce moment-là qu’ils ont découvert des taux croissants de maladies dans cinq catégories principales concernant la fertilité des femmes et la néonatalité : plus d’enfants présentant des malformations congénitales ; plus de fausses couches ; une mortalité infantile très élevée durant les deux premières semaines de vie ; des problèmes du système immunitaire, des troubles de l’appareil digestif, de l’appareil respiratoire, du système endocrinien ou de la circulation sanguine.

Il y avait donc une conscience locale de la gravité des conséquences sanitaires malgré les discours officiels ?

Les responsables locaux, inquiets, commençaient à voir grimper la fréquence des maladies que je viens de citer, et ne sachant pas ce qui se passait, ils ont rédigé des rapports en 1988. Lorsque ceux-ci ont été transmis à l’échelon supérieur, le chef de l’oblast a eu des décisions difficiles à prendre, car les résidents de l’URSS étaient soumis à la propagande selon laquelle leur nation était de plus en plus heureuse et en meilleure santé chaque jour, chaque année. La communication de mauvaises nouvelles étant fortement déconseillée, les responsables de la santé publique ont décidé de « faire le ménage », c’est-à-dire d’enjoliver les résultats des dossiers avant de les remettre à l’échelon supérieur. Même chose au niveau gouvernemental : les fonctionnaires du ministère de la Santé de l’Ukraine ont fait en sorte que les dossiers soient modérés avant de les envoyer à Moscou. Certaines personnes ont toutefois commencé à s’inquiéter et à soulever des questions : il s’agissait de contrôleurs des radiations, d’inspecteurs de la santé publique au niveau local, de personnes chargées de surveiller l’eau potable et les réservoirs etc. La trace de ces controverses se retrouvent dans les archives, certaines personnes affirmant que tout allait bien, d’autres disant qu’elles commençaient à s’inquiéter. J’ai donné plus de poids à ces dernières parce qu’il était politiquement déconseillé de tirer l’alarme. Les preuves sont à nouveau dans les archives des raïons : ces personnes, ces lanceurs d’alerte, étaient réprimandées au travail, certaines étaient rétrogradées, d’autres licenciées après s’être plaintes, et d’autres encore étaient éliminées sur ordre de Moscou.

Tout s’est précipité en 1989 lorsque les cartes de radiation ont été publiées. Les médecins ont soudain réalisé que, depuis trois ans, ils vivaient dans une terre tout aussi contaminée que celle située juste à côté de la centrale de Tchernobyl, et que, à cette lumière, leurs données de santé n’étaient absolument pas étonnantes. C’est là que le chaos s’est installé. Les ministères de la Santé de Biélorussie puis d’Ukraine ont déclaré officiellement l’existence d’une catastrophe de santé publique. Ils ont entrepris deux choses : premièrement, il a fallu déplacer deux cent mille personnes supplémentaires – c’est-à-dire en plus des cent vingt mille personnes déplacées juste après l’accident – des zones hautement contaminées qui l’étaient tout autant que celle de Tchernobyl. Deuxièmement, ils ont planifié une étude sanitaire à long terme similaire à celles réalisées à Hiroshima et à Nagasaki sur les survivants des bombardements, mais en tenant compte du fait que les habitants n’avaient pas seulement été exposés à une large et courte dose de rayons (comme dans le cas des bombes atomiques), mais aussi à des doses chroniques de radiation sur une longue période.

Votre livre est très précis et honnête, ce qui vous amène à reconnaître qu’il est parfois difficile de relier ces maladies à la radioactivité lorsqu’il s’agit de faibles doses. C’est, comme le montre Naomi Oreske dans Les Marchands de doute, la difficulté lorsqu’on travaille sur un sujet où s’opposent deux régimes de preuves scientifiques [3]. Qu’est-ce qui vous fait croire qu’une petite quantité de radioactivité est plus dangereuse qu’on ne le pense ?

Parce que ceux qui prétendent le contraire négligent le fait que les expositions puissent être éloignées du point de contamination dans le temps et dans l’espace. Il faut tenir compte de la météo qu’il faisait à l’époque, de la nature et des lieux des cultures alimentaires et du déplacement de ces aliments d’un lieu à l’autre par les humains. Dans les endroits qu’ils savaient hautement radioactifs, les fonctionnaires payaient les agriculteurs pour qu’ils ne produisent pas de nourriture et qu’ils achètent des aliments « propres » dans les magasins. Mais ces fermiers ont pris l’argent, et sont allés vendre leur propre production sur les marchés un peu plus loin ! La nourriture contaminée était donc consommée par les acheteurs dans un autre lieu. Voilà les effets de la dislocation dans l’espace et la dislocation dans le temps : les gens mangent des aliments contaminés et mettent du temps à développer une maladie – il faut entre 12 et 25 ans pour qu’un cancer apparaisse – sans compter les effets aléatoires. Les malformations congénitales peuvent survenir ou non avec le même degré d’exposition, cela dépend de facteurs individuels. Mais je suis convaincue qu’il y a suffisamment de preuves dans ces archives pour qu’une véritable étude épidémiologique puisse être réalisée, au-delà de ma seule évaluation. L’analyse de ces documents serait très précieuse, car aujourd’hui nous n’avons toujours que peu d’informations sur les conséquences du nucléaire.

Cinq années se sont écoulées après le bombardement de Hiroshima avant que les études de la Commission des victimes de la bombe atomique ne commencent. Jusqu’à la catastrophe de Tchernobyl, il n’existait donc pas de dossiers sur les suites d’un événement nucléaire aussi important durant les cinq années qui l’ont suivi. Mais ici, les Soviétiques ont constitué une base de données sur les aliments contaminés, sur l’effet des radiations sur le corps humain et sur les problèmes de santé à long terme. Toutes ces informations sont là pour être corrélées – et c’est ce que j’ai fait avec le concours de mes deux assistants de recherche. Nous avons constaté une augmentation de la fréquence des maladies. Prenons l’exemple des enfants : en 1986, 80 % des enfants d’un raïon étaient considérés comme sains, tandis que 10 à 20 % souffraient d’une ou de plusieurs maladies chroniques. En 1989, les chiffres s’inversent : 80 % ont une maladie chronique et seulement 10 à 20 % sont considérés comme sains. Les enfants, en effet, sont plus vulnérables aux radiations. Leur corps est en pleine croissance et leurs cellules se reproduisent rapidement.

Diriez-vous que c’est une erreur de considérer Tchernobyl comme une catastrophe uniquement soviétique ? Vous montrez dans votre livre l’implication de l’ONU et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Comment ces organisations internationales et les puissances nucléaires ont-elles été impliquées dans les suites de la catastrophe ?

En 1989, alors que les responsables soviétiques publiaient les premières cartes de radiation, les populations locales ont fait le rapprochement avec les problèmes de santé allant croissant. Elles sont descendues dans la rue et ont commencé à protester en Union soviétique. Le gouvernement soviétique a compris qu’il avait besoin d’aide et s’est tourné vers les agences de l’ONU pour obtenir la confirmation de leurs déclarations, selon lesquelles tout allait bien. Ils ont demandé à l’OMS de procéder à une évaluation indépendante avec des experts étrangers. Des mots magiques : les experts étrangers seraient objectifs. L’OMS a envoyé trois hommes, dont le Français Pierre Pellerin [4]. Ces trois physiciens, ayant tous des liens avec l’industrie nucléaire, ont voyagé sur les territoires de Tchernobyl pendant dix jours durant lesquels ils ont parlé à des citadins et des villageois et se sont entretenus avec des médecins biélorusses. Au terme de ces dix jours, ils ont publié une déclaration dans laquelle ils ont proclamé n’avoir constaté aucun problème local de santé. Ils ne voyaient aucune raison de s’inquiéter. Ils ont déclaré que le seuil de dose de rayonnement à vie que les Soviétiques avaient établi pouvait être facilement doublé ou triplé, et que les scientifiques biélorusses devaient être réprimandés pour leur incompétence.

Mais personne ne les a crus. Même les responsables soviétiques étaient mécontents – comment ces hommes pouvaient-ils conclure quoi que ce soit après seulement dix jours de discussion avec les villageois ? L’URSS s’est alors tournée vers l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour demander la même chose : une évaluation indépendante avec des experts étrangers. L’AIEA a accepté sans hésiter, mais elle a prévenu qu’elle était un lobby atomique dont le travail consiste, en somme, à promouvoir les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire dans le monde. Il a donc été décidé de créer une organisation factice appelée le Projet international sur Tchernobyl sous la direction d’Abel González, mais en réalité dirigée par l’AIEA. Ils ont également fait appel à du personnel d’autres programmes inter-agences, notamment des fonctionnaires de l’OMS, pour siéger au conseil d’administration. González et les scientifiques qu’il a nommés ont mis 18 mois avant de rendre leurs conclusions. Le programme a annoncé parfois avoir envoyé 100 scientifiques, parfois 200. Ce qui s’est réellement passé, c’est que toute la communauté scientifique était alors très curieuse de la situation à Tchernobyl, et des scientifiques étrangers de toutes disciplines étaient très enthousiastes à l’idée de partir en voyage d’étude là-bas. Chaque groupe partait deux semaines et revenait deux semaines plus tard, et puis d’autres personnes y allaient pour deux autres semaines. Les Soviétiques l’ont remarqué : à chaque fois, un groupe de personnes différent posait les mêmes questions que le précédent. Au bout de 18 mois, l’AIEA a déclaré que, bien qu’elle ait observé de nombreux problèmes de santé dans ces régions, elle ne pouvait pas affirmer que ceux-ci puissent être clairement reliés aux contaminants de Tchernobyl car, par rapport aux données de Hiroshima, les doses étaient trop faibles. L’agence en a déduit que les gens souffraient simplement de problèmes psychologiques dus au stress car ils s’inquiétaient constamment des radiations – alors qu’il n’y avait selon elle pas de raison le faire. En ce qui concerne le cancer de la thyroïde chez les enfants, les experts ont affirmé qu’il s’agissait de rumeurs, qui se sont avérées être de nature anecdotique.

Comment comprendre de telles conclusions ?

Ce qui s’était réellement passé en coulisses, c’est que quelques médecins ukrainiens avaient remis à Fred Mettler, le chef de la délégation, 20 biopsies d’enfants qui avaient eu un cancer de la thyroïde. Avant la catastrophe nucléaire, la proportion d’enfants atteints d’un cancer de la thyroïde était d’un sur un million. Tout d’un coup, une région comptant environ 200 000 enfants a vu 20 cas se développer – un pour 10 000, ce qui est le niveau d’une épidémie. Mettler a été témoin de cela mais il n’y a pas cru, c’était impossible compte tenu de ce qu’on savait. C’était trop, et trop tôt. Le groupe a emmené les échantillons au Nouveau-Mexique pour les analyser dans leur laboratoire. Même chose en Biélorussie : environ 30 enfants avaient un cancer de la thyroïde avant Tchernobyl ; en 1990, on décompte 100 cas à Minsk. C’était donc bien plus que des « rumeurs anecdotiques ». L’AIEA a refusé toute reconnaissance des effets de Tchernobyl sur la santé jusqu’en 1996, date à laquelle elle a été forcée d’admettre l’existence d’une épidémie. À cette époque, 4000 cas de cancer de la thyroïde pédiatriques avaient été découverts. Aujourd’hui, on en décompte environ 18 000. Ce cancer de l’enfant – dont la littérature médicale garantissait sa facilité de traitement – a été le seul effet sur la santé reconnu par les agences de l’ONU. Je ne sais pas si vous connaissez des enfants qui ont eu un cancer de la thyroïde. Ce n’est pas une belle chose à voir. Alors pourquoi l’ONU a-t-elle réagi ainsi ?

Tout d’abord, l’AIEA, dont la mission est de promouvoir le nucléaire, craignait pour l’avenir de cette énergie. Tchernobyl était devenu un sujet qui effrayait le monde entier. Le ministère américain de l’énergie, qui gère les affaires nucléaires, a organisé une conférence de spécialistes en radioprotection à Washington, D.C., un an après Tchernobyl, en 1987. Au cours de celle-ci, un fonctionnaire du ministère a déclaré à ces scientifiques que la plus grande menace pour l’énergie nucléaire et son avenir n’était pas un autre accident comme Tchernobyl ou Three Mile Island, mais les poursuites judiciaires qui pourraient en découler. Ce qui se passait à l’époque, alors que la Guerre Froide touchait à sa fin, était que les archives étaient en train d’être déclassifiées et que des gens dans le monde entier apprenaient qu’ils avaient été exposés à des radiations lors de la production ou des essais d’armes nucléaires. Les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni – les grandes puissances de l’ONU, qui sont également les grandes puissances nucléaires mondiales – se sont soudainement retrouvées confrontées à l’éventualité de devoir payer des milliards de dollars en dommages et intérêts pour avoir exposé des millions de personnes à leurs expérimentations atomiques. Ainsi, si l’on pouvait prétendre que Tchernobyl, le pire accident nucléaire de l’histoire de l’humanité, n’avait fait que 33 morts, c’était une façon de tuer dans l’œuf ces poursuites. C’est exactement ce qui s’est passé. Je pense que c’est pour cela que Tchernobyl est un scandale bien plus grand que qu’on ne le dit. Ce n’était pas seulement une opération d’occultation soviétique, mais bien une initiative internationale. Et c’est pourquoi c’est si important pour nous aujourd’hui de nous pencher encore sur cette catastrophe.

Ce qui est en jeu, c’est donc autant l’événement, la catastrophe de Tchernobyl après la fusion du cœur du réacteur 4, que le récit qui en est fait ?

Oui, un accident, c’est une narration, un récit qui a un début, un milieu et une fin. En voyageant dans la zone de Tchernobyl, j’ai découvert que les environs de la centrale présentaient déjà un taux élevé de radioactivité 10 ans avant même le début des travaux de construction. Mon hypothèse, c’est qu’elle provenait d’essais nucléaires – soit les Soviétiques ont testé de petites armes atomiques dans les marais, soit il s’agissait des retombées des activités nucléaires mondiales qui ont saturé l’environnement avant Tchernobyl. J’ai aussi constaté que les grands incendies de forêt de 2017 ont réactivé la radioactivité qui était jusqu’alors enfouie dans la litière de feuilles qui recouvre le sol, donnant ainsi naissance à un nouvel événement nucléaire. Ce que les Soviétiques ont essayé de faire, puis ce que les agences des Nations unies ont essayé de faire, c’était de clore définitivement le chapitre de Tchernobyl, et de faire comme si le vrai problème était de penser la prochaine catastrophe. Mais je pense qu’il est bien plus pertinent de considérer ces événements nucléaires comme des moments d’accélération sur une frise chronologique des expositions aux radiations, qui a commencé avec Trinity, le premier essai d’arme nucléaire par les États-Unis en juillet 1945, et qui se poursuit jusqu’à ce jour.

Vous dites que la zone d’exclusion autour de Tchernobyl est le meilleur endroit pour étudier les limites de la résistance humaine à l’Anthropocène. Qu’entendez-vous par là ?

J’ai choisi de nommer ce livre en anglais Manual for Survival: A Chernobyl Guide to the Future : c’est un manuel de survie pour deux raisons. Tout d’abord, en référence aux archives soviétiques dans lesquelles se trouvent toutes sortes de manuels d’instructions pour gérer une situation très nouvelle dans l’histoire de l’humanité, à savoir : comment vivre dans un environnement radioactif ? Il existe un manuel pour les conditionneurs de viande (comment traiter la viande radioactive), un manuel pour les travailleurs de la laine, un manuel pour les agriculteurs, pour les transformateurs de produits alimentaires etc. L’autre raison est que, lorsque je réfléchissais à notre avenir dans l’Anthropocène, je me suis demandé : comment pouvons-nous parvenir à penser la survie aujourd’hui ? Comment acquérir les compétences nécessaires pour survivre dans un monde hautement contaminé ? J’ai remarqué que cette région située entre la Biélorussie et l’Ukraine a été l’épicentre de la plupart des grands conflits du XXe siècle. La guerre des tranchées s’est déroulée ici même pendant la première guerre mondiale – on peut encore trouver des crânes et des médailles des soldats et des fils barbelés enfouis dans la terre. Des guerres civiles ont été menées dans ces territoires – la guerre civile russe et la guerre soviétique polonaise. C’est la région où l’Holocauste a commencé, avant que les Allemands n’aient développé les processus industriels employés à Auschwitz, où les nazis ont exterminé toute la population juive lors de la « Shoah par balles ». Le massacre de Babi Yar et le camp de concentration de Syrets ne sont pas très loin de l’emplacement de la centrale.

Les Soviétiques ont ainsi décidé de faire de cette région meurtrie un symbole du progrès en implantant sur le site ce genre de programmes de développement d’après-guerre que nous connaissons si bien partout dans le monde. Ils ont asséché de grandes parties du marécage à des fins d’agriculture, où beaucoup de pesticides et d’engrais artificiels ont été utilisés. Une autre partie du marais asséché a été consacrée à la centrale de Tchernobyl – une technologie fantastique qui devait envoyer toutes sortes d’énergies électriques à des communautés qui n’en avaient pas encore ! Ce site a été un lieu de destruction et de guerre, mais aussi un lieu de désir et d’efforts, une sorte de refoulement de la destruction passée grâce aux progrès qui rendront le monde meilleur grâce à ces grands projets de développement modernistes.

Et c’est là que nous en arrivons à cette question de l’Anthropocène, parce que se pose aujourd’hui la question de la place de la technologie nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est une énergie produite sans émission de CO2 qui peut apparaitre comme une solution, ou en tout cas une partie de la solution. Que répondez-vous à ceux qui considèrent le nucléaire comme la technologie la plus sûre pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Le réchauffement climatique est un aspect très important de l’Anthropocène, mais ce n’est qu’un élément parmi d’autres. Nous devons examiner l’ensemble des moyens qui nous permettent de maintenir un environnement sain. L’énergie nucléaire pourrait être une technologie formidable si nous savions quoi faire des déchets et si nous décidions, en tant que société humaine, d’abandonner les territoires après les accidents – et de ne pas continuer de telle façon que certaines personnes soient exposées et sacrifiées, tandis que d’autres vivent de cette énergie. De plus, je reste perplexe quant à son efficacité économique. Les réacteurs nucléaires sont très chers, et cette énergie est beaucoup plus chère que celle fournie par les éoliennes ou les panneaux solaires. Par ailleurs, nous devons disposer de sources d’énergie propres et sans carbone tout de suite. Aujourd’hui, la mise en place d’une centrale nucléaire aux États-Unis se prévoit sur 20 ans – en réalité, cela prend beaucoup plus de temps. En comparaison, vous pouvez installer des panneaux solaires sur le toit d’un bâtiment en une seule journée. Enfin, il existe aujourd’hui environ 400 réacteurs dans le monde. Si nous devions privilégier uniquement l’énergie nucléaire, il nous faudrait passer à un total de plus ou moins 2000. C’est loin d’être le cas. C’est pourquoi, en termes de temps, d’argent et d’énergie produite, se concentrer sur l’énergie nucléaire serait à mon avis faire fausse route.

Ce « manuel », cela signifie-t-il aussi que nous ne sommes pas prêts pour la prochaine catastrophe ? 10 ans après Fukushima, il semble que le même schéma de déni et de non-dit se répète…

Oui, je pense que c’est ce que Fukushima nous montre : nous n’avons tiré aucune leçon de Tchernobyl. Avant Fukushima, les ingénieurs et les météorologues avaient averti que le prochain tsunami d’importance serait plus grand que le mur qui avait été construit devant la centrale de Fukushima. TEPCO, l’entreprise gestionnaire de la centrale, a balayé ces conseils du revers de la main, et après la catastrophe la multinationale a mis deux mois pour admettre que trois réacteurs avaient fondu, pas trois jours, deux mois ! Exactement comme les Soviétiques, ils ont multiplié par 20 la dose minimale d’exposition aux radiations acceptable pour les civils, étant dans l’incapacité d’appliquer les réglementations sanitaires après la catastrophe. Ils ont testé les aliments et déclaré qu’ils pouvaient être consommés. Lorsque des cas de cancers de la thyroïde sont apparus chez les enfants, le gouvernement japonais a annoncé qu’il allait cesser de tester et de surveiller la thyroïde des enfants. Le même schéma se reproduit. L’argument facile, longtemps mobilisé, qui renvoyait Tchernobyl aux spécificités de la situation soviétique, au socialisme, ou même à la paresse supposée des slaves, tout cela ne tenait pas vraiment debout mais s’est définitivement écroulé quand le Japon, une démocratie qui étaient censé être si compétente sur le plan technique, a subi et géré un accident nucléaire de cette façon.

C’est pourquoi vous dites que l’énergie nucléaire a quelque chose de fondamentalement politique ?

Mon livre se termine par le sujet des essais nucléaires, car je ne pense pas que l’énergie nucléaire civile puisse être dissociée de l’histoire de la fabrication des armes nucléaires. La seule raison pour laquelle les Américains se sont d’abord intéressés à la promotion de l’énergie nucléaire, c’est parce qu’ils étaient accusés par les Soviétiques, pendant la guerre froide, de détenir l’atome, d’être la seule puissance à avoir lancé des armes nucléaires sur un autre pays. Le programme « Des Atomes pour la paix » d’Eisenhower en 1953 était une façon de résoudre ce problème : il s’agissait de distribuer des isotopes radioactifs et des réacteurs nucléaires à l’étranger, pour pouvoir mieux les promouvoir aux États-Unis. Cela a ouvert, bien sûr, la voie à la prolifération nucléaire. C’est ainsi que d’autres pays ont obtenu eux-mêmes des armes atomiques. Le réacteur de Tchernobyl produisait de l’électricité, mais il avait aussi la capacité de fabriquer une charge de plutonium pour les bombes nucléaires. La distinction faite traditionnellement entre nucléaire militaire et nucléaire civil ne tient pas à mon avis. Si vous comparez la quantité relative de radiations libérées par Tchernobyl avec les rejets durables des essais nucléaires qui circulent dans l’hémisphère Nord, ces derniers sont d’un ordre de grandeur supérieur. Ainsi, il faut comparer les 45 millions de curies d’iode radioactif de Tchernobyl avec les 20 milliards de curies d’iode radioactif provenant uniquement de deux années d’essais soviéto-américains dans les années 1960. Ces événements sont tous très liés.

La confiance dans la science est une question fondamentale aujourd’hui. Après ce que vous venez de dire, après avoir lu votre livre, pourquoi devrions-nous encore croire une science qui est si déterminée par la contingence et les circonstances politiques ? Ne craignez-vous pas de susciter plus de doutes que de confiance ?

Naomi Oreskes, que nous avons déjà citée, a récemment publié un livre intitulé Why Trust Science? Elle y insiste sur le fait que la science est avant tout un processus, le produit de contestations permanentes : les scientifiques sont toujours en train de se battre entre eux, ils examinent le travail des autres, le remettent en question et, ce faisant, ils construisent étape par étape ce qui se rapproche le plus possible de la vérité à un moment donné. Ce processus nécessite une science indépendante, et non une science parrainée et contrôlée ou dictée par une industrie, une entreprise ou un État. Ce n’est absolument pas le cas de la science nucléaire, surtout lorsqu’il s’agit de radioprotection : la plupart des physiciens de santé employés dans le monde travaillent pour des industries nucléaires ou pour des gouvernements. En outre, les agences nucléaires financent elles-mêmes une grande partie de la science. Dans mon cas, mes recherches ne sont financées que par des sources ordinaires comme les Fondation Carnegie ou Guggenheim, qui soutiennent les chercheurs. Ce n’est pas le cas en général de mes détracteurs, qui sont généralement ce que j’appellerais des scientifiques de l’industrie. C’est fondamental lorsque nous traitons de ces sujets scientifiques controversés : suivre l’argent. Lorsque la recherche est vraiment indépendante, alors je pense que nous pouvons lui faire confiance.

Par Raphael Bourgois, (Journaliste, Rédacteur en Chef d’AOC), publié le 10 avril 2021

https://aoc.media/entretien/2021/04/09/kate-brown-nous-navons-tire-aucune-lecon-de-tchernobyl/

LE JAPON VA REJETER DE L’EAU TRAITÉE DE FUKUSHIMA À LA MER, COLÈRE DE LA CHINE

Plus d’un million de tonnes d’eau contaminée sont stockées près de la centrale. L’eau sera filtrée à plusieurs reprises pour être débarrassée de la plupart de ses substances radioactives, mais le tritium ne pourra pas être éliminé.

Dix ans après l’accident nucléaire, le Japon va rejeter à la mer, après traitement, plus d’un million de tonnes d’eau issue de la centrale de Fukushima, a annoncé ce mardi 13 avril le gouvernement nippon, malgré l’opposition des pays voisins, dont la Chine, et des communautés locales de pêcheurs

Cette décision met fin à sept années de débats sur la manière de se débarrasser de l’eau provenant de la pluie, des nappes souterraines ou des injections nécessaires pour refroidir le cœur des réacteurs nucléaires entrés en fusion après le gigantesque tsunami du 11 mars 2011.

Lire aussi : Fukushima, 10 ans après : « On enregistre toujours des taux élevés de contamination par endroits »

Environ 1,25 million de tonnes d’eau contaminée sont actuellement stockées dans plus d’un millier de citernes près de la centrale accidentée il y a dix ans dans le nord-est du Japon.

Le tritium impossible à éliminer

L’eau sera rejetée « après nous être assurés qu’elle est à un niveau [de substances radioactives, NDLR] nettement en dessous des normes de sécurité », a déclaré ce mardi le Premier ministre Yoshihide Suga, ajoutant que le gouvernement japonais prendrait « des mesures » pour empêcher que cela n’entache la réputation de la région.

Une décision était d’autant plus urgente que l’eau s’accumule rapidement : en 2020, le site a généré chaque jour environ 140 mètres cube d’eau contaminée. Les limites de la capacité de stockage sur place pourraient être atteintes dès l’automne 2022, selon Tepco, l’opérateur de la centrale.

Lire aussi : Akira Mizubayashi : « Je ne pense pas que la pandémie change le cours des choses… Regardez Fukushima »

L’eau destinée à être relâchée dans cette opération, qui ne devrait pas commencer avant deux ans et pourrait prendre des décennies, a été filtrée à plusieurs reprises pour être débarrassée de la plupart de ses substances radioactives (radionucléides), mais pas du tritium, lequel ne peut pas être éliminé avec les techniques actuelles.

Vive opposition

Cette option, privilégiée au détriment d’autres scénarios, comme une évaporation dans l’air ou un stockage durable, est très contestée par les pêcheurs et agriculteurs de Fukushima qui redoutent que cela n’affecte davantage l’image de leurs produits auprès des consommateurs.

« La gestion de l’eau contaminée est une question qu’on ne peut pas éviter » dans la reconstruction à Fukushima, avait déclaré Yoshihide Suga la semaine dernière après sa rencontre avec le dirigeant de la Fédération des Coopératives de Pêche du Japon, vent debout contre le projet.

Le gouvernement « nous a dit qu’il ne rejetterait pas l’eau [à la mer, NDLR] sans l’adhésion des pêcheurs », a déclaré mardi Kanji Tachiya, responsable d’une coopérative locale de pêche à Fukushima, juste avant l’annonce de la décision. « Maintenant, ils reviennent là-dessus et nous disent qu’ils vont rejeter l’eau, c’est incompréhensible », a-t-il ajouté.

« Le gouvernement japonais a une fois de plus laissé tomber les gens de Fukushima », a réagi mardi Greenpeace, fustigeant une « décision complètement injustifiée de contaminer délibérément l’océan Pacifique avec des résidus nucléaires ».

L’organisation environnementale a répété son appel à poursuivre le stockage de l’eau jusqu’à ce que la technologie permette de la décontaminer complètement.

« Extrêmement irresponsable »

Début 2020, des experts commissionnés par le gouvernement avaient recommandé le rejet en mer, une pratique déjà existante au Japon et à l’étranger sur des installations nucléaires en activité.

« Il y a un consensus parmi les scientifiques sur le fait que l’impact sur la santé [d’un rejet en mer de l’eau tritiée, NDLR] est minuscule », a déclaré à l’AFP Michiaki Kai, professeur et expert des risques des radiations à l’université des sciences de la santé d’Oita (sud-ouest du Japon).

L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) plaide aussi pour l’option d’une dilution en mer.

« Nous prenons la décision [du gouvernement] au sérieux », a déclaré mardi Tomoaki Kobayakawa, le patron de Tepco, s’engageant à prendre « des mesures pour empêcher que des rumeurs néfastes ne circulent » à l’encontre de l’agriculture, des forêts, de la pêche et du tourisme locaux.

Les voisins du Japon, avec qui Tokyo entretient des relations houleuses sur fond de contentieux historiques, ont manifesté leur mécontentement. La Chine a qualifié mardi « d’extrêmement irresponsable » l’approche du Japon qui « va gravement nuire à la santé et à la sûreté publiques dans le monde, ainsi qu’aux intérêts vitaux des pays voisins ».

La Corée du Sud a exprimé de « vifs regrets » après cette décision qui représente « un risque pour l’environnement maritime ».

Le gouvernement américain, allié de Tokyo, a cependant exprimé son soutien à l’opération, notant dans un communiqué publié peu après l’annonce que le Japon avait « pesé les options et les effets, avait été transparent dans sa décision et sembl[ait] avoir adopté une approche en accord avec les normes de sûreté nucléaire internationalement reconnues ».

Par L’Obs avec AFP, publié le 13 avril à 08h19, mis à jour le 13 avril 2021 à 09h56

Photo en titre : La centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, le 10 mars 2021. (KAZUHIRO NOGI / AFP)

https://www.nouvelobs.com/monde/20210413.OBS42651/le-japon-va-rejeter-de-l-eau-traitee-de-fukushima-a-la-mer-colere-de-la-chine.html

LES ÉTATS-UNIS PRÉVOIENT DE METTRE EN ORBITE UNE FUSÉE À PROPULSION NUCLÉAIRE D’ICI 2025

La propulsion nucléaire thermique est une technologie aéronautique à l’étude depuis les années 50. De nombreux concepts ont été proposés depuis, mais le développement des premiers prototypes fonctionnels, sûrs et fiables, n’est possible que depuis peu. Les États-Unis ont prévu de faire concevoir et de mettre en orbite leur première fusée à propulsion nucléaire d’ici 2025.

L’Agence pour les projets de recherche avancée de la défense (DARPA) est sur le point d’ouvrir la voie à des voyages spatiaux plus rapides, en attribuant des contrats pour la première phase du programme Demonstration Rocket for Agile Cislunar Operations (DRACO). L’objectif du programme DRACO est de faire la démonstration d’un système de propulsion thermique nucléaire (NTP) au-dessus de l’orbite terrestre basse en 2025. Les trois contractants principaux sont General Atomics, Blue Origin et Lockheed Martin.

À noter que la technologie sert à assurer la propulsion d’un engin spatial pendant une période prolongée une fois dans l’espace (et non depuis la Terre). Elle serait donc idéale pour les manœuvres prolongées en orbite ou pour les missions dans l’espace lointain nécessitant des accélérations et des décélérations.

Les fusées nucléaires thermiques utilisent l’énergie nucléaire pour chauffer des propergols froids à des températures élevées, ce qui provoque leur expansion et fournit une poussée. L’idée d’une telle propulsion a été développée par l’US Air Force en 1946, ainsi que par Qian Xuesen au Massachusetts Institute of Technology en 1947.

Premier prototype en orbite en 2025

Dans le cadre du premier essai prévu pour 2025, le moteur fonctionnera aussi longtemps que l’approvisionnement en propergol (généralement de l’hydrogène) le permettra, probablement pendant des semaines. « Dans les airs, au sol et en mer, la manœuvrabilité est une capacité essentielle », explique Nathan Greiner, chef de projet à la DARPA. « La propulsion nucléaire thermique nous donnera cette agilité dans l’espace ».

À LIRE AUSSI : Le rover Perseverance capture le passage d’un tourbillon de poussières (+VIDÉO)

Le projet est facilité en partie par un mémorandum présidentiel américain de 2019, qui a simplifié l’obtention d’une autorisation pour le lancement d’engins spatiaux contenant des matières radioactives. Pour s’adapter aux règles établies par le mémorandum, le projet impliquera une source d’énergie moins radioactive que les précédentes, comme le programme Nuclear Engine for Rocket Vehicle Application de la NASA dans les années 1960, qui a considérablement développé le concept de fusées thermiques nucléaires, mais n’a jamais été testé dans l’espace.

Le projet se concentrera sur des satellites en orbite jusqu’à 400 000 kilomètres au-dessus du sol terrestre, ce qui est bien plus élevé que les opérations spatiales actuelles menées par des engins spatiaux militaires. Avec cette technologie, les opérateurs militaires pourraient déplacer à volonté des satellites de communication ou d’espionnage à propulsion nucléaire vers une zone d’intérêt. Elle pourrait également ouvrir de nouvelles possibilités, comme le suivi et l’identification de satellites furtifs rivaux.

Un défi de taille, notamment en raison du risque d’explosion

Bien entendu, le lancement de fusées nucléaires s’accompagne de ses propres défis… En 1983 par exemple, un réacteur nucléaire du satellite espion soviétique Kosmos 1402 a suscité de vives inquiétudes lorsqu’il a dysfonctionné et s’est dirigé en spirale vers la Terre. Heureusement, il s’est consumé de manière inoffensive dans l’atmosphère, comme cela était prévu.

Pour réduire les risques, le réacteur de la DARPA ne sera activé que lorsqu’il sera dans l’espace. « Si le réacteur n’a pas été activé, alors il ne s’agit essentiellement que d’une quantité d’uranium faiblement enrichi », explique Laurence Williams, spécialiste de la sûreté nucléaire à l’Imperial College de Londres. « Il n’a rien à voir avec la toxicité du plutonium, qui a été utilisé pour les centrales radiothermiques dans un certain nombre de missions spatiales ».

À LIRE AUSSI : Ce concept de moto électrique est un véritable purificateur d’air sur roues

Par exemple, le rover Perseverance de la NASA, qui explore actuellement Mars, tire son électricité d’une source de plutonium-238. Selon Williams, une analyse de sécurité détaillée serait encore nécessaire avant tout lancement, afin d’examiner ce qui pourrait se produire si la fusée échouait au décollage ou explosait dans l’atmosphère.

Les États-Unis se concentrent de plus en plus sur l’expansion de leur capacité militaire dans l’espace après la création de l’US Space Force en 2019. Si le projet de la DARPA aboutit, nous pourrions bientôt voir toute une génération de vaisseaux spatiaux nucléaires en orbite terrestre et au-delà. La NASA s’intéresse depuis longtemps à la propulsion thermique nucléaire pour les missions vers Mars et au-delà, et dispose de son propre programme pour étudier cette technologie.

Par Jonathan Paiano, publié le·13 avril 2021

Photo en titre : Vue d’artiste d’un prototype fictif d’une fusée à propulsion nucléaire DRACO. | DARPA

https://trustmyscience.com/etats-unis-prevoient-mettre-en-orbite-fusee-propulsion-nucleaire-en-2025/

NDLR : À quand des satellites à propulsion nucléaire contenant des bombes atomiques ? Je rêve ? On en reparlera dans quelques années !

JAPON ET FUKUSHIMA : SANS SURPRISE, LE GOUVERNEMENT CHOISIT LE REJET EN MER POUR L’EAU CONTAMINÉE

Sans surprise, le gouvernement japonais a choisi le rejet en mer pour l’eau contaminée accumulée depuis 10 ans dans des cuves à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela faisait quelques mois voire des années qu’il procrastinait.

Comme nous le rappelions dans notre bilan chiffré publié à l’occasion du dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire, TEPCo a accumulé plus d’1,2 million de mètres cube et le stock augmente chaque jour. La place devrait commencer à manquer sur le site de la centrale en 2022. Et comme il faut 2 ans pour construire une installation de rejet et instruire le dossier d’autorisation, le calendrier est tendu.

À l’origine, les autorités voulaient laisser passer les Jeux olympiques, mais ils ont été reportés d’un an. Il y a surtout les difficultés internes puisque l’opposition au rejet est très forte localement. Aussi bien les coopératives de pêche que les élus locaux sont contre. En juin 2020, 17 communes de Fukushima avaient aussi pris position contre, tout comme l’industrie de la pêche. Même Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux, s’en est mêlé dans une tribune. Lors de la consultation publique, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. 

Cette eau aurait dû être décontaminée par la station de traitement ALPS qui filtre 62 radioéléments, mais TEPCo a mal travaillé et 72% du stock a une concentration résiduelle qui dépasse les autorisations de rejet en mer. Ce n’est qu’en septembre 2018 que la compagnie l’a reconnu, lors de réunions publiques pour expliquer… le rejet en mer. Depuis, la compagnie s’est engagée à reprendre de traitement de cette eau de façon à avoir une contamination résiduelle pour ces 62 radioéléments dans les limites autorisées. Les premiers tests effectués à l’automne 2020 étaient concluants, mais ne concernaient qu’un tout petit volume. Combien de temps il faudra pour tout reprendre ? Pas de communication sur le sujet.

Officiellement, après un traitement correct, il ne resterait plus que du tritium, de l’hydrogène radioactif qui est très difficile à filtrer puisqu’il entre dans la composition de la molécule d’eau. Dans les faits, il y a d’autres radioéléments dans cette eau qui ne sont pas filtrés et qui seront rejetés, comme TEPCo l’a reconnu très récemment : c’est le cas notamment du carbone-14 et du technétium-99. Ils seront rajoutés au bilan des éléments rejetés pour vérifier la conformité avec les autorisations de rejet.

En ce qui concerne le tritium, qui est le radioélément le plus abondant dans l’eau après traitement, le stock s’élèverait à 860 TBq dans les cuves ce qui est largement plus que la limite annuelle de rejet fixée à 22 TBq. TEPCo veut donc étaler ses rejets sur une trentaine d’années pour respecter cette limite. Il y a encore du tritium dans les combustibles usés et dans les sous-sols des réacteurs. Le rejet pourrait donc prendre plus longtemps. Un des arguments avancés pour le rejet en mer est la fragilité des cuves en cas de séisme, mais même avec rejet, il faudra qu’elles tiennent des décennies. 

À titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Orano de La Hague est, pour le seul tritium, de 18 500 TBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11 600 et 13 400 TBq par an. Le stock dans les cuves représente environ un mois de rejet à La Hague… Le Japon ne pouvait pas reculer sur le rejet en mer, car il veut toujours démarrer sa propre usine de retraitement, à Rokkashô-mura, même si elle a déjà accumulé 25 années de retard. La valeur cible pour les rejets en tritium y est de 9 700 TBq par an (source).

À noter que la limite de 22 TBq/an pour les rejets en mer à Fukushima est inférieure à l’autorisation de rejet des installations françaises le long de la Loire. Pour Chinon, par exemple, la limite de rejet dans le fleuve est de 80 TBq/an (source). Et ce tritium se retrouve dans l’eau du robinet en aval, comme l’a montré l’ACRO

Par ailleurs, la concentration moyenne en tritium dans les cuves est de 730 000 Bq/L et dépasse donc la concentration maximale autorisée pour les rejets en mer, qui est de 60 000 Bq/L. TEPCo va donc diluer cette eau avant rejet de façon à avoir une concentration inférieure à 1 500 Bq/L. C’est cette limite qui est utilisée actuellement pour l’eau des nappes phréatiques car le tritium n’est pas le seul radioélément contaminant.

La contamination résiduelle avant rejet n’est pas bien connue et aucun contrôle indépendant n’est prévu pour le moment. Aucune étude d’impact détaillée du rejet n’a été produite en dix ans et encore moins discutée. Il faut croire TEPCo et les autorités sur parole. La défiance de la population et des pêcheurs est donc légitime. Le communiqué de TEPCo sur la décision gouvernementale est un modèle de langue de bois qui ne répond à aucune des inquiétudes. Le seul impact négatif reconnu est sur la réputation (les fameuses “rumeurs néfastes) que la compagnie s’engage à indemniser… Mettre en ligne une photo de l’eau décontaminée ne suffira pas !

Publié le 13 avril 2021

https://fukushima.eu.org/category/non-classe/

NUCLÉAIRE IRANIEN: MOSCOU ET TÉHÉRAN UNIS FACE AUX OCCIDENTAUX

Moscou et Téhéran ont affiché mardi un front uni face à Washington et aux Européens sur fond de discussions à Vienne pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien de 2015.

«Nous tablons sur le fait qu’on pourra sauvegarder l’accord et que Washington reviendra enfin à la mise en œuvre pleine et entière de la résolution correspondante de l’ONU», a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d’un point de presse avec son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, à Téhéran.

Lavrov a une nouvelle fois appelé les États-Unis à lever les sanctions adoptées contre Téhéran depuis leur sortie de l’accord décidée en 2018 sous la présidence de Donald Trump.

Le ministre russe s’en est aussi pris avec virulence à l’UE qui, selon lui, menace les efforts en cours en ayant annoncé lundi sanctionner huit responsables de la sécurité iranienne pour leur rôle dans la répression violente des manifestations en novembre 2019.

«Dans l’UE, il n’y a aucune coordination, la main droite ne sait pas ce que fait la gauche, c’est malheureux», a-t-il dit.

«Si cette décision a été prise de manière volontaire en pleine négociations à Vienne pour sauver (l’accord sur le nucléaire), alors ce n’est plus malheureux, c’est une erreur qui serait pire qu’un crime», a-t-il lâché.

En riposte à la décision de l’UE, qui coordonne les discussions de Vienne, Téhéran a annoncé lundi soir suspendre «tout dialogue sur les droits humains» avec les Vingt-Sept, de même que sa coopération avec l’Europe en matière de «terrorisme, (de lutte contre le trafic de) drogue, et des réfugiés».

De son côté, M. Zarif a averti les États-Unis qu’ils n’obtiendraient aucun avantage dans les discussions sur le nucléaire par le biais d’«actes de sabotage» ou de «sanctions».

«Nous n’avons aucun problème à revenir à nos engagements (…) mais les Américains doivent savoir que ni les sanctions ni des actes de sabotage ne leur procureront un instrument de négociation et que ces actions ne feront que compliquer encore la situation pour eux», a déclaré Mohammad Javad Zarif.

Photo satellite fournie par Maxar Technologies le 28 janvier 2020 montrant le centre nucléaire de Natanz dans le centre de l’Iran / Satellite image ©2021 Maxar Technologies/AFP/Archives

La veille, Téhéran avait accusé Israël d’avoir saboté dimanche son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, dans le centre l’Iran, alors que des discussions sont en cours à Vienne pour tenter de sauver l’accord international sur le nucléaire conclu dans la capitale autrichienne en 2015.

«Ce qu’ils ont fait à Natanz, ils ont pensé que cela serait au désavantage de l’Iran (…), je vous assure que dans un avenir proche, Natanz va passer à des centrifugeuses plus perfectionnées», a déclaré M. Zarif.

«Très mauvais pari»

«Les Israéliens, s’ils pensaient qu’ils pouvaient stopper les efforts de l’Iran pour faire lever les sanctions contre le peuple iranien, ont fait un très mauvais pari», a-t-il ajouté.

Capture d’image tirée d’une vidéo diffusée par la présidence iranienne le 10 avril 2021 montrant un ingénieur du centre nucléaire de Natanz lors de l’inauguration de nouvelles centrifugeuses / Présidence iranienne/AFP

«Les États-Unis n’ont d’aucune manière été impliqués» dans ce qui s’est passé à Natanz, avait déclaré lundi la Maison Blanche.

Les discussions de Vienne réunissent les États encore parties à l’accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l’égide de l’Union européenne. Washington y est associé mais sans contact direct avec les Iraniens.

Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont dénoncé unilatéralement en 2018 l’accord de Vienne, rétablissant les sanctions américaines qui avaient été levées en vertu de ce pacte.

En riposte, l’Iran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires qu’il avait pris à Vienne. Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l’accord.

Localisation des sites nucléaires, réacteurs et mines d’uranium en Iran, dont l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz / AFP

Mais jusqu’à présent, Téhéran et Washington se renvoient la balle: l’Iran exige que Washington lève ses sanctions pour revenir de son côté au respect plein entier de ses engagements quand les États-Unis exigent d’abord le retour de l’Iran aux termes de l’accord pour lever leurs mesures punitives.

Les États-Unis et Israël sont les deux premiers ennemis officiels de la République islamique.

Par AFP, publié le 13/04/2021 à 09h40, modifié le 13/04/2021 à 11h26

Photo en titre : Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et son homologue russe Sergueï Lavrov, le 13 avril 2021 à Téhéran / Ministère russe des Affaires étrangères/AFP

https://www.la-croix.com/Nucleaire-iranien-Moscou-Teheran-unis-face-Occidentaux-2021-04-13-1301150656

« TCHERNOBYL, ZÉRO MORT » : QUAND MONTEBOURG SOUS-ESTIME LES CONSÉQUENCES DE LA CATASTROPHE NUCLÉAIRE

Lors d’un débat organisé par « Reporterre », Arnaud Montebourg a affirmé que la catastrophe nucléaire de Tchernobyl avait fait « zéro mort ». Il a tout de suite été contredit.

« Tchernobyl, zéro mort ». Cette information erronée, donnée par l’ancien ministre Arnaud Montebourg lors d’un débat organisé par le média « Reporterre » avec le maire écologiste de Grenoble Éric Piolle, à propos du nucléaire en France, a été retenue par des militants sur Twitter.

Le variant Montebourg peut-il devenir dominant en 2022 ?

Le débat a été mené lundi 12 avril par deux journalistes du site d’actualités consacré à l’écologie, Hervé Kempf et Émilie Massemin, et posait la question : « Le nucléaire est-il écologique ? ». Face à face, deux hommes de gauche, prétendants possibles à la présidence en 2022, aux points de vue radicalement différents concernant la sortie de l’énergie fossile.

Un débat pourtant sérieux

Pour Arnaud Montebourg, il ne faut pas opposer énergies renouvelables et énergie nucléaire : « On aura besoin des deux pour sortir du pétrole », a-t-il insisté. Parmi ses arguments, le recours au charbon et au gaz par l’Allemagne et la Belgique après la fermeture de leurs centrales nucléaires, ou encore l’intermittence des énergies renouvelables :

« Quand il n’y a pas de vent, les éoliennes ne tournent pas, quand il n’y a pas de soleil, on ne produit pas d’électricité. »

Arnaud Montebourg : « Mon combat, c’est la revalorisation de la France »

Mais aussi la provenance des panneaux solaires, par exemple :

« Les panneaux photovoltaïques sont chinois alors que le nucléaire est la troisième industrie nationale en nombre d’emplois. Nous avons des compétences en ce domaine. »

Jusque-là, des arguments rationnels et débattus avec Éric Piolle dans le cadre « d’un échange respectueux, parfois technique, mais passionné », décrit « le Parisien ».

« J’ai dit une bêtise ? »

Mais face aux craintes exprimées par le maire de Grenoble quant aux risques du nucléaire – « il est trop risqué et vulnérable en matière de sécurité » -, l’ancien ministre a cru bon d’évoquer des chiffres… à tort.

« Il faut relativiser la question du risque. Fukushima, zéro mort. Il y a un débat qui s’ouvre, mais enfin, zéro mort. Tchernobyl, zéro mort. »

Éric Piolle, l’écolo qui vise le sommet

Avant d’être interrompu par le journaliste Hervé Kempf et de demander, apparemment très sincèrement :

« Quoi, j’ai dit une bêtise ? »

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986 dans l’actuelle Ukraine, est la plus grave du XXème siècle, classée au plus haut niveau (7) de l’échelle internationale des évènements nucléaires (INES). Elle a provoqué la mort de 60 à 4 000 personnes selon l’ONU, beaucoup plus selon d’autres ONG, pas sous le coup de l’explosion, mais en raison de toutes les maladies qu’elle a entraînées.

Un journaliste s’est d’ailleurs empressé de le rappeler dans un thread Twitter, en citant même la New York Academy of Science, selon laquelle on parlerait même d’un million de décès :

Fukushima, 10 ans après : « On enregistre toujours des taux élevés de contamination par endroits »

Quant à Antoine Léaument, responsable de la communication de Jean-Luc Mélenchon, il a ironisé : « C’est Areva qui le finance ou bien ? »

Concernant l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, survenu après un tsunami, Éric Piolle a rappelé : « On est passé tout près d’une catastrophe. »

Un risque « insupportable », a-t-il estimé.

Par L’Obs, publié le  13 avril 2021 à 11h55, mis à jour le 13 avril 2021 à 12h19

Photo en titre : Arnaud Montebourg à Sallèles-d’Aude, le 4 mars 2021. (PASCAL RODRIGUEZ/SIPA)

https://www.nouvelobs.com/politique/20210413.OBS42661/tchernobyl-zero-mort-quand-montebourg-sous-estime-les-consequences-de-la-catastrophe-nucleaire.html

L’IRAN ACCUSE ISRAËL D’UNE ATTAQUE SUR UN CENTRE NUCLÉAIRE ET PROMET UNE « VENGEANCE »

L’Iran a accusé lundi Israël d’être derrière l’attaque ayant visé la veille son usine d’enrichissement d’uranium à Natanz, laissant entendre que celle-ci avait endommagé des centrifugeuses, et a promis une « vengeance » en temps et en heure.

« Avec cette action, le régime sioniste a bien sûr essayé de se venger du peuple iranien pour la patience et la sagesse dont il a fait preuve (en attendant) la levée des sanctions » américaines, a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères iranien, Saïd Khatibzadeh, lors d’une conférence de presse à Téhéran. M. Khatibzadeh a ainsi accusé indirectement Israël de saborder les discussions en cours à Vienne pour tenter de faire revenir les États-Unis dans l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien et de lever les sanctions imposées par Washington contre Téhéran depuis que les États-Unis sont sortis de ce pacte en 2018.

Dimanche, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) avait annoncé que le complexe nucléaire de Natanz, dans le centre de l’Iran, avait subi dans la matinée un « accident« , qualifié d’acte de « terrorisme« , et ayant entraîné une « coupure de courant » n’ayant fait « ni mort, ni blessé, ni pollution« .

Il est encore « trop tôt pour déterminer les dommages matériels causés par l’attaque« , a déclaré M. Khatibzadeh lundi : « Il faut inspecter chacune des centrifugeuses pour donner un bilan des dégâts. » « Si (l’attaque) visait à limiter la capacité nucléaire de l’Iran, je dirais en revanche, que toutes les centrifugeuses qui (ont été endommagées) étaient du type IR-1 » (c’est-à-dire de « première génération« , NDLR), a dit M. Khatibzadeh. « Faites savoir à tout le monde qu’elles seront assurément remplacées par des machines plus avancées« , a-t-il ajouté, promettant que « la réponse de l’Iran sera la vengeance contre le régime sioniste au moment et à l’endroit opportun« .

Selon l’agence de presse officielle Irna, des députés ont indiqué que le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, avait « insisté (…) sur la nécessité de ne pas tomber dans le piège tendu par les sionistes« . « Mais nous ne permettrons pas (qu’Israël fasse dérailler les discussions de Vienne) et nous nous vengerons des sionistes pour ces actions« , aurait-il déclaré de même source lors d’une réunion à huis clos au Parlement consacrée à l’attaque contre Natanz.

Par AFP, publié le 12 avril 2021 à 09h40

Photo en titre : Vue de la centrale nucléaire de Natanz, à 250km au sud de Téhéran, dans une photo datée du 30 mars 2005. Photo REUTERS/Raheb Homavandi

https://www.lorientlejour.com/article/1258288/israel-est-bien-sur-derriere-lattaque-contre-le-centre-nucleaire-de-natanz.html

LE BUDGET DE BIDEN EXIGE DES DÉPENSES MILITAIRES RECORD, DES ARMES NUCLÉAIRES ET DES MISSILES HYPERSONIQUES

Dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie et la Chine, le gouvernement Biden a demandé le budget militaire le plus important de l’histoire des États-Unis. Il exige 753 milliards de dollars de dépenses militaires annuelles, soit plus que les dix autres plus grandes armées réunies.

Ce budget prévoit des dépenses supplémentaires pour les armes nucléaires, la modernisation de la flotte de sous-marins balistiques à capacité nucléaire et le développement d’une toute nouvelle gamme d’armes de longue portée. Ces dernières sont selon les planificateurs militaires nécessaires pour que les États-Unis puissent mener une guerre majeure avec la Russie ou la Chine.

Le budget explose les promesses creuses de l’aile «progressiste» du Parti démocrate, notamment de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez, qui prétendaient qu’une présidence Biden marquerait une rupture avec le militarisme et le bellicisme de Donald Trump.

Mais le gouvernement Biden a, peu de mois après son installation, versé de l’huile sur le feu des diverses poudrières du monde, produisant la plus longue période de tensions entre les États-Unis et la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et entre ceux-ci et la Chine depuis les années 1970.

Depuis l’annonce le mois dernier par le régime-client des États-Unis en Ukraine d’un plan visant à reprendre militairement la Crimée, les relations entre Washington et Moscou ont été à deux doigts du conflit. Vendredi, les États-Unis ont annoncé leur intention de déployer des navires de guerre en mer Noire, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a mis en garde contre l’éclatement d’une guerre «à grande échelle».

En même temps, le gouvernement Biden a entrepris de déployer des armes offensives sur les îles entourant la Chine et il discute d’une alliance militaire avec Taïwan, créant ainsi un face-à-face armé dans le détroit de Taïwan comme en mer de Chine méridionale.

La proposition de budget de Biden perpétue et accélère le renforcement nucléaire de milliers de milliards de dollars initié par Obama et poursuivi par Trump. Elle comprend le développement d’armes nucléaires plus petites et plus «utilisables» et de missiles de croisière à capacité nucléaire.

Le texte de la demande de budget indique qu’il maintiendra «une dissuasion nucléaire forte et crédible pour la sécurité de la nation et des alliés des États-Unis», ajoutant que «la demande discrétionnaire soutient les programmes de modernisation nucléaire en cours.»

La proposition de budget cible résolument la Chine et la Russie. Elle déclare «donner la priorité en tant que principal défi du ministère [de la Défense] à la nécessité de contrer la menace de la Chine. Le ministère cherchera également à dissuader la Russie d’adopter un comportement déstabilisateur».

Pour ce faire, le budget soutient explicitement l’initiative dite de «dissuasion dans le Pacifique» qui vise à entourer la Chine de missiles offensifs basés à terre, précédemment interdits par le traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI).

«En s’appuyant sur l’initiative de dissuasion du Pacifique et en collaborant avec les alliés et les partenaires de la région inde-pacifique et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, le DOD [ministère de la Défense] veillera à ce que les États-Unis mettent en place les concepts, les capacités et la posture nécessaires pour relever ces défis.»

Outre le développement de nouvelles sortes d’armes offensives précédemment interdites, le budget donne la priorité au développement de «capacités de frappe hypersoniques» capables d’échapper aux défenses pour délivrer des charges nucléaires.

Le budget déclare que «le maintien de la puissance navale des États-Unis est essentiel pour rassurer les alliés et signaler aux adversaires potentiels la détermination des États-Unis». Il ajoute que «la demande discrétionnaire poursuit la recapitalisation de la flotte de sous-marins lanceurs de missiles balistiques stratégiques de la nation» et investit « dans des systèmes autonomes et télécommandés et dans le programme de la nouvelle génération de sous-marins d’attaque».

Après quatre années consécutives d’augmentation du budget militaire par Trump, les responsables militaires s’attendaient à ce que Biden le maintienne inchangé, voire le réduise. Les défenseurs de Biden dans l’aile «progressiste» du Parti démocrate avaient, eux, fait croire que Biden réduirait le budget militaire mais celui-ci n’a fait que gonfler massivement le budget du Pentagone.

Le budget de la Défense n’est cependant qu’une composante d’une augmentation massive des dépenses domestiques visant à contrer la Chine. Début avril, Biden a annoncé un projet de loi sur l’infrastructure de 2.000 milliards de dollars, destiné principalement à la «concurrence stratégique» avec Pékin.

Expliquant ce projet de loi, Biden a déclaré que la Chine tentait « de s’approprier l’avenir – la technologie, l’informatique quantique». C’était là « l’infrastructure d’une nation».

«Pensez-vous que la Chine attende pour investir dans son infrastructure numérique ou dans la recherche et le développement? Je vous promets qu’ils n’attendent pas. Mais ils comptent sur la démocratie américaine pour être trop lente, trop limitée et trop divisée pour suivre le rythme

Cette semaine, les membres de la Commission des relations étrangères du Sénat ont dévoilé la «Loi sur la concurrence stratégique de 2021». Ce projet de loi constituera un «effort bipartite sans précédent pour mobiliser tous les outils stratégiques, économiques et diplomatiques des États-Unis en faveur d’une stratégie inde-pacifique. Il permettra à notre nation de faire véritablement face aux défis que la Chine pose à notre sécurité nationale et économique», a déclaré le président de cette commission, Bob Menendez.

Il a ajouté que cette loi était « une reconnaissance que ce moment exigeait une réponse stratégique unifiée qui puisse reconstruire le leadership américain» et «investir dans notre capacité à surpasser la Chine.»

Un tel détournement flagrant des ressources de la société pour la préparation de guerres irresponsables et destructrices est doublement criminel alors que le monde est en proie à une pandémie hors de contrôle. Les gouvernements capitalistes déclarent que la population doit «vivre avec» le COVID-19 parce que le contenir coûte trop cher, mais des ressources illimitées sont mises à disposition pour planifier et préparer des guerres qui pourraient potentiellement tuer des milliards de personnes.

L’escalade rapide du conflit entre les États-Unis et la Chine et la Russie crée d’immenses dangers. Face à une énorme crise sociale chez eux et au déchaînement de la pandémie, les États-Unis cherchent désespérément à détourner les tensions internes vers l’extérieur.

Mais ces plans de guerre ne sont en rien inévitables. Les travailleurs doivent se mobiliser sur la base d’une perspective commune, socialiste et internationaliste, pour mettre un terme à la marche à la guerre irresponsable des capitalistes. La condition préalable essentielle à un tel développement est un rejet décisif du Parti démocrate et de tous ceux qui sèment des illusions à son égard.

Par André Damon, publié le 12 avril 202, (Article paru d’abord en anglais le 10 avril 2021)

Photo en titre : Le Pentagone (Wikimedia Commons)

https://www.wsws.org/fr/articles/2021/04/12/eubg-a12.html

EN IRAN, UN « ACCIDENT » SURVIENT DANS L’INSTALLATION NUCLÉAIRE DE NATANZ

Un « accident » est survenu dimanche matin dans l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, dans le centre de l’Iran. Selon l’organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), aucune victime ni pollution n’est à déplorer.

L’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, dans le centre de l’Iran, a subi un « accident » dimanche 11 avril mais l’événement n’a fait ni victimes ni pollution, selon l’agence Fars, qui cite le porte-parole de l’organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA).

Il y a eu « un accident dans une partie du réseau électrique de l’installation d’enrichissement de Chahid-Ahmadi-Rochan« , le complexe nucléaire de Natanz, où les autorités iraniennes ont lancé la veille de nouvelles cascades de centrifugeuses interdites par l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, a déclaré à Fars le porte-parole de l’OIEA, Behrouz Kamalvandi.

Il n’y a « aucun blessé ni aucune pollution » à déplorer, « les causes de l’accident font l’objet d’une enquête et de plus amples informations seront communiquées ultérieurement« , a-t-il ajouté.

Début juillet, une usine d’assemblage de centrifugeuses perfectionnées avait été gravement endommagée par une mystérieuse explosion. Les autorités ont conclu à un « sabotage » d’origine « terroriste » mais n’ont pas encore fait connaître les résultats de leur enquête.

Le président Hassan Rohani avait inauguré à distance la veille la nouvelle usine d’assemblage de centrifugeuses de Natanz en même temps qu’il donnait l’ordre de mettre en service ou de tester trois nouvelles cascades de centrifugeuses.

Rétablissement des sanctions américaines

Le résumé de la semaine France 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Ces nouvelles centrifugeuses offrent à l’Iran la possibilité d’enrichir plus vite et en plus grande quantité de l’uranium, dans des volumes et à un degré de raffinement interdits par l’accord conclu en 2015 à Vienne entre la République islamique et la communauté internationale.

Les États-Unis ont dénoncé cet accord unilatéralement en 2018, rétablissant dans la foulée les sanctions américaines qui avaient été levées en vertu de ce pacte.

En riposte, l’Iran s’est affranchi, depuis 2019, de la plupart des engagements clés qu’il avait pris à Vienne pour restreindre ses activités nucléaires.

Des discussions sont actuellement en cours à Vienne entre la l’Iran et les autres États parties à l’accord de 2015 (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) sur la façon de réintégrer les États-Unis au sein de ce pacte conclu dans la capitale autrichienne.

Par FRANCE 24, avec AFP, publié le 11/04/2021 à 09h52

Photo en titre : Cette photo, rendue public en novembre 2019 par l’Agence iranienne de l’énergie atomique, montre des centrifugeuses dans l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz. AP

https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20210411-en-iran-un-accident-survient-dans-l-installation-nucl%C3%A9aire-de-natanz

ALGER DEMANDE LE SOUTIEN DE PARIS POUR RÉHABILITER LES SITES DES ESSAIS NUCLÉAIRES FRANÇAIS

L’Algérie a sollicité l’aide de la France pour réhabiliter les sites des essais nucléaires français qui ont eu lieu en Algérie il y a 60 ans. C’était lors d’une rencontre non annoncée qui a eu lieu jeudi à Alger entre le chef de l’armée algérienne Saïd Chanegriha et son homologue français le général François Lecointre.

Le dossier des essais nucléaires est l’un des principaux contentieux mémoriels entre Alger et Paris. La France, ancienne puissance coloniale en Algérie, a procédé à 17 essais nucléaires dans le Sahara algérien, entre 1960 et 1966. Alger estime que la France doit « assumer ses responsabilités historiques et décontaminer le Sahara algérien ». « Ces évènements ne s’effacent pas de la mémoire par prescription » a averti le président algérien le mois dernier.

Lors de l’entretien entre les deux chefs d’état-major, le général Chanegriha a évoqué cette problématique. « Je tiens à ce que la problématique au sujet des anciens sites d’essais nucléaires et des autres essais au Sahara algérien soit évoqué au sein du Groupe mixte algéro-français lors de la 17ème session, prévue en mai (2021), où nous attendons votre soutien, pour la prise en charge définitive des opérations de réhabilitation des sites de Reggane et Ain Akker. Également, pour avoir les cartes topographiques permettant de définir les zones d’enfouissement de déchets contaminés nucléaires ou chimiques. »

Les deux chefs d’état-major ont également discuté de « l’état de la coopération militaire entre les deux pays » et échangé les points de vue sur les questions d’intérêt commun : la crise au Sahel et la lutte contre la menace jihadiste figurent parmi ces questions.

Par RFI ,  publié le 10/04/2021 à 00h13

Photo en titre : «Danger» : ce panneau dans le désert algérien -dans la région de Tamanrasset- signale le danger de cette zone toujours irradiée depuis les essais nucléaires français au début des années 60. AFP/Fayez Nureldine

https://www.rfi.fr/fr/afrique/20210409-alger-demande-le-soutien-de-paris-pour-r%C3%A9habiliter-les-sites-des-essais-nucl%C3%A9aires-fran%C3%A7ais

LA NORVÈGE « PRÉOCCUPÉE » PAR LA DÉCISION DE LONDRES

(Oslo) La Norvège, pays de tradition antinucléaire, s’est dite jeudi « préoccupée » par la décision du Royaume-Uni, son allié au sein de l’OTAN, de relever le plafond de son arsenal nucléaire.

Mettant fin à un désarmement progressif en œuvre depuis la dislocation de l’URSS il y a trente ans, le Royaume-Uni a annoncé le 16 mars qu’il allait porter de 180 à 260, soit une hausse d’environ 45 %, le plafond maximum de son stock d’ogives nucléaires.

Critiquée par la Russie et par l’Iran, la décision, justifiée par une « gamme croissante de menaces technologiques et doctrinales », n’a pas fait de vagues parmi les alliés de Londres.

Un sous-marin britannique lanceur de missiles balistiques nucléaires au départ d’une mission de patrouille. (PHOTO MARINE BRITANNIQUE)

S’exprimant devant le Parlement, la cheffe de la diplomatie norvégienne a toutefois apporté une voix quelque peu dissonante.

« La Norvège observe avec inquiétude que des pays comme la Russie et la Chine ont contribué à une pression accrue pour un réarmement. Nous interprétons la revue stratégique par le Royaume-Uni de sa sécurité et sa défense comme une réponse à cela », a dit Ine Eriksen Søreide en réponse à une question d’un député d’opposition.

« Ce n’est pas un développement souhaitable. La Norvège œuvre pour réduire, et non pas augmenter, le nombre d’armes nucléaires dans le monde. Nous sommes préoccupés par la décision du Royaume-Uni d’augmenter le plafond d’ogives nucléaires », a-t-elle ajouté, disant avoir signifié « clairement » ce point de vue à son allié britannique.

Le Royaume-Uni, qui vient de sortir de l’UE, et la Norvège, qui s’est toujours refusé à y entrer, entretiennent des relations diplomatiques, commerciales et militaires très étroites.

Mme Eriksen Søreide a d’ailleurs souligné que le Royaume-Uni avait aussi réaffirmé son attachement au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Par Agence France-Presse, publié le 8 avril 2021 à 12h20

Photo en titre : Un missile Trident lancé d’un sous-marin nucléaire britannique lors d’un essai. (PHOTO MARINE BRITANNIQUE)

https://www.lapresse.ca/international/europe/2021-04-08/arsenal-nucleaire/la-norvege-preoccupee-par-la-decision-de-londres.php

UN DIPLOMATE CHINOIS EXHORTE LES ÉTATS-UNIS À LEVER IMMÉDIATEMENT LES SANCTIONS UNILATÉRALES CONTRE L’IRAN

VIENNE, 9 avril (Xinhua) : La promesse des États-Unis de lever les sanctions unilatérales contre l’Iran doit immédiatement être mise en œuvre, a déclaré vendredi Wang Qun, représentant permanent de la Chine auprès des Nations Unies et d’autres organisations internationales à Vienne.

« En ce qui concerne les sanctions unilatérales imposées par les États-Unis (contre l’Iran), la Chine et les parties concernées ont clairement exprimé leurs préoccupations lors de la réunion et elles doivent immédiatement être levées« , a déclaré M. Wang à Xinhua après les discussions sur l’accord nucléaire iranien vendredi.

La Commission mixte du Plan d’action global conjoint (PAGC), plus connu sous le nom d’accord sur le nucléaire iranien, a repris ses discussions vendredi, avec la levée des sanctions contre l’Iran en tête de l’ordre du jour.

Wang a déclaré que « ces problèmes de sanctions avaient tous été causés par les sanctions illégales imposées par le précédent gouvernement américain aux entités et aux personnes qui ont mis en œuvre le PAGC« .

Il a souligné que la levée de ces sanctions était « non seulement une question bilatérale, mais aussi un aspect important de la sauvegarde du PAGC, qui est le résultat du multilatéralisme« .

« Nous avons remarqué que la partie américaine avait récemment publié des messages positifs sur la levée de ces sanctions, et nous appelons les États-Unis à prendre immédiatement des mesures pratiques pour faciliter la mise en œuvre complète et efficace du PAGC« , a ajouté M. Wang.

La Commission mixte a chargé les groupes d’experts de poursuivre leurs travaux et a convenu de se réunir à nouveau à Vienne dans le courant de la semaine prochaine, a indiqué le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) dans un communiqué de presse publié vendredi après la réunion.

Par French.xinhuanet.com, publié le 2021-04-09 à 21h17

http://french.xinhuanet.com/2021-04/09/c_139869722.htm

LA CHINE EXHORTE LE JAPON À ÉVALUER MINUTIEUSEMENT LE PLAN D’ÉVACUATION DES EAUX RADIOACTIVES

BEIJING, 9 avril (Xinhua) — La Chine a exprimé vendredi l’espoir que le gouvernement japonais procédera à une évacuation minutieuse de l’impact possible du plan d’élimination des eaux usées contaminées au tritium de la centrale nucléaire de Fukushima.

« La fuite radioactive causée par la fusion de la centrale nucléaire de Fukushima a eu un impact profond sur l’environnement marin, la sécurité alimentaire et la santé humaine« , a déclaré Zhao Lijian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, lors d’un point de presse quotidien.

« Nous espérons que le gouvernement japonais agira avec un grand sens des responsabilités envers son propre peuple, les pays voisins et la communauté internationale, qu’il procédera à une évaluation minutieuse de l’impact possible du plan d’évacuation des eaux usées contaminées au tritium de la centrale nucléaire de Fukushima, qu’il communiquera les informations correspondantes de manière volontaire, opportune, stricte, précise, ouverte et transparente et qu’il prendra des décisions prudentes après consultation complète des pays voisins« , a indiqué M. Zhao.

Le Premier ministre japonais Yoshihide Suga a déclaré mercredi que son gouvernement déciderait bientôt s’il devait rejeter à la mer l’eau traitée provenant de la centrale nucléaire de la préfecture de Fukushima, en dépit de la forte opposition du secteur de la pêche.

Par French.xinhuanet.com, publié le 2021-04-09 à 23h15

http://french.xinhuanet.com/2021-04/09/c_139869903.htm

L’ASSISTANCE HUMANITAIRE ET LA REMISE EN ÉTAT DES SITES DES ESSAIS NUCLÉAIRES FRANÇAIS DOIVENT ÊTRE UN ENGAGEMENT FORT DU COMITÉ INTERGOUVERNEMENTAL DE HAUT NIVEAU FRANCE–ALGÉRIE

Les 10 et 11 avril, le Premier ministre français Jean Castex se rend à Alger, accompagné de huit ministres, dont ceux des Affaires étrangères et des Armées, pour participer à la 5e session du Comité intergouvernemental de haut niveau France-Algérie (CIHN).

Les conséquences sanitaires et environnementales des 17 essais nucléaires réalisés par la France dans le Sahara entre 1960 et 1966, ainsi que les déchets nucléaires et non nucléaires laissés par la France, figureront au menu des discussions.

Notre Campagne attend un engagement fort en faveur des victimes et de la remise en état de l’environnement, notamment suite à nos révélations sur la politique volontaire d’enfouissement de ces déchets.

Le CIHN a été institué, le 20 décembre 2012, lors de la Déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre l’Algérie et la France. Cette rencontre comporte un volet « Dimension humaine » qui traite des essais nucléaires et leurs conséquences. Nous constatons malheureusement que ce sujet bilatéral n’a pas fait l’objet d’une véritable attention politique notamment de la part des autorités politiques françaises.

L’étude que nous avons co-réalisée avec l’Observatoire des armements, en août 2020, « Sous la Sable, la radioactivité »* a permis de montrer qu’entre 1960 et 1967, sur les zones d’essais nucléaires du Sahara, en plus de l’impact radiologique des explosions, les autorités françaises ont mis en place une politique volontaire d’enfouissement des matériaux et outils contaminés par la radioactivité. Depuis, la population du Sud Sahara est soumise à des risques radiologiques.

L’assistance aux victimes et la remise en état de l’environnement doivent être des priorités. Pour cela, nous recommandons que l’État français s’engage sur les 4 priorités suivantes :

  • 1 – Faciliter, pour les populations algériennes, le dépôt de dossier de demandes d’indemnisation et notamment l’accès aux archives médicales détenues par le Service des archives médicales hospitalières des armées ;
  • 2 – Remettre aux autorités algériennes la liste complète des emplacements où ont été enfouis les déchets avec leur localisation précise (latitude et longitude), un descriptif des matériels enterrés ;
  • 3 – Publier les données relatives aux zones contaminées par des scories et laves radioactives et étudier avec les autorités algériennes les modalités d’un nettoyage de ces zones ;
  • 4 – Remettre aux autorités algériennes les plans des installations souterraines du CEA sous la base militaire de Reggane plateau, ainsi que ceux des différentes galeries creusées dans la montagne du Tan Afella.

* Sous le sable la radioactivité : Les déchets des essais nucléaires français en Algérie. Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, réalisée par Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements et Jean-Marie Collin, co-porte-parole de ICAN France, publiée en français et en anglais par la Fondation Heinrich Böll et en arabe avec le soutien du député européen français Mounir Satouri.

Contacts :

  • Patrice BOUVERET, directeur de l’Observatoire des armements, porte-parole de ICAN France, + 33 (0)6 30 55 07 09 – patricebouveret@obsarm.info
  • Jean-Marie COLLIN, expert et porte-parole de ICAN France, + 33 (0)6 37 94 62 41 – jeanmarie@icanfrance.org

Publié le 8 avril 2021

http://icanfrance.org/lassistance-humanitaire-et-la-remise-en-etat-des-sites-des-essais-nucleaires-francais-doivent-etre-un-engagement-fort-du-comite-intergouvernemental-de-haut-niveau-france-algerie/

POLYNÉSIE : UNANIMITÉ À L’APF : LE NUCLÉAIRE AU CŒUR D’UNE TABLE RONDE DE HAUT NIVEAU AU NATIONAL

Après la réouverture du ciel, c’est du nucléaire dont il a été question à l’assemblée. Le président du Pays a déclaré avoir obtenu d’Emmanuel Macron la mise en place d’une table ronde de haut niveau pour que la vérité et la justice soient faites sur la période nucléaire polynésienne.

ll n’avait rien laissé filtrer de cette information. L’exclusivité est revenue aux représentants du peuple. Ceux-là même qui d’une voix ont demandé que soit faite toute la lumière sur les 193 bombes. « Vérité, justice… C’est cette quête que j’ai soumise au président de la République« , a déclaré Édouard Fritch lors de la session administrative de ce jeudi 8 avril à l’assemblée de Polynésie française. 

Elle se traduit par la création d’une table ronde de haut niveau. Les conclusions de cette commission serviront de feuille de route de travail et d’actions. Une date est déjà avancée, celle de fin juin. Deux coordinateurs, local et national, auront à charge d’organiser ce rendez-vous historique. « Macron est un ami de la Polynésie. Je n’irais pas au-delà mais je crois qu’il est très soucieux du bon vivre ensemble de ce pays. Il est très soucieux des bonnes relations que nous devons entretenir avec l’État. Et, il nous a ouvert des portes importantes« , souligne le président du Pays. 

Et, comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le consensus dont jouit le président a également permis la modification du code de procédure civil en matière d’affaires foncière. Il sera désormais possible pour les familles en indivisions de procéder au partage par souche. 

Relance économique, refonte de la politique de l’emploi, modernisation du code du travail, mise en place d’un observatoire du SEFI, Edouard Fritch veut faire bouger les lignes, aériennes surtout avec le dossier ATN dont les 13 milliards de Fcfp de trésorerie s’épuiseront en 2021. Le très consensuel chef de l’exécutif local ne s’arrête pas là. Dans les effets d’annonce, celle de la venue prochaine du président Macron. Si la situation sanitaire le permet, le chef de l’État devrait poser le pied au fenua fin août 2021.

Par Polynésie la 1ère (MLSF), Jeanne Peckett-Pouira et Mirko Vanfau, publié le 8 avril 2021 à 17h57

Photo en titre : Édouard fritch, ©Polynésie la 1ère

https://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/unanimite-a-l-apf-le-nucleaire-au-coeur-d-une-table-ronde-de-haut-niveau-au-national-979528.html

D’ÉTRANGES CRÉATURES MARINES FONT FERMER DEUX RÉACTEURS NUCLÉAIRES EN CORÉE DU SUD

Les salpes sont des organismes marins gélatineux qui ressemblent à des méduses. Ils sont translucides, et mesurent généralement moins de 10 centimètres de haut. Pourtant, ces minuscules créatures viennent de stopper toutes seules deux réacteurs nucléaires en Corée du Sud, rapportait Bloomberg le 7 avril.

Mardi, des centaines de ces organismes ont obstrué les systèmes d’eau utilisés pour refroidir deux réacteurs d’une centrale nucléaire en Corée du Sud. C’est la deuxième fois en moins de trois semaines qu’un incident du genre force l’arrêt des deux unités. En effet, elles avaient déjà été hors service pendant une semaine à la fin du mois de mars. Seulement, les solutions pour combler la quantité d’énergie perdue sont extrêmement onéreuses.

Selon l’analyste Olympe Matteiela, cela nécessiterait une cargaison de 60 000 tonnes de gaz naturel, coûtant environ 21,8 millions de dollars au pays. Si l’événement n’est pas inédit, il reste pourtant inhabituel de voir autant de ces organismes si tôt dans l’année.

« Nous ne pouvons pas encore dire si la prolifération des salpes est due au changement climatique ou à d’autres facteurs », a déclaré Youn Seok-hyun, chercheur à l’Institut national des sciences halieutiques. « Cela devrait être considéré comme un phénomène temporaire à moins que nous ne constations une augmentation continue au cours de la prochaine décennie. »

C’est ce que prévoit pourtant Chae Jinho, responsable du laboratoire de recherche et d’information sur l’environnement marin. « Compte tenu de la tendance actuelle, il est possible que nous assistions à davantage de ces fermetures de réacteurs dans les années à venir », affirme-t-il.

Le pays n’est pas le seul à avoir été contraint d’arrêter temporairement sa production nucléaire. EDF a aussi connu son lot d’incidents concernant les systèmes de refroidissement. En janvier, la société française a dû déconnecter les quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Paluel, en Normandie. La cause : des poissons s’étaient retrouvés coincés dans les tambours filtrants de la station de pompage.

Par Ulyces (Source : Bloomberg), publié le 8 avril 2021

https://www.ulyces.co/news/detranges-creatures-marines-font-fermer-deux-reacteurs-nucleaires-en-coree-du-sud/

COMMENT LE NUCLÉAIRE GAGNE LA BATAILLE DES RÉSEAUX SOCIAUX

Youtube, Twitter, Linkedin… Les pro-atome envahissent les réseaux sociaux grâce à une kyrielle d’opérations de communication lancées par l’industrie électronucléaire. Leur argument phare : la faible empreinte carbone du secteur. Leur méthode : construire une opposition factice entre scientifiques (pronucléaires) et militants (anti).

Il était un temps où EDF faisait la promotion de son activité en glissant soigneusement des feuillets en papier glacé à la fin d’un magazine, ou dans les boîtes aux lettres. On pouvait y découvrir l’« investissement humain et technique exceptionnel » de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin, elle a fermé en juin 2020) ou encore la « transparence » et la « responsabilité » de l’entreprise de production d’électricité. Depuis une dizaine d’années, ces plaquettes publicitaires prennent la poussière au fond des tiroirs : désormais, pour vanter ses mérites, l’industrie électronucléaire mise plutôt sur les réseaux sociaux.

En 2018, l’Andra, l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, a lancé le mouvement en faisant appel à trois vidéastes [1], pour promouvoir le projet de stockage de déchets nucléaires, Cigéo. « On n’est pas là pour dire si le nucléaire c’est bien ou pas bien, se défendait Dave Sheik, l’un des youtubeurs, dans sa vidéo publiée en juillet 2018. Qu’on soit pour ou contre, il faut quand même bien faire quelque chose de ces déchets. »

En essayant d’éviter le débat clivant, l’opération de communication avait surtout un but « d’acceptabilité sociale », estimait dans Reporterre Béatrice Jalenques-Vigouroux, chercheuse en science de l’information à l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse. « L’Andra veut rassurer les gens, il ne faut pas qu’elle paraisse comme un ennemi », analysait-elle.

Des partenariats rémunérés avec des youtubeurs et des web-télés

Trois ans plus tard, la stratégie de l’industrie électronucléaire n’a pas changé, et même, s’affermit. En décembre 2020, le groupe Orano (anciennement Areva, spécialisé dans les combustibles nucléaires) a sponsorisé deux chroniques de la web-télé « Le Stream ». Lors de la première, les animateurs ont proposé un quiz, dont les questions étaient principalement orientées sur l’aspect bas-carbone de l’énergie nucléaire [2] et sur le fait que le secteur recrute énormément. « Si vous cherchez du boulot, il y en a chez Orano », concluait un des animateurs lors de la seconde chronique, centrée sur l’interview d’une salariée du groupe.

En décembre 2020, le groupe Orano (spécialisé dans les combustibles nucléaires) a sponsorisé deux chroniques de la web-télé « Le Stream ».

Depuis janvier 2021, le groupe EDF (producteur et fournisseur d’électricité) a aussi choisi de publier sur Facebook plusieurs vidéos courtes en partenariat avec le site d’actualités Konbini et le youtubeur Poisson Fécond. Le principe : en moins de deux minutes, le vidéaste répond aux questions des internautes sur le domaine de l’énergie. L’occasion là encore de mettre en valeur l’industrie nucléaire.

« Le nucléaire, c’est ce qui nous permet de produire beaucoup d’énergie tout en rejetant très peu de CO2 », résume Poisson Fécond au cours du deuxième épisode. C’est vrai, mais cela élude totalement des problématiques qui mériteraient aussi d’être évoquées : la question du vieillissement des centrales, des risques de saturation des piscines de refroidissement, des lacunes du projet Cigéo, les conséquences des accidents nucléaires, ou encore du coût important du secteur.

« Il y a des logiques très intéressées des industriels derrière ces stratégies de communication », relève Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bourgogne Franche-Comté. Leur but : « redorer l’image » et « dédiaboliser » un secteur parfois controversé, qui peut faire peur aux Français. En visant un public jeune, très actif sur les réseaux sociaux.

« Ce sont des acteurs qui sont imprégnés du mythe du « tout nucléaire » »

Cette promotion de l’industrie nucléaire se poursuit aussi sur Twitter. Cette fois… par des salariés eux-mêmes. Tristan Kamin, 27 ans, est ingénieur en sûreté nucléaire pour « un industriel privé ». Depuis 2018, il commente sur les réseaux sociaux les sujets d’actualité liés à l’énergie, et décrit certains aspects de son métier dans des séries de tweets. Surtout, il traque impitoyablement tous les contenus critiques du nucléaire, pour les « débunker » (c’est-à-dire montrer qu’ils sont faux).

Tristan Kamin, ingénieur en sûreté nucléaire, utilise les réseaux sociaux – notamment Twitter et Twitch – pour discuter de l’actualité liée au nucléaire.

« Pendant ma formation, j’ai constaté qu’il y avait une énorme différence entre les discours sur le nucléaire que j’entendais dans la société, dans les médias, et ce que je découvrais au jour le jour dans mes cours, explique-t-il à Reporterre. J’avais l’impression qu’on racontait n’importe quoi sur mon sujet de prédilection. »

« Je me suis aussi rendu compte, poursuit-il, que les sujets d’énergie, dont le nucléaire, avaient d’énormes enjeux sociétaux, économiques, et surtout écologiques et climatiques. C’est pour cela que j’ai commencé à essayer de vulgariser ces thématiques sur les réseaux sociaux. »

Il l’assure : malgré son nombre important de tweets quotidiens, il est le seul à publier sur son compte, cela ne fait pas partie de sa fiche de poste et ce n’est pas une opération de communication du secteur. Les stratégies marketing des industriels faisant appel à des influenceurs le rendent d’ailleurs « sceptique », dit-il.

« En revanche, les actions de sensibilisation au métier – comme récemment la vidéo du youtubeur Ludovic B, qui suit pendant 24 heures un technicien en radioprotection à l’usine de la Hague [3] dans laquelle on montre une profession, on explique comment on travaille, je trouve ça absolument génial », indique Tristan Kamin. Selon lui, le secteur serait encore perçu comme un milieu « opaque » et « mystérieux » : il faudrait donc « rompre avec le fantasme et montrer la réalité ».

Le YouTubeur Ludovic B a réalisé, en partenariat avec Orano, une vidéo où il suit pendant 24 heures un technicien en radioprotection.

Parmi toutes les personnes twittant sur le nucléaire, plusieurs semblent, au vu de leur biographie Twitter, travailler elles aussi dans le secteur. « Ce sont des acteurs qui sont imprégnés du mythe du « tout nucléaire« , dit à Reporterre Yves Marignac, consultant en énergie et porte-parole de l’association Négawatt [4] Ces personnes-là, retraitées ou salariées actives d’EDF par exemple, sont dans une dissonance majeure par rapport à une évolution de la société où cette image du nucléaire se défait. Elles se sentent agressées, il y a une sorte de réflexe de forteresse assiégée. » En bref, ces personnes utilisent les réseaux sociaux pour défendre leur outil de travail.

En 2018, l’association Voix du nucléaire a été créée. Elle réunit aujourd’hui près de trois cents adhérents — dont Tristan Kamin, qui fait partie du conseil d’administration — issus de l’industrie pour la plupart d’entre eux. Son but : diffuser, notamment grâce aux réseaux sociaux (Twitter et Linkedin en tête), un discours en faveur du nucléaire. « On constate que les citoyens disposent assez peu d’informations équilibrées, dit à Reporterre Myrto Tripathi, présidente et fondatrice de l’association. Ils connaissent les points négatifs, toute la partie risques – c’est particulièrement prégnant dans la pop culture – mais ils n’ont pas forcément l’autre face de la pièce. Cela nous semble important d’apporter cet autre aspect pour que les gens se fassent leur propre avis. »

« Le nucléaire est un mal nécessaire face à l’impératif climatique »

Depuis quelques années, une nouvelle catégorie d’internautes semble d’ailleurs s’intéresser au discours pro-atome. Et, surprise… ils se revendiquent écologistes. Alors que le mouvement écolo français s’est fondé sur des racines profondément antinucléaires, on observe pourtant une augmentation du nombre de personnes estimant que l’énergie atomique, peu émettrice de gaz à effet de serre, pourrait être un atout dans la lutte contre le changement climatique.

« Ce sont des profils qui ont une prise de conscience de l’urgence climatique assez récente, analyse Nicolas Nace, chargé de campagne Transition énergétique pour Greenpeace France [5] Un phénomène d’anxiété surgit, et le nucléaire apporte une illusion de solution miracle, qui permettrait d’être bas carbone. »

« Il y a beaucoup de gens qui n’étaient pas particulièrement pronucléaires jusqu’ici, voire plutôt antinucléaires, mais qui peu à peu voient le nucléaire comme un mal nécessaire face à l’impératif climatique », remarque aussi l’ingénieur Tristan Kamin.

Cette position est incarnée par une personne : Jean-Marc Jancovici. Ce consultant et spécialiste de l’énergie, surnommé « JMJ » par sa communauté de fans, rencontre un franc succès sur les réseaux sociaux. Ses cours et conférences diffusés sur Youtube attirent un nombre croissant de curieux — malgré une qualité d’image moyenne. Dans ses vidéos, il évoque bien d’autres sujets que l’énergie nucléaire mais c’est son point de vue sur ce sujet qui est largement repris et a construit sa renommée.

Les cours et conférences de Jean-Marc Jancovici rencontrent du succès sur YouTube.

« Les risques portés par le nucléaire civil sont considérablement inférieurs aux risques [liés au changement climatique] qu’il permet d’éviter quand on le met en œuvre. C’est un arbitrage des risques », résume-t-il lors d’une interview accordée au géopolitologue Pascal Boniface. Dans un entretien sur Arte, Jean-Marc Jancovici estimait que le nucléaire est « un amortisseur de la décroissance, plus efficace que l’éolien ou le solaire ».

Dans les commentaires des vidéos de « Janco », les éloges ne tarissent pas. « Vous êtes brillant », écrit un internaute. « Vous êtes d’utilité publique », renchérit un autre. Ses plus grands adeptes ont même créé un slogan — le très sobre « Veni Vidi Jancovici » —, des pages Facebook de « mèmes » (des images humoristiques reprises sur internet) de JMJ, ou encore des remix musicaux de ses conférences.

« Il arrive à faire converger des gens qui d’ordinaire ne sont pas d’accord, constate Vincent Carlino, chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Neuchâtel (Suisse). Chacun vient chercher dans ses discours des éléments qui pourraient appuyer son point de vue, ce qu’on a à démontrer. » Ainsi, il peut attirer des salariés de l’industrie électronucléaire tout comme des personnes réticentes aux énergies renouvelables, ou encore des citoyens adeptes de la décroissance.

« Jean-Marc Jancovici s’adresse à des personnes qui ont un peu plus de recul disciplinaire ou scientifique, plus d’éducation sur le sujet, qui ont besoin d’avoir du contenu fouillé, approfondi », note aussi l’enseignant-chercheur Alexandre Eyries.

« Le discours des youtubeurs se présente comme pédagogique mais il y a une volonté de faire passer des messages »

Sur Youtube, la vulgarisation scientifique dans son ensemble rencontre de plus en plus de succès. Rodolphe Meyer, 30 ans, ingénieur de formation, publie depuis 2015 sur sa chaîne YouTube Le Réveilleur des vidéos explicatives sur le changement climatique, le stockage de l’énergie, le solaire thermique et, justement, le nucléaire.

Rodolphe Meyer publie des vidéos de vulgarisation scientifique sur sa chaîne YouTube « Le Réveilleur », où il aborde notamment la question de l’énergie nucléaire.

« C’était un sujet pas mal demandé par mes abonnés, explique à Reporterre le vulgarisateur. Ces séries de vidéos ont un public, mais je ne les vois pas sortir spécialement du lot par rapport à d’autres vidéos sur l’énergie. » Cet attrait, il l’explique d’abord par une appétence accrue pour la vulgarisation scientifique sur les réseaux sociaux. En outre, selon lui, « il y a un « shift » dans les personnes qui s’intéressent à l’écologie. Il y en a de plus en plus, qui ne viennent pas forcément des milieux traditionnels, antinucléaires, anticapitalistes, etc. Elles n’ont pas un positionnement habituel, donc ça déplace les discussions. »

Dans ses vidéos, Rodolphe Meyer se targue de réaliser une analyse « fouillée et sourcée », il met à disposition tous les documents qui lui ont permis de réaliser ses vidéos. Au-delà de ses explications sur l’empreinte carbone du nucléaire, ou les différentes sortes de déchets radioactifs, il n’hésite pas à prendre ouvertement position : contre la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim par exemple.

« Le discours des youtubeurs se présente souvent comme pédagogique mais on sent qu’il y a une volonté de faire passer des messages, observe le chercheur Vincent Carlino. Paradoxalement, ce sont des discours qui se veulent scientifiques et qui s’opposent à une approche antinucléaire qui serait, elle, forcément militante. »

« C’est un discours qui se veut rationnel, fondé sur des analyses, poursuit Andrea Catellani, professeur à l’université catholique de Louvain (Belgique). Ils sont dans la polyphonie, le fait de reprendre des arguments, de les démonter, et de montrer qu’ils ne tiennent pas. Ils mettent en avant des arguments en faveur du nucléaire, et moins les arguments contre. »

« Vous ne pouvez pas tracer une ligne entre quelqu’un qui serait un scientifique neutre et pédagogique, et quelqu’un qui aurait une influence politique, se défend Rodolphe Meyer. Si j’évoque un élément scientifique, qui a des implications sur les choix qu’on fait en matière d’énergie, ça a forcément une implication politique. Où est-ce que s’arrête le scientifique et commence le politique dans l’enchaînement suivant : le nucléaire émet peu de CO2, il est peut-être un moindre mal pour le climat donc on peut se demander si c’était une bonne idée de fermer Fessenheim ? »

Une « meute » sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, dès qu’une critique au sujet du nucléaire est émise, les « pronucléaires » arrivent « en meute », dit à Reporterre Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire. « Ils sont méprisants, agressifs », déplore-t-elle. « Ce sont toujours des insultes, ils nous font passer pour des idiots désinformés et réducteurs. Ils nous disent « vous n’avez aucune notion, aucune connaissance »  », approuve Joël, militant contre le projet Cigéo à Bure. « C’est une stratégie pour délégitimer », juge aussi Nicolas Nace de Greenpeace. « Certains antinucléaires ont pu raconter des sornettes par le passé, comme sous-entendre que le nucléaire était mauvais pour le climat. Cela noie leurs autres arguments, qui peuvent être pertinents », réplique le youtubeur Rodolphe Meyer.

Ainsi, un débat sur le nucléaire, qui devrait prendre une place importante dans la prochaine campagne présidentielle, peut d’emblée sembler biaisé. « Cela nous inquiète, reconnaît Charlotte Mijeon de Sortir du nucléaire. On pourra faire tous les efforts de pédagogie qu’on veut, produire des données récentes, vérifiées et sourcées, on sera toujours considérés par certains comme des idéologues. À l’inverse, un Jancovici sera vu comme un expert quand bien même les données qu’il utilise (par exemple sur les énergies renouvelables) sont obsolètes et que ses conclusions sur le développement du nucléaire sont en contradiction avec les rapports du Giec. » [6]

En outre, l’argument climatique semble balayer tout sur son passage : « La question des déchets ou de la sûreté nucléaire ne trouve plus de place dans le débat aujourd’hui, parce que tout est immédiatement noyé sous des interventions disant que le nucléaire est de toute façon indispensable pour lutter contre le changement climatique, soupire le consultant Yves Marignac. On devrait pouvoir développer un débat construit autour de la politique nucléaire, et ce débat, on ne peut pas l’avoir. Parce qu’à la moindre affirmation qu’un modèle 100 % énergies renouvelables est possible, les gens crient au délire et à l’imposture. »

Le débat dépasse évidemment les sphères d’internet puisque, au sein même du gouvernement, des questions similaires se posent. Emmanuel Macron a affirmé, à l’occasion d’une visite en décembre 2020 à l’usine Framatome du Creusot, que « notre avenir énergétique et écologique [passait] par le nucléaire ». À l’inverse, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique et solidaire, a rappelé mercredi 7 avril, au micro de BFM-TV, que selon une étude de l’Agence internationale de l’énergie et du Réseau de transport d’électricité, il était « possible » de se passer du nucléaire.

Par Justine Guitton-Boussion (Reporterre), publié le 9 avril 2021 à 09h39, mis à jour le 9 avril 2021 à 09h55

https://reporterre.net/Comment-le-nucleaire-gagne-la-bataille-des-reseaux-sociaux?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Le journal n’appartient pas à un milliardaire ou à une entreprise ; Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
  • celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
  • celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.

En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 98% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

FUKUSHIMA : LE JAPON BIENTÔT PRÊT À JETER LES EAUX RADIOACTIVES DANS L’OCÉAN ?

Une mesure polémique. Le Premier ministre japonais Yoshihide Suga a fait savoir ce 9 avril qu’il souhaitait prendre une décision définitive quant à l’avenir des eaux contaminées par la radioactivité de l’usine de Fukushima.

Plus de dix ans après le séisme qui avait entraîné la catastrophe nucléaire, ces eaux sont toujours stockées sur le site de l’usine. Celles-ci avaient été utilisées pour refroidir les réacteurs en 2011, et prennent une place non négligeable, sans qu’aucune solution ne semble satisfaire toutes les parties pour s’en débarrasser. Tepco, l’entreprise qui gère la centrale, pompe également les eaux naturelles souterraines qui s’infiltrent sous l’usine. De sorte que la capacité de stockage pourrait avoir atteint sa limite en 2022.

L’une des principales mesures envisagées serait de relâcher les eaux, désormais traitées mais qui conservent des traces de tritium, dans l’océan. Cependant, le sujet est source de conflits au Japon, notamment avec le secteur de la pêche locale, qui s’inquiète des conséquences potentielles que cela pourrait avoir sur la faune marine, et donc sur leur activité, sans parler de l’image pour leurs produits. Reuters dévoile d’ailleurs que Yoshihide Suda devrait rencontrer ceux-ci dans les prochains jours, avant que le gouvernement ne rende sa décision. 

Pour défendre sa solution visant à relâcher les eaux, Tokyo s’appuie sur l’exemple de plusieurs autres complexes nucléaires, comme celui de Tricastin, en France, qui rejette des eaux contenant des traces de tritium dans les mers ou les fleuves.

À l’heure actuelle, aucune conséquence n’a été repérée sur l’environnement. L’élément radioactif peut en effet être cancérigène pour l’humain, si celui-ci est présent en grande quantité. Le gouvernement souhaiterait donc contrôler les rejets pour éviter de dépasser les seuils de références. Mais il n’est pas certain que cela change les vues de l’opinion sur la question.

Par CNEWS, publié le 08/04/2021 à 18h24, mis à jour le 08/04/2021 à 18h25

Photo en titre : La capacité de stockage des eaux à Fukushima est bientôt arrivée à sa limite [Kazuhiro NOGI / AFP]

https://www.cnews.fr/monde/2021-04-08/fukushima-le-japon-bientot-pret-jeter-les-eaux-radioactives-dans-locean-1068376

AU POUVOIR, LES ÉCOLOGISTES PEUVENT-ILS RESTER ANTINUCLÉAIRES ?

Pourquoi certaines personnalités des mouvements écologistes, comme l’ex-ministre François de Rugy, ont-elles opéré un virage à 180 °C en matière de nucléaire ? Est-il possible de demeurer antinucléaire une fois arrivé au pouvoir ? Comment dépasser le mythe productiviste des Trente Glorieuses qui nous enferme dans cette énergie controversée ?

Hervé Kempf était l’invité de Binge Audio pour répondre à ces questions.

Peut-on incarner un discours antinucléaire une fois arrivé au pouvoir ? N’y a-t-il pas une incapacité à agir ? Le fondateur de Reporterre, Hervé Kempf, répond à toutes ces questions dans « Nucléaire, le pouvoir atomise-t-il les convictions ? », épisode du podcast Programme B de Thomas Rozec, diffusé sur Binge Audio.

Thomas Rozec — Les luttes antinucléaires ont été pendant des décennies un point de ralliement, un creuset de politisation pour plusieurs générations des années 1960 jusqu’à maintenant. On aurait ainsi pu s’attendre, au moment où arriveraient au pouvoir des hommes et des femmes politiques dont l’éveil militant s’est fait au contact de ces combats, à ce que leurs convictions les poussent à faire bouger les lignes.

Or, cela n’a jamais été le cas. Plusieurs d’entre eux ont viré de bord. C’est le cas tout récemment de François de Rugy, ex-Europe Écologie—Les Verts, ex-ministre de la Transition écologique, qui expliquait début mars dans un hebdomadaire qu’il ne croyait plus à une sortie totale du nucléaire, ce qu’il défendait encore il y a peu. Il n’est pas le premier à opérer ce genre de virage. Cela veut-il dire que ses convictions antinucléaires sont incompatibles avec le pouvoir ?

Notre invité pour en discuter est mon confrère Hervé Kempf, fondateur du site Reporterre, ancien de Courrier international et du Monde, spécialiste des questions environnementales qu’il couvre et raconte depuis plus de trente ans. Je lui ai donc retourné cette question initiale : est-il possible de maintenir une ligne opposée au nucléaire une fois arrivé aux commandes, par exemple d’un ministère ?

Hervé Kempf — Cela dépend de la solidité des lobbies que vous allez affronter, et de la force de vos convictions. C’est donc la force de vos convictions contre celle du lobby en face et des intérêts existants. Si vous avez des convictions fortes, vous allez, au nom d’un intérêt général, décliner un certain nombre de politiques précises, qui vont devoir s’imposer à des intérêts qui ne sont pas généraux, même s’ils ont une légitimité.

Thomas Rozec — Mais François de Rugy n’est pas le premier, je pense à Brice Lalonde par exemple, à incarner cette présence écologiste au pouvoir et qui trente ans plus tard tient un discours pronucléaire, alors qu’il s’est lui-même construit sur l’antinucléaire.

Hervé Kempf — Dans les deux cas que vous avez cités, Brice Lalonde et François de Rugy, ils ont effectivement une culture écologique forte, notamment Brice Lalonde. Il a eu son heure de gloire dans les années 1970 et 1980. Il a été l’un des fondateurs des Amis de la Terre ; il n’était pas seulement antinucléaire, il a vraiment porté avec d’autres la question écologique. Il a soutenu René Dumont, a été ministre de l’Environnement de 1988 à 1992 sous Mitterrand. Et puis sa trajectoire politique est devenue très compliquée. Avoir goûté au pouvoir, à une très forte notoriété et à l’exercice du pouvoir en lui-même, tout cela a des effets sur vous. C’est une drogue dure. Il est très difficile de résister à cette drogue dure, quand justement vous n’avez pas des convictions extrêmement fortes et constituées. Donc pour Lalonde, je crains qu’une certaine exigence de jeunesse n’ait fini par s’effilocher.

François de Rugy en janvier 2019, alors ministre de la Transition écologique.

Quant à François de Rugy, vous savez que dans le parti des Verts, il y a ceux qui pensent qu’il vaut mieux entrer dans les institutions pas à pas en convainquant les gens de faire des compromis. Le problème est qu’en allant de compromis en compromis, le pragmatisme finit par faire oublier votre exigence première. Mais si vous êtes trop radical et révolutionnaire, vous risquez de ne pas arriver au pouvoir et de ne pas avoir l’action transformatrice que vous voulez.

« Le mouvement écologiste a pris son essor dans les années 1970 en s’opposant au nucléaire. »

Donc de Rugy était dans ce courant pragmatique pour participer au pouvoir. Et de fil en aiguille, il a fini par passer au Parti socialiste puis au parti de M. Macron, qui est maintenant un parti de droite, voire pire. Chemin faisant, il a oublié ses convictions antinucléaires qui sont la ligne d’Europe Écologie—Les Verts, dont il était membre. Peut-être que le pouvoir l’a plus intéressé qu’une certaine cohérence dans les idées. À moins que, touchées par la grâce, ses convictions aient été transformées par la révélation des bienfaits de l’énergie nucléaire !

Thomas Rozec — Quelle est l’histoire de la sortie du nucléaire chez les Verts ?

Hervé Kempf — Cela a toujours fait partie de l’histoire du parti. Mais la contestation de l’énergie nucléaire est au cœur de la conscience écologique. Quand le nucléaire, qui venait du militaire, a commencé à avoir des applications civiles et à prendre de l’ampleur dans les années 1960, il incarnait une vision productiviste et industrialiste du monde. Et fondamentalement, il l’est toujours. Le mouvement écologique est né notamment en contestation totale de l’énergie nucléaire, dans les années 1960, à une époque où l’on en savait beaucoup moins sur le nucléaire, la radioactivité, etc. Le nucléaire était vraiment l’agent, l’illustration, l’exemple d’un développement magique du monde, de la croissance. La contestation antinucléaire faisait partie du goût qu’on avait pour la défense des oiseaux, du refus des pesticides qu’on découvrait, du thème de la pollution qui apparaissait avec les déchets.

C’était un tout. On ne distinguait pas les oiseaux d’un côté, les pesticides de l’autre, puis le nucléaire. Il était évident pour tout le monde qu’il s’agissait du même bloc. Le mouvement écologiste a pris son essor dans les années 1970 en s’opposant au nucléaire. Notamment avec quelqu’un comme Pierre Fournier, qui écrivait alors une chronique très lue dans Charlie Hebdo et puis dans La Gueule ouverte.

« Si on veut éviter la dégradation, il faut changer radicalement. »

En France, les premières grandes manifestations écologistes ont eu lieu au Bugey et en Alsace contre les centrales nucléaires. Elles mettaient dans le même paquet — si vous me permettez cette expression — la contestation du monde industriel et productiviste qui détruit l’environnement. La question antinucléaire est donc au cœur de la contestation et de la critique écologistes.

La centrale nucléaire de Fessenheim, le 19 février 2020.

Thomas Rozec — Mais n’y a-t-il pas, une fois arrivé au pouvoir, une incapacité à agir ?

Hervé Kempf — Cette question est très franco-française. L’Allemagne est sortie du nucléaire, la Belgique l’a aussi décidé, l’Italie en est sortie dans les années 1980, l’Espagne a également décidé de sortir du nucléaire, comme le Danemark. Donc il y a un cas français. Cela me paraît lié à la structure d’organisation du pouvoir en France, dont le régime est très particulier : d’une part, tout gravite autour du président de la République et, d’autre part, l’élection de l’Assemblée nationale par un scrutin majoritaire à deux tours produit des majorités extrêmement fortes, même si le parti dominant n’est pas majoritaire en termes de voix.

En France, il y a deux partis dominants, avec autour deux ou trois partis plus petits, cela dépend des époques. Et puis il y a la société civile, avec de nouveaux mouvements qui vont avoir de plus en plus de poids, tout en étant exclus du pouvoir par le verrouillage de ce système majoritaire et présidentiel. Les deux cas principaux exclus du système sont les écologistes et le parti qui s’appelle désormais le Rassemblement national. Dans les années 1980, les écologistes ont fait le choix, avec Dominique Voynet et Yves Cochet, de dire qu’il fallait choisir et que si on voulait vraiment peser il fallait participer au pouvoir, en s’alliant au Parti socialiste, un des partis dans le système institutionnel que je vous ai décrit. Les Verts avaient peu de possibilités pour peser.

Alors qu’en Allemagne ou en Belgique, cela fait assez longtemps que les partis écologistes participent aux majorités, dans les Länder [États fédérés allemands] par exemple, avec une représentation importante au Parlement qui leur permet de vraiment peser. Par exemple, Dominique Voynet et Les Verts avaient négocié dans le Parti socialiste l’abandon de Superphénix [ancien réacteur nucléaire en bordure du Rhône]. Mine de rien, c’était un acquis énorme. Le surgénérateur est un système nucléaire prétendument nouveau qui pose d’énormes problèmes. Il y avait ainsi un prototype de Superphénix dans le sud-est de la France qui ne marchait pas du tout. Mais Dominique Voynet a ensuite dû accepter le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à grande profondeur dans l’Est de la France, à Bure. Elle a aussi dû lâcher sa position sur les OGM. Et, au bout d’un moment, cela n’a plus été possible et les Verts ont quitté le gouvernement.

Soutien des paysans lors du rassemblement des 200 000 pas à Bure, le 5 juin 2016.

Thomas Rozec — Finalement, en ayant associé le nucléaire avec l’État français, on ne fera pas bouger cette ligne sans un changement complet du système ?

Hervé Kempf — Oui, s’il n’y a pas de changement complet de logiciel, on ne pourra pas bouger cela. Nous sommes maintenant arrivés à un état de catastrophe écologique lié à l’action humaine et plus précisément à un système économique de production de consommation qui signifie que, si l’on veut éviter la dégradation, il faut changer radicalement.

Poursuivre une croissance économique du PIB (produit intérieur brut) tel qu’il est conçu aujourd’hui est incompatible avec le respect des grands équilibres biosphériques, mais aussi avec une réduction forte des émissions de gaz à effet de serre, et avec l’arrêt de la destruction de la biodiversité. On est obligés de tout repenser. Cela suppose un changement profond dans notre économie, dans nos modes de consommation, dans notre culture quotidienne et aussi dans nos rapports sociaux et d’inégalités, et donc de pouvoir, qui déterminent le champ politique et la façon dont vit la société.

Les terres agricoles du plateau de Bure.

En France, nous avons toujours eu un État fort — un État protecteur qui est aussi un État fédérateur d’un pays très divers. La reconstruction qui a été faite de la France pendant les Trente Glorieuses après l’humiliation terrible de la Deuxième Guerre mondiale, s’est ensuite réincarnée par de Gaulle. Il a posé comme un de ses actes forts de réaffirmation du pouvoir de la France et de redynamisation de l’économie : « Le nucléaire, c’est super important. » Dans l’esprit de de Gaulle — et c’est pour cela aussi qu’il y a une ambiguïté fondamentale — c’était le nucléaire militaire : « Je veux la bombe atomique pour redevenir une grande puissance. » Et puis, dans la foulée, parce que c’est intimement lié, on a développé les réacteurs nucléaires, qui sont associés aussi à une idée de croissance forte. On était encore dans l’idée qu’il fallait 6 ou 7 % de croissance forte par an, et donc qu’il fallait une électricité très abondante. C’était à une époque où l’écologie était vraiment absente. Les écolos, à partir des années 1960, ont commencé à dire : « Hé oh, cela ne va pas votre truc. » Au début, ils n’étaient en réalité que quelques-uns, on les prenait pour des illuminés, des barbus, des prophètes. Ils étaient ridiculisés.

Ce logiciel d’État fort était donc totalement associé à la mythologie croissanciste, productiviste, à celle des Trente Glorieuses. Mais il faut qu’on change ce logiciel. Revenir à un État qui aura pris conscience de l’intérêt général à l’heure de la catastrophe écologique, donc partir dans une autre direction. C’est le schéma de La France insoumise, qui est radicalement antinucléaire. Et de l’autre côté, il y a les écolos, qui ont une culture beaucoup plus décentralisée, beaucoup plus locale et régionale, et pour qui c’est en faisant confiance au terrain, à la démocratie locale, aux gestes du quotidien, que l’on arrivera à changer vraiment les choses. Je pense qu’il faut arriver à trouver une bonne articulation entre les deux logiciels.

Et de l’autre côté, c’est la France du passé qui continue à rêver du nucléaire. Qui est pour le nucléaire ? La droite, le Rassemblement national qui fait son fond de commerce sur la xénophobie et dit : « On est pour le nucléaire parce que c’est la France », les Républicains parce que c’était de Gaulle, la France, « l’indépendance », et puis la droite capitaliste incarnée par Macron, qui maintient le nucléaire pour faire l’auto électrique, l’hydrogène, la 5G, et là, l’écologie, on l’oublie. Peut-être sont-ils nostalgiques de l’État gaullien des Trente Glorieuses. Mais ça, c’est le monde du passé. Il faut se tourner vers l’avenir.

Par Hervé Kempf (Reporterre), publié le 8 avril 2021 à 10h14, mis à jour le 8 avril 2021 à 18h00

https://reporterre.net/Une-fois-au-pouvoir-les-ecologistes-peuvent-ils-rester-antinucleaires?__cf_chl_jschl_tk__=d6a824e84f35a941af515497fc886bf1fc558104-1617900114-0-AaDz5Wixu5ElifVbXSwaYV806MHeiBQfZBzm0U6bQhTTni39Ss4Vi0xb20n3AeKVDjQaa9JighCmJqVvD0cgHMlLTPva3fS9nY6TfM86QAlL9jpt5Mel3dX_oVY9reYS5W4lP6N0EOOLo752lFYJwohd62_3GouQKKuB43LTwbhA2_oO1AzvYp3DPI5uy4fCgMJ8BukkNtIgo_NDJik_sO6BH37xLD8u1mfdzS6xynixlqYKF-WixmHbEDW1Rcr1saWBgol1PD5eRixXgf2BACVjsLouMngK1awWPe-aKDK_CKA8UXYyyfqmN60V94nUzgcXRucrshrzt_VJ48JQxT_aUlxzhfFlKBw2Jj-VBcRD7NM8ltdTqREh0kGmXAOweBaduH3YFZ5R8UsqAhfGv3KDHBsxR-qzFohl2qCwB3_sKqiXfwR2hoOfqNffmaGAIpAbqyC-bgkQ5j8umFJYa8E

Messages de Reporterre :

. Recevoir gratuitement par e-mail les lettres d’info

. Inscrivez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre. S’inscrire

« ARMES NUCLÉAIRES : QUEL GASPILLAGE ! »

Défense. « Construire quatre sous-marins lanceurs d’engins est éthiquement condamnable et va coûter 7 milliards par an. »

Le gouvernement a décidé de lancer la construction de quatre sous-marins lanceurs d’engins prévus pour entrer en service à partir de 2035… et ne pas quitter le service actif avant « 2080-2090 ». (O.-F. du 23 février). Soit plus de cinquante ans d’armes nucléaires !

Comme les sous-marins actuels, ils emporteraient des missiles M-51 aux dix têtes nucléaires. Cette décision est éthiquement condamnable et illégale au regard du droit international depuis le 22 janvier 2021.

Et quel gaspillage budgétaire (7 milliards par an pour un équipement militaire qui ne doit pas être utilisé) !

Reconnaissant brièvement que la commande de l’État est « du pain bénit pour Naval Group Cherbourg » (Naval Group est une grosse entreprise privée, leader européen du naval de défense et un acteur majeur dans le monde), l’article s’enthousiasme pour les « 100 millions d’heures » de travail.

Donner du travail en créant des emplois, pour de vrais métiers, avec des compétences professionnelles ! Oui, il le faut.

Mais, alors que depuis trois décennies l’État a laissé s’écrouler des secteurs entiers de l’industrie de notre pays et donc sacrifié des générations de jeunes travailleurs qualifiés, il a choisi d’investir des milliards dans la construction de « prédateurs armés du feu nucléaire ». Non, c’est inacceptable.

Les travailleurs de l’industrie de l’armement avec leurs syndicats ont fait depuis des décennies des propositions concrètes précises de reconversion et de diversification de cette industrie avec conservation des compétences de leurs personnels (autre exemple : Industrie d’armements : comment réussir la reconversion ? par l’ONG Damoclès en 1996).

Par Claude Ruelland, publié par Ouest-France le 8 avril à 05h00  

Photo en titre : « Inacceptable d’investir dans des sous-marins nucléaires. » | AFP

https://www.ouest-france.fr/medias/ouest-france/courrier-des-lecteurs/armes-nucleaires-quel-gaspillage-a1207805-c166-495f-aff6-58bc79faf51d

LIVRE DE NOAM CHOMSKY: DANGER D’EXTINCTION – CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET MENACE NUCLÉAIRE

Comment les humains en sont-ils venus à développer la capacité funeste de s’annihiler ? 

Lorsque la bombe atomique est tombée sur Nagasaki le 6 août 1945, le monde entier a appris que l’intelligence humaine avait trouvé un moyen de mettre fin à une expérience vieille de 200 000 ans : la vie humaine. Alors que l’humanité entrait dans l’ère nucléaire, il est rapidement devenu clair que cette capacité de destruction connaîtrait une escalade. Dès lors, tout espoir de maîtriser ce démon devrait passer par la coopération internationale, tout comme toute mesure permettant de contenir efficacement la menace de catastrophe environnementale doit être de portée mondiale. 

Noam Chomsky remonte l’histoire des menaces à l’existence humaine que représentent les armes nucléaires et le réchauffement planétaire en se demandant entre autres comme elles ont vu le jour, ont évolué et interagissent. La perspective d’une extinction de l’humanité est en effet apparue à l’aube d’une nouvelle époque géologique à laquelle des scientifiques ont donné le nom d’Anthropocène, c’est-à-dire l’époque où l’humanité et ses systèmes sociaux sont devenus de véritables forces naturelles en restructurant la planète sur le plan géomorphologique.

Aujourd’hui, l’Anthropocène est en train de provoquer la sixième extinction de masse et tous les signaux sont au rouge: hausse des émissions de GES, fonte des glaciers, feux de forêt, inondations, réfugiés climatiques…

Pour Chomsky, ces deux menaces exigent une réponse qui ne peut être que de portée mondiale. Dans un contexte de montée en puissance des grandes entreprises mondialisées qui ont privé les États de leur capacité de façonner l’avenir, il plaide pour la signature urgente de traités internationaux contraignants sur le climat et l’armement, et lance un appel à une mobilisation populaire sans précédent.

L’avant-propos, les conférences et les interviews dont ce livre est constitué situent ces menaces dans un contexte caractérisé par la puissance sans précédent de grandes entreprises mondialisées qui ont privé les Etats de leur capacité de façonner l’avenir et de protéger la planète. 

Chomsky plaide l’urgence de conclure et de mettre en œuvre des traités internationaux sur le climat et l’armement nucléaire. Partout dans le monde, des mouvements populaires se mobilisent pour contraindre les gouvernements à se montrer à la hauteur de ce défi sans précédent, qui met la civilisation en péril.

Seul Noam Chomsky a su communiquer avec une telle passion les liens qui unissent les deux catastrophes d’origine humaine auxquelles fait face la civilisation, soit le bouleversement du climat et l’apocalypse nucléaire, et jamais n’a-t-il lancé ses mises en garde et ses appels à l’action de façon aussi impressionnante.

Célèbre dans le monde entier pour ses écrits en linguistique et ses analyses des médias, Noam Chomsky a été nommé professeur émérite à l’Université de l’Arizona en 2017, après avoir enseigné pendant 50 ans au Massachusetts Institute of Technology. Intellectuel engagé, il est notamment l’auteur, chez Écosociété, de L’an 501, Les dessous de la politique de l’Oncle Sam, Propagande, médias et démocratie, Quel rôle pour l’État ? , L’Occident terroriste, Palestine et Danger d’extinction.

Le livre : Éditions Écosociété, novembre 2020 – 128 pages

Feuilleter le livre en ligne

Par Rédaction Livres – UP’ Magazine, publié le 8 avril 2021

https://up-magazine.info/livres/ecologie/85856-danger-dextinction-changements-climatiques-et-menace-nucleaire/

NUCLÉAIRE : L’IRAN ESTIME QU’UN « NOUVEAU CHAPITRE » S’EST OUVERT À VIENNE

Le président iranien, Hassan Rohani, a estimé mercredi que les négociations sur le nucléaire, qui ont démarré à Vienne la veille avec la communauté internationale, pourraient s’effectuer « en peu de temps« . Téhéran ne négociera toutefois pas avec Washington de manière directe tant que les sanctions économiques et financières américaines à son encontre ne sont pas levées.

Le président iranien, Hassan Rohani, a déclaré mercredi 7 avril qu' »un nouveau chapitre » s’était ouvert avec les discussions de Vienne entre Téhéran et la communauté internationale pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien.

Cet accord, conclu dans la capitale autrichienne en 2015, est moribond depuis que les États-Unis en sont sortis en 2018 sous la présidence de Donald Trump. En riposte à ce retrait, qui a été suivi par une avalanche de sanctions économiques et financières américaines contre la République islamique, l’Iran s’est affranchi de la plupart des engagements clés qu’il avait pris en 2015.

Le président américain, Joe Biden, s’est déclaré prêt à revenir sur la décision de son prédécesseur, mais des divergences de vues persistent entre Washington et Téhéran sur les conditions dans lesquelles cela pourrait se faire.  

Pourparlers indirects

Les discussions qui ont commencé mardi à Vienne ont pour objet de trouver un moyen de réintégrer les États-Unis à l’accord et de ramener Téhéran à la stricte application du texte.

Téhéran refusant toute rencontre directe avec Washington, ces pourparlers ont lieu d’un côté entre les États encore parties à l’accord (l’Iran et les pays du « 4+1 » : Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne, ainsi que l’UE, garante de l’accord), et de l’autre côté entre Européens et Américains.

« Un nouveau chapitre vient tout juste de s’ouvrir hier« , a déclaré Hassan Rohani lors d’un discours en Conseil des ministres. « Si (Washington) fait preuve de sérieux et d’honnêteté – c’est tout ce que nous demandons (…) – je pense que nous pourrons négocier en peu de temps, si nécessaire, avec le 4+1« , a ajouté le président iranien. Selon lui, « les États-Unis peuvent s’acquitter (de leurs obligations) sans négociations« .

« Un forum constructif« 

L’Iran réclame la levée de toutes les sanctions qui pèsent sur lui et refuse de rencontrer les diplomates américains tant que ces sanctions restent en vigueur. Les négociateurs de l’UE assurent en conséquence un rôle d’intermédiaires entre l’Iran et les États-Unis.

Washington considère toutefois que les discussions de Vienne sont « un forum constructif« , a déclaré mercredi le département d’État américain. « Les discussions ont jusqu’à présent été professionnelles et elles produisent ce que nous pensions qu’elles produiraient« , a dit à des journalistes Ned Price, porte-parole du département d’État. « Elles nous fournissent une meilleure compréhension de l’état d’esprit de l’Iran et nous pensons qu’inversement Téhéran quittera cette session de discussions avec une meilleure compréhension de ce que nous sommes disposés à faire« , a déclaré Ned Price.

Par FRANCE 24, publié le 08/04/2021 à 02h38

Photo en titre : Le président iranien Hassan Rohani à Téhéran, le 7 avril 2021. © AFP

https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20210408-nucl%C3%A9aire-l-iran-estime-qu-un-nouveau-chapitre-s-est-ouvert-%C3%A0-vienne

LA RUSSIE DÉVELOPPE UNE TORPILLE NUCLÉAIRE

La marine russe perfectionne actuellement la technologie du Poséidon 2M39. Cette torpille autonome contiendrait une ogive nucléaire capable de causer des raz-de-marée radioactifs contaminant toutes les côtes d’un pays.

Une arme capable de provoquer des tsunamis radioactifs.

 Non, ce n’est pas le synopsis du prochain film de Michael Bay mais une nouvelle technologie développée par la Russie. Les images satellites dévoilées par la chaîne CNN, montrent la présence de trois sous-marins russes dans l’océan Arctique. Selon le média américain, ces submersibles seraient en train de mener des essais pour perfectionner les prototypes d’une nouvelle catégorie de “super arme” : la torpille nucléaire Poséidon 2M39.

Avec les missiles hypersoniques Kinjal et Zircon, cette torpille fait partie des “six nouvelles armes stratégiques de la Russie” dont le président Vladimir Poutine a vanté les mérites lors de nombreux discours. Le Poséidon a l’apparence d’un petit sous-marin, et navigue sous l’eau à plus de 100 kilomètres par heure. Comme une sorte de drone autonome, cet engin est capable d’atteindre sa cible sans aide ou guidage humain. Ainsi, l’appareil jouit d’un rayon d’action de plus 10.000 kilomètres et peut traverser des océans à plus de 1.000 mètres de profondeur. Comme un véritable submersible, la torpille est équipée de technologies furtives pour éviter d’être détectée pendant son trajet.

À lire aussi : La Russie va recevoir un nouveau sous-marin lanceur de missiles nucléaires

Mais la puissance terrifiante du Poséidon ne réside pas seulement dans son électronique. En effet, la torpille embarque en son sein une ogive thermonucléaire capable d’engendrer une explosion allant de 30 à 100 mégatonnes. Une puissance comparable voire même supérieure à celle de la Tsar Bomba, la bombe atomique la plus puissante jamais utilisée lors d’un essai russe en 1961. Cependant, cette nouvelle “super arme” n’a pas été conçue pour provoquer de gigantesques explosions à l’air libre. En cas d’extrême nécessité, le Poséidon sera activé sous l’eau à quelques kilomètres des côtes. Ce qui engendrerait un gigantesque tsunami radioactif dévastant des pans entiers des littoraux d’un pays.

Pire encore, l’ogive nucléaire embarquée à bord du Poséidon contiendrait du cobalt 60. Placé à l’intérieur d’une bombe nucléaire, cet isotope permet de maximiser les retombées radioactives. En plus des ravages causés par les vagues, les sols, les côtes et des villes de l’État attaqué deviendraient donc inhabitables et inutilisables pendant plusieurs décennies. Le potentiel effet destructeur de la torpille est d’autant plus menaçant que 60% de la population mondiale vit près des côtes, là où elle est susceptible de causer les plus graves dégâts. Le ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou a indiqué qu’une trentaine de ces engins seront construits par Moscou dans les prochaines années. La puissance du Poséidon en fait une arme de dissuasion qui ne sera évidemment pas utilisée lors d’un conflit “classique”.

À lire aussi : L’armée russe reçoit son premier avion de chasse futuriste pleinement opérationnel

Par Thomas Romanacce, publié le 07/04/2021 à 18h13, mis à jour le 07/04/2021 à 21h48

https://www.capital.fr/economie-politique/la-russie-developpe-une-torpille-nucleaire-geante-1399350

LE JAPON ARRÊTE LE REDÉMARRAGE DE SA CENTRALE NUCLÉAIRE EN RAISON DE MAUVAISES MESURES ANTITERRORISTES

Le mois dernier, les régulateurs japonais ont infligé une amende à un exploitant de centrale nucléaire pour les mesures antiterroristes inadéquates de l’organisation dans une centrale, et mercredi, l’exploitant a annoncé qu’il accepterait la sanction, ce qui a encore nui à son projet de redémarrer les opérations de l’installation pendant au moins un an.

Tokyo Electric Power Co. (TEPCO), qui était également l’exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima qui a été détruite lors de la catastrophe de 2011, a fait cette annonce en réponse à une décision de l’Autorité de régulation nucléaire à la fin du mois de mars de l’interdire de déplacer tout élément nucléaire au réacteur n ° 7 de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa dans la préfecture de Niigata.

La mesure suspendra toutes les étapes en cours pour redémarrer l’usine. Les régulateurs ont découvert des équipements antiterroristes défectueux et une protection inadéquate des matières nucléaires à plusieurs endroits de la centrale à partir d’au moins 2018.

Le président de l’autorité, Toyoshi Fuketa, affirme que TEPCO a depuis rétabli les fonctions de sécurité, mais les problèmes ont été jugés graves et systématiques. La sanction sera officiellement prononcée lors d’une réunion de la commission de réglementation la semaine prochaine, a-t-il déclaré.

TEPCO a reconnu en janvier qu’il y avait eu une utilisation non autorisée d’une carte d’identité par un travailleur pour pénétrer dans des zones sensibles de l’usine de Kashiwazaki-Kariwa en septembre dernier, ainsi que d’autres lacunes importantes en matière de sécurité.

L’usine a été partiellement endommagée lors d’un tremblement de terre en 2007, provoquant la méfiance des municipalités locales. Elle est hors ligne depuis 2012. Sur les 54 réacteurs nucléaires dont disposait le Japon, neuf ont été redémarrés selon des normes de sécurité plus strictes après Fukushima et quatre sont actuellement en service.

L’autorité a attribué à la sécurité nucléaire de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa une note «rouge», ce qui signifie que sa gestion s’était détériorée à des niveaux qui permettaient des intrusions. C’était la première fois qu’un exploitant nucléaire japonais recevait cette note.

« J’espère que TEPCO fera des efforts pour analyser le problème … et coopérer pleinement avec nos inspections », a déclaré Fuketa, ajoutant que la capacité de TEPCO à conserver sa licence d’exploitation de l’usine dépend des résultats des contrôles à venir.

Le président de TEPCO, Tomoaki Kobayakawa, a présenté ses excuses pour avoir causé des problèmes de sécurité et a déclaré que lui et trois autres dirigeants de l’entreprise acceptaient des réductions de salaire de 30% pendant six mois. « Nous prenons le problème au sérieux et allons enquêter sur la cause et poursuivre les efforts pour faire des réformes drastiques », a-t-il déclaré aux journalistes.

L’affaire a soulevé la question de savoir si TEPCO a pleinement tiré les leçons de la catastrophe de Fukushima en 2011, qui a été déclenchée par un tremblement de terre et un tsunami massifs, mais qui a été largement attribuée au manque de culture de sécurité du service public. Les critiques affirment que l’usine de Kashiwazaki-Kariwa nécessite une sécurité accrue car elle est située sur la côte face à la Corée du Nord.

La sanction intervient alors que TEPCO effectuait les derniers préparatifs pour redémarrer la centrale après que les régulateurs ont accordé des approbations de sécurité pour ses réacteurs n ° 6 et n ° 7 en 2017.

Le redémarrage des deux réacteurs est considéré comme crucial pour TEPCO afin de réduire sa charge financière en payant les dommages causés par la catastrophe de Fukushima. La sanction n’affecte pas l’usine détruite de Fukushima, qui est en cours de démantèlement.

Fukushima : rejet en mer de l’eau radioactive ?

Mercredi, le Premier ministre Yoshihide Suga a déclaré qu’il prendrait une décision finale « d’ici quelques jours » sur l’opportunité d’autoriser le rejet dans la mer de quantités massives d’eau traitée mais toujours radioactive stockée dans l’usine. TEPCO devrait manquer d’espace de stockage pour l’eau à l’automne 2022.

Le président des coopératives de pêche japonaises, Hiroshi Kishi, a rejeté l’explication de Suga selon laquelle le rejet dans la mer est l’option la plus réaliste et a demandé au gouvernement d’expliquer comment il traitera les dommages causés à l’industrie de la pêche locale.

TEPCO et les responsables gouvernementaux affirment que les radionucléides peuvent être filtrés à des niveaux de sécurité admissibles, mais certains experts affirment que l’impact sur la vie marine d’une exposition à long terme à de faibles doses est encore inconnu.

Par LaminuteInfo, publié le 8 avril 2021 à 05h04

https://laminute.info/2021/04/08/le-japon-arrete-le-redemarrage-de-sa-centrale-nucleaire-en-raison-de-mauvaises-mesures-anti-terroristes/

FLAMANVILLE. EPR : « PLUS DE MARGE » POUR UN DÉMARRAGE FIN 2022, SELON L’ASN

Nucléaire. En 2019, l’affaire des soudures avait conduit EDF à annoncer un nouveau retard d’au moins trois ans pour l’EPR. Le chargement du combustible nucléaire est désormais attendu fin 2022.

EDF doit au total reprendre une centaine de soudures, pour lesquelles des problèmes avaient été détectés en 2018.

« Il n’y a plus de marge » pour un démarrage de l’EPR de Flamanville fin 2022, a souligné mercredi 7 avril le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Bernard Doroszczuk, compte tenu des réparations de soudures qui doivent être effectuées. « Si tout se passe bien, ces réparations de soudures sur les différentes parties du circuit secondaire du réacteur EPR devraient être achevées début 2022« , a déclaré le président du gendarme du nucléaire lors d’une audition au Sénat. « Ces réparations sont sur le chemin critique du projet au regard de l’objectif d’EDF de viser une mise en service pour fin 2022. Il n’y a plus de marge« , a-t-il estimé.

L’affaire des soudures avait conduit EDF à annoncer en 2019 un nouveau retard d’au moins trois ans pour l’EPR, où le chargement du combustible nucléaire est désormais attendu fin 2022. EDF doit au total reprendre une centaine de soudures pour lesquelles des problèmes avaient été détectés en 2018. Pour les huit les plus difficiles, le groupe a privilégié l’utilisation de robots télé-opérés, une solution pour laquelle l’ASN vient de donner son feu vert.

« Il faut trouver une solution pour renforcer la tuyauterie, le piquage, ou reprendre la soudure« , a indiqué Bernard Doroszczuk, alors qu’EDF a signalé récemment à l’ASN un écart de conception concernant trois piquages du circuit primaire principal du réacteur EPR en construction. Le piquage correspond à la partie d’une tuyauterie qui la raccorde à une autre ou à un récipient. « Nous prendrons position au plus tard cet été« , a prévenu Bernard Doroszczuk. « On ne peut pas dire si la réparation, au vu de la stratégie qui sera présentée par EDF, permettra de rentrer dans le planning » de l’EPR.

Par La Manche Libre avec AFP, publié le 07/04/2021 à 18h54

Photo en titre : EDF doit au total reprendre une centaine de soudures, pour lesquelles des problèmes avaient été détectés en 2018. – Archives

https://www.lamanchelibre.fr/actualite-935538-flamanville-epr-plus-de-marge-pour-un-demarrage-fin-2022-selon-l-asn

ÉNERGIES : L’HYDROGÈNE VERT BIENTÔT MOINS CHER QUE SES CONCURRENTS FOSSILES ?

RENOUVELABLE : L’hydrogène vert, créé par électrolyse de l’eau à l’aide d’électricité issue des énergies renouvelables, n’émet pas de CO2 mais est aujourd’hui très cher à produire

L’hydrogène d’origine renouvelable va coûter de moins en moins cher et devenir compétitif face à l’hydrogène d’origine fossile. Et même, dans certains cas, face au gaz naturel, selon une étude de BloombergNEF publiée ce mercredi. L’hydrogène dit « vert » est produit par électrolyse de l’eau, en utilisant de l’électricité d’origine renouvelable (éolienne, solaire ou hydroélectrique).

Sous cette forme, ce gaz aux multiples usages reste encore très cher à produire. Mais BloombergNEF, centre de recherche dédié à la transition énergétique, a revu à la baisse ses prévisions de coûts pour l’avenir, en raison de la chute attendue des prix de l’électricité solaire. « Nous pensons maintenant que l’électricité photovoltaïque sera 40 % moins cher en 2050 que ce que nous pensions il y a tout juste deux ans », grâce à une série de progrès techniques, écrivent les experts de BNEF dans un rapport.

Cela pourrait « complètement redessiner la carte énergétique »

« Les coûts de production de l’hydrogène vert à partir d’électricité renouvelable devraient chuter jusqu’à 85 % d’ici à 2050 », concluent les auteurs, qui citent un coût inférieur à 1 dollar le kilo dans la plupart des 28 marchés étudiés. Cet hydrogène vert coûtera d’ici à 2030 moins cher que l’hydrogène « bleu » (d’origine fossile mais produit avec capture et séquestration du CO2) dans tous ces marchés. Il finira ensuite par être plus compétitif que l’hydrogène « gris », très néfaste pour le climat (d’origine fossile et sans capture du CO2), d’ici à 2050.

À cet horizon, l’hydrogène vert coûtera même moins cher que le gaz naturel dans 15 des 28 pays étudiés (représentant un tiers du PIB mondial). « Des coûts aussi bas pour l’hydrogène d’origine renouvelable peuvent complètement redessiner la carte énergétique », estime Martin Tengler, analyste chez BNEF. « À l’avenir, au moins 33 % de l’économie mondiale pourrait utiliser de l’énergie propre sans débourser un centime de plus que pour de l’énergie fossile », souligne-t-il.

L’expert prévient toutefois que ce verdissement de l’hydrogène aura besoin d’un « soutien continu des gouvernements » pour en arriver là. L’hydrogène suscite actuellement un très fort intérêt car il est propre pendant son utilisation : comme carburant dans un moteur, il n’émet que de la vapeur d’eau. Il pourrait ainsi jouer un rôle important dans la décarbonation de l’industrie ou des transports lourds, à condition qu’il soit produit sans émettre de CO2 et autres polluants. Or à ce jour, il est encore essentiellement issu d’un processus énergivore basé sur du charbon ou du gaz. (NDLR : l’électrolyse de l’eau avec de l’électricité d’origine nucléaire est aussi fortement envisagée afin de justifier la construction de nouveaux réacteurs nucléaires)

Par 20 Minutes avec AFP, publié le 07/04/21 à 15h59, mis à jour le 07/04/21 à 16h16

Photo en titre : Une station d’hydrogène en Loire-Atlantique. (illustration) — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

https://www.20minutes.fr/planete/3016083-20210407-energies-hydrogene-vert-bientot-moins-cher-concurrents-fossiles

PROJET DE DÉRÈGLEMENTATION VISANT À LA LIBÉRATION, DANS LE DOMAINE PUBLIC, DES DÉCHETS RADIOACTIFS

La CRIIRAD continue de se mobiliser contre le projet de déréglementation visant à la libération, dans le domaine public, des déchets radioactifs issus du démantèlement des installations nucléaires. Un communiqué de presse a été adressé aux médias la semaine dernière et le volet du dossier relatif aux risques sanitaires sera mis en ligne d’ici vendredi.

L’appel que nous avons lancé porte ses fruits puisque nous avons mobilisé en quelques jours plus de 3 700 signataires ! C’est en grande partie grâce à vous que nous avons pu atteindre ce résultat et nous vous en remercions. Mais le combat ne doit pas s’arrêter là : seule une mobilisation massive pourrait faire reculer le gouvernement. Nous avons besoin de votre aide pour diffuser au maximum cet appel autour de vous. 

Pour cela, nous mettons à votre disposition en pièce jointe de ce mail l’apel au format PDF qui résume l’essentiel de nos conclusions et demandes. Cet appel est également disponible sur notre site internet. Pour accompagner la diffusion du document, vous pouvez par exemple copier/coller le texte ci-dessous :

« Avec la CRIIRAD, dites « NON » au projet de déréglementation visant à la libération dans le domaine public des déchets radioactifs ! L’absence de contamination de notre environnement quotidien doit rester la norme. Signer la pétition : https://urlz.fr/fhQW« 

Si vous utilisez les réseaux sociaux, une fois la pétition signée il vous sera proposé de diffuser sur Twitter un message d’interpellation à l’attention des futurs signataires des textes de déréglementation : Jean Castex, Premier ministre, Olivier Véran, ministre de la Santé, et Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique. N’hésitez pas à le faire. Plus nous serons nombreuses et nombreux à les interpeller, et plus nous aurons de chance d’être entendus.

La CRIIRAD vous remercie par avance pour votre participation et votre soutien !

Signez, et faites signer, l’appel contre la libération des matériaux contaminés !

Par la CRIIRAD, (29 cours Manuel de Falla, 26000 Valence), message reçu le 07 avril 2021

http://www.criirad.org/

LA HAGUE ET FUKUSHIMA : LA QUESTION DES QUANTITÉS DE TRITIUM DANS L’EAU CONTAMINÉE

Quelle est la quantité de tritium (1) dans les réservoirs de Fukushima ?

– L’activité était de 817 TBq de tritium (3) le 30/3/2013   (1 Térabecquerel = 1000 milliards de Becquerels ; 1 Bq c’est une désintégration par seconde) (2).
– Elle était de 760 TBq le 24/03/2016 (4)
– Elle était de 869  TBq le 12 mars 2020 (5)

Environ deux grammes de tritium à Fukushima sont à l’origine de cette activité, ces deux grammes sont dilués dans un million de m3, mais la dangerosité de ce produit est très sous-évaluée ! 
En effet, 869 000 milliards divisé par un milliard de litres, ça fait quand-même 869 000 Becquerels par litre !

Pourquoi cette diminution entre 2013 et 2016 ? Le chiffre de 2013 vient du ministère de l’Industrie japonais, et il totalise les apports annuels depuis 2011. Mais la « demi-vie » du tritium est de 12 ans, et donc le « stock » diminue petit à petit, les becquerels du début ont maintenant presque diminué de moitié, ce total est surévalué. En plus, depuis 2014, ils remplissent nettement moins de réservoirs qu’au début. Et aujourd’hui ? En prolongeant la courbe, le total actuel (fin mars 2021) ne devrait pas dépasser 900 Tbq.

À la Hague, le maximum du rejet autorisé de tritium dans l’eau est de 18 500 TBq / an, et le maximum de rejet autorisé de tritium gazeux est de 150 TBq/an (record de 71,6 TBq de rejet dans l’air en 2017, voir la très intéressante note sur le tritium (6).
Cependant, nous devons tenir compte du rejet liquide réel annuel qui était de 13 200 TBq en 2019.


 Source : Rapport d’information du site de la Hague, Orano, 2019 (8)

Nous pouvons supposer que le rejet réel en 2020/2021 soit de l’ordre de 13 000 TBq/an. Le calcul de la durée qu’il faudrait pour rejeter l’équivalent des eaux contaminées de Fukushima donne donc (900/13000)*365.25 = 25.3 jours, soit un peu moins d’un mois, c’est-à-dire qu’en un an, la Hague déverse dans la Manche au moins douze fois autant de tritium que tout ce qui se trouve dans les réservoirs de Fukushima !

Dans le cas du maximum autorisé, cela donnerait (900/18500)*365 = 17,8 jours.

Dans tous les cas, le rejet annuel de tritium « liquide » à la Hague est bien plus élevé que tout ce qui se trouve dans les réservoirs de Fukushima (10) !

 Notes

(1) Dossier sur le tritium : http://tinyurl.com/jjaenhf

(2) Dossier sur la radioactivité : http://tinyurl.com/z4f9gcb

(3) Document en japonais du METI (Ministère de l’Industrie) : http://www.meti.go.jp/earthquake/nuclear/pdf/140115/140115_01c.pdf  (15/01/2014)
Voir le graphique à la page 15. Pour la traduction, utilisez https://www.deepl.com/translator
Ce lien a été trouvé dans ce rapport :
http://fukushima-diary.com/2014/02/total-tritium-in-contaminated-water-increasing-by-330-trillion-bq-per-year-beyond-discharge-able-amount/

(4) Katsumi Shozugawa et alii, “Landside tritium leakage over through years from Fukushima Dai-ichi nuclear plant and relationship between countermeasures and contaminated water”    https://www.nature.com/articles/s41598-020-76964-9

(5) https://www.tepco.co.jp/en/decommission/progress/watertreatment/images/200324.pdf

(6) Note de la Criirad : « France / Contamination en tritium dans l’environnement – Une pollution qui ne doit pas être banalisée » : https://www.criirad.org/actualites/dossier2019/Note_CRIIRAD_tritium.pdf
Dans ce document on parle aussi des rejets de tritium dans l’air qui ne sont pas du tout négligeables en France !

(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Tritium_dans_l%27environnement

(8) Rapport d’information du site de La Hague, Orano, 2019 : https://www.orano.group/docs/default-source/orano-doc/groupe/publications-reference/rapport-tsn-la-hague-2019.pdf (pages 54 & 55)

(9) Pour plus  de détails au sujet des rejets de divers autres radionucléides, voir les travaux du Groupe Radio Écologie Nord-Cotentin qui datent des années 90. Pour les incidents à la Hague, lire à partir de la page 186 du volume 1 : http://www.gep-nucleaire.org/norcot/gepnc/sections/travauxgep

(10) Nous ne comparons que les quantités de tritium. Il y a bien d’autres éléments radioactifs dans les rejets de l’usine de La Hague et dans les cuves d’eau contaminée de Fukushima. Pour ce qui concerne La Hague, les autres radionucléides sont les iodes, le carbone 14, le strontium 90, les césiums 134 et 137, le ruthénium 106, le cobalt 60 et plus de 60 autres émetteurs alpha, bêta et gamma (même source que la note 9, tableaux 8-1 à 8-5 p. 21 à 25 du volume 1).

Par Philippe Looze, publié le 7 avril 2021

Nous remercions l’ACRO pour sa collaboration.

http://www.fukushima-blog.com/

MOSCOU ET WASHINGTON RECALCULENT LEURS ARSENAUX NUCLEAIRES

Pour la première fois depuis la prorogation du traité New Start en février, la Russie et les États-Unis se sont échangé des données sur le nombre de têtes nucléaires et de porteurs dont ils disposent.

D’après le rapport mis en ligne le 1er avril par le département d’État américain dans le cadre du traité New Start, les États-Unis comptent actuellement 651 missiles nucléaires déployés, dont des missiles balistiques intercontinentaux, des missiles balistiques stratégiques mer-sol ainsi que des missiles portés par des bombardiers lourds, contre 517 pour la Russie.

Comme le précise le rapport, ce sont les données en date du 1er mars 2021. Au 1er septembre dernier, ces chiffrent faisaient état de 675 missiles américains déployés, contre 510 russes.

Dans le même temps, le nombre total de têtes nucléaires portées par ces missiles s’élève à ce jour à 1.357 pour les États-Unis, et 1.456 pour la Russie, et respectivement 1.457 et 1.447 au 1er septembre. Washington a ainsi diminué son arsenal de 100 têtes nucléaires quand Moscou l’a augmenté de neuf.

Enfin, comparé à septembre, Washington possède toujours 800 lanceurs déployés et non déployés alors qu’en six mois, leur nombre a augmenté de trois en Russie, pour atteindre 767.

New Start

Le traité New Start est entré en vigueur le 5 février 2011. Il prévoit que chacun des signataires réduise ses arsenaux nucléaires de manière à ce que sept ans plus tard et à l’avenir, les quantités totales d’armements ne dépassent pas 700 missiles balistiques intercontinentaux à bord de sous-marins et de bombardiers lourds, ainsi que 1.550 têtes nucléaires et 800 lanceurs déployés et non déployés.

Ce traité devait expirer le 5 février 2021, mais suite à un échange entre Vladimir Poutine et Joe Biden en début d’année, les deux pays ont décidé de le proroger sans modification ni complément, jusqu’au 5 février 2026.

Par Ivan Dubrovin, publié le 7 avril 2021 à 08h26

Photo en titre : © AP Photo / Ivan Sekretarev

https://fr.sputniknews.com/defense/202104071045445078-moscou-et-washington-recalculent-leurs-arsenaux-nucleaires/

AUVERGNE : POURQUOI DE NOMBREUX AVIONS MILITAIRES VONT TRAVERSER LE CIEL MERCREDI 7 AVRIL

Mercredi 7 avril, l’armée de l’Air et de l’Espace organise un grand exercice simulant un raid de frappes nucléaires. L’Auvergne sera le théâtre de la partie combat. Il s’agit bien sûr d’une simulation.

Une opération simulant un raid nucléaire dans le ciel d’Auvergne va avoir lieu mercredi 7 avril. Pas de panique, il s’agit d’un entraînement mené par l’armée de l’Air et de l’Espace. Cette opération, baptisée Poker, est menée 4 fois par an. Il s’agit d’un raid de démonstration de la dissuasion nucléaire aéroportée. Un chargé de communication de l’armée de l’Air et de l’Espace explique : « Cette opération Poker met en œuvre une cinquantaine d’appareils : Rafale, Mirage, avions ravitailleurs A330 Phénix et C135, avion de détection et de contrôle Awacs…Des avions « amis » vont reproduire le raid aérien chargé de délivrer – fictivement – l’armement nucléaire, et des avions « ennemis » vont chercher à s’y opposer. Également au sol, des systèmes de défense sol-air sont déployés pour essayer d’empêcher le raid aérien de rentrer dans un territoire ennemi simulé : le centre de la France. Tout est fait pour reproduire de manière la plus réaliste possible ce qui se passerait le jour J. L’objectif est certes d’entraîner les équipages à réaliser cette mission complexe et difficile, mais aussi et surtout de démontrer la crédibilité de la dissuasion nucléaire française. »

Un exercice de jour

Cet exercice a exceptionnellement lieu de jour. Habituellement, il s’effectue de nuit pour ne pas gêner l’aviation civile. En raison de l’épidémie de COVID, le trafic aérien est faible. Aussi, en coordination avec l’aviation civile, les militaires ont eu la possibilité de s’entraîner de jour afin de pousser davantage les tactiques et le réalisme. Le chargé de communication poursuit : « Cette opération a principalement lieu au départ de 3 bases aériennes : Saint-Dizier, Avord et Istres. Après plusieurs jours de montée en puissance progressive sur ces bases, les différents appareils vont recevoir l’ordre de décoller demain matin selon un scénario inventé. Ils vont d’abord se rassembler en haute altitude au nord de la Bretagne, ravitailler en vol et descendre le long de la côte atlantique jusqu’aux Pyrénées. Puis, après un nouveau ravitaillement en vol, ils vont rejoindre la Méditerranée. Cette première phase de vol simule une projection lointaine du raid nucléaire – plusieurs milliers de kilomètres« .

Les avions du raid se cachent, notamment dans le relief, pour passer et pouvoir réaliser leur mission

Il ajoute : « Puis en début d’après-midi, les avions du raid vont commencer la phase tactique à proprement parlé : ils vont passer en basse altitude et pénétrer le territoire ennemi – le centre de la France- défendu par leurs camarades aviateurs. Il est donc fort possible qu’il y ait un certain nombre de personnes dans le centre de la France qui entende les avions voler à basse altitude ! Pas d’inquiétude, cela fait partie du scénario. Si les avions du raid volent si bas, c’est pour pénétrer le territoire ennemi en passant sous les seuils de détection radar. Bref, les avions du raid se cachent, notamment dans le relief, pour passer et pouvoir réaliser leur mission« .

Une opération observée en France et à l’étranger

Au final, cette opération Poker durera environ 6-7 heures de vol. Observée par les alliés de la France comme par ses compétiteurs, elle a pour but de « démontrer le savoir-faire et la détermination de la France à protéger ses intérêts vitaux« . La crise de la COVID n’empêche nullement la France et ses Armées à se préparer et à opérer en toutes circonstances. « S’il y a bien une chose qui fonctionnera toujours, quelle que soit la crise, c’est bien la dissuasion nucléaire. Poker, en plein milieu de la COVID 19, prouve qu’on ne baisse pas la garde » souligne le chargé de communication de l’armée de l’Air et de l’Espace.

Par Catherine Lopes, publié le 6 avril 2021 à 18h32

Photo en titre : Ce ravitailleur Phénix participera à l’opération Poker ce mercredi 7 avril. • © Maxime Van Oudendycke / FTV

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/auvergne-pourquoi-de-nombreux-avions-militaires-vont-traverser-le-ciel-mercredi-7-avril-2033401.html

NDLR : Avec tous ces préparatifs longs et minutieux, cela ressemble plus à une simulation d’attaque plutôt que de défense. La France envisagerait-elle d’attaquer la première ? Si la réponse est oui, c’est très grave et nous serions le seul pays nucléarisé à avoir mis cette possibilité dans sa politique militaire. Si la réponse est non, alors c’est qu’on n’a pas dissuadé un pays de nous attaquer ce qui prouve que la dissuasion est un leurre. Dans les 2 cas, il y a un problème. En attendant amusez-vous bien messieurs les militaires, c’est nous qui payons !

LE NUCLÉAIRE TENTE DE FORCER LA PORTE EUROPÉENNE DE LA « TAXONOMIE VERTE »

L’avenir de la filière nucléaire européenne se joue à Bruxelles. La Commission doit dévoiler ce mois-ci la liste des énergies qui seront considérées comme « vertes » pour les investisseurs. Mais une entrée du nucléaire et du gaz dans cette « taxonomie » risque d’affaiblir les ambitions de l’UE et de son pacte vert.

Bruxelles (Belgique), correspondance

C’est une décision qui va peser sur l’avenir. Depuis plusieurs mois, la Commission européenne travaille à un outil important, censé accompagner le secteur énergétique et les États membres dans la réduction des émissions de CO2 du continent. Il s’agit d’établir une classification (dite « taxonomie ») des sources d’énergie qui seront considérées comme « vertueuses » pour l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. Alors que le gaz et le nucléaire avaient été écartés dans un premier temps, ces deux filières font un retour en force inattendu dans les discussions, à la veille de la publication par la Commission de sa position, prévue pour le 21 avril.

Dans un premier temps, ce que l’on appelle « taxonomie verte » a été établie sur des critères de durabilité « définis scientifiquement », précise à Reporterre Neil Makaroff, responsable Europe pour le Réseau Action Climat. C’est ainsi que le secteur nucléaire a été écarté en raison principalement de l’impact des déchets radioactifs sur l’environnement. Mais au fil des mois, et à la suite de l’adoption cet été du plan de relance européen (dont 30 % des dépenses devront être dirigées vers des actions pour le climat), la taxonomie est devenue l’objet des intérêts politiques et économiques des États. « C’est un outil qui devrait être neutre, mais en y introduisant des enjeux politiques, on est en train de piétiner ce qu’ont établi les experts scientifiques », souligne Neil Makaroff.

Les enjeux financiers sont en effet très importants pour les filières puisque, même si la classification n’empêchera pas les investisseurs de soutenir les filières de leur choix, la « taxonomie verte » devrait être largement utilisée comme grille de lecture par les investisseurs publics, à commencer par la Banque européenne d’investissement (BEI) et par les États membres soumis à leurs objectifs pour le climat. Pour les investisseurs privés, les critères de la taxonomie seront également des indicateurs de référence pour obtenir des labels sur la durabilité et mettre en avant leurs engagements environnementaux. De fait, proposer une telle liste revient à flécher une manne de plusieurs milliards vers les infrastructures officiellement adoubées pour leur contribution à la transition énergétique.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 23 juillet 2020, à Bruxelles.

La France veut sauver le soldat nucléaire

Dans ce contexte, la filière nucléaire aimerait bien ne pas être oubliée de ce grand banquet. Elle avait pourtant au départ assez peu d’espoir d’être invitée, puisque plusieurs États européens lui sont hostiles — l’Autriche en tête, mais aussi l’Allemagne. La question étant politiquement très sensible au sein de l’Union depuis longtemps, il était prévu que le nucléaire soit traité à part, plus tard que la taxonomie, avec un autre texte. Le nucléaire ne figurait donc pas dans la première version du projet de taxonomie verte, révélée en novembre 2020.

Or la France, pays européen qui possède de loin le parc nucléaire le plus important, s’attend à ce que les dépenses de soutien à une filière aux infrastructures vieillissantes ne fassent qu’augmenter, tandis que les financements privés sont de plus en plus difficiles à trouver. Aussi observe-t-on une mobilisation générale française pour tenter d’influencer la Commission. Le président français, Emmanuel Macron, a ainsi pris la tête d’un groupe de sept dirigeants européens pour écrire, à la mi-mars, une lettre à l’exécutif européen lui demandant de bien considérer la faible teneur carbone de la production d’énergie atomique. « Nous appelons la Commission européenne à s’assurer que la politique climatique et énergétique de l’UE prenne en compte toutes les voies vers la neutralité carbone conformément au principe de neutralité technologique », ont ainsi écrit les sept auteurs.

Ce qui a redonné espoir aux partisans du nucléaire, selon les observateurs, c’est le fait que la Commission semble reculer sur la question du gaz, sous la pression politique de dix États membres mécontents de voir que celui-ci n’avait pas été retenu comme « énergie de transition ». Le calendrier ayant ainsi été retardé, la France souhaiterait que le nucléaire ne soit plus traité à part — ce qui risquerait de l’exclure de l’outil central de la finance verte — mais qu’il figure d’ores et déjà dans la deuxième version de l’acte délégué à paraître sous peu. Elle a ainsi trouvé une alliance d’intérêts avec les défenseurs du gaz pour servir la cause du nucléaire. « Que des chefs d’État écrivent une lettre commune sur ce genre de sujet à la Commission, c’est très rare, souligne Neil Makaroff. Mais que la France, qui affiche tant ses ambitions en matière de finance verte, s’associe à des États qui veulent faire entrer une énergie fossile dans la taxonomie, cela montre bien que c’est le jeu politique qui est en train de peser sur la Commission. »

Rassemblement à l’occasion du 22e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl en 2008, à Paris.

« Un processus de dernière minute, opaque et politisé »

Un autre événement récent est également venu montrer à quel point la tournure des débats a changé. Souhaitant ménager un peu les pronucléaires et gagner du temps, la Commission européenne avait commandé il y a plusieurs mois un rapport à son comité scientifique, le Centre commun de recherche (CCR ou JRC en anglais), sur les déchets radioactifs. Fin mars, les rumeurs rapportaient que le CCR concluait favorablement à une labellisation « verte » pour le nucléaire, qui devrait être reconnu comme un « combustible de transition ».

À Bruxelles, le débat s’échauffe alors que les uns voient renaître leurs espoirs de voir le nucléaire entrer sur la liste, tandis que les autres remettent en cause la partialité du centre de recherche européen. « Les liens structurels du JRC avec le traité Euratom, ses relations avec l’industrie nucléaire et les opinions exprimées publiquement par les membres du JRC sur l’énergie nucléaire remettent en cause la capacité du JRC à mener une évaluation objective du caractère durable de l’énergie nucléaire », a réagi Greenpeace.

Dans ce contexte, début avril, neuf membres de la plateforme d’experts techniques (cinq ONG et quatre experts) qui avaient contribué à établir les critères originaux pour la taxonomie ont menacé de claquer la porte du groupe de travail avec la Commission. Face aux pressions pour réintroduire le gaz fossile et le nucléaire, ils ont dénoncé un « processus de dernière minute, opaque et politisé ». « Sur le concept de ce qui peut être considéré comme scientifiquement durable, ce n’est pas aux politiciens de le décider », souligne l’un des scientifiques signataires de la lettre de mise en garde.

Pensée à l’origine avec l’objectif de donner des lignes directrices claires, et présentée comme une première mondiale en la matière, la taxonomie risque donc désormais d’être brouillée par les considérations politiques et stratégiques des États membres. Pour les défenseurs d’une politique climatique ambitieuse en Europe, si l’exécutif européen n’arrive pas à tenir cette promesse, cela pourrait finalement affecter la crédibilité de son « pacte vert » et, par extension, l’Union elle-même dans le leadership mondial qu’elle comptait prendre dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Par Mathilde Dorcadie (Reporterre), publié le 7 avril 2021 à 08h25, mis à jour le 7 avril 2021 à 11h27

https://reporterre.net/Le-nucleaire-tente-de-forcer-la-porte-europeenne-de-la-taxonomie-verte?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Le journal n’appartient pas à un milliardaire ou à une entreprise ; Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
  • celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
  • celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.

En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 98% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

C’EST ARRIVÉ LE 7 AVRIL 1966 : QUAND LES AMÉRICAINS ONT PERDU UNE BOMBE NUCLÉAIRE EN ESPAGNE

Ce 7 avril, les États-Unis ont enfin retrouvé l’arme nucléaire qu’ils avaient égarée 80 jours plus tôt dans le Sud-Est de la péninsule ibérique.

Un bombardier était alors entré en collision avec l’avion qui devait le ravitailler. Quatre bombes étaient retombées près des côtes espagnoles. Le parachute de l’une d’entre elles avait réussi à s’ouvrir, tandis que les deux autres missiles avaient été détruits au contact du sol. Plusieurs hectares de terres avaient alors été contaminés par la radioactivité. La 4ème bombe, elle, avait disparu.

Le 7 avril 1966, la bombe nucléaire perdue à Palomares est enfin retrouvée.

Le 17 janvier de la même année, un Boeing B-52G américain survole l’Espagne. À son bord : quatre bombes nucléaires.

Le bombardier, à court de carburant, doit être ravitaillé en vol par un KC-135, au large de Palomares, au sud-est de la péninsule ibérique.

Mais pour une raison que l’on ignore, les deux avions se percutent à presque 9 500 mètres d’altitude, au-dessus de la Méditerranée.

Les réservoirs du KC-135 s’embrasent et tuent tous les membres de l’équipage. Le B-52G, lui, se brise en plusieurs morceaux. Trois hommes décèdent tandis que les autres sautent en parachute. Mais le pire reste à venir.

Les quatre bombes nucléaires chutent de plusieurs kilomètres de haut. Heureusement, les ingénieurs ont prévu cette éventualité. Les armes sont pourvues de parachutes.

L’une d’entre elle se pose, intacte, près du village de Palomares. Mais les parachutes de deux autres bombes ne fonctionnent pas et ces dernières s’écrasent sur le sol.

Leurs charges explosives conventionnelles s’enclenchent et 4,5 kg de plutonium, ainsi que de l’uranium de qualité militaire, se dispersent sur le sol. 250 hectares de terrain sont contaminés.

La quatrième bombe, elle, disparaît dans les profondeurs de la mer.

À la recherche de la bombe disparue

Très vite, les médias relayent l’accident, démenti par le département de la Défense des États-Unis. Mais les Américains sont rapidement contraints de reconnaître le scandale.

Ils mettent en place un gigantesque dispositif naval et aérien pour retrouver la dernière bombe. Plus de 3000 personnes, 38 vaisseaux de l’US Navy et un sous-marin se mobilisent.

Les recherches sont infructueuses. Pourtant, Francisco Simó Orts, un pêcheur espagnol, affirme connaître l’emplacement de la bombe. Il a repéré le point d’impact avec ses jumelles lorsqu’il était sur son chalutier.

Au bout de plusieurs mois, les Américains acceptent enfin de le croire et se rendent à l’endroit indiqué.

Le 7 avril, au bout de 80 jours, on retrouve enfin l’arme nucléaire, par 869 mètres de profondeur, à 8km du rivage.

Francisco est alors surnommé dans les médias : Paco el de la bomba (« Paco, le type de la bombe« ).

L’Espagne exige des États-Unis d’emporter avec eux la terre contaminée.

Officiellement, la population n’a quasiment pas été victime des radiations.

Par N.S., publié le 7 avril 2021 à 08h55, mis à jour à 09h15

https://www.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2021/04/07/7-avril-1966-quand-les-americains-ont-perdu-une-bombe-nucleaire-en-espagne

EDF : L’ÉTAT CHIFFRE À 10 MILLIARDS D’EUROS LE RACHAT DES MINORITAIRES

PARIS (Reuters) – L’État chiffre à environ 10 milliards d’euros le rachat des parts détenues par les actionnaires minoritaires au capital d’EDF qu’il envisage dans le cadre du projet de réorganisation du groupe, ont déclaré à Reuters deux sources syndicales.

Le projet, que Paris négocie avec la Commission européenne et qui suscite une vive opposition des syndicats, prévoit la création d’une société-mère EDF SA incluant le parc nucléaire, l’ingénierie et les fonctions transversales, qui serait intégralement renationalisée alors que l’État détient aujourd’hui 83,7% du capital d’EDF.

« On nous dit que l’État va investir 10 milliards d’euros pour racheter les parts détenues par les actionnaires minoritaires afin qu’EDF SA soit à 100% publique« , a déclaré à Reuters Sébastien Ménesplier, secrétaire général de la Fédération Nationale Mines Énergie de la CGT.

Selon une autre source syndicale, ce chiffre a été évoqué mardi par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire lors d’une réunion avec les syndicats, à laquelle participaient également la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili et le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy.

Bercy et EDF n’ont pas souhaité commenter ces informations et personne n’était disponible dans l’immédiat au ministère de l’écologie.

Un montant de 10 milliards d’euros pour près de 16% d’EDF serait sensiblement plus élevé que la valeur de cette participation selon la capitalisation boursière actuelle du groupe, qui représenterait quelque 6 milliards.

Dans le cadre du projet de réorganisation, nommé à l’origine Hercule, la maison-mère EDF SA détiendrait elle-même un deuxième ensemble incluant la commercialisation, les services, les énergies renouvelables, la distribution (Enedis) et les activités à l’international, dont le capital pourrait être ouvert à hauteur de 30%, ce qui réduirait le coût final du projet pour l’État.

EDF SA posséderait aussi 100% d’une troisième entité créée pour l’hydroélectricité, placée sous le contrôle de l’État dans un système de quasi-régie permettant d’éviter une mise en concurrence des barrages du groupe et mettant fin à un contentieux de longue date avec Bruxelles.

« RIEN NE NOUS RASSURE« 

Paris tente depuis plusieurs mois de finaliser ses négociations avec Bruxelles en vue d’une nouvelle régulation du parc nucléaire d’EDF, qui passerait par une hausse du prix de vente de sa production et accompagnerait la refonte du groupe, pour lui permettre notamment d’investir davantage dans les énergies renouvelables. (NDLR : mais surtout dans de nouveaux EPR nucléaires !)

La Commission européenne a cependant demandé des garanties strictes afin que la nouvelle régulation du nucléaire ne bénéficie pas aux autres activités d’EDF.

Selon les sources syndicales interrogées par Reuters, l’État souhaite obtenir le soutien des syndicats pour défendre son projet auprès de la Commission.

« Ils nous disent ‘sans vous on n’ira pas’. C’est une manière de dire ‘appuyez notre projet, sinon ce sera votre faute si EDF est en difficulté‘ », selon la deuxième source syndicale.

L’État envisage toujours de conclure ses discussions avec Bruxelles « dans les semaines qui viennent« , a de son côté déclaré Sébastien Ménesplier alors que des sources gouvernementales évoquaient déjà cette échéance début mars.

« Rien ne nous rassure, au contraire. Nous sommes à 48 heures d’une journée de grève et nous avons tous les bons ingrédients pour réussir cette mobilisation« , a-t-il ajouté alors que les syndicats prévoient jeudi une nouvelle grève contre le projet de réorganisation.

Par Benjamin Mallet, édité par Claude Chendjou et Jean-Michel Bélot, publié le 06/04/2021 à  21h06

Photo en titre : Crédits : Pascal Rossignol

https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN2BT2M7/edf-l-etat-chiffre-a-10-milliards-d-euros-le-rachat-des-minoritaires.html

SAINT-LAURENT-DES-EAUX : DÉTECTION TARDIVE DE L’INDISPONIBILITÉ DU SYSTÈME D’APPOINT EN EAU BORÉE DU RÉACTEUR 1

Le 24 mars 2021, l’exploitant de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux a déclaré à l’ASN un événement significatif pour la sûreté relatif à la détection tardive de l’indisponibilité du système d’appoint en eau borée (circuit REA) du réacteur 1.

Le bore est un élément qui a la propriété d’absorber les neutrons produits par la réaction nucléaire. Le circuit REA a pour fonction principale de faire l’appoint en eau et en bore du circuit primaire afin de contrôler la réaction nucléaire dans le cœur du réacteur. En cas d’indisponibilité de ce circuit, les règles générales d’exploitation imposent le repli du réacteur sous une heure.

Le 20 mars 2021, lors d’une activité d’exploitation, l’exploitant a constaté, à la suite de l’apparition d’une alarme, l’indisponibilité du système d’appoint en eau borée du réacteur 1.

Les investigations menées par l’exploitant ont permis d’identifier que cette indisponibilité provenait de la fermeture d’une vanne du circuit REA qui aurait dû être ouverte. Cette situation a été immédiatement corrigée.

Les dernières activités d’exploitation réalisées sur le circuit REA datant du 15 mars 2021, l’exploitant a considéré que le circuit REA a été rendu indisponible entre le 15 et le 20 mars 2021, date de découverte de l’écart. La conduite à tenir, imposant le repli du réacteur sous une heure à la suite de l’indisponibilité du système, n’a donc pas été respectée a posteriori.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Toutefois, l’événement a affecté la fonction de sûreté liée à la maîtrise de la réactivité du réacteur. En raison de l’indisponibilité de l’équipement concerné en cas d’accident, associée à sa détection tardive, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

À la suite de la découverte de la vanne fermée, celle-ci a été immédiatement ouverte, permettant ainsi de retrouver la disponibilité du système d’appoint en eau borée.

Un événement similaire a été déclaré sur le réacteur 1 en août 2018. L’ASN a demandé à l’exploitant de vérifier que les actions correctives définies en 2018 avaient été mises en œuvre et respectées et d’analyser leur caractère suffisant.

Publié le 6 avril 2021

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Detection-tardive-de-l-indisponibilite-du-systeme-d-appoint-en-eau-boree-du-reacteur-1

PANIQUE DANS LES ÉTATS-MAJORS: LA RUSSIE PLANCHE SUR UNE «TORPILLE NUCLÉAIRE À TSUNAMIS», FURTIVE, QUI PLUS EST.

La simple addition des termes suffit à effrayer les plus placides des sceptiques. Selon des experts en armement et des officiels de la défense cités par CNN, la Russie travaillerait sur une torpille nucléaire furtive dont la mission finale est de provoquer des tsunamis radioactifs.

Signe de l’importance renouvelée que prennent les territoires arctique pour la Russie, tant sur le plan économique que militaire, les recherches seraient menées à bon train dans des bases reculées, situées au-delà du cercle polaire, dont le site américain montre des photos satellites.

Nommée Poséidon 2M39, la torpille en question fait partie des nouvelles super-armes dont Vladimir Poutine a souhaité équiper une Russie aux ambitions internationales fortes. Si de nombreux formats sont explorés, tous plus effrayants les uns que les autres, un autre de ces missiles inédits est le Tsirkon, arme dite «hypersonique», destinée à couler des navires ennemis et testée fin 2020.

À lire aussi : La Russie priée d’abandonner son «Tchernobyl volant»

La Poséidon 2M39 est décrite comme une torpille à propulsion nucléaire, capable de se jouer des défenses côtières ennemies et, depuis le plancher marin, de fondre sur les côtes adverses à quelques encablures desquelles une vaste détonation atomique soulèverait des «tsunamis radioactifs».

C’est terrifiant. Et c’est justement le principe. Annoncée en 2015, l’arme a d’abord été considérée comme un «tigre de papier» par les autorités militaires américaines et les experts internationaux, rappelle CNN. Soit une menace techniquement difficile à réaliser, mais pouvant éventuellement peser dans le rapport de force engagé par la Russie avec ses rivaux.

De l’incrédulité à la peur

De tigre en papier, la Poséidon 2M39 semble pourtant être depuis devenue une menace crédible, et prise très au sérieux par les mêmes analystes.

Des sous-marins géants destinés à lancer la chose, tel le K-329 Belgorod dont la Russie parle comme d’un «cuirassé», ont été testés et, selon les médias d’État du pays, des tests de l’arme auraient été réclamés pour les prochains mois par Vladimir Poutine à son ministre de la Défense.

«C’est clairement un projet qui sert à faire peur, comme une carte à jouer dans de futures négociations, peut-être des discussions sur le contrôle des armements», explique à CNN Katarzyna Zysk, professeure au Norwegian Institute for Defence Studies. «Mais pour que cela fonctionne, cela doit être crédible. Il semble que ce soit réel», ajoute-t-elle.

Il n’est pas impossible que cette alerte, comme les précédentes, soit également utilisée par les États-Unis ou leurs alliés pour appuyer ou justifier leurs propres programmes de recherches dans des systèmes d’armes plus ou moins similaires.

À lire aussi : La course aux nouveaux missiles promet des apocalypses inédites

Si l’utilisation guerrière de la Poséidon 2M39 et les «tsunamis radioactifs» qu’elle promet aux régions côtières des ennemis de la Russie a de quoi inquiéter, sa simple existence fait peser un risque important sur l’environnement. Sa propulsion atomique supposée ne peut que laisser des traces, et l’accident mystérieux en 2019 du missile Burevestnik a semble-t-il eu de lourdes conséquences.

«Nous sommes inquiets pour l’environnement, explique ainsi à CNN Andreas Stensønes, patron des services de renseignements norvégiens. Ce n’est pas seulement quelque chose de théorique: de fait, nous avons assisté à des accidents sérieux ces dernières années. Le potentiel d’une contamination ne fait aucun doute.»

Repéré par Thomas Burgel sur CNN, publié le 06/04/2021 à 12h20

Photo en titre : À priori, il ne lancerait pas la torpille lui-même. À priori… | Alexey Nikolsky / Sputnik / AFP

https://korii.slate.fr/tech/russie-torpille-nucleaire-tsunamis-radioactifs-poseidon-2m39-arctique-belgorod

CRIME NUCLÉAIRE : LA CAMPAGNE DE LA DERNIÈRE CHANCE

Alors que son site bilingue a reçu le 5 avril sa millionième visite, ACDN lance la campagne de la dernière chance pour obtenir le référendum qui permettra au peuple français d’ouvrir la voie à l’abolition des armes nucléaires et radioactives. Parlementaires et citoyens, réveillez-vous quand il en est encore temps !

Deux risques majeurs menacent la planète : climatique et nucléaire. Le premier n’est pas assez combattu, mais il est désormais universellement reconnu. Le second n’est ni combattu, ni reconnu. Il est au contraire promu, sous ses formes militaire et civile, par tous les chefs d’États Dotés d’Armes Nucléaires (EDAN), à commencer par la France : « Pas de nucléaire civil sans nucléaire miliaire, pas de nucléaire militaire sans nucléaire civil ! » (E. Macron, Le Creusot, 8.12.2020). Préparons donc la catastrophe…

De 2019 à 2025, la France fait passer de 4 à 6 milliards par an le budget consacré à moderniser ses armes nucléaires (dépense : 14,5 millions d’Euros par jour pendant 7 ans). Sans compter leur entretien et leur service. La Grande-Bretagne augmente le nombre de ses ogives nucléaires de 180 à 260 (+ 45 %). États-Unis, Russie, Chine font de même. Résultat : les tensions militaires et climatiques nous placent à 100 secondes de l’Apocalypse selon les savants atomistes. Depuis 1945, jamais nous n’en avons été aussi près. Mais en France, personne n’en parle et personne n’en parlera pendant les élections de 2022. C’est un scandale démocratique et c’est un crime contre l’humanité. UN CRIME CONTRE NOUS.

La France refuse catégoriquement de signer le TIAN (Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires) et a entraîné les autres EDAN à en faire autant. Mais on peut l’obliger à respecter l’article 6 du TNP (Traité de Non-Prolifération) qu’elle a signé en 1992, exigeant que les États nucléaires négocient l’élimination complète de leurs armes. Il nous reste un moyen de l’imposer : le « référendum d’initiative partagée« .

D’après l’IFOP, 85 % des Français répondraient OUI à la question : « Approuvez-vous que la France participe à l’abolition des armes nucléaires et radioactives et engage avec l’ensemble des États concernés des négociations visant à établir, ratifier et appliquer un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires et radioactives, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? »

Une Proposition de Loi, déjà signée par 50 députés et sénateurs, membres de 14 groupes parlementaires, prévoit d’organiser un référendum sur cette question. Il faudrait 185 signatures de parlementaires, puis 10 % de soutiens citoyens recueillis par Internet ou en mairie en 9 mois. Selon le même sondage, 82% des Français souhaitent un référendum et sont prêts à lui apporter leur soutien. C’est donc possible !

Nous avons jusqu’au 30 juin 2021 pour obtenir les 135 signatures de parlementaires manquantes. Le peuple français peut ouvrir la voie à un autre monde. Soutenez sans délai cette campagne en écrivant à ACDN à l’adresse mail ci-dessous et après avoir consulté le site de l’appel ci-dessous via Médiapart.

Par Jean-Marie Matagne, contact@acdn.net, ACDN, 31 Rue du Cormier, 17100 Saintes, www.acdn.net

Publié le 5 avril 2021

https://blogs.mediapart.fr/jean-marie-matagne/blog/050421/crime-nucleaire-la-campagne-de-la-derniere-chance

JEAN-MICHEL JAQUEMIN-RAFFESTIN, JOURNALISTE : « LE BILAN DE FUKUSHIMA EST PIRE QUE CELUI DE TCHERNOBYL »

Interview de Jean-Michel Jaquemin- Raffestin (JMJR), journaliste, recueillis par Pierre Challier (PC)

PC : Spécialiste de la catastrophe de Tchernobyl, vous venez de publier avec Mickaël Naveau « Fukushima, tremblements et stupeur 10 ans après« , un livre réquisitoire préfacé par Corinne Lepage. Selon vous, personne n’aurait encore tiré les leçons de la catastrophe ?

JMJR : Le bilan de Fukushima est tout simplement pire que celui de Tchernobyl. Tchernobyl, c’est un réacteur en fusion qu’on arrive à étouffer au bout d’une quinzaine de jours. Fukushima, ce sont trois réacteurs qui continuent à fuir et dont on ne sait toujours pas où sont les trois coriums, ce magma minéral et métallique hautement radioactif, issu de la fusion.

Bref, c’est une contamination continue et pérenne qui est vraiment catastrophique, d’autant plus que c’est une contamination qui se répand dans les océans puisque deux mois après, les poissons pêchés à Hong-Kong contenaient du césium et que quelques mois plus tard, les thons pêchés au large de la Californie étaient eux aussi contaminés. Selon l’étude de Janette Sherman et Joseph Mangano (1), le nuage radioactif de Fukushima aurait en outre provoqué plus de 14 000 décès supplémentaires aux Etats-Unis dans les semaines suivant la catastrophe et notamment dans la population infantile (1). Fukushima n’a pas touché que le Japon mais le monde entier.

PC : Au Japon, 47 000 travailleurs sont intervenus sur la centrale et notamment, comme à Tchernobyl, des « liquidateurs » qui se sont eux-mêmes baptisés « kamikaze« . 10 ans après, un rapport de l’ONU conclut à l’absence d’effets néfastes sur la santé des habitants. Vous le contestez. Quel serait alors le bilan humain, selon vous ?

JMJR : Le bilan humain exact, on ne l’a pas et on ne l’aura jamais. Selon le dernier rapport de l’ONU, effectivement, il n’y a pas de morts ni d’effets néfastes sur la population après Fukushima. C’est proprement scandaleux ! Dans les six premiers mois, sept employés sont décédés, puis le directeur de la centrale en 2013 qui n’a jamais quitté le site durant la catastrophe et Tepco dit avoir « perdu » 198 dossiers de ses salariés… Au niveau des enfants, on recense aujourd’hui 250 à 260 cancers de la thyroïde reconnus dans la préfecture de Fukushima et environ 200 en instance de reconnaissance. Ce faisant, on oublie tous les autres cancers au-delà de ce périmètre ou qui seront induits à terme par le césium et qui toucheront le foie, les poumons, le pancréas. L’un des points soulevés par l’ancien professeur de médecine de l’université de Bâle Michel Fernex- qui a rencontré ses homologues japonais, est également le taux singulièrement élevé d’infarctus du myocarde relevé chez des jeunes enfants exposés au césium, ce qui rejoint les travaux du professeur biélorusse Yury Bandajevsky sur les conséquences de Tchernobyl et les dégâts du césium dans le corps humain. Un élément majeur à souligner, c’est aussi l’effet des faibles doses à long terme et qui auront des conséquences dans les années à venir.

PC : La France est-elle à l’abri d’une telle catastrophe ?

JMJR : Au début de mon enquête, je me suis moi-même dit que la France avait très peu de risque d’être confrontée à un tsunami. Eh bien je me suis trompé. En 1999, on est passé à deux doigts d’un incident grave lors de la tempête Martin avec l’inondation de la centrale du Blayais. En vallée du Rhône, jalonnée par quatorze réacteurs, EDF sait qu’une rupture du barrage de Vouglans dans le jura, entraînerait une vague cataclysmique et un lâcher d’eau accidentel, il y a quelques années, a montré la vulnérabilité des défenses dont le programme de mise à niveau décidé après Fukushima n’est toujours pas terminé…

PC : 10 ans après Fukushima, la flamme olympique est partie cette semaine de cette ville sinistrée…

JMJR : Impéritie et déni : c’est ce qui résume l’attitude de Tepco et des autorités depuis la construction même de la centrale. Compte tenu des violents séismes et des tsunamis qu’avait déjà connus la région, jamais cette centrale nucléaire n’aurait dû être construite là et depuis 10 ans, tout est fait pour qu’une chape plomb et l’ostracisation des habitants fassent oublier une catastrophe qui se poursuit en silence.

(1) Cette étude a fait l’objet d’une controverse scientifique ndlr.

Propos de Jean-Michel Jaquemin- Raffestin, journaliste, recueillis par Pierre Challier, publiés le 05/04/2021 à 05h07, mis à jour à 06h43

https://www.ladepeche.fr/2021/04/05/le-bilan-de-fukushima-est-pire-que-celui-de-tchernobyl-9469472.php

GIRONDE : LA FERMETURE DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE BLAYE REPOUSSÉE, LES RIVERAINS ADOPTENT LA MÉTHODE COUÉ

Après 40 ans de service, la centrale nucléaire du Blayais a le droit à dix ans de rab. Cette nouvelle n’alarme pas les habitants de Braud-et-Saint-Louis (Gironde), voisins du site.

La centrale nucléaire du Blayais célèbre ses 40 ans cette année. L’ASN (Autorité de sureté nucléaire) a prolongé la durée de vie du site de 10 ans. Cette nouvelle n’inquiète pas la commune de Braud-et-Saint-Louis, située à six kilomètres seulement de la centrale.

« Pas d’inquiétude, j’ai toujours vécu avec la centrale du Blayais »

Le maire de Braud-et-Saint-Louis, Jean-Michel Rigal n’est pas inquiet. « La centrale a toujours été là, les problèmes sont extrêmement rares, remarque-t-il. Ma mairie a une ligne téléphonique directe avec la centrale du Blayais, je suis immédiatement tenu informé en cas d’exercices, de tests, voire d’incidents. Avec les précisions des données météos aujourd’hui, nous pouvons anticiper les tempêtes et leurs conséquences. »

À lire aussi: Près de Bordeaux, « on peut imaginer un scénario à la Beyrouth » dans l’usine Yara, classée Seveso seuil haut

Proche de la mairie, sur la longue avenue de la République, se trouve la médiathèque dirigée par Karine, 50 ans, habitante de Braud-et-Saint-Louis. « La centrale nucléaire fait partie du décor, j’ai toujours vécu ici, comme mes parents avant moi. Si je suis inquiète de la prolongation des réacteurs de la centrale ? Non pas du tout, affirme-t-elle. C’est une vieille centrale, d’accord, mais je ne me fais pas de souci. »

Pourquoi la centrale est prolongée de dix ans ?

Dans les années 1980, date du lancement des plus vieilles centrales françaises, EDF considère que la durée de vie des réacteurs de 900 MW comme il existe dans le Blayais est de 40 ans.

À l’approche du quarantième anniversaire en juin 2021 de la centrale nucléaire girondine, l’ASN (Autorité de sûreté du nucléaire) a décidé de prolonger de dix ans mais à plusieurs conditions.

L’ASN demande à ce que le vieillissement de certains matériels soit maîtrisé. Certains équipements doivent être remplacés et des améliorations de sûreté doivent être apportées.

Ces conditions remplies, la centrale nucléaire peut vivre dix ans de plus.

Un peu plus loin, à la pharmacie, Maureen, 23 ans employée est du même avis. « J’habite dans la ville de Blaye, j’y ai vécu toute mon enfance. Vivre à côté d’une centrale c’est mon quotidien, je ne la vois même plus ! Mais je peux comprendre que ça fasse peur à certains. »

Aminthe vit à Saint-Androny, petite commune de 500 habitants située à sept kilomètres environ de la centrale du Blayais. « Cette centrale ? C’est un risque parmi tant d’autres. Je circule en voiture tous les jours… explique-t-elle. Avec mon mari et nos enfants, nous allons nous baigner au port des Callonges, on ne peut pas faire plus proche de la centrale nucléaire. C’est comme si on se baignait dedans, sourit-elle. Je me sens très en confiance par rapport à ce site. »

Colette (à gauche) et Karine (à droite) discutent de la centrale nucléaire du Blayais. (©Actu Bordeaux / Jonas Denis)

« Si elle explose, on y passe tous »

Retour à Braud-et-Saint-Louis, André, 54 ans, habite ici depuis un quart de siècle. « J’ai travaillé trois ans à la centrale nucléaire du Blayais, je m’occupais du nettoyage de l’espace vert à l’extérieur. »

Il raconte : « Un jour, elle va péter, ou pas d’ailleurs. Je crains surtout les dégâts en cas de problème majeur. » André se rassure : « Ils savent ce qu’ils font là-bas. »

Céline, 28 ans a fait un stage de nettoyage dans la salle de commande de la centrale du Blayais pendant six mois : « Je ne me sentais pas vraiment inquiète, un peu oppressée par le bruit des machines quand je travaillais dans la centrale », souligne-t-elle.

Le magasin « Proxi », habituel lieu de rencontre des Braudiers (©Actu Bordeaux / Jonas Denis)

Mais cette bonne expérience dans la centrale ne l’empêche pas d’ajouter : « Après, si elle explose ou qu’un autre problème surgit, on y passe tous », souffle-t-elle, en soutenant son fils sur ses genoux.

Aujourd’hui à la retraite, Colette se souvient parfaitement de son arrivée à Braud-et-Saint-Louis où elle avait suivi son mari muté. « J’étais intriguée par la centrale, alors je posais beaucoup de questions aux assemblées générales entre la mairie et les habitants, un conseiller m’a déclaré « si vous avez peur, pourquoi êtes-vous venu à Braud ? » Quelques mois plus tard, la tempête Martin a frappé la centrale. » Depuis cet événement, la dame âgée de 75 ans se méfie. « On ne sait jamais. Et si une nouvelle tempête venait la heurter ? »

La centrale du Blayais face à la tempête de 1999

Pour savoir ce qu’il se passe derrière les murs de la centrale, il faut d’aller voir Jean-Sébastien Perroteau. Il a 53 ans. Son travail de 1992 à 2020 : faire tourner les réacteurs du Blayais.

La tempête Martin de 1999, il ne l’a pas oubliée. « On a commencé à avoir des problèmes d’électricité et le site s’est retrouvé isolé, raconte-t-il. Le vent a renversé les caténaires. Une vague de trois mètres a infiltré la centrale. »

Coup de chance ce soir-là : Jean-Sébastien Perroteau et ses collègues étaient sur le pont. « Notre première priorité était d’éviter de passer sur les groupes électrogènes de secours, dernière limite avant la catastrophe. Et on a réussi. Je n’ai pas eu peur, parce qu’on a bien fait notre travail, mais ça aurait pu mal tourner. »

La centrale nucléaire se trouve à quelques kilomètres du bourg de Braud-et-Saint-Louis. (Actu Bordeaux / Jonas Denis)

Du côté de la salle de commande, « les alarmes des dysfonctionnements des réacteurs n’arrêtaient pas de sonner. On a dû rester concentré pour reconnaître les différents problèmes ».

Jean-Sébastien Perroteau reconnaît : « C’est le pire scénario que j’ai eu à gérer, tout le monde a été surpris par ces vents violents, même Météo France. »

Il décrit : « Dans notre métier, il faut garder son sang-froid, sinon des catastrophes arrivent rapidement. Très souvent, les employés de la centrale sont entrainés au pire. »

La sécurité améliorée

Depuis la tempête de 1999, la centrale nucléaire du Blayais a pris plusieurs dispositions pour éviter une catastrophe. Selon les autorités de la centrale, la digue a été rehaussée à 8 mètres, une équipe d’intervention est opérationnelle pour agir dans n’importe quelle situation.

Jean-Sébastien Perroteau, aujourd’hui élu du syndicat Force ouvrière, souligne : « Le risque zéro n’existe pas, on pense toujours être prêt, mais la nature peut réserver des mauvaises surprises. »

Par Jonas Denis, publié le 4 Avril 2021 à 19h24 

Photo en titre : La centrale nucléaire du Blayais, installée près de Blaye, à Braud-et-Saint-Louis (Gironde), a été reconduite pour dix ans de plus. (© Flickr / Natalie Bert 31)

https://actu.fr/nouvelle-aquitaine/braud-et-saint-louis_33073/gironde-la-fermeture-de-la-centrale-nucleaire-de-blaye-repoussee-les-riverains-adoptent-la-methode-coue_40674140.html

LE NOUVEAU-BRUNSWICK A DÉJÀ CRAINT D’ÊTRE LA POUBELLE NUCLÉAIRE DU CANADA

Il y a une douzaine d’années, de nombreux Néo-Brunswickois craignaient que leur province ne devienne le dépotoir nucléaire du Canada. Le ministre de l’Énergie de l’époque, Jack Keir, assure aujourd’hui que cette possibilité a été beaucoup plus mince que le faisait entendre l’opposition.

À lire aussi :

En 2007, le gouvernement fédéral redonne un nouveau souffle à l’idée d’enfouir les déchets radioactifs du pays. Le projet a fait l’objet d’études, de débats et de commissions depuis les années 1970, mais ne s’est jamais concrétisé.

Ottawa mandate la Société de gestion des déchets nucléaires de trouver un site dans l’une des provinces nucléaires – le Manitoba, l’Ontario, le Québec et le Nouveau-Brunswick – afin de construire un dépôt en profondeur.

Les esprits s’échauffent à l’Assemblée

Des consultations préliminaires ont lieu dans les provinces en 2009 afin de présenter le processus de sélection.

Le ministre de l’Énergie du Nouveau-Brunswick de l’époque, le libéral Jack Keir, se fait rassurant et indique qu’aucune communauté n’a été ciblée.

Le processus est encore à un stade embryonnaire, nous ne voulons pas alarmer la population. À mon avis, nous devons nous fier au processus de sélection établi, dit-il aux journalistes.

Claude Williams à l’Assemblée législative en 2009. Photo : Radio-Canada

Cela n’empêche pas l’opposition officielle de lui rentrer dedans à l’Assemblée législative. Le progressiste-conservateur Claude Williams mène la charge.

La rumeur circule que dans les mines à Bathurst, c’est un site que le gouvernement regarde, lance-t-il d’un ton enflammé.

Jack Keir l’accuse alors de colporter des rumeurs et de crier au meurtre.

Les élus des deux côtés continuent de s’engueuler après la période des questions. Tellement que le président de l’Assemblée doit s’interposer pour calmer les esprits.

    Le ministre de l’Énergie du Nouveau-Brunswick, Jack Keir, en 2009.                      Photo : Radio-Canada

En entrevue, 12 ans plus tard, Claude Williams se souvient que la population du Nouveau-Brunswick était inquiète.

Les gens étaient très préoccupés. Lorsqu’on parle de nucléaire, les gens ne vont pas aux barricades, mais ça les préoccupe énormément. Alors nous, à l’opposition, on recevait beaucoup d’appels, dit-il.

Il se souvient que les bruits de coulisses et les rumeurs qui circulaient à l’époque faisaient entendre que Fredericton avait les mines situées près de Bathurst dans sa mire.

Dans l’opposition, c’était notre rôle que le gouvernement soit ouvert et transparent dans le dossier. Il n’y a pas de doute que ça a amené des discussions très mouvementées, affirme Claude Williams.

Il s’agissait de ragots infondés, assure Jack Keir. Aujourd’hui, plus d’une décennie après cet épisode mouvementé, il sourit en se rappelant ces prises de bec qu’il a eues avec son collègue progressiste-conservateur.

Je me souviens d’avoir eu plusieurs discussions avec Claude Williams sur les rumeurs qu’ils faisaient circuler.

Il n’y a jamais eu de discussions internes

Jack Keir est catégorique : l’opposition officielle criait au loup en 2009. Il affirme que lui et ses collègues du gouvernement de Shawn Graham n’ont pas passé beaucoup de temps à parler de l’idée d’accueillir un dépôt souterrain.

En passant, il n’y a jamais eu de discussions internes ou de discussions avec Bathurst ou avec un autre endroit pour entreposer des déchets nucléaires au Nouveau-Brunswick.

Selon lui, le Nouveau-Brunswick – à titre de producteur de déchets radioactifs – avait tout simplement l’obligation légale de participer aux consultations sur ce site d’enfouissement.

Depuis l’ouverture de la centrale de Point Lepreau en 1983, les grappes de combustible nucléaire usé sont entreposées sur place. Mais il s’agit d’une solution imparfaite et temporaire.

Une discussion franche sur l’entreposage devait avoir lieu, croit Jack Keir.

Nous avions aussi dit : si quelqu’un était prêt, s’il y avait une occasion de gains financiers et économiques, si une communauté avait voulu avoir cette discussion, on aurait certainement eu cette discussion. Mais en passant, personne n’a levé la main pour dire « on veut accueillir ça« .

Silence au Nouveau-Brunswick

En 2010, lorsque la Société de gestion des déchets nucléaires a invité les communautés à faire part de leur intérêt pour accueillir le dépôt canadien – un projet de dizaines de milliards de dollars – 22 communautés ont répondu présentes.

Aucune communauté néo-brunswickoise ne s’est toutefois portée volontaire. Aujourd’hui, une décennie plus tard, le processus de sélection est toujours en cours. Deux régions ontariennes sont en lice.

Par Pascal Raiche-Nogue, publié le 2 avril 2021, mis à jour le 3 avril 2021  à 1h19

Photo en titre : Des travaux de remise à neuf à la centrale nucléaire de Point Lepreau, il y a quelques années (archives). Photo : Énergie NB

Pour retrouver cet article et voir la vidéo (6mn09s), cliquer sur :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1781842/dechets-nucleaires-nouveau-brunswick-point-lepreau

LE CHEF DU NUCLÉAIRE IRANIEN PROMET DE « BONNES NOUVELLES » SUR LA PROPULSION NUCLÉAIRE

Téhéran 3 avril Xinhua: Ali-Akbar Salehi, chef de l’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran (OEAI) a déclaré que l’Iran avait fait des progrès dans son programme nucléaire pacifique, a rapporté samedi Press TV.

« Dans les mois à venir, nous informerons le peuple de bonnes nouvelles concernant la propulsion nucléaire« , aurait déclaré Ali-Akbar Salehi.

En juin 2018, M. Salehi a déclaré que son pays avait fait des préparatifs pour construire des systèmes de propulsion nucléaire.

Les systèmes de propulsion nucléaire sont utilisés dans le transport maritime.

Par French.xinhuanet.com, publié le 3 avril 2021 à 20h08

http://french.xinhuanet.com/2021-04/03/c_139856855.htm

NUCLÉAIRE: UNE TRIPLE ALLIANCE PREND FORME CONTRE LA CORÉE DU NORD

Le gouvernement américain de Joe Biden a affiché, vendredi 2 avril, sa volonté de «coopérer» avec le Japon et la Corée du Sud vers la «dénucléarisation» nord-coréenne. Une réunion à Washington, entre les trois pays alliés, en vue de finaliser leur stratégie face à Pyongyang

La Corée du Nord n’a qu’à bien se tenir. Les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon ont décidé de travailler à la résolution de la question des programmes nucléaire et balistique de la Corée du Nord « par une coopération trilatérale concertée en vue de la dénucléarisation », ont-ils annoncé vendredi 2 avril, dans une déclaration commune.

Cette décision a conclu une journée de discussions à l’Académie navale d’Annapolis, près de Washington, entre le conseiller à la sécurité nationale américaine, Jake Sullivan, son homologue japonais, Shigeru Kitamura, et le conseiller à la sécurité nationale de la Corée du Sud, Suh Hoon. C’était la réunion de plus haut niveau entre les trois alliés depuis que Joe Biden a pris ses fonctions le 20 janvier.

Les trois pays sont également convenus de la nécessité d’une mise en œuvre complète, par la communauté internationale, des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur la Corée du Nord.

« Combine ».

Le Premier ministre japonais, Yoshihide Suga, sera reçu le 16 avril à la Maison Blanche, devenant le premier dirigeant étranger à rencontrer en personne le nouveau président démocrate, ont aussi annoncé vendredi soir les gouvernements américain et nippon.

Le président américain a déclaré, la semaine dernière, que les États-Unis restaient ouverts à la diplomatie avec la Corée du Nord malgré ses essais de missiles balistiques. Mais il a prévenu qu’il y aurait des réactions si la Corée du Nord provoquait une escalade de la situation. Il s’est dit prêt « à une certaine forme de diplomatie, mais soumise à la condition de la dénucléarisation ».

Joe Biden est resté pour l’instant assez silencieux sur ses intentions face à Pyongyang. Il a invoqué ce passage en revue en cours pour mettre au point une nouvelle stratégie après la tentative de diplomatie directe de son prédécesseur Donald Trump avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Cette dernière n’avait permis aucune avancée sur la dénucléarisation du pays reclus.

Le 18 mars, une haute diplomate nord-coréenne a admis que Washington avait tenté d’initier le contact avec Pyongyang, mais a critiqué ces tentatives en les qualifiant de « petite combine » qui restera sans réponse, tant que les États-Unis n’abandonneront pas leurs politiques hostiles à l’égard de la Corée du Nord. C’est mal parti.

Par l’Opinion (Avec Reuters), publié le 03 Avril 2021 à 11h09

Photo en titre : Le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan. © Evan Vucci/AP/SIPA

https://www.lopinion.fr/edition/international/nucleaire-triple-alliance-prend-forme-contre-coree-nord-240810

L’HISTOIRE D’AMOUR DE LA FRANCE AVEC LE NUCLÉAIRE SE POURSUIVRA, MAIS LE CHANGEMENT EST EN COURS – CNBC

La France est reconnue pour être un foyer de culture, de gastronomie et de style. Le pays est aussi en quelque sorte un leader mondial dans un autre domaine: l’énergie nucléaire.

Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, la France compte 56 réacteurs nucléaires opérationnels, juste derrière les États-Unis, qui en comptent 94.

Ensemble, ces installations françaises ont une capacité combinée de 61 370 mégawatts (MW). Et s’agissant de la part du nucléaire dans la production électrique française, l’AIEA affirme qu’elle était de 70,6% en 2019, la plus élevée au monde.

Ci-dessous, «L’énergie durable» de CNBC se penche sur le rôle que le nucléaire pourrait jouer dans l’avenir énergétique de la France et du reste du monde.

Un acteur majeur

Peter Osbaldstone, directeur de recherche au groupe de recherche Wood Mackenzie, a déclaré à CNBC par courrier électronique que la France était “de loin le plus grand producteur d’énergie nucléaire d’Europe”.

L’intensité des émissions de l’électricité française est inférieure à celle de ses principaux voisins, le marché ayant une part relativement faible de l’offre globale satisfaite par les énergies fossiles”, a-t-il poursuivi.

Le nucléaire à faible coût marginal étant si important dans le mix, les prix de gros de l’électricité en France ont également tendance à être inférieurs à ceux des marchés voisins”, a-t-il ajouté, ajoutant que ce facteur influençait également les prix des utilisateurs finaux, qui étaient également relativement faible.

Andrew Lever, directeur du Carbon Trust, une société de conseil, a déclaré à CNBC que la France avait “bénéficié d’une faible dépendance à l’égard de la production d’énergie à base de fossiles”.

Par conséquent, du point de vue de la réduction des émissions de carbone, il part d’un point de base inférieur par rapport à d’autres économies qui dépendent davantage de la production à base de combustibles fossiles”, a-t-il ajouté.

La mission de Macron

En décembre dernier, le président français Emmanuel Macron a signalé que le nucléaire continuerait à jouer un rôle important dans le mix énergétique du pays.

Selon une traduction de ses propos publiée par Reuters, Macron a déclaré que l’industrie nucléaire française «resterait la pierre angulaire de notre autonomie stratégique».

Les commentaires de Macron suggèrent que la France continuera sa relation avec l’énergie nucléaire longtemps dans le futur, mais le changement est néanmoins en cours. En effet, à l’horizon 2035, le gouvernement souhaite ramener la part du nucléaire dans son mix électrique à 50%. Une image mitigée, alors.

Pour sa part, Osbaldstone de Wood Mackenzie a déclaré que l’objectif de 50% ne signifiait pas que la technologie était totalement tombée en disgrâce, notant qu’en 2019, le gouvernement français avait “chargé EDF d’explorer la possibilité de construire six nouveaux réacteurs sur trois sites”. L’utilitaire, a-t-il ajouté, «devait répondre d’ici la mi-2021».

Les défis de la décarbonisation

L’Agence internationale de l’énergie déclare que “l’énergie nucléaire a toujours été l’un des plus grands contributeurs d’électricité sans carbone au niveau mondial” et ajoute qu’elle a également “un potentiel important pour contribuer à la décarbonation du secteur électrique”.

Il convient de noter, cependant, que si l’AIE déclare produire de l’électricité sans carbone, beaucoup considèrent le nucléaire comme une source non renouvelable. C’est parce qu’ils soutiennent que l’uranium, le métal essentiel à la production d’énergie nucléaire, finira par s’épuiser.

Le Carbon Trust’s Lever a déclaré à CNBC que pour toute économie, le niveau d’investissement nécessaire pour décarboner l’approvisionnement en énergie était «massif».

Et alors que le coût des technologies renouvelables comme le solaire photovoltaïque et l’éolien terrestre et offshore avait bénéficié d’une «réduction substantielle», on ne pouvait pas en dire autant du «nouveau nucléaire» où il y avait «eu un manque de réduction cohérente des coûts».

Du point de vue de la nouvelle construction, il existe des risques de retards dans la construction et la gestion des coûts, qui à leur tour présentent des risques pour le coût de la transition et, en fin de compte, les coûts énergétiques pour les consommateurs”, a déclaré M. Lever.

En outre, les coûts potentiellement élevés de démantèlement et d’élimination des déchets signifient qu’un risque majeur à l’avenir est que le nucléaire devienne une technologie relativement coûteuse et non durable par rapport aux alternatives basées sur les énergies renouvelables.”

La France semble prête à maintenir une relation étroite avec l’énergie nucléaire à l’avenir, mais son voisin, l’Allemagne, emprunte une voie différente.

En réponse à la catastrophe de Fukushima en 2011, lorsqu’un puissant tremblement de terre et un tsunami ont provoqué un effondrement de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima Daiichi, le gouvernement de la chancelière Angela Merkel a élaboré des plans pour fermer les centrales nucléaires du pays d’ici la fin de 2022.

La semaine dernière, Reuters a rapporté que l’Allemagne avait accepté de payer à quatre entreprises – Vattenfall, RWE, E.ON et EnBW – une compensation totale de près de 2,6 milliards d’euros (environ 3,09 milliards de dollars) pour la fermeture anticipée de leurs centrales nucléaires.

Critiques et préoccupations

Bien que Macron semble soutenir le nucléaire, il va sans dire que la technologie n’est pas favorisée par tous.

Les critiques incluent Greenpeace. «L’énergie nucléaire est présentée comme une solution à nos problèmes énergétiques, mais en réalité, elle est complexe et extrêmement coûteuse à construire», déclare le site Web de l’organisation environnementale.

«Cela crée également d’énormes quantités de déchets dangereux», ajoute-t-il. “L’énergie renouvelable est moins chère et peut être installée rapidement. Associée au stockage par batterie, elle peut générer l’énergie dont nous avons besoin et réduire nos émissions.

L’image globale

Alors que les gouvernements du monde entier cherchent à s’éloigner des combustibles fossiles pour se tourner vers les sources d’énergie renouvelables, le débat sur le rôle de l’énergie nucléaire dans le mix énergétique de la planète se poursuivra.

Le mois dernier, Bill Gates, le cofondateur et milliardaire de Microsoft, a déclaré à Andrew Ross Sorkin de CNBC que l’énergie nucléaire serait à nouveau “absolument” politiquement acceptable. Gates est également le fondateur et président de TerraPower, une société axée sur l’innovation nucléaire. (NDLR : donc Bill Gates a un avis non neutre puisqu’il doit défendre son business !)

La transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables est-elle donc possible sans le nucléaire?

«Toute source à faibles émissions, comme le nucléaire, peut bien sûr jouer un rôle dans la transition énergétique», a déclaré Osbaldstone de Wood Mackenzie, avant de décrire certains des défis à venir. (NDLR : sauf s’il doit absorber d’énormes financements au détriment des énergies renouvelables retardant leur développement ainsi que la baisse de prix de revient qui les caractérisent comparé à celui de l’éventuel nouveau nucléaire qui est prévu être en très forte augmentation !).

Cependant, les coûts des nouvelles constructions nucléaires sont élevés, la technologie nécessite un soutien politique fort et des cadres réglementaires dans les pays hôtes”, a-t-il ajouté, expliquant que les générateurs étaient “généralement grands et relativement rigides en fonctionnement – ces caractéristiques réduisent le nombre d’applications possibles du nucléaire. “

Les nouvelles technologies, y compris les petits réacteurs modulaires, ou SMR, «pourraient contribuer dans une certaine mesure à remédier à ces lacunes, ouvrant potentiellement un rôle plus important pour la source. Mais les SMR restent pour le moment sur la planche à dessin».

Par Charles Foucault , publié le 3 avril 2021

https://yourtopia.fr/lhistoire-damour-de-la-france-avec-le-nucleaire-se-poursuivra-mais-le-changement-est-en-cours-cnbc/

NUCLÉAIRE IRANIEN: LES ÉTATS-UNIS REJOIGNENT LES POURPARLERS

Les États-Unis ont annoncé ce vendredi leur participation la semaine prochaine à Vienne à des pourparlers avec les grandes puissances signataires de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, tout en restant « ouverts » à des discussions « directes » avec l’Iran. 

Les États-Unis participeront mardi prochain à Vienne à des pourparlers pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien. Ces négociations, pour le moment indirectes, réuniront tous les signataires de l’accord – Iran, États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne. Washington dit par ailleurs rester « ouvert » à des discussions « directes » avec l’Iran. 

« Les principaux sujets qui seront évoqués sont les mesures nucléaires que l’Iran doit prendre pour respecter à nouveau pleinement les termes » de l’accord international de 2015, « et les mesures de levée des sanctions que les États-Unis doivent prendre pour les respecter à nouveau aussi », a précisé le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price. 

Celui-ci a prévenu que les États-Unis ne s’attendaient pas « à une percée immédiate » mais plutôt à des « discussions difficiles ». « Mais nous pensons que c’est une avancée salutaire », a-t-il ajouté.

C’est un pas important parce qu’en effet on voit que les deux acteurs du dossier, donc les États-Unis et l’Iran, acceptent de renégocier les obstacles qui sont pour le moment sur l’accord sur le nucléaire, mais c’est un premier pas qui demande à être concrétisé par la suite. On est en fait au début d’un nouveau processus.

Les grandes puissances encore membres de l’accord censé empêcher l’Iran de se doter d’une bombe atomique ont tenu vendredi une réunion virtuelle organisée par l’Union européenne avec Téhéran. C’était la première depuis l’élection de Joe Biden aux États-Unis, qui n’étaient toutefois pas représentés, les Iraniens refusant à ce stade une rencontre directe avec le pays ennemi.

L’ex-président américain Donald Trump a retiré son pays de cet accord en 2018 et a rétabli toutes les sanctions des États-Unis contre l’Iran, qui en retour a commencé à s’affranchir des restrictions à son programme nucléaire en enrichissant par exemple une quantité d’uranium largement supérieure à la limite autorisée.

Le nouveau président américain, lui, s’est dit prêt à revenir dans l’accord si Téhéran revient aussi dans les clous de ses engagements, mais les deux pays se renvoient la balle quant à celui qui devra faire le premier pas. L’Iran demande la levée des sanctions américaines alors que les signataires de l’accord demandent à Téhéran de cesser de dépasser les lignes rouges prévues par le compromis nucléaire de 2015. Tout l’enjeu est donc de coordonner les gestes de désescalade

Les étapes en fait elles sont assez claires du côté iranien. On a vu récemment qu’il y avait un enrichissement de l’uranium à des niveaux qui avaient été portés au-delà de l’accord sur le nucléaire, donc c’est revenir à un niveau tel qu’il est permis par l’accord […] Pour les États-Unis, les mesures sont un peu plus nombreuses parce qu’il y a eu énormément de sanctions qui ont été mises en place par l’ancienne administration Trump.

Par RFI avec AFP, publié le 02/04/2021 à 21h39

Photo en titre : Le porte-parole du département d’État américain Ned Price à Washington, le 31 mars 2021. REUTERS – POOL

Pour écouter les commentaires de Jonathan Piron, (chercheur et spécialiste de l’Iran à l’Institut Etopia), cliquer sur : https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20210402-nucl%C3%A9aire-iranien-les-%C3%A9tats-unis-rejoignent-les-pourparlers

LE PENTAGONE ÉLÈVE AU PLUS HAUT LE NIVEAU D’ALERTE DE SES TROUPES EN EUROPE À CAUSE DE LA RUSSIE

Le Commandement européen américain a relevé son niveau d’alerte au plus haut niveau en raison de l’escalade du conflit dans l’est de l’Ukraine et de la remontée à la surface de trois sous-marins russes en Arctique.

Plusieurs événements de la semaine dernière ont forcé le Commandement européen des États-Unis (EUCOM) a élever son niveau d’alerte à son plus haut, rapporte le média politique américain Politico.

Il s’agit de l’escalade du conflit dans l’est de l’Ukraine, de l’accroissement des troupes militaires russes le long de la frontière et des images de trois sous-marins nucléaires russes dans l’Arctique.

«Une nouvelle démonstration de force dans une région que les forces américaines ont du mal à atteindre», a signalé le média.

Aucun commentaire pour des raisons de sécurité opérationnelle

La capitaine Wendy Snyder, porte-parole du EUCOM, a refusé de discuter du niveau d’alerte en invoquant la sécurité opérationnelle.

«Nous surveillons la situation de très près», a-t-elle cependant indiqué.

Moscou récuse

La Russie constate, de son côté, une activité sans précédent de l’Otan le long de ses frontières au cours de ces dernières années. Les exercices Sea Shield 21 se sont récemment déroulés en mer Noire sous le commandement de la Roumanie avec la participation bulgare, grecque, espagnole, néerlandaise, polonaise, roumaine, américaine et turque.

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a qualifié le renforcement de la présence de l’Alliance dans la région de «signal net» à Moscou.

Les forces armées ukrainiennes ont également organisé des exercices à proximité de la Crimée avec l’utilisation de lance-roquettes multiples.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a signalé que les actions de l’Otan revêtaient souvent «un caractère antirusse non dissimulé». Il a indiqué que la Défense prenait toutes les mesures nécessaires pour neutraliser les menaces.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré pour sa part que le déplacement des troupes russes à l’intérieur du pays ne regardait personne, ajoutant que Moscou prenait seulement les mesures de défense nécessaires.

Par Victor Koulakov, publié le 2 avril 2021 à 17h02

Photo en titre : © Sputnik . Alexei Agarychev

https://fr.sputniknews.com/europe/202104021045431020-le-pentagone-eleve-au-plus-haut-le-niveau-dalerte-de-ses-troupes-en-europe-a-cause-de-la-russie/

FINANCE VERTE : « IL N’Y A PLUS DE LIMITES À L’OBSESSION FRANÇAISE POUR LE NUCLÉAIRE »

Le ministre de l’Énergie du Luxembourg, Claude Turmes, apprécie peu la tournure que prend le futur outil de la Commission européenne pour flécher les investissements vers la transition bas carbone, appelé « taxonomie ». Des États, dont la France et la Hongrie, militent pour y inclure le nucléaire et le gaz. Au détriment de l’urgence climatique.

L’Europe sera le premier continent neutre en carbone en 2050, a annoncé en décembre Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Pour y parvenir, son Pacte vert comprend notamment la taxonomie, qui doit flécher les investissements. Claude Turmes, ministre de l’Énergie du Luxembourg et ex-eurodéputé des Verts, s’inquiète de la tournure que prend le futur outil.

La Commission européenne doit bientôt dire ce qui est ou pas « un investissement vert ». Que représente cette taxonomie verte ?

L’argent est le nerf de la guerre, même pour le changement climatique. Il est important, à côté de lois de régulation que les gouvernements ou l’Europe peuvent faire, de flécher les milliards d’euros d’investissement vers des infrastructures vertueuses pour l’environnement. Ce travail était bien embarqué. Le groupe d’experts techniques sur la finance durable (TEG) avait accouché en mars 2020 d’un rapport, largement accepté par le monde financier, auquel cette taxonomie s’adresse d’abord.

Bien sûr, les financiers ne forment pas un ensemble homogène, mais les grandes banques centrales, notamment depuis que Christine Lagarde a pris les rênes de la Banque centrale européenne, savent tout, aujourd’hui, du risque carbone.

Depuis, un rapport a été publié, favorable au nucléaire, que le Luxembourg rejette. Comment réagissez-vous ?

Je ne suis pas surpris. Le JCR (Joint Research Center, le Centre commun de recherche en français), missionné pour ce rapport, a été créé par Euratom et 25 % de ses activités sont du nucléaire. Mais il est extraordinaire d’avoir retiré l’évaluation de ce dossier à un groupe qui avait travaillé en toute transparence pour s’en remettre à un autre, favorable au nucléaire et que les auteurs n’assument pas de signer. Dans quel régime sommes-nous, pour publier un rapport anonyme ?

Le nucléaire est une énergie décarbonée, avec beaucoup d’emplois, que la France défend…

Oui, Emmanuel Macron a signé une lettre avec le Hongrois Orban ou la Pologne de Kazcynski à l’intention de l’exécutif européen… Je laisse de côté la question des droits de l’Homme et l’attachement discutable de ces pays à l’UE. Il reste que le gouvernement français fait alliance avec des pro-gaz, des pro-fossiles, pour la cause du nucléaire. Il n’y a plus de limites à l’obsession française pour le nucléaire qui, économiquement, est mort.

L’éolien off-shore est deux fois moins cher, prend deux fois moins de temps et est en train de créer autant d’emplois, sans risques pour la population. En s’obstinant, la France passe à côté d’un marché d’avenir. Avec le Benelux, l’Allemagne et le Danemark, nous avons convenu d’un objectif de 350 GW (le parc nucléaire français : 60 GW) en mer du Nord et en Baltique. Et les États-Unis arrivent.

Comment s’entendre entre voisins européens, dont certains sont pro et d’autres anti-nucléaire ?

De ma fenêtre, je vois la centrale de Cattenom (à Thionville, en Moselle). Faire des réacteurs nucléaires aux frontières, je n’appelle pas ça du bon voisinage. Nous savons depuis l’affaire du livre blanc du Premier ministre Tony Blair, en 2003, que le secteur militaire britannique a fait pression pour sauver le nucléaire (en 2007) et les moteurs sous-marins. Ce lien entre nucléaire civil et militaire, aucun homme politique ne le dira jamais en France.

Cette énergie de l’atome, c’est comme un énorme cadavre que l’on cache dans une maison de famille. Contrairement à l’Allemagne, la France n’a encore pas démantelé de grande centrale et n’a pas provisionné assez d’argent pour le faire, c’était l’objet du rapport de Barbara Pompili en 2018 (alors qu’elle était députée). Lorsque cela sera fait, le vrai coût sera apparent. Pour l’instant, on l’enterre et c’est la grande fuite en avant.

Le gaz aussi pourrait être classé vert sous conditions…

Quand on sait l’urgence climatique, il est triste de voir la taxonomie, qui peut faire de l’UE un leader mondial sur le climat, détruite par le travail des lobbys. Ce qui fait la beauté de la taxonomie, c’est sa clarté que nous risquons de perdre en incluant des conditions, comme certaines centrales, mais pas d’autres. Le monde financier et les citoyens qui veulent placer leur argent dans des fonds verts ont besoin de clarté.

Tout ce lobbying est une diversion. Or nous n’avons plus le temps. Il faut aller vite sur les énergies renouvelables, la sécurité énergétique, les infrastructures et les transports publics électriques, et reverdir les villes contre les canicules qui arrivent. L’argent investit ailleurs est un problème.

La Commission doit rendre sa copie le 21 avril. Les pays européens anti-nucléaires comme le Luxembourg ont-ils prévu de réagir ?

Nous voyons que le lobby Foratom et le gouvernement français crient déjà victoire. Nous espérons que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a bien compris que cela va « mousser » sérieusement, qu’elle risque gros, en acceptant le nucléaire. On s’organise, on ne baissera pas les bras.

Par Ouest-France (Propos recueillis par Christelle GUIBERT), publié le 02/04/2021 à 07h30

Photo en titre : Claude Turmes, ministre de l’Énergie du Luxembourg, remonté contre l’alliance de la France avec la Hongrie pour inclure le nucléaire dans la finance verte. | SOPHIE MARGUE

https://www.ouest-france.fr/environnement/climat/finance-verte-il-n-y-a-plus-de-limites-a-l-obsession-francaise-pour-le-nucleaire-70a744b2-9190-11eb-954a-acefbc765f05

BURE : « LES ÉLUS PRENNENT CONSCIENCE DE L’AMPLEUR DU CHANTIER À VENIR » : LE SITE DE DÉCHETS NUCLÉAIRES DE BURE FACE À DE NOUVELLES OPPOSITIONS LOCALES

Le projet est situé sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne. Sa mise en service est envisagée en 2035, mais des communes ont émis des avis négatifs.

En sept minutes, l’ascenseur descend à 490 m de profondeur. Là, des engins de chantier charrient des blocs d’argile noire qui vont être remontés à la surface. Les galeries du laboratoire souterrain de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) sont percées de 700 forages, où 26 000 points de mesure permettent d’étudier les phénomènes physiques, chimiques et thermiques. Des sondes produisant de la chaleur ont été insérées dans certaines alvéoles ; ailleurs, c’est un traceur radioactif qui a été diffusé dans un forage pour mesurer son déplacement dans la roche.

« On a pu démontrer en 2005 que ces roches argileuses ont des propriétés de confinement, explique Mathieu Saint-Louis, chargé de communication de l’Andra. Désormais, on affine les connaissances. Quel espacement faudra-t-il laisser entre chaque alvéole où seront stockés les déchets ? Quelle est la meilleure façon de les sceller ? »

Bure dénonce « le rouleau compresseur qu’est l’Andra »

Depuis le démarrage, en 2000, de la construction du laboratoire, situé à cheval sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, deux kilomètres de tunnels ont été créés. Si le projet de centre de stockage géologique profond Cigéo voit le jour, de nouvelles galeries seront creusées à proximité pour accueillir les déchets dits « de moyenne et haute activité à vie longue », soit les plus dangereux. S’ils ne représentent que 3 % de l’ensemble des déchets nucléaires en volume, ils concentrent 99 % de leur radioactivité et resteront radioactifs jusqu’à des centaines de milliers d’années.

Un horizon lointain, tout comme la potentielle date de mise en service de Cigéo, envisagée en 2035. Mais peu à peu, le projet se concrétise. En août 2020, l’Andra a déposé une demande de reconnaissance d’utilité publique, un volumineux dossier constitué notamment d’une étude d’impact globale. En janvier, l’Autorité environnementale a rendu un avis important sur ce document.

À leur tour, vingt-quatre collectivités et établissements publics directement concernés ont été invités à se prononcer pour la première fois. Mercredi 31 mars, la majorité des dix-huit avis publiés par la préfecture de la Meuse étaient favorables, bien qu’assortis de réserves et de conditions concernant l’aménagement du territoire, la gestion de l’eau potable ou encore les retombées économiques.

Quatre communes, en revanche, ont rendu un avis négatif. Mandres-en-Barrois, par exemple, met en avant « le principe de précaution » et souligne que le projet va entraîner le défrichement de dizaines d’hectares au bois Lejuc. Le village de Ribeaucourt s’inquiète de savoir comment les demandeurs d’emploi locaux seront informés des offres à pourvoir et des conséquences du futur chantier sur le cadre de vie. Le conseil municipal de Bure dénonce, lui, « le rouleau compresseur qu’est l’Andra », qui « minimise les risques encourus par le rejet des eaux » et « s’approprie les routes, les chemins, sans concertation ni avis » ; il formule une série d’interrogations concernant le devenir des agriculteurs, le risque sanitaire ou encore les relations entre forces de l’ordre et habitants.

« Revirement assez inédit »

Pour Juliette Geoffroy, porte-parole du Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra), ces prises de position manifestent un « revirement assez inédit » de communes qui n’étaient jusqu’ici pas hostiles au projet. « Elles viennent perturber le ronronnement habituel, estime-t-elle. Les élus prennent conscience de l’ampleur du chantier à venir et commencent à douter des promesses de développement économique. » Selon les opposants, l’avis de l’Autorité environnementale, qui pointait des lacunes et des insuffisances dans l’étude d’impact, a pesé sur les délibérations.

« Les communes avaient accepté le laboratoire pour les retombées financières, en se disant qu’elles verraient plus tard, ajoute Dominique Laurent, porte-parole de l’Association des élus opposés au projet d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure (Eodra). Maintenant, elles voient venir le centre d’enfouissement et elles n’en veulent pas forcément, même si l’aspect économique pèse souvent plus que le volet technique. »

Lire aussi : Dans l’Aube, le centre de stockage des déchets très faiblement radioactifs sera saturé en 2029 (Article réservé à nos abonnés)

L’Andra, qui s’est engagée à répondre à ces interrogations dans les prochains mois, assure que celles-ci étaient attendues. « Avec le dossier pour la déclaration d’utilité publique [DUP], Cigéo est entré dans l’atmosphère, dans le concret, explique David Mazoyer, directeur du centre Meuse et Haute-Marne de l’Andra. Les collectivités réalisent quels seront les impacts du projet, c’est normal qu’il y ait des réserves et des inquiétudes. »

Faire remonter les attentes des communes

« La DUP est à la fois un aboutissement et un point de départ, ajoute Pierre-Marie Abadie, le directeur général de l’Andra. C’est le résultat de vingt-cinq ans de recherches et ça a été une gageure de rassembler tout ça dans un seul dossier. Mais il y aura encore de nombreuses procédures et révisions de l’étude d’impact. Et on ne demande pas aux communes de prendre position sur Cigéo mais de faire remonter leurs attentes et leurs questionnements. Car, à la fin, la décision relèvera de l’État, pas de l’industrie ou d’une collectivité. »

Lors d’un comité de pilotage, le 16 mars, la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, a affirmé que Cigéo irait à son terme, même si la recherche concernant d’éventuelles alternatives continue. Les opposants au stockage en profondeur prônent la poursuite d’un entreposage de longue durée en surface ou en subsurface, dans l’attente d’avancées scientifiques permettant de réduire la nocivité des déchets.

Aujourd’hui, les combustibles usés, qui constituent l’essentiel des déchets de haute activité, sont entreposés dans les installations d’Orano, à La Hague (Manche), sous forme de « colis » vitrifiés. Les premiers d’entre eux pourraient descendre dans les galeries de Cigéo à partir de 2080, quelques décennies après les déchets de moyenne activité. Au bout de cent vingt ans d’exploitation, le site serait entièrement scellé et les quelque 500 mètres d’argile prendraient le relais, pour faire office de barrière naturelle.

Lire aussi :  L’Europe toujours sans solution de stockage définitif de ses déchets nucléaires les plus dangereux (Article réservé à nos abonnés)

D’ici là, l’Andra espère voir son utilité publique reconnue à l’horizon 2022 et pouvoir ainsi lancer des travaux préalables, tels que des fouilles archéologiques ou des raccordements électriques. En parallèle, une demande d’autorisation de création doit être déposée à la fin de l’année, qui enclenchera une instruction de plusieurs années par l’Autorité de sûreté nucléaire. Ce n’est qu’une fois cette autorisation accordée que le chantier pourrait véritablement démarrer. L’opposition, de son côté, appelle au minimum à un gel de la procédure tant que l’Andra n’aura pas répondu aux incertitudes.

Par Perrine Mouterde (Bure, Meuse, envoyée spéciale), publié le 1er avril 2021 à 04h58, mis à jour à 12h32

Photo en titre : pancartes antinucléaires devant une maison près du site souterrain de stockage nucléaire Cigéo, à Bure (Meuse), le 25 mars 2019.

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/01/le-projet-d-enfouissement-des-dechets-nucleaires-cigeo-suscite-de-nouvelles-reserves-de-collectivites_6075190_3244.html

DÉCHETS RADIOACTIFS : IL NE FAUT PAS OUVRIR LA BOÎTE DE PANDORE !

Refusez le projet de dérèglementation du gouvernement : les matériaux contaminés issus du démantèlement des installations nucléaires doivent rester dans des circuits contrôlés. Un environnement sain doit rester la norme. Notre santé n’est pas une variable d’ajustement pour les problèmes de gestion de l’industrie nucléaire. Informez-vous et signez l’appel de la CRIIRAD.

NON A LA LIBÉRATION DES MÉTAUX CONTAMINÉS !

Un changement réglementaire imminent

Les diverses consultations sur la gestion des déchets radioactifs TFA (très faible activité) se termineront le 12 avril. Les projets de changements réglementaires ont été publiés le 4 janvier (cf. projets de décret en Conseil d’État, décret simple et arrêté). Ils mettront fin au maintien des matériaux contaminés dans des circuits contrôlés. Le recyclage ne sera plus limité à l’industrie nucléaire (fabrication de protections radiologiques et de conteneurs pour déchets radioactifs) : les garanties que la CRIIRAD avait obtenues en 2010 de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, vont voler en éclat.

Les déchets radioactifs métalliques produits par le démantèlement des installations nucléaires pourront être “libérés” et recyclés dans les filières conventionnelles si leur niveau de contamination ne dépasse pas les limites autorisées (dites “seuils de libération”). Ils ne seront plus soumis à aucun contrôle et se retrouveront, à terme, dans notre environnement quotidien. De l’acier contaminé sera déclaré  “ non radioactif ” par l’Administration alors que sa radioactivité artificielle (normalement égale à 0 Bq/kg) pourra atteindre 100 Bq/kg, 1 000 Bq/kg, et jusqu’à 10 millions de Bq/kg !

La première catégorie de matériaux à pouvoir bénéficier des décisions de « libération » (de tout contrôle) est celle des « déchets métalliques ». D’après les estimations d’EDF et Orano, 500 000 t de métal seraient concernées : 136 000 t d’acier provenant du démantèlement de l’usine d’enrichissement d’Eurodif et 68 000 t issues des générateurs de vapeur des centrales nucléaires EDF, le reste correspondant à du vrac (gisement dit multisources).

L’absence de contamination doit rester la norme

D’après les autorités, la « libération » des métaux contaminés aura un impact sanitaire négligeable et permettra d’économiser les ressources naturelles et les capacités des installations de stockage de déchets radioactifs.

Nous considérons que  la priorité est d’isoler les déchets radioactifs des êtres vivants pendant tout le temps où ils restent nocifs. Si les autorités veulent économiser les capacités de stockage, elles doivent d’abord rendre obligatoire la densification des déchets métalliques afin de réduire les 85% de vide qui les composent ![1]

Par ailleurs, rien ne garantit que le recyclage des métaux contaminés dans le domaine public permette d’économiser les ressources naturelles. Le bilan réel dépend de paramètres qui ne sont pas maîtrisés. EDF et Orano reconnaissent, de plus, que le recyclage à l’intérieur du secteur nucléaire est possible (fabrication de conteneurs en acier pour les déchets radioactifs) mais ils écartent cette option à cause d’un surcoût.

Nous demandons que toutes les options de gestion des déchets de très faible activité soient étudiées et que soient retenues les plus favorables à l’environnement et à la santé (même si elles sont plus onéreuses pour les exploitants). La gestion des déchets radioactifs doit rester à la charge de ceux qui les produisent, sans transfert de risques sur les générations actuelles et futures.

Nous ne sommes pas des cobayes !

En 50 ans, les limites de dose ont dû être abaissées plusieurs fois parce que les faibles doses de rayonnements ionisants se sont révélées plus nocives qu’attendu. Et ce n’est pas fini : des concepts de base sont remis en question et la liste des maladies radio-induites s’allonge. Dans un tel contexte, prendre la décision de disséminer volontairement, et de façon irréversible, des substances radioactives est irresponsable.

La libération des matériaux contaminés contrevient par ailleurs à l’obligation de limiter, autant que raisonnablement possible, les niveaux d’exposition et le nombre de personnes exposées. Elle est aussi en totale contradiction avec les efforts consentis pour diminuer l’exposition des personnes à la radioactivité naturelle !

L’étude réalisée par la CRIIRAD démontre que ne sont garantis ni le respect des limites, ni les niveaux de dose et de risque qu’elles impliquent. Nous demandons l’abandon des projets de dérèglementation, à tout le moins un moratoire laissant le temps de produire les contre-expertises et les études indépendantes qui font aujourd’hui défaut. Vu l’importance des enjeux, toutes les zones d’ombre doivent être levées.

Il faut aussi mettre fin à la séparation entre « gestion des déchets radioactifs » et « création des installations qui les produisent ». Les citoyens ne sont pas seulement là pour écoper quand la baignoire déborde. Ils doivent pouvoir agir sur l’ouverture, ou la fermeture, du robinet.

Je signe l’appel : Non à la libération des matériaux contaminés !

En savoir + : Synthèse et fiches complémentaires.

Soutenir le travail de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité)

[1] Cas des stockages du CIRES (centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage) qui accueille les déchets radioactifs de très faible activité (TFA) issus notamment du démantèlement des installations nucléaires.

Par Association CRIIRAD, ( https://www.criirad.org/ ) publié le 1er avril 2021

https://blogs.mediapart.fr/association-criirad/blog/010421/dechets-radioactifs-il-ne-faut-pas-ouvrir-la-boite-de-pandore

LE NUCLÉAIRE, ÉLIGIBLE POUR LES INVESTISSEMENTS VERTS ? UNE ABERRATION ENVIRONNEMENTALE ET CLIMATIQUE, REPOSANT SUR UN RAISONNEMENT CYNIQUE ET MALHONNÊTE

Le Réseau “Sortir du nucléaire“ dénonce les tentatives de la France et du lobby industriel du nucléaire pour inclure cette technologie dans le projet de taxonomie (classification) européenne censé définir les investissements « verts ».

En faisant la promotion du nucléaire au niveau européen, la France sabote la lutte contre le changement climatique

Alors que le nucléaire est jusqu’ici exclu des investissements « verts » en raison de ses impacts environnementaux, la France a recours aux pires stratégies pour créer un rapport de force favorisant son inclusion. Déjà, lors du Conseil européen de décembre 2019, elle n’avait pas hésité à s’allier avec des États grands défenseurs du charbon pour prendre la défense du nucléaire. Elle se montre maintenant ouverte à rendre le gaz fossile éligible aux investissements « verts », comme le souhaite la Hongrie de Viktor Orban, dans l’espoir que le nucléaire y trouve à son tour sa place [1].

Une telle attitude revient à vider de son sens ce mécanisme censé éviter le greenwashing. Elle illustre la duplicité et l’hypocrisie de la France, (NDLR : je dirais plutôt des dirigeants de la France) qui se pose en championne du climat sur la scène internationale tout en se montrant complaisante avec des États défenseurs des énergies fossiles – et par ailleurs fort peu exemplaires du point de vue de la démocratie et du respect des droits humains, tels que la Hongrie et la Pologne. Cette position est d’autant plus insupportable au regard du peu d’ambition déployée par le gouvernement français pour élaborer une loi climat digne de ce nom.

Le lobby nucléaire à la manœuvre auprès de la Commission Européenne

Nous dénonçons également le travail de sape mené par le lobby européen de l’atome. Mécontent des précédents travaux de la Commission européenne, pour qui les nuisances entraînées par le nucléaire prohibaient son inclusion dans les investissements verts, celui-ci a poussé pour la rédaction d’un autre rapport plus favorable (voir le texte dévoilé par Politico). Confié au Joint Research Center, organisme historiquement lié à Euratom et proche du lobby Foratom [2], ce nouveau rapport parvient à des conclusions surréalistes : le nucléaire ne représenterait « pas plus de danger pour la santé humaine » que les énergies renouvelables ! Sur un mode incantatoire, il martèle que le nucléaire ne comporterait pas d’impact environnemental significatif, tout étant bien géré et le problème des déchets étant réglé. Un constat qui n’existe que dans la tête des nucléocrates...

Présenter comme non nocive une technologie polluante, dangereuse, devant faire l’objet d’une surveillance permanente et productrice de déchets qui resteront dangereux pour des durées dépassant le temps humain, voilà qui relève d’une profonde malhonnêteté intellectuelle. Il est inacceptable que le lobby nucléaire puisse ainsi dicter ses conclusions et influer sur la politique européenne.

Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat !

Cette stratégie visant à promouvoir le nucléaire comme solution face au changement climatique afin de le faire bénéficier de nouvelles sources de financements est révélatrice des grandes difficultés d’une filière qui ne survit pourtant déjà que grâce à un important soutien public. Lourdement endettée, en difficultés pour assurer la gestion de ses déchets et le démantèlement de ses installations, EDF est incapable de financer elle-même la construction des six nouveaux réacteurs qu’elle souhaite voir sortir de terre dans les prochaines décennies.

Faire bénéficier le nucléaire de la manne financière du Green Deal européen serait pourtant une absurdité qui porterait lourdement préjudice à la lutte pour la réduction de nos émissions. Vulnérable aux aléas climatiques extrêmes, cette énergie est également hors-jeu face à l’urgence. Il est impossible de réduire drastiquement nos émissions en moins d’une décennie, comme le recommande le GIEC, en misant sur une technologie chère, lente à se développer et sujette à d’importants retards, comme l’illustre le chantier de l’EPR de Flamanville. Tout euro fléché vers le nucléaire ferait alors cruellement défaut au développement de vraies solutions et à la nécessaire transformation de nos systèmes de production et de consommation.

Notes

[1] Pour en savoir plus, voir le communiqué du Réseau Action Climat

[2Voir l’analyse de Greenpeace sur ce rapport

Le saviez-vous ?
Le Réseau « Sortir du nucléaire » est un véritable contre-pouvoir citoyen. Totalement indépendants de l’État, nous dépendons exclusivement du soutien de nos donateurs. C’est grâce à votre soutien financier que nous pouvons nous permettre de tout mettre en œuvre pour offrir aux générations futures l’espoir d’un avenir sans risques nucléaires. Aidez-nous à obtenir cet objectif et à nous permettre de continuer la lutte au quotidien contre cette énergie mortifère et pour promouvoir la sobriété énergétique et les alternatives renouvelables.

Communiqué publié le 2 avril 2021 sur le site :

https://www.sortirdunucleaire.org/Le-nucleaire-eligible-pour-les-investissements

8 BONNES RAISONS D’ÊTRE ANTINUCLÉAIRE

Le Réseau « Sortir du Nucléaire » a publié sur son site les 8 principales raisons de refuser le nucléaire et de s’engager pour en sortir. Découvrez-les, faites-les connaître à vos proches, et agissez avec nous pour construire un monde plus vivable et solidaire !

En voici ci-dessous le résumé.

Pour les retrouver en détail, cliquer sur : https://www.sortirdunucleaire.org/8-bonnes-raisons-d-etre-antinucleaire-1235

1 : Vivre en bonne santé

L’industrie nucléaire génère un cocktail de substances radioactives et chimiques. Cancers, malformations, stérilité… en cas d’accident, la liste des pathologies possibles est longue. Et même en fonctionnement “normal”, des risques existent pour les riverain·es et les travailleurs du nucléaire !

2 : Vivre en sécurité

L’Autorité de sûreté nucléaire répète qu’on ne peut garantir qu’un accident nucléaire majeur ne survienne en France. Ce risque augmente avec l’âge des réacteurs… 33 ont plus de 35 ans et 8 ont passé le seuil des 40 années de fonctionnement. Certains équipements vitaux ne peuvent être réparés ou remplacés, de nombreuses malfaçons et fraudes sont régulièrement découvertes et la dégradation des conditions de travail entraîne un risque accru d’erreurs humaines… Peut-on raisonnablement penser que cette industrie est sans danger ?

3 : Ne pas gaspiller d’argent public

Actuellement très endettée, EDF n’a pas provisionné suffisamment pour le démantèlement des centrales ni la gestion des déchets. L’enfouissement des déchets radioactifs à Bure devrait coûter, au bas mot, 36 milliards d’€ et risque d’être payé par les contribuables. Pourtant, EDF s’est lancée dans un coûteux programme de rafistolage des réacteurs. Et alors que le coût initial de l’EPR de Flamanville a presque été multiplié par 4, EDF projette d’en construire six autres. La poursuite du nucléaire est économiquement absurde !

4 : Pour une véritable transition énergétique

L’industrie nucléaire engloutit les investissements qui font défaut pour le développement des énergies renouvelables et de la rénovation énergétique. Pourtant, la transition est économiquement viable : elle créerait, d’ici 2030, plus de 700 000 emplois durables et répartis sur tout le territoire. Nos impôts ne seraient-ils pas plus utiles à construire ce monde nouveau ?

5 : Pour le respect de la démocratie

Lié au développement du nucléaire militaire, le programme nucléaire civil reste très opaque. Depuis sa création par des ingénieurs de l’École des Mines et une poignée de décideurs au sommet de l’État, le programme nucléaire français n’a jamais fait l’objet d’un vote. Ni les députés, ni les citoyens n’ont voix au chapitre. C’est un véritable déni de démocratie !

6 : Pour le respect des droits humains

100% de l’uranium utilisé dans nos centrales vient de l’étranger. Son extraction ne va pas de pair avec le développement des pays concernés. Malgré les richesses de son sous-sol, le Niger reste l’un des pays les plus pauvres du monde. Les concessions minières octroyées aux multinationales sont situées sur les territoires des peuples autochtones. Dans les mines, les conditions de travail sont déplorables. L’exploitation minière devient synonyme d’exploitation humaine. Est-ce le monde solidaire que nous voulons ?

7 : Pour le respect de l’environnement

De Tchernobyl à Fukushima, les accidents nucléaires sont toujours synonymes de catastrophe écologique. De l’extraction de l’uranium à la gestion des déchets, l’industrie nucléaire contamine de manière irréversible la faune et la flore. C’est alors tout l’écosystème qui est contaminé pour des milliers d’années.

8 : Pour les générations futures

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, préoccupation première des mouvements écologistes passés et actuels, développer le nucléaire est une fausse solution. Il est trop lent, trop cher et vulnérable aux phénomènes climatiques extrêmes. Le nucléaire n’est ni une énergie propre, ni une alternative aux énergies fossiles. Les générations futures ne méritent- elles pas que l’on sorte de cette impasse et que nous leur léguions un système énergétique sobre, sûr et résilient ?

ALLEMAGNE: SCHULZE CRITIQUE LA PROLONGATION DU PARC NUCLÉAIRE FRANÇAIS

La ministre fédérale de l’Environnement, Schulze, qualifie l’élimination du nucléaire allemand de “percée historique”. L’énergie nucléaire n’est pas contrôlable, comme le montre l’accident de Fukushima. Elle s’inquiète des réacteurs obsolètes en Europe, notamment en France.

Dix ans après la catastrophe du réacteur à Fukushima, au Japon, la ministre fédérale de l’Environnement Svenja Schulze a souligné le départ de l’Allemagne du nucléaire et a critiqué la France voisine pour sa politique énergétique. Le politicien du SPD a décrit l’extension des temps de fonctionnement de la plus ancienne centrale nucléaire de France comme une mauvaise voie. Bien qu’elle respecte le principe de la souveraineté énergétique nationale, “je suis très préoccupée par le vieillissement des centrales nucléaires en Europe”, a-t-elle déclaré au Passauer Neue Presse.

La présidente de l’Office fédéral de radioprotection (BfS), Inge Paulini, a déclaré au “Tagesspiegel”: “Ce serait mieux s’il n’y avait plus de centrales nucléaires en Europe car c’est plus sûr sans elles.” Fin février, les régulateurs nucléaires français ont ouvert la voie à la poursuite de l’exploitation des plus anciennes centrales nucléaires françaises. Il s’agit de réacteurs mis en service principalement dans les années 1980. Certains d’entre eux ont déjà atteint une durée de vie de 40 ans et devraient désormais pouvoir fonctionner pendant 50 ans.

Fukushima a été la triste preuve que l’énergie nucléaire est incontrôlable même dans un pays de haute technologie comme le Japon”, a averti Schulze à la vue du pire des scénarios le 11 mars 2011. Heureusement, il existe aujourd’hui des alternatives moins chères et plus sûres avec les énergies renouvelables. Schulze a décrit l’élimination du nucléaire allemand à la suite de la catastrophe du réacteur comme une “percée historique à plusieurs égards”.

Auparavant, l’énergie nucléaire avait divisé notre pays pendant des décennies, bloqué la transition énergétique et empêché une solution viable au problème des déchets nucléaires”, a déclaré le ministre. L’élimination du nucléaire en 2011 a apporté la paix sociale et a ouvert la voie à l’énergie éolienne et solaire et au redémarrage conjoint de la recherche d’un stockage. Depuis lors, l’Allemagne a fait d’énormes progrès dans la résolution du problème des déchets nucléaires et est déjà plus loin que de nombreux autres pays dotés de centrales nucléaires.

Les Verts et le SPD mettent en garde contre une renaissance nucléaire

Le patron du BfS, Paulini, voit l’Allemagne comme mieux préparée qu’une leçon de Fukushima. “Le rayon autour des centrales nucléaires, pour lesquelles des mesures de protection d’urgence sont prévues, a été porté à 100 kilomètres. Nous avons également créé des stocks plus importants de comprimés d’iode, les stocks ont été portés à 189,5 millions de comprimés”, a souligné Paulini. Par ailleurs, le centre de situation radiologique a été récemment mis en place, dans lequel tous les acteurs se réunissent en cas d’urgence sous la direction du ministère de l’Environnement.

Les politiciens du SPD et des Verts ont mis en garde contre l’idée de réintégrer le nucléaire. Il a observé de telles tendances de «renaissance» surtout dans les rangs de l’Union, a déclaré l’ex-leader vert Cem Özdemir. “Faire reculer l’élimination du nucléaire nuit à la protection du climat et à son remplacement, car cela entrave l’expansion des énergies renouvelables”, a averti Özdemir. Le vice-président du groupe parlementaire du SPD, Matthias Miersch, a également déclaré que l’anniversaire de Fukushima devrait être un avertissement à tous les politiciens que “l’énergie nucléaire n’a pas d’avenir”.

Le Premier ministre du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann, devenu chef du gouvernement peu de temps après l’accident du réacteur, a souligné que la catastrophe était un “choc profond”. Le politicien vert a admis que la transition énergétique en Allemagne avait été coûteuse et que les prix de l’électricité avaient également augmenté. Kretschmann veut inverser cette tendance en cas de participation de son parti au gouvernement fédéral. “Nous allons certainement, si nous gagnons les élections fédérales, développer des modèles pour réduire davantage les prix de l’électricité”, a déclaré le politicien vert. Il a appelé la suppression de la taxe sur l’électricité et l’abaissement de la surtaxe EEG comme des vis de réglage.

Par Charles Foucault   publié le 01/04/2021

https://yourtopia.fr/lenergie-nucleaire-est-incontrolable-schulze-reprimande-lextension-de-la-centrale-nucleaire-francaise-n-tv-news/

NUCLÉAIRE: L’IRAN INSTALLE DE NOUVELLES MACHINES AVANCÉES DANS L’USINE D’ENRICHISSEMENT DE NATANZ

« L’Iran a commencé à introduire de l’UF6 naturel dans une quatrième cascade de 174 centrifugeuses IR-2m« 

L’Iran a commencé à enrichir de l’uranium avec une nouvelle centrifugeuse avancée IR-2m, située dans l’usine nucléaire souterraine de Natanz, a rapporté Reuters jeudi.

L’accord ne permet à l’Iran de s’enrichir qu’avec des centrifugeuses IR-1 de première génération relativement désuètes à l’usine souterraine d’enrichissement de carburant (FEP) de Natanz, une installation d’enrichissement à l’échelle commerciale. L’année dernière, Téhéran a commencé à y ajouter des centrifugeuses plus avancées capables d’enrichir beaucoup plus rapidement que l’IR-1.

Par i24NEWS, publié le 01 avril 2021 à 17h21

Photo en titre : AFP PHOTO / HO / ATOMIC ENERGY ORGANIZATION OF IRANNatanz

https://www.i24news.tv/fr/actu/international/moyen-orient/1617289701-nucleaire-l-iran-installe-de-nouvelles-machines-avancees-dans-l-usine-d-enrichissement-de-natanz

CE QUE TCHERNOBYL NOUS APPREND DE NOTRE AVENIR

Dans un livre trépidant nourri d’archives inédites et soutenu par des enquêtes de terrain, l’historienne et professeure au MIT Kate Brown décortique la stratégie mise en place pour minimiser le bilan de la catastrophe nucléaire de 1986 et éviter les études des effets à long terme sur les populations civiles. 

Dites « catastrophe nucléaire » à un interlocuteur. Il évoquera sûrement les deux bombes H larguées sur Nagasaki et Hiroshima en 1945. Ou bien les accidents à Tchernobyl, le 26 avril 1986, et à Fukushima, le 11 mars 2011 à la suite d’un tsunami consécutif à un tremblement de terre. Deux centrales dont les noms sont associés à jamais aux désastres que peut provoquer l’atome et qui ont profondément marqué notre imaginaire.

Dans tous les cas, ce que l’on a surtout retenu, ce sont les victimes immédiates. Dans le premier, des dizaines de milliers de personnes, dans leur grande majorité des civils – jusqu’à plus de 250 000 pour le bilan le plus lourd.

Quant à Tchernobyl et Fukushima, les chiffres donnés par les agences onusiennes sont toujours extrêmement bas. Ainsi pour Tchernobyl, il est officiellement de 31 à 54 décès

Mais, à la lecture du livre de Kate Brown Manual for Survival. A Chernobyl Guide to the Future, dont la version française est publiée ce mercredi 31 mars sous le titre Tchernobyl par la preuve (Actes Sud), l’on comprend que,

. Primo, le véritable bilan ne sera jamais connu – elle donne une fourchette comprise entre 35 000 et 150 000 décès.

. Et, secundo, qu’il n’y a eu aucune volonté – ni des autorités soviétiques, ni des Occidentaux, ni des agences onusiennes – à la fois d’en établir un et de s’intéresser aux effets sanitaires à long terme sur les populations civiles. Leur objectif était de minimiser la situation et de tout faire pour éviter que l’on s’intéresse aux impacts réels des radiations. Pour l’industrie nucléaire liée au complexe militaro-industriel, les enjeux étaient beaucoup trop élevés.

Katia Brown n’est pas une militante antinucléaire. Historienne, spécialiste d’histoire environnementale, professeur de sciences, technologie et société au Massachusetts Institute of Technology (MIT), elle s’est intéressée à l’accident de Tchernobyl, explique-t-elle à Mediapart, à la suite de son précédent ouvrage Plutopia : Nuclear Families, Atomic Cities, and the Great Soviet and American Plutonium Disasters (« Plutopia : familles nucléaires, villes atomiques, et les désastres du plutonium soviétique et américain », non traduit).

 Elle y racontait l’utopie du plutonium – et les conséquences sur la santé de ceux qui travaillaient dans l’industrie nucléaire et des habitants alentour. Le tout à travers le destin de deux villes, l’une américaine, l’autre soviétique. Ces deux cités étaient entourées du plus grand secret – militaire –, car, en pleine guerre froide, elles étaient dédiées à la production de plutonium, nécessaires à la fabrication des bombes atomiques.

« Un désastre délibéré », dit Kate Brown à Mediapart, en évoquant les radiations libérées dans ces régions qui ont été considérées comme un prix à payer. La chercheuse s’est ensuite intéressée à l’impact sanitaire sur les populations habitant autour de ces centrales au plutonium, en particulier les agriculteurs. Que ce soit en URSS ou aux États-Unis, ils souffraient des mêmes maladies. Mais on leur opposait les avis de médecins selon lesquels tout allait bien…

Pour tenter de percer ce mur de mensonges, Kate Brown s’est rendue en Ukraine et en Biélorussie, dans les régions touchées par la catastrophe de Tchernobyl. Elle a accédé à des archives inédites, effectué des enquêtes de terrain. C’est ce qui rend son livre passionnant et unique : ce mélange entre des faits tirés des documents d’époque et les descriptions de ses visites et rencontres sur place. Elle croise des habitants, des scientifiques, des médecins. Ceux qui ont tenté d’alerter le monde sur l’effet de la catastrophe pour les êtres humains, mais aussi pour la faune et la flore. Et ceux qui ont tout fait pour minimiser l’étendue du désastre. Parmi ces derniers, on trouve… les agences onusiennes.

Sous cet angle, l’ouvrage est aussi particulièrement terrifiant : on prend conscience que ces dernières ne sont pas là pour assurer la protection des populations mais pour préserver l’industrie nucléaire. « Ce sont des agences politiques », souligne Kate Brown. Qu’il s’agisse de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ou de son « acolyte » l’UNSCEAR (le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants), « ils sont sortis triomphants de ce bourbier de Tchernobyl », écrit-elle. « Longtemps, ils ont recommandé de ne rien faire parce que, selon eux, les seuls problèmes identifiés étaient la peur et l’ignorance. »

On retrouvera à l’occasion de l’accident de Fukushima les mêmes manœuvres de la part de ces agences onusiennes : la professeure au MIT montre que leurs administrateurs scientifiques déploient tout un « arsenal tactique » « afin de faire disparaître les rapports qui décrivaient les multiples problèmes sanitaires dans les régions touchées par la catastrophe ». « Ils ont utilisé des outils très variés, déjà éprouvés lors des controverses sur le plomb, le tabac ou les produits chimiques toxiques : classifier les données, limiter la portée des questions, faire de l’obstruction pendant les enquêtes, ne pas financer certaines études, voire susciter des études rivales, assimiler les dangers à des risques, concevoir des protocoles de recherche destinés à ne déceler que des effets catastrophiques, extrapoler et faire des estimations pour produire des chiffres qui dissimulent la marge d’erreur ou d’incertitude, calomnier en sous-main et menacer les chercheurs qui ne sont pas dans la ligne, enfin contester les faits connus afin de contraindre les chercheurs à poursuivre de vaines investigations aussi coûteuses que redondantes. »

Des pratiques déjà éprouvées aux États-Unis. 

Car Tchernobyl n’est pas un accident, relève l’autrice, mais « l’expression d’une accélération, un point d’orgue spectaculaire dans une séquence de contaminations qui a transformé les paysages, les corps et la politique » tant dans des pays occidentaux comme les États-Unis ou la France, qu’en Union soviétique. Les populations civiles y avaient été victimes des essais en plein air effectués par les armées (lire ici l’enquête de Disclose sur l’héritage empoisonné des essais nucléaires français en Polynésie), mais il fallait tout faire pour éviter les éventuelles plaintes en justice et donc des recherches réelles sur l’effet des radiations sur le long terme.

Bref, ce que raconte surtout l’ouvrage, c’est que nous n’avons pas tiré toutes les leçons de Tchernobyl. On le voit bien avec Fukushima, où se reproduisent les mêmes mécanismes de minimisation des radiations sur le long terme.

« Malheureusement, nous n’intégrons pas les leçons de Tchernobyl. Nous commettons les mêmes erreurs encore et encore et Fukushima est cette erreur qui se répète », nous dit Kate Brown lorsque nous l’interrogeons par Skype. Or, au moment où certains plaident pour le renforcement de l’énergie nucléaire comme solution au réchauffement climatique, il est plus que jamais nécessaire de faire la lumière sur l’impact des radiations et de chercher la vérité. Ce livre y contribue puissamment.

Par François Bougon, publié le 31 mars 2021

https://www.mediapart.fr/journal/international/310321/ce-que-tchernobyl-nous-apprend-de-notre-avenir

 

NIGER : FERMETURE DE LA MINE D’URANIUM COMINAK, UNE POLLUTION RADIOACTIVE A LONG TERME

Hier le31 mars 2021, la mine d’uranium exploitée par la COMINAK, filiale d’ORANO à Arlit au Niger, a cessé son activité. La CRIIRAD et son partenaire nigérien l’ONG AGHIRIN’MAN dénoncent les impacts sanitaires, sociaux et environnementaux qui en découlent.

Nous attirons notamment l’attention sur l’insuffisance du programme d’accompagnement mis en place pour les 800 sous-traitants qui prouve le peu de considération dont la COMINAK fait preuve à l’égard de ces personnes et de leurs familles.

Plus d’informations ici.

Nous nous inquiétons également du manque de transparence concernant la pollution radioactive à long terme. L’exploitation au Niger des usines d’extraction de l’uranium de SOMAÏR et de COMINAK a en effet généré plusieurs dizaines de millions de tonnes de résidus radioactifs. Or, dans son rapport Environnemental Social et Sociétal (RESS) 2018-2019, la COMINAK ne mentionne aucun plan de gestion et de confinement de ces déchets radioactifs.

Ces derniers actuellement entreposés à l’air libre à quelques kilomètres d’Arlit, produisent continuellement du radon, un gaz radioactif, et les puissants vents du désert dispersent les fines poussières contenant des métaux lourds radioactifs. Certains sont hautement radiotoxiques par inhalation, les habitants de l’agglomération d’Arlit et de sa région sont donc confrontés à un risque de contamination.

Ces populations sont par ailleurs quotidiennement exposées à la radioactivité du fait de la pollution de l’air, de l’eau et de la présence de matériaux contaminés sur les marchés ou dans les habitations, comme par exemple les ferrailles radioactives détectées en 2020 à Arlit.

Information reçue de la CRIIRAD le 1er avril 2021

Photo en titre : Terril de résidus radioactifs de de la COMINAK à l’air libre

https://www.criirad.org/

AGENCE POUR LA RÉHABILITATION DES SITES D’ESSAIS NUCLÉAIRES DE LA FRANCE COLONIALE EN ALGÉRIE

Le gouvernement a achevé la rédaction du projet de loi sur l’Agence nationale pour la réhabilitation, l’organisation et le fonctionnement des anciens sites d’essais nucléaires français dans le sud du pays, une étape qui renouvelle le discours sur les expériences que la France coloniale a menées dans le Sahara algérien, car leurs répercussions catastrophiques ont persisté jusqu’à aujourd’hui.

Le ministre de l’énergie et des mines, Mohamed Arkab, lors d’un conseil des ministres prévu, qui sera présidé par le Premier ministre Abdelaziz Djerad, exposera un projet de décret exécutif qui comprend la création, l’organisation et le fonctionnement de l’Agence nationale pour la réhabilitation des anciens sites d’expérimentations nucléaires françaises dans le sud algérien, selon la formule initiale de cette nouvelle structure, la mission de l’agence étant censée être « purement technique ».

La nouvelle initiative du gouvernement de créer cette agence a coïncidé avec l’escalade de la polémique autour du rapport rédigé par l’historien Benjamin Stora, sur la mémoire, qui a négligé le dossier des essais nucléaires effectués par la France coloniale dans le Sahara algérien, ce qui a amené le directeur de l’Observatoire de l’armement en France, Patrice Bouveret, à regretter de ne pas voir Stora mentionner dans son rapport « la grande importance » des conséquences sanitaires effroyables pour les habitants de Reggane et de Tamanrasset, victimes des essais nucléaires français.

« Nous regrettons que les effets des 17 essais nucléaires effectués par la France pendant la guerre de libération algérienne et les cinq premières années de l’indépendance n’aient pas reçu plus d’importance, Benjamin Stora n’ayant traité que de la question des déchets nucléaires laissés par la France », a déclaré Patrice Bouveret dans une déclaration à l’agence de presse algérienne APS.

L’Algérie a renouvelé sa demande à la France de payer une compensation pour ses essais nucléaires désastreux. Cette question fait partie des crimes commis par le colonialisme français et constitue l’un des dossiers les plus sensibles de ce que l’on appelle la « douleur de la mémoire » partagée entre les deux pays.

Auparavant, le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, avait déclaré, à l’occasion du 61ème anniversaire de la réalisation des 17 premiers essais nucléaires au Sahara : « En ce jour de 1960, la France coloniale a réalisé la première explosion nucléaire dans la région de Reggane avec une force de 70 kilotonnes, ce qui équivaut à trois à quatre fois la charge de la bombe d’Hiroshima. Cette explosion a eu des répercussions radiologiques catastrophiques, avec des dommages indicibles pour la population locale et l’environnement qui perdurent encore aujourd’hui ».

Il a ajouté, à cet égard, « que ces conséquences sanitaires ne peuvent être considérées comme un problème dont la gestion incombe aux seuls services de santé algériens, car la préoccupation réside principalement dans la mise en œuvre des nombreuses recommandations énumérées dans le rapport Stora ».

Bien qu’en mai 2009, le Parlement français ait adopté une loi portant le nom du ministre de la Défense de l’époque, Hervé Morin, concernant l’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Algérie et dans la région de la Polynésie dans l’océan Pacifique, et qu’un budget de 10 millions d’euros ait été alloué en 2009 pour indemniser les victimes, ce montant a été considéré par les associations de défense des victimes comme « modeste » compte tenu du grand nombre de personnes touchées.

Par admin, publié le 31 mars 2021

http://moroccomail.fr/2021/03/31/agence-pour-la-rehabilitation-des-sites-dessais-nucleaires-de-la-france-coloniale-en-algerie/

TAXONOMIE EUROPÉENNE : UN RAPPORT BIAISÉ FAVORABLE À L’INCLUSION DU NUCLÉAIRE

Une analyse conduite par Greenpeace France et Greenpeace UE montre que le service scientifique de la Commission européenne, le Joint Research Center (JRC), dont l’avis sur l’impact environnemental et sanitaire du nucléaire a été dévoilé vendredi, est financé via Euratom et proche de l’industrie nucléaire. Dès lors, son positionnement en faveur de l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie « verte » ne peut pas être considéré comme objectif. Greenpeace demande à la Commission européenne une nouvelle évaluation, réellement indépendante, conduite par une structure neutre.

En mars 2020, le groupe d’experts techniques sur la finance durable (TEG) mis sur pied par la Commission européenne avait recommandé l’exclusion du nucléaire de la taxonomie verte, la classification européenne des activités économiques bas-carbone ou de transition destinée à orienter les investissements. Après un intense lobbying d’acteurs pro-nucléaires, la Commission européenne a chargé le JRC d’évaluer l’absence d’impact environnemental significatif du nucléaire, ouvrant la voie à un retour du secteur dans la liste des activités jugées durables par l’Union européenne.

Or, les liens structurels du JRC avec le traité Euratom, ses relations avec l’industrie nucléaire et les opinions exprimées publiquement par les membres du JRC sur l’énergie nucléaire remettent en cause la capacité du JRC à mener une évaluation objective du caractère durable de l’énergie nucléaire. La Commission européenne aurait dû confier cette étude à une structure impartiale et inclure la société civile.

Pour Denis Voisin, responsable de la campagne Transition énergétique de Greenpeace France, « la Commission européenne ne doit pas permettre qu’une industrie obsolète et loin d’être verte engloutisse des financements qui devraient être mis au service de mesures climatiques efficaces, comme la rénovation énergétique des logements. L’industrie nucléaire est dans une quête éperdue de financements, alors que les investisseurs se risquent de moins en moins à miser sur une technologie chère, défectueuse, avec des délais de construction à rallonge. ».

Le rapport du JRC, qui a fuité vendredi 26 mars, témoigne d’une approche biaisée par ses positions ouvertement favorables à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Au fil des 387 pages de son évaluation, le JRC fait reposer son analyse sur un certain nombre d’hypothèses en contradiction avec la réalité : sur les coûts et délais de construction de nouvelles centrales nucléaires, le soi-disant “recyclage” des déchets nucléaires [1], la faisabilité et l’impact du stockage des déchets hautement radioactifs en couche géologique profonde ou encore le niveau de risques associés à cette technologie compte tenu des graves problèmes de conformité de la filière.

Le JRC reste très discret sur la réalité d’un parc nucléaire français qui ne sera pas aux normes post Fukushima avant 2039 ou des graves problèmes du chantier de l’EPR Flamanville révélateurs d’une certaine faillite des autorités de contrôle ? « Le JRC contribue à diffuser une vision de l’énergie nucléaire déconnectée de la réalité du risque et de la réalité industrielle. Le changement climatique, ce n’est pas théorique, ce n’est pas un pari, il faut des résultats avant 2030 et le nouveau nucléaire est une impasse. », conclut Denis Voisin.  

Note aux rédactions 

[1] Aujourd’hui, moins de 1 % du combustible usé et moins 2 % des autres matières soi-disant valorisables sont réellement utilisés.

Publié le 31 mars 2021

https://www.greenpeace.fr/espace-presse/taxonomie-europeenne-un-rapport-biaise-favorable-a-linclusion-du-nucleaire/

APRÈS SEIZE ANS DE TRAVAUX, LE BOUT DU TUNNEL POUR L’EPR FINLANDAIS ?

Un long calvaire pour Areva. 

Lorsque le chantier de la centrale nucléaire d’Olkiluoto a été lancé en 2005, ce devait être la tête de pont de l’EPR français, un réacteur présenté comme révolutionnaire par Areva.

Ce réacteur de troisième génération était censé entrer en service en 2009 et la présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, se félicitait de la «renaissance du nucléaire» grâce au «meilleur de la technologie européenne», Areva étant alors associée à l’Allemand Siemens. Olkiluoto devait également aider le groupe à décrocher d’importants contrats aux États-Unis et en Chine.

Seize ans plus tard, avec douze ans de retard sur le calendrier et une facture trois fois supérieure au contrat initial (3,2 milliards d’euros), le combustible vient enfin d’être chargé dans le réacteur n°3, ce qui va permettre le démarrage de la centrale –après une phase d’essais de quelques mois.

C’est la fin d’un énorme fiasco industriel et financier. Le chantier n’a cessé d’accumuler les déboires techniques: dalle de béton trop poreuse, microfissures sur les tuyaux, soudures défectueuses, fuite au niveau des vannes…

Les affaires s’enveniment entre l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection finlandaise (STUK) et Areva, la première accusant la seconde d’incompétence technique tandis qu’Areva se plaint de lenteurs administratives, réclamant 3,52 milliards d’euros de compensation à l’opérateur TVO.

En retour, TVO exige 2,6 milliards d’euros pour le retard du chantier. Les pénalités devraient finalement s’élever à 400 millions d’euros pour Areva, indiquent Les Échos.

Péril en la demeure

Cette affaire a mis en péril toute l’entreprise. Areva, rebaptisée Orano, s’est débarrassée de ses dettes colossales en se mettant sous une holding nommée Areva SA, servant de structure de défaillance et chargée uniquement de l’achèvement des travaux d’Olkiluoto.

En décembre 2020, l’État français a une nouvelle fois dû venir à sa rescousse en validant l’injection de 600 millions d’euros au capital d’Orano. Une mesure d’urgence absolue, la cessation de paiement menaçant d’intervenir dès avril 2021 selon Le Canard enchaîné.

Mais cela sera loin d’être suffisant. «Outre les pénalités, le chantier coûte encore une trentaine de millions par mois à Areva et le groupe fait face à d’importantes échéances sur sa dette bancaire l’an prochain», alertent Les Échos.

L’introduction en bourse d’Orano, dont Areva détient 40%, aurait pu permettre de renflouer les comptes, mais l’État semble réticent. «Orano, ce n’est pas la FDJ. C’est vraiment une activité risquée. L’État a autre chose à faire», ironise ainsi une source citée par BFMTV.

La mise en service en 2022 d’Olkiluoto constitue cependant un petit espoir pour l’EPR de Flamanville, dans la Manche, lui aussi englué dans les retards et les hausses de coût vertigineuses (de 3,3 milliards à 12,4 milliards d’euros).

Deux EPR sont entrés en service à Taishan, en Chine, et deux autres sont en construction à Hinkley Point, en Angleterre. Un bien maigre bilan pour un réacteur présenté comme la technologie du futur il y a 25 ans.

Repéré par Céline Deluzarche sur Les Échos, publié le 31/03/2021 à 7h08

Photo en titre : Chère, très chère centrale. | Martti Kainulainen / Lehtikuva / AFP

https://korii.slate.fr/tech/nucleaire-epr-finlandais-olkiluoto-areva-demarrage-16-ans-travaux-calvaire-cout

NIGER: FERMETURE D’UNE DES PLUS GRANDES MINES D’URANIUM

L’une des plus grandes mines souterraines d’uranium au monde ferme ses portes. La Compagnie minière d’Akouta (Cominak), filiale d’Orano Cycle (multinationale française, ex-Areva), qui exploitait depuis 1978 des gisements d’uranium dans la province d’Agadez, au nord du Niger, arrête sa production ce mercredi 31 mars. Une fermeture réalisée dans des conditions non satisfaisantes pour les ONG qui dénoncent, au-delà du coût social, un lourd héritage qui aura des conséquences sanitaires et environnementales.

L’uranium, c’est le combustible des centrales nucléaires. Car la fission de l’uranium produit une très grande quantité d’énergie qui permet de faire tourner les turbo-alternateurs des centrales nucléaires et donc de produire de l’électricité. Un minerai très recherché par les pays qui se sont dotés de centrales électronucléaires et en particulier par la France qui dispose d’un important parc nucléaire avec 56 réacteurs en exploitation. Or, le Niger possède d’importants gisements d’uranium, c’est la principale richesse minière du pays. Mais ce secteur, qui représentait 60% des recettes d’exportation en 2010, est aujourd’hui en difficulté. Les mines seraient moins rentables depuis la chute des cours de l’uranium à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), qui fut jusqu’à ce jour la deuxième plus grosse exploitation d’uranium du Niger, ferme.

L’exploitation de l’uranium au Niger

C’est dans la province d’Agadez, au nord du pays que s’est développée l’exploitation de l’uranium au Niger, sur des territoires où vivaient des populations touarègues. Une histoire industrielle qui va donner lieu à la création de plusieurs sites miniers en plein désert et à la création d’une ville, « Arlit », pour y loger les travailleurs. La ville minière compte aujourd’hui plus de 100 000 habitants.

À l’origine de la première mine d’uranium, toujours en exploitation, créée en 1968, est la mine à ciel ouvert d’Arlit, exploitée par la société des mines de l’Aïr (Somaïr), détenue à l’origine à 69% par la société française Areva (aujourd’hui Orano Cycle) et à 31% par l’Office national des ressources minières du Niger. En 1974, au sud d’Arlit est créée l’une des plus grandes mines souterraines d’uranium du monde, dotée d’une usine de retraitement du minerai, la Compagnie minière d’Akouta (Cominak) dont les actionnaires sont Orano Cycle (34% – français), SOPAMIN (31% – nigérien), OURD (25% – japonais), Enusa (10% – espagnol). La Cominak a décidé, il y a un an, d’arrêter son activité en invoquant l’épuisement du site.

Cette histoire minière est donc fortement liée à la France, en grande demande d’uranium pour alimenter son parc nucléaire, qui a fait du Niger sa principale source d’approvisionnement mais qui, depuis, s’est diversifiée en important de l’uranium du Canada, du Kazakhstan et de Mongolie, tout en continuant à explorer de nouveaux sites à travers le monde. Cette quête de nouveaux gisements concerne également le Niger où il pourrait être question de relancer notamment l’immense gisement d’Imouraren dont l’entrée en production a été gelée en 2014 et qui devait être exploitée par Imouraren SA, également filiale d’Orano Cycle. Un site qui aurait pu produire, d’après Areva, 5 000 tonnes d’uranium métal par an pendant trente-cinq ans et qui aurait fait du Niger le deuxième producteur mondial d’uranium.

En 2007, à la suite d’un effondrement des cours de l’uranium, Areva perd sa position de monopole et l’État nigérien reçoit des demandes de permis de sociétés nord-américaines, australiennes, asiatiques et sud-africaines. En 2008, 139 permis de recherche et d’exploitation seront vendus en moins d’un an. Dans ce contexte, en 2007, un autre gisement voit le jour, la mine d’Azélik, exploité par la Somina, une coentreprise de l’État nigérien et de China Nuclear International Uranium Corporation, filiale de CNNC (la compagnie nucléaire nationale chinoise). Dans la région, un autre projet canadien d’ouverture de mine à récemment fait l’objet d’une inauguration, mais seules les mines exploitées par la Somaïr et par la Somina sont dorénavant en phase de production.

L’une des plus grandes mines souterraines d’uranium du monde

La mine de la Cominak, créée en 1974 et mise en exploitation en 1978, aura produit 75 000 tonnes d’uranium jusqu’en 2021. Soit plus d’un tiers de la production moyenne du Niger, qui est de 3 000 tonnes par an, répartie en 1 100 tonnes pour la Cominak et 1 900 tonnes pour la Somaïr. La production globale d’Orano sur l’année étant de l’ordre de 7 300 tonnes. Contrairement à la Somaïr qui est en plein air, la mine de la Cominak a été l’une des plus grandes mines souterraines d’uranium du monde avec plus de 200 km de galeries exploitées à 250 mètres de profondeur où ont travaillé 600 employés et 700 sous-traitants. Mais la décision a été prise de fermer définitivement cette exploitation car, comme l’explique Gilles Recoche, le directeur engagement, responsabilité et communication d’Orano, « l’exploitation s’arrête, car clairement les ressources sont épuisées. Bien sûr, il y a toujours de l’uranium en terre, mais encore faut-il qu’il soit exploitable, rentable et qu’il puisse permettre de payer des gens… On a commencé les réflexions sur le réaménagement du site en 2002. À la suite de cela, des décisions ont été prises à l’unanimité par le conseil d’administration en 2019 et l’arrêt de fermeture a été validé le 15 octobre 2020. »

La mine a réalisé son dernier tir le 25 mars et arrête l’exploitation de son site le 31 mars, mais la société Cominak va continuer à exister au moins une quinzaine d’années pour gérer son démantèlement et la mise en sécurité du site, conformément aux engagements pris avec les autorités nigériennes et aux normes internationales requises pour ce type d’exploitation, selon Gilles Recoche, qui précise : « Maintenant, on va entrer dans la phase de réaménagement du site qui va durer dix ans, qui sera suivi pendant cinq ans au moins d’un monitoring environnemental de ces travaux. C’est une phase importante pour nous. Bien gérer la fermeture et le réaménagement d’une mine aujourd’hui, c’est pour nous essentiel. »

Arlit est en deuil !

Dans les rues d’Arlit, l’annonce de la fermeture de l’exploitation est un choc pour une bonne partie de la population d’autant que la Cominak, qui a pris grand soin de ses 600 employés, refuse de verser des indemnités et un suivi médical à long terme aux 700 sous-traitants qui ont travaillé aussi dans la mine. Pour Almoustapha Alhacen, le président de l’ONG AGHIRIN’MAN, l’arrêt de l’activité de la Cominak est une catastrophe. « Arlit est en deuil. Pour nous, cette fermeture ne s’explique pas. Dire que c’est la fin du gisement est faux : il n’y a aucune étude qui le prouve et nous avons le problème de ces 700 travailleurs [sous-traitants] qui ont travaillé dans les mêmes conditions, qui ont été exposés aux mêmes dangers de rayonnement que leurs collègues pendant au moins 20 ans et qui ne toucheront pas de prime de licenciement économique. Pour nous, rien ne justifie la fermeture de cette mine, la main-d’œuvre est là et elle veut travailler. On a besoin de l’énergie et l’uranium est là. En moyenne chez nous, chacun a deux femmes et huit enfants et mettre ce monde sans ressource sans lui laisser le temps de préparer son avenir, c’est de l’insouciance et de l’irresponsabilité. On ne peut pas agir uniquement en fonction de l’argent, c’est cela que nous condamnons », notant avec humour et consternation que « la Cominak a organisé une fête avec méchoui et coupure de ruban pour la fermeture. Il n’y a qu’à Arlit que l’on peut voir cela. On peut se demander si ce n’est pas un effet de la radioactivité… »

Par derrière la question sociale, il y a la menace sanitaire et environnementale de la radioactivité. L’uranium est un métal radioactif qui a une période physique de 4,5 milliards d’années, c’est-à-dire que sa radioactivité n’est divisée par deux qu’au bout de 4,5 milliards d’années. Donc sa durée de vie est excessivement longue et les produits radioactifs associés à l’uranium sont pour certains très radiotoxique par inhalation et d’autres par ingestion. Or, quand on extrait de l’uranium, on remonte à la surface du sol une vingtaine de produits radioactifs différents qui vont se retrouver ensuite dans l’air, dans les eaux, dans la chaîne alimentaire, dans les sols et qui vont créer une pollution à très long terme.

Pour Bruno Chareyron, le responsable du laboratoire de la Criirad (La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), « l’uranium et certain de ses descendants radioactifs émettent des radiations que l’on appelle les rayonnements gamma, qui sont des radiations invisibles, extrêmement puissantes qui peuvent traverser le plomb et les murs. Par conséquent, les mineurs de l’uranium sont exposés en permanence à cette radiation dont on ne peut pas se protéger car même des vêtements en plomb n’arrêteraient pas ces radiations. Alors si ces matériaux sont répandus pour faire des pistes et des routes ou encore pire dans des maisons [comme cela fut révélé à Arlit par des ONG il y a plusieurs années, NDLR], cela veut dire que les habitants de ces lieux vont être exposés à ces radiations invisibles. »

Ce risque de contamination touche particulièrement les personnels, comme le commente Bruno Chareyron. « Le suivi des travailleurs de l’uranium français montre un taux de décès par cancer du poumon 40 % au-dessus de la normale et un taux de décès par cancer du rein 90 % au-dessus de la normale. C’est pour cela que le suivi des mineurs du Niger est un enjeu très important parce que les pathologies apparaissent souvent au bout de quelques années et parfois après quelques décennies, d’où la nécessité de les suivre, de la mise en place de diagnostics, de soins et d’indemnisation sur du très long terme. Que Cominak ferme sans qu’il y ait un véritable plan de suivi des sous-traitants en particulier, ce n’est pas une attitude responsable de la part d’un grand industriel filiale d’Orano»

L’héritage empoisonné

L’autre énorme sujet d’inquiétude, c’est la gestion des millions de tonnes de résidus radioactifs qu’ont produit l’entreprise et l’usine Cominak et qui sont aujourd’hui à l’air libre. Ces poussières et ces gaz radioactifs se dispersent facilement et atteignent l’environnement de l’agglomération urbaine d’Akokan Arlit. La mise en place d’importantes solutions à long terme pour sécuriser et confiner ces déchets radioactifs sera le principal enjeu de la Cominak pour les années à venir.

Pendant des décennies, des ferrailles contaminées ont été vendues sur des marchés et se sont parfois retrouvées à l’intérieur de maisons parfois pour faire des murs. La Cominak est aussi attendue sur l’identification et la décontamination de ces maisons, sans parler de l’accès à l’eau potable et à l’électricité qui risque de se compliquer une fois que l’entreprise sera partie.

La fermeture d’une mine est toujours une affaire difficile, une mine d’uranium l’est encore plus. Orano à travers sa filiale Orano Cycle Niger qui gère la Cominak s’est engagé à être exemplaire et joue son image. La population d’Arlit attend des réponses concrètes et s’inquiète face à l’immensité du défi.

Par RFI, publié le mercredi 31 Mars 2021 à 09h27

https://www.pressafrik.com/Niger-fermeture-d-une-des-plus-grandes-mines-d-uranium_a229943.html

PRAGUE IGNORE LES AVERTISSEMENTS DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT CONCERNANT ROSATOM

Démission du commissaire tchèque au nucléaire sur fond de conflit avec Rosatom. Le ministre tchèque de l’Industrie, du Commerce et des Transports, Karel Havlíček, a démis de ses fonctions le commissaire du gouvernement pour l’énergie nucléaire, Jaroslav Míl. Ce dernier avait critiqué le ministre pour avoir invité la société russe Rosatom à participer à un appel d’offres dans le cadre de la construction d’une nouvelle unité de la centrale nucléaire de Dukovany, et ce contre les mises en garde des services de renseignement. (Aneta Zacová, Euractiv République tchèque)

Par Réseau EURACTIV, publié le 31 mars 2021 à 8h49

https://www.euractiv.fr/section/lactu-en-capitales/news/prague-ignore-les-avertissements-des-services-de-renseignement-concernant-rosatom/

KIM JONG-UN SE PRÉPARE À LANCER UN SOUS-MARIN NUCLÉAIRE CAPABLE DE FRAPPER N’IMPORTE OÙ DANS LE MONDE, SELON DES IMAGES SATELLITE

KIM Jong-un est prêt à lancer un sous-marin capable de frapper n’importe où dans le monde avec des missiles nucléaires, suggèrent des images satellites.

Des images fraîches du chantier naval Sinpho Sud de la Corée du Nord indiquent que la cale sèche flottante a récemment été repositionnée le long du quai de lancement des sous-marins du hall de construction.

Selon une analyse d’experts du think-tank Stimson Center, publiée sur 38 nord, il suggère que le nouveau sous-marin de missiles balistiques – qui est en construction depuis plusieurs années – pourrait « être en voie d’achèvement ou prêt à être déployé et lancé dans un proche avenir ».

L’article ajoute: « Alternativement, la cale sèche peut être là pour l’ajustement de l’alignement des rails avec ceux du quai, car aucun sous-marin n’est connu pour avoir été lancé à partir de cet endroit pour le moment. »

Selon les analystes, un autre signe que le navire est peut-être prêt à lancer est que Kim Jong-un a visité le hall de construction en juillet 2019 pour inspecter un sous-marin en cours de modification pour accueillir des tubes de lancement de missiles.

La rénovation du hall de construction et du quai a été achevée en 2016, avec la cale sèche ramenée sur le site à ce moment-là – censée être pour des tests d’alignement.

Il n’y a eu aucune preuve de lancement d’un navire à partir de là depuis, mais des changements récents indiquent que le dirigeant nord-coréen pourrait se préparer à lancer un sous-nucléaire.

Une série d’essais a déjà été réalisée, y compris à partir de barges immergées.

Le sous-marin de 2 720 tonnes en cours de construction est censé être conçu pour transporter trois missiles balistiques.

Les analystes estiment que la présence d’une cale sèche flottante à son emplacement actuel suggère une préparation pour déplacer le sous-marin du hall de construction dans l’eau.

Les services de renseignement américains et sud-coréens «surveillent de près» les développements au chantier naval.

Mais aux termes des résolutions des Nations Unies, la Corée du Nord est interdite de tirer des missiles balistiques.

Cela vient après que des images effrayantes aient montré des généraux nord-coréens en train de rire alors que Kim Jong-un soulevait l’enfer avec un missile de croisière.

La semaine dernière, l’État voyou a tiré deux roquettes balistiques à courte portée dans la mer du Japon lors d’un test d’armes terrifiant.

Des photos ont émergé des généraux du tyran applaudissant et riant du test réussi.

Les images montrent que les missiles étaient des missiles de croisière basés à terre, censés être capables de transporter des ogives nucléaires.

Selon l’agence de presse Yonhap, les roquettes ont volé à environ 280 miles avec une altitude de 37 m, ont indiqué des responsables.

Cela s’est produit après que le régime de Kim a tiré un autre missile à courte portée dimanche dernier.

Le dictateur Kim n’avait pas lancé de missiles depuis avril de l’année dernière et les nouveaux tests seraient une réaction aux exercices militaires conjoints menés par les États-Unis et la Corée du Sud ce mois-ci.

Plus tôt ce mois-ci, il a été rapporté que le royaume ermite se préparait à effectuer son « premier essai d’armes nucléaires » depuis que Joe Biden a pris ses fonctions.

Des responsables américains auraient été en état d’alerte après que des exercices militaires simulés et réduits ont été menés par les États-Unis et Corée du Sud (signalé la semaine dernière par CNN).

La pandémie de Covid avait auparavant limité ces exercices militaires conjoints à des simulations informatiques.

La maison Blanche a déclaré que la Corée du Nord avait évité de s’engager dans des pourparlers avec les États-Unis depuis la prise de fonction de Biden le 20 janvier.

Le dictateur Kim a eu trois sommets avec Trump et a échangé un certain nombre de lettres, mais n’a pas réussi à arrêter de développer des ogives et des missiles balistiques.

Par Merlin Charpie (dans News), publié le 29 mars 2021

https://news-24.fr/kim-jong-un-se-prepare-a-lancer-un-missile-sous-nucleaire-capable-de-frapper-nimporte-ou-dans-le-monde-selon-des-images-satellite/

IL FAUT PARLER DE LA PLACE DU NUCLÉAIRE EN FRANCE

Depuis la catastrophe de Fukushima, la cause semble entendue: le nucléaire n’a pas d’avenir. Pourtant, est-on sûr de ne pas en avoir besoin pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre?

Les statistiques sont claires: le nombre de réacteurs nucléaires exploités dans le monde est en baisse continue. Il avait atteint un sommet en 2002, à 438. À la mi-2020 (le World Nuclear Industry Status Report, qui fait autorité en la matière, fait son bilan annuel à partir des chiffres connus à la fin juin), on n’en comptait plus que 408, soit neuf de moins qu’un an plus tôt. L’âge moyen du parc en service atteint désormais 31 ans, et si la part du nucléaire dans la production d’électricité mondiale s’est stabilisée en 2019 à 10,35%, elle avait atteint un point haut à 17,5% en 1996.

Dans le même temps, les énergies renouvelables progressent à pas de géant. En 2020, le rythme d’ouverture de nouvelles installations s’est un peu ralenti dans des économies perturbées par la pandémie, mais la tendance ne fait pas de doute. En France, l’éolien s’est hissé pour la première fois l’an dernier au troisième rang de la production d’électricité, derrière le nucléaire et l’hydraulique, mais devant les centrales thermiques au gaz ou au charbon.

Pour beaucoup, la messe est dite: l’avenir appartient aux énergies renouvelables. Elles seules sont amenées à prendre la place des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) et à permettre la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour limiter le changement climatique. Non seulement le nucléaire est dangereux, mais il est cher, ainsi que le montre le gonflement continu de la facture de l’EPR en construction à Flamanville (des mauvaises surprises de ce genre sont aussi constatées ailleurs, notamment aux États-Unis), et les délais de construction de nouvelles centrales sont trop longs. Il faut tout miser sur l’éolien et le solaire, avec lesquels on peut avancer très vite et à un moindre coût

Le problème est que tout le monde n’a pas cette certitude, et que les arguments de ceux qui estiment que le nucléaire devrait encore avoir une place dans notre mix énergétique ne sont pas dénués de tout fondement. En tout cas, ils mériteraient d’être discutés, au lieu d’être purement et simplement ignorés ou rejetés a priori. Dans le cas de la France, la question se pose avec d’autant plus d’acuité que le nucléaire a encore représenté, en 2020, 67,1% de notre production d’électricité, malgré les arrêts de centrales pour cause de maintenance et la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim. Peut-on éviter de devoir faire comme la Suède, qui ne compte plus que sept réacteurs en activité et a dû cet hiver faire appel à de l’électricité importée venant de centrales thermiques au charbon de ses voisins? Le moins que l’on puisse dire est que là-bas, la publicité gouvernementale invitant les ménages à se servir de leur balai plutôt que de leur aspirateur n’a pas obtenu un franc succès!

Des scénarios divergents

Pour l’association négaWatt, par exemple, il est possible d’arriver à n’utiliser que des énergies renouvelables en 2050, sans recourir donc au nucléaire (le dernier réacteur serait fermé en 2035), mais à la condition de diviser par trois notre consommation totale d’énergie primaire (pétrole, gaz, uranium, vent, soleil, etc.). Pour la seule électricité, cela représenterait une consommation d’électricité de 463 TWh (térawattheure) en 2050. Un tel effort de sobriété est-il réellement concevable? Pour l’Académie des technologies, qui vise une diminution par deux de la consommation d’énergie primaire, en partant d’une consommation électrique actuelle de l’ordre de 470 TWh (selon RTE, le chiffre 2020 a été de 460), il faut envisager au contraire une forte hausse de la production d’électricité si l’on veut sortir du pétrole et du gaz. À l’horizon 2050, la consommation serait alors de l’ordre de 730 TWh, voire 840 si l’on tient compte de l’électricité qui serait utilisée pour produire de l’hydrogène. Peut-on l’envisager sans avoir recours au nucléaire?

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et RTE, le responsable du transport d’électricité haute tension en France métropolitaine, ont publié en janvier un rapport sur la faisabilité technique d’un système électrique comportant une «forte proportion d’énergies renouvelables» à l’horizon 2050. Les écologistes ont bruyamment salué la sortie de ce rapport: 100% de renouvelable en France, c’est possible! Effectivement, dit le rapport, c’est possible, mais seulement si plusieurs conditions techniques sont impérativement réunies. Et il ne se prononce pas sur les conditions économiques et sociales que suppose la réalisation d’un tel scénario.

Car il ne faut pas se leurrer. Le nucléaire coûte certes très cher, et même de plus en plus cher, car les autorités de contrôle se montrent de plus en plus exigeantes sur les conditions de sécurité. Mais les énergies renouvelables ont aussi un coût élevé, même si elles deviennent de plus en plus compétitives du fait des économies d’échelle. Pour pallier les problèmes d’intermittence que connaissent le solaire et l’éolien, il faut prévoir des capacités de production nettement supérieures à la demande attendue et d’importantes capacités de stockage.

Il faut prévoir également une profonde transformation du réseau de transport et de distribution de l’électricité. Les schémas actuels sont très centralisés, avec de grosses unités de production, les centrales thermiques ou nucléaires et les grands barrages. Avec des unités de production de plus petite taille davantage réparties sur tout le territoire, c’est un autre maillage qu’il faut concevoir, avec d’autres techniques, et une autre organisation de l’adaptation rapide de la production à la demande en temps réel –et c’est plus coûteux. Et cela supposerait d’obtenir le consentement des populations locales.

Ne pas aller trop vite

Il faut être clair: l’AIE reste très prudente sur la question du 100% renouvelable et estime que, au moins dans certains pays, le nucléaire peut jouer un rôle important dans la transition énergétique. En France, le débat n’est pas tranché. Pour l’instant il est prévu selon la Programmation pluriannuelle de l’énergie de ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2035, ce qui suppose l’arrêt de quatorze réacteurs. Après la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim, deux autres pourraient être fermés en 2025-2026, et deux doivent l’être en 2027-2028.

Mais, pour l’instant, RTE conseille ne pas aller trop vite et de «conserver en activité les moyens de production bas-carbone dont la fermeture pouvait être envisagée d’ici à 2026», compte tenu des problèmes de disponibilité des centrales et des retards pris dans l’installation de nouvelles capacités de production d’énergie renouvelable.

Nous ne sommes plus dans la France des années 1960 et 1970 où un «État-EDF» pouvait imposer sa politique nucléaire.

Pour la suite, il est envisagé de commander à EDF la construction de six nouveaux réacteurs EPR lorsque celui de Flamanville pourra enfin être mis en service, peut-être en 2023. Ce n’est pas un mince sujet: si l’État décidait de ne pas les commander, c’en serait fini de la compétence française en ce domaine. Le nucléaire ne serait plus une option, sauf à se tourner vers la Russie, la Chine ou la Corée, voire les États-Unis où il n’est pas exclu qu’il y ait un redémarrage: une partie du Congrès, notamment chez les Républicains, et des milieux d’affaires, avec en particulier une grande offensive médiatique de Bill Gates qui a créé une société spécialisée, TerraPower, pousse à la roue.

Les temps ont changé. Nous ne sommes plus dans la France des années 1960 et 1970 où un «État-EDF» pouvait imposer sa politique nucléaire: la haute administration, les dirigeants politiques et ceux d’EDF étaient alors en parfaite symbiose, la gauche était encore très productiviste, et les mouvements antinucléaires étaient peu puissants. Aujourd’hui, un nouveau programme nucléaire ne peut plus passer facilement. L’Autorité de sûreté nucléaire a autorisé en février la poursuite de l’activité des 32 réacteurs d’EDF de 900 MW au-delà de quarante ans. Pour aller plus loin et décider de la construction de nouveaux réacteurs, il faudra un vrai débat sur la place publique.

Mais, compte tenu de la durée de tels chantiers, si l’on estime que le nucléaire doit servir à la transition énergétique, il faut lancer la réflexion dès maintenant. C’est d’ailleurs ce que vient de faire le Haut-Commissariat au Plan de François Bayrou. On ne peut pas dire que cette initiative ait rencontré un grand écho: les Français ont actuellement d’autres sujets de préoccupation! Mais les termes du débat ont été bien posés. Il appartient maintenant à chacun de prendre position.

Énergies de droite et énergies de gauche

Sur ce point, on risque de retrouver le clivage gauche-droite classique: le président Macron, qui vient d’écrire une lettre à la Commission européenne avec six autres chefs d’État pour lui demander d’assurer «des règles du jeu équitables pour l’énergie nucléaire dans l’UE, sans l’exclure des politiques et des avantages climatiques et énergétiques», n’aura pas des alliés dans les deux camps. La droite devrait le soutenir, tout en lui reprochant de ne pas en faire assez. Le Sénat a voté le 23 mars une résolution proposée par le groupe LR dans laquelle il «invite le gouvernement à étudier la possibilité d’une mise en cohérence de sa politique énergétique avec ses ambitions écologiques en cherchant à préserver la prédominance du nucléaire au sein de notre mix énergétique».

À gauche, où l’on est de plus en plus tenté électoralement de s’aligner sur les positions écologistes, cela risque d’être un peu compliqué: pour le vote de cette résolution au Sénat, les écologistes ont voté clairement contre, mais les socialistes et les communistes ont préféré s’abstenir. Au PS comme au PC (avec de grosses différences), on n’est pas farouchement partisan du nucléaire, mais on est inquiet pour EDF, dans une période délicate de recherche d’une nouvelle organisation, et préoccupé par le risque de la perte de compétences dans un domaine où la France a excellé.

Le nucléaire serait-il incompatible avec la démocratie?

Faut-il en conclure que l’éolien est une énergie de gauche et le nucléaire une énergie de droite? Malheureusement, de part et d’autre, on observe une polarisation qui ne prête guère à un examen lucide de la situation. Quand on entend les écologistes reprocher à Emmanuel Macron d’avoir apposé sa signature au bas de la lettre adressée à la Commission à côté de celles du Hongrois Victor Orban ou des dirigeants polonais, on croit rêver. Faut-il renoncer à une énergie parce que des dirigeants politiques peu fréquentables veulent y avoir recours? Le nucléaire serait-il incompatible avec la démocratie?

Ce qui est grave, c’est qu’en raisonnant ainsi, on se prive d’étudier le vrai problème. Un pays aussi dépendant du charbon que l’est la Pologne aujourd’hui peut-il vraiment réussir sa transition énergétique sans avoir recours au nucléaire? Et la France, dont la production d’électricité actuelle est largement décarbonée grâce au nucléaire, peut-elle réellement s’en passer juste au moment où on encourage plus largement l’utilisation de l’électricité dans les transports et le chauffage? Cela mériterait d’être étudié sans a priori.

La fermeture de la centrale de Fessenheim a fait débat en France. | Patrick Kovarik / AFP

Lobby contre lobby

Selon les objectifs fixés dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la puissance du parc éolien français devrait doubler d’ici à 2028. Cela ne nous dit pas combien d’éoliennes on devrait installer d’ici là, car la technologie évolue, la puissance moyenne de chaque éolienne a tendance à augmenter et on attend un rapide développement de l’éolien en mer. Mais il est certain qu’il faudra, pour atteindre ces objectifs, implanter encore plusieurs milliers d’éoliennes terrestres dans l’Hexagone. Est-on sûr d’y arriver sans se heurter à de fortes réactions de rejet? Même l’éolien en mer ne se développera pas sans mal, comme le montre l’opposition des pêcheurs à l’installation d’un parc de 62 éoliennes au large de Saint-Brieuc.

On a eu de longue date un lobby nucléaire, mais on a aussi maintenant un lobby des énergies renouvelables, qui pousse à un allégement des contraintes et une simplification des procédures. Ce dernier est-il plus vertueux et plus soucieux de l’avis des populations concernées que le premier? Il faudrait être bien naïf pour le croire. En tout cas, il semble aussi soucieux d’imposer ses installations que ne l’était le lobby nucléaire il y a cinquante ans.

Le recours à l’énergie nucléaire pose des problèmes qu’il serait stupide de nier. Mais quand on étudie très précisément ce qui s’est passé à Fukushima et ailleurs, on constate que ce n’est pas la technique elle-même qui est en cause, mais plutôt l’organisation industrielle et surtout la qualité du contrôle. De ce point de vue, il est inquiétant de voir que ce sont actuellement des pays comme la Russie ou la Chine qui développent le plus leur industrie nucléaire, alors que c’est précisément là qu’on risque le plus d’avoir une dangereuse collusion entre les exploitants des centrales et les autorités censées établir la réglementation et en contrôler le respect.

Enfin, les conséquences de la décision allemande de sortir du nucléaire incitent à la prudence. Les pro-nucléaires caricaturent la situation en disant que le charbon a pris la place du nucléaire outre-Rhin, ce qui est manifestement exagéré. Ce qui est vrai en revanche, c’est que le rapide développement des énergies renouvelables en Allemagne permettrait d’aller plus vite dans l’abandon des énergies carbonées s’il ne fallait pas dans le même temps prendre le relais du nucléaire.

Peut-on à la fois se passer des énergies carbonées et du nucléaire et à quelles conditions? Un débat public serait effectivement souhaitable, car la réponse n’est pas aussi évidente que chaque camp l’affirme. Et le temps presse: les décisions doivent être prises très vite. L’Agence internationale de l’énergie nous avertit: après avoir fortement chuté en 2020, les émissions de gaz à effet de serre reprennent de plus belle et sont repassées au-dessus du niveau de décembre 2019.

Par Gérard Horny, publié le 30 mars 2021 à 7h20

Photo en titre : La centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle, est la neuvième plus grande au monde. | Sébastien Berda / AFP

http://www.slate.fr/story/206678/nucleaire-energie-debat-france-energies-renouvelables-changement-climatique-lobby

NDLR : Sacha Guitry aurait dit de cet article …. « qu’il est ni pour ni contre, bien au contraire !»

Quitte à me répéter, la seule solution pour « sauver le climat » passe par l’arrêt de la sacrosainte croissance des pays « riches et polluants » et non pas en cherchant à la poursuivre en polluant « un peu moins » !

LES MANŒUVRES MILITAIRES RUSSES DANS L’ARCTIQUE SE VEULENT UN SIGNAL AUX AMÉRICAINS

La Russie était engagée mardi dans de nouveaux exercices militaires dans l’Arctique, région stratégique où elle a multiplié sa présence ces dernières années et où ses intérêts s’opposent à ceux de plusieurs pays, dont les États-Unis.

Les toutes dernières manœuvres ont débuté lundi et doivent durer «plusieurs jours», selon le ministère de la Défense. Elles impliquent une simulation de la destruction d’un avion par des systèmes antiaériens Pantsir-S1, le ravitaillement en vol de chasseurs MiG-31 et la neutralisation d’une attaque de drones en supprimant leurs signaux de contrôle.

Elles font suite à un exercice naval vendredi, lorsque trois sous-marins à propulsion nucléaire ont fait surface dans les glaces de l’Arctique, une première dans l’histoire de la Russie post-soviétique selon l’armée, et une opération vantées par le président Vladimir Poutine.

Le 26 mars, trois sous-marins nucléaires de la marine russe pour la première fois de l’histoire ont fait surface simultanément sous la glace dans le cadre d’une expédition dans l’Arctique alors que, selon l’amiral, les Américains et les Britanniques ne peuvent pas encore percer la glace selon leurs caractéristiques techniques comme l’ont fait les sous-marins russes.

Et plus tard dans la même journée, deux chasseurs MiG-31 ont effectué une manœuvre que le ministère russe de la Défense présente comme unique, soit un au- dessus du pôle Nord avec un ravitaillement en vol.

Selon l’amiral russe à la retraite et ancien chef d’état-major de la marine russe, Viktor Kravtchenko, interrogé par l’agence Interfax vendredi, «il s’agit d’un entraînement au combat intensif habituel, mais il s’agit aussi d’un signal adressé à nos amis étrangers – les Américains».

Il estime que la Russie a pu montrer aux Américains qu’elle peut agir tactiquement rapidement au pôle Nord, car c’est l’endroit le plus pratique en termes de portée de tir de missiles balistiques et l’ennemi potentiel a moins de temps pour prendre la décision de riposter.

L’ancien chef d’état-major de la marine russe estime que les États-Unis doivent prêter attention à ces «signaux clairs» de la Russie comme l’émergence de sous-marins nucléaires dans l’Arctique, ainsi que l’approche de deux intercepteurs MiG-31 au Pôle Nord. 

«De toute évidence, l’objectif était de montrer : n’essayez pas de maîtriser les mers du Nord. Nous sommes ici depuis longtemps», a déclaré l’ancien chef d’état-major de la marine russe.

Vladimir Poutine a fait de l’exploitation économique de l’Arctique une priorité stratégique, notamment via la création d’une voie maritime le long des côtes nord pour relier l’Europe à l’Asie et concurrencer le Canal du Suez.

Cette route maritime, rendue davantage praticable grâce au réchauffement climatique et la fonte des glaces, est amenée à jouer un rôle croissant dans les échanges internationaux.

Côté militaire, la Russie n’a cessé d’accroître son dispositif dans l’Arctique ces dernières années, y rouvrant et modernisant plusieurs bases et aérodromes abandonnés depuis la fin de l’époque soviétique. Elle y a aussi déployé ses systèmes de défense antiaérienne dernier cri S-400.

En 2019, elle a aussi lancé la première centrale nucléaire flottante du monde, l’Akademik Lomonossov, destinée à faciliter le développement économique de l’Arctique et à alimenter les plateformes pétrolières de cette région riche en hydrocarbures.

Les intérêts de Moscou en Arctique s’opposent à ceux de quatre autres pays, dont les États-Unis, qui ont envoyé en février des bombardiers stratégiques s’entraîner en Norvège et déployé des navires l’année dernière en mer de Barents, dans la zone économique exclusive de la Russie.

En mars de l’année dernière, la marine américaine a envoyé deux sous-marins d’attaque américains, le USS Connecticut (SSN-22) (Connecticut) et le USS Toledo (SSN-769) (Toledo), dans l’océan Arctique, où ils ont navigué sous la glace dans le cadre de l’exercice ICEX 2020.

Lors de cet exercice, un camp temporaire, le camp Seadragon, avait été établi près de l’Alaska. Le camp abritait un centre de commandement pour la gestion des opérations sous-marines, y compris la navigation dans les glaces, ainsi que des infrastructures pour assurer la présence permanente de 45 soldats. Le 4 mars 2020, le sous-marin USS Toledo, brisant la glace, avait émergé près du camp Seadragon.

Par La rédaction (avec AFP), publié le 30 mars à 8h35

Pour retrouver cet article et voir la vidéo (3mn15s) des sous-marins qui émergent des glaces, cliquer sur : http://www.45enord.ca/2021/03/187545/