Sep 23

IRAN, CORÉE DU NORD: TRUMP À LA MANŒUVRE À L’ONU

Main de fer contre l’Iran, gant de velours pour la Corée du Nord: pour sa deuxième Assemblée générale de l’ONU, l’imprévisible président américain Donald Trump est attendu cette semaine à New York avec circonspection par ses adversaires comme ses alliés.

Avec un Conseil de sécurité « plus divisé que jamais« , dirigé ce mois-ci, hasard du calendrier, par les États-Unis, « on n’a aucune idée » de ce qu’il fera ou dira, confie-t-on au siège de l’ONU.

L’an dernier, Donald Trump avait promis « de détruire totalement » la Corée du Nord en cas d’attaque de ce pays. Cette année, l’heure est à la détente, avec une nouvelle rencontre envisagée prochainement entre les chefs de la diplomatie américaine et nord-coréenne.

Mais le rapprochement spectaculaire entre les deux adversaires n’a pas donné lieu jusqu’à présent à des avancées vers une dénucléarisation de la péninsule. « Des pas de bébés » sont faits « dans la bonne direction« , a résumé l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

Jeudi, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, présidera une réunion du Conseil de sécurité visant à ressouder la communauté internationale après les accusations de « tricherie » et de « mensonges » échangées entre Américains et Russes dans l’application des sanctions contre Pyongyang.

Sur l’Iran, « on ne s’attend pas à un grand moment de réconciliation entre les deux présidents« , américain et iranien, note-t-on dans l’entourage du chef d’État français, Emmanuel Macron, qui sera présent à New York. « Tant qu’il n’y a pas de volonté d’engager le dialogue des deux côtés, on ne pourra pas le forcer« , relève-t-on.

L’administration américaine, qui souhaite un traité avec l’Iran englobant nucléaire et missiles balistiques, se dit prête à rencontrer des responsables iraniens mais assure que Téhéran s’y refuse jusqu’à présent.

Mercredi, le Conseil de sécurité « attirera comme jamais l’attention« , selon Nikki Haley. Comme d’autres chefs d’État américains en leur temps, Donald Trump présidera, marteau à la main, une réunion de chefs d’État ou de gouvernement avec en ligne de mire l’Iran, bête noire de Washington accusée de déstabiliser le Moyen-Orient.

– « Changer le monde » –

Absents de l’Assemblée générale, les présidents russe et chinois n’assisteront pas à cette session sur la non-prolifération des armes de destruction massive qui permettra d’aborder les dossiers syrien, nord-coréen et de l’empoisonnement d’ex-espions russes au Royaume Uni.

Les États-Unis exercent une « stratégie de pression maximale » sur l’Iran, « mais avec quel calendrier, quel objectif véritable, à travers quelles incitations?« , s’interroge-t-on en Europe, alors que Washington est soupçonné de vouloir un changement de régime dans ce pays.

La réunion mercredi du Conseil pourrait de surcroit se retourner contre les États-Unis alors que leurs partenaires cherchent toujours à sauver l’accord nucléaire de 2015 et leurs intérêts économiques.

Le siège de l’ONU, transformé par la police en camp retranché dans l’est de Manhattan, et son secrétaire général, le Portugais Antonio Guterres, attendent environ 130 chefs d’État et de gouvernement — en hausse par rapport à 2017 –, quatre vice-présidents et plus de 40 ministres des Affaires étrangères.

Une semaine de discours — un par pays, 193 nations formant l’ONU –, d’apartés et d’évènements en tous genres sont prévus: défense de l’éducation, lutte contre l’antisémitisme, le plastique qui pollue, la tuberculose, inauguration d’une statue de Nelson Mandela, discours cubain dans une église, show d’un groupe pop…

Le climat, considéré par certains dirigeants comme la menace principale pour la planète, fera l’objet d’une mobilisation particulière. « L’urgence d’agir n’est pas assez prise en compte« , déplore l’un d’eux.

Petits et surtout grands conflits, avec ou sans mission de paix de Casques bleus, seront comme chaque année au menu des discussions qui alimenteront la « grand-messe » diplomatique de l’année, du Sahel à la Birmanie, en passant par la Libye, la Centrafrique, la Somalie, le Proche-Orient, le Yémen ou le Venezuela.

« Ce serait une erreur de penser que cette réunion de l’Assemblée générale a pour but de changer le monde« , lance toutefois ironiquement sous anonymat un ambassadeur d’un pays membre du Conseil de sécurité, interrogé sur l’abondance des sujets et évènements attendus.

©AFP / le 23 septembre 2018 à 09h19

https://www.romandie.com/news/Iran-Coree-du-Nord-Trump-a-la-manoeuvre-a-l-ONU/955858.rom

Sep 23

SIGNATURE DE LA «DÉCLARATION COMMUNE DE PYONGYANG DE SEPTEMBRE»

KIM JONG UN, Président du PTC et Président du CAE de la RPDC, a signé le 19 septembre avec le Président MOON Jae-In la «Déclaration Commune de Pyongyang de Septembre».

À la cérémonie de signature ont pris part également, de notre côté, KIM Yong Chol, RI Su Yong, NO Kwang Chol, KIM Yo Jong, RI Son Gwon et, du côté Sud, CHUNG Eui-Yong, JO Myong-Gyun, KANG Kyong-Hwa, SONG Yong-Mu, TO Jong-Hwan, KIM Hyon-Mi, KIM Yong-Chun, KIM Hyon-Chol.

Quand KIM JONG UN et MOON Jae-In avaient signé la Déclaration, tous les participants à la cérémonie les ont applaudis avec enthousiasme.

Les deux Chefs Suprêmes du Nord et du Sud en ont échangé entre eux les exemplaires avant de se faire photographier pour féliciter la naissance de la «Déclaration Commune de Pyongyang de Septembre».

L’adoption de cette Déclaration a posé un jalon important dans l’accentuation du développement des relations Nord-Sud et dans l’inauguration d’un nouvel âge d’or de la réconciliation et de l’union de la Nation comme de la paix et de la prospérité grâce à une application parfaite et généralisée de la Déclaration de Panmunjom du 27 Avril (2018) conformément à l’aspiration et aux exigences de tous les Coréens.

Déclaration Commune de Pyongyang de Septembre

KIM JONG UN, Président du Comité des Affaires d’État de la République Populaire Démocratique de Corée et MOON Jae-In, Président de la République de Corée ont tenu, du 18 au 20 septembre 2018, une conférence au Sommet Nord-Sud à Pyongyang.

Les deux Dirigeants ont apprécié de bons résultats obtenus après l’historique Déclaration de Panmunjom (27/04/2018), notamment la tenue d’un dialogue et de négociations étroits, des échanges et la collaboration non gouvernementaux dans de divers domaines et la prise de mesures marquantes pour la détente militaire.

Les deux Dirigeants ont revérifié les principes de l’indépendance et de l’autodétermination nationales, sont convenus de développer avec esprit de suite et de façon durable les rapports Nord-Sud en faveur de la réconciliation et de la collaboration nationales, d’une paix stable et de la prospérité commune et sont tombés d’accord pour s’attacher à réaliser, par leur politique, l’aspiration et les vœux de toute la Nation désirant voir le développement des actuels rapports Nord-Sud aboutir à la réunification.

Les deux Dirigeants ont conféré avec franchise et en profondeur sur les différents problèmes à résoudre et les mesures pratiques à prendre pour promouvoir les rapports Nord-Sud à un palier supérieur par une application stricte de la Déclaration de Panmunjom et sont convenus que la présente conférence au Sommet de Pyongyang aura marqué un tournant important de l’histoire, déclarant comme suit:

  1. LE NORD ET LE SUD SONT CONVENUS DE FAIRE SUIVRE LA MISE D’UN TERME AUX RAPPORTS HOSTILES MILITAIRES DANS LES ZONES D’AFFRONTEMENT, NOTAMMENT LA ZONE DÉMILITARISÉE, PAR L’ÉLIMINATION EFFECTIVE DU DANGER DE GUERRE DE TOUTE LA PÉNINSULE CORÉENNE ET UNE ANNULATION FONDAMENTALE DES RAPPORTS HOSTILES.

① Le Nord et le Sud sont convenus d’adopter l’«Accord sur l’application de la Déclaration de Panmunjom dans le domaine militaire», conclu à l’occasion de la présente conférence au Sommet de Pyongyang, à titre d’annexe de la Déclaration Commune de Pyongyang, de le respecter strictement et de l’appliquer sincèrement ainsi que de prendre des mesures pratiques pour la transformation de la Péninsule coréenne en une zone de paix permanente.

② Le Nord et le Sud sont convenus de mettre au plus tôt en fonctionnement le Comité Militaire Conjoint Nord-Sud pour contrôler l’application dudit Accord dans le domaine militaire et maintenir les liens et les consultations permanents pour prévenir les conflits armés accidentels.

  1. LE NORD ET LE SUD SONT TOMBÉS D’ACCORD POUR PRENDRE DES MESURES EFFECTIVES POUR DÉVELOPPER DAVANTAGE LES ÉCHANGES ET LA COLLABORATION SELON LES PRINCIPES DES AVANTAGES RÉCIPROQUES, DES INTÉRÊTS COMMUNS ET DE LA COPROSPÉRITÉ ET POUR DÉVELOPPER DE FAÇON ÉQUILIBRÉE L’ÉCONOMIE NATIONALE.

① Le Nord et le Sud sont convenus d’organiser dans le courant de l’année la cérémonie d’ouverture des travaux de liaison et de modernisation des voies ferrées et des routes des côtes de l’Est et de l’Ouest.

② Le Nord et le Sud sont convenus de procéder d’abord pour normaliser le fonctionnement de la Zone Industrielle de Kaesong et le tourisme aux Monts Kumgang-san à mesure que les conditions nécessaires seront réunies et de se consulter sur la création d’une Zone Économique Spéciale Commune sur la côte Ouest et d’une Zone Touristique Spéciale Commune sur la côte Est.

③ Le Nord et le Sud sont convenus de promouvoir activement la collaboration environnementale Nord-Sud pour la protection et la restauration de l’écosystème naturel et de s’attacher en priorité à réussir effectivement la collaboration en cours dans le domaine de l’exploitation forestière.

④ Le Nord et le Sud sont convenus de resserrer la collaboration dans le domaine anti-épidémique, sanitaire et médical, notamment la prise des mesures d’urgence requises pour prévenir l’entrée et la diffusion de maladies contagieuses.

  1. LE NORD ET LE SUD SE SONT ACCORDÉS POUR RESSERRER LA COLLABORATION DANS LE DOMAINE HUMANITAIRE EN VUE DE TROUVER UNE SOLUTION FONDAMENTALE AU PROBLÈME DES MEMBRES DE FAMILLES ET PARENTS DISPERSÉS.

① Le Nord et le Sud sont convenus d’ouvrir dans les meilleurs délais le Bureau permanent de Rencontre dans la zone des Monts Kumgang-san pour les membres de familles et parents dispersés et, à cette fin, d’en remettre au plus tôt en état les installations.

② Le Nord et le Sud sont convenus de se consulter en priorité, par des pourparlers des sociétés de la Croix-Rouge, pour résoudre le problème de l’entrevue et de la correspondance sur écran, des membres de familles et parents dispersés.

  1. LE NORD ET LE SUD SE SONT ACCORDÉS POUR PROMOUVOIR ACTIVEMENT LA COLLABORATION ET LES ÉCHANGES DANS DE DIVERS DOMAINES AFIN D’EXALTER LE CLIMAT DE RÉCONCILIATION ET D’UNION ET DE MANIFESTER SUR LES PLANS INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR L’ESPRIT DE NOTRE NATION.

① Le Nord et le Sud sont convenus de promouvoir davantage les échanges dans les domaines culturel et artistique et, en premier lieu, d’organiser en octobre une tournée à Séoul de la troupe artistique de Pyongyang.

② Le Nord et le Sud sont convenus de prendre part en commun autant que possible à des compétitions internationales, notamment les Jeux Olympiques d’été 2020, et de collaborer pour accueillir l’organisation en commun des Jeux Olympiques d’été 2032.

③ Le Nord et le Sud sont convenus d’ouvrir des festivités significatives pour célébrer solennellement le 11ème anniversaire de la publication de la Déclaration du 4 Octobre (2007, l’année du 2ème Sommet) et de célébrer en commun le 100ème anniversaire du Soulèvement Populaire du 1er Mars (1919) et, à cette fin, de se consulter sur les mesures pratiques à prendre à cet égard.

  1. LE NORD ET LE SUD SE SONT ACCORDÉS SUR LA NÉCESSITÉ DE TRANSFORMER LA PÉNINSULE CORÉENNE EN UNE ZONE DE PAIX, SANS ARMES NUCLÉAIRES NI MENACE NUCLÉAIRE, ET D’ABOUTIR AU PLUS TÔT À DES PROGRÈS EFFECTIFS À CETTE FIN.

① Le Nord a décidé d’abord de détruire à jamais le site d’essai de moteurs et la rampe de lancement de fusées, de la Commune Tongchang, en autorisant la visite d’experts des pays intéressés.

② Le Nord a exprimé son intention de continuer à prendre des dispositions supplémentaires, telles que celles concernant la suppression perpétuelle des installations nucléaires de la Zone Nyongbyon, si les États-Unis prennent des mesures correspondantes selon l’esprit de la Déclaration Conjointe du 12 Juin (2018) RPDC-USA.

③ Le Nord et le Sud sont convenus de collaborer étroitement pour la promotion d’une dénucléarisation complète de la Péninsule coréenne.

  1. KIM JONG UN, PRÉSIDENT DU COMITÉ DES AFFAIRES D’ÉTAT A CONVENU DE VISITER SÉOUL DANS UN PROCHE AVENIR SUR INVITATION DU PRÉSIDENT MOON JAE-IN.

KIM JONG UN, Président du Comité des Affaires d’État de la République Populaire Démocratique de Corée

MOON Jae–In, Président de la République de Corée

Le 19 septembre 2018

Ensuite, a été signé un Accord Nord-Sud du domaine militaire pour l’application de l’historique Déclaration de Panmunjom par le Général d’armée NO Kwang Chol, Ministre des Forces Armées Populaires, de notre côté, et du côté Sud, par SONG Yong-Mu, Ministre de la Défense Nationale.

Rédaction Matininfos.net,  le 22 septembre 2018

https://www.matininfos.net/signature-de-la-declaration-commune-de-pyongyang-du-septembre/

Sep 22

EPR : L’ESPRIT MUNICHOIS DES DIRIGEANTS DE L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE (ASN)

Lettre ouverte aux dirigeants de l’ASN et en particulier à Pierre-Franck Chevet

Le 24 septembre prochain se clôturera la consultation du public lancée le 3 septembre par l’ASN sur son site, concernant la mise en service de la cuve de l’EPR de Flamanville. Pas plus que celle de septembre 2017 sur l’homologation de l’acier de la cuve du réacteur qui avait pourtant recueillie plus de 13000 commentaires en grande majorité défavorables, celle en cours n’influera sur la décision des dirigeants de l’ASN. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. D’ailleurs un responsable l’a reconnu, ces consultations sur ces dossiers très techniques et controversés ne cherchent pas à recueillir des avis susceptibles de réorienter les décisions, mais d’offrir des bases d’information permettant d’élaborer les plans de communications œuvrant à mieux faire passer l’inavalable pilule de la décision contestée.

Certains iront néanmoins commenter le projet d’avis, déjà rédigé, de l’ASN, parce qu’il est difficile de se taire quand on est confronté à une folie (Et pourtant je peux vous assurer que tout est fait pour décourager l’écriture d’un commentaire. À commencer par l’ouverture humiliante du compte sur le site : on vous oblige, pour prouver que vous n’êtes pas un robot, à accepter de mettre votre fierté dans votre poche…). Et les antinucléaires, bien qu’incrédules quant à l’efficacité de la démarche, craignent bien trop qu’on leur reproche leur désintérêt pour un sujet aussi grave, et particulièrement en cas d’accident ultérieur, pour risquer de s’en affranchir. Mais je le répète le résultat est déjà connu : malgré les 13000 commentaires de l’année dernière, très souvent bien argumentés y compris par des spécialistes, pas un mot n’avait été modifié dans le projet d’avis sur l’acier de la cuve.

Et une fois la consultation clôturée, Pierre-Franck Chevet, le Directeur Général de l’ASN, signera l’avis d’expertise autorisant la mise en service de la cuve de l’EPR.

Il le fera dans une période, cette année, en revanche un peu particulière.

L’Histoire en effet veut se mêler de l’affaire.

Les accords de Munich de 1938

Effectivement, nous allons bientôt affronter le 80ème anniversaire des accords de Munich. Ces accords, synonyme de lâcheté politique à son plus haut degré, qui, les 29 et 30 septembre 1938, scellèrent le sort de la Tchécoslovaquie et bientôt celui de millions de juifs, de communistes, de gitans, d’handicapés physiques et mentaux, pour finalement aboutir avec la seconde guerre mondiale et la Shoah au conflit le plus meurtrier de l’Histoire avec plus de 60 millions de morts ; soit 2,5 % de la population mondiale de l’époque (Les estimations des historiens [tout comme celles des nucléophiles après un accident nucléaire, mais avec, chez les premiers, beaucoup moins d’écart avec la réalité] varient sensiblement néanmoins : globalement, de 50 millions de morts, pour le chiffre minimal, à 85 millions, pour le chiffre maximal. Et ces chiffres ne prennent pas en considération les morts de carences, de suites de blessures, ou autres maladies consécutives au conflit après mai 1945 en Europe, et septembre 1945 en Asie (après l’explosion des bombes atomiques de Nagasaki et d’Hiroshima). Le chiffre du nombre des morts après septembre 1945 est sans aucun doute très élevé : un grand nombre d’irradiés, de soldats grièvement blessés décédèrent, ainsi qu’un grand nombre de déportés rescapés qui moururent des conséquences de mauvais traitements, de privations diverses. Du fait du manque de services médicaux et hospitaliers, souvent dégradés, la mortalité fût plus importante qu’avant 1939. Après 1945, la famine était présente en certaines zones de l’URSS, dans les Balkans, et même dans l’Europe occidentale, sans oublier l’Asie, très impactée, on ne le sait pas assez. Par ailleurs, il ne faut pas négliger les conséquences psychologiques, très importantes, avec un grand nombre de personnes traumatisées, parfois sur plusieurs générations).

Hitler fut le promoteur de cet holocauste.

Mais il ne fut pas seul à Munich. Les accords qui portent le nom de cette ville et qui représentent désormais le symbole absolu de la lâcheté, il les signa en présence de Mussolini avec le Premier ministre anglais Chamberlain et le Président du Conseil français Daladier.

L’historien anglais Martin Gilbert affirme que le futur Premier ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill, n’aurait pas tenu sa célèbre formule de condamnation des accords à l’occasion d’un discours le 21 novembre 1938, après les accords donc, mais aurait couché sur papier une formule similaire avant les accords de Munich dans une lettre adressée à son ami Walter Guinness le 11 septembre 1938. C’est après la signature des accords que des commentateurs auraient fait circuler différentes versions du mot historique prêté à Churchill.

A-t-il dit : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre » ?

A-t-il affirmé : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre » ?

A-t-il écrit autre chose mais néanmoins d’assez proche ? Peu importe.

Dans tous les cas il ne s’est pas trompé.

ET MOI JE VOUS LE DIS, DIRIGEANTS DE L’ASN, JE VOUS LE DIS, PIERRE-FRANCK CHEVET : « Vous voulez vous éviter d’endosser la responsabilité, qui vous est pourtant étrangère, d’une crise financière et économique de la filière nucléaire au prix du déshonneur et de la honte (une responsabilité qui s’est exercée sur vous sous la forme d’un chantage, la Commission européenne ayant mis comme condition inadmissible à son accord à la recapitalisation d’Areva, que vous accordiez votre homologation à la cuve de l’EPR malgré ses anomalies. Chantage auquel vous avez pour le moment lâchement cédé en validant l’acier de la cuve dont la résilience n’est pourtant pas aux normes requises, un comble pour une centrale de cette puissance, et en violation des principes de base de toute technologie), vous avez donc déjà une part de déshonneur, et, malgré tout, vous n’empêcherez pas la faillite financière d’EDF qui a toutes les chances d’advenir quel que soit ce que vous aurez décidé, mais vous aurez en sus, au pire un accident nucléaire dramatique qui vous hantera jusqu’à la fin de vos jours, et assurément, ce qui est déjà très grave, une contamination du réacteur qu’il sera alors impossible de démanteler, bien que vous sachiez clairement et sans le moindre doute que ce réacteur ne fonctionnera pas normalement.

Il dysfonctionnera parce que vous passez l’éponge sur les nombreuses et graves anomalies sous réserve d’un aménagement de non-sens : le remplacement du couvercle de la cuve avant fin 2024 (reconnaissant par là-même que l’actuelle cuve installée en force par EDF ne présente pas la garantie de l’ « exclusion de rupture« , garantie pourtant inviolable dans le circuit primaire), tandis que le fond de cuve dont l’acier présente pourtant les mêmes anomalies ne sera pas remplacé. Vous nous démontrez donc qu’ici l’incohérence est reine, situation toujours problématique à l’humain et proprement inenvisageable dans une centrale nucléaire. 

Comme Daladier l’a fait en son temps, vous pourrez toujours vous rassurez de toutes les manières que vous le souhaitez, vous dire que les bâtons dans les roues au démarrage de l’EPR ne manqueront pas, que jamais personne n’osera prendre la décision de démarrer un EPR au cerveau électronique de contrôle-commande probablement violé de manière indécelable, mais vous savez également qu’un fou ou une folle pourra toujours se dédouaner de toute responsabilité en arguant de votre expertise.

Si vous ne voulez pas vivre toute la fin de votre vie avec un sentiment de honte écrasant, il est encore temps de vous ressaisir, prenez la seule décision sage que la situation exige, parce qu’il n’est pas anodin de pouvoir se regarder dans une glace : le sort économique d’EDF n’est pas de votre responsabilité, la vie et la santé de millions de personnes, oui !

Pour vous-même et pour l’ensemble de vos concitoyens, ne donnez pas un avis favorable à la mise en service et à l’utilisation de la cuve de l’EPR de Flamanville !

Patrick Samba

PS : je signale à qui voudrait la découvrir qu’une remarquable bande dessinée sur le sujet, scénarisée par Sylvain Tronchet (auteur de : Cuve de l’EPR de Flamanville : l’incroyable légèreté d’Areva et EDF), mettant en scène Pierre-Franck Chevet, est publiée dans le numéro d’été de La Revue dessinée.

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/epr-l-esprit-munichois-des-207773

Sep 22

LE NUCLÉAIRE FRANÇAIS DÉMYSTIFIÉ, DU «PLAN MESSMER» À L’EPR

Public Sénat diffuse ce samedi soir «Nucléaire, la fin d’un mythe», un nouveau 52 minutes à charge pour l’industrie de l’atome. Un éclairage utile sur le nucléaire, au moment où le gouvernement doit se prononcer sur le devenir des réacteurs français.

La démolition du «modèle» nucléaire français et de son grand récit national est décidément devenue un sujet très prisé à la télé. Après le Grand Mensonge vu sur Arte (qui s’attaquait au tabou d’un attentat visant les centrales nucléaires) et l’Impasse diffusé par France 5 (qui racontait comment le chantier maudit du réacteur EPR est en train de «couler» EDF ), voici donc Nucléaire, la fin d’un mythe que l’on pourra découvrir ce samedi soir sur Public Sénat. Un 52 minutes qui devrait passionner tous ceux qui se demandent s’il faut «en sortir» et à quel rythme, au moment où le gouvernement s’apprête à rendre public ses arbitrages sur le futur mix énergétique français. Surtout après la démission fracassante de Nicolas Hulot de son poste de ministre de la Transition écologique, lui qui avait prévenu «si je m’en vais il y aura trois EPR de plus»

Réalisé par Bernard Nicolas avec le concours des journalistes Thierry Gadault et Hugues Demeude (auteurs du livre Nucléaire, danger immédiat), le film assène un nouveau coup dans le mur déjà lézardé de la forteresse bien gardée par le puissant corps des X-Mines. Indépendance énergétique, électricité «propre» à bas coût, savoir-faire technologique et culture de sûreté «uniques au monde» : tous les «mythes» entretenus pendant plus de soixante ans par «l’État nucléaire», sont démontés un à un par les auteurs, qui ont manifestement choisi leur camp. Les «anti» apprécieront cette entreprise de déconstruction étayée, tandis que les gens du métier, tout à la défense d’une filière industrielle qui emploie – directement et indirectement – 220 000 personnes en France, y verront un pamphlet. Mais au-delà de cette «guerre de religions» dont il faudrait «sortir» comme dirait le nouveau ministre François de Rugy, le film tente de répondre à toutes les questions que le citoyen peu au fait du sujet – où ne voulant pas savoir – pourrait se poser : des origines du «tout nucléaire» aux inquiétantes failles de sûreté récemment détectées sur les réacteurs français…

«Raison d’État»

Tout commence par cette passion des élites françaises pour l’atome qui, en plein choc pétrolier, amena le pays à décider de la construction de 58 réacteurs «à raison de six par an» au terme du fameux «plan Messmer» lancé en 1974. Jusqu’à «couvrir tout le pays» et à fournir plus de 80 % de son électricité. «Une épopée industrielle civile» intimement liée à la bombe voulue par de Gaulle et une «prouesse technologique sans équivalent», rappelle la voix off. À l’époque, celle de Concorde, de la fusée Ariane et du TGV, la confiance dans le progrès, la foi dans la science et la fascination pour cette «énergie propre, sûre et peu chère» sont totales. Les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima ne sont pas encore passées par là. Et rares sont ceux qui s’opposent à ce grand projet prométhéen.

Parmi les témoins interviewés, le physicien Bernard Laponche, un dissident du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), et sa consœur Monique Sené, font partie des scientifiques qui signeront «l’appel des 400» en 1975. Le premier explique : «Nous pensions que ce programme nucléaire était dangereux, hélas la raison d’État a étouffé tout débat.» La mobilisation gonflera jusqu’à la fameuse manifestation du 31 juillet 1977 contre Superphénix, le réacteur de la centrale de Creys-Malville (Isère), qui s’achèvera par la mort d’un jeune professeur, Vital Michalon. Mais ce drame donnera un coup d’arrêt au mouvement antinucléaire. Et plus rien n’arrêtera la marche forcée vers l’atome. «Le programme a été volontairement surdimensionné, 58 réacteurs c’était 12 à 16 de trop. C’était fait pour rendre l’option nucléaire irréversible», avoue un ancien dirigeant d’EDF interrogé dans le film. Aux quatre coins du pays, la «manne nucléaire» – emplois et taxe professionnelle – achèvera de lever toute résistance.

Mais aujourd’hui, la mécanique implacable mise en place par la confrérie de l’uranium semble totalement déréglée. Et c’est la partie la plus intéressante du film. Le parc a vieilli : 34 réacteurs ont atteint leur limite d’âge théorique de 40 ans, mais EDF veut les prolonger : «50, 60 et pourquoi pas 100 ans ?», s’inquiète Bernard Laponche. Selon lui, ces machines n’ont pas été prévues pour résister sans risques aussi longtemps. «J’avais coutume de dire que le nucléaire français est l’un des plus sûrs au monde, mais aujourd’hui je pense que c’est celui où la sûreté se dégrade le plus vite», abonde Yves Marignac du cabinet Wise-Paris. Cet expert critique de l’atome va plus loin : «Je n’ai jamais autant craint un accident grave…» Et il est à peine contredit par Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), bien embarrassé face à l’accumulation des avanies découvertes par ses inspecteurs : du scandale des falsifications à l’usine Areva du Creusot qui a abouti à homologuer des composants «non-conformes» aujourd’hui installés sur les réacteurs français, à la découverte récente de 150 soudures défectueuses sur l’EPR de Flamanville dont la mise en service vient encore d’être reportée à 2020…

Scénarios catastrophe

Ce qui inquiétera sans doute le plus le téléspectateur, c’est cette fameuse séquence sur le risque de rupture du barrage de Vouglans, dans le massif du Jura : si cette énorme retenue venait à céder, ce sont plus de 600 millions de mètres cubes d’eau qui déferleraient dans l’Ain jusque dans la vallée du Rhône, engloutissant une trentaine de villages, jusqu’à noyer les quatre réacteurs de 900 MW du Bugey (Ain) à 70 km. La gigantesque vague inonderait en partie Lyon et pourrait même atteindre d’autres centrales en aval, comme celle de Cruas (Ardèche)… Privés d’électricité et de refroidissement, les réacteurs touchés pourraient entrer en fusion. Une catastrophe pire que Fukushima. Mais là, miracle, selon les calculs d’EDF, l’eau s’arrêterait aux portes de la centrale selon une ligne «comme tracée à la règle». Sous couvert d’anonymat, un ancien expert sûreté d’EDF, confirme documents internes à l’appui, l’existence de «fissures» et de «fragilités» sur le barrage de Vouglans, qui heureusement, est «l’un des plus surveillés au monde».

Au-delà de ces scénarios catastrophe, l’électricité nucléaire est surtout de moins en moins compétitive face aux énergies renouvelables, jusqu’à devenir absurde économiquement. Le mur des investissements à venir se monte à 100 milliards d’euros et plus pour prolonger coûte que coûte l’aventure nucléaire. Et au moment où le nucléaire recule un peu partout dans le monde, le rêve d’exporter l’EPR s’évapore peu à peu. «C’est un réacteur mort-né», diagnostique l’expert Mycle Schneider. Le film pointe l’état de quasi-faillite d’EDF et rappelle que ce sont les Français qui paieront un jour la facture. Pourtant «la fuite en avant continue» : «L’industrie nucléaire est comme un cycliste qui doit continuer à pédaler pour ne pas tomber», conclut Yves Marignac. Plus dure sera la chute.

Nucléaire, la fin d’un mythe, un film de Bernard Nicolas, Thierry Gadault et Hugues Demeude. Coproduction Bonne Pioche/Public Sénat. Diffusion sur Public Sénat, le samedi 22 septembre à 21 h 00

Jean-Christophe Féraud, le 22 septembre 2018 à 11:07

https://www.liberation.fr/france/2018/09/22/le-nucleaire-francais-demystifie-du-plan-messmer-a-l-epr_1679824

Sep 22

CONFÉRENCE À COMMERCY (55) : SORTIR DU NUCLÉAIRE EN 10 ANS MAXIMUM, C’EST POSSIBLE

Conférence proposée par l’association « Là qu’on vive » et animée par Claude Kaiser. Présentation d’un schéma de sortie du nucléaire en moins de 10 ans, suivie d’un débat sur le sujet.

« Quand on est comme nous opposés à l’enfouissement des déchets nucléaires, on est fort logiquement contre le nucléaire, c’est-à-dire l’énergie qui en produit. On a donc construit un scénario de sortie du nucléaire qu’on pense réaliste, voire même minimaliste. Et on démontre sa faisabilité économique, humaine et technique. Ce n’est qu’une question de volonté politique. » Claude Kaiser, intervenant à la conférence.

Quand, Où?: le 28/09/2018 à 20h30, Local de « Là Qu’on Vive », 4, avenue Carcano, Commercy 55200 (Voir le plan d’accès)

Organisateur : « Là qu’on vive », tél : 06.42.89.15.96

Tarif : Gratuit

https://www.estrepublicain.fr/pour-sortir/loisirs/Rencontre-conference/Conferences/Lorraine/Meuse/Commercy/2018/09/28/Comment-sortir-du-nucleaire-en-10-ans

Sep 21

NUCLÉAIRE : DOIT-ON EN AVOIR PEUR ?

Sur Public Sénat retrouvez l’émission « Un monde en docs » consacrée au nucléaire samedi 22 septembre à 21h et dimanche 23 septembre à 10h.

Chaque jour, les 58 réacteurs nucléaires qui composent le parc français, produisent l’essentiel de l’électricité nécessaire aux Français. La France est le deuxième pays au rang mondial, derrière les États-Unis, en matière de réacteur de puissance pour la production d’électricité. Construites il y a près de 40 ans pour certaines, nos centrales sont-elles encore sûres ou faut-il craindre un risque d’accident ?

La question du nucléaire en France divise, 8 réacteurs fêteront leurs quarante ans d’activités en 2030, c’était le délai de vie maximal envisagé lors de leur création. Ce constat remet la question de la sûreté de nos installations nucléaires au cœur du débat. Lorsqu’on interroge Valérie Faudon, déléguée générale de la Société Française d’énergie nucléaire (SFEN), (NDLR : lobby 100 % pronucléaire) sur la possibilité d’un risque, la réponse est sans attente. « La réponse est non. On sort de six mois de commission parlementaire sur la sûreté et la sécurité du nucléaire, et la conclusion de la commission, c’est qu’il n’y a pas de risque de sûreté urgent en France ».

Depuis 2006, la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière de nucléaire (TSN) a fait de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) une autorité administrative indépendante. Elle a engagé depuis la mise en place d’un nouveau cadre réglementaire. Face à des événements de catastrophe majeurs à l’international, comme en 2011 à Fukushima, les contrôles des installations françaises sont d’autant plus nombreux. D’après la déléguée générale de la SFEN, l’ASN fait « mille visites par an d’inspection dans les installations nucléaires, parfois en prévenant, parfois en ne prévenant pas. À chaque fois qu’ils font une inspection, ils font une lettre de suite qui est publiée. Chose très importante, ils ont le pouvoir, sans avoir besoin de rendre des comptes à personne, d’arrêter le fonctionnement d’une installation s’ils jugent qu’il y a du danger ». C’est notamment le cas de la centrale du Tricastin qui a vu l’année passée deux de ses réacteurs mis obligatoirement à l’arrêt par l’ASN. En cause la possibilité de rupture d’une partie de la digue du canal de Donzère-Mondragon entraînant un risque considérable d’inondation. Pour Valérie Faudon « si l’autorité de sûreté nucléaire pensait qu’il y avait le moindre risque sur une installation en France aujourd’hui, ils l’arrêteraient ».

Les failles d’EDF

Même si l’ASN semble contrôler d’une main de fer la sécurité, le doute subsiste, car les réacteurs de différentes centrales présentes des risques. C’est notamment le cas de la centrale du Bugey. Située dans l’Ain à 35 kilomètres de Lyon, la centrale inquiète les professionnels et citoyens. Si le barrage du Vouglans (Jura) venait à rompre « 600 millions de mètres cubes d’eau […] seraient alors libérés et une vague de plusieurs mètres de haut déferlerait dans la plaine de l’Ain puis dans la vallée du Rhône, rencontrant sur son passage les 14 réacteurs nucléaires qui la jalonnent » révèle inquiet le réseau d’associations « Sortir du nucléaire » qui a publié un communiqué le 13 septembre dernier, sur les risques pour la France d’un « accident de type Fukushima ». Mais ce qui alarme d’autant plus, c’est le cas de l’EPR de Flamanville. Au-delà, du retard considérable accumulé (8 ans de retard) et du budget largement dépassé (coût initial de 3,5 milliards d’euros, aujourd’hui environ 11 milliards) les problèmes de mauvaises factures sont nombreux. L’ASN a détecté une anomalie dans la composition chimique de l’acier du couvercle et du fond de la cuve de l’EPR. Cela remet en cause la résistance de l’acier à une rupture brutale. L’ASN a donc imposé un remplacement des pièces défectueuses d’ici la fin 2024. (NDLR : mais pas de la cuve qui a le  même défaut). Certains voient dans le cas de Flamanville, l’échec cuisant d’une filière un peu « rouillée » qui continue de se lancer dans de nouveaux projets titanesques sans être capable d’assurer un risque zéro pour les centrales existantes.

Un risque indéniable

Pour la députée européenne et créatrice de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIRAD), Michèle Rivasi, le risque est grand « Avec la quantité de réacteurs, on a quand même 58 réacteurs, le tremblement de terre, il ne va pas nous prévenir. Regardez-moi, j’habite dans la Drôme, voyez en face de moi, j’ai Tricastin et puis un peu plus loin, j’ai Cruas et puis après, il y a St-Alban. S’il y a un séisme il ne vous avertit pas, donc dès demain on peut avoir un accident nucléaire, par inondation, par séisme et même par attentat. Ce qui n’existait pas à l’époque où on a construit les centrales nucléaires ». Pour la députée, le bilan est clair « Moi, j’en conclus que le nucléaire n’est pas sûr, il est très coûteux et il y a des risques d’accidents importants ».

Face aux nombreuses critiques, EDF prévoit la mise en place du projet de « grand carénage ». C’est un projet industriel de grande envergure qui vise à assurer aux centrales une durée de fonctionnement supérieure à 40 ans par le biais d’un double processus de modernisation et de rénovation. Mais le coût d’un tel projet est colossal, la multinationale française l’a chiffré à 55 milliards d’euros pour la période 2014-2025, quand la Cour des comptes chiffre ce « grand carénage » à la hausse et annonce un besoin de 100 milliards d’euros. Dans les deux cas, il est difficile d’imaginer comment le géant de l’électricité va faire pour assumer ces coûts au regard de sa dette qui s’élève à environ 34 milliards d’euros.

Par Juliette Beck

https://www.publicsenat.fr/article/societe/nucleaire-doit-on-en-avoir-peur-133353

Sep 21

DÉNONÇANT UNE «MENACE NUCLÉAIRE» EN PROVENANCE D’ISRAËL, L’IRAN S’ADRESSE À L’ONU

Bien qu’Israël n’ait jamais reconnu qu’il possédait des armes nucléaires, l’Iran demande à l’Onu de condamner et de contrôler l’État hébreu, selon des médias iraniens. La cause de cet appel réside dans un sévère avertissement lancé par Benjamin Netanyahu fin août.

L’Iran a demandé à l’Onu de condamner les menaces formulées par Israël à son égard et de placer sous sa supervision le programme nucléaire de l’État hébreu, rapportent jeudi les médias officiels à Téhéran, cités par Reuters.

«Les membres des Nations unies ne devraient pas fermer les yeux devant ces menaces et doivent agir avec fermeté pour éliminer toutes les armes nucléaires israéliennes», écrit l’agence Fars en citant une lettre adressée par l’ambassadeur iranien à l’Onu, Gholomali Khoshrou, au secrétaire général Antonio Guterres et au Conseil de sécurité.

Gholomali Khoshrou demande aux Nations unies de contraindre Israël à adhérer au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et de placer son programme nucléaire sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), un organisme de l’Onu.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré fin août, lors d’une visite dans un réacteur nucléaire secret, qu’Israël avait les moyens de détruire ses ennemis. Cette déclaration a été perçue par Téhéran comme une allusion explicite à la bombe atomique. Néanmoins, Israël n’a jamais reconnu qu’il possédait des armes nucléaires.

En outre, l’État hébreu s’efforce de convaincre les signataires de l’Accord de 2015 sur le nucléaire iranien de s’en retirer en suivant l’exemple des États-Unis, affirmant notamment que le texte ne garantit pas que Téhéran, qui est signataire du TNP, ne puisse pas se doter de l’arme nucléaire.

https://fr.sputniknews.com/international/201809201038159388-iran-israel-menace-nucleaire-onu/

Sep 21

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA PAIX : CE VENDREDI 21 SEPTEMBRE

Chaque année à travers le monde, nous célébrons la Journée internationale de la paix le 21 septembre. Cette journée a été déclarée en 2001 par l’Assemblée générale des Nations Unies en vue de renforcer l’idéal de paix, tant au sein des pays et qu’entre les pays eux-mêmes.

Le thème 2018 célèbre le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

voir le site et la vidéo 2’07

Comme chaque année, le Collectif « 21 Septembre » célèbre la Journée Internationale de la Paix, le 21 septembre. Il s’agit de commémorer chaque année la paix par le biais de l’éducation et de la prise de conscience de problématiques liées à la paix et la cessation de la violence.

Cette Journée a pour but d’inspirer les prochaines générations à devenir des artisans de la paix ! La Journée de la Paix modifie les comportements et encourage à agir pacifiquement tous les jours.

Les incitations à la haine et à la violence se multipliant, il nous paraît important d’accroitre la diffusion de messages de paix et de donner plus de visibilité à cette journée.

Prenez part à notre initiative en nous envoyant des messages, photos, vidéos ou autres !
N’hésitez pas à nous marquer sur les réseaux sociaux en utilisant les #PeaceDay et #21Sept.

En combinant nos efforts, nous atteindrons la paix !

Pacifiquement,

Le Collectif 21 Septembre

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76% des Français en faveur de l’engagement de la France dans un processus d’élimination des armes nucléaires

La France doit ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires

À l’occasion des 50 ans du TNP [1] et du premier anniversaire du Traité d’interdiction des armes nucléaires [2], le Mouvement de la Paix a commandé un sondage auprès de l’IFOP sur le thème « les Français, les dépenses militaires et l’élimination des armes atomiques » en partenariat avec La Croix et Planète Paix. Cette étude a été menée du 22 au 25 juin 2018 auprès d’un échantillon de 1001 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Une telle étude avait déjà été réalisée en 2012 par ce même institut pour l’association pacifiste.

Résultats bruts

L’IFOP a testé plusieurs propositions concernant la stratégie et la politique de la France. Il apparaît clairement que les Français sont en faveur d’une politique de sécurité dans le cadre de l’ONU, notamment en ce qui concerne l’élimination des armes atomiques. Ainsi, 76% des Français sont favorables à ce que « la France s’engage dans un processus international d’élimination totale et contrôlée des armes atomiques, tel que prévu par l’ONU ». Ce chiffre reste à un niveau très élevé, proche d’un questionnement similaire réalisé en 2012. Cette volonté est très forte dans tout le spectre politique.

À la question plus précise « Vous personnellement, pensez-vous que la France doive maintenant s’engager dans ce processus, c’est-à-dire signer et ratifier ce Traité d’interdiction des armes nucléaires », 67% des Français répondent favorablement, soit plus des deux tiers de la population. La question indiquait de manière transparente le contexte et la position adoptée par la France. Là encore, cette volonté est majoritaire dans tout le spectre politique et la distribution est relativement homogène dans toutes les sphères de la population.

À une première question concernant les dépenses publiques, les résultats montrent que le budget de « la défense, l’armée », serait avec 18%, le deuxième poste à réduire. Le contexte sécuritaire dans lequel les citoyens sont baignés depuis les attentats de 2015 peut expliquer ce résultat en baisse par rapport aux études précédentes.

Analyse

Ces chiffres confirment au plan national les évolutions constatées au plan mondial en faveur de l’élimination des armes nucléaires. Pour le Mouvement de la Paix : « ces données viennent conforter la dynamique du mouvement de fond en faveur de l’élimination des armes nucléaires qui s’exprime à travers la constitution d’un vaste rassemblement international pour l’élimination de ces armes, illégales au regard du droit international, dangereuses car menaçant l’existence même de l’humanité, inefficaces et inutiles militairement pour assurer la sécurité de notre peuple, coûteuses financièrement et moralement inadmissibles. ».

Ce vaste rassemblement international est constitué par les 3/4 des États du monde dont le Vatican, l’ONU, la Croix-Rouge internationale, des organisations syndicales, d’innombrables réseaux d’O.N.G. dont le réseau des maires pour la paix, le réseau des médecins pour la prévention des guerres nucléaires (Prix Nobel de la paix 1985), le réseau international pour l’abolition des armes nucléaires-ICAN [3] (Prix Nobel de la paix 2017).

Pour le Mouvement de la Paix, ce sondage vient confirmer que l’exigence de l’engagement de la France dans un processus international d’interdiction et d’élimination de l’arme atomique est très majoritaire parmi les citoyens. Ceci est en contradiction avec l’affirmation entretenue d’une méconnaissance et d’un désintérêt de l’opinion publique sur ces questions. « Cette étude d’opinion vient contredire les choix effectués par le gouvernement et le parlement qui viennent de voter, sans aucun effort de débat public, une nouvelle Loi de programme militaire visant notamment à renouveler l’ensemble de l’arsenal atomique français, en contradiction complète avec la loi internationale qui rend illégale la possession, la fabrication et la menace d’utilisation de l’arme atomique ».

Campagne

Le Mouvement de la Paix a engagé une campagne pour que la France s’engage, signe et ratifie le TIAN. Une pétition a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures. Le film « La Bombe et nous [4] » est diffusé dans de nombreuses salles en partenariat avec le Mouvement de la Paix et les organisations membres de ICAN-France. Elle s’exprimera à l’occasion des initiatives autour de la Journée internationale de la Paix du 21 septembre et lors des Marches pour la Paix organisées dans toute la France le samedi 22 septembre 2018 en liaison avec le collectif national « En Marche pour la Paix » fort de 153 organisations.

Le dimanche 14 octobre 2018, de nombreux partenaires organisent avec le Mouvement de la Paix une journée de mobilisation sur « les lieux du crime ». Le Mouvement de la Paix insiste : « Nous voulons interpeller le Président de la République pour lui dire : M. le Président, ôtez-vous la bombe du crâne ». Les pacifistes convergeront vers les lieux où l’État français prépare la guerre atomique pour dénoncer les conséquences humanitaires et l’illégalité de l’arme nucléaire. « Maintenant c’est confirmé, nous sommes la majorité ; M. le Président vous devez entendre cette volonté et engager la France dans la ratification du TIAN. »

Par Morvan56, le 21 septembre 2018 : Le blog de Morvan56

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Loi de programmation militaire 2019-2025 : lettre ouverte aux parlementaires

Autour de ces enjeux des choix politiques et financiers majeurs ont été faits puisque sur la période 2019-2025 la loi de programmation militaire a programmé des besoins à hauteur de 295 milliards d’euros, soit le deuxième budget de la nation si on excepte le règlement de la dette.

Un seul des 86 Missiles nucléaires M 51 composant la FOST (force océanique stratégique) coûte selon l’Usine Nouvelle 150 millions d’Euros soit le coût de 150 scanners corps entiers achetés chez Siemens ou à GE aux USA puisque la priorité donnée à l’électronique militaire a rendu notre pays dépendant au plan industriel malgré nos ressources intellectuelles et technologiques mal exploitées.

(source)

Au-delà de la somme considérable, eu égard aux besoins des populations, des services publics et des collectivités locales, cette loi de programmation engage le pays dans des choix stratégiques à long terme qui aurait dû entraîner un large débat dans le pays, débat auquel auraient pu être associés les services publics d’information à travers des débats contradictoires.

Des choix contradictoires avec les engagements internationaux de la France au titre de l’article 6 du tnp…

Pour retrouver cet article et les commentaires qui l’accompagnent, cliquer sur : https://blogs.mediapart.fr/morvan56/blog/210918/journee-internationale-de-la-paix-ce-vendredi-21-septembre

Sep 21

L’IRAN NE VEUT PAS PARLER AUX ÉTATS-UNIS

Nucléaire : Jeudi, l’Iran a une nouvelle fois accusé les États-Unis d’avoir violé leurs engagements en matière de nucléaire.

L’Iran a implicitement rejeté jeudi une récente offre américaine de négociations. Il a une nouvelle fois accusé jeudi les États-Unis d’avoir violé leurs engagements en se retirant en mai de l’accord international de 2015 sur son programme nucléaire.

Mercredi, le représentant spécial américain pour l’Iran Brian Hook a déclaré que Washington voulait négocier avec l’Iran un traité qui couvrirait à la fois le programme nucléaire et le programme balistique de Téhéran. Il a présenté l’accord de 2015 comme un simple «accord personnel entre deux gouvernements», non comme un traité.

«Ils se moquent des appels à la paix»

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a contesté cette interprétation. L’accord signé à Vienne en juillet 2015, écrit le chef de la diplomatie iranienne, était bien «un accord international confirmé par une résolution (du Conseil de sécurité) de l’ONU», a-t-il écrit sur Twitter.

«Les États-Unis ont violé les engagements de ce traité (…) Apparemment, ils se moquent des appels à la paix», ajoute le chef de la diplomatie iranienne.

Les cinq autres pays signataires de l’accord de 2015 (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Chine et Russie) tentent de le sauver, affirmant que c’est le meilleur moyen d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

Pour Brian Hook, les dirigeants iraniens ne semblent guère intéressés par un dialogue avec les États-Unis, malgré les demandes du président Donald Trump et du secrétaire d’État Mike Pompeo.

https://www.24heures.ch/monde/L-Iran-ne-veut-pas-parler-aux-EtatsUnis/story/14986315

Sep 21

BELGIQUE : LE REDÉMARRAGE DANS QUELQUES JOURS DE TIHANGE 3 EST PRÉMATURÉ SELON L’AFCN

Selon l’Agence fédérale du contrôle nucléaire (AFCN), le redémarrage du réacteur Tihange 3, prévu le 30 septembre, est prématuré, rapporte De Standaard jeudi soir sur son site web.

« D’un point de vue tant théorique que pratique, le redémarrage du réacteur n’est pas faisable dans un délai de dix jours« , affirme le porte-parole de l’AFCN, Erik Hulsbosch, cité par De Standaard.

Selon le gendarme nucléaire, Engie Electrabel devrait reporter l’échéance début de la semaine prochaine.

Des dégradations du béton ont été détectées dans les bâtiments bunkerisés annexes au réacteur abritant des systèmes de secours de 2ème niveau. Tihange 3 est à l’arrêt depuis la fin du mois de mars.

Des problèmes similaires ont également été décelés sur les réacteurs de Doel 4 et Tihange 2. Des analyses sont en cours afin de poser un diagnostic correct et lancer les travaux de réparation. Selon Erik Hulsbosch, ceux-ci pourraient durer six mois.

La disponibilité de ces réacteurs en hiver n’est donc pas garantie, souligne De Standaard.

https://www.7sur7.be/7s7/fr/2765/Environnement/article/detail/3477902/2018/09/20/Le-redemarrage-dans-quelques-jours-de-Tihange-3-est-premature-selon-l-AFCN.dhtml

Sep 21

UNE ÉMOUVANTE EXPOSITION À CAEN POUR PERPÉTUER LA MÉMOIRE D’HIROSHIMA ET NAGASAKI

« Nous essayons de transmettre ce qu’il s’est passé il y a 73 ans à Hiroshima« , témoigne le directeur du Mémorial de la paix d’Hiroshima, dont l’établissement a réalisé l’exposition visible au Mémorial de Caen jusqu’au 31 octobre 2018.

« Au moment du bombardement, il y a eu une lumière très blanche. J’ai pensé que j’allais finir ma vie ici. J’avais en tête l’image de mes parents, mes frères, ma grand-mère. J’ai couvert ma tête, mes yeux, et je me suis caché derrière une machine ».

Le récit de Yoshiko Kajimoto, survivante de l’explosion nucléaire d’Hiroshima venue témoigner à l’exposition consacrée au Mémorial de Caen à cette tragédie de la Seconde Guerre mondiale, rappelle la séquence du film d’animation Le Vent se lève, d’Hayao Miyazaki, où Kayo, une fille japonaise déambule dans les décombres de la cité en ruine.

Comme le maître nippon du film d’animation, Yoshiko Kajimoto raconte avec douceur mais force, cette catastrophe terrible qui s’est abattue il y a 73 ans sur Hiroshima et tua 140 000 personnes. 

L’exposition intitulée sobrement « Hiroshima-Nagasaki, août 1945 » est visible au mémorial de Caen du 20 septembre au 31 octobre 2018. Réalisée par le Mémorial de la paix d’Hiroshima et la ville de Nagasaki, l’exposition participe à la campagne internationale menée par les deux villes japonaises en faveur de la paix et de l’abolition des armes nucléaires.

« Tuer de plus en plus massivement »

« Ce sont deux villes qui ont connu des moments très difficiles historiquement, mais c’est la première fois que ces deux villes collaborent pour transmettre la mémoire. C’est très important. Nous essayons de transmettre ce qu’il s’est passé il y a 73 ans à Hiroshima », témoigne avec émotion Kenji Shiga, le directeur du musée Hiroshima Peace Memorial.

Hiroshima a été à jamais marquée dans sa chair par « Little Boy« , la première bombe atomique lâchée en temps de guerre par le bombardier américain B-29 Enola Gay le 6 août 1945 à 8h15 sur la cité japonaise. Trois jours plus tard, une deuxième bombe A était envoyée sur la ville de Nagasaki cette fois. Le Japon capitula peu de temps après, le 2 septembre 1945. 

« Cette exposition nous interroge vraiment sur ce que nous sommes capables de faire et d’être, sur ce que la guerre nous autorise à être. C’est peut-être ça la réelle monstruosité de la guerre. Elle nous autorise à tuer au nom du bien et du mal, et à tuer de plus en plus massivement », confie Stéphane Grimaldi, directeur général du Mémorial de Caen.

« Hiroshima est morte une fois »

Très ému par les photos visibles tout au long de l’exposition, Kenji Shiga juge que « la ville d’Hiroshima est morte une fois. On ne peut pas expliquer autrement comment nous avons perdu notre histoire ». La survivante Yoshiko Kajimoto espère, elle, que ce travail de mémoire éveillera la conscience de la jeune génération. « Quand je revois ces images d’Hiroshima et Nagasaki, je me dis qu’il ne faut plus jamais que cela se reproduise », souffle-t-elle. 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/emouvante-exposition-caen-perpetuer-memoire-hiroshima-nagasaki-1544592.html

Sep 21

LES DÉMOCRATES ENTENDENT BIEN EMPÊCHER TRUMP DE CRÉER UNE NOUVELLE OGIVE NUCLÉAIRE

Les démocrates ont préparé un nouveau projet de loi afin d’empêcher Donald Trump de créer de nouvelles ogives nucléaires de faible puissance qui pourraient bien provoquer une guerre nucléaire.

Les membres du Parti démocrate siégeant au Congrès des États-Unis ont préparé un projet de loi visant à empêcher la Maison-Blanche de créer des ogives de faible puissance pour ses missiles balistiques Trident II D5.

«Une nouvelle arme de faible puissance, déployée dans des sous-marins, viendra diminuer le seuil d’emploi d’armes nucléaires et augmenter la possibilité de fautes qui pourraient mener à un échange de frappes nucléaires globales», ont expliqué les auteurs du document publié sur le portail officiel du membre de la Chambre des représentants, Adam Smith.

Selon eux, l’installation d’ogives de ce type dans des sous-marins n’a pas de précédent dans l’histoire américaine. Dans ce contexte, les démocrates entendent interdire le financement de ce projet inclus dans le budget militaire de 2019.

En début d’année, les médias avaient annoncé le projet de l’administration de Donald Trump de réduire les limitations de l’utilisation de l’arme nucléaire et de développer une nouvelle ogive de faible puissance qui sera installée dans des sous-marins et des missiles modernisés Trident II D5. L’objectif principal de cette initiative? Une force de dissuasion face à la Russie en Europe de l’Est.

https://fr.sputniknews.com/international/201809191038151257-democrates-trump-ogive-nucleaire/

Sep 21

LE GOUVERNEMENT LANCE UNE CONSULTATION SUR LA GESTION DES DÉCHETS RADIOACTIFS

Sous l’égide de la commission nationale du débat public (CNDP), ce processus est prévu pour se dérouler de décembre à mars et doit « réactualiser les principes qui ont présidé à la gestion des déchets nucléaires dans notre pays et s’ouvrira à toutes les options possibles quant à l’avenir du nucléaire dans les décennies à venir« , a précisé le ministère dans un communiqué.

Les modalités de cette consultation seront présentées en novembre par la CNDP.

Parallèlement, un « centre d’information et de ressources à destination du grand public » a été lancé jeudi sous l’adresse www.cigeo.gouv.fr  sur le projet Cigéo, qui vise à enfouir à 500 m sous terre les déchets les plus radioactifs ou à vie longue du parc nucléaire français.

Promis en mars, ce site rassemble « les études des promoteurs du projet mais aussi celles des lanceurs d’alerte, des ONG et des associations opposées au projet« , explique le ministère, ajoutant que chacun a la possibilité d’y « proposer de nouvelles ressources documentaires et d’éléments d’appréciation« .

Le collectif « Bure Stop » d’opposants au projet Cigéo a fait part jeudi de « son refus de toute participation à cette mascarade sur internet comme au débat public qui s’annonce« .

« Il s’agit de faire à nouveau semblant d’intégrer la population française à un processus décisionnel alors que le projet de poubelle nucléaire est sur les rails« , a dénoncé le collectif dans un communiqué.

AFP / 20 septembre 2018 à 15h58

https://www.romandie.com/news/Le-gouvernement-lance-une-consultation-sur-la-gestion-des-dechets-radioactifs/955329.rom

Sep 21

SEIZE ORGANISATIONS MARCHERONT POUR LA PAIX ET CONTRE LES ARMES NUCLÉAIRES, SAMEDI 22 SEPTEMBRE À NEVERS

Les associations mobilisées veulent dénoncer l’augmentation des dépenses militaires mondiales et en finir avec les armes atomiques.

Les organisateurs dénoncent « l’augmentation des dépenses militaires mondiales. En France, 37 milliards d’euros doivent être dépensés, en sept ans, pour moderniser et remplacer les armes atomiques », déplore Jean-François Huet, co-président du Mouvement de la paix.

Pour lui et ses partenaires, « il faut résister et faire comprendre à nos dirigeants qu’ils doivent s’ôter la bombe du crâne ». Un sondage réalisé par son mouvement et le journal la Croix indique, rapporte-t-il, que « 76 % des Français veulent en finir avec les armes atomiques ».

1.739 milliards de dollars

François Diot, secrétaire départemental du Parti communiste, enfonce le clou : les dépenses militaires mondiales pèsent « 1.739 milliards de dollars par an. Il suffirait de 5 % de cette somme pendant dix ans pour éradiquer tous les problèmes de l’humanité : malnutrition, analphabétisation, maladie… »

Les organisateurs souhaitent que la France signe le traité d’interdiction des armes nucléaires, paraphé par 132 États et ratifié par 59 d’entre eux. « Le sujet est totalement absent des débats publics », regrette Jean-François Huet.

La marche de samedi sera précédée, la veille, d’une rando douce de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) au départ du stade Léo-Lagrange, à Nevers. Elle portera le nom de Roger Boissay, récemment disparu. Il était membre du Mouvement de la paix, de la FSGT et a longtemps été secrétaire général de la CGT.

Outre les mouvements cités dans l’article, la marche est organisée par la FSU, l’association Garchizy culture de paix, les Amis de la fédération pour la mémoire de la déportation, la CGT, l’Anac, AOC, EELV, la Ligue des droits de l’homme, la Libre Pensée, le Mrap, le CCFD, France-Kurdistan et Solidaires 58.

Pratique

Marche pour la paix, samedi 22 septembre, à partir de 10 h, de la place Carnot, à Nevers, à la médiathèque Jean-Jaurès.

Rando douce, vendredi 21 septembre, à 17 h 30, au stade Léo-Lagrange, à Nevers.

https://www.lejdc.fr/nevers/social/2018/09/20/seize-organisations-marcheront-pour-la-paix-et-contre-les-armes-nucleaires-samedi-22-septembre-a-nevers_12985444.html

Sep 20

ÉDOUARD PHILIPPE ET LE NUCLÉAIRE CE MATIN SUR FRANCE INTER

Extrait :

« Les discussions sont en cours pour organiser l’investissement sur l’énergie sur les 20 ans qui viennent : 50% nucléaire et 50 % qui n’en relèveront pas. Nous prenons le temps d’en discuter. Nous évoquerons les hypothèses et nous lancerons les discussions fin octobre« . 

NDLR : ceux qui rêvaient encore un peu vont peut-être enfin comprendre que la sortie du nucléaire, même progressive n’est pas pour demain… sauf accident… et encore ! Pour nos dirigeants, le nucléaire n’est pas un choix, c’est une religion !!!

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-20-septembre-2018

Sep 20

NARBONNE : UNE DÉTONATION ET UN INCENDIE SUR LE SITE NUCLÉAIRE ORANO DE MALVÉSI

Les sapeurs-pompiers de l’Aude sont intervenus en fin de matinée, à Narbonne, suite à la détonation d’un fût d’oxydes métalliques de 200 litres, entreposé dans un local fermé du site nucléaire d’Orano Malvesi, ex-Areva. L’incendie a été rapidement maîtrisé. Il y a 3 blessés légers.

Le personnel en place est intervenu très rapidement et a éteint le feu au moyen de sable.

Le risque ayant été rapidement maîtrisé, l’activation du PPI (plan particulier d’intervention) et du POI (plan opérationnel d’intervention) n’a pas été nécessaire.

Les 2 personnes qui travaillaient à proximité ont été légèrement blessées, ainsi qu’une 3ème personne, venue à leur secours. Elles ont été évacuées au centre hospitalier de Narbonne, pour observation.

Par précaution, un périmètre de sécurité de 50 mètres a été mis en place par les pompiers.

Les analyses réalisées sur les personnes qui se trouvaient à proximité ainsi qu’aux alentours du fût n’ont montré aucune trace de contamination.

Le sous-préfet de Narbonne s’est rendu rapidement sur place pour veiller au respect des mesures de sécurité. Le préfet a demandé, en liaison étroite avec le parquet, qu’une enquête de l’inspection du travail soit réalisée dans les meilleurs délais afin de vérifier les conditions de travail des salariés qui ont été concernés. Il a par ailleurs sollicité la DREAL afin de vérifier le respect des prescriptions réglementaires établies dans le cadre de l’installation classée.

Par Fabrice Dubault, publié le 19/09/2018 à 15:26

http://phplist.amisdelaterremp.fr/lists/?m=812&uid=05de3a3148ebce886ead9db371d0d882&p=view&pi=ViewBrowserPlugin

Sep 19

RÉFORME EN VUE POUR LE DISPOSITIF D’ACHAT DE L’ÉLECTRICITÉ NUCLÉAIRE D’EDF

Paris – Le gouvernement prépare une réforme du dispositif obligeant EDF à vendre à ses concurrents son électricité nucléaire à prix fixe, afin de le rendre plus rigide pour les fournisseurs alternatifs, qui se sont alarmés mardi des changements envisagés.

L’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) oblige EDF à revendre à ses concurrents jusqu’à 100 térawattheures (TWh) de son électricité nucléaire produite en France, à un prix fixé actuellement à 42 euros le mégawattheure. Ce dispositif, qui doit courir jusqu’en 2025, est censé accroître la concurrence sur le marché hexagonal.

Mais le gouvernement a indiqué en mars vouloir en réformer les modalités à la suite d’un rapport critique de la Cour des comptes sur ce dispositif. Il a ainsi présenté un projet de décret au Conseil supérieur de l’énergie (CSE).

Le texte, consulté mardi par l’AFP, prévoit de rendre l’accès à l’Arenh plus rigide pour les fournisseurs alternatifs, qui devront demander dès le 15 janvier (avec deux autres échéances en juillet et novembre) la quantité d’électricité qu’ils souhaitent pour le 1er janvier de l’année suivante.

Cette règle est destinée à les empêcher d’effectuer des arbitrages de dernière minute en fonction des prix du marché.

« Le projet de réforme constitue une menace grave pour la concurrence sur le marché de l’électricité en France et in fine pour les consommateurs français, et ce à un moment où les conditions de marché sont particulièrement délicates« , avec des prix élevés, estiment dans un communiqué commun les associations AFIEG, ANODE et UPRIGAZ, qui rassemblent les fournisseurs alternatifs, et le CLEEE, qui représente les grands consommateurs d’électricité.

« Les règles envisagées par l’administration réduisent significativement la visibilité des fournisseurs et des consommateurs sur les volumes qui seront effectivement alloués. Elles augmentent également les coûts d’exercice des droits Arenh pour les fournisseurs alternatifs et les consommateurs d’électricité« , soulignent-ils.

L’intérêt des fournisseurs alternatifs pour l’Arenh a évolué en fonction des prix sur le marché de gros de l’électricité. Le dispositif avait été délaissé en 2016, quand les fournisseurs pouvaient s’approvisionner moins cher sur le marché, mais il est revenu en faveur avec la hausse des prix.

jmi/tq/nth

AFP / 18 septembre 2018 16h58)

(NDLR : cet article ne concerne pas les fournisseurs qui ne proposent que de l’électricité d’origine renouvelable)

https://www.romandie.com/news/R-forme-en-vue-pour-le-dispositif-d-achat-de-l-lectricit-nucl-aire-d-EDF/954672.rom

Sep 19

POLYNÉSIE : L’ÉTAT CONDAMNÉ À VERSER 11,2 MILLIONS (Fcfp) À UN ANCIEN MILITAIRE

PAPEETE, 18 septembre 2018 – Le tribunal administratif de Polynésie française condamne après expertise l’État à verser une indemnité 11,2 millions Fcfp à un ancien militaire, en poste sur l’atoll de Hao à la fin des années 60, et aujourd’hui atteint de cancers de la peau et du système immunitaire.

Cet ancien militaire de carrière, affecté sur l’atoll de Hao de 1966 à 1969, puis en 1971, souffre aujourd’hui d’un cancer cutané diagnostiqué en 1996 et d’un lymphome non hodgkinien, une grave déficience cancéreuse du système immunitaire dont il est reconnu atteint depuis 2009.

Durant le séjour de cette victime à Hao, 19 essais nucléaires aériens avaient été effectués par le Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) à Moruroa ou Fangataufa.

Alors que ses demandes d’indemnisation sous couvert de la loi Morin étaient jugées non recevables par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) et rejetées par le ministère de la défense, en 2011 puis en 2014, le plaignant s’était tourné vers la justice administrative en 2013, et demandait à titre principal de condamner l’État à lui verser 43,4 millions Fcfp en réparation de ses préjudices.

Le 30 juin 2015, le tribunal administratif de Polynésie française avait condamné l’État à lui verser une indemnité provisionnelle de 2 millions Fcfp à valoir sur l’indemnisation finale qui devait être établie après expertise définitive en « réparation de l’intégralité des préjudices qu’il a subis à la suite des essais nucléaires menés en Polynésie française« .

Pour cet ancien militaire atteint de plusieurs cancers reconnus comme potentiellement radio-induits, l’expertise conduite depuis a évalué l’ensemble des préjudices subis à la somme de 11 169 000 Fcfp. (NDLR : environ 93 000 €)

Compte tenu de la provision de 2 millions Fcfp déjà versée, c’est la somme qu’a été condamné à lui verser l’État en réparation des préjudices subis et imputables à son exposition aux radiations ionisantes. En outre cette réparation financière devra être acquittée avec intérêts au taux légal à compter du 26 juin 2010, date de présentation de la première demande d’indemnisation du plaignant.

Rédigé par JPV le Mardi 18 Septembre 2018 à 13:55

https://www.tahiti-infos.com/Nucleaire-l-Etat-condamne-a-verser-112-millions-a-un-ancien-militaire_a175149.html

Sep 19

LA CORÉE DU NORD PRÊTE À FERMER UN SITE DE TIRS DE MISSILES EN PRÉSENCE D’INSPECTEURS INTERNATIONAUX

Après deux jours de discussions, les présidents du Sud et du Nord se sont mis d’accord sur « des mesures concrètes pour la dénucléarisation ».

Le président sud-coréen, Moon Jae-in, n’arrivera pas les mains vides pour sa rencontre, attendue au plus tard le 24 septembre, avec son homologue américain, Donald Trump, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies :

M. Moon peut désormais se prévaloir des « mesures concrètes pour la dénucléarisation » décidées par la Corée du Nord et annoncées, mercredi 19 septembre, au terme de deux journées d’intenses discussions, à Pyongyang, avec le dirigeant du Nord, Kim Jong-un.

Au cours d’une conférence de presse qui a suivi la signature de différents accords à Baekhwawon, la luxueuse résidence des hôtes étrangers de la Corée du Nord, Moon Jae-in a signalé que Pyongyang était déterminé à accepter la présence d’inspecteurs internationaux lors de la fermeture de son pas de tir de missiles de Tongchang-ri.

Kim Jong-un envisage également d’arrêter de manière permanente le site nucléaire de Yongbyon, qui abrite l’unique réacteur du pays et des installations de recherche sur l’atome, à condition toutefois « que les États-Unis adoptent des mesures équivalentes dans l’esprit de la déclaration américano-nord-coréenne du 12 juin », référence au premier sommet de l’histoire entre dirigeants nord-coréen et américain. Une exigence de réciprocité qui reste à préciser et à négocier avec Washington.

C’est la première fois que la Corée du Nord se montre aussi déterminée dans le dossier de la dénucléarisation, a pu constater Moon Jae-in, qui a souligné la volonté des deux Corées de faire de la péninsule une « terre de paix sans armes nucléaires et sans menace nucléaire ».

Reste à savoir si ces décisions convaincront Donald Trump. La première réaction du président américain était positive : « Kim Jong-un a consenti à des inspections nucléaires, il a accepté d’aboutir à des négociations et de démanteler de manière permanente un site de test et une rampe de lancement (…). Pendant ce temps, il n’y aura pas de fusée ni de tests nucléaires. Les dépouilles de nos héros vont continuer à revenir aux États-Unis. Et puis la Corée du Nord et du Sud vont enregistrer une candidature commune pour accueillir les Jeux olympiques de 2032. Très enthousiasmant ! », a-t-il tweeté dans la nuit, sans évoquer toutefois la réciprocité attendue de la part des États-Unis, mentionnée par Kim Jong-un.

Trump considère le sommet de Singapour, lors duquel il a rencontré M. Kim, en juin, comme un succès. Même si Washington a, depuis, montré son impatience quant au fait de ne pas disposer d’un inventaire détaillé des armes et des installations nucléaires nord-coréennes.

Les annonces de Pyongyang pourraient faciliter la tenue d’un nouveau sommet américano-nord-coréen que M. Moon devrait appuyer auprès de M. Trump. Restent les questions essentielles d’une déclaration officielle de la fin de la guerre de Corée (1950-1953) sur laquelle se sont engagés Séoul et Pyongyang, et qui, pour l’instant, gêne les États-Unis, ainsi que celle de la levée, à terme, des sanctions économiques imposées à la Corée du Nord. Et celles, tout aussi fondamentales, du stock d’ogives et de missiles nord-coréens, et des contreparties exactes que Pyongyang attend pour arrêter son site de recherche nucléaire.

« Tournant dans l’histoire »

En attendant, MM. Moon et Kim se sont réjouis des avancées obtenues. « Nous avons planté les graines de la paix, et elles ont porté leurs fruits », s’est félicité Moon Jae-in. Soulignant la force des engagements à même de « faire passer une nouvelle étape aux relations entre le Nord et le Sud », M. Kim a parlé de son côté d’une « avancée vers une ère de paix et de prospérité dans la péninsule » et promis de se rendre à Séoul « dans un avenir proche », une visite historique qualifiée par Moon Jae-in de « tournant dans l’histoire de la Corée ».

Outre les questions nucléaires, les deux voisins ont signé un accord dans le domaine militaire, devant permettre de réduire les risques de confrontation et de guerre dans la péninsule. Cet accord était attendu. Le 13 septembre, les militaires des deux pays s’étaient retrouvés pour faire avancer les discussions. La Maison Bleue, la présidence sud-coréenne, avait laissé entendre avant le début du sommet qu’il ne restait que « quelques points d’achoppement » pour y parvenir.

Des postes avancés dans la zone démilitarisée (DMZ) seront supprimés d’ici à décembre et des zones tampons seront établies le long de la DMZ et des frontières maritimes, pour éviter les risques de confrontation. La joint security area (« zone de sécurité commune ») à Panmunjom sera nettoyée de ses mines d’ici à octobre.

De même, MM. Moon et Kim prônent la relance des visites au site touristique nord-coréen du mont Kumgang, suspendues après que des soldats du Nord avaient abattu une touriste du Sud en 2008, de l’aide humanitaire, d’une intensification des réunions des familles séparées par la guerre de Corée (1950-1953) et veulent faire avancer la connexion des réseaux ferroviaires et routiers des deux pays avant la fin de l’année, un projet qui tient particulièrement à cœur à M. Moon. Les deux dirigeants envisagent même de présenter une candidature pour organiser les Jeux olympiques d’été de 2032.

Ces annonces ont été formulées au terme de deux journées de discussions à Pyongyang, théâtre, du 18 au 20 septembre, du troisième sommet inter-coréen de 2018. Elles ont lieu treize ans exactement après la déclaration du 19 septembre 2005 « sur l’avancement des relations inter-coréennes ». La Corée du Nord avait alors déjà accepté de renoncer à ses ambitions nucléaires en échange de garanties pour la sécurité et d’un approvisionnement en énergie, ainsi que d’une aide économique.

Par Philippe Mesmer (Séoul, envoyé spécial)

LE MONDE | 19.09.2018 à 06h09 • Mis à jour le 19.09.2018 à 11h09 |

https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/09/19/la-coree-du-nord-annonce-l-arret-permanent-de-sa-principale-installation-nucleaire_5357019_3216.htmla

Sep 19

EDF LÈVE 3,75 MILLIARDS DE DOLLARS LORS D’UNE ÉMISSION OBLIGATAIRE

Paris – EDF a annoncé mercredi avoir levé 3,75 milliards de dollars (environ 3,2 milliards d’euros) lors d’une émission obligataire aux États-Unis, ce qui lui permettra de refinancer certaines échéances.

Cette émission de dette se décompose en trois tranches assorties d’échéances allant de 10 à 30 ans.

Ces opérations « permettent au groupe EDF de poursuivre le renforcement de la structure de son bilan ainsi que de refinancer des échéances prochaines », a détaillé le groupe dans un communiqué.

Au 30 juin, la dette nette de l’électricien français s’élevait à 31,3 milliards d’euros, soit 2,1 fois son résultat opérationnel (Ebitda).

(NDLR : en clair, EDF ne peut faire face à certaines échéances et emprunte pour rembourser sa dette…, ce qui n’est jamais un signe de bonne santé).

mhc/tq/mcj

AFP / 19 septembre 2018 09h02

https://www.romandie.com/news/EDF-l-ve-3-75-mds-de-dollars-lors-d-une-mission-obligataire/954828.rom

Sep 19

PÉTITION : EN FINIR AVEC LES RÉACTEURS NUCLÉAIRES DE BUGEY

Après Tchernobyl et Fukushima, nous savons qu’il n’est plus possible d’affirmer que le nucléaire soit une industrie sûre. Nous savons aussi que les catastrophes nucléaires ont des effets extrêmement graves bien au-delà des 30 km et que cela peut arriver en France.
Alors, soutenons la démarche de 201 personnalités de la région Rhône-Alpes, signataires de la lettre ouverte demandant l’arrêt des réacteurs nucléaires du Bugey (Ain).

Lettre ouverte à Monsieur le ministre de la Transition écologique et solidaire et au Conseil d’Administration d’Électricité De France

Habitant à proximité du site nucléaire du Bugey, nous sommes menacé-e-s par un accident nucléaire majeur qui occasionnerait de graves retombées radioactives, avec des conséquences sanitaires et létales, et des répercussions économiques et sociales désastreuses. L’état dégradé des installations vieillissantes, les risques propres à l’environnement du site, les risques d’erreurs humaines ou les risques grandissants d’attaque terroriste renforcent la probabilité d’un tel accident. La mise à l’arrêt dans les plus brefs délais des réacteurs du Bugey est donc indispensable pour des raisons de sûreté.  

Cela peut se faire sans entraîner aucune pénurie d’électricité ni aucune crise économique ou sociale.

Nous ne voulons pas être évacué-e-s ou obligé-e-s de vivre dans un environnement contaminé par la radioactivité qui nous condamnerait à mourir d’un cancer, d’une leucémie ou autre maladie provoquée par les rayonnements.

Un accident de type Fukushima ou Tchernobyl est tout à fait possible (selon Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, « un accident nucléaire majeur ne peut être exclu nulle part »).

Un tel accident sur le site nucléaire du Bugey serait un véritable désastre pour la région, et même au-delà, compte tenu :

– du grand nombre d’habitants (plus de 1,3 millions à moins de 30 km et plus de 4,4 millions à moins de 80 km) et de l’évidente impossibilité d’évacuer les villes situées aux alentours : Lyon à 35 km, Chambéry à 50 km, Genève à 70 km, Saint-Étienne et Grenoble à 80 km, …

– de la présence en aval du site des principales ressources en eau potable de l’agglomération
lyonnaise et des risques de contamination du Rhône avec rejet dans une mer fermée ;

– des nombreuses liaisons routières, autoroutières et ferroviaires qui sont les principaux axes français et européens d’échanges nord – sud ;

– de l’importante activité économique à proximité immédiate du site (plaine de l’Ain, métropole lyonnaise,…) ;

– de la présence, à 17 km du site, de l’aéroport international de Lyon Saint-Exupéry.

Les 4 réacteurs du Bugey sont les plus vieux encore en fonctionnement en France, après ceux de Fessenheim :

– des composants vitaux, qui pour la plupart ne peuvent être remplacés, présentent des signes de faiblesse (cuve du réacteur, enceinte de confinement, générateurs de vapeur, béton,…) ;

– le réacteur N° 5 a une enceinte de confinement fuyarde ;

– les réacteurs N° 2, 3 et 4 cumulent des pièces non conformes aux critères initiaux de sûreté nucléaire, suite aux falsifications d’AREVA Creusot Forge et du japonais JCFC ;

– il existe des failles sismiques actives à proximité ;

– il y a des risques d’inondation, et même de tsunami terrestre, suite à la rupture toujours possible des barrages de Vouglans ou de Génissiat en amont du site ;

– il y a aussi un risque non négligeable d’accident d’avions gros porteurs qui quotidiennement survolent le site nucléaire en phases d’atterrissage et de décollage ;

– le risque terroriste ne peut être écarté sachant que certaines parties, comme les piscines d’entreposage des combustibles irradiés, sont particulièrement vulnérables ;

– il y a enfin le risque d’incidents en série, dégénérant en accident grave, accru par le vieillissement des composants, par les nombreuses pièces non conformes présentes dans ces réacteurs et par des interventions simultanées difficiles à coordonner (nombreux sous-traitants, erreurs humaines,…).

Pour éviter qu’une nouvelle catastrophe nucléaire ne se produise, pour éviter d’être contaminé-e-s, évacué-e-s, ruiné-e-s, la seule manière sûre est de mettre à l’arrêt définitif ces réacteurs nucléaires. C’est non seulement possible mais vital pour la région.

Cela n’entraînera pas une pénurie d’électricité :

– d’une part, les réacteurs nucléaires de la centrale du Bugey ont souvent été à l’arrêt au cours des mois passés (deux sur quatre en moyenne au cours de l’année 2016) et malgré une période très froide début 2017, avec de nombreux autres réacteurs nucléaires arrêtés, il n’y a pas eu de coupure d’électricité

– d’autre part, les autres moyens de production (dont les énergies renouvelables qui produisent déjà régulièrement plus de 50% de la consommation d’électricité de la Région Auvergne-Rhône-Alpes) pourront être mobilisés plus efficacement et massivement lorsque les réacteurs nucléaires du Bugey seront définitivement arrêtés.

Cela n’entraînera pas non plus une crise économique :

– de nombreux travailleurs, dont en grande partie ceux de la centrale du Bugey, devront s’occuper des opérations de mise à l’arrêt définitif, de la sécurisation du site puis du démantèlement qui durera des dizaines d’années (comme cela se produit sur le site voisin de Creys-Malville où plus de 350 personnes travaillent à la surveillance du site et au démantèlement du réacteur Superphénix),

– le dynamisme régional, renforcé par le déploiement d’énergies renouvelables en lieu et place de la menace nucléaire, générera de nouveaux emplois.

Monsieur le Ministre d’État, Mesdames et Messieurs les Administrateurs, vous savez qu’un accident nucléaire arrivera probablement prochainement en France si rien n’est fait pour arrêter les réacteurs. Pour ceux de la centrale nucléaire du Bugey, proche de notre domicile, nous vous demandons de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour permettre leur mise à l’arrêt définitif avant leur quatrième visite décennale (prévue en 2020 pour Bugey 2, 2021 pour Bugey 4 et Bugey 5 et 2023 pour Bugey 3).

Texte préparé par les groupes du Collectif Stop-Bugey : Association Chalonnaise pour une Transition Écologique, Arrêt du nucléaire Savoie, Rhône-Alpes sans nucléaire, Sortir du nucléaire Bugey, Sortir du nucléaire Isère.

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Voir la liste des 200 premiers signataires (artistes, écrivains, élus et anciens élus, enseignants-chercheurs, médecins et professionnels de la santé, militants politiques, professionnels de la culture, professionnels de la montagne et du tourisme, responsables associatifs, responsables d’entreprises, syndicalistes, …) sur http://www.stop-bugey.org/  

PDF à télécharger pour plus d’infos

Texte de la pétition

Après Tchernobyl et Fukushima, nous savons :
– qu’il n’est plus possible d’affirmer que le nucléaire soit une industrie sûre,
– que les catastrophes nucléaires ont des effets extrêmement graves bien au-delà des 30 km,
– et que cela peut arriver en France.

La centrale nucléaire du Bugey (Ain) est l’une des plus vieilles centrales nucléaires françaises, et, en cas d’accident nucléaire majeur, elle provoquerait l’anéantissement d’une grande région et l’exode de sa population, dont l’agglomération lyonnaise. C’est pourquoi, en signant cette pétition, je soutiens la démarche des 201 personnalités locales signataires de la lettre ouverte demandant l’arrêt définitif des réacteurs nucléaires du Bugey avant leur quatrième visite décennale.

Pour signer la pétition en ligne, rendez-vous sur :

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/enfiniraveclesreacteursnucleairesde-2054html

Sep 18

CATTENOM : UN RÉACTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE S’ARRÊTE TOUT SEUL SANS EXPLICATION

Une unité de production de la centrale nucléaire de Cattenom en Moselle s’est arrêtée toute seule sans explication ce mardi après-midi. EDF tente d’identifier le problème.

Que s’est-il passé ce mardi à la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) ? L’unité n°3 s’est arrêtée « automatiquement » mardi 18 septembre 2018 à 12h09, selon un communiqué publié par EDF.

L’opérateur de la centrale située au nord de Thionville, à quelques kilomètres de la frontière luxembourgeoise, ajoute : « Les analyses sont en cours afin de comprendre l’origine exacte de cet arrêt et de permettre le redémarrage de l’unité au plus tôt et en toute sûreté. »

Deux réacteurs sur quatre fonctionnent

Les unités n°1 et 4 fonctionnent et alimentent le réseau électrique. L’unité n°2 est en arrêt programmé pour sa troisième visite décennale depuis le 26 mai 2018, précise par ailleurs EDF.

Avec ses quatre réacteurs de 1 300 mégawatts chacun mis en service entre 1986 et 1992, Cattenom est la septième centrale au monde en puissance installée, et la deuxième en France pour sa production d’électricité.

Publié le 18 Sep 18 à 15:43

https://actu.fr/grand-est/cattenom_57124/cattenom-reacteur-la-centrale-nucleaire-sarrete-tout-seul-sans-explication_18650355.html

Sep 18

NUCLÉAIRE EN POLYNÉSIE: FRITCH VEUT  » RÉCLAMER UNE RÉHABILITATION DES MILIEUX NATURELS »

Édouard Fritch a répondu par courrier à une question posée par l’élue Tavini Éliane Tevahitua.

PAPEETE, le 17 septembre 2018. Interpellé par l’élue Tavini Eliane Tevahitua sur les conséquences des essais nucléaires sur notre environnement, le président du Pays a indiqué qu’il souhaite « réclamer une réhabilitation des milieux naturels de ces atolls ».

Début août, la représentante du Tavini Huira’atira à l’assemblée Éliane Tevahitua a interpellé le président du Pays sur le « préjudice (écologique) grave et irréversible infligé par la puissance administrante à notre patrimoine naturel commun  » causé par les essais nucléaires et les « milliers de tonnes déchets radioactifs » immergés. Au nom du code de l’environnement polynésien, l’élue de Tarahoi demande au président du Pays de saisir « les juridictions compétentes pour condamner l’État français en raison du préjudice grave et irréversible infligé (…) à notre patrimoine naturel commun » et que l’État  » procède à la décontamination réelle et effective des sites d’immersion des déchets ainsi que des sols, sous-sols et lagons de ces deux atolls« .

Dans sa réponse de quatre pages, Édouard Fritch indique : « Jusqu’au sommet de l’État, on sait que je ne lâche rien sur cette attente de vérité et de justice sur le fait nucléaire ». « La gestion des terres polluées aux hydrocarbures et aux métaux lourds de Hao est l’objet d’échanges nourris et parfois tendus. (..) Mais nous avançons pas à pas vers des solutions acceptables », assure-t-il.
« Concernant la surveillance des sites (…), j’ai demandé, lors des commissions d’information qui se sont déroulées en mars 2017 et en juin 2018, que l’État fasse participer des experts indépendants, de préférence universitaires (car les universitaires ont une obligation statutaire d’objectivité) à la définition du protocole de suivi et aux campagnes de prélèvements. J’ai l’intention d’aller plus loin et de réclamer une réhabilitation des milieux naturels de ces atolls », souligne-t-il.

Le 22 février 2016, lors de sa venue, François Hollande, alors président de la République, avait reconnu que les trente années d’expérimentation nucléaire à Moruroa et Fangataufa par le biais de 193 essais nucléaires (dont 41 atmosphériques) ont eu et ont encore aujourd’hui des conséquences.

https://www.tahiti-infos.com/Nucleaire-Fritch-veut-reclamer-une-rehabilitation-des-milieux-naturels_a175103.html

Sep 18

SUITE À UN INCIDENT, UN RÉACTEUR DE LA CENTRALE DE GOLFECH AU RALENTI

Un nouvel incident technique a obligé dans la nuit de dimanche à lundi, l’équipe de permanence de la centrale nucléaire de Golfech à ralentir au minium l’un des deux réacteurs du site. Joint, le responsable de la communication du CNPE de Golfech se voulait rassurant, en certifiant que : «Les équipes mobilisées ont procédé aux opérations de mise à l’arrêt sans impact sur la sûreté ou sur l’environnement

L’incident proviendrait d’une vanne

Tôt hier matin, l’équipe de Nicolas Brouzeng, le directeur de la centrale de Golfech, était sur le pont pour élucider cet arrêt et remettre en fonctionnement au plus vite l’unité de production. Le problème aurait été décelé vers 5 heures sur un écrou ayant déclenché une alarme dans la salle des commandes. Après une série de test, le réacteur a repris progressivement son fonctionnement, vers 11 heures. Il faudra toutefois encore attendre un peu pour que l’unité de production n° 2 reprenne sa pleine capacité de production (1300 mégawatts (mW). Il y a quinze jours seulement ce réacteur avait été remis en fonctionnement après un arrêt de tranche programmé de trois mois pour rechargement de combustible et des activités de maintenance (notre édition du 4 septembre dernier).

En juillet, un autre incident signalé

Le 24 juillet dernier, un incident sur cette même tranche, avait contraint les responsables de la centrale tarn-et-garonnaise a signalé à l’ASN (autorité de sûreté du nucléaire), le gendarme du nucléaire, un incident de niveau 1 (qui en compte 7). Il s’agissait là d’un problème sur de la tuyauterie. Lors d’une opération de maintenance sur une pompe d’un réservoir d’eau de secours, l’eau avait, en effet, dépassé durant deux jours les 40 degrés. Quelques jours plus tard (notre édition du 6 août dernier), c’est l’unité de production n° 1 qui devait être mise au ralenti en raison de la canicule.

Publié le 18/09/2018 à 03:54, Mis à jour le 18/09/2018 à 08:26

https://www.petitbleu.fr/article/2018/09/18/93537-suite-incident-reacteur-centrale-ralenti.html

Sep 18

URGENCE DÉCLARÉE À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE BRUNSWICK EN CAROLINE DU NORD

Tout le personnel empêché d’entrer dans l’installation en raison d’un «arrêt à chaud» en cours lundi, 17 Septembre, 2018

Les détails complets de l’événement se trouvent sur cette page d’alerte de la centrale nucléaire NRC.gov , qui stipule:

ÉVÉNEMENT INHABITUEL EN RAISON DE CONDITIONS DE SITE ÉVITANT L’ACCÈS AUX INSTALLATIONS

«Un événement dangereux a entraîné des conditions sur le site suffisantes pour interdire au personnel de la centrale d’accéder au site via des véhicules personnels en raison de l’inondation des routes locales par la tempête tropicale Florence

En d’autres termes, les ouvriers et les techniciens ne peuvent plus accéder aux installations de Brunswick, même s’ils effectuent un «arrêt à chaud» qui nécessite une surveillance humaine.

En d’autres termes, les centrales de Brunswick fonctionnent en aveugle .

L’ouragan Florence a frappé directement la centrale de Brunswick

Comme l’a déjà rapporté Natural News, l’ouragan Florence a frappé directement les installations de Brunswick , inondant toute la zone de pluies et d’inondations sans précédent.

L’ouragan a survolé la centrale de Brunswick pendant plus de deux jours, inondant la région de précipitations:

Natural News a été l’un des rares médias au monde à signaler le risque d’urgences nucléaires avant le passage de l’ouragan Florence. Cet article demande si un événement de type Fukushima pourrait se dérouler en Amérique du Nord . La réponse est oui, c’est possible.

Maintenant, le CNRC a déclaré une urgence à l’installation de Brunswick. Le personnel n’est pas en mesure d’accéder à l’installation, qui exécute une séquence d’arrêt à chaud. L’installation est apparemment aveugle.

Tout le littoral oriental des États-Unis est en péril, ce qui serait rendu inhabitable pendant 300 ans en cas de fusion du combustible nucléaire.

Personne dans les faux médias ne semble penser que cela est assez important pour couvrir. Après tout, ils sont trop occupés à blâmer Trump pour avoir causé l’ouragan lui-même.

La stupidité pure – et la tendance presque suicidaire – de l’homme moderne ne cesse jamais d’étonner.

Suivez plus de nouvelles sur les événements nucléaires à Nuclear.news .

L’usine de Brunswick est un «réacteur à eau bouillante», tout comme Fukushima

Comme l’indique ce lien du NRC américain, la centrale à vapeur de Brunswick, unité 1, est également un «réacteur à eau bouillante». Son fonctionnement a été autorisé en 1976 et son exploitation continue jusqu’en 2036. Le diagramme suivant (NDLR: aller sur le site pour voir les illustrations) montre comment fonctionnent les REB , en utilisant la chaleur des réactions nucléaires pour transformer l’eau en vapeur qui entraîne les turbines à vapeur qui produisent de l’électricité.

Les centrales à eau bouillante doivent être placées à basse altitude près des rivières ou des lacs pour avoir accès à de l’eau de refroidissement.

Les centrales nucléaires BWR s’appuient sur des conceptions de refroidissement qui utilisent de grandes masses d’eau locales (rivières ou lacs) pour transférer la chaleur de la centrale nucléaire à l’atmosphère. Ce transfert de chaleur est nécessaire pour empêcher les barres de combustible nucléaire de surchauffer et de fondre lors d’une réaction nucléaire incontrôlée. Ce qui est important, cette opération de refroidissement repose sur l’électricité pour faire fonctionner les pompes de refroidissement qui font circuler l’eau .

Pour cette raison, les centrales nucléaires américaines sont équipées de plusieurs systèmes de refroidissement redondants et de générateurs de secours capables de faire fonctionner les pompes même si le réseau électrique local est coupé. À la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, des générateurs diesel de secours et des systèmes d’alimentation par batterie étaient présents.

Vous vous demandez peut-être comment l’électricité est tombée en panne sur tous les plans, ce qui a provoqué l’arrêt des pompes de refroidissement, entraînant finalement la «criticité» des barres de combustible – c’est-à-dire une fusion. (Pour mémoire, tous les médias américains ont menti au sujet de l’effondrement de Fukushima, affirmant qu’il n’y avait pas eu d’effondrement. Ce n’est que maintenant, des années plus tard, que les médias admettent une fusion nucléaire. Juste un autre exemple de la manière dont les médias mentent sans relâche à propos de tout, pas seulement de la politique.

La réponse se trouve dans l’onde de tempête– une vague massive d’eau de mer qui a balayé les installations de Fukushima, noyant les générateurs diesel, les pompes à liquide de refroidissement et les batteries de secours. En effet, Fukushima était inondée d’eau de mer et tout a cessé de fonctionner. Mais la physique des barres de combustible fonctionnait toujours et vous ne pouvez pas arrêter les réactions de fission simplement en espérant et en souhaitant. Ainsi, les barres de combustible ont fondu et une fusion nucléaire a eu lieu, produisant la catastrophe de Fukushima dont nous souffrons encore tous aujourd’hui.

Comme l’explique la Commission de réglementation nucléaire sur cette page:

Le cœur du réacteur contient des assemblages de combustible qui sont refroidis par l’eau qui circule à l’aide de pompes électriques. Ces pompes et autres systèmes d’exploitation de l’installation sont alimentés par le réseau électrique. Si l’alimentation hors site est perdue, l’eau de refroidissement d’urgence est fournie par d’autres pompes, qui peuvent être alimentées par des générateurs diesel sur site. D’autres systèmes de sécurité, tels que le système de refroidissement de l’enceinte, nécessitent également une alimentation électrique. Les REB contiennent entre 370 et 800 assemblages de combustible.

Ce que le CNRC n’explique pas, cependant, c’est ce qui se passe lorsque toutes les génératrices électriques et de secours tombent en panne.

Voir mon analyse complète de la menace et la sagesse de la préparation dans cette vidéo exclusive REAL.video: REAL.video/5833644594001 (51mn22sec, en anglais)

Mike Adams

http://leblogdejeudi.fr/urgence-declaree-a-la-centrale-nucleaire-de-brunswick-en-caroline-du-nord/

Sep 18

CENTRALES NUCLÉAIRES : VAN RUYMBEKE LANCE UNE INSTRUCTION JUDICIAIRE CONTRE EDF

Exclusif. La justice instruit une plainte pour délit de favoritisme contre EDF. En cause : un marché d’un milliard d’euros pour équiper les centrales nucléaires en groupes électrogènes de secours. Chantier sur lequel la compagnie est d’ailleurs très en retard.

Ce devait être une simple affaire de routine industrielle. Bien moins compliquée que la construction, laborieuse et ruineuse, de l’EPR de Flamanville : équiper chacun des 58 réacteurs nucléaires (répartis sur 19 sites en France) d’un groupe électrogène diesel d’ultime secours (DUS). Une obligation imposée en 2012 à EDF par l’Autorité de Sûreté nucléaire (ASN) après la catastrophe de Fukushima. Ce DUS est un moteur puissant de 60 tonnes, installé à l’extérieur de la centrale dans un bunker de 25 mètres de long, conçu pour résister aux événements les plus extrêmes et pouvoir ainsi fournir coûte que coûte de l’électricité en cas de crise majeure. L’ASN avait fixé à EDF un délai impératif pour la mise en service pour ce programme de secours : le 31 décembre 2018.

Problème : trois mois avant cette échéance, seule une demi-douzaine de DUS (sur 56 nécessaires) a été installée. Et comme ils sont toujours en phase de test, aucun n’est encore vraiment opérationnel. Chez EDF, on admet être en retard. “Nous avons prévenu l’ASN que nous ne pourrions mettre en service tous les DUS d’ici la fin d’année en raison de difficultés industrielles” explique une porte-parole. La justice, elle, n’attendra pas la fin du chantier. Selon nos informations, Renaud Van Ruymbeke, doyen des juges d’instruction, vient de charger la juge Bénédicte de Perthuis d’instruire une plainte avec constitution de partie civile pour «délit de favoritisme, recel et mise en danger d’autrui».

Directement liée à ce marché d’un milliard d’euros, dont l’appel d’offre remonte à 2013, cette plainte vise EDF et les sociétés retenues par l’électricien : le Français Clemessy allié au belge Anglo Belgian Corporation ainsi que les Américains Westinghouse et Fairbanks. Toujours selon nos informations, Greenpeace France, qui suit de près le dossier, devrait très rapidement se joindre à cette plainte.

C’est un sous-traitant de l’Allemand Man Diesel (groupe Volkswagen) qui a déposé la plainte aujourd’hui instruite par la justice. Man Diesel avait déposé une offre commune avec Alstom pour construire les fameux DUS, avant d’être écarté. Il accuse EDF d’avoir surestimé les compétences techniques de ses concurrents, et d’avoir modifié certaines données du cahier des charges en cours de route, afin d’aider les industriels retenus à surmonter leurs difficultés.

Après une première plainte infructueuse déposée en 2013, Alstom et Man avaient fait profil bas. Selon nos sources, EDF aurait en effet promis de les dédommager en leur attribuant, entre autres, un marché d’équipements en Guadeloupe. Pourtant, EDF aurait pu s’interroger sur la pertinence du choix de ses fournisseurs retenus dans l’appel d’offre des DUS. En effet, dès janvier 2014, comme Capital.fr l’avait raconté à l’époque, Yves-Marie Le Marchand, ingénieur en génie atomique et expert auprès de la Cour d’appel de Paris, adressait une longue lettre au président de l’Autorité de sûreté nucléaire pour contester les choix d’EDF. Ses conclusions ? « Les moteurs Anglo Belgian Corporation et Fairbanks Morse Engine ne sont pas conformes aux cahiers des charges d’EDF».

Mais pourquoi donc la Direction des achats d’EDF a-t-elle écarté les poids lourds Alstom et Man diesel au profit d’une société belge surtout connue pour ses moteurs de bateaux et ses marchés en Afrique et d’un groupe américain fragilisé travaillant exclusivement sous licence ? Mystère… Peut-être Jean-Bernard Lévy, le Président d’EDF, a-t-il son avis sur la question. D’après plusieurs sources internes, il vient en tout cas de pousser à la retraite anticipée l’inamovible Bruno Crescent, patron de la Direction des achats du groupe depuis 16 ans. Une version démentie par EDF qui assure que l’intéressé avait atteint la limite d’âge et “a naturellement fait valoir ses droits à la retraite”.

Olivier Drouin, publié le 17/09/2018 à 19h58

https://www.capital.fr/entreprises-marches/centrales-nucleaires-van-ruymbecke-lance-une-instruction-judiciaire-contre-edf-1307337

Sep 18

L’EPR, LE CAUCHEMAR D’EDF

Le réacteur pressurisé européen devait être le fleuron de l’industrie nucléaire française. Pour l’électricien, c’est désormais sa survie et celle de toute une filière qui est en jeu, ce alors que le groupe est fortement endetté et que ses revenus s’amenuisent.

« 74 milliards de dette… et avec le nucléaire, ce n’est pas fini ! » Sur le siège d’EDF, avenue de Wagram, à Paris, la gigantesque banderole de Greenpeace affiche la couleur : on y voir le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, faisant deux doigts d’honneur aux passants, sous la mention « Merci Jean-Bernard ». Cette action coup de poing de décembre 2016 marque une nouvelle étape dans l’argumentaire des opposants au nucléaire : il ne s’agit plus seulement de dénoncer les risques d’accident, mais aussi le risque financier qui pèserait sur EDF.

Les ONG ne sont plus seules sur ce terrain. En juin, celui qui était alors le ministre de tutelle d’EDF, Nicolas Hulot, a repris l’argument. « Une des raisons pour lesquelles EDF se retrouve en difficulté, c’est que notamment la filière nucléaire, pardon de le dire, nous amène dans une dérive. » Dans une allusion claire au coûteux chantier de Flamanville (Manche), il précise : « On voit bien qu’économiquement, il y a une espèce de règle d’or qui est en train de s’imposer dans cette filière, c’est qu’en réalité, on ne tient jamais nos promesses. » Le ministre reprend là une critique de plus en plus courante : non seulement le nucléaire est devenu trop coûteux, mais il serait en plus une erreur stratégique majeure pour EDF.

Un seul EPR raccordé au réseau dans le monde

Pourtant, le réacteur EPR est au cœur de la stratégie du groupe. Il est présenté comme la solution au problème du changement climatique et comme la promesse d’un leadership mondial dans une technologie à laquelle croit plus que jamais le premier opérateur nucléaire au monde, qui emploie plus de 150 000 personnes. L’EPR est-il en train de couler EDF ou est-il sa planche de salut ?

Pour l’instant, le chemin de croix continue. En juillet, le chantier de Flamanville a connu de nouvelles difficultés : après l’annonce de problèmes de soudures, la direction d’EDF a dû se résoudre à annoncer un énième retard du chantier. Débuté en 2007, il devait durer cinq ans et coûter 3,5 milliards d’euros. Au final, la centrale ne devrait être opérationnelle qu’à l’été 2020, soit huit ans plus tard que prévu, et aura coûté près de 11 milliards d’euros.

Dans le monde, un seul EPR a été raccordé au réseau, en Chine, à Taishan. En Finlande, le chantier d’Olkiluoto lancé par Areva ne devrait pas être achevé avant la mi-2019. En Grande-Bretagne, le chantier d’Hinkley Point a déjà plus d’un an de retard et suscite un scepticisme important.

Pour comprendre les difficultés de l’EPR, il faut se souvenir de l’incroyable chantier industriel qu’a représenté le parc nucléaire français. Entre 1978 et 2002, pas moins de cinquante-huit réacteurs sont raccordés au réseau. Certaines années, six réacteurs sont mis en ligne simultanément ! À l’époque, le plan lancé par l’État et EDF se finance à grands coups d’emprunts sur le marché américain et mobilise massivement l’industrie française.

Une filière « rouillée »

Mais ce parc n’est pas éternel et la filière engage dès la fin des années 1990 la réflexion sur un nouveau réacteur, qui prendra le relais des centrales actuelles après quarante ans de fonctionnement. Les équipes de Framatome et de Siemens commencent alors à travailler sur un projet dit de troisième génération. L’objectif : un réacteur plus puissant, plus sûr, et qui soit, à l’image d’Airbus, une réussite européenne. Dès l’origine, les concepteurs cherchent un niveau de sûreté très élevé et intègrent les standards français et allemands.

De l’avis général, EDF s’est lancé sans être suffisamment prêt. La réflexion sur le réacteur a été très pointue, mais la phase de fabrication a été négligée.

Chez EDF, Xavier Ursat, directeur du Nouveau Nucléaire, explique que ce choix répondait à trois principes : « D’abord, il s’agissait de bénéficier du retour d’expérience du parc existant. Ensuite, l’idée, c’était d’avoir des exigences de sûreté très élevées. Et enfin, d’avoir un réacteur de forte puissance, ce qui permet de produire une grande quantité d’électricité sur une surface extrêmement réduite. » La décision est prise formellement en 2005 et, à l’époque, personne n’imagine que ce réacteur du futur ne sera toujours pas opérationnel treize ans plus tard.

De l’avis général, EDF s’est lancé sans être suffisamment prêt. La réflexion sur le réacteur a été très pointue, mais la phase de fabrication a été négligée. « C’est surtout le fruit de l’arrogance incroyable d’EDF à l’époque. Le chantier a été lancé alors que le design n’était pas gelé », reconnaît aujourd’hui un haut dirigeant du groupe, qui déplore : « On a fait et défait énormément, on a perdu beaucoup de temps. »

« Le problème n’est pas l’EPR, c’est d’abord un problème industriel : EDF est un très bon exploitant mais ne sait plus construire » Un ancien dirigeant d’Areva.

Surtout, les ingénieurs français réalisent progressivement que la filière nucléaire française est « rouillée » : la dernière centrale connectée au réseau, Civaux (Vienne), l’a été en 2002. La plupart des responsables ayant travaillé sur la création du parc nucléaire sont partis à la retraite. Mais c’est chez les sous-traitants que la perte de compétences est la plus cruelle. « Il a fallu réapprendre à construire des centrales », témoigne un responsable d’EDF, qui raconte comment on a dû rappeler des grands anciens au moment où les choses ont commencé à déraper.

« Tout est plus compliqué, dans une centrale, détaille l’économiste de l’énergie Jacques Percebois, même couler du béton ou faire une soudure doit être fait de manière très spécifique. » « Le problème n’est pas l’EPR, c’est d’abord un problème industriel : EDF est un très bon exploitant mais ne sait plus construire », se désole un ancien dirigeant d’Areva, qui souligne aussi un « problème culturel » chez EDF, qui n’aurait pas accepté le design d’origine.

« Deux bretelles, trois ceintures »

Une des difficultés est d’ailleurs venue dès la conception franco-allemande sous l’égide du français Framatome et de l’allemand Siemens. « La complexité de l’EPR, c’est qu’on a ajouté des exigences allemandes et françaises. Il y a deux bretelles et trois ceintures », explique M. Percebois. D’autant que le réacteur est le plus puissant jamais envisagé : 1 650 mégawatts, alors que la génération précédente va de 900 à 1 450 mégawatts.

« C’est vrai que les difficultés de conception ont pénalisé la filière, mais tous les réacteurs de troisième génération dans le monde sont en retard », modère Valérie Faudon, de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). « Si on devait refaire le film, on le ferait globalement de la même manière », maintient Xavier Ursat, d’EDF, pour qui « le choix d’origine de l’EPR est un bon choix ».

La perte de savoir-faire de la filière française n’est pas la seule raison des retards et des surcoûts : depuis l’accident de Tchernobyl en 1986, et plus encore depuis celui de Fukushima en 2011, l’accent mis sur la sûreté n’a fait que se renforcer. Cela aurait pu être une aubaine pour un réacteur conçu pour être « le plus sûr du monde ». « Le problème de ces modèles, c’est qu’ils deviennent beaucoup trop complexes et trop coûteux : en faisant monter la sûreté d’un cran, on augmente la facture », explique le chercheur britannique Paul Dorfman.

L’EPR prévoit notamment un dispositif spécial en cas de fusion de cœur du réacteur – ce qui s’est produit à Fukushima – et une paroi externe conçue pour encaisser le choc du crash d’un avion. « Quand il y a eu l’accident de Fukushima, nous n’avons rien eu à changer ou presque sur l’EPR. Il est de naissance compatible avec des niveaux de sûreté très élevés », se félicite M. Ursat. Ce haut niveau de sûreté est l’une des raisons de la forte puissance : puisque mettre en place ces normes coûte cher, autant construire le réacteur le plus puissant possible pour rentabiliser les investissements.

Un marché mondial rétréci

L’électricien travaille aujourd’hui sur un design simplifié pour faire baisser les coûts, tout en assurant que cela ne fera pas baisser le niveau de sûreté. « C’est très problématique », s’inquiète M. Dorfman, pour qui « promettre un EPR moins cher veut dire promettre un EPR moins sûr ».

La tâche se révèle d’autant plus difficile que, depuis l’accident de Fukushima, le marché mondial du nucléaire s’est rétréci. Certes, l’EPR est en cours de construction dans quatre pays, mais, à chaque fois, il a rencontré des difficultés importantes. Dans ces conditions, difficile de trouver des pays volontaires pour se lancer dans l’aventure.

EDF continue de miser fièrement sur l’EPR, et en a fait la pierre angulaire de sa stratégie

« À l’international, l’EPR s’est avéré un mauvais produit : trop gros, trop cher, trop difficile à maîtriser pour des pays qui n’ont pas d’expérience dans le domaine », souligne Yves Marignac, expert critique du nucléaire. De fait, hormis le Royaume-Uni et l’Inde, EDF ne dispose d’aucun autre projet concret à développer. « On a validé la technologie à Taishan », répond-on chez EDF, où l’on assure que le démarrage du premier EPR du monde en Chine, en juin, va changer cette perception.

Malgré ces problèmes, EDF continue de miser fièrement sur l’EPR, et en fait la pierre angulaire de sa stratégie. Il faut dire que l’entreprise dirigée par Jean-Bernard Lévy est en mauvaise posture : sa dette, en 2017, atteint 33 milliards d’euros et son cash-flow disponible est négatif depuis onze ans. « Le groupe a une dette élevée, mais c’est son modèle de développement historique », justifie-t-on en interne. Mais les revenus s’amenuisent : EDF perd 100 000 clients particuliers par mois et peine à s’imposer en France dans le secteur des renouvelables. L’État a dû recapitaliser le groupe à hauteur de 4 milliards d’euros en 2016.

Maintenir les compétences

Pour la direction actuelle de l’entreprise, sa santé financière passe par une reprise de la construction de réacteurs nucléaires, en France et dans le monde. EDF a officiellement demandé à l’État de s’engager rapidement sur la construction d’un nouvel EPR en France. L’objectif : maintenir les compétences réapprises dans la douleur à Flamanville.

Jean-Bernard Lévy résumait la situation il y a quelques mois à l’Assemblée nationale en expliquant : « Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler. »

Mais les finances d’EDF peuvent-elles supporter une telle trajectoire ? Le directeur financier de l’entreprise, Thomas Piquemal, a claqué la porte en 2015, inquiet du poids que le financement que l’EPR britannique de Hinkley Point faisait peser sur l’entreprise. Selon lui, la nécessité pour l’électricien de financer seul les deux tiers du projet crée une situation trop risquée. « Qui parierait 60 % à 70 % de son patrimoine sur une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne, alors que ça fait dix ans qu’on essaie de la construire ? », lance-t-il devant les députés en 2016.

C’est le cœur du problème pour EDF : comment financer de nouveaux réacteurs ? Pour Hinkley Point, il a fallu engager des ressources considérables, alors même qu’EDF a décroché un contrat en or avec l’État britannique : pendant trente ans, le groupe français vendra son électricité à un tarif garanti, deux fois supérieur au prix actuel de l’électricité ! Autrement dit, les consommateurs britanniques vont voir leur facture augmenter.

De fait, la plupart des pays qui continuent de construire du nucléaire ne peuvent le faire qu’avec un fort engagement de l’État et une garantie de revenus pour des investisseurs privés. Mais la France de 2018 n’est plus celle de Pierre Messmer et du Commissariat au plan en 1974, au moment du lancement du plan nucléaire français.

L’équation impossible

Or l’atome réclame du temps long. « Quand on parle de l’EPR, on parle d’un investissement sur un siècle. Or on est dans une période dans laquelle les gens veulent des rendements à plus court terme, même dans les infrastructures », analyse Emmanuel Autier, du cabinet Bearing Point. « On ne va pas se bousculer pour financer un projet qui n’a pas encore fait ses preuves alors que c’est bien plus rentable et moins risqué de financer des énergies renouvelables », note une responsable d’un fonds d’investissement.

D’autant que la structure actuelle d’EDF, soumise aux fluctuations boursières, n’encourage pas à s’engager sur le long terme. « Les frais financiers représentent une partie très importante de la construction. Une société cotée ne peut pas porter ça sur son bilan de manière massive », abonde Valérie Faudon, de la SFEN. « Il faudra que l’État joue pleinement son rôle en créant un nouveau cadre régulatoire », reconnaît Xavier Ursat. Autrement dit : pour faire vivre l’EPR – et faire survivre EDF –, ce sera à l’État de garantir les investissements et aux consommateurs d’en supporter la charge sur leur facture d’électricité.

C’est l’équation impossible dans laquelle se trouve EDF : pour survivre dans sa forme actuelle, il lui faut construire de nouveaux EPR. Et pour construire de nouveaux EPR, il faut engager un argent que l’électricien n’a pas.

Nabil Wakim, LE MONDE le 16.09.2018 à 17h30 • Mis à jour le 18.09.2018 à 08h57

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/16/l-epr-le-cauchemar-d-edf_5355883_3234.html?

Sep 17

LES PROGRAMMES NUCLÉAIRES DE LA CORÉE DU NORD ET DE L’IRAN SCRUTÉS PAR L’AIEA

Alors qu’elle vient de remettre deux rapports consécutifs sur le nucléaire en Corée du Nord et en Iran, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) tient sa Conférence générale annuelle à Vienne à partir du 17 septembre.

Un drapeau iranien flotte devant le siège de l’AIEA à Vienne en Autriche, le 10 septembre 2018. / Joe Klamar/AFP

Il y a eu d’abord l’annonce fracassante, le 9 mai dernier par Donald Trump, du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Il y a eu ensuite le rapprochement surprise du même avec le président nord-coréen Kim Jong-un, et leur rencontre à Singapour le 12 juin sur fond de promesse de « dénucléarisation complète » de la péninsule coréenne.

Deux événements qui ont marqué l’année 2018 dans le monde et ont propulsé plus que jamais l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), très sollicitée sur ces deux dossiers, au cœur d’une actualité internationale brûlante.

Un moment critique

C’est dire si la Conférence générale de cette agence onusienne, lauréate du prix Nobel de la paix en 2005 et dont le grand public ne suit généralement pas les travaux, prend un relief particulier cette année. Elle se déroule à Vienne, où se trouve son siège, du 17 au 21 septembre, en présence de représentants de ses 169 États membres et de 83 organisations invitées et intervient précisément à un moment critique pour la survie de l’accord nucléaire avec Téhéran, et alors que l’Agence placée sous l’égide de l’ONU vient de faire savoir qu’elle jugeait « préoccupante » la poursuite du programme nucléaire nord-coréen.

Plus généralement, la Conférence examinera le rapport annuel 2017 sur l’état de l’énergie nucléaire dans le monde. Selon une étude annuelle que vient de publier, le 10 septembre, l’AIEA, celle-ci serait de moins en moins compétitive, ce qui pourrait se traduire par une chute de plus de 10 % du parc mondial de réacteurs d’ici à 2030, avec plusieurs pays, comme l’Allemagne et la Suisse, qui ont déjà entrepris de se désengager de l’atome.

Téhéran respecte ses engagements

Sur l’Iran, l’AIEA, dans son dernier rapport publié fin août, continue d’affirmer que Téhéran respecte ses engagements dans le cadre de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015. Soulignant l’importance d’« une coopération proactive et en temps opportun » de la part de l’Iran, elle dit avoir eu accès « à tous les sites et emplacements en Iran qu’elle souhaitait » inspecter.

Le rapport indique que les stocks iraniens d’uranium faiblement enrichi et d’eau lourde ont augmenté légèrement depuis le mois de mai, tout en restant dans les limites convenues en 2015, et malgré l’annonce du retour des sanctions américaines, dont une nouvelle salve, la plus pénalisante pour l’économie iranienne, devrait prendre effet en novembre.

Malgré aussi les menaces de se retirer de l’accord, émises par certaines autorités du régime iranien après le retrait de Donald Trump en mai. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a ainsi réaffirmé dernièrement que Téhéran n’hésiterait pas à se retirer de l’accord de 2015 si celui-ci ne « préserve plus (ses) intérêts nationaux ».

La poursuite « préoccupante » du programme nucléaire nord-coréen

À l’inverse de ce qu’elle indique sur l’Iran, l’AIEA déclarait dans un autre rapport – du 21 août 2018 –, destiné à être soumis à son assemblée générale cette semaine, qu’elle « a été dans l’incapacité de vérifier l’exactitude et l’exhaustivité des déclarations » de la Corée du Nord, jugeant même « préoccupant » la poursuite du programme nucléaire nord-coréen, malgré les intentions affichées au printemps par son dirigeant Kim Jong-un.

L’AIEA n’est plus présente en Corée du Nord depuis l’expulsion de ses inspecteurs en 2009. Elle indique toutefois que le réacteur expérimental de Yongbyon poursuit son « cycle opérationnel » engagé en décembre 2015, et souligne que Pyongyang poursuit la construction de son réacteur à eau légère, ainsi que l’extraction et la concentration d’uranium sur son site de Pyongsan.

Enfin le rapport affirme que l’AIEA dispose d’indications sur des activités liées au « laboratoire radiochimique » nord-coréen « entre fin avril et début mai 2018 ». Soit après le premier sommet inter-coréen d’avril organisé à Panmunjeom, dans la Zone démilitarisée, à la frontière entre les deux États.

Un nouveau sommet inter-coréen

Par une coïncidence de calendriers, ces éléments, discutés lors de la Conférence générale de l’AIEA, seront aussi sur la table à l’occasion de la nouvelle rencontre entre les deux leaders coréens, prévue ce mardi 18 septembre à Pyongyang.

Moon Jae-in, le dirigeant sud-coréen, pourrait à cette occasion tenter de convaincre son homologue du Nord de s’engager verbalement à fournir une liste des armes nucléaires nord-coréennes. L’AIEA, par la voix de son directeur général Yukiya Amano, fait savoir pour sa part qu’elle est prête à reprendre ses inspections sur place.

Jean-Yves Dana (avec AFP), le 17/09/2018 à 7h34

https://www.la-croix.com/Monde/programmes-nucleaires-Coree-Nord-lIran-scrutes-lAIEA-2018-09-17-1200969287

Sep 17

DÉPART DE FEU VITE MAITRISÉ À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE SAINT-ALBAN EN ISÈRE

Dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 septembre 2018, les équipes de la centrale EDF de Saint-Alban à Saint-Maurice-l’Exil ont été confrontées à un départ de feu. Il serait parti de l’isolant d’une canalisation d’eau chaude dans une des parties non nucléaires du site.

Les pompiers de l’Isère sont intervenus la nuit dernière vers 2h30 à la centrale nucléaire EDF de Saint-Alban à Saint-Maurice-l’Exil en Isère suite à un dégagement de fumée.

Pour une raison que l’on ignore, un feu s’est déclaré sur l’isolant d’une canalisation d’eau chaude (calorifuge) dans la salle des machines de la zone de production n°2.

Les équipes de la centrale sont venues elles-mêmes à bout du sinistre mais comme l’exige la procédure en pareille situation, les pompiers se sont déplacés pour effectuer une reconnaissance.

La direction du site précise que cet incident s’est produit hors de la partie nucléaire.

Les équipes de la centrale inspectent ce matin les installations pour tenter d’établir ce qui a pu causer ce départ de feu.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/depart-feu-vite-maitrise-centrale-nucleaire-saint-alban-isere-1542122.html

Sep 17

CENTRALE DU BUGEY : LA MÉTROPOLE VEUT INTÉGRER LA COMMISSION D’INFORMATION

Alors qu’elle n’y siégeait pas, contrairement à la ville de Genève, la métropole de Lyon va demander à intégrer la commission locale d’information de la centrale nucléaire du Bugey.

Une subvention de 1 092 185 euros a été votée ce lundi par la métropole de Lyon, en faveur de l’Association régionale des entreprises pour l’environnement, afin de mettre en place la campagne régionale d’information 2018 sur les risques industriels majeurs sur la période 2018-2020. Au cours du débat précédant le vote, l’élu EELV Bruno Charles (15e vice-président métropolitain) a demandé que le Grand Lyon intègre la commission locale d’information de la centrale nucléaire du Bugey.

Après les très nombreux incidents qui ont touché la centrale depuis de nombreuses années, “il semblerait normal que la métropole de Lyon fasse partie de cette commission, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui alors que Genève y siège déjà”, a déclaré Bruno Charles. Cette commission d’information a pour but d’“informer le public et d’assurer le suivi de l’impact” de la centrale nucléaire. La centrale du Bugey est la deuxième plus vieille de France et n’est située qu’à 44 kilomètres de Lyon à vol d’oiseau. David Kimelfeld est allé dans le sens de son vice-président et a assuré que la métropole allait “réactualiser la demande” de la métropole pour siéger dans cette commission locale “dans les plus brefs délais”. Bruno Charles a par ailleurs demandé à ce que le Grand Lyon se dote d’une station de mesure indépendante de la radioactivité.

https://www.lyoncapitale.fr/politique/centrale-du-bugey-la-metropole-veut-integrer-la-commission-d-information/

Voir également Une vague géante sur Lyon et la centrale du Bugey est-elle possible ?

Le sujet : jeudi soir, « Envoyé spécial » consacrait un reportage sur les conséquences d’un effondrement du barrage de Vouglans dans le Jura. Dès 2013, nous nous intéressions au risque d’une vague géante sur la centrale nucléaire du Bugey, mais aussi la ville de Lyon.

https://www.lyoncapitale.fr/actualite/une-vague-geante-sur-lyon-et-la-centrale-du-bugey-est-elle-possible/

Sep 17

CENTRALE DE CRUAS-MEYSSE : EDF DEVANT LA COUR D’APPEL DE NÎMES ET VISÉE PAR UNE NOUVELLE PLAINTE

Le 9 février 2018, EDF a été condamnée par le tribunal de police de Privas pour la mauvaise gestion de ses déchets contaminés à la centrale de Cruas-Meysse (Ardèche). L’entreprise ayant fait appel, elle se retrouvera devant la cour d’appel de Nîmes le mardi 18 septembre 2018 à 8h30. Les associations à l’origine de la procédure espèrent une confirmation de la condamnation.

Cette journée d’audience sera l’occasion de rappeler la longue liste de dysfonctionnements et de pollutions survenus récemment sur ce site, avec le dépôt d’une nouvelle plainte suite à la pollution massive des eaux souterraines par des hydrocarbures survenue début août 2018. Pas d’impunité pour les pollueurs !

EDF doit répondre de la mauvaise gestion de ses déchets contaminés !

En novembre 2015, à la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, des équipements contaminés (combinaisons et sur-bottes) ont été découverts dans une benne de déchets conventionnels qui devait quitter le site pour rejoindre la déchetterie. Déclarée avec 10 jours de retard, cette négligence n’était pas un fait isolé, de nombreux problèmes de gestion des déchets étant survenus les années précédentes.

En réaction à ces faits, qui auraient pu aboutir à la dispersion de radioactivité dans l’environnement, le Réseau “Sortir du nucléaire“ a fait citer EDF et le directeur de la centrale devant le tribunal. France Nature Environnement, la FRAPNA Ardèche, Sortir du nucléaire Sud-Ardèche et STOP Nucléaire 26-07 se sont portés parties civiles. Après plusieurs renvois, l’affaire a été examinée le 14 novembre 2017 par le tribunal de police de Privas – alors qu’entre-temps, de nouveaux cas de mauvaise gestion des déchets contaminés sur le site avaient été signalés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)…

Le 9 février 2018, le tribunal a condamné EDF à six amendes de 1000 € chacune et le directeur à six amendes de 500 € avec sursis. Ceux-ci ayant fait appel de leur condamnation, une nouvelle audience aura lieu le 18 septembre à 8h30 à la Cour d’appel de Nîmes.

Une nouvelle plainte suite à la pollution des eaux souterraines par des hydrocarbures

Cette mauvaise gestion des déchets n’est malheureusement pas le seul dysfonctionnement identifié sur le site de Cruas. Depuis plusieurs années, les incidents et pollutions s’y multiplient (voir annexe ci-dessous). En avril 2018, du tritium, substance radioactive, a été détecté dans les eaux souterraines, donnant lieu à une plainte déposée par trois associations. Et en août 2018, c’est une pollution aux hydrocarbures qui a été détectée dans les eaux souterraines de la centrale, pollution « significative au regard des volumes mis en jeu » selon l’expression de l’ASN.

La réaction d’EDF témoigne d’un inquiétant laisser-aller. Le pompage mis en place le 6 août pour limiter la propagation de la pollution a pris fin le lendemain, faute de capacité d’entreposage des eaux polluées sur le site ! De plus, trois jours après sa détection, EDF était toujours incapable de d’identifier l’origine de la pollution, mais continuait néanmoins à exploiter un bâtiment d’huilerie qu’elle considérait comme un point de départ potentiel.

Surtout, lors de l’inspection de l’ASN, le 9 août, EDF a avoué aux inspecteurs que la nappe d’eau souterraine qui alimente la centrale [1] était également polluée et que le seuil de potabilité était atteint. Comme il n’est pas exclu que des particuliers, des agriculteurs ou des industriels y effectuent des prélèvements de manière non officielle, l’ASN a demandé à EDF d’informer les riverains. Or aucune mention de la pollution de cette nappe d’eau potable n’a été effectuée aux communes, ni dans la lettre d’information de la centrale ou encore à la Commission Locale d’Information. Plutôt que de diffuser des informations relevant de la santé publique, EDF préfère apparemment organiser des sons et lumières sur les tours de refroidissement de la centrale !

Pour toutes ces raisons, le Réseau “Sortir du nucléaire“, Sortir du nucléaire Sud-Ardèche, STOP Nucléaire 26-07 et la FRAPNA Ardèche déposent plainte devant le tribunal de police de Privas. Huit infractions ont été relevées, dont le délit de pollution des eaux.

En tout état de cause, cette accumulation de pollutions et de négligences constitue la conséquence de graves difficultés organisationnelles. Celles-ci semblent découler d’une course à la rentabilité au détriment de la sûreté, de la protection de l’environnement et de la santé publique. Nos associations appellent à arrêter cette centrale au plus vite, avant qu’un accident ne finisse par y survenir !

Contacts presse :

Maître Étienne Ambroselli – 06 09 30 80 67

Pour le Réseau “Sortir du nucléaire“ : Marie Frachisse – 07 62 58 01 23

Pour Sortir du nucléaire Sud Ardèche : Alain Joffre – 06 75 50 29 86

Pour Stop Nucléaire 26-07 : Dominique Malvaud – 06 72 07 76 42

Pour en savoir plus sur les différentes affaires :

Mauvaise gestion des déchets contaminés
Pollution aux hydrocarbures

Notes

[1] Cette nappe avait d’ailleurs déjà été polluée lors de la fuite de tritium quelques mois auparavant.

Retrouvez ce communiqué et son annexe sur le site : http://www.sortirdunucleaire.org/Dechets-radioactifs-mal-geres-et-pollution-aux

Sep 17

CENTRALE DE SAINT-LAURENT : 115 HA DE FONCIER POUR L’HORIZON 2025-2030

La manœuvre a ému les Jeunes agriculteurs (lire la NR du 8 septembre) et il y avait de quoi : le Centre nucléaire de production d’électricité de Saint-Laurent cherche à acquérir 115 ha de réserve foncière autour de son site. Des terres agricoles évidemment.

Jean-Claude Cervantes veut dédramatiser cette procédure, tout à fait logique pour un industriel selon lui, mais qui mérite des précisions : « Nous voulons continuer l’exploitation de notre site, il est donc normal que nous regardions le foncier disponible. Nous aurons des bâtiments à construire, des entreprises à accueillir, de la déconstruction également. A l’horizon 2025-2030, pas avant. » (NDLR : quel genre d’entreprise ? Un site de stockage de déchets nucléaires ? Ou un nouvel EPR peut-être ?…)

D’ici la fin 2018, EDF souhaite avoir une vision réelle de ce qui pourra être acquis ou pas et à quelle échéance. Et donne l’assurance que « tant qu’il n’y aura pas d’exploitation industrielle, ces terres qui nous intéressent pourront bien évidemment être cultivées ».
Quant à la crainte de voir une centrale photovoltaïque s’installer à Saint-Laurent, Jean-Claude Cervantes est catégorique. « Ça ne se fera pas là pour une simple raison, les sites recherchés au niveau national sont tous sur des zones en friche comme d’anciens terrains militaires, des terres sans valeur ajoutée. » Et EDF regarde donc davantage du côté du sud du département et de ses sites désindustrialisés pour le photovoltaïque. Saint-Laurent restera nucléaire si la haute autorité décide la poursuite de l’exploitation.

Publié le 17/09/2018 à 04:55

https://www.lanouvellerepublique.fr/loir-et-cher/commune/saint-laurent-nouan/centrale-de-saint-laurent-115-ha-de-foncier-pour-l-horizon-2025-2030

Sep 17

NUCLÉAIRE : L’ATOME RECULE PARTOUT SAUF EN CHINE

Accident de Fukushima, concurrence du gaz et des énergies renouvelables, parc mondial vieillissant, le moteur de cette industrie, qui voit sa part de production électrique dans le monde baisser, se trouve désormais à Pékin.

L’industrie nucléaire mondiale se relèvera-t-elle un jour de l’accident de Fukushima ? Depuis 2011, le secteur connaît une très faible croissance en Europe occidentale et aux États-Unis. Il reste relativement dynamique en Asie, particulièrement en Chine, et en Russie. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), « l’énergie nucléaire pourrait avoir du mal à conserver sa place actuelle dans le mix énergétique mondial » dans les prochaines années.

Un faible nombre de réacteurs en construction. En 2018, 50 réacteurs sont en construction dans le monde, dans 15 pays. Ce chiffre est le plus bas depuis dix ans, selon le World Nuclear Industry Status Report, qui note que 33 de ces réacteurs connaissent des retards importants. Quatre-vingts pour cent des nouveaux réacteurs sont construits en Asie ou en Europe centrale ou orientale. Depuis 2013, cinq projets ont été abandonnés en cours de construction.

Une production électrique d’origine nucléaire en déclin.

En 2017, les réacteurs nucléaires ont fourni 10 % de la production d’électricité dans le monde. Cette part était de 17,5 % en 1996, ce alors même que la consommation électrique mondiale a considérablement augmenté. La production est légèrement repartie à la hausse ces deux dernières années grâce à la Chine, mais le parc mondial reste entravé par la mise à l’arrêt d’une grande part du parc nucléaire japonais. Depuis la catastrophe de Fukushima, seuls 9 réacteurs sur les 54 que compte l’archipel ont redémarré. En France, la part de production de l’électricité produite par le nucléaire s’élevait à 71 % en 2017, une année particulièrement basse à cause des arrêts obligatoires de plusieurs centrales.

Un marché tourné vers la Chine. Le moteur de l’industrie nucléaire se trouve désormais à Pékin. Sur les 50 réacteurs en construction dans le monde, 16 le sont en Chine. Et parmi les 4 nouveaux réacteurs dont la construction a débuté en 2017, 3 se trouvent en Chine et un au Pakistan, bâti par une entreprise chinoise. Sur les 5 réacteurs à avoir démarré dans le monde en 2018, 3 se trouvent en Chine – dont le premier EPR à être connecté au réseau, à Taishan, dans le sud du pays.

Un désengagement de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis. La concurrence du gaz et des énergies renouvelables pèse de plus en plus fortement sur la production d’électricité, de même que des choix politiques. Ces dernières années, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse ont annoncé leur désengagement progressif du nucléaire. Aux États-Unis, des projets de construction sont à l’arrêt et plusieurs centrales jugées non rentables sont menacées d’être arrêtées prématurément. Seuls la France, la Finlande, et le Royaume-Uni se sont lancés dans la construction de réacteurs – tous trois des EPR.

Un parc mondial vieillissant. Plus de la moitié des réacteurs dans le monde ont plus de 25 ans, selon l’AIEA. En France, 30 des 58 réacteurs du pays atteindront l’âge vénérable de 40 ans entre 2019 et 2025. L’enjeu est essentiel pour la filière : d’abord, parce que plus les centrales vieillissent, plus les coûts de maintenance et de sûreté augmentent. Mais surtout, parce que le rythme de construction effréné des réacteurs dans les années 1970-1980 n’a pas connu de suite. « La capacité de production électrique nucléaire risque de se réduire dans les prochaines décennies, des réacteurs vieillissants étant arrêtés et cette industrie faisant face à une baisse de compétitivité », note l’AIEA.

Nabil Wakim, LE MONDE | 16.09.2018 à 17h45 |

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/16/nucleaire-l-atome-recule-partout-sauf-en-chine_5355891_3234.html

Sep 17

NUCLÉAIRE : À FLAMANVILLE, LES SOUDURES DE LA DISCORDE

Les difficultés de fabrication de l’EPR français ont rappelé cruellement les écueils qui menacent la filière nucléaire tricolore : une vision de départ extrêmement ambitieuse et des difficultés d’exécution aux conséquences lourdes.

Ce n’est pas le coup de bambou, mais de chalumeau, pour un chantier qui n’en avait vraiment pas besoin. Au début de l’année, des problèmes sur des soudures essentielles du réacteur de Flamanville vont conduire EDF à réévaluer les coûts et les délais du chantier. Alors que la direction du groupe espérait démarrer en tout début d’année 2019, il faudra attendre 2020 pour voir l’EPR être raccordé au réseau.

L’affaire des soudures illustre amèrement les difficultés de la filière nucléaire française, confrontée à sa perte de compétences et de savoir-faire.

EDF avait défini pour la construction de l’EPR cette nouvelle norme de qualité et n’a pas été en mesure de la faire respecter à ses propres sous-traitants

En février, EDF découvre des problèmes sur trente-huit soudures, sur les soixante-six du circuit secondaire. Ce circuit d’eau est celui qui sert à évacuer la vapeur vers la turbine. Il est formé de quatre boucles, associées à quatre générateurs de vapeur. Dans un premier temps, le groupe explique que ces tuyauteries sont conformes à la réglementation mais qu’elles auraient dû correspondre au standard « haute qualité », plus exigeant que la réglementation en vigueur.

Concrètement, EDF avait défini pour la construction de l’EPR cette nouvelle norme de qualité et n’a pas été en mesure de la faire respecter à ses propres sous-traitants. « Pourquoi avait-on besoin de se créer cette nouvelle norme ? », pestait peu de temps après un dirigeant d’EDF.

Mais les choses se sont compliquées quelques semaines plus tard. L’examen approfondi des soudures révèle qu’une grande partie d’entre elles ne respectent ni la norme voulue par EDF, ni même la réglementation exigée pour les équipements nucléaires sous pression. Résultat : le groupe doit reprendre cinquante-huit soudures, sachant qu’une seule soudure représente huit semaines de travail supplémentaire.

« Procédures pas suffisamment précises »

Dans la foulée, le réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace déposent en juillet une plainte auprès du tribunal de grande instance de Cherbourg. Les associations antinucléaires estiment qu’EDF a sciemment laissé fabriquer et installer sur l’EPR des tuyauteries dont les soudures ne correspondaient pas aux exigences de sûreté.

Dès les premières semaines, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait jugé ces anomalies « sérieuses », en soulignant un « défaut de surveillance » de la part d’EDF. Les sous-traitants du groupe sont particulièrement en cause, notamment Framatome, ancienne filiale d’Areva reprise par EDF en 2017 au moment de la restructuration de la filière.

« À Flamanville, on a souffert de procédures qui n’étaient pas suffisamment précises », reconnaît en juillet Xavier Ursat, patron du « Nouveau Nucléaire » chez EDF. Ces difficultés ont rappelé cruellement les écueils de la filière nucléaire française : une vision de départ extrêmement ambitieuse et des difficultés d’exécution aux conséquences lourdes.

Nabil Wakim, LE MONDE le 16.09.2018 à 17h45

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/16/nucleaire-a-flamanville-les-soudures-de-la-discorde_5355892_3234.html

Sep 16

L’IRAN MENACE D’ACCROÎTRE SA CAPACITÉ D’ENRICHISSEMENT D’URANIUM SI L’UE NE PEUT PAS GARANTIR SES INTÉRÊTS

TÉHÉRAN, 15 septembre (Xinhua) — L’Iran va augmenter sa capacité d’enrichissement d’uranium si l’Union européenne (UE) ne peut pas s’acquitter de ses obligations après le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, a déclaré samedi le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

« Les Européens et les autres signataires doivent agir pour neutraliser les effets des sanctions américaines« , a indiqué M. Zarif, cité par la chaîne de télévision Press TV.

Il a écarté la possibilité du retrait de l’Iran de cet accord nucléaire, avertissant néanmoins que l’Iran prendrait des mesures si les partenaires européens ne pouvaient pas garantir les intérêts iraniens à cet égard.

« Le pétrole et les banques » sont le « test décisif« , a-t-il affirmé, en faisant allusion à la promesse de l’UE selon laquelle cette dernière aiderait Téréhan en cas de réimposition des sanctions américaines sur les exportations pétrolières et les transactions bancaires de l’Iran.

Les parties européennes doivent décider si elles sont prêtes à tenir leur promesse, a déclaré M. Zarif, ajoutant qu’elles « doivent aussi décider si elles veulent céder aux pressions américaines« .

L’Iran et six puissances dans le monde, à savoir la Russie, le Royaume-Uni, la Chine, la France, les États-Unis et l’Allemagne ont signé en 2015 un accord important sur le programme nucléaire iranien, connu formellement sous le nom du Plan global d’action conjoint(JCPOA).

Cependant, le président américain Donald Trump a décidé de se retirer de cet accord le 8 mai et d’imposer à nouveau des sanctions, dont l’embargo pétrolier, contre l’Iran.

http://french.xinhuanet.com/2018-09/16/c_137470401.htm

Mots

Sep 16

MOON À PYONGYANG POUR AIDER À SORTIR DE L’IMPASSE SUR LA DÉNUCLÉARISATION

Le président sud-coréen Moon Jae-in est attendu mardi à Pyongyang pour son troisième sommet depuis avril avec le Nord-Coréen Kim Jong Un, avec pour objectif d’aider Corée du Nord et États-Unis à sortir de l’impasse diplomatique.

Avec ce voyage de trois jours, M. Moon qui sera accompagné de plusieurs patrons sud-coréens marchera dans les pas de ses prédécesseurs Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, lesquels avaient, en 2000 et 2007, participé aux deux premiers sommets inter-coréens de l’histoire.

Le programme de cette nouvelle rencontre n’a pas été annoncé, mais il est probable que la Corée du Nord mette les petits plats dans les grands pour faire la meilleure impression, avec potentiellement des dizaines de milliers de personnes dans les rues pour acclamer le président sud-coréen.

Cette visite interviendra moins de dix jours après l’organisation par la Corée du Nord de ses premiers « Jeux de masse » en cinq ans, tels que sont désignés ces spectacles gigantesques soigneusement chorégraphiés impliquant des dizaines de milliers de figurants.

Ce spectacle avait notamment évoqué le sommet inter-coréen du 27 avril dans la Zone démilitarisée (DMZ) qui coupe la péninsule en deux, et l’on avait pu assister à cette scène rarissime où l’image du président sud-coréen était applaudie par des milliers de Nord-Coréens dans le Stade du Premier-Mai de Pyongyang.

Une source diplomatique estimait auprès de l’AFP qu’un triomphe similaire pourrait être réservé à MM. Kim et Moon au cours de cette visite.

– Demande de progrès concrets –

Le sommet d’avril dans la partie sud du village frontalier de Panmunjom, première rencontre des plus hauts dirigeants coréens en 11 ans, avait été fort en symboles. Le président sud-coréen avait même brièvement franchi la ligne de démarcation à l’invitation de M. Kim.

Mais, cette fois, la demande de progrès concrets est forte.

Moon avait joué un rôle clé pour permettre la tenue du sommet historique du 12 juin à Singapour entre le président américain Donald Trump et M. Kim.

Ce dernier s’était alors engagé en faveur de la « dénucléarisation de la péninsule« , un euphémisme sujet à toutes les interprétations. Les deux parties s’écharpent depuis sur la signification exacte de cet engagement. Washington et Séoul ont en outre deux approches différentes vis-à-vis de Pyongyang.

Lors de sa visite au Nord, M. Moon, qui avait été élu en prônant le dialogue avec Pyongyang, compte encore « jouer le rôle de facilitateur ou de médiateur« , a déclaré son conseiller spécial aux affaires étrangères Moon Chung-in.

« Il pense que l’amélioration des relations inter-coréennes doit permettre de faciliter le dialogue entre le Nord et les États-Unis et de régler la question nucléaire nord-coréenne« , a-t-il dit.

Le mois dernier, M. Trump avait subitement annulé une visite à Pyongyang de son secrétaire d’État Mike Pompeo. Le Nord a lui dénoncé les méthodes de « gangster » des Américains, accusés de vouloir obtenir leur désarmement unilatéral sans faire de concession à chaque étape et sans alléger la pression ni les sanctions.

Washington exige « une dénucléarisation définitive et entièrement vérifiée » tandis que Pyongyang veut une déclaration officielle des États-Unis pour marquer la fin de la Guerre de Corée.

Projets inter-coréens –

Mais M. Kim a récemment envoyé à M. Trump une lettre pour lui demander un nouveau sommet. Il a organisé un défilé militaire pour le 70ème anniversaire de la Corée du Nord dans lequel les missiles balistiques intercontinentaux ont brillé par leur absence, ce qui lui a valu des tweets chaleureux de la part du locataire de la Maison Blanche.

Il est probable que la Corée du Nord souhaite capitaliser sur le désir de M. Trump d’annoncer des progrès concrets avant les élections de mi-mandat en novembre, estime Go Myong-hyun, expert de l’Institut Asan des études politiques.

Mais rien ne dit que Pyongyang ait quelque chose de concret à offrir en retour.

Moon pourrait tenter de convaincre le dirigeant nord-coréen de s’engager verbalement à fournir une liste des armes nucléaires nord-coréennes, avance Shin Beom-cheol, également de l’Institut Asan. L’étape suivante pourrait être un sommet en octobre entre MM. Kim et Trump.

Si la question de la dénucléarisation patine, les deux Corées sont néanmoins parvenues à faire avancer des projets conjoints. Nord et Sud ont ainsi ouvert vendredi un bureau de liaison conjoint dans la localité nord-coréenne de Kaesong.

Mais les multiples sanctions internationales qui pèsent sur Pyongyang en raison de ses programmes nucléaire et balistique compliquent les efforts pour relancer les coopérations transfrontalières.

Pourtant, M. Moon a invité les dirigeants des plus grands conglomérats du Sud, au premier rang desquels l’héritier de l’empire Samsung Lee Jae-yong et les patrons de SK et LG, à l’accompagner à Pyongyang.

« Il envoie ainsi au Nord le message selon lequel son intérêt est de boucler rapidement la dénucléarisation, de conclure les négociations avec les États-Unis afin que la Corée du Sud déploie toute la gamme de sa coopération économique« , a déclaré M. Go.

afp, le 16/09/2018 à 9h06

https://www.la-croix.com/Monde/Moon-a-Pyongyang-pour-aider-a-sortir-de-limpasse-sur-la-denuclearisation-2018-09-16-1300969089

Sep 15

LE 21 SEPTEMBRE, CÉLÉBRONS LA JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA PAIX !

Chaque année à travers le monde, nous célébrons la Journée internationale de la paix le 21 septembre. Cette journée a été déclarée en 2001 par l’Assemblée générale des Nations Unies en vue de renforcer l’idéal de paix, tant au sein des pays et qu’entre les pays eux-mêmes.

voir le site et la vidéo 2’07 (http://www.21septembre.org/)

Comme chaque année, le Collectif « 21 Septembre » célèbre la Journée Internationale de la Paix, le 21 septembre. Il s’agit de commémorer chaque année la paix par le biais de l’éducation et de la prise de conscience de problématiques liées à la paix et la cessation de la violence.

Cette Journée a pour but d’inspirer les prochaines générations à devenir des artisans de la paix ! La Journée de la Paix modifie les comportements et encourage à agir pacifiquement tous les jours.

Les incitations à la haine et à la violence se multipliant, il nous paraît important d’accroitre la diffusion de messages de paix et de donner plus de visibilité à cette journée.

Prenez part à notre initiative en nous envoyant des messages, photos, vidéos ou autres !

N’hésitez pas à nous marquer sur les réseaux sociaux en utilisant les #PeaceDay et #21Sept.

En combinant nos efforts, nous atteindrons la paix !

Pacifiquement, Le Collectif 21 Septembre

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76% des Français en faveur de l’engagement de la France dans un processus d’élimination des armes nucléaires

La France doit ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires

À l’occasion des 50 ans du TNP et du premier anniversaire du Traité d’interdiction des armes nucléaires, le Mouvement de la Paix a commandé un sondage auprès de l’IFOP sur le thème « les Français, les dépenses militaires et l’élimination des armes atomiques » en partenariat avec La Croix et Planète Paix. Cette étude a été menée du 22 au 25 juin 2018 auprès d’un échantillon de 1001 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Une telle étude avait déjà été réalisée en 2012 par ce même institut pour l’association pacifiste.

Résultats bruts

L’IFOP a testé plusieurs propositions concernant la stratégie et la politique de la France. Il apparaît clairement que les Français sont en faveur d’une politique de sécurité dans le cadre de l’ONU, notamment en ce qui concerne l’élimination des armes atomiques. Ainsi, 76% des Français sont favorables à ce que « la France s’engage dans un processus international d’élimination totale et contrôlée des armes atomiques, tel que prévu par l’ONU ». Ce chiffre reste à un niveau très élevé, proche d’un questionnement similaire réalisé en 2012. Cette volonté est très forte dans tout le spectre politique.

À la question plus précise « Vous personnellement, pensez-vous que la France doive maintenant s’engager dans ce processus, c’est-à-dire signer et ratifier ce Traité d’interdiction des armes nucléaires », 67% des Français répondent favorablement, soit plus des deux tiers de la population. La question indiquait de manière transparente le contexte et la position adoptée par la France. Là encore, cette volonté est majoritaire dans tout le spectre politique et la distribution est relativement homogène dans toutes les sphères de la population.

À une première question concernant les dépenses publiques, les résultats montrent que le budget de « la défense, l’armée », serait avec 18%, le deuxième poste à réduire. Le contexte sécuritaire dans lequel les citoyens sont baignés depuis les attentats de 2015 peut expliquer ce résultat en baisse par rapport aux études précédentes.

Analyse

Ces chiffres confirment au plan national les évolutions constatées au plan mondial en faveur de l’élimination des armes nucléaires. Pour le Mouvement de la Paix : « ces données viennent conforter la dynamique du mouvement de fond en faveur de l’élimination des armes nucléaires qui s’exprime à travers la constitution d’un vaste rassemblement international pour l’élimination de ces armes, illégales au regard du droit international, dangereuses car menaçant l’existence même de l’humanité, inefficaces et inutiles militairement pour assurer la sécurité de notre peuple, coûteuses financièrement et moralement inadmissibles. ».

Ce vaste rassemblement international est constitué par les 3/4 des États du monde dont le Vatican, l’ONU, la Croix-Rouge internationale, des organisations syndicales, d’innombrables réseaux d’O.N.G. dont le réseau des maires pour la paix, le réseau des médecins pour la prévention des guerres nucléaires (Prix Nobel de la paix), le réseau international pour l’abolition des armes nucléaires-ICAN (Prix Nobel de la paix 2017).

Pour le Mouvement de la Paix, ce sondage vient confirmer que l’exigence de l’engagement de la France dans un processus international d’interdiction et d’élimination de l’arme atomique est très majoritaire parmi les citoyens. Ceci est en contradiction avec l’affirmation entretenue d’une méconnaissance et d’un désintérêt de l’opinion publique sur ces questions. « Cette étude d’opinion vient contredire les choix effectués par le gouvernement et le parlement qui viennent de voter, sans aucun effort de débat public, une nouvelle Loi de programme militaire visant notamment à renouveler l’ensemble de l’arsenal atomique français, en contradiction complète avec la loi internationale qui rend illégale la possession, la fabrication et la menace d’utilisation de l’arme atomique ».

Campagne

Le Mouvement de la Paix a engagé une campagne pour que la France s’engage, signe et ratifie le TIAN. Une pétition a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures. Le film « La Bombe et nous » est diffusé dans de nombreuses salles en partenariat avec le Mouvement de la Paix et les organisations membres de ICAN-France. Elle s’exprimera à l’occasion des initiatives autour de la Journée internationale de la Paix du 21 septembre et lors des Marches pour la Paix organisées dans toute la France le samedi 22 septembre 2018 en liaison avec le collectif national « En Marche pour la Paix » fort de 153 organisations.

Le dimanche 14 octobre 2018, de nombreux partenaires organisent avec le Mouvement de la Paix une journée de mobilisation sur « les lieux du crime ». Le Mouvement de la Paix insiste : « Nous voulons interpeller le Président de la République pour lui dire : M. le Président, Ôtez-vous la bombe du crâne ». Les pacifistes convergeront vers les lieux où l’État français prépare la guerre atomique pour dénoncer les conséquences humanitaires et l’illégalité de l’arme nucléaire. « Maintenant c’est confirmé, nous sommes la majorité ; M. le Président vous devez entendre cette volonté et engager la France dans la ratification du TIAN. »

Par Morvan56, 15 sept. 2018, Blog : Le blog de Morvan56

https://blogs.mediapart.fr/morvan56/blog/150918/le-21-septembre-celebrons-la-journee-internationale-de-la-paix

Sep 15

NUCLÉAIRE: NOUVELLES QUESTIONS SUR LA SÛRETÉ DES CENTRALES

Mediapart publie un document qui n’avait jamais été rendu public : la liste de tous les événements augmentant le risque de fusion du cœur des réacteurs dans les centrales nucléaires françaises. Entre 2003 et 2014, 37 tranches de production en ont connu plus de dix. 

Quand on étudie la liste, les réacteurs les plus touchés sont: Cruas 4, Fessenheim 2, Gravelines 1 et 2, Tricastin 3.

C’est une liste qui n’avait jamais été rendue publique. Elle a été transmise par l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) à la députée allemande Sylvia Kotting-Uhl qui, elle-même, l’a fait parvenir à Mediapart. Elle rassemble les événements dits « précurseurs », c’est-à-dire qui augmentent le risque de fusion du cœur des réacteurs, survenus dans les centrales nucléaires françaises, entre 2003 et 2014.

Ce « cœur » est constitué des assemblages de combustibles à uranium enrichi, contenus dans la cuve du réacteur. La chaleur produite par fission et réactions en chaîne dans ces combustibles est transmise à l’eau qui circule dans la cuve et les circuits primaires et secondaires. En sort la vapeur qui active les turbines pour la production de l’électricité.

Sur ce type de réacteur, l’accident le plus grave est la perte de refroidissement du cœur qui conduit à la fusion des éléments combustibles. Cet accident s’est produit à Three Mile Island aux États-Unis en 1979, et à Fukushima en 2011 – beaucoup plus grave, car une explosion a entraîné une grande dispersion de quantités radioactives.

C’est l’un des plus graves accidents qui puissent se produire dans une centrale. C’est la hantise absolue de toute équipe exploitant une tranche nucléaire. Pour cette raison, tout événement pouvant augmenter le risque qu’il se produise est surveillé avec une immense attention : défaut d’étanchéité d’une vanne, présence d’un corps étranger dans une tuyauterie, dysfonctionnement de disjoncteur, indisponibilité d’une pompe…

C’est cette liste que Mediapart publie aujourd’hui.

On découvre qu’un très grand nombre de dysfonctionnements accroissant le risque de fusion du cœur se produisent dans les installations électronucléaires françaises. L’ASN en décompte 158, de nature et d’origine très diverses. Mais certains d’entre eux concernent plusieurs réacteurs, et d’autres toutes les tranches en même temps.

Lorsque l’on multiplie le nombre de ces événements par le nombre de réacteurs concernés, on obtient un total de 729 anomalies pouvant augmenter le risque de fusion du cœur. Un nombre important de réacteurs en ont connu entre quinze et vingt sur la période. Treize d’entre eux en ont subi seize.

Pour Bernard Laponche, physicien, membre de l’association Global Chance, « c’est considérable, avec trente-sept réacteurs qui ont connu plus de dix événements précurseurs » et « cela conduit à se poser sérieusement la question de l’état de sûreté du parc nucléaire pendant la période considérée, mais aussi dans la situation actuelle dans la mesure où l’on peut penser que toutes ces défaillances n’ont pas été corrigées. Sans oublier que de nouveaux événements précurseurs seront certainement décelés à l’avenir, au fur et à mesure du vieillissement du parc ».

Sollicité par Mediapart, EDF tient d’abord à nous rassurer : « Les événements précurseurs ne sont pas des événements lors desquels la fusion du réacteur a été évitée de justesse, il s’agit cependant des événements vécus sur le parc en exploitation dont l’évaluation les situe parmi les plus importants. » Sur le fond, le groupe explique que « les bilans triennaux des événements précurseurs montrent que leur nombre diminue sensiblement (– 30 %) : 53 décomptés entre 2003 et 2005, 44 entre 2006 et 2008, 43 entre 2009 et 2011, 38 entre 2012 et 2014 ».

EDF assure que sans attendre les travaux liés à leur entrée dans leur quatrième décennie d’utilisation, elle a « déjà mis en œuvre différents plans d’actions techniques ou organisationnels pour réduire le nombre d’événements précurseurs sur le parc qui ont produit leurs effets ». Mais quelles interventions et sur quels réacteurs ? Prévus ou déjà réalisés ? Et à quelles dates ? L’ASN a-t-elle pu les contrôler ? L’imprécision de la réponse d’EDF suscite plus de questions qu’elle n’apporte d’information. Difficile de se sentir en confiance dans ces conditions.

Cette liste des événements aggravant le risque d’une fusion du cœur est transmise « périodiquement » par l’électricien à l’Autorité de sûreté. Pourquoi n’avait-elle pas été rendue publique jusqu’ici ? Pour l’ASN : « Effectivement cette liste ne fait pas l’objet d’une diffusion publique systématique. Nous privilégions la publication systématique des avis d’événements significatifs de niveau supérieur ou égal à 1 sur l’échelle INES – une échelle de gravité, semblable à l’échelle de Richter sur la puissance des tremblements de terre [qui sont tous sur le site de l’ASN – ndlr]. L’échelle INES a été créée pour faciliter l’information du public. La notion d’événement précurseur est plus technique et n’est pas conçue comme critère de communication. »

Dans son rapport annuel, l’ASN publie la liste des événements significatifs de sûreté, parmi lesquels se trouve une partie des événements précurseurs. Non seulement cette liste est donc lacunaire, mais elle sous-estime aussi des événements puisque, comme Mediapart et Correctiv l’ont révélé, EDF réussit à ne pas y déclarer beaucoup de dépassements de seuils de sollicitations des circuits primaires et secondaires (retrouver ici notre enquête).

Trop technique, pas assez compréhensible du grand public, la notion d’« événements précurseurs » ? Pourtant en Allemagne, elle a été invoquée lors des discussions publiques qui ont suivi la catastrophe de Fukushima en 2011, et c’est elle qui a conduit la chancelière Angela Merkel à opter pour l’arrêt immédiat de huit réacteurs, et la sortie du nucléaire pour 2022. « C’est en travaillant sur les questions de sûreté nucléaire en Allemagne que j’ai découvert qu’il existait des analyses sur les événements précurseurs, explique la députée (Verte) Sylvia Kotting-Uhl. Elles montrent que les deux plus anciens réacteurs nucléaires allemands ont connu un nombre affolant d’événements précurseurs. Pour le dire autrement, cela montre qu’il était donc très prudent de les arrêter définitivement juste après l’accident de Fukushima. Puisque ce type d’analyse peut fournir des indications instructives sur les risques d’accident, je me suis demandé si elles étaient aussi faites en France. Et comme elles n’étaient pas disponibles en ligne, j’ai demandé ces données à l’ASN. »

La députée allemande a dû insister auprès de l’ASN, et s’y prendre par deux fois pour recevoir la liste. Dans un premier temps, l’autorité lui a simplement envoyé le décompte total, sans le détail des événements. Et l’a invitée à demander la liste complète à EDF.

Mais à la suite d’une lettre de relance de la parlementaire, l’autorité française a finalement transmis la liste complète, couvrant les années 2003 à 2014. Ce courrier est arrivé en avril 2018, neuf mois après sa première demande, faxée de Berlin en juillet 2017.

Et pour la période 2015-2017 ? L’ASN nous répond que cette liste « est en cours de consolidation ». Pour Sylvia Kotting Uhl, la liste des événements accroissant le risque de fusion du cœur dans les réacteurs nucléaires français « montre que leur nombre total est préoccupant. La liste montre aussi qu’il existe plus de risques que ceux que le public connaît. Ces informations donnent un argument supplémentaire important pour la sortie du nucléaire. Les risques de l’énergie nucléaire ne peuvent pas être maîtrisés ».

Pour mieux comprendre les enjeux de cette notion d’« événements précurseurs », Mediapart a consulté Manfred Mertins, ancien expert de haut niveau du GRS, l’équivalent allemand de l’ASN. « L’analyse des événements précurseurs permet de calculer la probabilité d’un accident du cœur du réacteur. S’il existe plus d’une probabilité sur un million que le cœur du réacteur subisse un dégât, alors on parle d’événement précurseur. Par exemple, si une partie du système de refroidissement d’urgence tombe en panne pendant un événement, cela permet d’examiner tous les problèmes et incidents qu’a subis ce système. Grâce à ce type d’analyse, on peut évaluer l’enjeu de sûreté d’un accident. Elle va plus loin que la classification INES. Le but est de quantifier et d’objectiver avec une méthode uniformisée la signification d’un événement en termes de sûreté. Des faiblesses potentielles peuvent ainsi apparaître. Néanmoins, cela ne permet pas en soi d’évaluer tout le niveau de sûreté d’une installation. »

Quand on étudie la liste, les réacteurs les plus touchés sont Cruas 4, Fessenheim 2, Gravelines 1 et 2, Tricastin 3. Le gouvernement prépare actuellement la programmation pluriannuelle énergétique (PPE), document devant décider des modalités de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité, et donc de la fermeture de réacteurs.

On ne peut que se demander s’il prendra en compte ces informations pour établir la liste des tranches à arrêter en priorité.

Publié le 14 SEPTEMBRE 2018 par JADE LINDGAARD

https://www.mediapart.fr/journal/france/140918/nucleaire-nouvelles-questions-sur-la-surete-des-centrales?onglet=full

Mots

Sep 14

POURQUOI LES USA ÉCHOUENT À CONSTRUIRE DE NOUVEAUX SOUS-MARINS NUCLÉAIRES

16 missiles intercontinentaux installés dans des silos verticaux, un réacteur nucléaire prévu pour presque 50 ans de service et un prix de 6 milliards de dollars pièce: dans les dix prochaines années, les USA renforceront leur flotte sous-marine avec de nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de classe Columbia.

Selon l’idée du commandement de la marine, les futurs sous-marins remplaceront les SNLE de classe Ohio, obsolètes, pour rester en service jusqu’en 2085. Toutefois, un défaut de fabrication découvert dès le stade initial de la construction remet ces plans en question.

Des sous-marins en or

Le premier des douze sous-marins de classe Columbia devrait entrer en service dans la marine américaine en 2028. Selon les informations disponibles, le sous-marin sera dirigé et entretenu par un équipage de 155 hommes. Le bâtiment, d’environ 170 mètres et d’un déplacement d’eau de plus de 20.000 tonnes, recevra 16 missiles de quatrième génération Trident II, dont la portée dépasse 11.000 km. Il est capable d’embarquer 8 ogives à guidage individuel d’une puissance de 475 kilotonnes ou 14 ogives de 100 kilotonnes.

L’une des particularités du nouveau sous-marin est son réacteur nucléaire qui n’a pas besoin de ravitaillement pendant toute sa durée de service, soit 42 ans — tout de même. Autre nouveauté: la propulsion électrique qui, couplée à l’empennage arrière en forme de X, réduira significativement le niveau de bruit émis par le sous-marin pour en faire l’un des plus furtifs au monde.

Le Columbia est censé remplacer progressivement les croiseurs de classe Ohio en service depuis plus de 30 ans. Actuellement, ils sont une quinzaine dans la marine et chacun embarque 24 missiles intercontinentaux.

Le Columbia sera le premier sous-marin au monde où le service sera confortable aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Auparavant, les jeunes femmes n’étaient pas admises dans les équipages de sous-marins. L’interdiction a été levée en 2010, et aujourd’hui la marine américaine compte 130 matelots et officiers femmes. Les nouveaux sous-marins seront équipés de douches séparées, et les lits seront dotés d’escaliers supplémentaires menant au niveau supérieur. De plus, tous les écrans électroniques et les panneaux d’information seront placés plus bas que sur d’autres sous-marins, et bien moins d’efforts seront nécessaires pour actionner la plupart des systèmes mécaniques.

Selon un rapport du Congrès, le programme de construction de nouveaux sous-marins stratégiques est préalablement évalué à plus de 120 milliards de dollars, c’est-à-dire que chaque bâtiment coûtera en moyenne 6 milliards de dollars au budget américain. Cette somme inclut les dépenses pour les travaux de recherche et développement et la fabrication des sous-marins.

Un «poisson pas assez cuit»

Si ce projet est l’un des plus coûteux de l’industrie américaine de l’armement, il est encore difficile de dire que c’est une réussite. Des défauts de soudure dans les tubes de lancement ont été découverts dès la première étape de construction. Selon les experts de la revue américaine Defense News, cela pourrait suspendre tout le programme de production de ces sous-marins, cruciaux pour le pays du point de vue de la dissuasion nucléaire.

Cela affectera également la construction d’autres bâtiments, notamment les sous-marins nucléaires de classe Virginia avec des missiles de croisière — le fait est que leur structure utilise les mêmes vecteurs universels que le Columbia. Actuellement, la production des sous-marins est suspendue et une enquête est en cours.

Ce n’est pas la première fois que les Américains sont confrontés à des problèmes dans la construction de bâtiments navals. Par exemple, rappelons-nous de la fameuse histoire de l’entrée en service de super-destroyers Zumwalt: le premier navire de la série DDG-1000 était arrivé dans les rangs de la marine américaine le 16 octobre 2016, mais un mois plus tard, le 21 novembre, il était tombé en panne dans le canal de Panama alors qu’il se rendait à San Diego, à cause d’une défaillance des arbres de commande des deux moteurs. Le destroyer a été remorqué jusqu’au port où, en plus, a été découverte une fuite de liquide dans le système de refroidissement. Le deuxième destroyer de la série DDG-1001, Michael Monsoor, connaît également de sérieux problèmes de moteur. Le navire a rencontré une panne au niveau des filtres harmoniques qui protègent les équipements électroniques sensibles contre les fluctuations de courant. Au final, le Michael Monsoor a été temporairement privé de la majeure partie de ses équipements électroniques high-tech.

Un autre projet tristement célèbre est celui du tout nouveau porte-avions Gerald Ford. Ce navire devait entrer en service en 2019, mais les pannes permanentes de différents systèmes et équipements ont repoussé l’échéance à 2022.

Entre prix au rabais et chaîne de sous-traitance

D’après l’expert militaire Alexeï Leonkov, les problèmes de qualité du matériel militaire américain sont apparus suite au rapprochement du complexe militaro-industriel avec le Pentagone entre 1991 et le début des années 2000.

«Des schémas de corruption se sont formés, les contrats sont exécutés à des prix gonflés. Le complexe militaro-industriel a simplement commencé à se faire de l’argent grâce au Pentagone, sans pour autant prêter attention à la qualité. De nombreuses usines se trouvent en dehors des USA. Elles économisent sur les composants, elles sous-traitent le travail, alors que les chantiers navals et les usines s’occupent uniquement de l’assemblage final», explique Alexeï Leonkov.

De plus, les USA manquent cruellement d’ingénieurs. Les problèmes fréquents et les défauts de fabrication témoignent de la mauvaise qualification du personnel et, peut-être aussi, d’une motivation insuffisante. «C’est la même chose dans d’autres pays: la génération actuelle ne veut pas lier sa vie au travail dans des usines et des entreprises industrielles. Alors qu’en Russie il existe encore des dynasties ouvrières, des traditions industrielles. Par exemple, sur certains chantiers navals et usines d’aviation, le service de plusieurs générations d’employés dépasse largement l’âge des entreprises elles-mêmes», souligne l’expert.

Un autre facteur qui influence la qualité des armements est l’absence, aux USA, de la notion de contrôle d’inspection. «En Russie les armements font l’objet d’une inspection très stricte lors de leur réception et les armes défaillantes ne sont pas mises en service. Bien sûr, il y a des exceptions, des excès isolés, mais quand c’est découvert les responsables subissent de graves sanctions allant jusqu’aux poursuites pénales. Aux USA, même les essais officiels se déroulent autrement. En Russie le matériel est testé dans des conditions très austères, et si c’est un char il se fait également tirer dessus. Les Américains n’ont jamais tiré sur leurs Abrams mais croient sur parole qu’ils sont blindés», ajoute l’expert.

Une attention particulière est traditionnellement accordée, en Russie, au développement et à la fabrication d’armements stratégiques pour éviter des lacunes majeures. Ainsi, la flotte du Nord et du Pacifique sont activement réarmées aujourd’hui avec des SNLE du projet Boreï. D’ici 2020, la marine recevra 8 sous-marins de cette classe. Le premier navire Iouri Dolgorouki (mis en service le 10 janvier 2013) travaille déjà au sein de la flotte du Nord, le deuxième croiseur Alexandre Nevski et le troisième, Vladimir Monomakh, font partie de la flotte du Pacifique. Les croiseurs Prince Vladimir, Prince Oleg, Généralissime Souvorov, Empereur Alexandre III et Prince Pojarski sont en construction.

Du point de vue de la construction et de la qualité de fabrication des croiseurs, le ministère de la Défense n’avait pas de remarques particulières pour l’industrie de l’armement, hormis quelques difficultés avec les essais de leur arme principale — le tout nouveau missile Boulava. Les lancements entre 2006 et 2009 étaient ratés, le logiciel rencontrait des problèmes, les missiles s’autodétruisaient, déviaient de leur trajectoire, et les moteurs du troisième étage étaient instables.

Les experts ne l’associaient pas aux particularités structurelles du sous-marin, mais au travail insatisfaisant des entreprises qui fabriquaient les missiles. Au final, les délais de mise en service du Boulava ont été significativement retardés. Cependant, les ingénieurs russes ont déjà surmonté toutes les difficultés.

https://fr.sputniknews.com/defense/201809131038075132-etats-unis-sous-marins-nucleaires/

Sep 14

RÉVISION DE LA PPE : LE BILAN DE LA COMMISSION PARTICULIÈRE DU DÉBAT PUBLIC

Le rapport du débat public sur la PPE a été présenté à la presse par Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public, et Jacques Archimbaud.

Le gouvernement doit présenter d’ici à fin octobre 2018 la première version de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Cette feuille de route de la politique énergétique française a fait l’objet d’un débat public, dont les conclusions ont été officiellement présentées à la presse le 12 septembre.

Priorité à la réduction des consommations d’énergie

Du 19 mars au 30 juin 2018 s’est déroulé en France le débat public sur la révision de la PPE. Dans ce cadre, « 86 rencontres publiques auxquelles ont assisté 8 000 personnes » ont notamment été organisées. Le questionnaire visant à recueillir l’avis des Français sur la politique énergétique nationale a reçu près de 11 150 réponses et 400 citoyens tirés au sort (« G400 ») en ont également débattu.

Les échanges et avis exprimés lors ce débat ont été restitués par la Commission particulière du débat public (CPDP) sous la forme d’un rapport(1) faisant notamment état de critiques sur la gouvernance d’ensemble de la politique énergétique française : politiques publiques « peu lisibles et manquant de cohérence entre ministères et entre les différentes niveaux de décision », manque de coordination avec les autres politiques européennes, absence d’indicateurs permettant une prise de décision éclairée, etc.

Afin de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et les dérèglements climatiques associés (nécessité qui fait « consensus » au sein des participants du débat public), c’est la réduction des consommations d’énergie qui est reconnue comme prioritaire, « notamment en matière de bâtiment et de mobilité », les deux secteurs les plus énergivores en France. À cette fin, la loi de transition énergétique adoptée à l’été 2015 est jugée comme un outil « équilibré » par la « majorité des participants », malgré quelques « ajustements nécessaires ».

Plus de clarté sur le nucléaire

Dans son rapport final, la CPDP appelle le gouvernement à « tenir compte des souhaits formulés dans le débat public quant à une place plus importante pour l’hydroélectricité, le biogaz, le solaire thermique, la géothermie et un renforcement du fonds chaleur ». Le développement des énergies renouvelables, « globalement approuvé », reste toutefois soumis à de « fortes exigences critiques » telles que « la baisse de leur coût sur le soutien public ».

Bien que la nécessité de ne pas se focaliser sur le vecteur électrique (qui compte pour moins d’un quart de la consommation finale d’énergie en France(2)) soit rappelée, l’avenir du parc nucléaire français fait l’objet de nombreuses interrogations. Des précisions sont notamment attendues sur la « politique en matière de carénage et d’ouverture éventuelle de nouveaux réacteurs de type EPR » et sur « le calendrier permettant l’atteinte des objectifs de réduction à 50% de la part de nucléaire dans la production électrique » (contre 71,6% du mix électrique en 2017).

Pour la majorité des participants au débat public, l’objectif de 50% de nucléaire dans le mix électrique français « doit être maintenu » bien que cette cible soit reconnue comme « symbolique ». « Il apparaît que le recul de l’échéance de 2025 (ndlr : cible initialement inscrite dans la loi de transition, reportée par le ministère en novembre 2017) est mieux compris par les spécialistes que par les personnes éloignées traditionnellement du secteur de l’énergie et qu’un recul de cette échéance au-delà de 2035 paraîtrait à celles-ci largement dilatoire ». Début septembre, le Premier ministre Édouard Philippe a évoqué 2035 comme horizon possible pour atteindre cet objectif.

Le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire François de Rugy a annoncé une présentation de la première version de la PPE « à la fin du mois d’octobre ». Le texte fera par la suite l’objet de différents avis et consultations (Autorité environnementale, Conseil supérieur de l’énergie, Conseil national de la transition écologique, etc.). Une « consultation électronique du public », à laquelle la CNDP souhaite être associée, aura à nouveau lieu avant que le ministère finalise une version définitive de la PPE avant le 31 décembre 2018.

Sources / Notes

  1. Compte-rendu du débat public sur la révision de la PPE.
  2. 38 Mtep sur 153,6 Mtep en 2017 selon le Bilan énergétique de la France métropolitaine en 2017.

https://www.connaissancedesenergies.org/revision-de-la-ppe-le-bilan-de-la-commission-particuliere-du-debat-public-180913

Sep 14

FESSENHEIM : UNE DES CENTRALES NUCLÉAIRES LES PLUS TOUCHÉES PAR DES DYSFONCTIONNEMENTS, SELON UN DOCUMENT DE MEDIAPART

Dans un article paru ce vendredi, le site Mediapart publie un document confidentiel émanant de l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN). Il dévoile plusieurs incidents répétés entre 2003 et 2014 dans la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus ancienne du parc nucléaire français.

Ce document devait rester confidentiel. Il ne l’est plus depuis ce vendredi 14 septembre. Il a été envoyé à une députée allemande, Sylvia Kotting-Uhl (Die Grünen), qui a choisi de le transmettre à Mediapart (article payant) en découvrant son contenu. Mediapart précise que la députée allemande, « a dû insister auprès de l’ASN et s’y prendre par deux fois pour recevoir la liste. »

Il existe plus de risques que ceux que le public connaît

« La liste montre aussi qu’il existe plus de risques que ceux que le public connaît », explique la députée allemande. Ce contenu, jamais dévoilé, c’est une liste d’« événements précurseurs«  qui viennent « augmenter le risque de fusion du cœur du réacteur », survenus entre 2003 à 2014 dans les centrales nucléaires françaises (pour la période 2015-2018, la liste n’a pas encore été constituée). Les « événements précurseurs » à Fessenheim y figurent en bonne place: avec huit incidents relevés uniquement dans son enceinte, Fessenheim est la troisième centrale en France où se sont produits le plus d' »événements précurseurs« .

Le rapport annuel de l’ASN ne dévoile pas tous ces « événements précurseurs« : l’agence précise qu’il s’agit d’une notion« plus technique [qui] n’est pas conçue comme critère de communication ». C’est pourtant cette notion qui a justifié la décision d’Angela Merkel de fermer huit réacteurs nucléaires allemands et la sortie du nucléaire pour 2022, après la catastrophe de Fukushima en 2011. Pour cette enquête, Mediapart a travaillé avec le site allemand correctiv.org (article en allemand).

Actée par le gouvernement, la fermeture de la centrale de Fessenheim resterait liée à la mise en service de l’EPR de Flamanville. Mise en service qui a été repoussée d’une année, suite à des problèmes de soudures. 

« Le retard d’un an du chargement du combustible de l’EPR de Flamanville, au quatrième trimestre 2019, décale donc l’arrêt de la centrale de Fessenheim », expliquait Sébastien Lecornu, le secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire  en juillet 2018.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/fessenheim-centrales-nucleaires-plus-touchees-dysfonctionnements-document-mediapart-1540752.html

Sep 14

EN CAS DE RUPTURE BRUTALE DU BARRAGE DE VOUGLANS, LA FRANCE POURRAIT SUBIR LES CONSÉQUENCES D’UN ACCIDENT DE TYPE FUKUSHIMA

Communiqué du 14 septembre 2018 su Réseau Sortir du Nucléaire

Ce jeudi 13 septembre, un reportage d’Envoyé Spécial a exposé les risques de submersion de plusieurs centrales de la vallée du Rhône en cas de rupture brutale du barrage de Vouglans. Pour protéger les citoyens et éviter que des catastrophes nucléaires ingérables en série se surajoutent à une inondation dévastatrice, la fermeture de ces centrales est un impératif.

Selon le reportage diffusé jeudi 13 septembre dans Envoyé Spécial, une rupture du barrage de Vouglans, dans l’Ain, ne peut être exclue. 600 millions de mètres cubes d’eau seraient alors libérés et une vague de plusieurs mètres de haut déferlerait dans la plaine de l’Ain puis dans la vallée du Rhône… rencontrant sur son passage les 14 réacteurs nucléaires qui la jalonnent.

Le premier site nucléaire impacté, à 70 km en aval du barrage et à 35 km de Lyon, serait celui du Bugey avec quatre réacteurs en activité, un réacteur en cours de démantèlement, un centre de stockage et de conditionnement de déchets irradiés (ICEDA) en construction. EDF prétend que le site ne serait pas touché, les eaux s’arrêtant quasi miraculeusement au bord de la route d’accès à la centrale. Comment accorder le moindre crédit à ces projections, qui semblent plus relever du vœu pieux que de l’estimation prudente ? Si tout est sous contrôle, pourquoi envoyer aux associations des documents copieusement caviardés ? Surtout, un document interne à EDF évoqué dans ce reportage met en évidence une différence de 85 millions de m3 d’eau avec les estimations officielles, démentant les discours optimistes de l’entreprise.

Toujours selon ce document interne EDF, la centrale de Saint-Alban, dans l’Isère, ne serait épargnée par la vague qu’à 7 cm près (!). Mais la centrale de Cruas-Meysse, en Ardèche, pourrait voir ses bâtiments réacteurs noyés et perdre ses sources de refroidissement, ce qui mènerait à un accident de type Fukushima. Les conséquences seraient similaires à Tricastin (sachant que la centrale est également jouxtée par un vaste complexe de fabrication et d’enrichissement du combustible nucléaire).

Sans avoir pu consulter ces documents, il y a tout lieu de craindre, quand bien même les réacteurs ne seraient pas submergés, que les débris charriés par la vague n’obstruent les filtres des systèmes de prélèvement d’eau des centrales [1]. Le refroidissement des réacteurs serait alors compromis. Et que dire des impacts potentiels d’une telle inondation brutale sur les infrastructures de transport d’électricité ? En cas de défaillance de l’alimentation électrique, EDF serait contrainte de recourir aux diesels de secours pour continuer à assurer le refroidissement des réacteurs. Mais encore faudrait-il que ceux-ci puissent fonctionner, sachant que des documents internes à EDF publiés en 2016 par le Journal de l’Énergie indiquaient que la plupart d’entre eux étaient dans un état déplorable !

Un tel scénario catastrophe, impliquant la submersion en série de plusieurs réacteurs nucléaires, aurait des conséquences incommensurables. Un « simple » accident dans la vallée du Rhône, parsemée d’installations nucléaires et de sites Seveso, constituerait à lui seul un cauchemar ingérable, tant en terme de plan d’urgence que d’évacuation des populations. Qu’en serait-il avec des submersions multiples de sites nucléaires, dans une vallée noyée sous plusieurs mètres d’eau, où les routes d’accès seraient impraticables et où l’alimentation électrique serait coupée ? Jamais la France ne se relèverait d’un tel accident.

Face à un risque qui dépasse l’entendement, la plus élémentaire des prudences exige la mise à l’arrêt des réacteurs concernés – ainsi que des usines de combustible et installations nucléaires situées à proximité. La fermeture de ces centrales est d’autant plus urgente que nombre d’entre elles ont déjà atteint les limites de leur durée de fonctionnement initialement prévue et/ou voient les incidents se multiplier (pollution des eaux au tritium et aux hydrocarbures à Cruas, arrêts d’urgence en série à Saint-Alban…). Les autorités doivent faire primer la sécurité des populations sur toute autre considération !

Pour en savoir plus : retrouvez les informations collectées par le collectif Stop Bugey sur les risques d’inondation du site

Notes :

[1] Dans un courrier daté de 2017, l’Autorité de sûreté nucléaire note d’ailleurs la persistance, malgré des travaux effectués il y a plusieurs années, d’un risque de perte de la source froide pour la centrale de Cruas-Meysse, en raison d’un risque de colmatage des grilles d’aspiration par des végétaux charriés par le Rhône

Contact presse :

Philippe Lambersens – 06 83 53 89 82

Chargée de communication :

Charlotte Mijeon – 06 64 66 01 23

Retrouvez ce communiqué sur le site :

http://www.sortirdunucleaire.org/En-cas-de-rupture-brutale-du-barrage-de-Vouglans

Sep 13

SOUS LE BÉTON DES TROPIQUES, DES DÉCHETS RADIOACTIFS

Sur l’île de Moruroa, les souvenirs de l’ère nucléaire sont gravés dans la roche. Fragilisé par 137 essais souterrains, son socle est aussi jonché de déchets radioactifs.

Le chantier «à douze milliards de francs Pacifique»: pour rénover son système de surveillance des profondeurs de Moruroa, l’État français a aligné près de cent millions d’euros.

Avec une telle somme, on s’attend à de gigantesques machines en métal, à des hommes en treillis qui fourmillent. On a des clichés plein l’esprit, directement tirés de blockbusters sur la Nasa. Mais le nouveau programme, inauguré le 20 juin 2018 et répondant au doux nom de Telsite 2, n’a rien d’hollywoodien. Seules quelques sondes qui s’enfoncent dans le sol, une balise GPS et un grillage blanc.

L’ombre de Tydée

Le but du système? Capter les mouvements des sous-sols –la géomécanique– de Moruroa, afin d’anticiper un quelconque accident. Car au-dessus de l’atoll plane toujours l’ombre de Tydée. L’essai nucléaire souterrain du 25 juillet 1979 ainsi baptisé a entraîné l’effondrement d’un bloc de récif corallien. Désormais, «la probabilité d’un événement comme celui-ci est infime», répète l’armée française.

«Alors pourquoi dépenser douze milliards, s’il n’y a pas de risque?», s’agite Roland Oldham. Le président de l’association anti-nucléaire historique, Moruroa e Tatou, écarquille ses yeux sombres et martèle le chiffre, comme pour en prendre lui-même la mesure: «Douze milliards! C’est énorme!»

À l’unisson avec la plupart des militantes et militants, Roland Oldham évoque un autre danger: «la vague de vingt mètres» qui d’après l’armée se formerait en cas de glissement d’un bloc de calcaire situé sous Moruroa.

En première ligne, les militaires qui y travaillent seraient submergés par cinq mètres d’eau. Viendrait ensuite l’île de Tureia et ses 300 habitantes et habitants. «Cet atoll serait atteint en environ dix minutes, et une vague de 1,5 à deux mètres serait alors observée, dans les conditions les plus pénalisantes. Les zones habitées et les zones d’activité de l’atoll de Tureia ne seraient pas submergées par ce phénomène», précise le ministère de la Défense.

En bout de chaîne

On s’attend logiquement à ce que la population de Tureia soit la première au courant en cas d’alerte. Et pourtant: lors d’un incident, l’information parvient d’abord à Bruyères-Le-Châtel (Essonne), dans un centre du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), qui gère Telsite. Elle est ensuite transmise simultanément au ministère de la Défense à Paris, au Commandement supérieur des forces armées de Polynésie française et au Haut-Commissariat, à Tahiti. Ce n’est qu’en bout de chaîne que les autorités polynésiennes sont prévenues.

«Ça fait quand même beaucoup de jalons avant que les militaires de Moruroa et les populations ne soient alertées», s’inquiète Richard Tuheiava. Sénateur entre 2008 et 2014, le membre du parti indépendantiste a profité de son mandat pour réclamer que «la Polynésie prenne part aux opérations de surveillance»: «Ça paraît normal, puisque ce sont le pays et sa population les premiers concernés!»

Richard Tuheiava a déposé une proposition de loi en ce sens en 2010, dans laquelle il demande «une surveillance collective» via un partage effectif d’informations aux communes concernées: Tureia, Reao, Rikitea. Les résultats enregistrés par Telsite sont d’abord envoyés en métropole, et les îles polynésiennes ne les reçoivent que des mois plus tard. Il existe bien un laboratoire de géophysique à Pamatai, au nord-ouest de Tahiti, mais il ne sert que de relais.

Adopté en première lecture au Sénat en 2012, le texte de Richard Tuheiava semble être ensuite tombé dans les oubliettes de l’Assemblée nationale.

«L’expérience acquise par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) depuis trente-deux ans d’existence est que l’on ne peut pas faire totalement confiance aux organismes officiels, en particulier lorsque le pollueur est aussi celui qui pilote ou qui effectue les contrôles, explique Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Commission. Une véritable transparence serait que nous puissions aller faire des contrôles indépendants sur place et avoir accès à l’ensemble des archives décrivant les essais nucléaires et leurs conséquences.»

Visite guidée et omissions

Certes peu bavarde, l’armée ne fait toutefois pas la sourde oreille face aux accusations d’opacité. Une Commission d’information sur l’impact environnemental et sanitaire des essais nucléaires voit le jour en 2015. La Défense convie, au moins une fois par an, des représentantes et représentants métropolitains et polynésiens, dont les maires d’îles concernées par les essais et des militantes et militants anti-nucléaires ou écologiques.

Fait notable: en décembre 2017, l’armée a convié à Moruroa des associations anti-nucléaires, pourtant très virulentes à son égard, afin d’observer les avancées du chantier Telsite. «La journée, objectivement, a été sympa. Ils ont apporté le côté transparent qu’il a manqué pendant plus de cinquante ans», déclare alors le Père Auguste, de l’association 193, à la Dépêche de Tahiti.

Du côté des municipalités, on fait le même constat. Tevahineheipua Brander, la maire de Tureia, mentionne une «bonne relation avec l’État». Elle explique ne pas pouvoir assister aux réunions de la Commission, dont elle est membre, faute de pouvoir se rendre jusqu’à Tahiti.

«Ils ont quand même fait l’effort de se déplacer une fois sur Tureia pour venir expliquer aux élus ce qu’était Telsite 2, à quoi cela servait», salue la maire. Une question continue toutefois de la tarauder: «L’État se borne à dire qu’il n’y aura jamais, jamais, jamais d’effondrement. Et si ça arrive? Ils n’en parlent pas dans le plan d’évacuation, mais qu’est-ce qu’ils comptent faire de la population de Tureia en cas d’accident?»

Malgré des efforts, la transparence de l’armée a ses limites et il faut parfois compter sur des fuites d’informations pour appréhender l’ampleur des dégâts. Mentionnant «un informateur», l’ancien sénateur Tuheiava raconte: «Pendant mon mandat, on s’est aperçu à deux reprises que Telsite était défectueux. Il y avait sept points de surveillance qui ne fonctionnaient pas. C’est extrêmement grave, quand on connaît la quantité de déchets radioactifs qui se trouve sous Moruroa.»

Sous-sol radioactif

L’île de Moruroa n’a plus rien de la carte postale d’autrefois. «Moi, je n’y vais pas, à Moruroa, car il n’y a rien à voir. Que du béton, du béton, du béton», décrit Roland Oldham. D’immenses dalles grises ont en effet recouvert le sable blanc. Et sous le béton des tropiques, parfois fendu, des déchets radioactifs.

Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Criirad, évoque des restes entassés dans «des puits qui n’ont pas été conçus comme des stockages à long terme de déchets radioactifs» et qui sont implantés à des endroits «qui présentent une instabilité géomécanique avérée».

Au fond du lagon, des cheminées de tir résistent au temps et au sel. Elles contiennent des quantités importantes de plutonium 239, un élément particulièrement nocif dont la radioactivité ne diminue de moitié que tous les 24.000 ans. Les cheminées côtoient des carcasses de véhicules militaires ou des restes de matériel, contaminés, dont les autorités n’ont pu se débarrasser autrement qu’en les immergeant.

Un ancien ingénieur du CEA, Ghislain Houzel, confiait à La Dépêche de Tahiti, en août dernier: «La cuve Meknès [un blockhaus utilisé pour des «essais complémentaires», ndlr] a été abandonnée, mais il fallait enlever tous les produits radioactifs. Tout ça a été mis dans un conteneur, dans lequel on a ensuite coulé du ciment. À l’époque, une décision complètement stupide a été prise: on l’a mis sur une barge et on l’a largué au large de la passe de Moruroa.»

En 1999, la Criirad réclame que les îles de Moruroa et Fangataufa soient classées sites de stockage de déchets radioactifs, «du fait de la radioactivité artificielle accumulée dans leur sous-sol».

La demande la Criirad est restée sans suite. Notamment parce qu’en 1998, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a considéré les «risques radiologiques pour les générations actuelles et futures» comme étant «négligeables». La même agence avait d’ailleurs déclaré qu’«il [n’était] pas nécessaire de poursuivre la surveillance de l’environnement de Moruroa.»

Posture diplomatique

Avec Telsite 2, l’État français semble vouloir rassurer en ce qui concerne les risques géologiques. L’indépendantiste Richard Thueiava récuse cependant tout acte de bonne volonté: «Il est évident que si le ministère de la Défense s’occupe de la Polynésie, c’est pour sa posture diplomatique.»

D’après lui, l’État est «sous pression» depuis qu’il s’est prononcé contre le traité international d’interdiction des armes nucléaires voté par les Nations unies en juillet 2017. Alors que Donald Trump et Kim Jong-un s’envoyaient des menaces atomiques, 122 pays sur 192 avaient approuvé le texte, mais pas la France.

«Alors pour se rattraper, on essaie de faire bonne image […], poursuit le sénateur. D’où l’accord de l’Élysée de l’année dernière signé entre Hollande et Fritch [le président de la Polynésie française, ndlr], d’ailleurs repris par Macron aujourd’hui, d’où Telsite 2, d’où cette révision in extremis de la loi Morin [qui supprime la notion de “risque négligeable” dans la loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français, ndlr].»

Techniquement, la France ne peut pas ratifier le traité des Nations unies, car elle effectue toujours des essais nucléaires en laboratoire: depuis 2014, en Gironde, des équipes s’attèlent au développement d’une nouvelle arme nucléaire, le laser mégajoule.

Publié par Marion Lecas et Victor Le Boisselier — 13 septembre 2018 à 16h01

http://www.slate.fr/sante/polynesie-atomes-nucleaire/episode-3-surveillance-geomecanique-dechets-radiocatif

Sep 13

EN FRANCE, LE NUCLÉAIRE EST UNE RELIGION D’ÉTAT

L’entêtement d’EDF et de l’État à investir dans le nucléaire alors que les déboires de la filière se multiplient est « irrationnel », explique l’auteur de cette tribune. Qui y voit la persistance d’une croyance tenace, de l’ordre du religieux.

« Maintenant que nous avons restauré notre niveau de compétence grâce au chantier de Flamanville, il faut poursuivre la construction de centrales nucléaires en France et en Europe. »

C’est ainsi que s’exprimait le 7 juin dernier le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, lors d’une audition à l’Assemblée nationale quelques semaines avant d’avouer que l’EPR [qu’EDF construit à Flamanville, dans la Manche] aurait un an supplémentaire de retard. Et que 400 millions d’euros supplémentaires s’ajouteraient au coût des travaux, portant le devis initial de 3,2 milliards d’euros annoncé lors débat public en 2005 à (pour le moment) 11,9 milliards d’euros. Une multiplication par 3,7 : dépassé le fameux « facteur pi = 3,14 », qui caractérise assez bien l’extravagante distorsion des coûts dans le domaine nucléaire (civil et militaire) entre la com’ initiale et le coût réel à l’arrivée…

Mais Jean-Bernard Lévy poursuivit juste après :

« Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler. »

Pédaler pour ne pas tomber… Alors là — tout arrive ! —, on ne peut être que d’accord avec cette pertinente analyse du patron d’EDF, lecteur sans nul doute… d’Alice aux pays des merveilles.

Alice, de Lewis Carroll ? Publié en 1865, bien avant la création d’EDF en 1946 ?

Dans la suite des Aventures d’Alice au pays des merveilles, De l’autre côté du miroir, la jeune Alice rencontre une reine toute vêtue de rouge, lancée dans une course effrénée. Alice court alors un moment avec elle, puis, étonnée, lui demande : « Mais, Reine Rouge, c’est étrange, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ? » Et la reine lui répond : « Alice, nous courons pour rester à la même place. »

Peu à peu les croyances s’effondrent

Telle Alice, nous regardons, stupéfaits, la Reine Rouge EDF courir pour rester à la même place.

Courir en Bourse avec une tonitruante introduction à 32 € par action, promesse de gains faciles pour un placement de père de famille. Après une envolée jusqu’à 85 €, l’inexorable dégringolade vers les 10 € fut sanctionnée par le déshonneur boursier suprême, l’expulsion du CAC40. Les petits porteurs demandent aujourd’hui que l’État rachète leurs actions… au prix de l’introduction en Bourse ! Toujours le vieux truc, cette assurance-vie capitaliste : privatisation des profits, nationalisation des pertes.

Courir à Flamanville, où la construction de l’EPR se révèle un chemin de croix dont les douloureuses stations s’appellent « béton défectueux », « délais explosés », « soudures à reprendre » et « budget initial bientôt quadruplé ». L’une des dernières stations se situe au fond d’une cuve fragilisée par un surplus de carbone dans la composition de l’acier. Une cuve de réacteur trop carbonée : un comble pour une énergie qui se vante, urbi et orbi, d’être décarbonée…

Courir aussi en Angleterre, où les yeux s’ouvrent peu à peu sur le projet démesuré de deux EPR à Hinckley Point.

Courir après la « jouvence » de 58 vieux réacteurs pour les maintenir coûte que coûte. Un « coûte que coûte » évalué à 50 milliards d’euros selon EDF… ou 150 milliards selon des études indépendantes. Le facteur pi, de nouveau ?

Courir en réclamant dans un rapport, sans doute en partie à l’origine de la démission de Nicolas Hulot, la décision de construire en France six autres EPR, alors que Flamanville n’a pas encore fourni le moindre kWh ?

Pourquoi un tel entêtement, si irrationnel dans cette France que l’on dit pourtant cartésienne ? Dans le Manifeste négaWatt (Actes Sud) nous avons formulé l’explication suivante :

Le nucléaire, malgré ses déboires techniques, ses difficultés financières et les profondes incertitudes sur son avenir, reste une forme moderne de religion d’État. Ses cardinaux sont à la tête des grandes administrations et des grandes entreprises qu’il contrôle, ses évêques sont nommés aux postes-clés des organisations représentatives des partenaires sociaux et ses missionnaires se trouvent dans les troupes de certains syndicats enfermés dans le dogme d’un nucléaire représentant l’alpha et l’oméga en matière d’énergie. Tous ces affidés de l’atome font bloc pour refuser d’admettre des évidences qui les dérangent car « toutes les grandes vérités sont d’abord des blasphèmes », observait si justement George Bernard Shaw… »

Bien sûr les grands cardinaux proches du pape-PDG font encore bloc, soutenus à grand coup de recapitalisations massives payées in fine par nous, nos kWh et nos impôts.

Mais peu à peu les croyances s’effondrent. Certains, évêques et missionnaires, commencent de l’intérieur de l’église à douter des dogmes. La fracassante démission du directeur financier d’EDF, l’homme qui connaissait le mieux la vérité des chiffres, en fut un épisode spectaculaire. C’est toujours ainsi, lorsque les fidèles osent enfin ouvrir les yeux et transgresser l’omerta, que finissent par s’effondrer des empires que l’on pensait immortels.

Devant nous le paysage énergétique mue à toute vitesse. Les dinosaures de l’énergie, alourdis par leur orgueil, aveuglés par leur toute-puissance ont déjà amorcé leur extinction. Seuls leur survivront les lémuriens agiles, sobres et efficaces, aptes à capter vent et soleil.

Par Thierry Salomon, le 13 septembre 2018 / (Thierry Salomon est énergéticien, vice-président et porte-parole de l’association négaWatt.)

https://reporterre.net/TRIB-EDF-ses-cardinaux-et-la-Reine-rouge-Le-nucleaire-cette-religion-d-Etat-Le

Sep 13

NUCLÉAIRE: CES SIGNES DE VIEILLISSEMENT QU’EDF VOUDRAIT FAIRE DISPARAÎTRE

Plus d’un tiers des réacteurs nucléaires français subissent une sollicitation excessive de leurs circuits. EDF surveille ces phénomènes mais ne les répare pas. Or, plus les centrales vieillissent, plus ces problèmes augmentent. Nos révélations à partir de documents internes obtenus d’un lanceur d’alerte.

Simple, efficace, rassurant. Le discours d’EDF sur l’état de ses centrales nucléaires est parfaitement usiné. Elles ont beau vieillir, elles sont de plus en plus sûres, à en croire l’entreprise. « Sur les dix dernières années, notre taux de panne a été divisé par deux. Le nucléaire n’a jamais été dans une meilleure situation en France qu’aujourd’hui », expliquait Dominique Minière, directeur exécutif du groupe, le 12 juillet, sur France Inter.

Pourtant, mis en service à partir de 1977, les réacteurs commencent à atteindre un âge de fonctionnement supérieur à ce qui avait été prévu : autour d’une quarantaine d’années. La durée d’exploitation des tranches nucléaires n’est pas limitée dans leur décret d’autorisation. En contrepartie, celles-ci doivent faire l’objet d’un complet réexamen de leur situation tous les dix ans : ce sont les « visites décennales ». D’une puissance de 900 mégawatts (MW), les 34 plus anciens réacteurs du parc commencent à dépasser leur 40e année d’utilisation et donc à subir cet examen. Pour en déterminer les conditions, une concertation inédite du public vient de s’ouvrir et durera jusqu’en mars 2019.

Au total, la France compte 58 réacteurs nucléaires, répartis un peu partout sur le territoire, à l’exception de l’outre-mer. Ils produisent près de 75 % de l’offre d’électricité, ce qui fait de la France le pays le plus nucléarisé au monde.

La loi de transition énergétique pour la croissance verte a acté en 2015 le principe d’une réduction de la part du nucléaire à 50 % en 2025. Mais EDF, entreprise publique à 85 %, refuse cette échéance et prévoit de ne fermer aucun réacteur avant 2029, à l’exception de ceux de Fessenheim (Alsace), au moment où l’EPR de Flamanville (Manche) entrera en activité. Cette position de négation d’une loi pourtant votée est tacitement soutenue par Édouard Philippe, qui vient d’annoncer que la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), document attendu fin octobre, se fixera l’objectif d’une réduction à 50 % de l’électricité d’origine nucléaire vers 2035.

Tous les signaux indiquent donc que la puissance publique prépare un rallongement de la durée de vie des centrales nucléaires. Depuis sa nomination à la présidence d’EDF, Jean-Bernard Lévy a fixé l’objectif symbolique de 60 ans. Pour n’importe quelle usine, c’est une très longue durée de vie. Mais pour une installation nucléaire, un équipement plus dangereux que tout autre en raison des conséquences irréversibles d’un accident grave, viser un tel horizon temporel est un pari extrêmement risqué.

Dans le cadre de la quatrième visite décennale, EDF a prévu 48 milliards d’euros de travaux de « grand carénage », afin de rendre les vieux réacteurs aussi sûrs que la nouvelle génération des EPR – comme celui actuellement en construction à Flamanville. « Pour nous, il est important de montrer que des centrales vieillissantes visent un niveau de sûreté très proche des réacteurs neufs », a déclaré le directeur du parc nucléaire d’EDF, Philippe Sasseigne, cité par Reporterre, lors de la conférence de presse sur la concertation publique.

Concrètement, le groupe dit vouloir étudier tous les composants susceptibles de se détériorer en vieillissant et doit prévoir des travaux de maintenance ou de remplacement des matériels frappés d’obsolescence – ainsi qu’il s’en explique dans ce document officiel.

Cependant, c’est une tout autre situation que Mediapart a découverte, grâce à des documents internes à EDF restés jusqu’ici confidentiels et transmis par un lanceur d’alerte. Dans les centaines de pages de dossiers techniques et de notes que nous avons obtenus avec notre partenaire allemand, le journal en ligne Correctiv, on découvre que les circuits de nombreux réacteurs subissent des sollicitations excessives depuis plusieurs années. Mais aussi qu’EDF ne prévoit aucune réparation mécanique. Au contraire, le groupe s’arrange pour ne pas déclarer ce qui devrait pourtant constituer des « événements significatifs de sûreté », en application de la réglementation en vigueur. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a connaissance de ces procédés et les accepte, n’ayant pas constaté d’actions problématiques à ses yeux.

Parmi la masse de documentation, une note technique de mars 2014 retient l’attention. Elle est classée comme contenant « des informations sensibles relevant du secret » et destinée exclusivement à l’usage interne du groupe. On y découvre qu’en juin 2013, plus d’un tiers des réacteurs nucléaires français avaient dépassé au moins une fois le nombre de sollicitations autorisées pour des composants des circuits primaires et secondaires des centrales, là où se transmet la chaleur considérable qui produit l’électricité.

De quoi s’agit-il? Les tuyauteries, vannes, clapets, etc., de la partie nucléaire des installations subissent des variations de pression, de température, des ouvertures et fermetures, toute une série d’actions routinières provoquées par le fonctionnement d’un réacteur. Au fil du temps, si elles se produisent trop souvent, elles peuvent amoindrir la robustesse des matériels et augmenter leur risque de rupture – ce qui pourrait être le point de départ d’un accident. C’est ce qu’EDF appelle des « situations ». Il ne s’agit pas d’un dysfonctionnement à proprement parler, mais d’actions à surveiller, car elles peuvent à la longue endommager les conduits de la centrale nucléaire. Si bien que pour chaque composant concerné, la réglementation prévoit des seuils, c’est-à-dire un nombre maximal d’occurrences admissibles pendant la vie du réacteur. En tout, quelques dizaines de « situations » sont répertoriées par l’exploitant, sur la base d’informations fournies par les fabricants. Or, dans les documents transmis par le lanceur d’alerte, il apparaît qu’en juin 2013, 21 réacteurs – donc plus d’un tiers du parc – avaient dépassé le nombre d’occurrences autorisées pour au moins une « situation ». Sept limites de seuils différents étaient franchies dans une ou plusieurs centrales. La tranche Dampierre 1 (Loiret) était en excès pour trois limites différentes. Voilà pour les écarts déjà constatés. Mais EDF réalise également des prévisions. Et là, le nombre de dépassements de seuils explose : à 40 ans, 33 réacteurs comptabiliseraient au moins un débordement. À 60 ans, seuls quatre réacteurs ne connaîtraient pas ce problème. Trois tranches – Cattenom 1 (Moselle), Flamanville 1 et Paluel 1 (Seine-Maritime) – franchiraient la ligne rouge à neuf reprises.

Que compte faire EDF pour répondre à cette dérive ? Rien

Or, que compte faire EDF pour répondre à cette dérive ? Rien. Dans la colonne « actions » à entreprendre pour pallier le problème, on lit : « pas d’action »« pas d’action »« pas d’action »…, et parfois un « suivi de comptabilisation ». Dans certains cas, le groupe préconise l’augmentation de seuils autorisés, ce qui revient à changer la règle pour ne pas se retrouver en infraction, et dans d’autres, la création de nouvelles catégories de « situation ». Cela permet de comptabiliser à part certains problèmes et, ainsi, de rendre invisible le franchissement de la limite réglementaire. Dans ses conclusions, la note écrit que certains dépassements « semblent inévitables » et qu’« il faudra relever le nombre d’occurrences autorisées » dans certains cas.

Selon les règles en vigueur, tout dépassement de seuil doit être rendu public et déclaré en tant qu’« événement significatif de sûreté », sauf si l’exploitant anticipe l’écart et le justifie. Grâce à cette tolérance, EDF parvient à rendre invisibles ces incidents. Pourtant, ils indiquent la sollicitation excessive de son matériel. Dans sa doctrine de « comptabilisation des situations », rédigée en 2014, que nous avons également obtenue, EDF écrit que celles-ci « participent à l’endommagement des équipements sous pression », c’est-à-dire la cuve, les générateurs de vapeur, les pompes qui se trouvent dans la partie nucléaire des centrales. Des composants essentiels à la production d’électricité nucléaire et dont l’intégrité est tout aussi nécessaire à la sûreté.

Malgré ces enjeux, le « dossier des situations » et leur comptabilisation ne sont pas accessibles au public. Il existe une version actualisée en 2017 de la comptabilisation de ces problèmes, mais nous n’avons pas réussi à y avoir accès. Sollicitée, l’ASN nous a répondu ne pas disposer de ce document. Cette lacune interroge sur la capacité de ses services à suivre avec précision l’évolution des centrales. Chaque année, une réunion dédiée à ce sujet se tient entre l’autorité et l’exploitant. Selon EDF, « fin 2017, le bilan ne montre pas d’évolution majeure depuis le bilan mi-2013 : quatre situations sont en dépassement sur les réacteurs 900 MW, une sur un réacteur du palier 1 300 MW, toutes justifiées ». En tout, 9 réacteurs de 900 MW et un réacteur de 1300 MW seraient concernés, selon le groupe. Sans accès direct au document source, il est impossible de savoir s’ils s’additionnent à ceux impactés en 2013 ou s’il s’agit en partie des mêmes tranches. Comme il n’y a pas eu de travaux initiés pour pallier ce problème de sollicitations excessives, en toute logique, ces cas s’ajoutent à ceux précédemment répertoriés.

Le problème des seuils n’est pas nouveau. Dans une note à diffusion restreinte de l’unité technique opérationnelle d’EDF datant de 2003, que nous avons obtenue, on lit qu’un composant du circuit primaire (la ligne de soutirage excédentaire) du réacteur Saint-Alban 1 (Isère) a subi 115 fois en 16 ans une action qu’il n’est censé connaître que 100 fois en 40 ans. Dans une analyse de 2007 « à qualité surveillée », la direction de la centrale de Belleville (Cher) justifie par anticipation le dépassement de deux limites différentes concernant des variations de température du circuit primaire. Dans un compte-rendu de réunion de décembre 2014, à « ne pas diffuser en dehors d’EDF », on apprend que pour les réacteurs de 900 MW (les plus anciens du parc), le seuil de 45 actions différentes a été relevé. Et pour deux sollicitations liées à des variations de température de l’eau dans le circuit primaire, la limite augmente spectaculairement de 100 à 200 occurrences. Commentaire d’EDF : « Cela devrait couvrir la comptabilisation de ces situations au-delà de la quatrième visite décennale. »

Par ailleurs, les analyses faites à la suite d’un incident sur le réacteur Civaux 1 (Vienne) « ont mis en évidence le risque de fatigue thermique pouvant apparaître dans les zones de mélange de fluides chaud et froid ». Or, selon EDF, « la nocivité de ces configurations » est liée à l’écart de température qui provoque des fluctuations thermiques, et « donc des sollicitations sur les zones impactées », mais également à la durée de fonctionnement, « le dommage s’incrémentant en permanence ».

À quoi servent des limites si l’on peut les dépasser ?

Cette problématique n’était pas bien connue de Greenpeace ni de WISE-Paris, un cabinet indépendant d’expertise nucléaire, que nous avons sollicités lors de cette enquête (lire notre Boîte noire à ce sujet). Cela démontre à quel point la stratégie d’opacité d’EDF a jusqu’ici très bien fonctionné. Pour Manon Besnard, de WISE-Paris, « ces documents montrent que les actions envisagées par EDF sont prioritairement des actions qui conduisent à une réduction des marges, l’action permettant de conserver les marges, réparation ou remplacement, n’étant envisagée qu’en dernier recours ». Selon Yves Marignac, directeur de WISE-Paris, c’est un problème général : « EDF rogne sur les marges qu’avaient calculées les études. Les marges perdues par le vieillissement ne sont pas prises en compte dans les démonstrations de sûreté. » Dans certains cas, EDF demande à ses agents de modifier le mode d’exploitation des centrales afin de répondre aux problèmes rencontrés.

Pour Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France : « Dans les circonstances où se trouve EDF, c’est-à-dire une situation financière extrêmement périlleuse, elle aurait dû anticiper tous les investissements et remises à niveau qu’elle doit fournir aujourd’hui. Or on constate que ça ne va pas du tout. Ces dépassements de “situations” s’ajoutent à la longue liste des problèmes sur l’ensemble des réacteurs. Par exemple, l’incapacité à approvisionner ses centrales en diesels d’ultime secours et à les mettre en service. Ou encore l’incapacité à renforcer ses piscines d’entreposage de combustibles irradiés. EDF se trouve dans une situation inextricable qui impose qu’aucun réacteur ne soit prolongé au-delà de 40 ans. »

Les actions surveillées par EDF sont diverses et d’inégale gravité. Le dépassement des seuils d’occurrence peut être plus ou moins dommageable en fonction du composant concerné. Quelles sont ses conséquences pour le niveau de sûreté en général des centrales nucléaires françaises ? Après plusieurs semaines d’enquête, cela reste difficile à dire.

Par contre, une incohérence saute aux yeux : si les fabricants de matériel ont établi des seuils d’utilisation, qu’EDF les surveille avec autant d’attention et que les dépasser équivaut à un « événement significatif de sûreté », c’est que ces limites d’occurrence ont un sens. Et qu’elles sont à prendre très au sérieux. À quoi servent des limites si l’on peut les dépasser ? Si plusieurs matériels subissent en même temps de la fatigue, l’effet cumulé est-il vraiment maîtrisé ?

Sollicitée par Mediapart, l’ASN répond par des principes : « L’exploitant a la possibilité de modifier le dossier des situations s’il démontre que l’appareil satisfait aux exigences de résistance aux différents dommages. » Mais aussi qu’« un principe important est que l’exploitant a la possibilité de modifier le nombre d’occurrences des situations, mais n’a pas la possibilité de créer des situations qui auraient pour conséquence un chargement plus important de l’appareil ».

L’ASN a-t-elle déjà refusé à EDF une hausse de seuil ? A-t-elle obligé le groupe à réparer ou changer les pièces en dépassement ? « Il n’y a pas d’autorisation donnée par l’ASN en termes de dépassement de situations, répond l’autorité. Il revient à EDF pour chaque situation qui se trouverait en dépassement d’apporter une justification sur la base d’une étude dûment argumentée. Cette étude précise les occurrences supplémentaires auxquelles l’appareil est soumis et les conséquences que cela peut avoir sur les zones les plus sensibles de celui-ci. Ceci conduit à recalculer notamment un facteur d’usage pour certaines zones de l’appareil. Les calculs servant à évaluer les marges sont réalisés par des méthodes codifiées. »

Mais à quel point l’ASN est-elle en mesure de contre-expertiser les calculs d’EDF sur la fatigue de ses matériels ? Lors d’un entretien au siège de l’ASN, à Montrouge, Simon Liu, directeur des équipements sous pression nucléaire, explique qu’EDF, « en matière de comptabilisation des situations, ne doit pas juste informer l’ASN mais lui apporter la justification des éventuels dépassements ». Pour autant, « bien que l’exploitant soit tenu d’informer l’ASN de la comptabilisation des situations qu’il effectue, la réglementation ne prévoit pas d’autorisation explicite de l’ASN, sur cette question, qui serait nécessaire à l’exploitant pour poursuivre le fonctionnement de ses équipements ». Sans devoir d’instruction préalable sur la fatigue des matériels, l’Autorité de sûreté est très dépendante de la bonne volonté d’information d’EDF.

« Les obscures règles appliquées à cette question des quotas de “situations” laissent la possibilité aujourd’hui à EDF de fuir ses responsabilités », s’inquiète Yannick Rousselet, de Greenpeace France.

Pour le groupe, sollicité par Mediapart en réaction à nos découvertes dans ses propres archives, « la comptabilisation des situations est conforme aux dossiers de situation et ne remet pas en cause l’intégrité mécanique des composants des circuits primaire et secondaire. Il n’y a pas d’écart réglementaire au fait de relever quelques situations en dépassement puisqu’elles sont justifiées ».

Mais pourquoi la réponse d’EDF à ces problèmes de fatigue de matériel passe-t-elle systématiquement par le relèvement des seuils et jamais par des réparations ou remplacements de matériel? « La réponse à ces dépassements n’a pas conduit à des remplacements ou des réparations », reconnaît EDF, mais « ne repose pas uniquement sur une augmentation des seuils » avec la modification de la conduite des installations, des études mécaniques et la réaffectation de certaines valeurs en dépassement. Selon l’exploitant des centrales nucléaires, « le traitement des situations obéit à des règles strictes et répond aux exigences réglementaires ». En bref : ses pratiques sont autorisées par le règlement. Donc, circulez, il n’y a rien à voir.

« Plus vous prolongez la durée d’utilisation d’un équipement, plus cet équipement est susceptible de rencontrer des situations, et donc de se rapprocher, voire de dépasser des seuils », explique Simon Liu, de l’ASN. Dans les innombrables tableaux d’EDF sur l’évolution de ces cas à l’horizon de 40 et 60 ans que nous avons pu étudier, toutes les courbes sont à la hausse. Dans ces conditions, « il serait incompréhensible qu’EDF ne prenne pas en compte ce problème dans les travaux de grand carénage programmés pour le passage à 40 ans », analysent Monique et Raymond Sené, cofondateurs du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN).

Pourtant, quand on interroge l’ASN, sa réponse dit l’inverse : « Nous n’avons pas connaissance de tels travaux dans le cadre de la quatrième visite décennale. »Interrogé sur ce point précis, EDF nous répond : « Aucune modification ou réparation n’est à ce jour prévue. Aucun besoin de travaux complémentaires n’a été identifié à court ou moyen terme pour continuer à exploiter nos centrales en toute sûreté au-delà de 40 ans. »

Pas de réparations ou de remplacements prévus pour préserver les marges d’usage de matériels vieillissants. Mais pourquoi changer d’habitudes quand des arrangements discrets permettent de faire comme si les centrales nucléaires françaises ne vieillissaient pas ?

Article rédigé en collaboration avec le site allemand Correctiv le 12 SEPTEMBRE 2018 par JADE LINDGAARD

https://www.mediapart.fr/journal/france/120918/nucleaire-ces-signes-de-vieillissement-qu-edf-voudrait-faire-disparaitre?onglet=full

Sep 13

IMBROGLIO SUR LES «SUBVENTIONS CACHÉES» AU SECTEUR DE L’ÉNERGIE

Les chiffres compilés par l’ONG Greenpeace soulignent le manque de transparence dans l’argent versé par les gouvernements nationaux pour soutenir les centrales électriques de secours.

58 milliards d’euros : c’est le montant total versé aux fameux «mécanismes de capacité » à travers l’UE, selon une nouvelle étude <https://www.euractiv.com/wp-content/uploads/sites/2/2018/09/Capacity_Mechanisms-Media_Briefing-Greenpeace_20180913.pdf>  de Greenpeace, publiée le 13 septembre.

Si le chiffre semble énorme, c’est parce qu’il couvre les mécanismes de capacité passés, actuels et futurs. Ces mécanismes sont des systèmes de soutien national mis en place dans les 28 États membres et qui financent des centrales électriques pour qu’elles restent en veille et s’activent en cas de forte demande.

Espagne et Pologne en tête des subventions

Selon Greenpeace, les pays qui distribuent le plus de mécanismes de capacité sont l’Espagne et la Pologne (17,9 Mds d’€ et 14,4 Mds d’€ respectivement), suivis de la Belgique, de l’Irlande et du Royaume-Uni (environ 6 milliards d’euros), puis de l’Allemagne (environ 3 Mds d’euros).

Légiférer à l’aveuglette

Les mécanismes de capacité sont considérés comme des aides d’État par la Commission européenne, car ils peuvent fausser la concurrence dans un marché européen de l’électricité encore naissant. L’exécutif européen s’est penché sur le problème dans le cadre d’une enquête approfondie sur les aides d’état, qui s’est terminée en novembre 2016.

Pas de rapport de la part des États membres

Les chiffres compilés par Greenpeace proviennent de plusieurs sources de données publiques sur les paiements de capacité dans différents pays européens. Voilà comment Greenpeace est parvenu au montant de 58 milliards d’euros.

  • De 1998 à 2018, les paiements de capacité se sont élevés à 32,6 milliards d’euros, selon la recherche.
  • Puis, 25,7 milliards d’euros supplémentaires ont été promis jusqu’en 2040 par plusieurs gouvernements ; la Belgique et la Pologne allouant la plus grosse somme à ce jour.

Environ la moitié des paiements pourraient clairement être identifiés comme allant à une source combustible particulière. Ainsi, sur cette moitié, 66 % sont attribués aux centrales à charbon, 25 % aux centrales à gaz et 4 % aux centrales nucléaires. Les renouvelables, y compris l’hydro et la bioénergie, reçoivent quant à elle 0,5 %, alors que l’efficacité énergétique et l’interconnexion électrique reçoivent moins de 0,5 % chacun.

Même si le nucléaire ne reçoit que 4 % des fonds en Europe au total, la France et le Royaume-Uni, qui possèdent une production nucléaire à grande échelle, versent 31 % et 14 % respectivement aux centrales nucléaires.

Greenpeace reconnaît que les chiffres peuvent ne pas être parfaitement exacts, mais que c’est le mieux que l’ONG a pu faire avec les données disponibles au public.

« Nous n’avons trouvé aucune preuve de rapports transparents de la part d’un pays doté de mécanismes de capacité incluant les sources de combustible soutenues, ainsi que les services publics et les usines spécifiques qui reçoivent les fonds », a expliqué Sebastian Mang.

« Sans la publication officielle de données complètes par les gouvernements et les gestionnaires de réseau de transport, il n’y a aucun moyen de vérifier l’exactitude à 100 % », poursuit-il. « Nous serions heureux qu’ils le fassent pour faire la lumière sur la situation. »

Surcapacité

S’il y a peu de transparence sur l’affectation des fonds, le doute plane aussi sur leur provenance. Selon Greenpeace, la plupart des pays qui utilisent des mécanismes de capacité collectent les fonds par le biais d’un « prélèvement invisible sur les factures d’électricité ».

Quoi qu’il en soit, la recherche de Greenpeace donnera à la Commission européenne des munitions supplémentaires pour réglementer les mécanismes de capacité face aux États membres réticents. Elle donnera également du crédit à ceux qui prétendent qu’il ne s’agit que de simples subventions qui faussent la concurrence et créent des surcapacités sur le marché européen de l’électricité.

« Comme les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire sont soutenus par des mécanismes de capacité, leur prix est maintenu artificiellement bas. Cela pénalise les énergies renouvelables et fausse le marché », explique Greenpeace.

Il y a actuellement 39 % de capacité excédentaire sur le marché européen, selon les chiffres de l’association européenne des gestionnaires de réseaux électriques (ENTSO-E) cités dans l’étude.

La Commission ne pourrait pas vérifier les chiffres fournis par Greenpeace, car elle reconnaît ne pas avoir une idée précise du montant dépensé dans les mécanismes de capacité à travers les 28 États membres.

L’objectif de l’enquête n’était pas « en premier lieu de fournir des statistiques », explique Anne-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission.

Les eurodéputés européens sont en train de débattre d’une proposition de la Commission pour réformer le marché fragmenté de l’électricité en Europe, qui opère encore largement au niveau national. Le texte propose d’ouvrir les différents marchés aux appels d’offres transfrontaliers et de limiter la quantité de CO2 que les centrales électriques bénéficiaires peuvent émettre – ce qui permettra d’accélérer la sortie du charbon.

Mais comme le montre l’étude de Greenpeace, les eurodéputés avancent à tâtons pour légiférer, sans idée précise de là où l’argent a atterri par le passé ou là où il atterrira à l’avenir.

« L’une de nos réclamations pour la nouvelle réglementation et directive est que la transparence soit totale », martèle Sebastian Mang.

Toutefois ces chiffres demeurent indicatifs, tant le manque de transparence rend difficile tout exercice de comptabilité. « Le manque de transparence et de disponibilité des données est l’un des plus grands problèmes », explique Sebastian Mang, chargé de campagne sur l’énergie propre chez Greenpeace. « Voilà pourquoi nous avons entrepris cette recherche. »

Plus d’information

Greenpeace: Media briefing <https://www.euractiv.com/wp-content/uploads/sites/2/2018/09/Capacity_Mechanisms-Media_Briefing-Greenpeace_20180913.pdf>  (pdf) and full data set and methodology <https://www.euractiv.com/wp-content/uploads/sites/2/2018/09/Capacity_Mechanisms-Data_and_Methodology-Greenpeace-20180913.xlsx>  (Excel) (13 Sept. 2018)

Par : Frédéric Simon | EURACTIV.com | traduit par Marion Candau

Retrouvez cet article sur : https://www.euractiv.fr/section/energie/news/greenpeace-study-throws-light-on-europes-hidden-energy-subsidies/

Sep 13

LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE BELLEVILLE-SUR-LOIRE RESTERA EN SURVEILLANCE RENFORCÉE EN 2019

Un an après le placement du site sous surveillance renforcée, l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) y mènera l’an prochain d’autres inspections approfondies lors d’arrêts de longue durée des deux réacteurs.

Placée, voici un an jour pour jour, sous surveillance renforcée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), la centrale nucléaire EDF de Belleville-sur-Loire le restera en 2019.

« Un point d’étape sera effectué, courant 2019, sur le fonctionnement de la centrale, explique Alexandre Houlé, chef de la division de l’ASN à Orléans. Nous profiterons notamment de l’arrêt pour visite décennale du réacteur n°2, à l’occasion des trente ans de sa mise en service. L’opération sera reconduite en 2020 sur le réacteur n°1.»>

Outre ces arrêts de longue durée, les réacteurs des centrales nucléaires sont stoppés tous les dix-huit mois afin d’être rechargés en combustible et soumis à des travaux de maintenance (lire ci-dessous).

Une trentaine d’inspections menées d’ici fin 2018

Depuis un an, les personnels d’EDF (qui exploite la centrale) et de l’ASN n’ont pas chômé. « Au 1er septembre, le site avait subi seize inspections, dont certaines inopinées, dénombre Alexandre Houlé. Et une douzaine d’autres sont à venir d’ici la fin 2018. »

Il fallait bien ça, à en croire le « gendarme » du nucléaire civil français. Car en septembre 2017, l’ASN pointait « des performances en retrait » à Belleville-sur-Loire, « ainsi qu’un manque de rigueur dans la conduite des installations », pourtant assujetties à un « plan de rigueur » par leur exploitant, EDF.

La mise sous surveillance renforcée « n’est ni inédite ni définitive » <https://www.leberry.fr/belleville-sur-loire/travaux-urbanisme/2017/10/07/centrale-de-belleville-sur-loire-la-mise-sous-surveillance-renforcee-nest-ni-inedite-ni-definitive_12581169.html>

L’ASN, qui mène une vingtaine d’inspections par an dans chaque centrale nucléaire en France, a donc ausculté Belleville d’encore plus près. « En nous focalisant sur la rigueur d’exploitation et surtout la gestion des écarts (les « situations anormales » détectées en cours de fonctionnement, NDLR) », précise ASN.

« Des améliorations sensibles »

Moyennant quoi « des améliorations sensibles ont d’ores et déjà été obtenues, permettant notamment de mieux définir, sur le terrain, ces fameux écarts. Et donc d’y apporter des corrections mieux adaptées. »

L’ASN se refuse toutefois à parler de crise à Belleville-sur-Loire. « La sécurité des installations n’a jamais été mise en cause, certifie Alexandre Houlé. Nous sommes intervenus bien en amont. Désormais, la levée de la surveillance renforcée ne sera prononcée que lorsque l’ASN aura assez de recul pour apprécier les améliorations enregistrées, notamment en matière de suivi des arrêts des réacteurs. »

Article d’Emmanuel Letreulle

L’avis des opposants

L’association Sortir du nucléaire Berry-Giennois-Puisaye, qui a déposé plusieurs plaintes contre la centrale à la suite des incidents qui l’affectent, se dit déterminée « à rester hyper vigilante », tant concernant le site de Belleville que celui de Dampierre-en-Burly.

« Nous continuerons d’informer les populations des manquements à la sécurité qu’on constate à Belleville, une centrale en mauvais état », assure ainsi Catherine Fumé, l’une des administratrices de Sortir du nucléaire Berry-Giennois-Puisaye.

https://www.leberry.fr/bourges/environnement/2018/09/13/la-centrale-nucleaire-de-belleville-sur-loire-restera-en-surveillance-renforcee-en-2019_12979070.html

Sep 13

LA TENSION MONTE AUTOUR DES PRIX DE L’ÉLECTRICITÉ

La forte hausse des cours ces derniers mois va profiter à EDF. Ses concurrents et les grands acheteurs d’énergie critiquent un projet de réforme de leur accès à l’électricité nucléaire.

Les prix flambent sur le marché de gros de l’électricité. Il y a quelques jours, le prix du mégawattheure (MWh) pour livraison l’an prochain a dépassé les 63 euros, avant de retomber légèrement autour de 61 euros ce mercredi. La hausse a été progressive depuis le printemps, mais elle s’est accélérée depuis cet été, en passant la barre des 50 euros/MWh.

Ce bond est fortement corrélé à la hausse des cours, ces derniers mois, des quotas d’émissions de CO2 . Le prix de gros de l’électricité est déterminé par les anticipations des traders du coût marginal de la dernière centrale qui sera appelée sur le réseau électrique – souvent une centrale à gaz ou une centrale à charbon, qui doivent ajouter à leur coût de production le coût de la tonne de CO2. Longtemps à des niveaux très bas (autour de 5 euros), la tonne de CO2 a grimpé cette année au-delà de 20 euros, sous l’effet du mécanisme de stabilité destiné à résorber les quotas .

Sur les factures des consommateurs

Cette hausse des prix de gros va largement profiter à EDF, une hausse de 1 euro du prix de marché (en moyenne sur l’année) ayant un impact favorable à hauteur d’environ 300 millions d’euros sur ses comptes. Elle se répercutera progressivement  sur les factures des consommateurs  : le tarif réglementé d’EDF, auquel sont abonnés plus de 25 millions de clients et sur lequel sont indexées nombre d’offres de ses concurrents (Engie, Direct Energie, Total Spring, Eni…), est calculé pour une part sur le prix de marché et pour une autre, plus importante, sur le tarif de l’Arenh (42 euros/MWh).

Ce dernier a été instauré en 2010 pour partager la « rente nucléaire » d’EDF et favoriser l’émergence de concurrents, qui pouvaient choisir librement d’y souscrire ou pas, en fonction du niveau des prix sur le marché de gros.

Plafond probablement dépassé

Dans le contexte de forte hausse des prix de gros, les concurrents d’EDF devraient se ruer sur les volumes d’électricité disponibles au tarif de l’Arenh -100 térawattheures, soit environ un quart de la production nucléaire d’EDF- qui seront proposés au mois de novembre pour une livraison en 2019. « Il est à peu près certain qu’on va dépasser le plafond », redoute Frank Roubanovitch, président du Cleee, qui regroupe de grands consommateurs d’énergie (Accor, Orange, Auchan, SNCF…).

Cette crainte est amplifiée par un projet de réforme de l’Arenh, qui vise à imposer aux concurrents d’EDF d’anticiper leurs achats jusqu’à près d’un an avant la livraison de l’électricité, à un moment où ils auront donc moins de visibilité sur l’intérêt de prendre cette option. « Cela dégrade le bénéfice de l’Arenh pour le consommateur et pour la concurrence. On espère que la Commission européenne va bloquer le décret », prévient Fabien Choné, président de l’Anode. EDF proteste depuis longtemps  contre l’« option gratuite » octroyée à ses concurrents que constitue l’Arenh, et plaide même pour une suppression pure et simple.  En 2016, l’électricien avait souffert d’une forte chute des cours , à moins de 30 euros/MWh.

Alternatives

Alors que le projet de décret réformant l’Arenh doit être examiné en Conseil supérieur de l’énergie la semaine prochaine, les acheteurs d’électricité préconisent plusieurs alternatives aux mesures préconisées. Le Cleee plaide pour un relèvement du volume d’électricité disponible au tarif de l’Arenh, tandis que l’Anode, qui regroupe des fournisseurs alternatifs, défend en priorité l’idée de donner une valeur monétaire au caractère optionnel de l’Arenh – autrement dit de le revaloriser.

Le sujet pourrait aussi trouver un écho  dans les débats sur l’architecture d’EDF . « Il faut soustraire le nucléaire de toute activité concurrentielle, au moins de manière comptable et peut-être juridique », plaide Fabien Choné, président de l’Anode. Les acteurs voient ainsi se profiler 2025, date à laquelle le dispositif de l’Arenh doit normalement disparaître.

Véronique Le Billon, @VLeBillon

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0302243994767-la-tension-monte-autour-des-prix-de-lelectricite-2204766.php

Sep 13

EDF DEVRA À NOUVEAU CONSULTER SON COMITÉ D’ENTREPRISE SUR HINKLEY POINT

EDF devra à nouveau consulter le Comité central d’entreprise (CCE) sur la construction de deux réacteurs EPR dans le cadre du projet de Hinkley Point en Angleterre, annonce mercredi le CCE dans un communiqué.

Nouveau couac pour EDF dans le projet d’Hinkley Point en Angleterre. Le Comité central d’entreprise (CCE) du groupe français EDF a indiqué le 12 septembre que ce dernier devrait à nouveau le consulter sur la construction de deux réacteurs EPR. Le CCE avait saisi la justice en juin 2016 afin de solliciter la remise d’informations complémentaires sur ce projet d’envergure.

Une cour d’appel lui a donné raison, jugeant qu’EDF n’avait pas communiqué aux élus du personnel une « information objective, précise et complète à la hauteur des enjeux techniques et financiers soulevés par le projet HPC » et ne leur avait donc pas permis « de donner un avis motivé sur ce projet« , écrit le CCE dans son communiqué

Communiquer le rapport intégral sur l’analyse des risques

La justice a ordonné à EDF la communication aux représentants du personnel du rapport intégral sur l’analyse des risques du projet dans un délai d’un mois et demandé à la direction de procéder à une nouvelle consultation du CCE dans un délai de deux mois, ajoute ce dernier. Il n’a pas été possible de joindre EDF dans l’immédiat.

L’autorité britannique de sûreté nucléaire avait pour sa part indiqué le 22 août avoir notifié EDF Energy Nuclear Generation, filiale d’EDF, et le groupe d’ingénierie Doosan Babcock de son intention de les poursuivre en justice au sujet d’un problème ordinaire d’hygiène et de sécurité.

En janvier 2018, EDF avait assuré que la mise en service du premier réacteur EPR de la centrale d’Hinkley Point interviendrait comme prévu fin 2025 et donnerait à EDF une expérience lui permettant de réduire les coûts des futurs réacteurs nucléaires prévus en Grande-Bretagne. L’expérience engrangée avec Hinkley Point devait permettre de diminuer les coûts des deux réacteurs qu’EDF veut bâtir à Sizewell.

Avec Reuters (Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

https://www.usinenouvelle.com/article/edf-devra-a-nouveau-consulter-le-cce-sur-hinkley-point.N740494

Sep 13

«LA LOI DU MARCHÉ DIT QUE LE NUCLÉAIRE EST MORT ET LA FRANCE EST EN TRAIN DE DEVENIR UNE EXCEPTION»

Selon le rapport World Nuclear Industry Report Status 2018, l’atome n’est plus compétitif et n’a plus le vent en poupe. La plupart des pays préfèrent investir massivement dans les renouvelables. Sauf la France.

Voilà un rapport qui devrait nourrir la réflexion du nouveau ministre de la Transition écologique sur la future trajectoire énergétique de notre pays, le plus nucléarisé au monde avec 57 réacteurs en activité pour 67 millions d’habitants. Enfin, si d’aventure ce document de 285 pages rédigé par neuf experts internationaux se retrouve en bonne place sur le bureau de François de Rugy. Selon le «World Nuclear Industry Report Status 2018», présenté ce mardi à Paris par son coordinateur, le consultant indépendant Mycle Schneider, l’atome bat en retraite un peu partout dans le monde… sauf en France où il fait de la résistance, avec encore 71,6% d’électricité d’origine nucléaire l’an dernier.

En 2017, la production d’électricité nucléaire dans le monde n’a progressé que de 1%, essentiellement grâce à un seul pays: la Chine (+18%), où se concentre désormais l’essentiel des projets nucléaires. La même année, l’électricité d’origine solaire a connu un bond de 35% et celle produite par le vent des éoliennes a augmenté de 17%. Les six réacteurs mis en service (3 en Chine, 2 en Russie, 1 au Pakistan) n’ont fourni que 7 Gigawatts (GW) aux réseaux électriques, quand les seules énergies renouvelables apportaient 157 GW supplémentaires. Pour Mycle Schneider, «le nucléaire, qui ne représentait plus que 10,3% de l’électricité produite dans le monde l’an dernier contre 17,5 % en 1996, tend à devenir insignifiant par rapport aux énergies renouvelables».

L’atome en chute libre

Exagération de la part d’un expert proche des milieux antinucléaires ? «Je constate que l’Agence internationale de l’énergie nucléaire voit la même chose que nous: l’électricité nucléaire n’est plus compétitive face aux renouvelables et les capacités de production vont chuter considérablement», tacle Schneider. Dans son étude annuelle publiée lundi, l’AIEA prévoit en effet une chute de plus de 10% du parc mondial de réacteurs d’ici à 2030. Et la part du nucléaire dans le mix énergétique mondial pourrait carrément tomber à 2,8 % en 2050 contre 5,7 % aujourd’hui… Car si 50 réacteurs nucléaires sont en construction dans le monde aujourd’hui, il faut se souvenir qu’il y en avait 234 à la fin des années 70. Mais ça, c’était avant les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima, et l’essor phénoménal des énergies vertes.

Début 2018, on comptait encore 413 réacteurs dans le monde (dont 254 en fonctionnement, les autres étant en maintenance ou en attente de démantèlement) pour une puissance installée de 363 GWe. Mais la capacité installée des énergies renouvelables est désormais largement supérieure à celle du nucléaire: l’éolien a passé le cap des 500 GWe et le solaire celui des 400 GWe. Et près de 300 milliards de dollars (259 milliards d’euros) ont été investis dans les énergies nouvelles à travers le monde en 2017, contre seulement 10 milliards dans le développement de nouveaux réacteurs. La Chine, qui construit encore 16 réacteurs nucléaires en ce moment, semble avoir choisi son camp : à elle seule, elle a investi l’an dernier 126 milliards de dollars dans les énergies renouvelables !

«Énergie du passé»

«Il est clair que les renouvelables sont l’énergie de l’avenir et que le nucléaire est l’énergie du passé, et j’espère que ce rapport contribuera au débat en cours en France sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en plaidant pour une sortie de l’atome», assène Jens Althoff, le directeur de la Fondation Heinrich Böll à Paris, un organisme proche des Verts allemands qui est l’un des sponsors du World Nuclear Industry Status Report. Pour lui, «aujourd’hui, plus personne ne met d’argent dans l’atome sans soutien de l’État, la loi du marché dit que le nucléaire est mort et la France est en train de devenir une exception en Europe et dans le monde». 

Alors le nucléaire est-il encore une énergie d’avenir pour le successeur de Nicolas Hulot ? «Spontanément, ma réponse est non», a répondu lucidement François de Rugy dans une interview au Monde daté du 11 septembre. Hulot estimait, lui, qu’il fallait en finir avec cette «folie» du tout nucléaire, avant de jeter l’éponge. Mais pour Rugy, qui doit présenter la nouvelle PPE fin octobre avec l’idée «d’arriver à un équilibre entre 50% de nucléaire et 50% d’énergies renouvelables» à l’horizon 2035, «il faut sortir de la guerre de religion». Manière de renvoyer dos à dos pro et antinucléaires, tout en ménageant le puissant lobby de l’atome.

De quoi agacer Gérard Magnin. Venu apporter son soutien au travail de Mycle Schneider, cet ancien administrateur dissident d’EDF (il a démissionné en 2016 pour signifier son désaccord aux deux réacteurs EPR d’Hinkley Point) craint qu’une fois de plus l’État français «bunkérise le nucléaire» au détriment de l’indispensable essor des énergies renouvelables: «Ce rapport se base sur des faits, des données brutes, ce n’est pas une question de « guerre de religions ».» Fort de son expérience, il estime que les dirigeants d’EDF vont tout faire pour empêcher la fermeture de réacteurs nucléaires d’ici 2030 (alors qu’il faudrait en arrêter 20 pour viser les 50%), avec dans l’idée d’obtenir la construction de plusieurs réacteurs EPR destinés à prendre le relais du parc vieillissant. «Le nucléaire français doit pédaler, toujours pédaler comme sur un vélo sinon il tombe… La formule n’est pas de moi mais du PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy», ironise Gérard Magnin.

La France peut le faire

Un récent rapport commandé par le gouvernement à Yannick d’Escatha, ancien patron du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), et Laurent Collet-Billon, ex-délégué général à l’armement, prône ainsi la construction de six nouveaux réacteurs EPR. Mais après le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, son collègue François de Rugy a calmé les ardeurs du lobby de l’atome: «Il faudrait déjà qu’EDF fasse la démonstration que l’EPR fonctionne, ce qui n’est pas encore le cas», a-t-il dit. De fait, la livraison de ce gros réacteur en construction à Flamanville dans la Manche, qui devait entrer en service en 2012, vient encore d’être reportée à 2020. Mycle Schneider veut croire qu’avec un coût du nucléaire dépassant les 70 euros le MWh, quand celui du solaire tombe à 50 euros le MWh, EDF devra se rendre à l’évidence: «L’atome n’est plus compétitif et ne le sera plus jamais. Qui achètera leur électricité demain en Europe ?»

Alors que faire ? Pour Gérard Magnin, il faut s’inspirer de l’exemple allemand, «pays qui est passé de 3% d’électricité renouvelable en 2000 à 40% en 2018» : «Si la France a fait un effort comparable dans le nucléaire dans les années 70-80, elle peut le faire aujourd’hui dans les renouvelables.» Et Mycle Schneider prouve dans son rapport qu’en arrêtant le nucléaire, les Allemands n’ont pas fait plus de charbon, contrairement à ce qui se dit en France (entre 2010 et 2017, la production d’électricité nucléaire a chuté de 64 TWh, celle des renouvelables a fait un bond de 113 TWh et celle des fossiles a reculé de 28 TWh). Et Magnin de conclure par ce message de service aux gouvernants français : «Les Allemands ne sont pas des romantiques, ils ont pris une décision politique très pragmatique.»

Par Jean-Christophe Féraud — 11 septembre 2018 à 17:12

http://www.liberation.fr/france/2018/09/11/la-loi-du-marche-dit-que-le-nucleaire-est-mort-et-la-france-est-en-train-de-devenir-une-exception_1677946

Sep 12

NUCLÉAIRE. IL Y A 40 ANS, L’ÉTAT CHOISISSAIT PLOGOFF… [VIDÉO]

Le 12 septembre 1978, l’État choisissait la commune de Plogoff, dans le Cap Sizun (Finistère), pour y installer une centrale nucléaire. L’annonce, naturellement, faisait l’effet d’une bombe et Le Télégramme y consacrait sa Une du lendemain… et des jours suivants. Il aura finalement fallu trois ans de mobilisation de la population, des affrontements et l’implication de politiques nationaux pour que le projet soit abandonné. Retour en images avec des archives du Télégramme et des réalisateurs Nicole et Félix Le Garrec, auteurs du mythique documentaire « Des pierres contre des fusils« , sur cette page majeure de l’histoire contemporaine de la Bretagne.

Le reportage de Jérôme Gallo

Pour voir cette vidéo (1mn58 sec), cliquer sur :

https://www.letelegramme.fr/soir/nucleaire-il-y-a-40-ans-l-etat-choisissait-plogoff-11-09-2018-12075104.php

Sep 12

LES PLAIES DE TCHERNOBYL S’APAISENT MAIS RESTENT OUVERTES

Ivankiv et Tchernobyl (Ukraine), reportage

Le niveau de technicité des appareils du laboratoire contraste avec la façade défraîchie de l’hôpital de la petite ville d’Ivankiv, à une cinquantaine de kilomètres du réacteur accidenté de Tchernobyl, dans le nord de l’Ukraine. « Ici, nous nous trouvons dans le laboratoire de diagnostic fonctionnel », dit fièrement Oksana Kadun, médecin en chef de l’hôpital. Sur le bureau, un registre indique les niveaux de contamination des enfants. « La dernière était une petite fille née en 2010. Elle était à 63 becquerels par kilo [Bq/kg] [1 <https://reporterre.net/Les-plaies-de-Tchernobyl-s-apaisent-mais-restent-ouvertes#nb1> ] », soit plus de deux fois la normale. Dans une pièce voisine, un appareil radiométrique permet de mesurer les quantités de radionucléides — césium 137 et strontium 90 — dans les produits alimentaires. Ce lundi matin de juillet, une laborantine teste un échantillon de champignons séchés : 13.845 Bq/kg, soit plus de cinq fois la norme ukrainienne.

Les années qui ont suivi l’accident nucléaire de Tchernobyl, l’hôpital d’Ivankiv, pourtant situé sur l’un des territoires les plus contaminés d’Ukraine, n’avait pas les moyens de mesurer l’exposition des habitants à la radioactivité. En 2008, des députés européens, parmi lesquels Michèle Rivasi, ont obtenu qu’une partie des fonds européens investis dans la sécurisation du réacteur détruit soient alloués à la protection des populations voisines. « À cela s’est ajoutée, en 2009, une belle rencontre avec Youri Bandajevsky, qui avait le projet de créer un centre écologie et santé », raconte Mme Rivasi. Youri Bandajevsky <https://reporterre.net/Quelles-sont-les-effets-des-faibles-doses-de-radioactivite-sur-les-enfants>  est un professeur de médecine et anatomo-pathologiste d’origine biélorusse, qui n’a cessé depuis les années 1990 d’alerter sur les effets dramatiques d’une exposition chronique à de faibles doses de radioactivité. Le projet, doté d’une enveloppe de cinq millions d’euros, a débuté en 2013 pour s’achever fin 2017. Il a consisté en le rééquipement et un soutien technique de l’hôpital d’Ivankiv, une serre où cultiver des aliments exempts de toute contamination et un incinérateur où brûler le bois contaminé de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Trois ouvrages qu’une délégation européenne a visités le 10 juillet 2018, pour s’assurer de la bonne utilisation des fonds dédiés.

Oksana Kadun témoigne des changements survenus dans son hôpital. « On a commencé par réaliser une carte de la contamination radiologique du district. La dernière datait de 1995, alors que les terres sont cultivées, que les gens produisent des légumes dans leurs potagers et cueillent des baies dans la forêt. Cela nous a permis de découvrir que la moitié est du district était contaminée au strontium 90. »

Autre chantier, l’installation d’un service de mesure de la radioactivité dans le corps humain et les aliments grâce à du matériel de pointe : radiomètre, spectromètre bêta gamma, etc. Un autre laboratoire biochimique permet de faire des analyses de sang très fines. « Nous réalisé des examens sur plus de 12.000 enfants du district et près de mille femmes enceintes », se félicite la médecin en chef. Pour des résultats bien moins réjouissants : ces mesures ont permis à Youri Bandajevsky de découvrir de multiples maladies chez les enfants exposés à la radioactivité, comme des anomalies du rythme cardiaque pour plus de 80 % d’entre eux, des désordres métaboliques, des problèmes voire cancers de la thyroïde. Pour tenter de minimiser l’exposition des habitants, un centre de prévention a été mis sur pied, qui produit des documents sur l’alimentation et le risque radioactif et propose des séances d’information individuelles et collectives.

La maternité d’Ivankiv a elle aussi été rééquipée grâce aux financements européens. Mykola Melnychuk, directeur du Centre de protection de la santé des mères et des enfants d’Ivankiv, assure la visite avec une satisfaction manifeste. « Nous avons désormais une table de réanimation pour les nouveau-nés, un appareil pour contrôler les battements du cœur, des couveuses et un appareil spécialisé pour la ventilation des poumons du bébé. Avant le projet, il nous est arrivé de faire une ventilation artificielle des poumons avec les mains, pendant des heures ! » En parallèle, plusieurs échanges ont eu lieu entre les soignants de la maternité d’Ivankiv et du CHU de Clermont-Ferrand. « Ils ont vu le fonctionnement de la maternité du CHU, mais aussi des petites maternités de Thiers et d’Issoire. Nous, nous avons vu où ils en étaient et avons pu leur proposer des formations adaptées », raconte Laurent Gerbaud, professeur de santé publique et directeur du service de santé universitaire à Clermont. Résultat, la mortalité périnatale, élevée avant 2013, s’est effondrée. « En 2017, nous n’avons perdu aucun bébé et, depuis quelques années, les jeunes mères ne meurent plus », se réjouit Mykola Melnychuk. Par effet levier, cette amélioration a même motivé l’administration du district à financer une nouvelle salle de chirurgie.

Cette baisse de la mortalité périnatale est un succès en soi, mais elle doit également permettre d’améliorer la recherche. En effet, le CHU de Clermont-Ferrand et l’hôpital d’Ivankiv ont bâti une base de données commune — santé des parents, déroulement de la grossesse et de l’accouchement, santé du nouveau-né — pour essayer d’identifier des effets de la contamination radioactive sur les femmes enceintes et les bébés. Côté français, elle est constituée d’un échantillon « témoin » de 8.000 à 10.000 grossesses représentatives ; côté ukrainien, sur les 432 grossesses enregistrées à l’hôpital, 334 ont pu être intégrées à la base. Encore fallait-il que les soins prodigués aux mères et aux bébés soient comparables entre les deux pays, ce qui est désormais le cas. « Mais il nous manque encore les informations sur les grossesses, notamment celles à risque, d’habitantes d’Ivankiv qui ont été suivies à Kiev. Si nous n’arrivons pas à les obtenir, cela risque d’introduire un biais dans l’étude. En outre, nous observons une réticence des femmes enceintes à se faire mesurer leur radioactivité interne. Il serait souhaitable de mieux comprendre ces réticences », indique Bénédicte Belgacem, spécialiste de santé publique au CHU de Clermont-Ferrand.

« Depuis, nous avons connu une révolution et la guerre. Et cette année, le prix du gaz pourrait augmenter de 63 % »

À quelques kilomètres de là, le projet de serre est loin d’être aussi abouti. Construite un an et demi auparavant grâce à une subvention de 1,8 million d’euros de l’Union européenne, vaste d’un hectare et parfaitement étanche, elle doit permettre de cultiver des légumes sains pour la cantine scolaire, l’hôpital, la maison de retraite et les militaires d’Ivankiv. Mais en ce lundi matin de juillet, elle est vide. « En été, la production des potagers est bien meilleur marché, c’est pourquoi cela n’a pas de sens de produire sous serre à cette période », explique Maxim, fondateur de la société qui exploite l’équipement. Autre écueil, la monoculture : seules 200 tonnes de tomates ont été récoltées depuis la mise en service de la serre, « parce que notre marché n’est pas saturé de ce produit », indique Maxim, pour qui l’équipement n’est pas conçu pour plusieurs cultures simultanées. Et seulement 20 % de cette cueillette a été donnée aux habitants d’Ivankiv. Une approche commerciale qui n’est pas du goût de Michèle Rivasi : « Il faut quand même une plus grande variété de produits, ce n’est pas qu’avec des tomates qu’on va nourrir les gens ! Ce n’est pas une serre seulement économique, elle a un objectif sanitaire. »

En ce mois de juillet, la serre est vide car il n’est pas rentable d’y faire pousser des tomates.

« Le business plan a été défini il y a sept ans. Depuis, nous avons connu une révolution et la guerre, se défend Maxim. L’an dernier, le prix du gaz a grimpé de 16 % ; cette année, on parle de 63 %, à la suite des conditions imposées par le Fonds monétaire international en échange d’un crédit. Le prix des matières premières — intrants pour les cultures, pellets pour la chaudière à bois — a augmenté aussi. Nous embauchons vingt personnes : au début de la construction de la serre, le salaire minimal était de 1.200 hryvnias, il est aujourd’hui à 3.700 hryvnias. Et sur les 80 % de la production qu’il nous reste à vendre après les dons, 20 % payent la TVA tandis que la grande distribution nous impose de lui en fournir 20 % gratuitement. Aujourd’hui, cette serre n’est pas rentable ! » Et pas moyen, selon lui, de valoriser cette production en bio : « En Ukraine, il n’y a pas de classe moyenne bien installée. Un kilo de tomates bio coûte 160 hryvnias alors que les pensions de retraite s’élèvent à 1.600 hryvnias et le salaire moyen à Kiev à 6.000 hryvnias. Les gens ne choisissent pas leurs aliments en fonction de leur qualité écologique, mais en fonction du prix. » Autre difficulté, l’administration du district n’a toujours pas délivré l’autorisation de fonctionnement de la serre. « On va remettre ce projet à plat », assure Michèle Rivasi.

Un incinérateur à Tchernobyl pour prévenir les incendies dans la forêt contaminée

Le troisième arrêt a lieu dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. Après de grands empilements de grumes rouges, dont certaines sont à moitié carbonisées, apparaît un bâtiment d’où s’échappe le vacarme assourdissant d’une broyeuse. L’incinérateur, mis en service un an auparavant, est destiné à brûler le bois contaminé au césium 137 et au strontium 90 issu de coupes dans la zone interdite. En effet, face à de nombreux feux de forêt — en juillet 2016, 300 hectares de la « forêt rousse », la plus contaminée, sont partis en fumée — et au risque de dissémination de la radioactivité qu’ils entraînent, l’agence nationale de gestion de la zone d’exclusion a pris des mesures préventives. « Vingt-trois personnes travaillent dans cet incinérateur, mais se relaient à tour de rôle par période de quinze jours pour des raisons de dose », explique le directeur. Mais s’il y a du progrès, les conditions de sécurité sont encore aléatoires. À l’intérieur du bâtiment, un ouvrier simplement protégé d’un masque en papier racle de la cendre radioactive — autour de 900 Bq/kg. Elle sera ensuite stockée dans des fûts confiés à une entreprise spécialisée dans la gestion des déchets radioactifs. « Ce sont eux qui analysent la radioactivité et, si c’est radioactif, ils ensevelissent », indique simplement un autre ouvrier, qui ne semble pas très concerné. Mais cet incinérateur est tout de même un progrès : il permet d’alimenter en eau chaude la ville de Tchernobyl et les cendres ne sont pas épandues dans les champs, comme la rumeur court que le seraient les cendres d’un autre incinérateur installé par une entreprise ukrainienne.

À l’issue de ces visites, l’enjeu est de déterminer la poursuite du soutien européen à ces différents projets. « Je voudrais continuer ce projet d’hôpital, mais cela va dépendre de la Commission », a indiqué Michèle Rivasi lors d’un point presse. Autre membre de la délégation, la députée européenne (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) Julie Ward a plaidé en ce sens : « Quand le désastre de Tchernobyl est survenu, j’étais enceinte de mon premier enfant et ma mère m’a dit de ne pas boire de lait. Parce que le nuage radioactif avait traversé le nord de l’Angleterre, qu’il avait plu, que l’herbe était contaminée et que le lait était contaminé. Ce n’est donc pas un enjeu pour l’Union européenne et pour l’Ukraine, c’est un enjeu pour tous les Européens. »

LE SARCOPHAGE DU RÉACTEUR DE TCHERNOBYL TOUJOURS INACHEVÉ

Pendant que la vie s’organise dans la zone contaminée, le réacteur accidenté en 1986 continue à cracher des particules radioactives — 200 tonnes de déchets contenant du combustible s’y trouvent encore, pour une activité radioactive de 410 pétabecquerels (un million de milliards de becquerels). La faute à la dégradation du premier sarcophage bâti à la hâte à la fin de l’année 1986, de moins en moins étanche. Pour remédier à cette situation, la construction d’une arche a été confiée en 2007 au consortium Novarka, composé des groupes français Bouygues et Vinci. Las, le chantier de cet ouvrage colossal de 38.000 tonnes, 105 mètres de haut et 150 mètres de long prend du retard. « Après avoir placé le nouveau confinement, il a fallu en assurer l’étanchéité en installant un joint, explique Pascal Daures, chef du secteur sûreté nucléaire-actions préventives et correctives à la Commission européenne. Mais quand les équipes sont arrivées, elles se sont aperçues que le niveau de radioactivité était bien plus élevé que ce qu’elles imaginaient. Les gens ne pouvaient travailler que cinq minutes pour forer les trous pour mettre en place les ancrages. Les entreprises ont dû faire le tour de toutes les boîtes d’intérim d’Ukraine et d’ailleurs pour trouver le bon nombre de personnes à faire monter, à tour de rôle, pendant cinq minutes. »

Autre difficulté, la grue située sous la nouvelle arche, qui était censée poursuivre le démantèlement de l’ancien sarcophage devenu instable, est tombée en panne pour des raisons inconnues. « L’entreprise responsable de la grue doit tester son électronique, sa mécanique… Tant qu’on n’a pas les résultats de ces investigations, on ne peut pas faire les réparations. Et ça nous retarde dans la mise à disposition de l’installation finale », indique M. Daures. L’idée est de démanteler tout l’ancien réacteur pour pouvoir éventuellement, un jour, détruire l’arche.

Cet article est le second volet d’un reportage dans les environs de Tchernobyl. Lire ici <https://reporterre.net/Autour-de-Tchernobyl-l-effrayant-etat-de-sante-des-habitants-des-zones>  : « Autour de Tchernobyl, l’effrayant état de santé des habitants des zones contaminées » (publié le 5 septembre 2018 sur le site Savoie antinucléaire)

https://reporterre.net/Les-plaies-de-Tchernobyl-s-apaisent-mais-restent-ouvertes

Sep 12

LES MINES D’URANIUM, CAMPS DE LA MORT DU GOULAG SOVIÉTIQUE

Le Livre Noir du Communisme mentionne des “camps de la mort” créés le 22 avril 1943, incluant notamment des “mines de radium” (la source est le travail de Jacques Rossi, ancien détenu). Il y a d’autres sources confirmant que certains camps de l’archipel du Goulag soviétique étaient des “camps de la mort”, où les conditions étaient intentionnellement catastrophiques pour ne laisser aucune chance aux prisonniers. L’uranium était destiné visiblement aux prisonniers condamnés à mort, ils devaient travailler dans les mines jusqu’à ce qu’accident, leucémie ou autre maladie mortelle s’ensuive. C’est une partie de l’histoire soviétique très peu étudiée (l’histoire des camps étant déjà beaucoup moins étudiée que les camps nazis), à l’évidence en raison du tabou entourant l’uranium et ses effets sur la santé humaine. En conséquence de quoi, l’existence d’une fonction d’extermination dans le système concentrationnaire soviétique a été globalement passée sous silence.

Avraham Shifrin, l’une des références les plus importantes sur le complexe concentrationnaire soviétique, qui a témoigné devant plusieurs comités du Congrès américain, a établi en 1982 une liste des camps d’extermination, dans lesquels on savait par avance que les prisonniers ne reviendraient pas vivants, et y inclut essentiellement… les mines d’uranium. Shifrin parle de taux de mortalité approchant les 100 % dans ces mines d’uranium et a comptabilisé 43 camps de ce type dans la 2ème édition de son livre (The First Guidebook to Prisons and Concentration Camps of the Soviet Union), ce qui représente plusieurs centaines de milliers de prisonniers. Chacun de ces 43 camps avait à un instant t entre 1000 et 5000 prisonniers environ selon Shifrin, on peut donc avec une hypothèse conservatrice postuler au minimum 20 millions de morts, non seulement sous Staline mais surtout sous Krouchtchev et Brejnev. Une hypothèse simple est que la “déstalinisation” a été organisée pour détourner l’attention de cette section particulière du Goulag qu’il fallait absolument cacher et qui travaillait intensément. Brejnev a conservé telle qu’elle l’organisation, c’est une évidence. La dépêche Associated Press ci-dessous prouve que Gorbatchev n’avait pas démantelé en juillet 1986 ces camps de la mort et j’apporte des arguments tendant à montrer que des structures similaires existent toujours dans le cadre des “colonies pénales” russes, il est difficile de croire à une perestroïka sur un environnement fondamentalement secret et impliquant des atrocités d’un niveau de gravité plus élevé que la Shoah, expliquant assez naturellement le vide démographique en ex URSS (pays connu pour ses statistiques démographiques manipulées) facilement visualisable dans toutes ces cités HLM de béton vides, et justifiant même probablement la politique sociale soviétique, destinée sans doute dans la tête des dirigeants à fournir des travailleurs forcés du nucléaire…

Il faut contrebalancer deux facteurs : la croissance permanente du stock d’armes nucléaires soviétiques jusqu’à la fin des années 80 (d’où une demande constante et énorme de travail forcé) mais aussi l’utilisation de surgénérateurs (ce qui explique d’ailleurs l’accident de Tchernobyl) qui réduisait les besoins humains des mines d’uranium. Je suis convaincu que les populations utilisées étaient essentiellement russes car cela devait avoir lieu loin des frontières où les oreilles ennemies étaient beaucoup plus présentes. L’URSS a démontré historiquement un talent incroyable dans l’organisation de la déportation invisible de son propre peuple et ma conviction ferme est que cela a été organisé de façon parfaite non seulement sous Staline mais aussi après sa mort et jusque dans les années 1980.

Un exemple proche de nous est le camp de Yachimov (complexe concentrationnaire de la Tchécoslovaquie) : Anne Applebaum, spécialiste internationale, auteure de “Goulag, une histoire” (2005, Grasset), mentionne des camps en Tchécoslovaquie socialiste entre le milieu des années 40 et des années 50, où les prisonniers, forcés à extraire de l’uranium pour l’industrie soviétique, étaient destinés à mourir. Pour citer la page 502 de son livre de référence en question, “avec le recul, il est clair que les prisonniers politiques purgeant de longues peines – l’équivalent des détenus soviétiques astreints aux katorga [camps spéciaux isolés des autres où les conditions étaient particulièrement difficiles, même par rapport aux standards du Goulag] – étaient envoyés dans ces camps miniers pour y mourir. Chargés d’extraire l’uranium pour le nouveau projet soviétique de bombe atomique, ils n’avaient aucun vêtement spécial ni aucune forme de protection. Les taux de mortalité y furent notoirement élevés, même si on ignore jusqu’à quel point”.

Anne Applebaum, dans son ouvrage, ne mentionne pour sa part que peu de camps du Goulag où l’intention réelle était selon elle de TUER les prisonniers (et non de les exploiter pour en extraire un rendement économique), en dehors de cet exemple tchèque on trouve le camp de la Serpentine où les prisonniers étaient rapidement fusillés dans l’Extrême Orient russe (région de Magadan). Son travail est une œuvre de référence mais elle est aussi la femme d’un diplomate polonais (Radek Sikorski, qui a été ministre), peu susceptible donc de se plonger dans les détails de la dangerosité de l’uranium, pour les raisons que l’on comprend… Elle indique néanmoins que le NKVD (la police secrète) se vantait en 1944 d’assurer 100 % de la production d’uranium soviétique, chiffre plus élevé que pour d’autres productions minérales ou forestières. Il est dommage que Applebaum ait passé sous silence le travail de Shifrin, qu’elle connaissait pourtant (elle le cite aux côtés de Medvedev p.576 et, p.493, sur la page attenante à celle discutant de la production d’uranium par le NKVD ). De ce fait son propre projet, qui devait pourtant être une anthologie du Goulag, est incomplet.

Jaurès Medvedev, biologiste, auteur d’ouvrages sur le Goulag, connu pour avoir révélé la catastrophe de Mayak, rapporte dans un article que les premiers goulags de l’uranium ont été établis sur ordre de Staline fin 1944 en Asie centrale. Il compte 2 295 prisonniers en 1945 et 7210 en 1950 dans les mines d’uranium d’Asie centrale. Des milliers de « colons » déplacés de force (Moldaves, Tatars) y étaient également retenus de force pour travailler dans les mines d’uranium de la région à la même époque.

L’Extrême-Orient soviétique comptait également des mines d’uranium, notamment dans le Dalstroï et la Chukotka (côte arctique). Plusieurs sources rapportent que les mines d’uranium du Dalstroï avaient mauvaise réputation parmi les prisonniers, la radioactivité (en plus des conditions de travail catastrophiques, du froid et de la mauvaise alimentation) ne laissaient aucune chance de survie et la mort survenait le plus souvent « en quelques mois ». Les mines d’uranium du Dalstroï étaient intégrées dans un complexe côtier de camps particulièrement durs établis sur directive personnelle de Staline, destinés aux prisonniers politiques les plus « dangereux » (socialistes-révolutionnaires, trotskystes, menchéviks et des groupes nationaux, notamment Ukrainiens, haïs de Staline), et dont les prisonniers « n’étaient pas censés en ressortir en vie » selon Medvedev, suggérant une nouvelle fois qu’on utilisait l’uranium pour les condamner à mort. (le traducteur de Medvedev dit “to escape to freedom” mais il ne ferait pas sens de traduire en “s’enfuir” dans la mesure où c’était de toute façon systématiquement passible de mort)

Le Butugychag du Berlag était notamment une mine d’uranium destiné à des prisonniers qui, c’est démontré, étaient l’objet d’une surveillance médicale à travers des dissections de cerveau sur les cadavres. Il reste un négatif montrant une dissection sur un cadavre et de nombreux crânes sciés (comme celui en illustration) ont été retrouvés dans ce qui était considéré comme un « camp pénal » pour récalcitrants ( http://gulag.ipvnews.org/article20060901_01.php ). Un laboratoire médical était présent dans ce très grand complexe concentrationnaire du Dalstroï destiné à des Ukrainiens (population haïe de Staline et donc clientèle logique pour les mines d’uranium, on se souvient de la famine orchestrée dans les années 30 en Ukraine). Il s’agissait à la fois d’extraire de l’uranium et de rassembler des données sur la santé humaine et la radioactivité. Au sujet du Butugichag, un article d’un groupe ukrainien pour les droits de l’homme est disponible en anglais sur cette mine http://khpg.org/en/index.php?id=1505150837 ).

La mine de Chaunskyi sur la côte arctique est un autre exemple parmi d’autres de camps qui partageaient une réputation commune : celle de “vallées de la mort” destinées à assassiner purement et simplement des hommes. Un site rapporte également que les mines d’uranium étaient destinées aux « condamnés à mort » (https://shapran.photoshelter.com/gallery/The-uranium-mines-of-Gulag-Chukotka/G00003_SXPlkZMbE/).

Pour citer une dépêche Associated Press de 1986 sur les mines d’uranium soviétiques: « Soviet Prisoners Exposed to Fatal Radiation in Uranium Mines » (Associated Press, July 11, 1986)

Shifrin mentionne aussi un réacteur nucléaire dans un camp du Goulag sur l’île de Wrangell (océan Arctique, où le diplomate Raoul Wallenberg aurait été détenu selon d’anciens détenus qui l’auraient croisé en 1962) utilisé pour des expériences sur des prisonniers. L’article de Medvedev sur le « goulag atomique » est aussi riche en informations sur le rôle du travail forcé dans la construction des premiers réacteurs soviétiques et du travail forcé dans les usines d’enrichissement. À Mayak par exemple, pour récupérer du combustible et économiser de l’uranium, l’ensemble des esclaves d’une colonie pénitentiaire a été obligé d’extraire sans aucune protection du combustible usagé (qui avait séjourné plusieurs mois dans un réacteur, dépassait les 100°C et représentait plusieurs millions de Curies) de gaines, même les superviseurs (dont un vice chef du MVD (gestionnaire du Goulag après la scission du NKVD), directement responsable devant Beria) sont morts en quelques années après l’opération à laquelle ils assistaient, qui représentait la manipulation de plus de 150 tonnes de combustible usagé par des milliers de prisonniers. L’article de Medvedev montre bien que les prisonniers étaient utilisés systématiquement pour la construction, l’opération et l’entretien des réacteurs, des usines d’enrichissement, de séparation du plutonium, toutes les tâches exposant à de hauts niveaux de radioactivité, avec des accidents à la chaîne. (Pour l’article de Medvedev, en anglais : http://www.spokesmanbooks.com/Spokesman/PDF/medvedev69.pdf )

Des camps de prisonniers existent toujours en Russie en parallèle des prisons (ils représentent même l’essentiel du système pénitentiaire, plus de 700 000 personnes en 2007 dans 766 colonies de travail forcé selon https://www.bu.edu/iscip/vol18/ponomarov.html contre 7 prisons), et le secteur de l’uranium russe est très opaque. Il serait très tentant de penser que bon nombre de prisonniers des colonies pénitentiaires de la Russie post-soviétique servent toujours pour l’extraction de l’uranium et l’industrie nucléaire. De tels camps existent toujours : par exemple près de la mine d’uranium de Chita (la plus grande du pays) où est installé le camp YaG 14/10 où a été évidemment envoyé un prisonnier très dangereux : Mikhail Khodorkovsky.

https://depleteduranium.org/2018/02/26/uranium-mines-the-death-camps-of-the-soviet-gulag-les-mines-duranium-camps-de-la-mort-du-goulag-sovietique/

Sep 12

DUKE ENERGY : LES CENTRALES NUCLÉAIRES US SE PRÉPARENT POUR L’OURAGAN FLORENCE

11 septembre (Reuters) – Plusieurs centrales nucléaires des deux Caroline et de la Virginie se préparaient mardi à l’arrivée de l’ouragan Florence, attendu vendredi matin sur la côte est des États-Unis.

Classé en catégorie 4, sur l’échelle de Saffir-Simpson qui compte cinq échelons, Florence est la plus forte tempête à menacer la partie continentale des États-Unis cette année et le premier de cette ampleur à viser les Caroline depuis le passage de l’ouragan Hugo sur Charleston (Caroline du Sud) en 1989.

La Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Virginie abritent 16 réacteurs nucléaires, exploités pour la plupart par le groupe Duke Energy mais aussi par Dominion Energy .

Duke Energy, dont les centrales de Brunswick et Harris en Caroline du Nord se trouvent en première ligne, a averti qu’il pourrait lui falloir plusieurs jours pour rétablir le courant si l’ouragan provoque d’importants dégâts.

« Nous anticipons une tempête historique qui impactera tous nos clients », a déclaré Grace Rountree, porte-parole de la compagnie qui compte quatre millions de clients dans les Caroline.

Les réacteurs sur la trajectoire de la tempête seront mis à l’arrêt environ 12 heures avant son arrivée, a dit Roger Hannah, porte-parole du bureau régional 2 de l’autorité de sûreté nucléaire (NRC) à Atlanta.

Scott DiSavino, Véronique Tison pour le service français, publié le 11 septembre 2018 à 22h20

https://www.zonebourse.com/DUKE-ENERGY-CORP-11076385/actualite/Duke-Energy-Les-centrales-nucleaires-US-se-preparent-pour-l-ouragan-Florence-27244773/

Sep 11

LE PRÉSIDENT SUD-CORÉEN APPELLE À LA DÉTERMINATION DE TRUMP ET KIM POUR LA DÉNUCLÉARISATION

SÉOUL, 11 septembre (Xinhua) — Le président sud-coréen Moon Jae-in a appelé mardi le président américain, Donald Trump, et le dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Jong Un, à montrer une détermination audacieuse pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Le président Moon a fait ces remarques lors d’une réunion de son gouvernement. Il a indiqué que les dirigeants de la RPDC et des États-Unis devaient faire preuve d’une détermination audacieuse et élaborer une feuille de route pour accompagner la RPDC vers un niveau plus élevé avec le démantèlement de ses armes nucléaires.

Déclarant que la RPDC doit mener le démantèlement nucléaire tandis que les États-Unis doivent créer des conditions favorables avec des mesures correspondantes, le président Moon a noté que dans le processus des actions, les deux pays devaient éliminer une profonde méfiance mutuelle venant des relations hostiles qu’ils ont entretenues au cours des sept dernières décennies.

Le président sud-coréen a exprimé son souhait que Pyongyang et Washington puissent reprendre rapidement leur dialogue sincère.

La dénucléarisation complète de la péninsule, a-t-il indiqué, est essentiellement un problème à résoudre à travers les négociations entre la RPDC et les États-Unis.

Le président Moon doit effectuer une visite de trois jours à Pyongyang à partir du 18 septembre pour tenir son troisième sommet avec M. Kim.

http://french.xinhuanet.com/2018-09/11/c_137460452.htm

Sep 11

RENCONTRE ENTRE LA MAE SUD-CORÉENNE ET L’ENVOYÉ NUCLÉAIRE AMÉRICAIN SUR LA DÉNUCLÉARISATION ET LA PAIX DANS LA PÉNINSULE CORÉENNE

SÉOUL, 11 septembre (Xinhua) — La ministre sud-coréenne des Affaires étrangères Kang Kyung-wha a rencontré mardi à Séoul Stephen Biegun, représentant spécial des États-Unis pour les affaires de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), pour discuter de la dénucléarisation et de la paix dans la péninsule coréenne, a déclaré le ministère.

À cette occasion, Mme Kang et M. Biegun ont échangé leurs points de vue sur l’amélioration des relations inter-coréennes et les résultats de la récente visite des émissaires spéciaux du président sud-coréen Moon Jae-in à Pyongyang.

Lors de sa rencontre avec les envoyés spéciaux la semaine dernière, le dirigeant suprême de la RPDC, Kim Jong Un, a réaffirmé son engagement pour la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

Les dirigeants des deux pays ont convenu de tenir leur troisième sommet à Pyongyang du 18 au 20 septembre.

La chef de la diplomatie sud-coréenne a demandé à M. Biegun de jouer un rôle actif pour dénucléariser complètement la péninsule et instaurer une paix permanente en poursuivant une évolution positive de la situation dans la péninsule.

Biegun a quant à lui assuré à son interlocutrice qu’il exercerait pleinement son rôle dans la dénucléarisation complète de la péninsule et l’instauration de la paix basée sur une alliance américano-sud-coréenne solide, s’engageant à poursuivre la coopération et les consultations étroites à tout niveau entre les deux alliés.

http://french.xinhuanet.com/2018-09/11/c_137460510.htm

Sep 11

MYCLE SCHNEIDER : DANS LE MONDE, « LE NUCLÉAIRE DEVIENT INSIGNIFIANT »

Le « Rapport sur l’état de l’industrie nucléaire dans le monde », établi par des experts internationaux indépendants, est officiellement présenté en France ce mardi 11 septembre. Parmi ses conclusions : une filière à la traîne loin derrière les énergies renouvelables, y compris en Chine, pourtant leader mondial de l’atome. Reporterre a fait le point avec Mycle Schneider, auteur principal et éditeur de ce rapport.

Reporterre — Quel est l’objectif de ce rapport et comment avez-vous travaillé ?

Mycle Schneider — Nous établissons ce rapport tous les ans depuis plus d’une dizaine d’années. Son objectif est de proposer une base factuelle aux débats sur les politiques nucléaires. Je trouve insupportables les discussions en l’air, comme s’il n’existait pas de chiffre sur le nombre de réacteurs nucléaires actuellement en construction, comme s’il s’agissait d’une opinion. C’est quelque chose qui m’indispose chez les journalistes français : ils demandent leur avis aux uns et aux autres et rapportent telles quelles ces opinions contradictoires. Je vais reprendre à mon compte une formule que j’ai lue récemment : « Si une personne dit qu’il pleut et une autre qu’il fait beau, le boulot du journaliste ce n’est pas de citer les deux, mais de regarder par la fenêtre et de dire qui a raison. » D’où ce rapport : on y donne des définitions très précises de ce qu’est un réacteur en construction, en fonctionnement, en démantèlement ; on donne les chiffres ; et on indique les sources — le texte compte plus de 12.000 notes de bas de page.

Pour le rédiger, je fais chaque année appel au même noyau dur : mon co-auteur Antony Froggatt et notre gestionnaire de la base de données Julie Hazemann. Je compose autour une équipe qui peut changer d’année en année, et qui rassemble les spécialistes parmi les plus pointus sur les différents sujets. Ces neuf experts de cinq pays sont issus de différentes disciplines. Cette année, nous avons ainsi rajouté Christian von Hirschhausen, professeur de l’Université technique de Berlin, Andy Stirling, professeur de l’Université de Sussex en Grande-Bretagne, très connu dans le monde de l’énergie, etc.

Ce rapport est devenu une référence internationale. Il a par exemple été cité par le Department of Energy américain, par l’inspecteur général de la sûreté nucléaire d’EDF et des députés de parlements à travers le monde.

Quelles sont les principales conclusions du rapport 2018 ?

La première conclusion est que la Chine continue de dominer le paysage. Sur les quatre réacteurs nucléaires mis en service en 2017, trois étaient en Chine et le quatrième était au Pakistan, mais avait été construit par les Chinois. Par ailleurs, si la production mondiale d’électricité nucléaire a augmenté de 1 % en 2017, c’est le fait de la Chine. Si l’on exclut la Chine, la production d’électricité nucléaire a baissé pour la troisième année consécutive. Mais même en Chine, la question de l’avenir du nucléaire se pose. Le dernier lancement de chantier de construction d’un nouveau réacteur nucléaire remonte à décembre 2016. Aucune nouvelle construction n’a été lancée depuis plus de vingt mois, hormis celle d’un réacteur de démonstration. En parallèle, la Chine est le pays qui dépense le plus pour les énergies renouvelables : 126 milliards de dollars en 2017, soit trois fois plus que les États-Unis, pourtant deuxième sur le podium. La Chine produit plus d’énergie grâce à ses éoliennes qu’avec le nucléaire !

Deuxième point : le nucléaire devient irrelevant — je ne sais pas quel est le mot correspondant en français [« non pertinent »]. En effet, les capacités de production d’électricité ont augmenté de 257 gigawatts net — moins les arrêts — en 2017 au niveau mondial. Là-dedans, les quatre réacteurs mis en service ne représentent que 3,3 gigawatts, moins 2,3 gigawatts pour trois réacteurs arrêtés, donc 1 gigawatt net — insignifiant, irrelevant ; les énergies renouvelables, en revanche, représentent 157 gigawatts, soit plus de 60 % des nouvelles capacités nettes ! On fait toujours comme si le nucléaire était important, mais c’est surtout une perspective franco-française où il produit toujours plus de 70 % de l’électricité consommée. Et encore, ce chiffre est à nuancer : le nucléaire ne produit que 16 % de l’énergie finale, encore majoritairement issue du pétrole.

Par ailleurs, votre rapport compte deux nouveaux chapitres, qui ne figuraient pas dans les versions précédentes…

Un de ces nouveaux chapitres est consacré à l’avancement du démantèlement dans le monde. En effet, jusqu’à présent, nos statistiques s’arrêtent avec l’arrêt définitif du réacteur. Ainsi, mi-2018, 173 réacteurs étaient définitivement arrêtés dans le monde. D’où la question que nous nous sommes posée : que se passe-t-il ensuite ? Notre bilan est stupéfiant : sur ces 173 réacteurs, 115 sont à différents stades de démantèlement. Et seulement dix-neuf sont entièrement démantelés — treize aux États-Unis, cinq en Allemagne et un au Japon ! Sur ces dix-neuf tranches, seules dix ont été démantelées jusqu’au stade du green field — du terrain réutilisable pour d’autres usages que le nucléaire. Nous nous sommes aussi intéressés aux timelines, les durées des différentes séquences — construction du réacteur, exploitation, démantèlement. Conclusion, c’est le démantèlement qui dure souvent le plus longtemps. Autre point sur lequel le bât blesse : dans un grand nombre de pays, les moyens ne sont pas réunis pour un démantèlement poussé.

Nous avons aussi consacré un nouveau chapitre aux interdépendances entre nucléaire civil et militaire. La question de départ était : pourquoi cette dynamique de construction de nouveaux réacteurs ou de prolongation de réacteurs vieillissants ? Car nulle part dans le monde, la construction de nouveaux réacteurs ne cadre avec les règles d’une économie de marché ; aucune nouvelle construction n’est compétitive. C’est donc qu’il existe d’autres motivations qu’économiques, parmi lesquelles l’interdépendance entre nucléaire civil et militaire. Aujourd’hui, pour les pays qui détiennent l’arme nucléaire, la question est moins la production de matières fissiles — ils en ont assez — que le besoin en infrastructures et en savoir-faire.

Par exemple, en France, on a suffisamment de plutonium en stock pour les armes nucléaires, mais il faut entretenir la qualité de cette matière fissile. C’est une opération que sait très bien faire l’usine nucléaire civile de La Hague. Des financements croisés existent depuis longtemps. Ainsi, à sa construction, l’usine de retraitement de La Hague était financée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), à moitié sur le budget militaire, à moitié sur le budget civil ; aujourd’hui, elle n’est plus financée que par le budget civil de son unique client commercial – EDF. Si le programme nucléaire civil s’arrêtait, qui financerait l’entretien des matières fissiles militaires ? Autre exemple, les réacteurs des sous-marins militaires, qui sont pratiquement les mêmes que les réacteurs terrestres civils. Les ingénieurs, physiciens, techniciens qui les conçoivent et les font tourner sont les mêmes ; cela permet d’optimiser les ressources. C’est d’ailleurs ce que laisse entendre le rapport dévoilé par Les Échos, qui préconise la construction de six nouveaux EPR. On peut s’interroger sur le fait qu’un des coauteurs ait été délégué général pour l’armement jusqu’en juin 2017 et s’exprime pourtant sur le nucléaire civil…

Il y a encore d’autres motivations que nous aimerions creuser dans de futurs nouveaux chapitres. Par exemple, la géopolitique — pourquoi le projet Hinkley Point qui implique les trois gouvernements de la Chine, de la France et de la Grande-Bretagne ? — ou la bombe — l’Arabie saoudite, qui se demande si elle va se lancer dans la construction de réacteurs nucléaires, a publiquement admis des arrière-pensées militaires.

En France, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) doit être dévoilée le mois prochain. Que pensez-vous du débat sur la place du nucléaire auquel elle a donné lieu ? Et du recul de Nicolas Hulot puis d’Édouard Philippe sur l’échéance de la réduction de la part de l’atome à 50 % du mix électrique de la France — 2035 au lieu de 2025 ?

On m’a demandé de participer au débat public sur la PPE. J’ai refusé, considérant qu’il s’agissait d’une sophistication de communication alors que la décision est prise ailleurs. Appeler cela un débat public, je trouve cela insultant dès lors qu’il est parfaitement clair que son issue ne pourra influencer les décisions politiques. L’avenir du nucléaire, quel que soit le pays, est sombre, très sombre. Si l’on décidait d’arrêter le chantier de l’EPR de Flamanville, de renoncer au projet d’EPR à Hinkley Point, la réalité de cette perspective très sombre éclaterait au grand jour. Mais des intérêts évidents veulent éviter ça à tout prix. EDF, mais aussi l’État, qui détient 87 % du capital d’EDF. Le problème, en France, c’est que le politique ne veut pas prendre le pouvoir sur une technocratie très attachée au nucléaire.

Quant au rapport parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires dévoilé en juillet, qui très justement soulève un certain nombre de problèmes… So what ? Le problème n’est pas de faire des rapports. Depuis les années 1980, des rapports ont été écrits, des gens ont dit les choses qui n’allaient pas. Mais en France, les décisions ne sont pas prises de cette manière, pas démocratiquement, pas par les représentations élues. Elles sont prises de manière parallèle, par la technocratie considérée — à tort — comme l’élite.

Par ailleurs, l’Assemblée nationale n’a aucune compétence en matière de nucléaire. Quand j’ai été auditionné par la commission d’enquête parlementaire, j’ai préconisé – entre autres – la mise en place de l’équivalent du Congressional Research Service (CRS) du Congrès américain, composé de 600 personnes dont 400 chercheurs, analystes, avocats et autres experts. Ce service aurait pour tâche de produire de l’expertise à la demande des parlementaires. Parce que quand vous regardez l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques [Opecst]… c’est à pleurer ! L’Assemblée est complètement dépassée aussi bien par les sujets que par les enjeux.

 Par Émilie Massemin (Reporterre) le 11 septembre 2018

Mycle Schneider est consultant international indépendant sur les questions de politique énergétique et nucléaire. Il est également l’auteur principal et l’éditeur du World Nuclear Industry Status Report 2018.

https://reporterre.net/Dans-le-monde-le-nucleaire-devient

Sep 11

L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE JUGÉE DE MOINS EN MOINS COMPÉTITIVE

L’énergie nucléaire fait face à une baisse de compétitivité qui pourrait se traduire par une chute de plus de 10% du parc mondial de réacteurs d’ici à 2030, estime l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans une étude annuelle publiée lundi.

« La capacité de production électrique nucléaire risque de se réduire dans les prochaines décennies, des réacteurs vieillissants étant arrêtés et cette industrie faisant face à une baisse de compétitivité« , note cette agence onusienne basée à Vienne.

Confronté au bas prix du gaz naturel et à l' »impact des énergies renouvelables sur les prix de l’électricité« , le secteur continue également de se ressentir des effets de la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011, reconnaît l’AIEA.

Plusieurs pays, comme l’Allemagne et la Suisse, ont entrepris de se désengager de l’atome et cette catastrophe engendre « une hausse des temps de construction ainsi que des coûts en raison de normes de sécurité renforcées« , relève l’agence, qui pointe par ailleurs des difficultés de « déploiement » de nouvelles technologies de type EPR.

Dans ce contexte, et alors qu' »un nombre considérable de réacteurs doivent être désaffectés vers 2030 et ensuite« , la capacité nucléaire du parc mondial pourrait chuter de plus de 10% d’ici cette date par rapport aux 392 gigawatts (GW) recensés fin 2017, selon l’hypothèse basse de l’agence.

Le parc nucléaire pourrait notamment décroître de près d’un tiers en Europe et en Amérique du Nord d’ici à 2030, dans ce scénario.

De façon plus générale, « les nouvelles projections suggèrent que l’énergie nucléaire pourrait avoir du mal à conserver sa place actuelle dans le mix énergétique mondial« , avec des capacités pouvant chuter à 2,8% en 2050 contre 5,7% aujourd’hui.

L’AIEA n’exclut cependant pas dans son hypothèse maximale une hausse de 30% des capacités nucléaires mondiales d’ici 2030, à 511 GW. Ce chiffre apparaît toutefois en recul de 45 GW par rapport à celui avancé par l’agence il y a un an.

L’énergie nucléaire suscite un « fort intérêt » dans le monde en développement notamment en Asie, « où des pays comme la Chine et l’Inde nécessitent d’énormes quantités d’électricité« , souligne-t-elle.

En 2016, l’AIEA, une agence qui a notamment pour mission de promouvoir le nucléaire civil, avait encore jugé que le parc nucléaire mondial pourrait approcher les 600 GW de puissance installée en 2030.

Le monde compte aujourd’hui 455 réacteurs nucléaires en activité, représentant une capacité installée record de 399,8 GW, selon l’AIEA.

AFP / le 10 septembre 2018 16h05

https://www.romandie.com/news/L-energie-nucleaire-jugee-de-moins-en-moins-competitive/952366.rom

Sep 11

MURUROA: JEAN, L’OBJECTIF RIVÉ SUR LA BOMBE H

En 1968, Jean Guéneron a sillonné l’atoll de Mururoa. Appelé du contingent, le Quimperlois y a pris de nombreuses photos des installations liées à la campagne d’essais nucléaires de la France en Polynésie française. Il témoigne.

L’idée de rendre public dans un ouvrage publié en ligne ce qu’il a vécu cinquante ans plus tôt lui est venu sur le tard. « Lorsque j’ai redécouvert ma correspondance », souligne Jean Guéneron. Celui qui réside à Quimperlé depuis de nombreuses années, habitait alors à Brest. Dans les courriers envoyés à ses parents, dont il se demande encore comment ils ont pu passer les mailles du secret-défense, il décrit ce qu’il voit. Les effets des essais nucléaires menés par la France en Polynésie française en 1968. Jeune appelé du contingent, le Breton a passé onze mois à sillonner l’atoll de Mururoa. Une drôle d’aventure doublée d’une sacrée dose d’inconscience. Dans ses courriers, il transmet ainsi les négatifs des photographies réalisés avec son Instamatic 104. Des photographies prises à l’insu des autorités militaires et au mépris du danger. Mais la singularité du quotidien l’a conduit à braver les interdits. « J’avais intimement conscience que cela sortait de l’ordinaire ».

Campagne la plus importante

1968, Jean Guéneron a 22 ans. Il se voit contraint d’effectuer son service militaire. Le jeune homme est affecté dans le train. À Mururoa. Une destination carte postale. Le Breton y tient une station de taxis. Et a à disposition des 2 CV. « Il y en avait six ». C’est avec elles, qu’il va parcourir sans relâche la piste au départ du poste de commandement Anémone. « Une piste de 12 à 13 kilomètres. Je dispatchais les gars ». Pas seulement. Il se souvient y avoir embarqué Robert Galey. Le Compagnon de la Libération est alors ministre de la Recherche scientifique et des Questions atomiques et spatiales. L’homme politique est là pour assister à un essai nucléaire. Depuis juillet 1962, l’atoll abrite les expérimentations françaises qui doivent permettre « de donner à la puissance française la capacité de la dissuasion », comme l’a souligné De Gaulle lors d’une visite. Et dans ces expérimentations, l’année 1968 tient une place à part. « Cette campagne fut de très loin la plus importante jamais réalisée par la France ». En deux mois, du 7 juillet au 8 septembre, pas moins de cinq engins vont être testés dont les tirs sous ballon de Canopus (premier essai d’une bombe H) le 24 août et de Procyon le 8 septembre. Ces deux tirs sur les 210 effectués jusqu’en 1996 « ont été les plus puissants ».

« Ça pétait le matin et on était le soir sur zone pour décharger les véhicules »

Jean Guéneron est affecté dans un régiment mixte. « Il y avait 25 appelés et autant de civils polynésiens. Ils achetaient sous contrats des télés, des Vespas ». 250 légionnaires complètent la présence militaire au sol. « Les conditions d’hébergement sont incroyables ». Des baraquements métalliques, des cafards au milieu desquels sont rangés chemises et shorts. Ni discipline militaire, ni garde. Au volant de ses 2 CV, il jouit d’une réelle liberté de mouvement. Et en profite pour tout photographier. Les installations comme ce ballon sur barge utilisé pour les essais ou encore Denise, le poste d’enregistrement avancé. « Une bâtisse de huit mètres de béton en face avant et des barbelés qui indiquent que le risque est fort ». Sur l’une des 70 diapos, on découvre aussi les effets avec une piste au paysage grisâtre et vide de vie. « On est pourtant à six kilomètres du point zéro ». Sur une autre, c’est un char retourné avec un homme à proximité…

Pas conscience des risques

Les risques… « Personne n’en avait conscience à l’époque. Ça pétait le matin et on était le soir sur zone pour décharger les véhicules ». Avec ses camarades, il travaille en short, chemisette et sandales. « Selon radio cocotier, il ne fallait manger ni noix de coco ni de poisson mais on disait que l’air était sain ». Une tenue de protection, il en a bien une. Qu’il possède toujours d’ailleurs. Mise une fois avant de la remiser au placard. « La radioactivité, ce sont les poussières ». Des poussières, il en a respiré à plein poumon. « Il aurait fallu mettre un masque ». Ses onze mois achevés, Jean Guéneron et ses camarades ont été envoyés à Bora-Bora. « Une récompense ». Pour service rendu.

Note : Jean Guénéron, Journal d’un appelé de campagne.

Publié le 10 septembre 2018 à 06h00

https://www.letelegramme.fr/bretagne/mururoa-jean-l-objectif-rive-sur-la-bombe-h-10-09-2018-12073197.php

Sep 10

L’IRAN RESPECTE L’ACCORD NUCLÉAIRE MALGRÉ LES SANCTIONS, SELON L’AIEA

Téhéran continue à respecter les principales restrictions imposées à son programme nucléaire en 2015, a annoncé l’AIEA qui surveille la bonne application de l’accord de Vienne.

La République islamique d’Iran continue de respecter les engagements qu’elle a pris dans le cadre de l’accord de Vienne sur son programme nucléaire, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le document indique qu’il n’existe aucun élément permettant d’affirmer que l’Iran a enfreint les termes de l’accord et souligne qu’il continue à s’y conformer en matière d’enrichissement de l’uranium, de recherche et de développement.

L’accord sur le nucléaire iranien, intitulé Plan d’action global conjoint, a été signé à Vienne le 14 juillet 2015 par l’Iran, l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Il a pour l’objectif d’empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire en échange de la levée d’une partie des sanctions économiques internationales visant le pays.

Le 8 mai dernier, Donald Trump a annoncé que Washington se retirait de l’accord, avant de signer un décret réinstaurant un certain nombre de sanctions anti-iraniennes, en affirmant chercher à imposer une «pression économique maximale» sur la République islamique. Le locataire de la Maison-Blanche a également promis que toute personne faisant affaire avec l’Iran «ne le ferait pas avec les États-Unis».

https://fr.sputniknews.com/international/201809101038034956-iran-accord-nucleaire-aiea/

Sep 10

FRANCE: « IL FAUT SORTIR DE LA GUERRE DE RELIGION » SUR LE NUCLÉAIRE (RUGY)

Paris – La France doit « sortir de la guerre de religion » sur le nucléaire, a déclaré au Monde le nouveau ministre de la Transition écologique François de Rugy, annonçant aussi des arbitrages « assez précis » dans la future feuille de route énergétique du pays.

À la question « le nucléaire est-il encore une +énergie d’avenir+, comme le disait Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle?« , l’ancien candidat à la primaire de la gauche de 2017, qui prônait une sortie de l’atome d’ici à 2040, a répondu « spontanément, ma réponse est non. Mais il faut sortir de la guerre de religion« .

« L’important est de savoir quelles sont les données économiques dans le domaine du nucléaire et dans le domaine des énergies renouvelables. De savoir aussi quelles sont les données en matière de sûreté. Le risque nucléaire n’est pas un petit risque qu’on peut balayer d’un revers de la main« , a-t-il développé dans cet entretien mis en ligne lundi.

Réduire à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique national, au profit des renouvelables, « ce n’était plus possible » en 2025, objectif de la loi de 2015, « sauf à augmenter les émissions de gaz à effet de serre en maintenant, voire en ouvrant, des centrales à énergie fossile« , a-t-il dit.

« La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui sera présentée fin octobre devra trouver le chemin (…) dans le meilleur calendrier« , a-t-il ajouté, sans commenter l’échéance de 2035 récemment évoquée par Édouard Philippe.

Interrogé sur l’inscription dans la PPE d’une liste des réacteurs à fermer, il estime qu' »on ne peut pas toujours renvoyer les choix à plus tard. On dira les choses de façon assez précise, avec des étapes (…) Quoi qu’il en soit, il faudra arrêter d’autres réacteurs que Fessenheim« .

Sur la construction de nouveaux EPR en France, réclamée par EDF en plus de celui de Flamanville, « il faudrait déjà qu’EDF fasse la démonstration que l’EPR fonctionne, ce qui n’est pas encore le cas« , a-t-il dit. « Personne n’est capable de garantir sa date de mise en service. Il faudrait également démontrer que l’EPR est compétitif au niveau des coûts.« 

Sur « l’architecture » d’EDF, « je ne suis pas pour le changement par principe, mais je pense que le statu quo n’est pas dans l’intérêt de l’État et de l’entreprise« , a-t-il encore dit: « il faut vraiment tout regarder, pas seulement le sujet de la transition énergétique, mais aussi l’endettement de l’entreprise, et cela peut en effet inspirer des évolutions« .

Plus largement, sur ses exigences avant d’accepter ce poste, il a indiqué avoir « demandé au président de la République si on se situait bien dans (une) priorité de transformation écologique« .

« J’ai toujours avec moi le programme électoral avec lequel j’ai mené campagne pendant des mois« , a-t-il assuré. « Et dans celui-ci, on dit notamment qu’on donnera la priorité à la rénovation des bâtiments existants, aux transports du quotidien plutôt qu’aux investissements dans des infrastructures nouvelles. La transformation que cela exige, il faudra l’inclure dans la loi d’orientation des mobilités« .

cho/alu/nas

AFP / 10 septembre 2018 11h29

https://www.romandie.com/news/France-il-faut-sortir-de-la-guerre-de-religion-sur-le-nucleaire-Rugy/952329.rom

Sep 10

EDF RELANCE UNE FILIÈRE DE RECYCLAGE DE SON URANIUM USÉ

À partir de 2023, les quatre réacteurs de 900 mégawatts (MW) de Cruas (Ardèche) devraient à nouveau consommer 600 tonnes d’uranium de retraitement enrichi (URE) par an. – PHILIPPE DESMAZES/AFP

L’électricien veut réduire ses stocks d’uranium de retraitement qui s’accroissent de 1 000 tonnes par an.

Ils sont six ou sept entrepôts, alignés sur un terrain de l’immense  site nucléaire d’Orano du Tricastin (Drôme), dans lesquels s’accumulent quelque 20 000 tonnes d’uranium de retraitement (URT) issus des centrales nucléaires d’EDF. Un stock qui s’accroît chaque année de 1 000 tonnes supplémentaires depuis l’arrêt, il y a cinq ans, de la filière de réutilisation de ce combustible, mais qu’EDF a décidé de relancer.

« Nous avons recyclé l’uranium de retraitement de 1994 à 2013, avant d’arrêter suite à un process de traitement des effluents non satisfaisant. Depuis deux ans, nous travaillons à reconstruire une filière solide et compétitive. Cela nous permet de recycler une matière valorisable et de réduire nos achats d’uranium », justifie Denis Lépée, directeur de la division combustible nucléaire à EDF.

Relance de longue haleine

Une relance de longue haleine : ce n’est qu’à partir de 2023 que les quatre réacteurs de 900 mégawatts (MW) de Cruas (Ardèche), en bordure du Rhône, devraient à nouveau consommer 600 tonnes d’uranium de retraitement enrichi (URE) par an. Et à partir de 2028, un puis trois réacteurs de 1.300 MW devraient s’ajouter à ce programme. Soit, à l’échéance de ce plan à dix ans (2023-2032), une utilisation de 1.300 tonnes d’uranium de retraitement enrichi par an, permettant seulement alors de commencer à faire décroître les stocks.

Aujourd’hui, EDF recycle une partie de son combustible usé à travers du MOX, utilisé dans une vingtaine de réacteurs. Ce combustible permet de réutiliser le plutonium créé par le procédé de retraitement (1 % des tonnages), mais pas l’uranium issu de ce recyclage , qui représente pourtant 95 % des volumes (les 4 % restants étant des déchets ultimes). « La filière MOX nous permet d’économiser 10 % de nos besoins d’uranium naturel. A l’horizon 2030, avec cette nouvelle filière, c’est 20 à 25 % d’uranium en moins dont nous aurons besoin », estime Denis Lépée.

« Pas le meilleur prix »

Alors que l’uranium de retraitement (URT), pour être réutilisé, doit faire l’objet d’une phase de conversion, puis être à nouveau enrichi (URE), cette nouvelle filière ne profitera pas à Orano. À l’issue de l’appel d’offres organisé par EDF pour réaliser ces opérations, l’électricien fera appel au russe Tenex (Rosatom) et à Urenco (aux capitaux allemands, britanniques et néerlandais), puis à sa filiale Framatome de Romans-sur-Isère pour l’assemblage des combustibles.

« Orano n’avait pas le meilleur prix et ils n’ont pas d’installation pour convertir cet uranium retraité », justifie Denis Lépée. L’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 d’Orano, en revanche, avait adapté dès sa conception une partie de son installation pour pouvoir enrichir de l’uranium retraité. « Mais nous avons déjà retrouvé une belle part de marché avec EDF » sur d’autres activités, tempère Antoine Troesch, directeur de la business unit Chimie Enrichissement d’Orano.

EDF assure que cette nouvelle filière sera compétitive. Alors que le cours de l’uranium naturel  remonte à peine de ses plus bas , autour de 27 dollars la livre, « nous avons pris des hypothèses de cours d’uranium très pénalisantes », assure Denis Lépée. Car plus l’uranium naturel sera cher, plus le retraitement sera économiquement pertinent.

Véronique Le Billon (@VLeBillon)

(NDLR : la loi de 2015 indique qu’en 2025, le nucléaire ne devra plus fournir que 50% de l’électricité, donc que les réacteurs de 900 MW qui sont les plus anciens devront être fermés en 2025 au plus tard. Or EDF prévoit de les alimenter en uranium de retraitement à partir de 2023. C’est bien la preuve qu’EDF n’a jamais pensé appliquer la loi et que la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie sera décidée par EDF et non par les citoyens.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0302222447272-edf-relance-une-filiere-de-recyclage-de-son-uranium-use-2203694.php

Sep 09

CORÉE DU NORD: UN DÉFILÉ MILITAIRE POUR LES 70 BOUGIES DU RÉGIME

Une gigantesque parade militaire a été organisée ce dimanche 9 septembre 2018 à Pyongyang pour célébrer les 70 ans de la fondation du régime nord-coréen.

Y étaient invités des représentants de pays alliés, notamment un émissaire chinois, 130 journalistes étrangers et même l’acteur Gérard Depardieu. Cette démonstration d’unité et de force, alors que les négociations sur la dénucléarisation sont dans l’impasse, a soigneusement évité de provoquer Washington et Séoul.

Des milliers de soldats défilant au pas de l’oie, des chars, des pièces d’artillerie, une foule alignée en rang d’oignon qui agite des fleurs… mais pas de missile à moyenne ou longue portée, ni de référence à l’arme nucléaire. Le « dirigeant suprême », qui a assisté à la parade du haut de sa tribune, a évité toute provocation susceptible d’aggraver ses relations avec les États-Unis.

À l’inverse de celui organisé les années précédentes, le défilé avait cette année pour thème le développement économique et l’amélioration des conditions de vie de la population. Selon les spécialistes du régime, la Corée du Nord, ayant déjà obtenu la dissuasion nucléaire, cherche à présent à relancer son économie, frappée de sanctions, et à développer ses relations avec l’extérieur.

Le régime n’a pas changé pour autant : ce défilé reste avant tout une manifestation de force, destinée à renforcer le culte de la personnalité et à afficher « l’unité monolithique » de la population, soudée derrière ses dirigeants. Mais en choisissant la modération, Kim Jong-un laisse la porte ouverte à la poursuite des négociations de dénucléarisation avec Séoul et Washington.

Avec notre correspondant à Séoul,  Frédéric Ojardias, publié le 09-09-2018

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180909-coree-nord-defile-militaire-70-bougies-kim-jong-un

Sep 09

LES LIQUIDATEURS QUI ONT TOUT RISQUÉ POUR TCHERNOBYL

L’effondrement  de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dans le nord de l’Ukraine, le 26 avril 1986, a été une tragédie massive qui a finalement fait au moins 9 000 victimes et touché des millions d’autres. Cela a aussi créé un désordre toxique. Les particules radioactives ont étouffé l’atmosphère et ont plu sur les villes, les forêts et les routes. Immédiatement après, des incendies ont dû être éteints, des débris ont été éliminés, des déchets contaminés ont été enterrés profondément sous terre. 

Fin Avril, Tom Skipp a voyagé à Slavutycch, Ukraine pour rencontrer les « liquidateurs » de Tchernobyl, les hommes et les femmes qui nettoyaient la catastrophe. Ici, plusieurs posent pour une photo de groupe dans un musée local avant une photo du réacteur et une horloge qui ont explosé au moment de la catastrophe.

Ce n’était évidemment pas une tâche facile. Les bulldozers télécommandés et autres robots se sont révélés trop faibles pour le travail, leurs circuits étant grillés par rayonnement. Donc, l’Union soviétique a envoyé des humains – 600 000 d’entre eux. Ces braves pompiers, soldats, concierges et mineurs – les soi-disant « liquidateurs » – ont tout fait pour arroser des rues, abattre des arbres, construire un sarcophage en béton autour du réacteur exposé … raccourcir leur durée de vie.

« Aucun sacrifice personnel n’était trop grand pour ces hommes et ces femmes », a déclaré le photographe Tom Skipp . Emporté par leur histoire, il s’est rendu à Slavutych, en Ukraine, en avril pour photographier les survivants, maintenant dans leur âge d’or. Les portraits constituent sa série obsédante The Liquidators .

« Les liquidateurs ont été envoyés dans des scénarios impossibles où même les machines ont échoué », explique Skipp. « Chacun a une histoire humaine apparemment enchevêtrée dans l’histoire complexe du communisme et du devoir envers la patrie. »

À l’origine, Skipp a voyagé de Londres, où il habite, en Ukraine pour photographier un sujet totalement différent: les personnes qui vendent leurs cheveux pour des extensions. Mais après avoir appris qu’il avait accidentellement réservé son vol à la veille de l’anniversaire de la crise, il a commencé à lire à propos de Tchernobyl et a découvert les liquidateurs. Avant de le savoir, il se trouvait à Slavutych, une ville d’environ 25 000 habitants située à une trentaine de kilomètres de Tchernobyl et construite à la hâte pour accueillir les travailleurs de la centrale nucléaire et d’autres personnes déplacées par l’accident. « C’était la dernière » ville atomique « à être construite avant la dissolution de l’URSS », a déclaré Skipp.

Il a passé deux jours là-bas à rencontrer une douzaine d’anciens agents de nettoyage trouvés avec l’aide d’une société de vétérans locale. Grâce à un traducteur, ils ont partagé leurs histoires. En moyenne, les liquidateurs ont été exposés à 120 millisieverts de rayonnement, soit environ 1200 fois la quantité obtenue avec une simple radiographie. Dans les années qui ont suivi l’effondrement, plus de 4 000  parmi eux, des cancers causés par les rayonnements et 70 000 personnes handicapées suite à une exposition. Néanmoins, les liquidateurs partageaient un sens du devoir inébranlable envers leur gouvernement et leurs concitoyens, même s’ils n’étaient pas d’accord avec le système en place ou qu’il leur était difficile de parler. « Je pense qu’il y a une certaine quantité de peur liée à dénoncer les actes répréhensibles qui ont été commis », dit Skipp. « Beaucoup vivent avec une pension de l’État. »

Skipp a photographié les hommes et les femmes avec son Fujifilm GFX 50 chez eux, ainsi que dans un musée local consacré à l’explication de l’histoire de Tchernobyl et de Slavutych. Beaucoup de portraits les capturent avec fierté mais solennellement devant une image du réacteur détruit et sous une horloge arrêtée au moment exact de la crise – le moment qui définissait leur vie pour toujours.

https://leblogdejeudi.fr/les-liquidateurs-qui-ont-tout-risque-pour-tchernobyl/

Sep 09

DANS LES FAITS, L’IRAN EST EN GUERRE AVEC LES ÉTATS-UNIS, ESTIME ROHANI

Le président iranien a déclaré samedi que dans les faits, l’Iran se trouve en état de guerre avec les États-Unis, après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015.
« La guerre dans laquelle nous nous trouvons est économique et de propagande, et le gouvernement se situe à l’avant-garde de ce conflit », a affirmé M. Rohani lors d’un discours au Shahid Rajai National Festival.

Il a appelé tous les partis politiques iraniens à former un front uni, pour montrer aux États-Unis que l’Iran ne se rendra pas et est prêt à payer le prix de son indépendance.

Les États-Unis se sont retirés en mai de l’accord sur le nucléaire iranien, qui était considéré comme une opportunité d’améliorer les relations entre l’Iran et l’Occident. En août, des sanctions envers la République islamique ont été rétablies. Elles ont largement bloqué les transactions internationales en Iran et ont mis sous pression la monnaie iranienne. En novembre, d’autres sanctions, visant les secteurs financier et de l’énergie, suivront.

« Les dirigeants de la Maison Blanche complotent contre la nation iranienne mais envoient en même temps des médiateurs pour négocier », a poursuivi le président iranien. Tant que les États-Unis continueront d’exercer une pression économique sur l’Iran, les problèmes ne se résoudront pas, a conclu M. Rohani.

https://fr.metrotime.be/2018/09/08/news/dans-les-faits-liran-est-en-guerre-avec-les-etats-unis-estime-rohani/

Sep 09

« SORTIR DU NUCLÉAIRE » EN ACTION SYMBOLIQUE À LANNION

Vous avez peut-être aperçu de drôles de combinaisons blanches et des gens au sol, vendredi soir, place du Marc’hallac’h. Derrière cette action (toute symbolique) : les militants de Sortir du nucléaire.

« Aujourd’hui, il s’agit d’exprimer notre indignation face au cynisme de l’industrie nucléaire. Car au moment où le public demande la fin de cette production d’énergie, on nous parle de 6 nouveaux EPR en France ! » Micro en main, Laurent Lintanf fait face à une soixantaine de militants, qu’il invite à s’allonger par terre, place du Marc’hallac’h, vendredi soir.

Cette action de mort virtuelle a valeur de symbole : « Quand la sirène retentira, ce die-in évoquera les victimes passées et potentielles du nucléaire, civil ou militaire », lance le responsable de Sortir du nucléaire Trégor.

Cette action, « non-violente mais déterminée », donne l’occasion aux militants de lire la lettre ouverte qu’ils ont adressée au député Éric Bothorel (LREM), pour lui exprimer leur « extrême inquiétude suite à la toute récente annonce de la proposition de construction de ces EPR », au moment où celui en construction à Flamanville accumule les défauts et a vu son coût passer de 3 à 11 milliards d’€. Dans ce contexte, « la question qui se pose au gouvernement est non pas de savoir combien de centrales il doit ouvrir mais combien il doit en fermer ! »

Par Ouest-France, publié le 08/09/2018 à 16h34

https://www.ouest-france.fr/bretagne/lannion-22300/sortir-du-nucleaire-en-action-symbolique-lannion-5958117

Sep 08

LA RÉDUCTION DE LA PART DU NUCLÉAIRE POURRAIT ATTENDRE 2035

L’Élysée n’a pas encore rendu tous ses arbitrages, mais la feuille de route énergétique de la Franque pourrait convenir aux souhaits d’EDF

C’est le grand dossier qui attend François de Rugy sur son bureau de nouveau ministre de la transition écologique et solidaire : la feuille de route énergétique de la France pour les cinq prochaines années, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). « Nous serons en mesure de la présenter à la fin du mois d’octobre », a expliqué M. de Rugy sur France Inter, mercredi 5 septembre.

La PPE doit notamment fixer la part de l’atome dans la production d’électricité française et la trajectoire pour descendre à 50 % de nucléaire – contre 75 % aujourd’hui – dans le mix électrique. La loi de transition énergétique, votée sous François Hollande, fixait comme horizon 2025, un objectif auquel Nicolas Hulot et Emmanuel Macron ont rapidement renoncé.

À l’issue du séminaire gouvernemental de rentrée, mercredi, Édouard Philippe a évoqué un « horizon de 2035 » comme nouvel objectif. Si les services de Matignon se sont empressés d’affirmer que rien n’est tranché, plusieurs sources au sein de la majorité ont confirmé au Monde que le texte de la PPE en gestation à l’Élysée pose l’hypothèse d’une baisse de la production nucléaire à 50 % en 2035. Cette date serait satisfaisante pour EDF, qui privilégie un scénario de fermeture de certains réacteurs à partir de 2029. Mais elle sera certainement perçue comme trop lointaine par les écologistes et les associations antinucléaires.

En contrepartie, le texte pourrait donner de manière précise le nombre de réacteurs à fermer – peut-être même en donnant une liste indicative de centrales prioritaires. Mais le sujet fait débat à l’Élysée, car l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ne rendra pas d’avis générique sur l’ensemble des réacteurs avant 2021. Or c’est précisément sur cet avis que l’exécutif compte s’appuyer pour arrêter les réacteurs jugés les moins sûrs. Une exception : les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin) que le gouvernement s’est déjà engagé à fermer ne figureront pas sur la liste.

Arrêter 2 à 3 réacteurs par an

Politiquement, le sujet est explosif : pour arriver à cet objectif en 2035, il faudrait arrêter 2 à 3 réacteurs par an entre 2029 et 2035, selon les scénarios d’EDF. Une perspective qui aura des conséquences économiques et en termes d’emploi pour les territoires concernés.

Mais un tel scénario n’a de sens que si la PPE établit de manière claire ce qui doit se passer d’ici là. « La date n’impose pas un rythme », explique Michel Colombier, président du comité d’experts pour la transition énergétique. « Un scénario qui consiste à dire qu’on va fermer plusieurs réacteurs très rapidement ne serait pas très sincère et politiquement infaisable »

Le diable sera donc dans les détails : comment concilier une fermeture progressive de certains réacteurs et développer en même temps les énergies renouvelables ? Et comment convaincre EDF de jouer le jeu, alors que le groupe public n’a aucune obligation de fermer un réacteur ?

La question de la construction de nouveaux réacteurs EPR semble, elle, temporairement réglée : elle ne devrait pas figurer dans la PPE. « La sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé avant de prendre des décisions », a expliqué le ministre de l’économie Bruno Le Maire, jeudi, après la démission de Nicolas Hulot.

Une décision qui pourrait compliquer la tâche de la filière nucléaire, qui est dans l’attente d’un signal politique fort pour engager la construction de nouveaux réacteurs. Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, résumait lui-même la situation il y a quelques mois à l’Assemblée nationale en expliquant : « Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler. »

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/08/la-reduction-de-la-part-du-nucleaire-pourrait-attendre-2035_5352132_3234.html

Sep 08

NUCLÉAIRE : DANS LES COULISSES DE LA BATAILLE ENTRE HULOT ET EDF

Ces derniers mois, la tension était à son comble entre le groupe public et son ministre de tutelle. Au cœur du conflit : le futur de la filière nucléaire française

La scène se passe dans le froid de janvier à Juillé, dans la Sarthe. Nicolas Hulot vient de grimper en haut du mât d’une éolienne, harnaché comme il pouvait l’être dans l’émission Ushuaïa, sur TF1. Une première pour un ministre de l’environnement en exercice.

Dans le train du retour, le ministre se satisfait des mesures du gouvernement qui encouragent le développement des énergies renouvelables. Surtout, il se sent d’attaque pour engager la bataille avec EDF sur la baisse du nucléaire. « Depuis que je suis là, ils ont compris qu’il fallait mieux le faire ensemble, ils ont compris que ce n’était pas négociable », explique au Monde le ministre. Arrivé à Paris, sur le quai de la gare Montparnasse, il résume : « Il faut bien comprendre que si je n’étais pas là, on serait repartis pour la construction de deux EPR. »

Hulot parti, les réacteurs nucléaires auront-ils la voie libre ? C’est en tout cas le premier dossier qui attend sur son bureau François de Rugy, nommé mardi ministre de la transition écologique et solidaire, et connu pour son engagement antinucléaire

Bataille à bas bruit

C’est une bataille à bas bruit qui s’est déroulée pendant un an entre Nicolas Hulot et EDF, entreprise dont il avait la tutelle. D’un côté, un ministre qui n’a pas toujours été antinucléaire, mais qui a acquis la conviction ces dernières années que cette énergie n’avait pas d’avenir. De l’autre, la direction d’EDF, Bercy et l’ensemble de la filière nucléaire française – ses 220 000 salariés, ses ingénieurs et son poids au cœur même de l’État –, persuadés que le nucléaire reste une chance pour la France.

Entre les deux, Emmanuel Macron, partisan de longue date du nucléaire, mais qui maintient sur ce sujet une politique du « en même temps », qui lui a longtemps permis de ménager des soutiens chez les partisans et les opposants à l’atome.

Deux questions sont rapidement au centre de ce pas de deux : comment parvenir à diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 % à 50 % ? Et faut-il lancer en France la construction de nouveaux réacteurs pour remplacer à terme le parc actuel ? La réponse dépend d’un élément essentiel : la consommation d’électricité va-t-elle augmenter dans les prochaines années, comme le défend EDF, ou va-t-elle continuer à stagner ?

En novembre 2017, la filière nucléaire se réjouit d’avoir remporté la première manche. À la sortie du conseil des ministres, un Nicolas Hulot livide annonce que la France renonce à l’horizon de 2025, inscrit dans la loi, pour réduire la part du nucléaire. « Il a compris que c’était impossible, c’est un retour à la réalité », se réjouit alors un dirigeant du secteur. Du côté des associations écologistes, on s’étrangle. Pourquoi renoncer à cet objectif sans avoir fixé de nouvelle trajectoire, ni même de nouvelle date ? « C’est un signal désastreux », déplore alors Cyrille Cormier, de Greenpeace, pour qui « reporter cette date équivaut pour Hulot à créer une machine à perdre ses arbitrages sur le sujet ».

Désaveu

En réalité cette décision lui est imposée par Matignon et l’Élysée. « Sur le moment, il l’a très mal vécu », confirme un conseiller ministériel. Malgré tout, Nicolas Hulot reste confiant : l’année 2018 doit être consacrée à écrire noir sur blanc la feuille de route énergétique de la France pour les cinq prochaines années, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

Dans les premiers mois de l’année, le ministre formule les choses clairement : « Il faudra dans la PPE avoir un calendrier précis, avec les noms des réacteurs qui vont fermer », explique-t-il en janvier. La députée (La République en marche, LRM) de la Somme Barbara Pompili, qui lance opportunément une commission d’enquête parlementaire sur le nucléaire, avertit, quelques semaines plus tard : « Ne pas préciser ce qu’on va fermer, ce serait repousser et ne pas prendre de décision. Ce n’est pas l’état d’esprit du président de la République. »

Ces sorties répétées commencent à échauffer sérieusement les oreilles des dirigeants d’EDF. Pour eux, les choses sont claires : il n’y a aucune raison – ni économique, ni énergétique – de fermer des réacteurs qui pourraient encore fonctionner dix ans, voire vingt ans pour certains. Fin janvier, lors d’un déjeuner avec des journalistes, le directeur adjoint du parc nucléaire d’EDF détaille doctement le plan du groupe public : ne fermer aucun réacteur avant 2029, sauf avis contraire de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). La direction d’EDF aura beau se justifier, difficile de ne pas y voir un désaveu pour Nicolas Hulot, pourtant autorité de tutelle de l’électricien public.

Certains écologistes dans la majorité s’agacent de plus en plus ouvertement de l’attitude d’EDF dans le débat. Au premier rang desquels… un certain François de Rugy. « Ce n’est plus EDF qui fait la politique de l’énergie en France », répète le président de l’Assemblée, ancien d’Europe-Écologie.

Deux lectures antagonistes

Le ministre Hulot, qui n’est lui-même pas client d’EDF, ne cache pas son agacement face à « la machine pro-nucléaire » au cœur même de l’État. Facétieux, il caresse même à un moment l’idée de résilier le contrat d’électricité du ministère pour le basculer chez le grand rival Engie (ex-GDF Suez).

La tension monte lorsqu’EDF remet son texte de participation à la PPE. Le groupe public admet que la part du nucléaire doit diminuer mais plaide surtout pour que l’État s’engage rapidement sur la construction d’un deuxième réacteur EPR.

L’EPR ? Depuis son lancement, ce réacteur de troisième génération, présenté comme un modèle d’ingénierie, s’est embourbé dans ses difficultés. Il en est venu à symboliser toutes les difficultés du nucléaire français. Le chantier débuté en 2007 à Flamanville (Manche) devait coûter 3 milliards d’euros et le réacteur être opérationnel en 2012. Le premier est aujourd’hui évalué à 11 milliards d’euros et le second ne sera pas raccordé au réseau avant la mi-2020, au mieux.

Là aussi, deux lectures antagonistes se confrontent : au ministère de la transition écologique et solidaire, on y voit la preuve que le nucléaire est une énergie du passé. Au printemps, Nicolas Hulot multiplie les attaques publiques sur le nucléaire, une énergie « qui a entraîné EDF dans une dérive ». « On voit bien qu’économiquement, il y a une espèce de règle d’or qui est en train de s’imposer dans cette filière, c’est qu’en réalité, on ne tient jamais nos promesses », explique-t-il fin juin.

Mais dans le même temps, le ministre cosigne avec Bercy une lettre de mission pour un rapport sur la filière nucléaire française, confié à deux hauts fonctionnaires, dont l’un est conseiller du PDG d’EDF. Remis en juillet, le rapport recommande, selon Les Échos, la construction de six EPR en France pour maintenir le savoir-faire français dans ce domaine. Pourquoi le ministre a-t-il accepté ce cadre ? « C’est complètement con. C’est comme demander au pape un rapport sur le Christ. Hulot savait très bien ce qu’il y aurait dedans », peste un cadre de la majorité, qui y voit une forme de négligence.

« Hulot n’était jamais disponible pour EDF »

Pourtant, même EDF ne défend pas ouvertement une option aussi radicale. La filière nucléaire serait déjà ravie de décrocher l’engagement de l’État de construire un deuxième réacteur. « C’est sûr que si Flamanville fonctionnait, ce serait plus facile de défendre cette position », se désole un haut dirigeant d’EDF, qui espère néanmoins : « Il faut que la PPE écrive noir sur blanc la construction d’un nouvel EPR. C’est essentiel pour le maintien de la filière. »

La crainte d’EDF ? Que le gouvernement repousse cette décision à plus tard et que les compétences réapprises dans la douleur pour construire Flamanville soient de nouveau perdues.

Au siège du groupe, avenue de Wagram, pendant des mois, on se garde bien de commenter les déclarations de Nicolas Hulot. Mais l’agacement est à son comble. Le ministre met plusieurs mois avant de rencontrer le patron d’EDF pour la première fois. « Jean-Bernard Lévy en avait vraiment ras-le-bol », explique une source bien informée, qui ajoute : « Hulot n’était jamais joignable, jamais disponible pour EDF. Par contre, Total a obtenu facilement sa raffinerie d’huile de palme à La Mède. »

En privé, le PDG d’EDF ne mâche pas ses mots contre certains députés de la majorité. Surtout, la direction du groupe soupçonne Nicolas Hulot et ses soutiens de faire campagne pour démanteler le groupe public. Depuis des mois, une rumeur de séparation d’EDF en plusieurs entités court, alimentée par des notes de banquiers.

Quelques mois après son arrivée au ministère, le ministre avait d’ailleurs évoqué une réflexion sur l’« architecture » d’EDF dans un entretien au Financial Times. Une version immédiatement démentie par Matignon, qui assure qu’il s’agit d’une erreur de traduction. Avant de passer un savon au cabinet du ministre de l’écologie.

Intense campagne de lobbying

De fait, l’affrontement entre EDF et Nicolas Hulot ne s’est pas produit directement. « C’est plutôt Bercy qui portait la voix d’EDF », explique une source ministérielle, agacée. « Hulot, il s’est contenté de faire des déclarations dans les médias mais n’a jamais pris le sujet de face. Il pensait que son aura serait suffisante ». D’ailleurs, le ministre n’a pas fait un seul déplacement sur le sujet, laissant son secrétaire d’État, Sébastien Lecornu, se rendre à Bure, Fessenheim ou Flamanville.

Parallèlement, EDF mène une intense campagne de lobbying dans les arcanes d’un ministère qu’il connaît bien, et avec l’aide de plusieurs élus très favorables au nucléaire. « La machine EDF a fait son boulot de manière implacable », confie un haut dirigeant du secteur.

Le groupe a ainsi poussé pour que la stratégie nationale bas carbone (SNBC), un document de référence qui doit définir les orientations de la France jusqu’en 2050, devienne un plaidoyer discret en faveur du nucléaire. Selon des documents internes que Le Monde a pu consulter, les services du ministère ont dessiné un futur énergétique français dans lequel la consommation d’électricité augmente considérablement à partir de 2030, alors que d’autres sources d’énergie – notamment le gaz – disparaissent complètement du mix.

La conclusion est assez logique : « Cela nécessiterait un parc nucléaire conséquent, avec à l’horizon 2050 de nouveaux réacteurs pour remplacer le parc actuel », détaille le scénario présenté ces derniers mois par les services du ministère. « Ce scénario a été fait pour justifier implicitement une part importante de nucléaire et satisfaire les intérêts patrimoniaux de l’État, propriétaire d’EDF », déplore un dirigeant d’une entreprise du secteur.

La filière nucléaire a-t-elle pour autant gagné la bataille ? « La volonté d’élargir le mix électrique est toujours bien présente », assure Arnaud Leroy, président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et l’un des dirigeants du parti présidentiel, qui cite notamment la volonté de développer de manière importante le gaz renouvelable. « Le prochain ministre va partir avec le boulet EDF aux pieds. Il faut des annonces très vite sur le nucléaire, sinon on va se faire laminer », prévient une source dans la majorité. Message transmis à l’intéressé.

Par Nabil Wakim, LE MONDE le 08.09.2018 à 06h35 |

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/08/nucleaire-dans-les-coulisses-de-la-bataille-entre-hulot-et-edf_5352068_3234.html?

Sep 08

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’ONU PLAIDE POUR UNE INTERDICTION DES ESSAIS NUCLÉAIRES « JURIDIQUEMENT CONTRAIGNANTE »

New York, États-Unis, 7 septembre  (Infosplusgabon) –  À l’occasion de la célébration annuelle de la Journée internationale contre les essais nucléaires, le 29 août dernier, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné le « lien indissociable » entre les essais et l’élimination des armes nucléaires dans le monde.

« Le mois dernier, j’ai visité le Japon et rencontré des survivants de l’attaque à la bombe atomique sur Nagasaki« , a déclaré M. Guterres, lors d’une réunion de haut niveau, à New York, commémorant la Journée.

« Grâce aux témoignages des survivants, les Hibakusha, on nous rappelle la nécessité de veiller à ce que les armes nucléaires ne soient plus jamais utilisées« , a indiqué M. Guterres, qui a également souligné la nécessité de « se souvenir des victimes de l’ère désastreuse des essais nucléaires à grande échelle« , selon un communiqué de l’ONU.

« Plus de 2 000 essais nucléaires ont touché des personnes et des communautés dans de nombreuses régions, des habitants de Semipalatinsk et de la steppe du Kazakhstan aux habitants du Pacifique Sud et au peuple Maralinga Tjarutja d’Australie méridionale« , a-t-il indiqué, ajoutant que « certaines des communautés les plus vulnérables du monde se trouvaient dans certaines des régions les plus fragiles de la planète« .

De plus, le Secrétaire général de l’ONU a souligné que les essais nucléaires ont inévitablement un « impact catastrophique » sur l’environnement, la santé humaine, la sécurité alimentaire et le développement économique.

« C’est pourquoi nous devrions tous nous féliciter de la norme sévère contre les essais nucléaires qui s’est développée depuis la fin de la guerre froide, notamment grâce aux moratoires volontaires mis en place par la plupart des États dotés d’armes nucléaires« , a-t-il souligné.

Depuis le début du siècle, seule la République populaire démocratique de Corée a enfreint cette norme, ce qui a conduit à la condamnation du Conseil de sécurité et à l’imposition répétée de sanctions.

« Ce que ces tests ont montré, c’est qu’aucune mesure ad hoc ne peut remplacer une interdiction globale et juridiquement contraignante des essais nucléaires« , a souligné M. Guterres.

« Tous les efforts doivent être faits pour que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires entre en vigueur immédiatement« , a-t-il poursuivi.

« Comme je l’ai indiqué dans mon programme de désarmement « Assurer notre avenir commun », le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires joue un rôle essentiel dans le régime de désarmement et de non-prolifération nucléaires« , a indiqué le Secrétaire général de l’ONU.

En limitant le développement et l’amélioration qualitative des armes nucléaires, le Traité freine la course aux armements nucléaires et constitue une barrière contre les États qui pourraient chercher à développer, fabriquer et utiliser des armes nucléaires acquises en violation de leurs engagements de non-prolifération.

« Pourtant, a-t-il déploré, plus de 20 ans après sa négociation, le Traité doit encore entrer en vigueur. L’incapacité à le faire empêche sa mise en œuvre intégrale et sape sa permanence dans l’architecture de sécurité internationale« , a-t-il déploré.

Bien que plus de 180 pays aient signé le Traité et l’ont essentiellement ratifié, il ne peut entrer en vigueur qu’après avoir été ratifié par huit pays dotés de capacités nucléaires: Chine, Égypte, Inde, Iran, Israël, Corée du Nord, Pakistan et États Unis.

À la tribune, le président de l’Assemblée générale, Miroslav Lajčák, a expliqué comment les essais nucléaires exacerbaient les tensions.

« Ils créent des ouvertures pour les erreurs de calcul politiques. Et ils nous rapprochent du bord du gouffre« , a-t-il affirmé, indiquant que la réunion au siège de l’ONU était « vitale pour notre planète et pour l’humanité« .

S’agissant du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN), il a déploré le fait qu’il ne soit pas encore actif.

« Nous avons besoin d’un système juridiquement contraignant; nous avons besoin d’un mécanisme de vérification clair; il faut que le TICEN entre en vigueur« , a-t-il estimé, exhortant les huit États à le ratifier « toute urgence« .

Il a déclaré qu’il espérait voir une action de désarmement « tangible » dans la péninsule coréenne, notant que « la vérification est cruciale pour le progrès« .

FIN/INFOSPLUSGABON/TYG/GABON 2018, le 7 septembre

http://www.infosplusgabon.com/index.php/actualites/submenu-1/15791-2018-09-07-16-34-15

Sep 08

LA FRANCE S’ACCROCHE À SA BOMBE, MALGRÉ LE TRAITÉ DE L’ONU CONTRE L’ARME ATOMIQUE.

La loi de programmation militaire, adoptée en juin dernier, prévoit d’investir un budget de 37 milliards d’euros jusqu’en 2025 afin de moderniser l’arsenal nucléaire français. Une augmentation substantielle de moyens alors que, depuis plus de quarante ans, aucun débat public autour de la doctrine et des coûts de ces armes de la terreur n’a jamais été véritablement ouvert aux citoyens.

Érigée en dogme dans les années 1960, la dissuasion nucléaire est censée constituer l’assurance-vie de la nation et la clé de voûte de la Défense.

La bombe atomique conçue pour ne pas être utilisée garantirait à la France son indépendance et sa sécurité. Des assertions dont la pertinence mérite tout le moins d’être discutée, voire remise en cause comme le montrent des experts interrogés pour La Chronique.

Un traité d’interdiction de l’arme atomique devrait entrer en vigueur en 2019. Soutenu par un réseau d’ONG récompensé par le prix Nobel de la paix et voté le 7 juillet 2017 par 122 États membres de l’Onu, ce texte historique est boudé par les puissances nucléaires, dont la France.

Pourtant, un récent sondage montre qu’une majorité de l’opinion publique française est favorable à ce traité.

Motus et bouches cousues

L’exécutif reste arc-bouté sur l’illusion de sécurité offerte par les armes nucléaires. Officiellement, bien sûr, la France pratique, en matière de nucléaire militaire, une admirable « transparence ». Le mot revient régulièrement dans les communiqués officiels expliquant que notre pays donne au monde « l’exemple dans ce domaine ».

Le ministère de la Défense organise même des visites guidées présentées comme autant de gages de cette bonne volonté.

En 2015, par exemple, des représentants de pays membres de la Conférence du désarmement et d’organisations internationales ont été invités à arpenter d’anciens dépôts de munitions atomiques, ainsi que la base de Luxeuil-Saint-Sauveur, qui était jusqu’en 2011 un site nucléaire. Pourtant, derrière cet affichage, l’opacité et une bonne dose ­d’hypocrisie continuent de régner.

Le gouvernement français se prévaut ainsi, à grand bruit, de ce que sa « doctrine » de dissuasion nucléaire « est régulièrement exposée publiquement », et ce n’est pas complètement faux. Mais ce triomphalisme occulte le fait que ce dogme, éminemment contestable, ne fait l’objet d’aucune discussion.

Jean-Marie Collin, vice-président de l’association Initiatives pour le désarmement nucléaire (IDN), pointe l’absence récurrente de débat, y compris lors des échanges parlementaires précédant l’adoption de la loi de programmation militaire (LPM) pour les années 2019 à 2025, qui intègre une très coûteuse modernisation de l’arsenal atomique français.

Des cercles décisionnaires trop restreints

Le 11 mai 2018, la sénatrice Hélène Conway-Mouret (PS) propose un amendement à cette loi, dont l’adoption, relève-t-elle, aura pour effet de « pratiquement doubler » en sept ans « les dépenses » dédiées au nucléaire militaire, passant « d’une moyenne annuelle de 3,2 milliards entre 2014 et 2019 » à une moyenne de « 5 milliards entre 2019 et 2023 », pour « approcher les sept milliards » par an après 2023.

La sénatrice constate également que « ces dépenses sont contraintes et dépassent en volume le budget de nombreuses politiques publiques ». Or, la décision d’investir ces sommes colossales – en tout, 37 milliards d’euros – « a été prise dans des cercles trop restreints », estime Hélène Conway-Mouret, qui demande donc – c’est l’objet de son amendement – « un grand débat national afin que les citoyens s’approprient cette décision qui engage un investissement non-négligeable ».

Douze jours plus tard, le 23 mai, le sénateur Christian Cambon (LR), rapporteur de la LPM, lui fait cette réponse, quelque peu condescendante : « Sur le fond, un débat national, c’est quelque chose de très compliqué et de très lourd à organiser. Pour notre part, au sein de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, nous avons des rendez-vous qui nous attendent. Ils concernent la dissuasion nucléaire dans le cadre du lancement de la rénovation de la force nucléaire et de ses deux composantes. À cette occasion, nous pourrons, bien sûr, en débattre ».

Puis d’ajouter : « Par ailleurs, un an après la campagne pour l’élection présidentielle, au cours de laquelle ce sujet a été abordé, j’ai le sentiment que le débat a été tranché. Il ne me paraît pas forcément judicieux de le relancer, au risque de mettre ainsi à nouveau en lumière toutes les oppositions sur le sujet et de donner la parole à tous ceux qui souhaitent se manifester contre le nucléaire d’une manière générale ».

La dissuasion nucléaire érigée en dogme

Forte de cette fin de non-recevoir, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, demande alors le retrait de l’amendement d’Hélène Conway-Mouret qui sera effectivement rejeté. Une fois de plus, le débat a été éludé.

Cela n’a rien de surprenant : ces escamotages durent depuis que la France s’est dotée, en 1960, de la bombe atomique de sorte qu’il n’est toujours pas question, soixante-dix ans plus tard, d’interroger la doctrine selon laquelle la possession de cette arme terrifiante garantirait tout à la fois son indépendance et sa sécurité.

Une double affirmation pour le moins discutable.

D’une part, la France est loin d’être aussi complètement indépendante que ne le soutiennent les gardiens du temple atomique. Dès l’origine, comme le rappelle l’association IDN3, les Américains lui ont fourni « la matière première (440 kilos d’uranium enrichi) » nécessaire à la mise au point des « réacteurs qui ont équipé l’ensemble » de ses « sous-marins à propulsion nucléaire ».

Sans ce concours, le développement de ces matériels aurait été infiniment plus long et difficile. Beaucoup plus récemment, la France a dû faire appel à la Grande-Bretagne pour continuer à développer son armement atomique – et renoncer, par conséquent, à l’exclusivité de cette maîtrise industrielle : les deux pays travaillent ensemble, depuis la signature, le 2 novembre 2010, de l’accord de Lancaster House, à l’amélioration de leurs « têtes nucléaires et des équipements associés, afin d’en assurer la viabilité, la sécurité et la sûreté à long terme ».

Dans les faits, donc, et de longue date, « l’indépendance n’est plus qu’un mythe, que les partisans de la bombe tentent de sauvegarder par tous les moyens », y compris certains arguments spécieux.

Le politologue Bruno Tertrais, directeur adjoint d’une fondation spécialisée dans la recherche stratégique, soutient par exemple que cette « coopération (…) avec la Grande-Bretagne », loin de percuter « la notion d’indépendance nationale dans le domaine nucléaire », lui donne plutôt « un nouveau sens ».

Un consensus supposé, jamais vérifié

D’autre part, explique Patrice Bouveret, co-fondateur et directeur de l’Observatoire des armements, la notion même de « dissuasion nucléaire » – que Bruno Tertrais, tient quant à lui, comme la plupart des experts autorisés, pour un « mal nécessaire » – constitue « un abus de langage ». Voire « une escroquerie intellectuelle », dont l’usage relève d’une forme de « pensée magique ».

Car, souligne-t-il, rien ne démontre au fond son efficacité : « L’Histoire est ponctuée d’épisodes où cette stratégie n’a pas fonctionné. En 1983, par exemple, l’Argentine savait parfaitement que le Royaume-Uni possédait la bombe atomique : cela ne l’a nullement dissuadée d’occuper les Malouines ».

De fait, la possession de gigantesques arsenaux nucléaires n’a pas empêché les deux principales puissances atomiques de la planète – les États-Unis et la Russie – de perdre des guerres en Corée, au Vietnam ou en Afghanistan.

Comble d’absurdité, « la doctrine de la dissuasion nucléaire », observe la physicienne Venance Journé dans un ouvrage collectif paru en 2017 , « repose sur le paradoxe qu’on ne peut prouver sa pertinence, parce que cela conduirait », en cas de riposte massive d’un ennemi doté lui aussi d’un arsenal atomique, « à anéantir le pays qu’elle est censée protéger ». Les armes nucléaires sont, rappelle aussi Venance Journé, « des armes de terreur », qui « tuent massivement en un temps très court », et contre lesquelles « il n’y a aucune protection ».

Par conséquent la seule possession de ces bombes susceptibles de décimer « des populations entières, donc principalement des civils » est, par elle-même, « moralement répréhensible, puisque l’intention » de les utiliser est « nécessaire » à leur « éventuel effet dissuasif ».

Les Français ne s’y trompent pas : selon un sondage Ifop publié par La Croix le 4 juillet dernier, ils sont aujourd’hui 56 % à se déclarer « défavorables à ce que la France renouvelle et modernise ses armes atomiques », et 67 % à souhaiter qu’elle ratifie le traité d’interdiction des armes nucléaires.

Leurs représentants restent cependant obstinément sourds à de tels messages. Comme l’a répété Paul Quilès devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale le 18 janvier dernier, « il n’y a pas de vrai débat en France sur la pertinence à la fois stratégique, économique, éthique de la dissuasion nucléaire, en raison de l’affirmation d’un consensus… Qui n’a jamais été vérifié ».

L’ancien ministre socialiste, qui préside aujourd’hui l’association IDN, ajoutait, avec peut-être une pointe d’accablement : « Le Parlement n’a pas véritablement exercé son rôle de contrôle de décisions gouvernementales qu’il jugeait trop techniques ». Et « les organisations de la société civile remettant en question la doctrine officielle n’ont pas vraiment eu voix au chapitre ».

Cinq jours plus tard, et comme par un fait exprès, Emmanuel Macron, président de la République, déclarait, le 23 janvier 2018, dans le cours de ses vœux aux armées : « La dissuasion fait partie de notre histoire, de notre stratégie de défense et elle le restera. Je suis persuadé que la pertinence de notre modèle de dissuasion, basé sur la stricte suffisance, demeure. C’est lui qui nous permet de conserver notre autonomie stratégique et notre liberté d’action en toutes circonstances, dans un contexte international qui n’autorise aucune faiblesse ».

De vrai débat, décidément, il n’est toujours pas question.

Sébastien Fontenelle pour La Chronique d’Amnesty International France

https://www.amnesty.fr/controle-des-armes/actualites/nucleaire–le-debat-interdit

Sep 08

LE SAINT-SIÈGE RAPPELLE SON SOUTIEN À L’ABOLITION DES ARMES NUCLÉAIRES

Ce jeudi, à l’occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, l’observateur permanent du Saint-Siège à l’Onu, Mgr Bernardito Auza, a demandé que le monde soit libéré du spectre de la guerre nucléaire. Il demande en outre aux États de ratifier le Traité sur le désarmement, qui ne représente pas seulement un engagement juridique mais aussi moral pour le bien de l’humanité.

Roberto Piermarini – Cité du Vatican

Le Saint-Siège milite pour une interdiction totale des armes nucléaires depuis les débuts de l’ère nucléaire, a rappelé Mgr Auza lors d’une session de l’Onu. En février 1943, deux ans et demi avant le “Trinity test”, le premier essai nucléaire mené par l’armée américaine en 1945, le Pape Pie XII avait déjà exprimé sa profonde préoccupation face à l’usage violent de l’énergie atomique. Après Hiroshima et Nagasaki, en remarquant les conséquences totalement incontrôlables des armes nucléaires, Pie XII a demandé l’interdiction effective de la bombe atomique.

Soutenir les initiatives pour un monde libéré des armes nucléaires

Le Saint-Siège fait écho au cri de l’humanité voulant être libérée du spectre de la guerre nucléaire, et il soutient donc activement toutes les initiatives qui contribuent à un monde libéré des armes nucléaires. «Interdire les essais nucléaires est un grand pas vers cet objectif», a expliqué Mgr Auza, saluant le fait de que l’Onu consacre une journée à ce thème. Le Saint-Siège continue à souhaiter la rapide entrée en vigueur du Traité CTBT (Comprehensive Nuclear Test-Ban-Treaty), a-t-il expliqué.

Surmonter les obstacles pour la mise en œuvre du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires

Quand en 2003 s’est réunie la conférence pour l’entrée en vigueur du Traité pour l’interdiction totale des expérimentations nucléaires, 168 États l’avaient signé et 104 États avaient ratifié le Traité. Aujourd’hui, 183 États ont signé et 166 ont ratifié. «Ces nombres démontrent que la grande majorité des États veut que le Traité entre en vigueur pour mettre fin aux essais nucléaires. L’entrée en vigueur du CTBT serait un pas significatif vers un monde sans armes nucléaires. Et pourtant ce pas est entravé par le manque d’universalité. Le Saint-Siège ajoute donc sa voix à l’appel aux États dont la ratification est nécessaire pour l’entrée en vigueur du Traité. 22 années se sont écoulée depuis que le Traité a été ouvert à la signature et à la ratification.»

Traité sur le désarmement : des obligations morales basées sur la confiance entre États

L’entrée en vigueur du CTBT peut advenir seulement s’il existe une confiance réciproque, surtout entre les États dont la ratification est nécessaire pour l’entrée en vigueur du Traité, a expliqué Mgr Auza. «Les traités sur le désarmement ne sont pas seulement des obligations juridiques, mais aussi des engagements moraux basés sur la confiance entre États, et enracinés dans la confiance que les citoyens placent dans leurs gouvernements. Tous doivent contribuer à construire et à consolider la confiance nécessaire pour un monde libéré des armes nucléaires. L’entrée en vigueur du CTBT, a conclu le diplomate pontifical, sera une pierre angulaire de la confiance réciproque dont nous avons besoin.»

Les pays possédant la bombe atomique bloquent la ratification du Traité

Le 7 juillet 2017, l’Assemblée des Nations Unies avait adopté à une très large majorité le “Nuclear Ban”, un Traité mettant hors la loi toutes les armes nucléaires, ce qui implique à la fois la destruction des têtes nucléaires existantes (détenues par les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord), et le renoncement au développement de nouveaux systèmes d’armes nucléaires. Le texte du Traité avait été approuvé par 122 votes favorables contre seulement un vote contre (les Pays-Bas) et une abstention (Singapour), les puissances nucléaires n’ayant pas pris part à la réunion. Bien que l’OTAN et les pays détenteurs de la bombe s’y opposent, ce Traité existe et donne une base juridique pour un monde libéré de la menace nucléaire.

https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2018-09/saint-siege-interdiction-armes-nucleaires.html

Sep 07

LA CENTRALE DU TRICASTIN DOIT-ELLE FERMER APRÈS SES 40 ANS D’EXPLOITATION ?

Nous n’aurons de cesse à le redire : Les politiques économiques menés par toutes les entreprises de la sous-traitance deviennent DANGEREUSES pour tous ! Désormais sur le terrain, les méthodes employées par les managers ne reposent plus sur la confiance partagée d’atteintes des objectifs.

Ce Lean Management imposé à tous est inadapté. Il entraine la perte de repère de ceux qui réalisent les interventions et met de fait en grande difficulté, de stress et fatigue supplémentaires l’ensemble des opérateurs au quotidien.

Cela doit cesser ! Nous continuerons de dénoncer la banalisation des risques pour tous qu’engendre cette filière en l’état. Cela permettra aussi à tous de savoir qui est avec nous pour stopper ce dumping social = LOW-COST   

« Elle doit fermer » estime Alain Volle, ancien responsable local d’EELV »

Alors que s’approche la visite de contrôle des 40 ans du réacteur no 1 du CNPE du Tricastin, notre contributeur Alain Volle, dont la fibre verte est bien connue, s’inquiète du danger qui résulterait selon lui d’une prolongation de 10 ans de l’exploitation de chacun des réacteurs de ce site. Sa contribution au débat à lire ci-dessous.

Les quatre réacteurs de la centrale du Tricastin auront 40 ans en 2020 et la visite décennale prévue par l’ASN à partir de juin 2019 décidera de leur prolongation en activité jusqu’à 50 ans.

Une centrale périmée et dangereuse

Or ces vieux réacteurs présentent des risques spécifiques liés au vieillissement des installations. La centrale du Tricastin a également des problèmes de sûreté avec la digue qui du canal de refroidissement, de sécurité avec les piscines de refroidissement des combustibles usagés non protégées, avec des rejets nocifs au quotidien et, plus grave encore, de fissures sur la cuve du réacteur N°1 – qui ne peut en aucun cas être remplacée.

Malgré tout EDF est bien décidée à la prolonger jusqu’à 50, voire 60 ans ; en difficulté financière avec une dette qui a quasiment triplé en dix ans, un excédent brut d’exploitation au plus bas depuis 2006 et un mur d’investissements à venir de près de 160 milliards d’euros sur dix ans, l’entreprise s’entête dans une stratégie irresponsable: prolonger le plus possible ses vieux réacteurs nucléaires qui sont profitables car largement amortis en faisant fi des dangers potentiels.

D’autant que l’EPR qui devait prendre le relais s’avère être un gouffre financier (coût multiplié par 3 : de 3,5 Milliards à 10 milliards d’euros) et accumule retards et malfaçons.

Alors que le ministre de la Transition écologique et solidaire a annoncé début novembre 2017 que l’objectif du gouvernement était de « réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% à l’horizon 2025 » et donc « d’envisager la fermeture d’un certain nombre de réacteurs », EDF affiche clairement qu’elle n’envisage aucune fermeture avant 2039 à l’exception de Fessenheim, se comportant comme un état dans l’État.
Lors de sa récente visite à Tricastin début juin, Jean- Bernard LEVY, le PDG d’EDF a d’ailleurs déclaré: « Nous avons l’intention de demander à l’ASN l’autorisation d’exploiter chacun des réacteurs de la centrale pendant dix années supplémentaires. La stratégie votée par le conseil d’administration d’EDF est la prolongation de l’ensemble du parc nucléaire français jusqu’à 50 ans. »

Le Grand carénage ou le Grand carnage ?

Le vieillissement physique des réacteurs se traduit essentiellement par deux tendances:
➤une augmentation progressive du nombre d’incidents ou d’événements significatifs tels que fissures, fuites, court circuits, etc.
➤un affaiblissement croissant des matériaux pouvant déclencher des situations accidentelles ou aggraver leurs conséquences.

Ces phénomènes réduisent réellement le niveau de sureté des réacteurs et les mesures correctrices sont limitées.
Pour préparer la prolongation de ses centrales en tentant une rénovation intégrant les nouvelles normes de sûreté post Fukushima, EDF lance un projet pharaonique baptisé « Grand Carénage », avec un budget annoncé de 55 milliards d’euros d’ici 2025 (la Cour des Comptes parle de 100 milliards d’euros) et le premier chantier sera celui du Tricastin.
La centrale du Tricastin sera en effet la première en France à présenter un dossier à l’approbation de l’Autorité de sûreté nucléaire pour prolonger la durée d’exploitation du réacteur N°1 au-delà de quarante ans. La visite qui le concerne débutera en juin 2019.
Ce grand carénage soulève pourtant la question des moyens, techniques et financiers, dont dispose l’électricien national. « Nous constatons qu’EDF rencontre toujours des difficultés pour gérer ses arrêts de tranche »(1), signale Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Alors même que ces travaux sont sans commune mesure avec ceux prévus dans ce cadre du grand carénage.

Lors de la CLIGEET(2) qui s’est tenue le 4 juillet dernier, EDF a présenté le calendrier suivant:
➤2019 visite décennale réacteur N°1 (début en juin)
➤2021 visite décennale réacteur N°2
➤2022 visite décennale réacteur N°3
➤2024 visite décennale réacteur N°4
Avec un budget de 3,2 milliards d’euros sur 10 ans (2018-2028).

L’avenir énergétique, ce sont les renouvelables

Cette fuite en avant, cet acharnement d’EDF à promouvoir l’énergie nucléaire, dangereuse pour les humains et leur environnement, qui produit des déchets toxiques dont on ne sait que faire et de moins en moins compétitive par rapport aux énergies solaire et éolienne doivent être dénoncés et stoppés.
Et un nouveau mix énergétique décarboné, basé sur les économies d’énergie, l’efficacité énergétique (particulièrement l’isolation des bâtiments) et le développement des énergies renouvelables, mis en œuvre rapidement et durablement avec un budget équivalent à celui du grand carénage.

Bientôt une consultation publique

Une consultation publique sera organisée en 2019 dans la région. Souhaitons que les riverains de la centrale participent largement et se prononcent en conscience sur leur souhait d’arrêter ou de voir prolonger la durée de vie du réacteur N°1 par l’ASN en sachant qu’aujourd’hui les énergies renouvelables, combinées entre elles peuvent parfaitement prendre le relais du nucléaire (3).

Rappelons par ailleurs qu’en 2017 les 4 réacteurs de Tricastin ont été arrêtés pendant plusieurs mois sans grandes perturbations sur le réseau électrique.

Alain Volle

(1) NDLR : les mises à l’arrêt des réacteurs pour maintenance
(2) CLIGEET : Commission Locale d’Information des Grands Équipements Énergétiques du Tricastin
(3) Voir le scénario de transition énergétique NÉGAWATT.

Source : http://www.montelimar-news.fr/detail-news.asp?T=766&nw_id=9703

http://www.ma-zone-controlee.com/la-centrale-du-tricastin-doit-elle-fermer-apres-ses-40-ans-dexploitation/

Sep 07

MORUROA : UN SILENCE, DES MORTS

Entre 1966 à 1996, la France a procédé à 193 essais nucléaires en Polynésie française alors que le gouvernement connaissait les risques encourus par les habitants et les militaires sur place. Seules 121 personnes ont été indemnisées à ce jour.

Le lieu est paradisiaque. L’eau bleu turquoise. Le sable blanc. L’atoll de Fangataufa est un bijou de beauté en Polynésie française. Mais il est inaccessible au public. Comme son voisin à 45 kilomètres, l’atoll Moruroa, l’île est classée «terrain militaire» par le ministère des Armées français. Pourtant, elles n’accueillent plus d’exercices depuis 1996. Pour comprendre, il faut s’intéresser à la composition du sable, aux sous-sols de ces îles et à celle de l’eau de leur lagon. Moruroa et Fangataufa sont contaminées, condamnées à entendre les compteurs Geiger (qui détectent la radioactivité) crépiter à leur surface pendant encore des décennies. De 1966 à 1996, à l’air libre puis en souterrain, ces deux atolls ont subi 193 essais nucléaires, au mépris de la santé des habitants et des travailleurs de ces sites, qu’ils soient civils ou militaires. Rejetée de son ancien terrain d’expérimentation dans le Sahara par la guerre d’indépendance algérienne, l’armée française s’est donc rabattue sur un autre de ses territoires colonisés.

«Nuages de mouches»

Paris répète alors à l’envi que ces essais nucléaires sont «propres» et «sans conséquence pour la santé». Pour Roland Oldham, président historique de l’Association des victimes polynésiennes Moruroa et Tatou, c’est un mensonge d’État. «Après le premier tir à Moruroa le 2 juillet 1966, le nuage s’est dirigé vers l’île de Mangareva et l’a contaminé profondément. Le ministère des Armées n’a pas voulu alarmer la population et ne l’a pas évacuée, explique, ému, ce natif de Tahiti. Il a juste interdit de consommer les poissons et les légumes pêchés et produits sur place. Les essais ont continué comme si de rien n’était. C’est un crime contre l’humanité.»

Pendant les jours qui suivent, des manifestations, auxquelles a participé le militant, sont organisées à Tahiti, sans qu’elles n’ébranlent le gouvernement français. Nous sommes alors en pleine guerre froide et l’obsession nucléaire est à son apogée. Le 24 août 1968, le grand jour est arrivé pour la France : sa première bombe H (170 fois plus puissante que celle lancée sur Hiroshima), appelée Canopus, explose sur l’atoll de Fangataufa. L’armée ne veut pas s’en tenir là. Elle a prévu un autre essai le 8 septembre, à Moruroa. Il faut alors se dépêcher de nettoyer la zone. Quelques heures après l’explosion de la bombe, des marins sont envoyés sur place. «Nous regardons effrayés l’immense tour de télécommunication quasiment pliée en deux, témoigne le marin Serge Lecordier sur le site du mémorial de Moruroa, tenu par l’Assemblée de Polynésie française. Le lagon est tout blanc. Il est jonché de milliers de cadavres de poissons. À terre, c’est un spectacle d’apocalypse : il n’y a plus un cocotier debout et il y a des feux à leur base. Des nuages de mouches sont déjà sur les cadavres avec cette âcre odeur de brûlé.»

La contestation populaire, qui gonfle en France comme dans le monde, fait irruption en Polynésie. Dans les semaines qui précédèrent Canopus, deux sous-officiers, pilote et mécanicien d’hélicoptères de l’Aéronavale, ont donné leur démission à leur chef de corps pour dénoncer la contamination de l’atoll de Tureia avant l’évacuation de la population. Quelques semaines plus tard, des jeunes soldats qui effectuaient leur service militaire à Moruroa sont envoyés en renfort pour le nettoyage de Fangataufa. Ils logent près de la piste d’aviation contaminée. Lorsqu’ils s’aperçoivent que leurs compteurs Geiger crépitent vivement, ils se mettent en grève, bien que cela soit interdit dans l’armée. La Défense s’empresse d’étouffer l’opposition. Les sous-officiers de l’Aéronavale sont emprisonnés quelques semaines en France, puis dégradés avant d’être chassés de l’armée. Quant aux grévistes, la Sécurité militaire les menaça alors de prolonger leur service militaire… Et ils durent se remettre au travail.

«Aucune protection»

Pourtant, depuis au moins l’année 1957, le ministère des Armées est au courant des conséquences dévastatrices sur la santé et l’environnement de ces essais. «Cette année-là, un rapport du Commissariat à l’énergie atomique et du ministère décrit les dégâts causés par les tirs nucléaires, à partir des précédents tests menés par les Américains et les Britanniques», détaille Jean-Luc Sans, président de l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven), qui a eu accès à ce document déclassifié en 2013. Ancien membre de la Marine nationale, il a lui-même mené, en 1971 et 1972, des missions de patrouille à Moruroa pour garantir la sécurité des bâtiments lors de tirs. «Nous n’avions aucune protection et n’étions pas prévenus des risques, raconte-t-il avec colère. J’étais en maillot de bain pour arroser les navires avec de l’eau, ce qui devait, soi-disant, les décontaminer.» Une note de service de l’armée datée de 1967 interdit de prévenir les équipages de la marine et les civils sur les risques encourus. «J’en veux à l’armée de ne pas nous avoir avertis, reprend Jean-Luc Sans. Au plus haut niveau de la hiérarchie militaire, ils étaient au courant.» Comme lui, Roland Oldham a été exposé aux radiations des essais, lors de son service militaire. «J’étais stationné sur un pétrolier de la marine qui devait patrouiller dans les zones de tirs pour recharger en carburant les bâtiments militaires, relate ce sexagénaire qui porte toujours des séquelles de cette période mais préfère ne pas s’étendre sur le sujet. J’ai vu des amis mourir, des gens qui se sont battus jusqu’à la mort pour faire reconnaître que leur maladie était due aux essais.»

En cinquante ans, la situation a grandement évolué pour les victimes. Après des décennies de silence coupable, la France a créé un système d’indemnisation via la loi Morin, votée en 2010. Mais le chemin est encore long. D’après le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), sur les 3 000 à 4 000 personnes pouvant être éligibles à l’indemnisation, seulement 121 ont été dédommagées depuis 2010. Et environ 2 % des quelque 350 000 personnes ayant participé aux essais au Sahara ou en Polynésie sont décédées des suites des tirs. Cette estimation est approximative alors que la recherche sur les conséquences sur la santé se poursuit. Les maladies cardiovasculaires, en particulier, ne sont reconnues qu’à Tchernobyl, en Ukraine, où l’explosion d’une centrale nucléaire en 1986 a rendu la zone inhabitable.

«Fausses couches»

Florent de Vathaire est chercheur à l’Inserm et travaille depuis trente ans sur les conséquences des radiations sur le corps humain. «Il est prouvé qu’elles provoquent du diabète, décrit le scientifique qui a étudié la population polynésienne. De plus, l’iode 131 se fixe activement sur la thyroïde des enfants, surtout des filles. On voit ainsi des adultes, enfants au moment des tirs, déclarer aujourd’hui des cancers de la thyroïde.» Il estime qu’entre 10 et 20 % de ce type de cancers en Polynésie sont actuellement liés aux essais. «Par contre, différentes études ont montré que les pathologies radio-induites ne sont pas transmises d’une génération à l’autre», assure-t-il.

Florence Bourel est, elle, persuadée du contraire. Ayant souffert d’un cancer de la thyroïde, elle pense avoir transmis des maladies causées par les radiations à ses deux filles. Elle n’est pas polynésienne, mais ancienne salariée du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). «Je suis allée sur les sites de Moruroa en 1982 et 1983, relate-t-elle. J’ai effectué deux missions sur l’atoll huit jours après les tirs. On nous avait donné des précautions à prendre. En les suivant, je pensais ne rien risquer.» Elle ne devait manger ni les poissons ni les noix de coco locales. Lorsqu’elle se baignait dans le lagon où ont eu lieu les essais, elle devait s’essuyer avec un paréo, aller prendre une douche. C’est tout. «J’ai bien respecté tout cela, reprend-elle. Mais j’ai profité des sports nautiques qu’on nous mettait à disposition. J’ai bu la tasse, sans réaliser que c’était la même eau que celle des poissons qui étaient contaminés.» Florence a 22 ans quand elle rentre en métropole. «J’ai eu tout de suite de la tension artérielle, ça n’a jamais baissé, poursuit-elle. J’ai aussi eu des problèmes de stérilité, j’ai fait trois fausses couches.» Elle devra ensuite suivre un traitement par irradiation pour lutter contre son cancer. Un comble. L’ancienne du CEA est une des premières à lancer une demande d’indemnisation, avant le vote de la loi Morin. «J’ai aussi déposé une plainte contre X en 2002, qui a été déboutée il y a quelques mois, ajoute-t-elle. Et j’ai porté plainte au niveau de la Sécurité sociale pour une reconnaissance en maladie professionnelle en 2002. Je suis montée jusqu’en Cour de cassation, qui a cassé la décision.»

Le 8 novembre, se tient une nouvelle audience au tribunal d’Angers, mais Florence Bourel dit avoir «peu d’espoir». Sa demande d’indemnisation a été acceptée il y a sept ans, mais elle ne peut toucher aux fonds tant que sa dernière plainte n’a pas abouti. En attendant, elle doit supporter le coût des avocats et des déplacements à Paris. Elle lâche, épuisée : «J’aimerais crier aux juges : « Si on ne risquait rien, allez-y maintenant sur les sites ! »»

Par Aude Massiot le 7 septembre 2018 à 17:07

http://www.liberation.fr/france/2018/09/07/moruroa-un-silence-des-morts_1677269

Sep 07

LES DEUX CORÉES SE RÉUNIRONT EN SOMMET À PYONGYANG DU 18 AU 20 SEPTEMBRE

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-in tiendront en septembre à Pyongyang leur troisième sommet pour discuter du désarmement nucléaire, a annoncé Séoul jeudi.

Au cours de ce face-à-face prévu du 18 au 20 septembre, les deux dirigeants discuteront de questions comme « les mesures pratiques » à prendre pour dénucléariser la péninsule, a déclaré à la presse Chung Eui-yong, le conseiller à la sécurité nationale du chef de l’État sud-coréen.

Les dates de la réunion ont été finalisées mercredi lors d’une visite à Pyongyang de M. Chung, qui a remis au dirigeant nord-coréen une lettre de M. Moon.

Kim Jong Un s’est dit prêt à coopérer avec Séoul comme avec Washington sur la dénucléarisation, a poursuivi l’émissaire sud-coréen.

Kim « a exprimé sa ferme détermination en faveur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne de même que l’intention de travailler étroitement avec les États-Unis (…) pour réaliser cet objectif« , a poursuivi l’émissaire sud-coréen.

Au cours d’un sommet historique le 12 juin à Singapour, le président américain Donald Trump et Kim Jong Un étaient parvenus à un compromis très vague en faveur d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne« , dont les modalités et le calendrier avaient été repoussés à des négociations de suivi.

Cette promesse était loin de l’objectif initial des États-Unis, à savoir une « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible« .

Mais les négociations de suivi entre Washington et Pyongyang patinent depuis des semaines, comme l’a encore illustré l’annulation surprise le mois dernier par Donald Trump d’un nouveau voyage en Corée du Nord de son secrétaire d’État Mike Pompeo.

Néanmoins, la confiance du dirigeant nord-coréen envers M. Trump « reste inchangée« , a assuré l’émissaire sud-coréen. « Il (M. Kim) a dit qu’il y avait des difficultés dans les négociations entre la Corée du Nord et les États-Unis mais sa confiance envers M. Trump reste inchangée« .

L’agence officielle nord-coréenne KCNA a également rapporté que M. Kim avait réitéré sa volonté de dénucléarisation.

La « volonté » de M. Kim « est d’éradiquer complètement le danger d’un conflit armé et l’horreur de la guerre sur la péninsule coréenne pour la transformer en berceau de paix sans armes nucléaires, libre de toute menace nucléaire« , a dit l’agence.

afp, le 06/09/2018

https://www.la-croix.com/Monde/deux-Corees-reuniront-sommet-Pyongyang-18-20-septembre-2018-09-06-1300966608

 

Sep 07

DÉCHETS NUCLÉAIRES À BURE : LE NOUVEAU MINISTRE FRANÇOIS DE RUGY NE REMET PAS EN QUESTION LE PROJET

Le nouveau ministre de la Transition écologique François de Rugy, qui succède à Nicolas Hulot, ne remet pas en cause le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure (Meuse).

La nomination du nouveau ministre de la Transition Écologique va-t-elle changer la donne pour le projet contesté d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse) ? François de Rugy n’a pas remis en cause ce gigantesque chantier à l’occasion de sa première interview en tant que ministre ce mercredi 5 septembre 2018.

« On doit gérer l’héritage des déchets nucléaires »

Interrogé sur France Inter à propos du projet « Cigéo » d’enfouissement en profondeur des déchets nucléaires, le nouveau membre du gouvernement a affirmé que « cela fera partie des sujets évidemment liés aussi à la programmation pluriannuelle de l’énergie ».

Même si on arrêtait le nucléaire demain matin – ce que personne ne propose et ce que tout le monde sait impossible à faire – même dans 10 ans, même dans 30 ans, on aurait de toute façon à gérer l’héritage des déchets nucléaires qui existent depuis qu’on produit de l’électricité avec des centrales nucléaires en France, c’est à dire depuis plus de 50 ans.

Dans la ligne du gouvernement

Durant son interview, l’ancien président de l’Assemblée nationale n’a pas remis en cause le projet qui fait l’objet de vives critiques des écologistes. Il est resté dans la ligne du gouvernement qui a prévu d’organiser un « débat national » sur la gestion des déchets nucléaires à Bure.

Il avait été promis par Sébastien Lecornu, secrétaire d’État, en mars dernier et doit permettre d’associer le « public local » aux réflexions sur le projet. 

Nicolas Hulot s’était dit favorable à l’enfouissement de ces déchets malgré son opposition au projet de Bure avant sa nomination au gouvernement en 2017.

https://actu.fr/grand-est/bure_55087/dechets-nucleaires-bure-nouveau-ministre-francois-rugy-ne-remet-pas-question-projet_18451868.html

Sep 07

EDF VEUT PROLONGER LES RÉACTEURS NUCLÉAIRES AU-DELÀ DE 40 ANS

Une consultation publique a été lancée, jeudi 6 septembre, sur les améliorations à apporter aux réacteurs nucléaires de 900 MW pour prolonger leur exploitation au-delà de quarante ans. Alors que la programmation pluriannuelle de l’énergie doit être dévoilée le mois prochain et que le Premier ministre vient de revoir à la baisse les ambitions de réduction de la part de l’atome dans le mix énergétique, la perspective d’une sortie progressive du nucléaire s’éloigne.

Quels travaux effectuer pour pouvoir prolonger l’exploitation des réacteurs nucléaires de 900 mégawatts (MW) au-delà de quarante ans ? C’est la question qui sera posée aux Français dans le cadre d’une concertation publique organisée par le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire (HCTISN), lancée jeudi 6 septembre et qui se prolongera pendant six mois, jusqu’à fin mars 2019.

La France compte cinquante-huit réacteurs nucléaires répartis dans dix-neuf centrales, qui produisent 75 % de l’électricité consommée sur le territoire. Les huit plus anciens, d’une puissance de 900 MW, ont été mis en service entre 1978 (centrale nucléaire de Fessenheim) et 1983 (Saint-Laurent-des-Eaux). Ils approchent (voire ont atteint pour ceux de Fessenheim) l’âge fatidique de quarante ans.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une limite, étant donné que le décret d’autorisation de fonctionnement du réacteur n’expire pas à cette échéance. En revanche, la réglementation impose que chaque réacteur fasse l’objet d’un réexamen tous les dix ans. Le premier réacteur à passer ce grand test de plusieurs mois sera celui de Tricastin 1, à partir du printemps 2019. Après cette inspection approfondie, l’exploitant devra livrer un dossier à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui récapitulera l’état de l’installation et proposera des améliorations à y apporter pour qu’elle puisse repartir pour une décennie. Ce document sera également soumis à enquête publique, comme prévu par la loi relative à la transition énergétique (LTE) pour les réacteurs de plus de trente-cinq ans. Après plus d’un an d’instruction et avoir pris connaissance des conclusions du débat, le gendarme du nucléaire devra se prononcer sur l’aptitude au service du réacteur. Pour Tricastin 1, ce ne sera pas avant 2021.

La possibilité de fermer ces réacteurs ne sera pas débattue

Comme les réacteurs de 900 MW ont été construits à la même période et suivant le même modèle, EDF, avant de s’attaquer aux réexamens réacteur par réacteur, a soumis à l’ASN une « Note de réponse aux objectifs » dans laquelle il décrit des améliorations génériques à apporter à ces installations sur plusieurs points : conformité des installations, comportement en cas d’accident avec ou sans fusion du cœur, résistance aux agressions internes et externes, piscine d’entreposage du combustible, etc. C’est précisément ce document de 350 pages — ou plutôt sa synthèse de vingt pages — qui sera au cœur de la consultation publique. « Et non sur la poursuite d’exploitation ou la fermeture de ces réacteurs », a bien précisé la présidente du HCTISN, Marie-Pierre Comets, lors d’une conférence de presse, jeudi 6 septembre à La Défense.

 « Le public est invité à poser des questions et à donner son avis sur ce travail sur une plate-forme numérique dédiée et lors d’ateliers organisés à proximité des centrales nucléaires concernées avec le soutien des commissions locales d’information [Cli] », a-t-elle poursuivi. « Les premières réunions s’annoncent pour le mois d’octobre, a précisé Pierre-Franck Thomé-Jassaud, délégué communication chez EDF. Les comptes-rendus seront mis en ligne sur le site Internet et les personnes qui ne pourront pas y assister auront la possibilité d’envoyer des lettres avec leurs questions et remarques au HCTISN ». Les centrales nucléaires ont été sollicitées pour apporter une aide financière et logistique aux Cli pour l’organisation de ces événements. Le budget de la concertation, à la charge d’EDF, s’élève à 500.000 euros, a précisé M. Thomé-Jassaud.

Coût de la remise à niveau des réacteurs : 7 milliards d’euros

Pourquoi le HCTISN a-t-il lancé cette consultation qui n’était pas imposée par la réglementation ? « L’enquête publique arrive tard dans le processus de réexamen, a souligné Mme Comets. Il nous semblait important d’avoir la participation et l’avis du public non pas uniquement à la fin, mais au plus tôt sur le dossier d’améliorations génériques et tout au long du processus. » Il ne finira pas au fond d’un tiroir, a promis Isabelle Barthe, commissaire-enquêteur à la Commission nationale du débat public (CNDP) — elle est d’ailleurs membre de la commission spéciale chargée de l’organisation du débat public sur le prochain Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) — et nommée garante de la concertation. « Dans le bilan de la concertation, le maître d’ouvrage devra argumenter les raisons pour lesquels il retient certains avis et d’autres non, a-t-elle assuré. Ce bilan sera ensuite versé à l’enquête publique concernant chaque réacteur. » Le directeur du parc nucléaire d’EDF Philippe Sasseigne, lui, y voit un bon outil de communication. « La remise à niveau des réacteurs en vue de la prolongation de leur fonctionnement représente un investissement de 7 milliards d’euros. Pour nous, il est important de montrer que des centrales vieillissantes visent un niveau de sûreté très proche des réacteurs neufs. »

Reste que l’articulation de cette consultation avec l’élaboration de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) [1] n’est pas claire. En effet, la PPE devrait en principe comporter une liste — même non nominative — des réacteurs à fermer pour atteindre l’objectif inscrit dans la loi de transition énergétique (LTE), de réduire la part du nucléaire à 50 % du mix énergétique. Les réacteurs à 900 MW, les plus vieux du parc, sont en ligne de mire. Alors, pourquoi lancer une grande consultation sur un projet d’amélioration de l’ensemble de ces réacteurs, en vue de leur prolongation ? « Cette consultation est évidemment corrélée à la PPE, a indiqué Mme Comets. Mais dans les orientations et les décisions de la PPE, qui seront dévoilées en octobre, il ne sera pas décidé d’arrêter séance tenante tous les réacteurs de 900 MW. Les améliorations à apporter définies dans le cadre de ce processus s’appliqueront aux réacteurs qui resteront en fonctionnement. » Mais, avec cette consultation, lancée le lendemain de l’annonce par le Premier ministre, Édouard Philippe, que l’objectif de réduction de la part du nucléaire à 50 % du mix électrique français ne serait atteint qu’en 2035 au lieu de 2025 comme prévu dans la LTE, la perspective d’une sortie progressive du nucléaire semble s’éloigner encore un peu plus.

Émilie Massemin (Reporterre)

https://reporterre.net/EDF-veut-prolonger-les-reacteurs-nucleaires-au-dela-de-40-ans

Sep 07

LE NUCLÉAIRE, UN DOSSIER DÉLICAT POUR LE NOUVEAU MINISTRE DE RUGY

Paris – À peine entré au gouvernement, François de Rugy va devoir s’atteler à la feuille de route énergétique de la France et à la question délicate du nucléaire, dont il a par le passé prôné une sortie d’ici à 2040.

Le nouveau ministre de la Transition énergétique, qui vient de succéder à Nicolas Hulot, a renvoyé cette semaine les choix en matière de nucléaire à la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

« Nous serons en mesure de la présenter à la fin du mois d’octobre« . Elle précisera « la part de chaque énergie, le développement des énergies renouvelables que nous voulons faire« , a-t-il souligné.

Cette PPE, dont le gouvernement devait normalement présenter une première version cet été, doit porter sur les années 2019-2023 et 2024-2028.

La question du nucléaire – et des fermetures de réacteurs français – est la plus épineuse du débat, notamment parce qu’elle concernera des milliers de salariés. Seul l’arrêt de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) a été pour l’instant décidé.

Nicolas Hulot avait encore promis fin juin un « échéancier » précis d’ici à la fin de l’année, afin « qu’on sache quels réacteurs et le nombre de réacteurs » qui doivent fermer.

S’il ne s’est pas encore exprimé sur le fond à ce stade, François de Rugy a pris des positions très tranchées dans le passé.

Lorsqu’il était candidat à la primaire de la gauche de 2017, il prônait en effet une sortie du nucléaire à l’horizon 2040 et l’objectif de 100% d’électricité d’origine renouvelable en 2050.

Plus récemment, alors président de l’Assemblée nationale, il s’était montré agacé par la volonté du groupe énergétique EDF de ne fermer – après Fessenheim – aucun autre réacteur nucléaire avant 2029. « Ce n’est plus EDF qui fait la politique de l’énergie en France« , avait-il lancé en juillet.

– « horizon 2035 » ? –

Mais les opposants au nucléaire restent sceptiques sur sa capacité à changer la trajectoire du gouvernement. « Objectivement, aujourd’hui on a peu d’espoir parce que ce n’est pas un homme qui va changer les choses, quelle que soit l’identité de la personne« , juge auprès de l’AFP Yannick Rousselet, de l’ONG Greenpeace.

« Ou bien on a la volonté politique de changer de trajectoire ou on ne l’a pas. Aujourd’hui on n’a vu aucun signe politique que le gouvernement veut changer de trajectoire« , estime-t-il.

Pascal Canfin, directeur général du WWF France, a estimé que François de Rugy ne pouvait pas être « en dessous » des objectifs de Nicolas Hulot en matière de réduction du nucléaire, dans un entretien au Parisien.

La France dépend beaucoup du nucléaire pour produire son électricité: il a représenté 71,6% de la production totale l’an dernier. Mais le pays veut réduire sa dépendance à l’atome et consentir une plus grande place aux énergies renouvelables à l’avenir.

La loi de transition énergétique de 2015 prévoyait que la part du nucléaire dans la production d’électricité soit ramenée à 50% « à l’horizon 2025« . Mais Nicolas Hulot avait abandonné cet objectif, jugé irréaliste, sans fixer de nouvelle date précise mais en évoquant un horizon entre 2030 et 2035.

Interrogé à l’issue d’un séminaire gouvernemental à l’Élysée, le Premier ministre Édouard Philippe a semblé mercredi retenir plutôt cette dernière option en évoquant simplement « l’horizon 2035« . Matignon a cependant assuré que « l’arbitrage sur la date précise n’est pas pris à ce jour » et sera tranché dans la PPE.

Signe que la question est sensible, les opposants au nucléaire ont aussitôt réagi à la déclaration d’Édouard Philippe. C’est « un insupportable cadeau à EDF » qui « confirme la mainmise du lobby nucléaire sur le gouvernement dénoncée par Nicolas Hulot« , a dénoncé le Réseau Sortir du nucléaire.

map-jmi/fka/tq/mcj

AFP / 07 septembre 2018

https://www.romandie.com/news/Le-nucl-aire-un-dossier-d-licat-pour-le-nouveau-ministre-de-Rugy/951585.rom

Sep 07

LUXEMBOURG : UN COMITÉ D’ACCUEIL « ANTI-NUCLÉAIRE » POUR EMMANUEL MACRON

À l’occasion de la consultation citoyenne «À quoi ressemble ton Europe?», en présence du Président de la République française Emmanuel Macron, le Comité Luxembourgeois d’Action contre le Nucléaire (regroupant une trentaine de structures) a organisé un piquet de protestation, afin de «rappeler la nécessité de faire passer la sécurité des citoyens européens avant les intérêts de l’industrie nucléaire française

Postés dès le milieu d’après-midi place de l’Europe, juste devant la Philharmonie où le président français devait se rendre à 17 heures pour une consultation citoyenne, ils étaient une petite centaine à vouloir faire entendre leurs voix. Munis de drapeaux de toutes les couleurs aux multiples slogans anti-nucléaires, c’est dans une ambiance plutôt bon enfant, encadrés par les forces de l’ordre que la manifestation a eu lieu.

«Nous demandons la sortie du nucléaire et notamment la fermeture à court terme de la centrale de Cattenom, située à moins de 12km des frontières luxembourgeoises et allemandes. Le risque zéro n’existe pas, et tout accident nucléaire grave en France aura un impact direct sur les pays voisins. Les dégâts seront d’autant plus dévastateurs si les réacteurs se trouvent – comme en Grande Région – à proximité immédiate des frontières et dans une zone densément peuplée!», ont souligné les organisateurs.

C’est surtout d’une seule et même voix que la trentaine d’organisations qui composent ce comité luxembourgeois a interpellé le chef de l’État français et ses homologues luxembourgeois, belges et néerlandais. Et pour cause: ils veulent qu’Emmanuel Macron «prenne au sérieux les demandes des pays voisins» et surtout, «arrête de se moquer du monde»

«La loi transition énergétique française prévoyait une réduction de 50% de la part nucléaire d’ici 2025… Hier, Édouard Philippe a annoncé que cette date serait encore reculée de 10 ans. De qui se moque-t-on?!», s’insurge Roger Spautz, chargé de campagne Nucléaire auprès de Greenpeace Luxembourg. Pour lui, aucun doute : le président français a «cédé à la pression d’EDF, c’est clair!»

Les réacteurs nucléaires français et européens ont aujourd’hui un âge moyen de plus de 30 ans. Pour le comité d’Action contre le Nucléaire, «l’état général (des centrales, ndlr) continuera à se détériorer sur le long terme. Nous demandons au gouvernement français d’œuvrer, ensemble avec l’Allemagne et le Luxembourg, pour la sortie du nucléaire, pour la fermeture des centrales de Cattenom et Fessenheim et pour une mise en œuvre rapide des alternatives, à savoir le développement massif des énergies renouvelables, l’augmentation de l’efficacité énergétique et des économies d’énergie et une chasse systématique aux gaspillages.»

Au milieu des militants anti-nucléaires se sont glissés d’autres manifestants avec des urnes: ils font partie du mouvement Printemps européen. Ils appellent les personnes alentour à venir voter pour l’Europe qu’ils veulent. Car il est clair, pour l’un des militants de ce groupe, Brice Montagne, que «l’Europe qui est proposée à l’heure actuelle n’est pas la nôtre. La nôtre place la transition écologique au-dessus des intérêts financiers. On place la dette écologique bien au-dessus de la dette financière!» martèle-t-il en rejoignant ses compagnons pour attendre de pied ferme l’arrivée des politiques.

Par Sophie Wiessler et Maurice Fick sur place

https://www.wort.lu/fr/luxembourg/un-comite-d-accueil-anti-nucleaire-pour-emmanuel-macron-5b913a02182b657ad3b925f0

Sep 07

NUCLÉAIRE: UNE CONCERTATION OUVERTE SUR LA DURÉE DE VIE DES RÉACTEURS DE 900 MÉGAWATTS

Paris – Une concertation ouverte au public a été lancée jeudi et pour six mois sur les conditions de sûreté de la poursuite de l’exploitation des réacteurs nucléaires de 900 mégawatts par EDF au-delà de 40 ans.

« L’objectif de cette concertation est d’associer le public aux enjeux et objectifs liés à la poursuite de fonctionnement de ces réacteurs nucléaires après 40 ans et de permettre d’éclairer les décisions ultérieures« , a expliqué le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN).

Elle porte sur « les dispositions proposées par EDF pour améliorer le niveau de sûreté de ses réacteurs » dans le cadre de leur passage du cap des 40 ans.

Sont concernés les réacteurs de 900 MW, qui sont les plus anciens et les moins puissants du parc nucléaire français exploité par EDF. Ils sont situés (outre Fessenheim, qui doit fermer) dans les centrales du Blayais, de Bugey, Chinon, Cruas-Meysse, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent-des-eaux et du Tricastin.

« Même si elle n’est pas prévue par la loi, le haut comité a décidé de lancer cette concertation pour permettre au public d’être associé« , a expliqué sa présidente Marie-Pierre Comets lors d’une conférence de presse.

Elle porte sur la phase « générique » (qui concerne tous les réacteurs de même type) du processus de réexamen de sûreté périodique que doivent subir les réacteurs pour passer le cap des 40 ans.

Il y aura aussi des enquêtes publiques pour chaque réacteur, qui doivent aussi subir chacun une visite individuelle tous les dix ans. C’est le réacteur 1 du Tricastin qui sera le premier à passer sa quatrième visite décennale, à partir de l’an prochain.

La concertation est distincte du débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), une feuille de route que le gouvernement devrait présenter fin octobre et qui doit préciser les ambitions énergétiques de la France, qui veut notamment réduire sa dépendance au nucléaire pour la production de son électricité.

« Nos concitoyens sont très intéressés par ce qui se passe dans ces installations« , estime Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire d’EDF, qui souhaite prolonger la vie de ses centrales. « On souhaite vivement à EDF que ce soit l’occasion d’élargir le public habituel qui s’intéresse à ces questions.« 

« L’idée d’avoir un débat, évidemment on y est favorable. Le problème c’est que ça va être un débat uniquement technique et ça n’influencera pas sur des décisions de prolongation ou non » des réacteurs, a regretté pour sa part Yannick Rousselet, de l’ONG Greenpeace, opposée au nucléaire.

La concertation est ouverte jusqu’à la fin du mois de mars 2019. Un site internet doit ouvrir: https://concertation.suretenucleaire.fr/

Publié sur : https://www.romandie.com/news/Nucleaire-une-concertation-ouverte-sur-la-duree-de-vie-des-reacteurs-de-900-megawatts/951395.rom

Sep 06

LE DÉCLIN ANNONCÉ DU NUCLÉAIRE EUROPÉEN

Dans le meilleur des cas, la capacité installée des réacteurs nucléaires d’Europe occidentale aura diminué du tiers en 2035. Dans le scénario du pire, la chute atteindra près de 85 %. (NDLR : du pire ou du meilleur ?) Ce déclin sera un peu moins marqué en France, mais n’échappera pas à la tendance générale. Ce sont là les conclusions d’un mémoire de maîtrise déposé cet été à l’Institut de physiques des particules de Zürich par Ludovic Touzé-Peiffer. Si l’Europe souhaite ralentir cette tendance, elle doit se décider très bientôt, ajoute le chercheur. 

Ludovic Touzé-Peiffer commence sa démonstration en décrivant le parc nucléaire actuel. À la fin de 2016, il y avait exactement 100 réacteurs nucléaires commerciaux en activité en France et dans les six pays limitrophes, pour une capacité installée totale de 99,2 GW. Il s’agit d’un parc vieillissant : l’âge moyen des réacteurs est de 34 ans et 89 % d’entre eux auront dépassé la barre des 40 ans d’ici 2030. Dans les sept pays concernés, un seul réacteur est en construction (Flamanville, en France).

Les réacteurs ont été conçus en fonction d’une durée de vie utile de 40 ans. (NDLR : à l’époque, c’était 30 ans !) Il est possible que les autorités autorisent l’exploitation de certains d’entre eux au-delà de ce terme, mais le chercheur, qui consacre la première partie de son mémoire aux mécanismes de vieillissement des cuves des réacteurs, estime toutefois qu’une durée de vie de plus de 50 ans est peu probable.

Les pays limitrophes

L’étude dresse ensuite un rapide bilan des six puissances nucléaires limitrophes à la France.

  • La Belgique a sept centrales d’une puissance installée totale de 5,9 GW. Le pays a décidé de les fermer toutes d’ici 2025. Les deux plus récentes auront alors 40 ans.
  • L’Allemagne conserve huit centrales d’une capacité totale de 10,8 GW. Leur retrait progressif a été annoncé en 2011 et devrait être complété en 2022.
  • L’Italie n’a plus de centrale nucléaire depuis 1990 et n’a pas l’intention d’en construire.
  • L’Espagne a sept centrales, d’une capacité totale de 7,1 GW. Le pays permet aux exploitants de demander une prolongation de 10 ans de leur permis d’exploitation, pour porter la durée de vie des installations à 50 ans. Même si toutes ces demandes sont acceptées, la moitié de la capacité nucléaire espagnole aura disparu en 2035. Il n’existe pas de projet de nouvelles constructions.
  • La Suisse a cinq centrales d’une capacité totale de 3,3 GW. En 2017, le gouvernement a décidé de ne plus en construire de nouvelles et de retirer celles qui existent au terme de leur vie utile. La dernière centrale suisse devrait fermer ses portes vers 2034.
  • La Grande-Bretagne possède 15 centrales, d’une capacité totale de 8,9 GW. La plupart sont âgées et devraient fermer vers 2023-2025. La plus récente pourrait rester en service jusqu’en 2035. Le pays envisage de remplacer sa flotte en tout ou en partie, mais ses intentions ne sont pas claires pour le moment : selon les scénarios, on pourrait ajouter une capacité de 3,3 à 14,5 GW d’ici 2035, mais rien n’est encore confirmé.

La situation en France

En 2017, la France avait 58 réacteurs d’une capacité totale de 63,1 GW. Ce parc a fourni 76,3 % de la production électrique totale du pays. De ces 58 réacteurs, quatre ont déjà plus de 40 ans et 44 ont entre 30 et 40 ans. L’autorité de sûreté nucléaire doit décider s’il prolonge la vie de ces réacteurs à 50 ans, mais rien n’est confirmé encore. Un seul réacteur est en construction, à Flamanville. Il doit entrer en service en 2019 s’il n’y a pas de nouveaux délais.

Le chercheur évalue ensuite quatre scénarios, selon que la durée de vie est limitée à 49 ou à 50 ans ou qu’on ajoute ou non 10 GW de nouvelle capacité d’ici 2035. Si on limite la durée de vie des centrales à 40 ans sans en construire de nouvelles, le parc nucléaire français aura perdu près de 80 % de sa capacité dès 2035. Dans le scénario le plus favorable, le parc perd tout de même plus de 25 % de sa capacité.

Éviter le déclin du parc nucléaire?

L’avenir de l’énergie nucléaire en Europe occidentale repose donc sur deux pays seulement, qui hésitent de surcroît à s’engager pour l’avenir. De plus, le temps commence à manquer. Une étude des 451 réacteurs en activité dans le monde montre que leur construction a pris 7,5 années en moyenne. Mais les deux projets courants du seul constructeur européen de centrales nucléaires encore en activité, Areva NP, sont beaucoup plus lents. S’il n’y a pas de nouveaux délais, la construction de la centrale de Olkiluoto, en Finlande, prendra 14 ans (de 2005 à 2019). Celle de Flamanville, 11 ans. Il est donc trop tard pour remplacer la portion du parc qui sera fermée en 2025 et l’horizon 2035 apparaît très proche.

Le chercheur rappelle que le déclin du parc nucléaire menace l’approvisionnement électrique de toute l’Europe occidentale en raison des ventes d’électricité entre pays. Il s’interroge aussi sur les solutions les plus rapides pour remplacer la capacité perdue. Entre l’augmentation des capacités de transport transfrontalier, les parcs d’éoliennes, les centrales au gaz et les parcs photovoltaïques, la dernière option est de loin la plus rapide (quatre ans, contre plus de dix pour une centrale nucléaire). L’indécision actuelle en matière d’énergie pourrait mener à adopter les solutions les plus expéditives.

Source :

Ludovic Touzé-Peiffer, Ageing of Pressurized Water Reactors : From causes of ageing to consequences on the electricity system in Western Europe, Thèse de maîtrise, ETH Zürich, juillet 2018.

thesis_Ludovic_TOUZE_Peiffer

https://energieetenvironnement.com/2018/09/05/le-declin-annonce-du-nucleaire-europeen/

Sep 06

ÉCHÉANCE DE RÉDUCTION DE LA PART DU NUCLÉAIRE REPOUSSÉE À 2035 : UN INSUPPORTABLE CADEAU À EDF

Communiqué du 6 septembre 2018 du Réseau Sortir du nucléaire

Le Premier Ministre Édouard Philippe a annoncé hier, à la sortie du séminaire gouvernemental de rentrée, que la réduction de la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité serait atteinte « à l’horizon 2035 »… soit environ 10 ans après l’échéance fixée par la loi !

Un incroyable mépris pour la démocratie

Une telle annonce est un inacceptable cadeau effectué au président d’EDF et confirme la mainmise du lobby nucléaire sur le gouvernement dénoncée par Nicolas Hulot. Elle témoigne également d’un incroyable mépris pour la démocratie. Un Premier Ministre peut donc annoncer impunément le non-respect d’une loi votée trois ans plus tôt ? Et à quoi bon avoir convoqué 400 citoyen.ne.s dans le cadre du débat public sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), si c’est pour s’asseoir sur leurs demandes [1] ?

Que pense de cette méthode François de Rugy, qui était censé présenter la PPE en octobre et déplorait il y a à peine un an le non-respect de l’échéance de 2025, dénonçant « les gouvernements qui ont cédé à la pression d’EDF »  ?

Un projet de prolongation de la durée de vie des réacteurs aussi dangereux qu’irréaliste

La mention de 2035 constitue probablement une référence au scénario « Volt » de RTE – scénario par ailleurs construit sur des postulats irréalistes, avec une multiplication par 2,5 des exportations d’électricité. Celui-ci ne prévoit l’arrêt que de 9 réacteurs à cette échéance – en plus de Fessenheim. Cela signifie qu’à cette date, 26 réacteurs de 50 ans et plus resteraient en fonctionnement, une perspective aussi dangereuse qu’irréaliste.

En effet, EDF n’est même pas en état d’assurer une maintenance correcte de ses installations. De plus, certains composants, non remplaçables, n’ont pas été conçus pour plus d’une quarantaine d’années d’utilisation. Enfin, de très nombreux défauts de fabrication ont récemment été découverts sur des pièces importantes pour la sûreté (avec 1775 anomalies recensées à ce jour sur le parc nucléaire), ce qui pose la question de leur résistance au vieillissement. Et au vu de l’état de quasi-faillite d’EDF, comment compte-t-elle financer les travaux colossaux qui seraient requis par une telle prolongation ?

Repousser ainsi l’échéance de réduction de la part du nucléaire signifie non seulement accroître le risque, mais aussi accroître significativement le stock de déchets radioactifs à gérer.

Instrumentaliser la cause climatique pour justifier un tel report est une absurdité

Il faut rappeler que l’échéance de 2025 reste tenable et compatible avec les objectifs climatiques de la France, pour peu que l’on s’en donne les moyens et que le gouvernement reste ferme avec EDF. Au lieu de cela, Édouard Philippe a choisi de céder.

Invoquer l’argument climatique pour justifier ce report de l’échéance relève de la pure mauvaise foi : ce maintien du nucléaire n’aboutira qu’à freiner le développement des énergies renouvelables et empêcher le passage à un système énergétique sobre. Alors que l’urgence climatique nécessite des investissements importants, il est scandaleux d’envisager d’engloutir des milliards dans des projets mortifères de rafistolage de vieux réacteurs [2].

Le Réseau “Sortir du nucléaire“ appelle plus que jamais à un sursaut face à un gouvernement ennemi de l’écologie.

La journée mondiale d’action pour le climat, le 8 septembre 2018, doit être l’occasion de rappeler haut et fort que la prolongation du nucléaire n’est pas une solution pour ralentir le réchauffement climatique.

Contact presse : Charlotte Mijeon – 06 64 66 01 23

Notes :

[1] Malgré un Dossier du Maître d’Ouvrage où ne figuraient que des scénarios à l’échéance 2030 ou 2035, 44% des personnes avaient exprimé leur attachement au maintien de la date de 2025 pour réduire à 50% la part du nucléaire. 18% plaidaient pour la décaler à 2030, 21 % à 2035 et 12% au-delà. Par ailleurs, 62% étaient opposés à la prolongation de nombreux réacteurs au-delà de 50 ans (retrouver les données ici)

[2] Nous invitons à ce sujet à consulter le rapport L’option nucléaire pour lutter contre le changement climatique : risques associés, limites et freins aux alternatives, publié en 2015 par le cabinet WISE Paris

Retrouvez ce communiqué sur le site : http://www.sortirdunucleaire.org/ECHEANCE-DE-REDUCTION-DE-LA-PART-DU-NUCLEAIRE

Sep 06

AU CŒUR DU CHANTIER TITANESQUE DU DÉMANTÈLEMENT DE FUKUSHIMA

L’exploitant Tepco ne sait pas comment se débarrasser du million de mètres cubes d’eau contaminée au tritium. Alors il la stocke dans d’immenses citernes. 

Une immense forêt pousse autour des réacteurs éventrés de la centrale de Fukushima. Une forêt dense, oppressante, où souffle une petite musique entêtante. Un son strident, métallique, module en intensité quand s’engouffre le vent du large. Avant le 11 mars 2011, elle abritait un millier de sakuras, les majestueux cerisiers japonais. Sept ans après l’accident nucléaire, la plupart ont été rasés, remplacés par de gigantesques réservoirs cylindriques. Blancs, gris, bleus, ils se dressent à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du niveau de l’océan Pacifique tout proche et se confondent presque avec les nuances du ciel.

A231A, A231B, A231C… Tous numérotés selon leur emplacement, ils sont près d’un millier. Et il en pousse chaque jour de nouveaux, assemblés sur place ou débarqués par la mer sur des porte-conteneurs. Les citernes servent à stocker un peu plus d’un million de mètres cubes d’eau contaminée dont Tepco, l’exploitant de la centrale, ne sait que faire. Elles sont le pendant de ces millions de sacs de terres contaminées disséminés dans la préfecture de Fukushima dont le gouvernement japonais cherche en vain à se débarrasser.

Chaque jour, environ 140 m3 d’eau douce sont injectés dans les réacteurs 1, 2 et 3 pour refroidir leurs cœurs. Problème, les cuves et les enceintes de confinement ne sont plus étanches. L’eau, chargée en éléments radioactifs, s’écoule et se mélange aux eaux souterraines. Pour limiter la pollution, Tepco, comme les Shadoks, pompent. En amont. En aval. En permanence.

Mais ce n’est pas suffisant. Alors la firme, nationalisée après la catastrophe, a édifié un mur en béton long de près de 900 m et haut d’environ 35 m pour empêcher les écoulements vers l’océan. Pour protéger la nappe phréatique, elle s’est ensuite lancée dans un chantier titanesque : la construction d’un « mur de glace ». À travers un réseau de plus de 1 500 tuyaux enfouis à une trentaine de mètres de profondeur, l’exploitant a pour l’heure réussi à « congeler » un périmètre d’un peu plus de 1500 m. Selon Tepco, ces travaux ont permis de réduire le débit des infiltrations à moins de 150 m3 par jour, contre 400 mauparavant.

Béton déchiqueté et poutres tordues

Une fois pompée, cette eau souillée est traitée pour en extraire 62 radioéléments (césium, strontium, antimoine…) mais pas le tritium. Une partie est ensuite réinjectée dans le circuit de refroidissement des réacteurs et l’autre stockée dans les réservoirs.

Les premières citernes, trop petites, gisent désormais, rouillées, les unes sur les autres. La deuxième génération fuyait. Trop de soudures. La dernière est plus «sûre», assure l’employé de Tepco qui nous sert de guide et qui a souhaité rester anonyme. De grandes bâches sont pourtant déployées au pied ou à la tête des réservoirs pour distinguer l’eau de pluie des fuites, preuve qu’ils ne sont toujours pas complètement étanches.

Une dizaine d’ouvriers en tenue de protection blanche sont grimpés sur le toit d’une citerne. Au total, ils sont 5 000 à s’affairer tous les jours sur le site. Point de convergence de cette fourmilière géante, le poste de contrôle de la radioactivité. Dans un ballet incessant, une petite sonnerie retentit à chaque passage. Les travailleurs déposent leur dosimètre dans l’une des huit colonnes de casiers classés de 0,10 millisievert (mSv) à 0,80 mSv en fonction de la dose reçue. La limite d’exposition internationale est de 1 mSv/an.

« Vous recevrez l’équivalent de trois radios dentaires », avait tenté de nous rassurer notre guide en début de visite. À l’approche des réacteurs, notre dosimètre personnel indique tout de même 100 µSv/h quand l’écran digital installé par Tepco affiche 43. Les unités 1 et 3 sont un enchevêtrement de béton déchiqueté et de poutres métalliques tordues dans tous les sens. Elles donnent à voir la puissance de la déflagration et la tâche qui reste à accomplir pour parvenir au démantèlement. D’abord annoncé à l’horizon 2040, l’objectif a été repoussé après 2050, voire 2060. Première étape : retirer le combustible des piscines. L’opération est terminée pour le réacteur 4, elle est en cours pour le 3 et devrait être achevée vers 2023 pour les tranches 1 et 2

Deuxième étape, la plus périlleuse : récupérer le magma hautement radioactif (corium) issu de la fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3. Le corium a transpercé les cuves pour s’accumuler au fond des enceintes de confinement. Après plusieurs vaines tentatives, un robot a réussi à repérer des dépôts dans celle de l’unité 2 en début d’année. À quelques kilomètres de la centrale, dans un gigantesque hangar, l’Agence japonaise de l’énergie atomique développe et teste les robots capables de s’acquitter de cette mission impossible pour l’homme. Toujours optimiste malgré les retards accumulés et une facture qui flambe (environ 60 milliards d’euros), Tepco croit pouvoir démarrer la phase de retrait avant 2025. Elle devrait durer vingt à trente ans.

D’ici là, l’exploitant devra aussi trouver une solution pour le stockage de l’eau chargée en tritium. La forêt de citernes s’étend jusqu’aux limites du site et borde désormais la route. « Nos capacités sont prévues jusqu’en 2021 », assure notre guide. Et après ? « Il faudra faire des simulations. » Tepco espère surtout que le gouvernement aura donné son feu vert pour la rejeter dans l’océan.

Par Stéphane Mandard (Préfecture de Fukushima, envoyé spécial), LE MONDE, mis à jour le 06.09.2018 à 07h27 |

https://www.lemonde.fr/contaminations/article/2018/09/05/contaminations-au-coeur-du-chantier-titanesque-du-demantelement-de-la-centrale-de-fukushima_5350617_5347501.html#liste_reactions?

Sep 06

PASCAL CANFIN : «SI LE NUCLÉAIRE ÉTAIT UNE SI BONNE AFFAIRE, EDF AURAIT GAGNÉ DES MILLIARDS…»

Pascal Canfin n’a pas été nommé ministre de la Transition Énergétique, mais ce proche de Nicolas Hulot enfonce le clou sur le nucléaire. Pour lui, c’est sûr, il faut en sortir.

Son nom a circulé tout le week-end parmi les favoris à la succession de Nicolas Hulot au poste de ministre de la Transition écologique. C’est finalement François de Rugy qui y a été nommé. Pascal Canfin reste finalement directeur général de WWF France, l’une des plus grosses ONG écologistes mondiales. À ce titre, l’ex-ministre délégué au développement de François Hollande propose une solution radicale pour sauver le soldat EDF : en finir avec le tout nucléaire au profit du renouvelable.

Que vous inspire la nomination de François de Rugy au ministère de l’Écologie ?

PASCAL CANFIN. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si le gouvernement va ou non tirer les leçons de la démission de Nicolas Hulot, et comprendre enfin qu’il faut véritablement changer d’échelle en matière de transition écologique. C’est le seul moyen d’éviter la catastrophe climatique que les scientifiques prédisent, et mener à bien la réduction de la part du nucléaire au profit des énergies renouvelables.

Nicolas Hulot semble avoir perdu ses arbitrages sur la baisse de la part du nucléaire. François de Rugy peut-il de son côté réussir ?

Sur un tel sujet, ce n’est pas une décision qui est prise par le ministre de l’Environnement, mais par le Premier ministre et le président de la République. Hulot était en train de se battre sur un calendrier. Il voulait obtenir la fermeture d’un peu plus d’un réacteur par an, soit 16 réacteurs entre 2022 et 2035. Et évidemment ne pas lancer la construction de nouveaux EPR. Je ne peux pas imaginer que François de Rugy soit en dessous de cette position.

Un rapport commandé par le ministre de l’Économie préconise pourtant la construction de nouveaux EPR en France…

Ce serait un suicide industriel. D’ailleurs, une partie très significative des salariés de l’entreprise, y compris au sein de la direction, considère qu’il faut absolument se diversifier. Emmanuel Macron lui-même, qui était pourtant historiquement plutôt favorable au nucléaire, constate aujourd’hui que l’on n’est toujours pas capable de construire correctement un EPR à Flamanville. Le projet a considérablement dérapé en termes de délais et de coût pour le contribuable.

Dans l’étude que vous publiez (lire en dessous de l’interview), vous suggérez même qu’EDF sorte du tout nucléaire…

Nous nous sommes appuyés sur des analyses et expertises qui viennent entre autres d’EDF. La stratégie consistant à mettre tous ses œufs dans le même panier est rarement la bonne. Par ailleurs, quand on regarde la situation financière d’EDF, on voit bien que si le nucléaire était une si bonne affaire que ça, EDF aurait gagné des milliards d’euros. La réalité est toute autre.

Cela fait onze ans que l’entreprise ne dégage pas assez d’argent pour rembourser ses dettes. EDF vendrait des carottes ou des choux-fleurs, elle aurait fait faillite depuis longtemps. Mais comme c’est une entreprise stratégique, l’État vient régulièrement remettre au pot. Résultat, EDF est en permanence sous perfusion de l’État. Et sa situation financière se trouve aujourd’hui dans une impasse.

Vous préconisez pourtant de la soutenir financièrement encore davantage. Les contribuables n’ont-ils pas déjà suffisamment payé ?

Malheureusement, la situation est tellement dégradée qu’il sera très difficile pour l’État de ne pas intervenir du tout. En revanche, il serait totalement absurde de colmater les brèches sans remettre en cause ce qui les a ouvertes.

Au moment de son départ, Nicolas Hulot a parlé du poids des lobbys dans les politiques gouvernementales. Est-ce l’État a le pouvoir de faire infléchir EDF, qui reste l’un des plus gros lobbies de France ?

Il est évident qu’EDF est un État dans l’État. Nicolas Hulot s’y est confronté quasiment chaque jour. Mais la réalité d’EDF est que cette entreprise est fracturée en son sein. Nous avons discuté avec des acteurs à l’intérieur du groupe qui nous disent qu’un scénario où on repousserait en permanence la diversification de l’entreprise serait un scénario suicidaire. On est à un moment où la position historique d’EDF est suffisamment remise en cause en interne pour que le gouvernement en tire les leçons.

Vous suggérez d’arrêter 23 réacteurs d’ici à 2030. Problème, 10 000 salariés d’EDF, ainsi que 18 000 sous-traitants, pourraient être directement impactés. Ne va-t-on pas vers une catastrophe sociale ?

Elle peut être évitée si EDF met en route sa propre transition vers le renouvelable. Cela permettrait de rediriger ces mêmes personnes vers de nouveaux emplois. Prenez une entreprise comme Engie. Elle a désinvesti 15 milliards d’euros dans les énergies fossiles pour les réinvestir dans les énergies vertes. Pourquoi EDF ne serait pas en capacité de mener à bien sa propre transition elle aussi ?

Qu’avez-vous pensé de la démission de Nicolas Hulot ?

Évidemment je fais partie des personnes qui ont regretté son départ. Mais il a pris sa décision et on ne va pas refaire l’histoire. Les positions qu’il défendait étaient loin d’être extrêmes. C’était des compromis, conformes à l’intérêt de l’environnement, celui des Français, et même celui d’EDF.

Et vous, vous a-t-on proposé son poste ?

C’est normal que vous posiez la question. Mais je ne suis pas obligé d’y répondre (rires). J’ai eu évidemment des échanges avec Emmanuel Macron et le Premier ministre sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (NDLR : PPE), sur le nucléaire, ainsi que sur bien d’autres sujets. J’espère que ces échanges seront utiles à la prise de certaines décisions dans les prochaines semaines.

ET SI EDF SORTAIT DU «TOUT NUCLÉAIRE» POUR SURVIVRE

Il faut sauver le soldat EDF. Dans un rapport qu’elle publie ce jeudi, et que nous avons pu consulter en exclusivité, l’antenne française de WWF, dont Pascal Canfin est le président, donne ses solutions pour détourner l’électricien français du mur dans lequel il serait en train de se précipiter. Que préconise-t-elle ?

Qu’EDF engage elle aussi, et le plus rapidement possible, sa propre transition énergétique. Soit : une réduction de la part du nucléaire au profit des énergies renouvelables. Un scénario pas au goût de la direction d’EDF. Il y a encore deux ans, celle-ci n’hésitait pas à affirmer qu’elle construirait une trentaine de nouveaux EPR en France.

Une dette abyssale pour EDF

Depuis, elle a revu ses ambitions à la baisse, mais milite toujours pour la construction dans l’Hexagone de nouveaux réacteurs. L’enjeu est considérable. Car, comme le souligne le rapport dans son introduction : « EDF n’est pas une entreprise comme les autres. » « Premier producteur d’électricité en Europe », sa chute pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur l’ensemble du secteur de l’énergie. Et par effet boule de neige, sur toute l’industrie et l’économie du pays.

Or, tous les voyants sont au rouge. EDF fait en effet face à une dette abyssale (43 milliards d’euros), conséquence d’investissements hasardeux à l’étranger, et d’un parc nucléaire (58 réacteurs, dans 19 centrales) vieillissant. L’entreprise doit également affronter un mur d’investissement vertigineux (estimé à 150 milliards d’euros pour les dix années à venir).

Un soutien de l’État… et du contribuable

Le tout s’inscrivant dans un contexte global compliqué, marqué par des prix du marché de gros de l’électricité en chute. De 60 euros le mégawattheure (€/MWh) en 2009, ils sont passés sous de la barre des 35 €/MWh en 2017. Une fatalité ? Pas forcément, répond le rapport, qui propose là encore des solutions concrètes. À commencer par une grande campagne de cessions d’actifs.

À l’image des 49,9 % de RTE, sa filiale de transport de l’électricité, vendus l’année dernière à la Caisse des dépôts et à CNP Assurances. Dans la ligne de mire du rapport : une partie d’Énedis (sa filiale distribution), mais également la branche nucléaire britannique, la filiale italienne Edison ou encore de plus petites entités comme Dalkia. Seul problème : une telle vente des bijoux de famille est nécessaire, mais pas suffisante, au vu de la situation économique de l’entreprise.

« Se posera la question du soutien de l’État », avance donc le rapport. Et donc des contribuables que nous sommes. « Ce soutien financier supplémentaire devra impérativement être conditionné à un engagement total du groupe dans la transition énergétique du pays. » Traduction : ok pour mettre au pot, mais à la condition d’un réel engagement dans le renouvelable. Un bouleversement culturel qu’EDF sera bien obligé, tôt ou tard, d’affronter.

Propos recueillis par Erwan Benezet ( @erwanbenezet) et Frédéric Mouchon (@fmouchon1)| le 05 septembre 2018, 23h05 |

http://www.leparisien.fr/economie/pascal-canfin-si-le-nucleaire-etait-une-si-bonne-affaire-edf-aurait-gagne-des-milliards-05-09-2018-7877814.php

Mots

Sep 06

LA FRANCE A-T-ELLE VOLONTAIREMENT EXPOSÉ DES PERSONNES AUX RADIATIONS LORS DES ESSAIS NUCLÉAIRES SUR LE SOL ALGÉRIEN?

Depuis 2010, une loi reconnait l’existence de victimes des essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie. L’utilisation de cobayes n’est pas avérée mais des militaires ont effectué des opérations en milieu contaminé.

Question posée par Poulain le 27/08/2018

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question d’origine qui était : «est-il vrai que des humains ont été exposés volontairement aux radiations lors des essais nucléaires sur le sol algérien pendant l’occupation française?»

Entre 1960 et 1998, la France a effectué 210 essais de bombes nucléaires, 17 en Algérie (entre 1960 et 1966) et 193 en Polynésie française (de 1966 à 1996). Des personnes ont été exposées à des irradiations durant ces essais, même si la France a mis du temps à le reconnaître.

Depuis 2010, une loi <https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000021628025&dateTexte=20180830>  ouvre la possibilité d’une indemnisation pour les personnes présentes sur les lieux à l’époque des essais et atteints d’une des maladies radio-induites listées dans le décret 2014-1049 <https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2014/9/15/PRMX1409236D/jo/texte> .

Selon le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français (Civen), 1310 demandes d’indemnisation ont été déposées au 25 mai 2018 (1092 émanant de métropolitains; 44 d’Algériens et 169 de Polynésiens). Sur ce total, 130 indemnisations ont été versées et 75 expertises sont en cours de réalisation.

Une reconnaissance obtenue de haute lutte

La reconnaissance du statut de victime du nucléaire pour les malades a été obtenue de haute lutte. Dès le milieu des années 90 une association est montée et une procédure entamée contre l’État. Ils sont accompagnés par le travail <http://www.obsarm.org/spip.php?article173>  de Bruno Barrillot, ancien prêtre et fondateur de l’observatoire de l’armement < http://obsarm.org/  > .

En 2001 les associations des vétérans des essais nucléaires (Aven < http://www.aven.org/ > ) et Moruroa e Tatou sont créées pour rassembler les victimes. La même année, le rapport <http://www.assemblee-nationale.fr/rap-oecst/essais_nucleaires/i3571.asp>  du député Christian Bataille et du sénateur Henri Revol affirme que :

«Ces essais ne se sont pas réalisés sans altérer l’environnement des sites utilisés et sans prendre des risques humains. On peut toutefois considérer que ces effets ont été limités, même si, quarante ans plus tard, des hommes se plaignent d’hypothétiques effets sur leur santé».

Le 5 janvier 2010, la loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français est votée.

Mais la partie n’est pas gagnée. En 2013, selon le documentaire de France Culture <https://www.franceculture.fr/emissions/sur-les-docks-14-15/champ-libre-34-essais-nucleaires-francais-la-course-lindemnisation>  «la course à l’indemnisation», sur 700 dossiers déposés seuls neuf ont obtenu une réponse positive.

La raison ? L’article 4 de la loi qui prévoit que «l’intéressé bénéficie d’une présomption de causalité à moins qu’au regard de la nature de la maladie et des conditions de son exposition le risque attribuable aux essais nucléaires puisse être considéré comme négligeable». Une rédaction – alambiquée — qui permet au comité de refuser beaucoup de dossiers.

Cet article sera modifié en 2017 et le nombre de dossiers acceptés commence à augmenter. Par ailleurs, la nouvelle écriture de la loi «prescrit le réexamen de l’ensemble des demandes qui ont été rejetées sur le critère du risque négligeable», explique Philippe Tardy, directeur du Civen.

Comment expliquer ces expositions ? Étaient-elles volontaires ? Votre question porte sur l’Algérie, mais il faut garder en tête que la Polynésie a été exposée à beaucoup plus d’essais pendant beaucoup plus longtemps.

Des essais atmosphériques et souterrains

En Algérie (comme en Polynésie), près d’un quart des essais ont été réalisés dans l’atmosphère. La bombe pouvait être au sol ou sur une tour de 100 mètres de haut.

Les retombées d’un tel test dépendent des caprices de la météo. En 2014, Le Parisien publie une carte des retombées du test Gerboise bleue du 13 février 1960. Dès le lendemain de l’explosion, les retombées ont traversé le Niger et atteint N’Djamena au Tchad.

Les avocates représentantes de certaines victimes parlent de «d’irresponsabilité manifeste» pour Aïda Moumni et de «négligence coupable» pour Cécile Labrunie.

En effet, les conditions d’exercice des essais n’étaient pas maîtrisées. L’accident lors du test Béryl, le deuxième essai souterrain, a été largement documenté <http://www.liberation.fr/planete/2014/12/25/pour-les-irradies-du-sahara_1170090> , notamment par un témoin, Louis Bulidon <http://www.editionsthaddee.com/livres_3_irradies.html> . Il faut imaginer la scène : la montagne qui s’ébranle, qui devient blanche et puis le nuage qui se dirige droit vers le poste d’observation où deux ministres, Pierre Messmer et Gaston Palewski étaient venus assister au spectacle. Au final, c’est tout le camp de base qui sera exposé ce jour-là.

Manœuvres militaires et tests non maîtrisé

Au-delà des répercussions «accidentelles», Jean-Luc Sans, président de l’Aven, rappelle qu’«il y a eu des expositions volontaires des unités combattantes à qui on a demandé de manœuvrer dans la zone contaminée peu après l’explosion». L’affaire est sortie deux fois dans la presse < http://secretdefense.blogs.liberation.fr/2010/02/16/essais-nucleaires-gerboise-verte-la-bombe-et-le-scoop-qui-font-plouf/ >  en 1998 dans le Nouvel Observateur et en 2010 dans le Parisien.

Le ministère de la Défense a justifié officiellement <http://www.criirad.org/actualites/dossier2010/algerie/SAHARA.pdf>  ces opérations en 2007 :

«En pleine «guerre froide», le risque d’un conflit nucléaire généralisé étant prégnant, des exercices militaires en ambiance «post-explosion» ont été réalisés. Ces exercices étaient constitués de reconnaissances d’itinéraires en milieu contaminé avec des hélicoptères guidant des blindés, des mouvements de fantassins munis de tous leurs équipements de protection ainsi que des essais de décontamination de matériel en campagne».

Des mannequins pris pour des cobayes

L’emploi du mot «volontairement» dans votre question renvoi peut-être aussi à l’affaire des 150 prisonniers. Une rumeur circule selon laquelle la France se serait servie de 150 prisonniers de guerre comme cobayes lors d’un essai nucléaire.

Cette histoire se base sur deux éléments sur lesquels ont enquêté Farid Abdelouahab, Pierre Haski et Pascal Blanchard dans le Nouvel Observateur <https://www.nouvelobs.com/histoire/20180320.OBS3880/reggane-1960-comment-une-photo-ambigue-est-devenue-l-icone-d-un-crime-de-la-france.html> .

Premier élément, la photo. Lors des tests atmosphériques, «des mannequins, des matériels et des animaux ont été exposés à l’explosion» afin d’étudier les effets de celle-ci, confirme le ministère de la Défense. La photo de ces mannequins attachés sur des poteaux à différentes distances du site de l’explosion, est souvent réinterprétée comme une photo de corps humains et non de mannequins. «Cela ne tient pas, explique Pascal Blanchard, historien au CNRS. D’autres photos du même jour sont disponibles dans les archives et il ne fait aucun doute qu’il s’agisse bien de mannequins».

Deuxième élément le témoignage d’un légionnaire qui aurait participé au regroupement de 150 prisonniers en vue des tests. «René Vautier a obtenu ce témoignage de seconde main et il n’a jamais été confirmé», tempère Pascal Blanchard.

Dernier clou sur le cercueil de la rumeur, le regroupement de prisonniers aurait eu lieu (s’il a bien eu lieu) en mars 1960 quand la photo date de décembre de la même année.

En 2007, lors d’un article sur le sujet, Le Figaro <http://www.lefigaro.fr/international/2007/02/14/01003-20070214ARTFIG90220-alger_s_indigne_des_ravages_de_la_bombe_atomique_francaise.php>  obtient une réponse surprenante de la part du porte-parole du ministère de la Défense :

«Il n’y a jamais eu d’exposition délibérée des populations locales», assure Jean-François Bureau, le porte-parole du ministère de la Défense. Il s’agit, selon lui, d’une légende entretenue par la photo d’une dépouille irradiée exposée dans un musée d’Alger. «Seuls des cadavres ont été utilisés pour évaluer les effets de la bombe», ajoute-t-il.

Sollicité par CheckNews, le même ministère joue l’amnésie : «Contacté ce jour, soit 11 ans après l’article cité, M. Jean-François Bureau ne garde pas le souvenir de tels propos. Seuls des mannequins, des matériels et des animaux ont été exposés à l’explosion.»

La conclusion revient à Pascal Blanchard : «J’ai la conviction que si l’histoire était vraie, des preuves seraient sorties aujourd’hui. Le sujet a été très travaillé en Algérie. L’utilisation de cadavres reste possible mais nous manquons là encore de preuves. Par contre, on peut dire que peu de précautions ont été prises pour la protection des populations locales.»

De 1960 à 1996 et de l’Algérie à la Polynésie, l’observatoire des armements «estime que sur l’ensemble de la période, la France a sciemment exposé aux radiations entre 150 000 et 200 000 personnes (civils, militaires, population locale) sans l’accompagnement nécessaire étant donné le risque encouru».

En résumé : Les essais nucléaires français ont entraîné des expositions non maîtrisées de personnels civils et militaires. Des manœuvres militaires sur des sites contaminés ont été menées. Malgré les rumeurs, il n’existe pas de preuves d’une utilisation de cobayes humains.

Cordialement.

Olivier Monod  <http://www.liberation.fr/auteur/18637-olivier-monod>    

http://www.liberation.fr/checknews/2018/09/05/la-france-a-t-elle-volontairement-expose-des-personnes-aux-radiations-lors-des-essais-nucleaires-sur_1674973

Sep 06

L’AUTRICHE FERA APPEL DU FEU VERT EUROPÉEN À L’EPR BRITANNIQUE

Vienne – Le gouvernement autrichien a décidé mercredi de faire appel du feu vert de la justice européenne aux aides d’État accordées par le Royaume-Uni pour les réacteurs nucléaires EPR de Hinkley Point, contre lesquelles elle avait porté plainte.

« L’Autriche continue de défendre la position selon laquelle l’énergie nucléaire n’est pas une technologie d’avenir, et que c’est une erreur de considérer comme anodines les subventions à la construction de centrales nucléaires« , a expliqué le conseil des ministres dans une résolution.

L’Autriche, à la pointe de la cause antinucléaire en Europe, conteste les subventions accordées par Londres pour la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point C par NNB Generation, filiale du français EDF.

Vienne avait porté plainte en 2015 avec le Luxembourg, considérant que les subventions publiques doivent être réservées au développement des énergies renouvelables et redoutant une remise en cause la transition énergétique en Europe via une relance la filière nucléaire.

Le Tribunal de l’Union européenne l’a toutefois déboutée le 12 juillet dernier, considérant qu’un État membre a le droit de « définir son bouquet énergétique« , et de « définir le développement de l’énergie nucléaire comme l’objectif d’intérêt public poursuivi par les mesures d’aide« .

Le chantier de Hinkley Point représente selon EDF un investissement total de 19,6 milliards de livres (environ 22,2 milliards d’euros). Le groupe a déjà évoqué un « risque » de retard de 15 mois pour le premier réacteur censé entrer en service fin 2025, et de neuf mois pour le second attendu six mois plus tard.

EDF accumule les déboires avec son EPR pilote en construction depuis 2007 à Flamanville, dans l’ouest de la France. Sa mise en service commerciale a été retardée de huit ans, à 2020, et son coût a plus que triplé, à 10,9 milliards d’euros.

L’Autriche a renoncé à l’énergie nucléaire à la suite d’un référendum en 1978. Le rejet de l’atome y fait l’objet d’un vaste consensus national, englobant tant les écologistes, les libéraux et la gauche que la majorité droite-extrême droite au pouvoir depuis décembre.

https://www.romandie.com/news/L-Autriche-fera-appel-du-feu-vert-europeen-a-l-EPR-britannique/951029.rom

Sep 05

UNE DÉLÉGATION DE SÉOUL VOIT KIM JONG UN À PYONGYANG SUR FOND D’IMPASSE NUCLÉAIRE

Séoul – Une délégation sud-coréenne de haut rang s’est entretenue mercredi avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un à l’heure où Séoul veut organiser un nouveau sommet inter-coréen pour faire sortir les négociations sur la dénucléarisation de l’impasse.

Chung Eui-yong, le conseiller à la sécurité nationale du président sud-coréen Moon Jae-in, parti au Nord avec quatre autres émissaires, avait expliqué au préalable qu’il entendait discuter des façons de « mener à bien la dénucléarisation » de la péninsule coréenne et d’établir « une paix durable« .

La délégation a « rencontré le président Kim Jong Un, lui a remis une lettre personnelle (de M. Moon) et a échangé des points de vue« , a déclaré un porte-parole de la présidence sud-coréenne.

Les Sud-Coréens repartiront dans la soirée pour Séoul après un banquet, a-t-il ajouté, sans autre précision.

Au cours d’un sommet historique le 12 juin à Singapour, le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un étaient parvenus à un compromis très vague en faveur d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne« , dont les modalités et le calendrier ont été repoussés à des négociations de suivi.

Cette promesse était loin de l’objectif initial des États-Unis, à savoir une « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible« .

De plus, ce processus entre Washington et Pyongyang est actuellement au point mort, comme l’a montré l’annulation surprise au dernier moment, le mois dernier par M. Trump, d’un voyage en Corée du Nord de son secrétaire d’État Mike Pompeo.

L’objectif officiel de la visite au Nord d’une délégation sud-coréenne est de définir les détails de l’organisation d’un nouveau sommet entre Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-in, qui est censé avoir lieu ce mois-ci et serait le troisième depuis la fin avril.

Mais des spécialistes du dossier coréen estiment que M. Chung est probablement porteur d’une proposition pour sortir de l’impasse sur la question de la dénucléarisation.

« On pense que l’émissaire va proposer que M. Kim s’engage de façon ferme à présenter une liste de ses armes nucléaires et de ses matériaux fissiles, demandée par les États-Unis, en échange d’une déclaration de fin de la Guerre de Corée« , a déclaré à l’AFP Yang Moo-jin, de l’Université des études nord-coréennes.

La guerre de Corée s’est achevée en 1953 sur un simple armistice qui n’a jamais été suivi d’un traité de paix.

En dépit de l’impasse des négociations avec le Nord, M. Trump a formé le vœu que le prochain sommet inter-coréen soit couronné de succès, au cours d’un échange téléphonique mardi soir avec M. Moon.

Les autorités nord-coréennes ont dénoncé cet été les méthodes de « gangster » des Américains, accusés de vouloir obtenir le désarmement unilatéral de la Corée du Nord sans faire de concession.

Washington appelle de fait la communauté internationale à maintenir la pression et les sanctions tant que Pyongyang n’aura pas abandonné ses armes nucléaires.

Plusieurs rapports, de l’ONU comme de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont confirmé que le régime nord-coréen poursuivait des activités nucléaires.

©AFP / 05 septembre 2018 10h43

https://www.romandie.com/news/Une-delegation-de-Seoul-voit-Kim-Jong-Un-a-Pyongyang-sur-fond-d-impasse-nucleaire/950960.rom

Sep 05

TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : FRANÇOIS DE RUGY APPELLE EDF À METTRE EN ŒUVRE LA VOLONTÉ DU PARLEMENT

François de Rugy a hérité de l’épineux dossier de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la part du nucléaire dans l’électricité. Dans sa première interview comme ministre de la Transition énergétique et solidaire, il juge qu’EDF doit mettre en place la transition énergétique voulue par le Parlement.

La première sortie médiatique de François de Rugy, nouveau ministre de la Transition énergétique et solidaire, a eu lieu le 5 septembre sur France Inter. Dans son entretien, il évoque le rôle que doit jouer EDF dans la Transition énergétique. Il estime qu’il s’agit « d’une grande entreprise qui sait faire entendre ses intérêts à tous les niveaux », mais qui est « comme d’autres entreprises publiques là pour mettre en œuvre la politique votée par le Parlement…« 

« EDF est une grande entreprise qui a des moyens, des moyens par exemple pour faire de la reconversion de salariés, pour faire du reclassement, c’est une entreprise qui a des moyens – et qui le fait déjà – pour développer les énergies renouvelables« , a poursuivi l’ancien Président de l’Assemblée nationale. Évoquant les grands projets éoliens en mer, il a d’ailleurs jugé que « c’est cela vers quoi EDF doit se tourner« . L’électricien doit développer trois grands champs offshores au large des côtes françaises.

Rendez-vous fin octobre

Interrogé plus généralement sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et en particulier sur la place du nucléaire, il assure que le gouvernement sera en mesure de présenter sa feuille de route énergétique « à la fin du mois d’octobre« . Elle précisera « la part de chaque énergie, le développement des énergies renouvelables que nous voulons faire« , a-t-il souligné, alors qu’il était interrogé sur la part du nucléaire dans la production d’électricité.

La France, qui veut réduire sa dépendance à l’atome, est en pleine élaboration de la PPE pour les années 2019-2023 et 2024-2028. Le gouvernement devait initialement en présenter une première version cet été. La question du nucléaire – et des fermetures de réacteurs – est la plus épineuse du débat. Seule la fermeture de la centrale de Fessenheim a été pour l’instant décidée.

Héritage nucléaire

Interrogé sur le projet « Cigéo » d’enfouissement en profondeur des déchets nucléaires à Bure (Meuse), François de Rugy a également affirmé que « cela fera partie des sujets évidemment liés aussi à la programmation pluriannuelle de l’énergie« .

« Même si on arrêtait le nucléaire demain matin – ce que personne ne propose et ce que tout le monde sait impossible à faire – même dans 10 ans, même dans 30 ans, on aurait de toute façon à gérer l’héritage des déchets nucléaires qui existent depuis qu’on produit de l’électricité avec des centrales nucléaires en France, c’est-à-dire depuis plus de 50 ans« , a-t-il observé.

Ludovic Dupin avec AFP

https://www.novethic.fr/actualite/energie/transition-energetique/isr-rse/transition-energetique-francois-de-rugy-appelle-edf-a-mettre-en-uvre-la-volonte-du-parlement-146276.html

NDLR: le Parlement étant majoritairement acquis à la cause macronnienne et à celle des lobbies, De Rugy pourra toujours dire que dans une démocratie, c’est le Parlement qui gouverne et la messe sera dite.

Sep 05

AUTOUR DE TCHERNOBYL, L’EFFRAYANT ÉTAT DE SANTÉ DES HABITANTS DES ZONES CONTAMINÉES

Trente-deux ans après l’accident nucléaire de Tchernobyl, de larges territoires de l’Ukraine sont encore imprégnés d’éléments radioactifs. Les habitants les plus pauvres consomment toujours des aliments issus de jardins ou de forêts contaminés. Et de nouvelles maladies apparaissent, y compris chez des enfants nés après la catastrophe.

Kiev et Tchernobyl (Ukraine), reportage

À travers la fenêtre du minibus, un paysage d’épaisse forêt de pins défile rapidement, tressautant au fil des nids de poule. À part, de temps en temps, un symbole « radioactif » sur un panonceau et l’aspect curieusement désert et hors du temps des lieux, rien n’indique que nous sommes dans un des endroits les plus contaminés du monde. Seul un check-point, où nos passeports ont été vérifiés, indique l’entrée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. Un territoire du nord de l’Ukraine vaste de quelque 2.600 kilomètres carrés (km²) — la taille du Luxembourg — où la plupart des activités humaines (habitations, agriculture, chasse, cueillette, exploitation forestière) restent interdites à cause de la radioactivité.

L’accident nucléaire de Tchernobyl a commencé le 26 avril 1986 à 1 h 23 du matin, avec l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale. Les matières contenues dans le cœur ont été projetées à plus de 1.200 mètres de hauteur avant de retomber au gré des vents. Aujourd’hui, la zone d’exclusion est encore imprégnée de ces particules radioactives et le restera pendant des dizaines de milliers d’années. Un poison invisible et persistant qui rappelle que, trente-deux ans après, la catastrophe est loin d’être terminée. « Le problème le plus important, c’est qu’il s’agit d’une contamination par des nucléides à vie longue. Le plutonium 239 a une période [1] de 24.110 ans », a rappelé le professeur Valery Kashparov, de l’Institut ukrainien de radiologie agricole, lors d’un colloque à Kiev le 10 juillet 2018. <https://reporterre.net/REP-Autour-de-Tchernobyl-l-etat-de-sante-effrayant-des-habitants-des-zones#nb2-1>

À l’hôpital d’Ivankiv, les cartes de la contamination au césium 137 (à gauche) et au strontium 90 (à droite) du district.

Le panache radioactif ne s’est pas arrêté à trente kilomètres du réacteur accidenté. Jusqu’à la mi-mai 1986, il a survolé la Biélorussie et l’Ukraine ainsi que la plupart des pays d’Europe, disséminant un peu partout des éléments radioactifs tels que l’iode 131, le césium 134 et le césium 137 « En Ukraine, 40.000 km² sont contaminés, a récapitulé M. Kashparov. Mille sites se trouvaient dans la zone de contamination cartographiée en 1991. »

Aujourd’hui encore, un risque important de contamination alimentaire

Quand on vit sur ces territoires, le risque principal est la contamination interne, si l’on consomme des aliments contaminés par les éléments radioactifs. « À Rivne, où la population est composée à 40 % d’enfants, la contamination du lait au césium 137 peut atteindre 1.000 becquerels par litre [Bq/l] », soit dix fois la norme ukrainienne établie pour les adultes, a alerté M. Kashparov. Dans cette province, à cause du lait contaminé, quasiment tous les habitants reçoivent une dose de radioactivité supérieure au seuil de 1 millisievert par an (mSv/an) la limite d’exposition du public (https://www.irsn.fr/FR/connaissances/faq/Pages/Quelle_est_la_dose_de_radioactivite_dangereuse_pour_la_sante.aspx ) ; pour ceux du village de Berezove, c’est près de 4 mSv/an. « En l’absence de mesures de protection, cette situation pourrait perdurer des années, au moins jusqu’en 2040 », s’est désolé le professeur. Dans l’est du district d’Ivankiv, le problème est plutôt la contamination des sols au strontium 90, avec une activité supérieure par endroits à 37 kBq/m². Or, à partir de 5 kBq/m², il existe un risque de contamination des céréales cultivées à un niveau supérieur à la norme.

Les incendies dans les forêts contaminées aggravent encore la situation. 90 % de la zone d’exclusion est couverte d’arbres contaminés au césium 137 et au strontium 90. En période de sécheresse, les départs de feu sont nombreux : plus de cinq cents ont été recensés entre 1993 et 2017. 15.000 hectares de forêt ont été carbonisés en 2015 ; en juillet 2016, ce sont 300 hectares de la « forêt rousse » la plus contaminée, composée d’arbres tués par la radioactivité dans les semaines qui ont suivi l’accident nucléaire, qui sont partis en fumée. Or, pendant l’incendie, une partie des éléments radioactifs accumulés dans le bois et les feuillages sont relâchés dans l’atmosphère. Un peu de vent, et c’est un nouveau petit nuage radioactif qui contamine un peu plus les territoires avoisinants. « Après les incendies, 78 % des enfants examinés dans les districts voisins d’Ivankiv et de Polésie ont vu leur niveau d’homocystéine sanguine augmenter », a rapporté le professeur Youri Bandajevsky le 10 juillet à Kiev. Cet acide aminé peut, selon lui, trahir une exposition au césium 137 et un risque accru de maladies cardiovasculaires et de cancers.

L’incinérateur destiné aux arbres provenant de la zone contaminée.

Car la radioactivité a des conséquences graves sur la santé humaine. Les plus connues sont celles qui résultent d’une exposition massive mais de courte durée, observées chez les victimes des bombes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki et chez les intervenants auprès du réacteur accidenté de Tchernobyl : le syndrome d’irradiation aigu, qui a tué 47 travailleurs et membres des équipes de secours [2 <https://reporterre.net/REP-Autour-de-Tchernobyl-l-etat-de-sante-effrayant-des-habitants-des-zones#nb2-2> ], et les cancers — notamment des leucémies. Chez les habitants des zones évacuées ou très contaminées, le nombre de cancers de la thyroïde a explosé les quatre à cinq années après l’accident, notamment chez les petits nourris de lait contaminé à l’iode 131.

Une nouvelle génération d’enfants malades de la radioactivité

Mais d’autres effets sont plus pernicieux. Ils sont liés à une contamination chronique à faible dose et peuvent apparaître chez des enfants nés bien après 1986. Ce sont précisément ceux qui intéressent Youri Bandajevsky. Chercheur en anatomie pathologique, il a commencé à étudier les impacts de la radioactivité sur l’organisme humain en 1990, à l’Institut de médecine de Gomel, en Biélorussie, à la lisière de la zone interdite. « À Gomel, plus de 80 % des enfants souffraient de pathologies cardiovasculaires ou cardiaques, surtout de problèmes du rythme cardiaque », a-t-il raconté. [3] <https://reporterre.net/REP-Autour-de-Tchernobyl-l-etat-de-sante-effrayant-des-habitants-des-zones#nb2-3>

Après plusieurs années de prison — ses premières découvertes n’ont pas été au goût du régime autoritaire d’Alexandre Loukachenko, qui souhaitait tourner au plus vite la page de l’accident de Tchernobyl —, Youri Bandajevsky a fondé le laboratoire Écologie et Santé à Kiev, en Ukraine. Entre 2013 et 2017, un programme de recherche soutenu par l’Union européenne lui a permis de poursuivre ses travaux à l’hôpital d’Ivankiv, à une cinquantaine de kilomètres du réacteur accidenté.

En trois ans, le chercheur a réalisé plus de 11.000 examens radiométriques et toute une batterie de tests sur des enfants des districts d’Ivankiv et de Polésie. Les résultats sont accablants : anomalies cardiaques chez 81,9 % des enfants, désordres métaboliques, problèmes de glande thyroïde.

Les analyses de sang d’un tiers des enfants présentent des valeurs hors normes, comme des niveaux anormaux de protéines de transport des androgènes (ABP) < https://fr.wikipedia.org/wiki/prot%C3%A9ines_de_transport_des_androg%C3%A8nes_%28ABP%29 > , d’aspartate aminotransférase (AST) < https://fr.wikipedia.org/wiki/aspartate_aminotransf%C3%A9rase_%28AST%29 >  et de lymphocytes T4.

« 35 % des enfants ont des problèmes de foie. C’est impensable. Les experts indiquent qu’ils ne retiennent que les cas extrêmes et cela fait déjà un grand nombre, a lâché le chercheur en faisant défiler ses graphiques. Le pire, c’est que les organismes de la première génération exposée à la contamination résistaient plutôt bien aux doses de radioactivité. Mais la génération suivante n’a plus cette résistance. »

Grâce aux nouveaux équipements de la maternité d’Ivankiv, la mortalité péri-natale a été divisée par trois.

Pour Youri Bandajevsky, des solutions existent pour minimiser ces troubles : examiner régulièrement les enfants, leur administrer des vitamines, éviter autant que possible de leur donner des aliments contaminés et privilégier les algues, s’assurer que leur alimentation comporte suffisamment d’iode… Mais l’Ukraine a connu de nombreuses secousses depuis 1986 — chute de l’URSS, dérives autoritaires de plusieurs dirigeants, révolutions, rattachement de la Crimée à la Russie puis guerre civile du Donbass — et la lutte contre la contamination n’est pas sa priorité. « La situation socioéconomique du pays, déjà compliquée, a empiré ces dernières années. La dégradation des conditions de vie a entraîné les habitants du district d’Ivankiv dans une extrême pauvreté et les a poussés à chercher leur nourriture dans la forêt », a observé Natalia Dubovaya, qui a conduit l’étude avec Youri Bandajevsky. Nombreux sont celles et ceux contraints de se nourrir de gibier, de baies et de champignons provenant des forêts empoisonnées au césium et au strontium, où ils ramassent également du bois de chauffage. « Les habitants respirent les fumées de particules radioactives puis épandent les cendres contaminées dans leurs potagers, où ils cultivent les légumes », a déploré Youri Bandajevsky. Sur la route qui conduit à la zone d’exclusion de Tchernobyl, on peut voir des gens — souvent des personnes âgées — qui vendent pour quelques hryvnias (la monnaie ukrainienne) les baies récoltées dans ces bois radioactifs.

Le laboratoire de diagnostic fonctionnel de l’hôpital d’Ivankiv.

Depuis 2013, un programme européen soutient un certain nombre de projets destinés à améliorer cette situation : l’équipement de l’hôpital d’Ivankiv, la construction d’une serre où cultiver des légumes sains pour les enfants et les femmes enceintes du district, un incinérateur où brûler le bois contaminé de la zone d’exclusion. Reporterre les présentera dans un prochain reportage.

Émilie Massemin (Reporterre), le 5 septembre 2018

https://reporterre.net/REP-Autour-de-Tchernobyl-l-etat-de-sante-effrayant-des-habitants-des-zones

Sep 05

LE JAPON RECONNAIT POUR LA PREMIÈRE FOIS QUE LA MORT D’UN EMPLOYÉ DE FUKUSHIMA EST DUE AUX RADIATIONS

Le ministère de la santé, du travail et de la sécurité sociale a décrété que des indemnités devraient être versées à la famille de cet employé mort d’un cancer du poumon.

Plus de sept ans après le séisme de magnitude 9 qui frappa la région du Tohoku le 11 mars 2011, déclenchant un tsunami dévastateur qui fit plus de 18 000 morts et provoqua la catastrophe de Fukushima, les autorités japonaises reconnaissent pour la première fois qu’un employé de la centrale nucléaire de Fukushima est mort des suites d’une exposition aux radiations.

Le ministère de la santé, du travail et de la sécurité sociale a décrété que des indemnités devraient être versées à la famille de cet employé mort d’un cancer du poumon, diagnostiqué en février 2016 <https://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/auxiliaire/%C3%AAtre/ >  

Maladie reconnue chez 4 employés de la centrale

Le quinquagénaire avait passé sa carrière à travailler < https://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/travailler/ >  dans diverses centrales nucléaires du pays, et il était intervenu à la centrale accidentée de Fukushima Daiichi, gérée par la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), à au moins deux reprises après l’accident de mars 2011. Le ministère de la santé, du travail et de la sécurité sociale avait précédemment reconnu que l’exposition aux radiations était responsable de la maladie de quatre employés de Fukushima.

Des centaines de morts ont été attribuées au chaos des évacuations durant la période de crise en 2011 et aux difficultés et au traumatisme endurés par les personnes déplacées, mais le gouvernement nippon a estimé que les radiations n’étaient nullement en cause. Plus de 160 000 habitants de la région ont dû quitter < https://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/quitter/ >  leurs maisons après l’accident de la centrale.

LE MONDE | 05.09.2018 à 11h00

Sep 05

CUVE DE L’EPR: VOUS POUVEZ DONNER VOTRE AVIS

L’Autorité de sûreté nucléaire lance une consultation publique concernant le projet d’autorisation de mise en service de la cuve de l’EPR de Flamanville. Vous avez jusqu’au 24 septembre pour donner votre avis. 

Sur le site internet de l’ASN, l‘Autorité de sûreté nucléaire, une consultation du public concernant la mise en service et l’utilisation de la cuve du réacteur EPR de Flamanville a été lancée. 

« Après avoir rendu, en 2017, un avis sur l’anomalie de la composition chimique de l’acier du couvercle et du fond de la cuve, l’ASN a poursuivi l’évaluation d’ensemble de la cuve. Sur cette base, l’ASN a établi un projet de décision autorisant la mise en service et l’utilisation de cet équipement. »

Fin 2014, pour rappel, une anomalie dans la composition chimique de l’acier du couvercle et du fond de la cuve de l’EPR, construit par Areva au Creusot, a été mise en évidence.  Cette anomalie peut diminuer la ténacité de l’acier, c’est-à-dire sa résistance à la propagation d’une fissure.

L’an dernier, l’ASN a rendu un avis qui dit que la cuve peut être mise en service mais le couvercle actuel doit, lui, être changé avant fin 2024.

Pour lire quelques-unes des contributions, cliquer sur : : https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/nord-cotentin/flamanville/cuve-epr-vous-pouvez-donner-votre-avis-1535456.html

Sep 04

LE 8 SEPTEMBRE 2018 — PARTICIPEZ À UNE JOURNÉE MONDIALE D’ACTION

Les grandes décisions climatiques découlent de l’action citoyenne.

C’est l’action locale qui ouvre la voie. Prenez part au mouvement qui met fin à l’ère des combustibles fossiles et développe une énergie 100% renouvelable, accessible à tou.te.s.

Des centaines d’actions dans le monde, des dizaines en France. De Lyon à Paris, en passant par Tours, Aubenas et Montpellier :

Faites grandir les rangs de celles et ceux qui se mobilisent : organisez votre propre action ! Faisons en sorte que notre mouvement soit impossible à ignorer, aussi bien par l’opinion publique que par les élu·e·s et les institutions. Construisons un mouvement puissant et durable pour faire gagner les enjeux environnementaux face aux intérêts économiques.

Ressources pour organiser votre événement local (cliquer)

Hulot démissionne : pas nous ! Le gouvernement a sans doute perdu sa “caution verte”, mais nous ne sommes pas condamné·e·s à regarder gagner les lobbies qui défendent les intérêts économiques d’une minorité. Au travers de toutes nos actions le 8 septembre, nous partagerons le même message : nous sommes mobilisé·e·s. Au contraire du gouvernement Macron qui creuse les inégalités, des élu·e·s qui n’ont jamais intégré la transition écologique et sociale au cœur de leur projet politique, de nos institutions qui ne saisissent pas leur responsabilité et continuent de prêter l’oreille aux multinationales plutôt que de rompre le statu quo, des acteurs financiers qui fournissent les ressources nécessaires aux projets insoutenables à l’équilibre de la vie sur terre.

Nous sommes les seuls à pouvoir résoudre la crise climatique et il n’y pas une minute à perdre.

Le 8 septembre, nous organisons des milliers de rassemblements dans le monde entier pour exiger de nos dirigeants locaux qu’ils s’engagent à construire un monde Zéro Fossile, où l’humain passe avant le profit. Assez de tergiversations, assez de retards : il est temps de passer à une énergie 100 % renouvelable accessible à tou.te.s.

Pour tout lire, cliquer sur : https://fr.riseforclimate.org/#map-trouver

NDLR : petit complément d’info :

17h08 : Les chasseurs saluent la nomination de François de Rugy

Dans un communiqué, la Fédération nationale des chasseurs saluent «la nomination d’un pragmatique au ministère de la Transition écologique». La décision de nommer le président de l’Assemblée nationale boulevard Saint-Germain , soulignent-ils, «intervient dans un contexte de réforme de la chasse française sans précédent ». 

Trouvé sur le site : https://www.20minutes.fr/politique/2330335-20180904-direct-remaniement-ministeriel-remplacer-hulot-decouvrez-nouveaux-visages-gouvernement

Sep 04

QUI EST FRANÇOIS DE RUGY, NOUVEAU MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE ET REMPLAÇANT DE NICOLAS HULOT ?

L’actuel président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, va remplacer Nicolas Hulot au ministère de l’Écologie. Richard Ferrand est candidat au perchoir.

Alors que les spéculations sur le nom du futur ministre de la Transition écologique et solidaire se sont multipliées ces derniers jours, le gouvernement a tranché. François de Rugy, l’actuel président de l’Assemblée nationale remplace Nicolas Hulot au gouvernement a annoncé mardi l’Élysée. Il aura également la charge des Transports. Richard Ferrand, chef du groupe LREM à l’Assemblée, est pour sa part candidat au perchoir. Enfin, l’ancienne nageuse Roxana Maracineanu est nommée ministre des Sports à la place de Laura Flessel, qui a annoncé son départ dans la matinée, a précisé la présidence. 

Cette nomination n’est pas franchement une surprise en soi. Passé par Génération écologie dans les années 1990, François de Rugy est élu député en 2012 sous l’étiquette Europe Écologie-Les Verts. Il a été candidat à la primaire citoyenne organisée par la gauche en 2017 et dans laquelle il a obtenu 3,81% des suffrages au premier tour. L’homme, qui se définit comme un “écolo sérieux”, y a exposé son programme, avec notamment pour objectif la sortie du nucléaire et la production de 100% de l’électricité française à partir d’énergie renouvelable à “l’horizon 2050”.

Un “écolo sérieux” soutien d’Emmanuel Macron

En 2015, il publie son ouvrage “Écologie ou gauchisme, il faut choisir !”, et y déclare notamment : “À s’enfermer dans des postures toujours négatives, à emboîter le pas à la gauche de la gauche, l’écologie politique dévoie son ADN et va dans le mur”. C’est ainsi qu’il officialise son ralliement au candidat Emmanuel Macron dès février 2017, décidant ainsi de ne pas respecter sa promesse de soutenir Benoît Hamon, victorieux de la primaire à gauche.

Réélu député en juin 2017 sous l’étiquette En Marche, puis désigné Président de l’Assemblée nationale par la nouvelle majorité, François de Rugy assume en parallèle “une approche pragmatique de l’économie” et s’est ainsi déclaré favorable à une poursuite “de la baisse le coût du travail”.

Également en charge des Transports, il pourrait faire parler son expérience d’ancien adjoint chargé des Transports à la mairie de Nantes, entre 2001-2008. Il a également été l’un des vice-présidents de la communauté urbaine Nantes Métropole, chargé des Déplacements.

Quels chantiers l’attendent ?

L’ancien Vert aura pour tâche de succéder à Nicolas Hulot, qui lors de son départ du gouvernement avait regretté “d’être seul à la manœuvre » et de n’avoir “ni le pouvoir ni les moyens” de son ambition écologique. François de Rugy doit déjà faire face à des chantiers d’envergure parmi lesquels la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), censée mettre en œuvre les objectifs de transition énergétique sur les périodes 2018-2023 et 2024-2028 (et acter ainsi la diminution la part du nucléaire dans la production d’électricité). Pour le moment, seule la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim est confirmée…Enfin, le nouveau ministre devra assurer la mise en place d’un plan d’action contre la pollution, et entre autres la présentation d’un plan vélo en septembre.

https://www.capital.fr/economie-politique/francois-de-rugy-devrait-remplacer-nicolas-hulot-au-gouvernement-1305446

Sep 04

LANNION : RASSEMBLEMENT DIE-IN “STOP SIX NOUVEAUX EPR” VENDREDI 7 SEPTEMBRE