CHINE : RUPTURE PRÉCOCE DES GAINES DE COMBUSTIBLE EPR

…une fragilité connue depuis 2002. Le réacteur chinois de Taishan a servi de cobaye.

Les bribes d’informations sont publiées au compte-goutte sur le problème critique du réacteur franco-chinois EPR de Taishan*. Les fuites anormales de gaz radioactifs du circuit primaire sont les conséquences de ruptures du gainage des combustibles assemblés dans l’usine de Romans sur Isère**.

Le gainage du combustible est la première barrière de confinement. La deuxième est la cuve. Un combustible aux gaines défectueuses dans une cuve défectueuse avec des soudures quasi impossibles à refaire c’est comme conduire une voiture sans liquide de freinage, sans frein en main avec la direction bloquée. La filière nucléaire voudrait se faire hara kiri qu’elle ne s’y prendrait pas mieux.

Le gainage dit M5, qui équipe les réacteurs de 1300 MW et maintenant les EPR chinois, a posé problème en raison de PPP (Petits Percements Précoces) et son expérimentation à Nogent fut suspendue en 2002. Puis l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) la validait en 2014*** avec des réserves sur les 1300 MW. Les EPR ont une puissance de 1650 MW. Les réacteurs EPR chinois sont les premiers à fonctionner depuis 2018, et donc la tenue du gainage dans un réacteur de cette puissance supérieure n’a pas été testée. Il semblerait que cela ne tienne pas le choc et ait peut-être débouché sur un début de fusion du cœur comme à St Laurent des Eaux.

Ce combustible au gainage défectueux c’est celui que s’est empressé de faire livrer EDF à Flamanville alors que la mise en service de plus en plus improbable a été repoussée après les élections présidentielles de 2022.

Le Collectif anti-nucléaire Ouest demande l’arrêt des réacteurs franco-chinois EPR défaillants, exige l’abandon immédiat du chantier EPR de Flamanville et de tous les chantiers EPR engagés que ce soit à Hinkley Point au Royaume Uni ou en Finlande à Olkiluoto, appelle chaque citoyen conscient du risque à se mobiliser pour un avenir libéré du nucléaire, énergie de destruction massive.

* https://www.can-ouest.org/nucleaire-probleme-critique-sur-lepr-chinois-de-taishan/

**https://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/la-fuite-de-l-epr-chinois-fait-le-tour-du-monde-30eac7e8-cd2e-11eb-a8da-e398395d2765

*** https://www.irsn.fr/FR/expertise/avis/2014/Pages/Avis-IRSN-2014-00149.aspx#.X1oUQdTgrIU

Contact presse : Didier Anger 06 80 23 39 45 / Chantal Cuisnier 06 84 14 58 87 / Martial Château 06 45 30 74 66 /

Collectif Anti-Nucléaire Ouest

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Par Chantal CUISNIER, publié le16 juin 2021

https://www.can-ouest.org/rupture-precoce-des-gaines-de-combustible-epr/

L’INCIDENT SUR L’EPR CHINOIS À TAISHAN POURRAIT AVOIR DES CONSÉQUENCES SUR LE NUCLÉAIRE EN FRANCE

Un incident survenu sur une centrale chinoise dans le sud du pays, à Taishan, met le nucléaire français en émoi. C’est sur un réacteur tricolore de type EPR que l’anomalie et une légère hausse de radioactivité ont été enregistrées. Un coup dur pour la Chine qui veut montrer un haut niveau de sûreté pour exporter ses technologies, et pour EDF qui aspire à construire plusieurs EPR dans l’Hexagone.

La situation n’est pas très claire en Chine. Lundi 14 juin, la chaîne d’information américaine CNN révélait que des mesures anormales de radioactivité ont été enregistrées dans le réacteur n°1 de Taishan, laissant craindre une fuite. Le réacteur concerné est l’EPR, un design français. Il est opéré par une coentreprise détenue à 70 % par le chinois CGM et à 30 % par l’électricien EDF. Si EDF a immédiatement demandé des informations à ses partenaires chinois, il a fallu plus de deux jours pour que les autorités chinoises reconnaissent un « incident mineur« .

Concrètement, selon les informations du ministère de l’environnement chinois et de l’Autorité de sûreté nucléaire, une hausse de la présence de gaz rare radioactif – du xénon et du krypton – a été enregistrée dans l’eau du circuit primaire du réacteur (un circuit d’eau fermé), causée « par environ cinq barres de combustibles endommagées« . Concrètement, dans la cuve du réacteur, l’uranium est inséré sous forme de pastille dans des grandes gaines métalliques. Il semblerait que plusieurs d’entre elles aient perdu leur étanchéité, sur un total de 60 000.

La hausse de radioactivité a été limitée et confinée au cœur du réacteur. L’incident n’est pas si rare. Il s’est déjà produit sur le parc nucléaire français où des gaines de zirconium ont montré une forme de corrosion. Mais si cet événement fait grand bruit, c’est que la Chine a mis un peu de temps, au regard des normes françaises ou américaines, pour le rendre public. De plus, là où le réacteur aurait sans doute été mis à l’arrêt en France pour vérification, il continue à fonctionner à Taishan.

L’image de sûreté de la Chine

L’événement tombe très mal pour la Chine et pour EDF. Pour la Chine car Pékin, devenu réellement indépendant techniquement sur l’atome, veut désormais exporter ses réacteurs partout dans le monde et doit montrer un niveau de sûreté irréprochable. Pour EDF, l’information tombe mal car, l’énergéticien français vise la construction d’une série de six réacteurs dans l’Hexagone afin de renouveler le parc domestique dont les premières tranches viennent de franchir l’âge de 40 ans. Or l’EPR a une image un peu écornée, que cet incident, même s’il n’est a priori pas imputable au design du réacteur, ne va pas arranger.

Les deux EPR de Taishan, mis en service en 2018, étaient cités régulièrement en exemple par la filière nucléaire française. Ces unités, construites par l’industrie chinoise, avaient plutôt bien respecté les délais et les coûts. Ces têtes de série opérationnelles contrebalançaient donc la dérive des chantiers européens. L’unité en construction à Flamanville (Manche) affiche 12 ans de retard et un doublement de son coût. Celui d’Olkiluoto en Finlande atteint 14 ans de retard. Il y a également deux réacteurs dont le chantier vient de débuter au Royaume-Uni.

Au-delà du cas de l’EPR, de la France, c’est la question du nucléaire en Europe qui se pose. Alors que des pays au Moyen-Orient (Irak, Arabie Saoudite) ou l’Inde et la Chine sont allants sur l’atome, l’Europe peine à lui trouver une place. Bruxelles a travaillé sur un vaste fléchage des investissements verts en faveur de la transition écologique, c’est ce que l’on appelle la « Taxonomie européenne ». Or le cas du nucléaire n’a pas pu être tranché. L’incident de Taishan, survenu sur un réacteur ultra-sécurisé de dernière génération, va nécessairement donner de l’eau au moulin à ceux qui veulent mobiliser des investissements en faveur des nouveaux projets nucléaires. (Voir ci-dessous la NDLR)

Par Ludovic Dupin, (@LudovicDupin), publié le 17 juin 2021

https://www.novethic.fr/actualite/energie/energie-nucleaire/isr-rse/l-incident-sur-l-epr-chinois-a-taishan-pourrait-avoir-des-consequences-sur-le-nucleaire-en-france-149907.html

NDLR : je pense que ce sont plutôt les opposants au nucléaire qui doivent se réjouir !

EXPOSITION CRILAN À LA MJC DE CHERBOURG: LE VÉCU DE L’ACCIDENT NUCLÉAIRE DE FUKUSHIMA, LES PAROLES DES ENFANTS

L’accident nucléaire qui s’est déroulé à Fukushima au Japon en mars 2011 fut indéniablement un «événement » majeur de l’année 2011.

10 ans après, catastrophe le CRILAN a voulu marquer l’anniversaire de cette catastrophe.

Cette exposition est le fruit d’un groupe de travail du CRILAN pendant le confinement en appui sur les travaux universitaires de Madame Akiko IDA, ethnologue de l’enfance et de la famille. Illustrée par Madame Misato YUGI, cette exposition traduit en 12 panneaux le vécu et les interrogations des enfants de cette région suite à cet accident nucléaire majeur.

MJC Cherbourg, 20 Rue de l’Abbaye jusqu’au 23 juillet 2021
9h-12h et 14h-18h, ven 14h-16h

« Toucher à notre sensibilité et notre intelligence », tel est l’objectif de cette exposition centrée sur les enfants japonais, acteurs à part entière de l’évènement.

Au fil de leurs propos apparaissent le passé et Hiroshima, le présent et l’incertitude, le futur et ses inconnues ; le soupçon et la peur vis-à-vis de ce que disent et taisent les autorités, ce qu’elles prescrivent et interdisent.

L’événement ne crée pas seulement une rupture dans l’ordinaire des choses, il vient aussi modifier un ensemble de pratiques auparavant banales: les imperméables et parapluies deviennent ainsi des outils prophylactiques pour se protéger de gouttes qui pourraient charrier bien autre chose que de l’eau.

Qu’en est-il de l’expérience vécue dans un monde où ce que l’on mange, ce que l’on respire, ce que l’on entend est sujet au doute et synonyme de danger?

Les gestes du quotidien, les exils du territoire de la catastrophe ; les rapports entre le rural et l’urbain ; l’avenir compromis ; le rapport à l’État et ses dirigeants ayant failli à la préservation de ce bien collectif qu’est la santé: tout cela et tant d’autres choses sont mis à l’épreuve.

10 ans après l’évènement, l’exposition interpelle notre addiction à l’énergie nucléaire et la place que nous laissons à nos enfants.

Pour accéder à l’exposition en ligne sur le web (confort visuel inférieur aux panneaux), cliquer sur : http://crilan.fr/exposition-web-les-paroles-des-enfants-de-fukushima/ et faire défiler

Par André JACQUES, publié le 17 juin 2021

Photo en titre: Réacteurs nucléaire EPR Taishan Chine, @EyePress News _ EyePress via AFP

https://crilan.fr/exposition-crilan-a-la-mjc-de-cherbourg-le-vecu-de-laccident-nucleaire-de-fukushima-les-paroles-des-enfants/

CHINE : DEUX RÉACTEURS NUCLÉAIRES SECRETS INQUIÈTENT LES SCIENTIFIQUES

En pleine transition énergétique, la Chine jette son dévolu sur le nucléaire. Parmi les nombreux projets de réacteurs, deux sont particulièrement source d’inquiétude pour certains scientifiques. Ces “surgénérateurs” génèrent en effet du plutonium, le même composant que l’on place dans les têtes nucléaires !

Des réacteurs civils au plutonium

La Chine a entamé une transition énergétique et s’intéresse grandement au nucléaire. Pas moins de 19 réacteurs sont ainsi en construction et 115 autres sont en projet ou en cours d’étude dans ce pays. La Chine a d’ailleurs annoncé la construction d’une usine pilote qui devrait à terme permettre à sécuriser ses approvisionnements en uranium en l’extrayant de l’eau de mer. Ce pays multiplie donc les moyens de faire du nucléaire son fer de lance de la transition énergétique.

Dans un article du 25 mai 2021, Popular Mechanics évoquait la construction de deux réacteurs nucléaires sur l’île de Changbiao, dans la province du Fujian (sud-est). Ces réacteurs baptisés China Fast Reactor 600 (CFR-600) devraient être opérationnels en 2023 et 2026. Or, leur installation est une source d’inquiétude pour de nombreux observateurs.

Crédits : world-nuclear-news.org

Ce type de “surgénérateurs” ou plutôt Réacteur rapide refroidis au sodium (RNR-Na) consommerait plus d’uranium que les autres solutions existantes. D’une capacité de 600 MWe (mégawatt électrique), ces réacteurs sont nourris au MOX, un mélange d’oxydes issu du traitement du combustible usé des centrales nucléaires constitué de 92 % d’uranium et 8 % de plutonium. Le problème est que ces CFR-600 rejetteraient d’importantes quantités de plutonium. Or, ce composant est davantage connu pour intégrer la fabrication d’armes nucléaires.

Un objectif militaire caché ?

Salon un rapport du Nonproliferation Policy Education Center (NPEC) publié en 2021, ces deux réacteurs pourraient permettre à la Chine de disposer de près de 1 300 têtes nucléaires d’ici à 2030. Le NPEC estime que le programme nucléaire civil chinois est en partie bien plus opaque que celui des États-Unis, des pays européens, du Japon ou encore de la Corée du Sud. De plus, Pékin n’a fait aucun rapport à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (IAEA) depuis 2017.

Les auteurs du rapport s’inquiètent donc des capacités de ces réacteurs soi-disant civils. En considérant la potentielle contribution à la constitution d’un important stock de plutonium, les suspicions relatives à un objectif militaire prennent tout leur sens. Enfin, les analystes ont rappelé que les services de renseignement des États-Unis accusent la Chine de s’être engagée dans une course à l’armement atomique. Son objectif serait en effet de doubler son arsenal nucléaire dans un avenir proche.

Par Yohan Demeure, rédacteur scientifique, publié le 16 juin 2021 à 15h08

Photos : Crédits : world-nuclear-news.org

https://sciencepost.fr/chine-reacteurs-inquietent-scientifiques/

INTRUSION DE GREENPEACE À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CATTENOM EN 2017: PAS DE RELAXE POUR LES MILITANTS

Après leur action au sein de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle), où des feux d’artifice ont été tirés, huit militants de Greenpeace plaident un « état de nécessité« . 

Pour avoir pénétré dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) et y avoir tiré des feux d’artifice, huit militants de Greenpeace et un salarié avaient été condamnés à de lourdes amendes par la Cour d’appel de Metz.

Mais trois ans après les faits et un an après la décision de la justice, l’affaire continue. Les prévenus ont formé un pourvoi à la Cour de cassation à l’appui de leur demande de relaxe.

Un feu d’artifice tiré 

Pour rappel, les faits remontent à l’aube du jeudi 12 octobre 2017. Vers 5h30, des militants de Greenpeace se sont introduits dans l’enceinte de la centrale nucléaire.

Sur son compte Twitter, l’ONG avait fait part de feux d’artifice tirés « au pied de la piscine de combustible usagé ».

La cour d’appel de Metz a condamné huit militants à 180 jours-amende et 270 jours-amende pour un salarié. Ils devront payer entre 4 et 11 euros par jour selon leurs revenus, contre 10 euros par jour pour le salarié. Greenpeace a également été condamnée à payer 211 000 euros de préjudice matériel et 50 000 euros de préjudice moral pour cette action menée dans le nord de la Moselle.

Une action qui avait pour but d’afficher la vulnérabilité des sites nucléaires, deux jours après la remise d’un rapport d’experts sur ce sujet.

Pas de danger imminent à la centrale nucléaire

Dans leur recours, à l’appui de leur demande de relaxe, les prévenus ont déclaré « un état de nécessité » auprès de la Cour de cassation. Celui-ci permet d’écarter la responsabilité pénale d’une personne qui accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde d’une personne ou d’un bien.

Mais dans son arrêté rendu mardi, la Cour de cassation rejette « l’état de nécessité » et valide le raisonnement de la cour d’appel de Metz qui a considéré que le danger n’était pas imminent, mais l’expression d’une « crainte face à un risque potentiel, voire hypothétique ».

Par ailleurs, elle précise que « le délit d’intrusion, qui visait à dénoncer une situation, n’était pas de nature à remédier au danger dénoncé ».

Ainsi, la Cour de cassation considère la condamnation émise par la Cour d’appel de Metz comme définitive.

Par Ninon Oget, publié le 16 Juin 21 à 8h31 

Photo en titre : La centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle. (©Illustration/Adobe Stock)

https://actu.fr/grand-est/cattenom_57124/intrusion-de-greenpeace-a-la-centrale-nucleaire-de-cattenom-pas-de-relaxe-pour-les-militants_42671027.html

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NUCLÉAIRE : À NARBONNE, L’USINE D’URANIUM, LES CANCERS DU POUMON ET DES INTERROGATIONS (2/2)

Orano Malvési est pointée du doigt. Les associations et les riverains s’interrogent suite à une hausse observée du nombre de cancer du poumon. L’industriel affirme que son activité de purification d’uranium n’a aucun impact sur la santé.

Une nouvelle fois, l’association Rubresus met les pieds dans le plat. « Va-t-on encore longtemps fermer les yeux sur la situation sanitaire environnementale à Narbonne », alerte André Bories, qui s’interroge sur le lien de cause à effet entre le nombre de cas de cancer du poumon et les rejets dans l’atmosphère de l’usine Orano Malvési (ex-Areva) de purification de l’uranium.

Ses doutes sont fondés sur les résultats de l’étude statistique de l’Agence régionale de santé (ARS) réalisée entre 2009 et 2013, publiés en 2017. « Avec 36 décès par an dus au cancer du poumon, Narbonne présente un taux standardisé 26% plus élevé que celui de la population d’Occitanie et, chaque année, 33 nouveaux malades ont été diagnostiqués », relaie-t-il.

Pour expliquer le processus chimique, l’usine s’appuie sur des échantillons. Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco.

Pour sa part, l’Agence régionale de santé (ARS) tient à indiquer que ces chiffres « sont stables depuis plusieurs années ». « Il ne s’agit pas d’une hausse du nombre de cas de cancer du poumon, mais d’un excédent qui se retrouve à Narbonne, à Carcassonne et dans les départements de l’arc méditerranéen (Gard et Pyrénées-Orientales) en raison des modes de vie et des comportements, liés au tabagisme et à des difficultés de précarité et d’accès aux soins », relativise Dominique Mestre-Pujol, directrice adjointe de l’ARS à Carcassonne.

Enquête épidémiologique élargie

L’industriel, lui, est catégorique : son activité n’a aucun impact sur la santé. Le groupe s’appuie sur les prélèvements que réalise chaque année son laboratoire interne : 23.000 analyses sont effectuées sur près de 5000 échantillons dans le milieu naturel en plus de 100 points géographiques répartis sur le site et dans son proche environnement.

Pour en être convaincu, Rubresus, ainsi que le collectif de riverains Colère, réclament une enquête épidémiologique élargie à tous les habitants de Narbonne. Une demande qui n’est pas à l’ordre du jour. « Aucune remontée ni signalement n’ont été opérés par les professionnels de santé du Narbonnais à ce sujet. Si tel était le cas, nous pourrions envisager, selon la procédure habituelle, une saisine de Santé Publique France pour validation et investigation du « signal » », indique pour sa part la préfecture de l’Aude.
Audrey Sommazi

Photo en titre : Vue de l’usine Orano Malvési, qui purifie un quart du minerai d’uranium mondial. Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco

Par Audrey Sommazi, publié le mardi 15 juin 2021 à 18h45min

https://www.touleco.fr/Nucleaire-L-usine-d-uranium-les-cancers-du-poumon-et-des,31367

NUCLÉAIRE : À NARBONNE, LES OPPOSANTS MAINTIENNENT LA PRESSION CONTRE « L’USINE À GAZ » D’ORANO MALVÉSI (1/2)

Le projet TDN de l’industriel, dédié au traitement des effluents liquides radioactifs, ne passe pas auprès des associations environnementales et des riverains.

« On a peur que ça nous pète à la gueule », s’emporte Fabrice Hurtado, le fondateur de Transparence des canaux de la Narbonnaise (TCNA). « On garde tous en tête l’explosion de l’usine AZF, à Toulouse, en 2001. Nous aussi, on craint l’explosion. Et, ce sera une catastrophe. » En colère, ce cheminot ne mâche pas ses mots contre Orano Malvési (ex-Areva), cette usine de purification de l’uranium, classée Séveso 2 « seuil haut », construite à trois kilomètres à peine de la sous-préfecture de l’Aude.

Fabrice Hurtado, le fondateur de l’association Transparence des canaux de la Narbonnaise  (TCNA).

Dans le collimateur de M. Hurtado, le projet TDN, pour traitement des nitrates, qui intègre le procédé Thor (Thermal organic reduction) mis au point par l’industriel suédois Studsvik. Cette solution technique doit brûler, dans un four à 800 degrés, 350.000 m3 d’effluents liquides radioactifs, avec du charbon et de l’argile. Une fois transformés, ces résidus solides seront alors stockables par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

Si discrète en temps normal, cette usine se serait passée de ce coup de projecteur. Pourtant, implantée à Narbonne depuis 1959, elle n’est pas une usine anodine : avec 450 emplois, dont une centaine de sous-traitants, elle purifie un quart du minerai d’uranium naturel mondial, soit 500.000 tonnes stockées depuis sa création. Ce premier maillon de la chaîne de fabrication de l’énergie nucléaire dissout le concentré minier (yellowcake), acheminé des mines du Niger, du Canada, de l’Australie et du Kazakhstan, avec de l’acide nitrique. Ensuite, elle l’envoie à l’usine de conversion Philippe Coste, autre propriété d’Orano Malvési installée sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme), pour qu’il poursuive sa transformation.

De ce processus chimique mené sur le site audois, il reste des impuretés : les boues, qui contiennent des traces d’uranium, sont envoyées dans des bassins de décantation et les effluents liquides nitratés, eux, dans des bassins d’évaporation. Mais, à ce stade, il reste encore des déchets dont il faut se débarrasser. Pour l’industriel, le projet TDN est la solution.

40.000 m3 de rejets atmosphériques

André Bories, de l’association environnementale Rubresus, n’est pas de cet avis. Il a épluché le projet TDN détaillé dans l’enquête publique en 2016 et, depuis, il voit rouge. Il estime que 40.000 m3 de rejets d’oxydes d’azote, de composés organiques volatiles et de particules fines seront vaporisés dans l’air, toutes les heures. De plus, selon lui, une interrogation n’est toujours pas tranchée. « Où va la radioactivité ? », s’alarme-t-il.

« Ce projet a fait l’objet d’une étude d’impact et des études sanitaires », assure de son côté la préfecture de l’Aude. « Des contrôles seront réalisés régulièrement après le démarrage de l’activité. Cela ne veut pas dire que des études préalables n’ont pas été opérées pour s’assurer que le niveau d’émission théorique de cette installation serait bien conforme à la réglementation en vigueur. »

Les fûts dans lesquels est stocké le minerai d’uranium. Au deuxième plan, les bassins d’évaporation et de décantation.

Cette réponse est loin de satisfaire les opposants qui, inquiets, essayent d’obtenir les annulations de l’autorisation préfectorale, accordée en novembre 2017, et du permis de construire. Déboutées par le tribunal administratif de Montpellier, elles font l’objet d’un recours déposé fin 2020 devant la cour administrative d’appel de Marseille (Bouches-du-Rhône).

TCNA affûte aussi ses arguments, qui seront défendus devant cette même juridiction mais avec une autre ligne de défense. « Je suis Monsieur de la rue, on me prend pour un imbécile mais je tente de comprendre », admet cet habitant de Narbonne. « Alors, avec l’association, nous sommes allés vérifier dans deux usines aux États-Unis que le procédé Thor est en état de marche. Or, depuis 2012, il ne fonctionne pas. L’industriel nous ment. On combat quelque chose qui ne marche pas, avec nos arguments, sur le terrain. »

Projet à 100 millions d’euros

Daniel Bect, le dirigeant du site narbonnais, dans les locaux de l’industriel. Crédits Rémy Gabalda-ToulÉco

L’industriel, lui, assure que TDN est « un projet purement environnemental », qui s’appuie sur deux expertises conduites par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire et la branche chimie du CNRS. Mandatées par le préfet de l’Aude en 2017, elles concluent que « TDN est la seule technologie existante adaptée », rapporte le groupe. « Ce projet de 100 millions d’euros a pour vocation de supprimer les risques d’inondation des bassins (dans lesquels sont stockés les effluents, en partie radioactifs, NDRL) », explique Daniel Bect, le dirigeant du site narbonnais.

Si la phase d’étude de TDN est terminée, les travaux ne sont toujours pas lancés en raison des contentieux juridiques.

En complément :

L’atelier de fabrication de dioxyde d’uranium, appelé Nouvelle voix humide (NVH) puis rebaptisé par le groupe UO2, entrera en service au second trimestre 2022. La production est destinée à l’usine Melox de Marcoule (Gard).

Pour Orano Malvési, ce projet de 60 millions d’euros permettra de produire 150.000 tonnes supplémentaires d’uranium par an, contre 15.000 aujourd’hui, et de créer une soixantaine d’emplois. « Je suis fier. Car nous relocalisons cette activité en France », se félicite Daniel Bect. Des arguments qui ne convainquent pas les associations. En juillet 2020, elles ont déposé un recours en appel contre l’autorisation de la production.

« Cela rajoute de la pollution : + 40 % de rejets d’uranium dans l’air », insiste M. Bories. « On constate que l’usine veut pérenniser son activité et qu’elle se diversifie. Mais on ne sait pas ce qu’elle va balancer dans l’air », s’interroge une porte-parole du collectif de riverains Colère, qui regrette que ce projet n’ait pas été soumis ni à une enquête publique, ni à une étude d’impact. « L’industriel fait passer la pilule sans bruit. Et, nous, on sert de cobayes. »

« L’exploitant a en effet dû déposer un « porter à connaissance » avant de pouvoir débuter l’activité », reconnait la préfecture de l’Aude. « Ce document analyse bien les impacts du projet sur l’environnement et propose des mesures de maîtrise de ces impacts. Et il a été constaté que le projet n’était pas susceptible d’engendrer un impact notable sur l’environnement et que l’activité restait conforme aux prescriptions de l’arrêté préfectoral d’autorisation délivré initialement à Orano. »

Par Audrey Sommazi, publié le mardi 15 juin 2021 à 18h50

Photo en titre : Le site d’Orano Malvési se déploie sur une centaine d’hectares, à trois kilomètres de Narbonne.

https://www.touleco.fr/1-1-Nucleaire-A-Narbonne-les-opposants-maintiennent-la-pression,31365

LA CHINE AUGMENTE ENCORE SON ARSENAL NUCLÉAIRE EN VUE D’UN CONFLIT AVEC TAÏWAN

Le rapport d’un institut indépendant montre que Pékin possède désormais 350 bombes atomiques. Un arsenal qui devrait doubler d’ici la fin de la décennie.

Alors que les États-Unis et la Russie ont diminué légèrement leurs stocks d’armes nucléaires, la Chine continue d’accroître son arsenal atomique. Un rapport publié le 14 juin par l’institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), a dévoilé que la République populaire a produit 30 ogives supplémentaires au cours de l’année 2021. L’institut estime que le gouvernement de Xi Jinping possède désormais 350 armes de destruction massive, soit une augmentation de 10% par rapport à l’année 2020. Pékin disposait alors de 320 bombes atomiques.

Et la Chine ne compte pas s’arrêter là. Un rapport du Pentagone publié en février 2020 prédisait même que la République populaire doublera son arsenal nucléaire d’ici dix ans. “Le gouvernement de Xi Jinping ne veut plus seulement moderniser le pays mais s’affirmer comme puissance mondiale et à terme rivaliser militairement avec les États-Unis”, pouvait-on lire dans ce document. Même multiplié par deux, l’arsenal chinois n’atteindrait que 700 bombes. Ce qui est insuffisant pour inquiéter le Pentagone, qui estime toutefois que le gouvernement de Xi Jinping cherche également à moderniser ses armes balistiques pour les rendre plus rapides et moins aisément détectables. La sécurité des États-Unis serait alors véritablement menacée.

En plus de nouveaux missiles balistiques, la Chine développe des avions de chasse pouvant tirer des armes nucléaires. L’armée de la République populaire pourrait également combler la faiblesse numérique de son arsenal en déployant ces dernières dans différentes parties du globe pour les rendre plus difficiles à détruire. Ainsi, les officiers américains pensent que Pékin pourrait placer ses missiles au Pakistan, aux Seychelles, en Angola, en Indonésie ou encore au Sri Lanka. “Cette amélioration des capacités nucléaires chinoises posera un grave danger pour les intérêts nationaux américains et menacera la sécurité de l’ordre international”, a encore alerté le Pentagone dans son rapport.

Un enjeu d’autant plus crucial que les risques de conflits entre Pékin et Washington augmentent chaque jour à cause de la question taïwanaise. L’experte en sécurité Caitlin Talmadge, a confié au South China Morning Post, qu’une guerre conventionnelle entre la République populaire et les États-Unis pourrait dégénérer en guerre nucléaire. Pour l’analyste, si les États-Unis venaient à défendre Taïwan contre une invasion chinoise, il est possible que l’un des deux pays finisse par utiliser l’arme atomique plutôt que de risquer une défaite militaire trop cuisante. Aujourd’hui, ce scénario reste tout de même peu plausible. Cependant, les think tanks chinois et américains avertissent qu’il pourrait un jour se réaliser et invitent les dirigeants des deux côtés du Pacifique à privilégier le dialogue à la force militaire.

Par Thomas Romanacce, publié le 15/06/2021 à 14h31, mis à jour le 15/06/2021 à 18h47

https://www.capital.fr/economie-politique/la-chine-augmente-encore-son-arsenal-nucleaire-en-vue-dun-conflit-avec-taiwan-1406479

LE FUTUR RÉACTEUR NUCLÉAIRE ITER : UN PROJET TITANESQUE ET ÉNERGIVORE

[1/3] Le futur réacteur de fusion nucléaire Iter, dans les Bouches-du-Rhône, consommera autant d’énergie qu’il n’en produira. Ce projet immense est aussi bien plus coûteux que prévu : 44 milliards d’euros.

Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), reportage

À Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs milliers de personnes s’activent sur l’un des plus grands chantiers du monde. Le complexe où nous entrons avec notre guide, qui abritera le futur réacteur de fusion nucléaire Iter (« International Thermonuclear Experimental Reactor »), pèse 440 000 tonnes, soit plus de quarante tours Eiffel. Des hommes en casque de chantier — « casques rouges pour les chefs, blancs pour les ouvriers », explique la guide — tous également minuscules dans cet espace, contemplent une colossale pièce métallique de 440 tonnes. Elle a été expédiée de Chine par bateau, acheminée depuis Fos-sur-Mer sur une barge spécialement construite sur l’étang de Berre, puis transportée par convoi nocturne sur 104 kilomètres de route fortifiée à bord d’un camion géant doté de 352 roues.

Si des membres d’une peuplade inconnue arrivaient à Iter et observaient les ressources titanesques mobilisées pour ce chantier, ils en concluraient probablement que l’on construit ici un temple destiné à l’adoration d’un dieu. Ils n’auraient peut-être pas tort. Le nom de cette divinité s’affiche en grosses lettres en première page du site internet de l’Organisation Iter : « Une énergie inépuisable. »

Page d’accueil de l’Organisation Iter. Capture d’écran/Iter.org

Les centrales nucléaires construites à partir des années 1960 promettaient déjà d’exaucer cette prière, mais au moyen de la fission : déclencher une réaction en chaîne libérant des neutrons en cassant des noyaux d’uranium. Mais à Iter, on vous le dit tout net : la fission nucléaire est une impasse. Il faut extraire l’uranium pour alimenter les réacteurs, gérer des dizaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs pour des milliers d’années, et maîtriser la réaction en chaîne qui, faute de refroidissement, s’emballe, comme à Fukushima. « On ne veut plus de tout ça », tranche Joëlle Elbez-Uzan, responsable de la sûreté et de l’environnement à Iter.

Avec la fusion nucléaire, nous assure-t-on, tous ces problèmes seraient surmontés : très peu de combustible, très peu de déchets, aucun risque d’emballement. Avec du deutérium (extrait de l’eau de mer) et seulement quelques kilos de tritium radioactif, chauffés à entre 150 et 200 millions de degrés Celsius (dix fois la température du centre du soleil), on peut créer un plasma résultant de la fusion des atomes et produire une énorme chaleur [1]. « La fusion peut générer quatre fois plus d’énergie par kilo de combustible que la fission, et près de 4 millions de fois plus d’énergie que la combustion de pétrole ou de charbon », promet l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) à la première page de son bulletin publié en mai 2021.

L’un des secteurs de la chambre à vide du tokamak d’Iter. © Iter Organization

Décupler l’énergie… Vraiment ?

Jusqu’ici, rien de nouveau : c’est le principe de la bombe thermonucléaire (ou bombe H). Comme l’expliquaient les physiciens en 1957, peu après la conférence internationale « Atomes pour la paix », qui a lancé ces recherches, le but d’un réacteur de fusion thermonucléaire est de « domestiquer l’énergie de la bombe H » [2].

Au lieu de laisser libre cours à la chaleur destructrice des neutrons, on va tenter de confiner ce plasma dans de gigantesques champs magnétiques. Enfermé dans ce tokamak, sorte de bouteille magnétique inventée par les physiciens russes, le plasma, porté à très haute température comme précédemment expliqué, produirait des noyaux d’hélium, et la réaction de fusion s’autoentretiendrait en dégageant de la chaleur. On pourrait alors récupérer l’excès de chaleur créé par la réaction et la convertir en courant électrique.

Mode d’emploi du tokamak, avec en orange la chambre à vide. CEA, tiré de Iter : le chemin des étoiles ?, J. Jacquinot, R. Arnoux, Edisud, 2006.

Jusqu’ici, la fusion nucléaire n’a pu être réalisée que pendant quelques secondes, faute d’un tokamak assez grand pour confiner l’énergie [3]. Comme aucun pays n’aurait pu assumer seul les coûts d’une telle construction, l’expérience menée à Cadarache rassemble trente-cinq pays (Union européenne, États-Unis, Chine, Russie, Suisse, Angleterre, Japon, Inde et Corée du Sud), qui contribuent tous à son financement. Après quinze ans de travaux et de recherches, l’assemblage du tokamak d’Iter — gigantesque enceinte métallique de 73 mètres de haut — a commencé à l’été 2020. L’objectif est de parvenir à confiner un plasma pendant quatre minutes afin de vérifier si les noyaux d’hélium parviennent à maintenir la réaction de fusion nucléaire.

Du fait de sa vocation expérimentale, Iter n’est pas raccordé à des turbo-alternateurs et ne produira pas d’électricité. Les premiers tirs de plasma avec deutérium et tritium ne commenceront qu’en 2035, une fois la machine assemblée, sa stabilité et son étanchéité testées. Un prototype de réacteur, Demo, serait construit vers 2050, puis toute une filière de fusion nucléaire « à l’horizon 2070 », estime prudemment Joëlle Elbez-Uzan. Mais Iter entend déjà démontrer qu’avec son plasma autoentretenu, le réacteur générera « la première production d’énergie nette de toute l’histoire de la fusion » en créant « une amplification d’un facteur 10 : soit 50 mégawatts (MW) en entrée et 500 mégawatts en sortie ». C’est la première chose que l’on vous apprend sur Iter. Avec très peu de combustible et de déchets, on va décupler l’énergie : on injecte 50 MW, on en obtient 500 MW.

À Cadarache, panneau d’information sur Iter. © Celia Izoard/Reporterre

Un bilan énergétique nul

Le problème, c’est que c’est faux. Ou, du moins, ce n’est que très partiellement vrai. Steven B. Krivit, journaliste scientifique étasunien, spécialiste de la fusion nucléaire, y a consacré une enquête, puis un film. Au moment des tirs de plasma, explique-t-il, pour produire ces 50 MW de chaleur qui seront injectés dans le tokamak, compte tenu de toutes les infrastructures présentes sur le site, des systèmes de chauffage et des pertes énergétiques, Iter consommera entre 300 et 500 MW. Soit presque autant que l’énergie qu’il est censé en produire. Et cela sans compter l’énergie grise du réacteur, c’est-à-dire l’énergie nécessaire à la production de tous ces composants, de leur acheminement, etc., nous parlons ici simplement de la puissance électrique qu’Iter prélèvera dans le réseau RTE.

« Ce réacteur est fait pour produire des particules de fusion qui ont dix fois la puissance injectée dans les particules, précise Steven B. Krivit, non pour produire dix fois l’énergie qu’il consommera ». Si l’expérience menée à Iter fonctionnait, et qu’il était raccordé au réseau électrique, le bilan énergétique serait nul. Une « omission stratégique », selon Krivit, qui éloigne considérablement la perspective de produire de l’électricité par fusion nucléaire.

À l’intérieur du site Iter. © Celia Izoard/Reporterre

Cette subtile distinction entre la quantité d’énergie consommée pour amorcer la réaction et la quantité d’énergie consommée par le réacteur (comme son usine cryogénique géante) n’est jamais expliquée au public ni même, vraisemblablement, au personnel d’Iter. Lorsque nous avons corrigé Joëlle Elbez-Uzan pendant notre interview sur le fait que le facteur d’amplification par dix ne concerne que la réaction, et non l’énergie totale injectée dans Iter, la directrice de la sûreté s’est exclamée, perplexe : « Vous me faites une blague ? »

Interrogé le même jour sur la consommation électrique totale d’Iter, Laban Coblentz, directeur de la communication, a répondu qu’il l’ignorait. Après une demande écrite, quinze jours d’attente et plusieurs relances, des ordres de grandeur confirmant ceux de Steven B. Krivit ont été fournis, mais accompagnés d’une longue dissertation sur la nécessité de « replacer ces réponses dans le contexte de la mission d’Iter ». Sa consommation énergétique est à mettre en balance avec « le potentiel énorme de la fusion pour éliminer plus d’un siècle de tensions et conflits géopolitiques liés à l’accès aux ressources fossiles ». Une part de la puissance consommée par Iter est due « au grand nombre d’outils de diagnostics visant à une analyse exhaustive du plasma et servant à optimiser la conception de machines futures ». Et de toute façon, il est impossible d’estimer précisément la consommation électrique car « cela dépendra de la configuration précise des systèmes utilisés pour chaque expérience ».

« Un petit groupe de physiciens […] a désinformé le public afin de s’assurer le maintien de ses financements publics. »

Cet aveu d’ignorance est d’autant plus surprenant qu’à l’époque du débat public sur Iter en 2006, l’équipe semblait parfaitement capable d’en fournir une estimation. Le compte rendu de la rencontre organisée à Salon-de-Provence par la Commission nationale du débat public indique : « Lorsque la machine sera en régime de veille, elle consommera 120 mégawatts afin d’alimenter les auxiliaires. Lors des expériences, la puissance consommée […] atteindra ensuite 620 MW afin de chauffer le plasma, puis redescendra à 450 MW pendant la phase principale de l’expérience (370 secondes), et se rétablira à 120 MW. Lors du pic de puissance de 620 MW, des systèmes de compensation limiteront l’impact d’Iter sur le réseau électrique régional [4]. » Et pour cause ! 620 MW représentent une puissance colossale, puisque toute l’agglomération toulousaine consomme près de 500 MW. À l’année, apprend-on dans l’un des cahiers destinés au débat public, Iter consommera 600 GWh [5], ce qui correspond à l’approvisionnement d’une ville de 145 000 habitants, comme Aix-en-Provence ou Le Mans.

Le premier élément de l’écran thermique du cryostat transféré à la fosse du tokamak, le 14 janvier 2021. © Iter Organization

De 4,5 milliards à 44 milliards d’euros

Manifestement, les responsables de l’Organisation Iter évitent soigneusement d’en faire état, de peur de refroidir l’enthousiasme des responsables politiques qui financent cette instrumentation colossale. « Un petit groupe de physiciens représentant la communauté scientifique des chercheurs en fusion nucléaire a désinformé le public afin de s’assurer le maintien de ses financements publics », résume le journaliste Steven B. Krivit. Pour convaincre les dirigeants politiques, il fallait au moins promettre un miracle énergétique digne de la multiplication des pains. « C’est l’argument massue, ironise auprès de Reporterre Thiéry Pierre, physicien des plasmas de fusion au CNRS, lui-même très sceptique sur la possibilité de confiner un plasma thermonucléaire. Imaginez des scientifiques, auréolés du prestige de la physique théorique, expliquant à Jacques Chirac qu’on peut multiplier l’énergie par dix : il fait le chèque tout de suite ! »

Aujourd’hui, les acteurs de la fusion ont d’autant moins intérêt à décevoir leurs interlocuteurs que les montants ne cessent de doubler. En 2000, Iter devait coûter 4,5 milliards d’euros. En 2006, année de la ratification de l’Accord Iter par Jacques Chirac, le coût total (construction, fonctionnement et démantèlement) était estimé à 10 milliards d’euros. L’Organisation Iter annonce aujourd’hui 22 milliards d’euros mais, reconnaît Laban Coblentz, « cela exclut les coûts de fonctionnement et le démantèlement ».

Plus encore, il est d’autant plus faux de chiffrer le coût du projet à 22 milliards d’euros que, selon l’Accord Iter, l’Union européenne contribue au projet à hauteur de 45,6 % du montant total, or elle lui a alloué 20 milliards d’euros jusqu’en 2035. Selon cet accord, les six autres pays partenaires contribuent au reste du coût par des contributions en nature : la fourniture de tous ces composants uniques de très haute technologie, toujours sur fonds publics. Le coût de construction avoisinerait donc, selon Thiéry Pierre, « 44 milliards d’euros », ce qui a amené le physicien à adresser une note d’information à la direction du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), demandant de mettre fin à cette désinformation « qui risque de jeter un discrédit permanent sur la physique des plasmas ».

Finalement, en ajoutant les milliards nécessaires à la réalisation des expériences et au traitement d’un volume colossal de déchets de démantèlement, le Département de l’énergie américain s’est peut-être montré plus réaliste en estimant le coût total d’Iter à 65 milliards de dollars (environ 54 milliards d’euros). Hormis la Station spatiale internationale, c’est l’expérience scientifique la plus chère de l’histoire humaine.

La suite de l’enquête demain…

Pour ne pas rater la publication de la suite de notre enquête sur le projet Iter et toutes nos informations, reportages, enquêtes, interviews, vous pouvez vous abonner à notre lettre d’information quotidienne.

Par Celia Izoard (Reporterre), publié le16 juin 2021 à 09h43, mis à jour le 16 juin 2021 à 11h02

Photo en titre : Vue d’ensemble du site Iter, en novembre 2020. – © Iter Organization/EJF Riche

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GRANDE-BRETAGNE : EDF POURRAIT ÊTRE CONTRAINTE DE FERMER 2 AUTRES DE SES CENTRALES NUCLÉAIRES APRES L’ANNONCE, LA SEMAINE DERNIÈRE, DE LA FERMETURE IMMÉDIATE DE CELLE DE « DUNGENESS B »

Révélation du quotidien britannique « Times » ce lundi : les centrales EDF de Torness en Écosse et de Heysham 2 dans le nord-ouest de l’Angleterre qui devaient fermer en 2030 pourrait fermer prochainement car des brèches sont apparues dans les réacteurs. En tout six réacteurs pourraient fermer prématurément. Encore une performance de la nucléocratie tricolore.

Nouvelle déconfiture pour EDF en Angleterre. Le Directeur Technique de EDF en Grande-Bretagne, Richard Bradfield, révèle au quotidien britannique « Times » ce lundi 14 juin 2021 que les six réacteurs de Torness en Écosse et de Heysham 2 dans le nord-ouest de l’Angleterre exploités par EDF et qui devaient fermer en 2030 pourrait fermer prochainement car des brèches sont apparues dans les réacteurs. Ce sont au total 6 réacteurs atomiques détenus par EDF qui fermeraient définitivement et prématurément pour des raisons d’insécurité confirmée. Cette annonce fait suite à celle de la semaine passée qui dévoilait la mise à l’arrêt définitif prématuré d’une autre centrale britannique de Dungeness B  dans le sud de l’Angleterre. Selon le Times, ces problèmes du parc nucléaire d’EDF au Royaume-Uni illustrent « la santé défaillante générale du parc nucléaire » britannique.

Incidents et arrêts à répétition, mauvaises installations mal situées mais EDF achète quand même

Située en bord de mer au nord-est de l’Angleterre, en Ecosse près de Dunbar, Torness se trouve à quelques encablures de la capitale Edimbourg.  La centrale nucléaire de Torness comporte deux réacteurs (refroidis au gaz) de 682 MWe chacun mis en service en 1988 et 1989 et autorisés à fonctionner en principe jusqu’en 2028 et 2029.

EDF a racheté en 2009 ces deux réacteurs au groupe British Energy lors de la privatisation de la production d’électricité nucléaire du Royaume-Uni.

. Première alerte : De nombreuses déficiences des produits de fission (combustible) ont contraint à les renouveler en mettant à l’arrêt les réacteurs alors que la conception initiale permettait ce ravitaillement sans les arrêter.

. Deuxième alerte en juin 2011 : les deux réacteurs sont mis à l’arrêt en urgence car des méduses obturent les filtres censés empêcher les algues et animaux marins de pénétrer dans le système auxiliaire de refroidissement des réacteurs par l’eau de mer.

Troisième alerte : en novembre 1999, un avion de combat Panavia Tornado de l’armée de l’air britannique s’écrase dans la Mer du Nord à moins d’1 km de la centrale à la suite d’une panne de moteur.

La centrale nucléaire d’Heysham, située dans les environs de Morecambe non loin de l’importante ville de Lancaster sur la côte nord-ouest de l’Angleterre n’est pas en meilleur état. Ses quatre réacteurs au gaz (AGR) de conception britannique mis en service pour les 2 premiers réacteurs de 625 MWe (Heysham-A1 et A2) en 1983 souffrent et menacent. Leur arrêt définitif était prévu pour 2024. La mise en service des deux autres réacteurs de 680 MWe (Heysham-B1 et B2) a eu lieu en 1988 et leur arrêt définitif était programmé pour 2030. Mal en point aussi, fermeture avancée grandement envisagée.

L’exploitant d’origine, British Energy qui a été racheté par EDF, a dû renoncer aussi à y construire une autre unité atomique face à la très vive opposition de la population et des antinucléaires. Heysham B dispose de réacteurs identiques à ceux de la centrale nucléaire de Torness.

Rappelons que le projet de réacteur nucléaire pressurisé EPR qu’EDF tente de construire à Hinkley en Angleterre accumule les retards et surcoûts. Le début de production d’électricité prévu pour à présent 2025 est reporté à juin 2026 si tout se passe bien alors que les coûts explose à entre 22 et 23 milliards de livres au lieu des 21,5 milliards prévus. Le projet d’EDF de construire d’autres EPT à Sizewell C dans le Suffolk a du plomb dans l’aile, surtout après l’incident de l’EPR chinois de Taishan des dernières semaines.

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Par admin, publié le mardi 15 juin 2021 à 00h45

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/06/14/Angleterre-%3A-EDF-pourrait-etre-contrainte-de-fermer-2-autres-de-ses-centrales-nucleaires-apres-l-annonce-de-la-fermeture-immediate-de-celle-de-Dungeness-B

GRAVELINES : DÉTECTION TARDIVE DE L’INDISPONIBILITÉ DU SYSTÈME D’APPOINT EN EAU BORÉE DU RÉACTEUR 3

Le 8 juin 2021, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif à la détection tardive de l’indisponibilité du système d’appoint en eau borée (circuit REA)  du réacteur 3.

Le bore est un élément qui a la propriété d’absorber les neutrons produits par la réaction nucléaire. Le circuit REA a pour fonction principale de faire l’appoint en eau et en bore du circuit primaire afin de contrôler la réaction nucléaire dans le cœur du réacteur. En cas d’indisponibilité de ce circuit, les règles générales d’exploitation imposent le repli du réacteur sous une heure.

Le 3 juin 2021, EDF a réalisé des manœuvres d’exploitation dans le cadre de la préparation d’un essai périodique. En particulier, des agents en charge de la conduite du réacteur devaient manœuvrer des vannes du circuit REA. Lors de la réalisation du double contrôle de la configuration du circuit, un agent de terrain a fermé une vanne, bien qu’elle ne fasse pas partie des vannes dont il devait contrôler la position.

Cette erreur, qui a conduit à rendre indisponible le système d’appoint en bore du circuit primaire du réacteur, n’a été identifiée que 19 heures plus tard, lorsque l’équipe de conduite a souhaité utiliser le circuit REA pour moduler la puissance du réacteur. Les règles générales d’exploitation n’ont donc pas été respectées.

Dès la découverte de cette erreur de manœuvre, EDF a corrigé la position de la vanne concernée, permettant ainsi de restaurer l’alimentation en bore du circuit primaire du réacteur.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Toutefois, l’événement a affecté la fonction de sûreté liée à la maîtrise de la réactivité du réacteur. En raison de l’indisponibilité de l’équipement concerné, associée à sa détection tardive, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

Publié le 15 juin 2021

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Detection-tardive-de-l-indisponibilite-du-systeme-d-appoint-en-eau-boree-du-reacteur-3

VOICI LE KAZAN, LE SOUS-MARIN NUCLÉAIRE LE PLUS PUISSANT DU MONDE

Le sous-marin nucléaire Kazan vient inaugurer la toute nouvelle classe Yasen-M de la marine russe. Ce puissant navire vient d’être intégré à la flotte du Nord du pays et se trouve basé à Severomorsk, sur la côte arctique. Ce monstre d’acier à propulsion nucléaire est à la fois furtif et dispose d’une capacité de puissance de feu inégalée.

Voici le premier modèle d’une nouvelle lignée de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Il s’agit du Kazan et appartient à la classe Yasen-M. C’est désormais ce qu’il se fait de plus puissant en la matière. Après plus dix ans de développement, l’engin a été officiellement mis en service auprès de la marine russe au début du mois dernier. Le Kazan est le successeur de la classe Yasen dont le navire amiral avait été déployé en 2013 après des décennies de développement à l’issue du démantèlement de l’Union soviétique. Il est donc bardé de nouveautés technologiques qui mettent mal à l’aise les marines américaines et des membres alliés de l’Otan.

Le Kazan a ceci d’inquiétant qu’il peut disposer d’une force de frappe inégalée. Il dispose de huit tubes lanceurs, soit deux de moins que son prédécesseur. En revanche, son armement a un potentiel de destruction bien plus conséquent. Il peut ainsi embarquer le Zircon, un missile hypersonique pouvant évoluer jusqu’à sa cible entre Mach 6 et 8 et qui est actuellement testé. La dangerosité d’un tel missile provient du fait qu’il réoriente sa trajectoire, ce qui le rend pratiquement impossible à intercepter. Comme autre charge, il peut également servir de lanceur au Kalibr, une ogive dotée d’une portée de 2.400 km. Il a également la capacité d’emporter des torpilles Oniks.

Un monstre de puissance

Autre atout : le sous-marin est conçu pour évoluer sous l’eau longtemps et sur de très longues distances. Son terrain de jeu favori est la haute mer, celle de la mer du Nord ou celle du Pacifique. C’est d’ailleurs dans cet océan qu’un exercice géant des forces navales russes a lieu actuellement, histoire de montrer leurs muscles à la marine américaine et à ses alliés de l’Otan. Le Kazan a aussi un petit plus qui le rend d’autant plus menaçant. Il est équipé d’un système d’atténuation des bruits et d’un réacteur nucléaire plus silencieux qui lui permet de naviguer de façon furtive. Il est également doté d’un système de sauvetage de nouvelle génération.

La marine russe ne compte pas miser sur un seul sous-marin de la classe Yasen-M. Ainsi, le Kazan devrait être rejoint par le Novosibirsk à la fin de l’année et par le Krasnoïarsk en 2022. Et il devrait y avoir cinq autres sous-marins de cette classe à l’horizon 2030. Le Kazan est issu du bureau d’ingénierie maritime Malakhit, basé à Saint-Pétersbourg, une entreprise concurrente du Rubin Design Bureau qui a été la cible d’une cyberattaque dernièrement.

Par Louis Neveu (Journaliste), publié le 14 juin 2021

https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/guerre-futur-voici-kazan-sous-marin-nucleaire-plus-puissant-monde-87983/

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FUITE RADIOACTIVE SUR L’EPR CHINOIS : BILLARD À TROIS BANDES ENTRE AMÉRICAINS, CHINOIS ET FRANÇAIS

Si l’opacité entretenue par le régime chinois empêche pour le moment de connaître les conséquences précises de la fuite radioactive impliquant l’EPR n°1 de Taïshan, révélée hier 14 juin par CNN, en revanche il est d’ores et déjà possible d’analyser le déroulement de cette affaire et d’en prévoir certaines suites.

La défectuosité de l’étanchéité de gaines de combustibles au sein de l’EPR de Taïshan remonte à octobre 2020, c’est-à-dire qu’elle dure depuis plus de 8 mois : les co-exploitants du réacteur, c’est-à-dire les Chinois et les Français de Framatome, étaient de toute évidence parfaitement conscients de la gravité du problème et avaient conjointement décidé d’en cacher l’existence à la population mais aussi à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique).

Par chance, l’information a fini par « transpirer » vers la filiale américaine de Framatome (Areva NP Inc). Cette dernière, après de très probables discussions avec la CIA et la Maison blanche, s’est fait un plaisir d’en informer CNN.

En effet, maintenant que la situation de l’EPR de Taïshan est connue dans le monde entier, il va être compliqué pour les Chinois de continuer à exploiter ce réacteur dans des conditions qui sont très probablement hors de « son domaine de fonctionnement et de sûreté autorisé« , contrairement à ce prétend Framatome (canal Français !) pour ne pas froisser les Chinois.

Il est de notoriété publique que la Chine et les USA, les deux plus grandes puissances mondiales, sont en grande rivalité géopolitique et économique. Il est évident que, si l’EPR n°1 de Taïshan et peut-être son jumeau n°2 devaient être stoppés pour longtemps, ce serait embêtant pour la Chine qui manque par moment d’électricité dans cette région. D’où le « petit plaisir » que se font les Américains en révélant l’affaire. Mais cela resterait tout de même un problème limité pour la Chine où, contrairement à ce que l’on peut parfois lire ou entendre, le nucléaire est une énergie marginale couvrant moins de 1% de la consommation d’énergie du pays.

En revanche, il est très possible que l’industrie nucléaire française soit la grande perdante de cette affaire qui peut représenter un coup fatal pour les projets d’EDF de construire des EPR en France et à l’étranger. En effet, alors que les chantiers EPR organisés par les Français – Areva en Finlande, EDF à Flamanville (Manche) et en Grande-Bretagne – sont de véritables désastres industriels et financiers, les promoteurs du réacteur EPR se raccrochaient désespérément au « bon exemple » chinois.

Car les deux EPR de Taïshan ont été construits et mis en service (respectivement en décembre 2018 et septembre 2019) avec « seulement » quelques années de retard et des surcoûts officiellement limités à quelques milliards (selon la communication de la Chine qui, faut-il le rappeler, est une dictature où l’ « information » est totalement contrôlée).

La situation qui a lieu actuellement en Chine montre que, malgré la prétendue maestria des nucléocrates chinois, les EPR de Taïshan ne se portent pas mieux que ceux que les Français tentent désespérément de construire. Cet évènement va assurément semer un énorme doute chez les rares dirigeants étrangers qui envisageaient encore de commander des réacteurs EPR, malgré tous leurs déboires. C’est assurément la goutte qui fait déborder le vase, ou plutôt la fuite radioactive qui fait déborder la cuve (défectueuse) de l’EPR…

De même, cette affaire doit amener les dirigeants politiques français (mais aussi finlandais et britanniques) à prendre enfin leurs responsabilités et à stopper définitivement les chantiers EPR d’Olkiluoto (Finlande), Flamanville (Manche, France) et d’Hinkley Point (Grande-Bretagne), et à cesser d’annoncer de futurs chantiers d’EPR en Inde ou ailleurs.

Par l’Observatoire du nucléaire, publié le 14 juin 2021

Voir : http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article381

MULTIPLIER LES MICRO-CENTRALES NUCLÉAIRES POUR LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : MENACE À LA RÉUNION ?

Déclaration ministérielle commune de la France et des États-Unis sur une stratégie énergétique commune pour respecter l’Accord de Paris

Le 28 mai dernier, les ministères de l’Énergie de la France et des États-Unis ont adopté une déclaration commune annonçant leur stratégie pour respecter l’Accord de Paris. L’ambition partagée est d’ « atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050 ». Les moyens sont de développer les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire en faisant de la seconde un appui à la première. Or, c’est le secteur du nucléaire qui fait l’objet de la réflexion la plus avancée, avec plusieurs projets concrets pour multiplier le nombre de centrales nucléaires, via une « nucléarisation » de l’électrification rurale.

Le 28 mai a été publiée la « déclaration conjointe des ministres de l’énergie des États-Unis et de la France sur la technologie énergétique et la résolution de politique énergétique », signée par la ministre Barbara Pompili du ministère français de la Transition écologique et la secrétaire Jennifer Granholm du ministère américain de l’Énergie ont publié aujourd’hui une déclaration commune.

« Pour atteindre l’objectif ambitieux fixé par l’accord de Paris. (…) Nous sommes unis par une ambition commune des deux côtés de l’Atlantique : atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050 ».

La déclaration commune précise les moyens :
« Atteindre cet objectif commun nécessitera de tirer parti de toutes les technologies sans émission actuellement existantes à notre disposition tout en intensifiant simultanément la recherche, le développement et le déploiement à travers une suite de sources d’énergie et de systèmes à zéro émission. Veiller à ce que ces systèmes énergétiques soient efficaces et fiables, intégrant des parts plus importantes d’énergies renouvelables couplées à l’énergie nucléaire, qui représente aujourd’hui une part importante de la production d’électricité dans nos deux pays, sera crucial pour accélérer les transitions énergétiques. Atteindre cet objectif commun nécessitera également une grande variété de conditions de financement favorables à travers la gamme de sources et de systèmes d’énergie à émission zéro ».

La méthode choisie est de « travailler ensemble sur les nouvelles technologies et la transition énergétique en cours afin de contribuer significativement aux solutions de production zéro carbone ».

La réflexion des deux ministères est déjà bien avancée :
« Les systèmes électriques décarbonés et innovants, qui peuvent inclure des technologies d’énergie nucléaire innovantes ou de nouvelles conceptions, telles que de petits réacteurs modulaires, micro et autres réacteurs avancés, contribueront à une expansion des énergies renouvelables, soutiendront l’électrification rurale, produiront de l’hydrogène pour décarboner les transports et d’autres secteurs, aideront à fournir de l’eau potable aux régions en manque d’eau et soutiendront une gamme d’applications industrielles plus propres ». « Nos ministères et industries innovent en matière de technologies énergétiques décarbonées avancées dans de nombreux secteurs, notamment le stockage de longue durée, les transports de pointe, les systèmes énergétiques intelligents, l’utilisation et le stockage du carbone et le nucléaire de pointe ».
Conclusion :

« Tous contribuent de manière significative aux solutions de production zéro carbone et nous sommes fermement convaincus que la transition vers l’énergie propre stimulera les emplois bien rémunérés et à long terme qui embauchent localement, emploient une main-d’œuvre diversifiée et élèvent des communautés entières ».

Héritage radioactif et greenwashing

La déclaration insiste sur l’approfondissement de la recherche de technologies déjà existantes, et il est noté que « l’énergie nucléaire, qui représente aujourd’hui une part importante de la production d’électricité dans nos deux pays ». Il est également à souligner que les énergies renouvelables ne sont pas déclinées sous leurs différentes formes. De plus, la déclaration lie la croissance des énergies renouvelables à celle du nucléaire. Ceci découle d’un concept, celui des énergies décarbonées, qui additionne les énergies renouvelables au nucléaire sans donner de détail sur la répartition.

Or, le choix de miser sur le nucléaire pose deux questions.

. La première concerne le risque de telles installations et le problème du traitement des déchets et du démantèlement de ces centrales quand elles arrivent en fin de vie. Les accidents de Tchernobyl et de Fukushima sont là pour rappeler ce qui peut se passer quand la situation échappe à tout contrôle : des régions sont inhabitables pour des centaines d’années. Construire une centrale nucléaire impose aussi un héritage à gérer aux générations futures, car les déchets des centrales nucléaires peuvent être dangereux pendant des milliers d’années.

. La seconde est l’organisation du réseau électrique. Une centrale nucléaire ne peut pas s’installer sur le toit d’une maison. Ce n’est pas une technologie qui permet de produire soi-même son électricité. Cela maintient donc une organisation centralisée, avec des points de production sous contrôle d’entreprises privées puissantes, et des consommateurs sous la dépendance qui n’ont aucun moyen de peser sur les prix. Ceci permet de reproduire le système et donc les sources de profit existantes, alors que les énergies renouvelables remettent tout en cause, car elles permettent à tous de devenir des producteurs d’électricité grâce à des technologies sans danger et non polluantes. C’est donc un vaste greenwashing pour adapter la superstructure aux mesures imposées pour lutter contre le changement climatique.

Micro-centrale nucléaire à La Réunion ?

La miniaturisation des centrales nucléaires est un danger pour La Réunion. En effet, la tentation serait alors facile pour une major de l’énergie d’implanter une micro-centrale nucléaire pour produire toute l’énergie nécessaire à la consommation d’énergie dans tous les secteurs, y compris dans les transports.

Les promoteurs d’une telle entreprise ne manqueront pas de boucher les yeux à la population en vantant une énergie propre car « décarbonée ». Mais ce ne sont pas les actionnaires de cette major de l’énergie qui devront ensuite traiter le problème des déchets radioactifs et du démantèlement de cette micro-centrale nucléaire mais bien plusieurs générations de Réunionnais dont certaines ne sont pas encore nées.
La mise en œuvre d’une stratégie réunionnaise d’autonomie énergétique reste le seul moyen de fermer définitivement la porte à l’orientation choisie par l’axe Paris-Washington. Cette stratégie réunionnaise doit reposer uniquement sur les énergies renouvelables disponibles en abondance à La Réunion et en aucun cas sur l’importation de biomasse issue d’arbres abattus à des milliers de kilomètres de notre île. Ainsi nos descendants n’auront pas à gérer un héritage radioactif.

Par Manuel Marchal, publié le 14 juin 2021

https://www.temoignages.re/developpement/environnement/multiplier-les-micro-centrales-nucleaires-pour-lutter-contre-le-changement-climatique-menace-a-la-reunion,101502

NDLR : bravo Madame Pompili !!! Et elle ose se réclamer de l’écologie ! Après De Rugy, Borne puis Pompili, il est temps que le mot écologique soit supprimé du libellé de ce ministère.

COUP DE FREIN SUR LA BAISSE DES ARMES NUCLÉAIRES DANS LE MONDE

La baisse du nombre d’armes nucléaires dans le monde depuis la fin de la Guerre froide a connu un nouveau coup de frein en 2020, à l’heure où les puissances atomiques modernisent et, pour certaines, étendent leurs arsenaux, selon un rapport publié lundi.

Début 2021, les neuf nations dotées de « la bombe » (Russie, États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord) détenaient 13.080 armes nucléaires, soit 320 de moins que début 2020, selon les estimations de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Mais ce chiffre inclut les ogives en attente de démantèlement. Si l’on exclut ces dernières, le stock d’armes nucléaires a augmenté, passant de 9.380 à 9.620 sur la période.

Quant au nombre d’armes nucléaires effectivement déployées sur des missiles ou au sein de forces opérationnelles, il a lui aussi progressé, augmentant de 105 unités en un an, à 3.825 têtes. Dont environ 2.000 en « état d’alerte opérationnelle élevé« , c’est à dire pouvant être lancées en quelques minutes.

Depuis son sommet absolu de 1986 (plus de 70.000 têtes) le nombre d’armes atomiques a fondu, tombant par exemple à 22.600 unités en 2010 (dont près de 7.500 opérationnelles à l’époque), selon les données du Sipri. Le total de 2021 est en apparence le plus bas depuis la fin des années 50.

Mais « les réductions des arsenaux nucléaires, auxquelles nous nous sommes habitués depuis la fin de la Guerre froide semblent marquer le pas« , a déclaré à l’AFP Hans Kristensen, chercheur au Sipri.

« Nous observons des programmes de modernisation nucléaire très importants dans le monde entier et dans tous les États dotés d’armes nucléaires« , souligne-t-il, avec « une hausse de l’importance attribuée aux armes nucléaires dans leurs stratégies militaires« .

Les stocks d’armes nucléaires / AFP

Cette tendance s’observe tant en Russie qu’aux États-Unis – qui possèdent à eux deux plus de 90% des armes nucléaires mondiales: 6.255 (-120) et 5.550 (-250) respectivement, selon le Sipri.

Si les deux puissances ont poursuivi le démantèlement des ogives qui n’étaient déjà plus opérationnelles, elles en comptaient début 2021 en revanche environ 50 de plus en « déploiement opérationnel » qu’un an plus tôt.

Le traité signé entre Moscou et Washington, le « New START » — visant à maintenir leurs arsenaux nucléaires en-deçà du niveau de la Guerre froide — a été prolongé à la dernière minute de cinq ans en début d’année.

Inquiétudes

Cette prolongation était importante « pour créer la stabilité« , souligne M. Kristensen, d’autant que d’autres traités — à l’image du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) — ont, eux, expiré ces dernières années.

Image diffusée par l’agence nord-coréenne Kcna le 15 janvier 2021 de missiles balistiques lors d’une parade militaire à Pyongyang / KCNA VIA KNS/AFP/Archives

Mais la nouvelle administration Biden « signale très clairement qu’elle va poursuivre l’écrasante majorité du programme de modernisation nucléaire qui était en cours pendant les années Trump« , souligne le chercheur.

Selon un rapport de la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) publié début juin, les puissances atomiques ont consacré 72 milliards de dollars à leurs arsenaux en 2020, un total en hausse de 1,4 milliard.

Selon les estimations du Sipri, la Chine possédait 350 têtes nucléaires (+30) début 2021, devançant la France 290 (stable), le Royaume-Uni 225 (+10), le Pakistan 165 (+5), l’Inde 156 (+6) et Israël 90 (stable).

Quant à la dernière puissance nucléaire en date, la Corée du Nord, l’institut de recherche suédois juge qu’elle pourrait construire 40 à 50 têtes avec la matière fissile produite par le régime, mais que leur nombre réel reste « extrêmement incertain« .

Stocks mondiaux d’ogives nucléaires / AFP

En août, les membres du Traité de non-prolifération (TNP), qui regroupe la plupart des pays du monde, doivent se réunir à New York pour une révision quinquennale.

Selon le TNP, les puissances nucléaires s’engagent à « poursuivre de bonne foi » des négociations sur le désarmement.

Toutefois, face au renouvellement des arsenaux, les pays non-nucléaires pourraient remettre en question leurs engagements, s’inquiète le Sipri.

« Les États membres de ce traité pourront à juste titre demander +Êtes-vous vraiment en conformité avec ce traité ?+«  et « +si vous ne l’êtes pas, pourquoi devrions-nous continuer à être membres de ce traité+?« , avance M. Kristensen.

Des missiles balistiques intercontinentaux DF-41 lors d’une parade militaire place Tiananmen, le 1er octobre 2019 à Pékin / AFP/Archives

La suite reste marquée d’un point d’interrogation: est-ce simplement la fin de la phase de réduction, ou le début d’une réaugmentation inédite depuis près de 40 ans?

Selon l’expert, l’augmentation du stock en Chine par exemple pourrait également entraver la volonté des États-Unis et de la Russie de se désarmer.

Par afp, publié le 14/06/2021 à 00h15, modifié le 14/06/2021 à 13h18

Photo en titre : Des missiles balistiques intercontinentaux Iars RS-24 lors d’une parade militaire sur la place Rouge, à le 9 mai 2021 à Moscou / AFP/Archives

https://www.la-croix.com/Coup-frein-baisse-armes-nucleaires-monde-2021-06-13-1301161008

INCIDENT SUR UN RÉACTEUR NUCLÉAIRE EPR DANS LE SUD DE LA CHINE

Une « fuite » serait apparue récemment dans l’un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Taishan développée par la France, a révélé, lundi, la chaîne américaine CNN. Les autorités chinoises n’ont pas communiqué sur le sujet.

C’est un nouveau coup dur pour l’EPR, la dernière génération de centrale nucléaire développée par la filière française. On en ignore encore l’importance, mais une « fuite » s’est récemment produite dans l’un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Taishan, dans le sud de la Chine, a révélé, lundi 14 juin, la chaîne de télévision américaine CNN. EDF évoque une « augmentation de la concentration de “gaz rares” dans le circuit primaire », qui se trouve dans la double enceinte en béton renfermant la chaudière. Un incident suffisamment sérieux pour susciter l’inquiétude des autorités américaines. De son côté, le gouvernement français a été prévenu jeudi 10 juin, et le ministère des affaires étrangères s’est saisi du dossier, fait-on savoir à Paris.

La centrale EPR chinoise continuait de fonctionner, au grand étonnement d’experts français

C’est la filiale américaine de Framatome (ex-Areva NP) qui a alerté les autorités américaines d’une « menace radiologique imminente », selon des responsables américains et des documents consultés par CNN. L’autorité de sûreté chinoise aurait repoussé les limites acceptables pour la détection des rayonnements à l’extérieur de la centrale pour éviter son arrêt, selon une lettre de Framatome au ministère de l’énergie américain. La centrale EPR chinoise continuait de fonctionner, au grand étonnement d’experts français.

L’administration Biden a estimé que l’installation n’avait pas encore atteint un « niveau de crise » pour les agents de la centrale et pour la population, a déclaré l’une des sources à la chaîne de télévision. La situation a néanmoins été jugée suffisamment grave pour justifier, la semaine dernière, la tenue de plusieurs réunions du conseil de sécurité nationale américain à des niveaux élevés. Des échanges ont également eu lieu avec les autorités françaises et chinoises.

Dans un communiqué, lundi 14 juin, Framatome a déclaré que « sur la base des informations disponibles, la tranche est dans son domaine de fonctionnement et de sûreté autorisé » et qu’elle « apporte son soutien à l’analyse de l’évolution d’un des paramètres de fonctionnement de la centrale ». L’expertise de la filiale américaine du fabricant de chaudières nucléaires est visiblement nécessaire, ce qui explique que le gouvernement des États-Unis ait été mis dans la boucle. Les équipes de Framatome « travaillent avec les experts concernés pour suivre et évaluer la situation, et si nécessaire, proposer des solutions », précise la société.

« Domaine de sûreté autorisé »

On ne peut être plus lapidaire, les autorités chinoises, qui ne détestent rien tant que d’être prises en défaut, refusent à leurs partenaires industriels de communiquer davantage. On ignore, notamment, si le « domaine de sûreté autorisé » est plus large en Chine qu’ailleurs, et qui le définit : le concepteur ou l’autorité de sûreté nucléaire chinoise ? En ce domaine, les règles varient d’un pays à l’autre, et celles de la France pour son parc de 56 réacteurs sont jugées très sévères. Les autorités chinoises n’ont pas communiqué publiquement sur cet incident.

On ignore également tout de la gravité de l’événement. La réglementation internationale oblige néanmoins à notifier tout incident à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dont le siège est à Vienne. En France, tout dysfonctionnement doit être immédiatement déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), institution indépendante du gouvernement, qui le rend public. Elle peut contraindre EDF à arrêter un réacteur quand l’opérateur ne l’a pas décidé lui-même.

Les États-Unis peuvent avoir intérêt à amplifier un incident industriel

Cette fuite des autorités américaines à CNN sur un sujet aussi sensible survient alors que les tensions sino-américaines sur les dossiers diplomatiques, commerciaux et technologiques n’ont pas baissé depuis l’élection de Joe Biden. Pour discréditer la Chine, particulièrement dans un domaine hautement sensible, les États-Unis peuvent avoir intérêt à amplifier un incident industriel. Mais il risque d’entraîner des dommages collatéraux pour l’industrie nucléaire française.

Paris est directement impliqué, puisque la centrale de Taishan est de technologie française. Exploitée par l’électricien public China General Nuclear (CGN), elle a été conçue et construite avec EDF (et sa filiale Framatome pour l’îlot nucléaire), qui en possède 30 %. Taishan 1 et 2 sont entrés en service commercial en décembre 2018 et septembre 2019 – bien plus rapidement que les EPR d’Olkiluoto (Finlande) et Flamanville (Manche), dont les chantiers ont été lancés en 2005 et 2007, mais qui ne sont toujours pas en exploitation après une dérive financière considérable.

S’agit-il d’un défaut de conception ou d’une erreur d’exploitation ? Pour l’heure, quatre d’entre eux seulement sont en construction, alors que leur design remonte aux années 1990 : outre Flamanville et Olkiluoto, EDF en construit deux à Hinckley Point (Royaume-Uni). Jusqu’à présent, Pékin n’a pas donné suite à la construction de deux EPR supplémentaires à Taishan, alors que le pays développe sa propre technologie. Si l’incident s’avérait sérieux, ce serait un nouveau coup dur pour l’EPR, dont EDF-Framatome veulent vendre six exemplaires à l’Inde, deux supplémentaires au Royaume-Uni, et d’autres à la Pologne, la République tchèque, voire l’Arabie saoudite.

Mais c’est en France qu’une nouvelle version de l’EPR, censée être moins coûteuse et plus facile à construire que son « grand frère », est attendue. Au début de mai, lors de l’assemblée générale d’EDF, son président-directeur général a déclaré avoir transmis au gouvernement un dossier sur « la faisabilité et les conditions » d’un programme de construction de six nouveaux réacteurs de troisième génération. « Nous souhaitons que soit décidée la construction en France de nouveaux EPR », a insisté Jean-Bernard Lévy. Emmanuel Macron a conditionné une éventuelle commande à la mise en route de Flamanville, désormais prévue pour 2023.

Par Jean-Michel Bezat, publié le 14 juin 2021 à 10h49, mis à jour à 17h34

Photo en titre : Travaux de construction de l’EPR de Taishan, en Chine, lors de la visite du premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, le 8 décembre 2013. PETER PARKS / AFP

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/06/14/nucleaire-incident-dans-l-epr-chinois-de-taishan_6084070_3234.html

OTAN, POURQUOI UNE ALLIANCE NON-NUCLÉAIRE EST POSSIBLE !

L’OTAN reconnaît depuis longtemps que la menace des armes nucléaires et des autres armes de destruction massive font peser sur sa sécurité et a, maintes fois, exprimé son engagement en faveur de la maîtrise des armements, du désarmement et à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires.

Alors que le Sommet de l’OTAN va se tenir à Bruxelles ce 14 juin, ICAN publie un rapport – synthèse en français – important demandant à l’OTAN de prendre des mesures pour devenir une « alliance non nucléaire », conformément à ses propres objectifs et à la nouvelle norme du droit international que représente le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires

De plus, ce rapport souligne le large soutien dont bénéficie le TIAN dans de nombreux États de l’OTAN, comme en témoignent les sondages d’opinion, les résolutions parlementaires (Norvège, Belgique), les déclarations des partis politiques (Allemagne) et les déclarations d’anciens acteurs politiques de l’Alliance. Cette publication présente également le rôle de la France dans l’OTAN.

ACTUALITÉ DE NOTRE CAMPAGNE

Appel des villes… bientôt 50 villes françaises auront signé cet appel de soutien au TIAN et pour que la France ratifie ce traité. Ces signatures sont souvent accompagnées de lettres adressées au gouvernement et de communications auprès des habitant·e·s. Tous les renseignements pour faire signer le maire de votre commune sont sur notre site. Vous pouvez ainsi agir et n’hésitez pas aussi à utiliser cette illustration réalisée par Abolition des armes nucléaires.

Cet été, du 5 au 9 août, participez aux actions et au jeûne, qui se déroule à Dijon et à Valduc. Organisé par le Collectif Bourgogne Franche-Comté pour l’abolition des armes nucléaires, avec de nombreuses organisations dont ICAN France, vous pourrez promouvoir l’adhésion de la France au TIAN via différentes actions et informer le public sur la nécessité d’engager une reconversion progressive du site de Valduc (où sont produites les armes nucléaires) à des activités civiles.

NOUS AVONS BESOIN DE VOUS 

Notre Campagne vous propose de nous soutenir gratuitement en adoptant le moteur de recherche solidaire Lilo (c’est ici) pour surfer sur internet et en nous reversant vos « gouttes« , pour nous assurer les moyens de poursuivre nos travaux de plaidoyers.

Et bien sûr, vous pouvez aussi rejoindre notre communauté d’adhérent·e·s engagée contre les armes nucléaires en devenant membre d’ICAN France ou en devenant marraine, parrain de notre Campagne par un don ponctuel ou régulier.

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN

Ce texte est un message de ICAN (187 montée de Choulans 69005 Lyon) reçu le 13 juin 2021 à 22h12.

Retrouvez-le en cliquant sur: http://5o83.mj.am/nl2/5o83/mjovm.html?m=AVcAADJxWygAAcqpOMIAAGLx0koAAP-Nb5wAF4DQAAUbfwBgxmaULFx5d1LuQ5u6g3-SvXRH7QAE5Zk&b=3967ca96&e=0ae78838&x=VOj1JdqLykFfTkrt5uA3x2nD98ZCrhpSNcIYMdikAUo

FUITE RADIOACTIVE EN CHINE : LE COUP FATAL POUR LE RÉACTEUR NUCLÉAIRE FRANÇAIS EPR

La chaîne américaine CNN a révélé ce jour (*) l’existence d’une situation d’urgence dans le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Taïshan (Chine), composée de deux réacteurs français EPR.

S’il n’est pas encore possible à cette heure de mesurer l’ampleur exacte du problème – une fuite radioactive dans le circuit primaire, celui qui contient le combustible nucléaire – et la gravité de la situation, il est d’ores et déjà évident qu’il s’agit là d’un coup probablement fatal pour les projets d’EDF de construire des EPR en France et à l’étranger.

En effet, alors que les chantiers EPR organisés par les Français – Areva en Finlande, EDF à Flamanville (Manche) et en Grande-Bretagne – sont de véritables désastres industriels et financiers, les promoteurs du réacteur EPR se raccrochaient désespérément au « bon exemple » chinois.

Car les deux EPR de Taïshan ont été construits et mis en service (respectivement en décembre 2018 et septembre 2019) avec « seulement » quelques années de retard et des surcoûts officiellement limités à quelques milliards (selon la communication de la Chine qui, faut-il le rappeler, est une dictature où l’ « information » est totalement contrôlée).

La situation qui a lieu actuellement en Chine montre que, malgré la prétendue maestria des nucléocrates chinois, les EPR de Taïshan ne se portent pas mieux que ceux que les français tentent désespérément de construire.

Cet évènement doit amener les dirigeants politiques français (mais aussi finlandais et britanniques) à prendre enfin leurs responsabilités et à stopper définitivement les chantiers EPR d’Olkiluoto (Finlande), Flamanville (Manche, France) et d’Hinkley Point (Grande-Bretagne), et à cesser d’annoncer de futurs chantiers d’EPR en Inde ou ailleurs.

Malgré les puissantes campagnes de communications et de publicité actuelles en faveur du nucléaire, supposé s’opposer au changement climatique et donc « sauver la planète » alors qu’il ne fait en réalité que la contaminer (Tchernobyl, Fukushima, déchets radioactifs, rejets divers, etc), malgré le recours de l’industrie atomique à des youtubeurs ou au VRP JM Jancovici, le fait est que le nucléaire est une industrie du XXème siècle, un dinosaure à la fois ruineux et terriblement dangereux, qui ne couvre toutefois que 2% de la consommation mondiale d’énergie : une contribution infime pour un danger extrême !

Quant au réacteur français EPR, il est assurément le plus mauvais réacteur jamais conçu de par le monde, à tel point que ses propres concepteurs (Areva/Orano et EDF) ne parviennent même pas à le construire. Alors que les réacteurs EPR de Finlande et de Flamanville présentent des malfaçons majeures, à commencer par la fameuse cuve de l’EPR de Flamanville, il serait criminel de les mettre en service… à supposer que leurs chantiers soient un jour terminés…

(*) https://edition.cnn.com/2021/06/14/politics/china-nuclear-reactor-leak-us-monitoring/index.html

Par l’Observatoire du Nucléaire, publié le 14 juin 2021

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article381

USA ET CORÉE DU SUD RÉAFFIRMENT LEUR COOPÉRATION POUR LA DÉNUCLÉARISATION DE LA PÉNINSULE CORÉENNE

CARBIS BAY, Angleterre (Reuters) – Le secrétaire d’État américain Antony Blinken et le ministre sud-coréen des Affaires étrangères Chung Eui-Yong ont réaffirmé l’engagement de leurs pays et du Japon à collaborer étroitement à la « dénucléarisation de la péninsule coréenne« , a déclaré le département d’État.

La déclaration, publiée après la rencontre des deux hommes en marge du sommet du Groupe des Sept, fait référence, sans nommer la Corée du Nord, aux efforts qui n’ont que peu ou pas du tout progressé pour amener Pyongyang à abandonner son arsenal nucléaire.

Antony Blinken et Chung Eui-Yong ont également souligné l’importance de la coopération multilatérale pour résoudre d’autres problèmes régionaux, « notamment le retour du peuple birman sur la voie de la démocratie« , selon la déclaration, en référence au coup d’État militaire survenu en Birmanie au début de l’année.

Par Reuters (Matt Spetalnick; version française Camille Raynaud), publié le 13 juin 2021 à 12h16

Photo en titre : Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (en photo à gauche) et le ministre sud-coréen des Affaires étrangères Chung Eui-Yong (à droite) ont réaffirmé l’engagement de leurs pays et du Japon à collaborer étroitement à la « dénucléarisation de la péninsule coréenne », a déclaré le département d’État. /Photo prise le 18 mars 2021/REUTERS/Lee Jin-man. POOL

https://www.challenges.fr/monde/usa-et-coree-du-sud-reaffirment-leur-cooperation-pour-la-denuclearisation-de-la-peninsule-coreenne_768914

L’OTAN SERAIT SUR LE POINT DE RENONCER AU DÉPLOIEMENT DE MISSILES NUCLÉAIRES EN EUROPE

Lors du prochain sommet de l’Otan, ses membres seront disposés à s’opposer officiellement à l’idée initiale de l’Alliance de déployer en Europe des missiles nucléaires afin de ne pas envenimer les relations avec la Russie, d’après les sources de Defense News.

Les dirigeants des pays membres de l’Otan seraient prêts à s’opposer au déploiement de missiles nucléaires au sol en Europe, a appris Defense News.

Selon les sources du journal, au sein de l’Union européenne et du Sénat américain cette position est énoncée dans un projet de communiqué à publier après le sommet de l’Otan.

Cette décision est considérée comme un moyen possible d’apaiser les tensions avec Moscou et d’amorcer un dialogue sur le contrôle des armements avant le sommet américano-russe à Genève du 16 juin.

Le sommet le plus court de ces 20 dernières années

Le 32ème sommet de l’Otan qui aura lieu à Bruxelles le 14 juin sera le plus court depuis près de 20 ans. Il ne durera qu’une journée et ne comprendra qu’une seule session de travail d’environ deux heures et demie. D’ordinaire, ils s’étalent sur deux jours et englobent trois ou quatre séances sur des sujets différents.

Le prochain se déroulera en présence de Joe Biden qui effectue son premier déplacement à l’étranger en tant que Président.

Les besoins d’une stabilité stratégique

En octobre 2020, Vladimir Poutine avait annoncé la volonté de ne pas déployer de missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée dans la partie européenne de la Russie afin d’apaiser les tensions croissantes suite au retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI).

L’administration Trump avait qualifié l’idée comme étant vouée à l’échec et avait laissé entendre qu’elle serait disposée à installer en Europe occidentale des missiles nucléaires.

Dès son entrée en fonction, Joe Biden est parvenu à un accord avec Poutine sur la prolongation du Traité sur la réduction des armes stratégiques New Start. Les deux pays se sont déclarés prêts à coopérer dans ce domaine.

Par Victor Koulakov, publié le 13 juin 2021 à 10h00

Photo en titre : © Sputnik . Aleksei Vitvitsky

https://fr.sputniknews.com/defense/202106131045725065-lotan-serait-sur-le-point-de-renoncer-au-deploiement-de-missiles-nucleaires-en-europe/

NUCLÉAIRE IRANIEN: SANS DOUTE PAS D’ACCORD CETTE SEMAINE SELON TÉHÉRAN

Le négociateur en chef de l’Iran a déclaré samedi soir ne pas «penser que les négociations» sur le nucléaire «puissent parvenir à une conclusion cette semaine», alors que les Iraniens élisent leur président le 18 juin.

À lire aussi : Iran: trois ténors écartés de la présidentielle

«À titre personnel, je ne pense pas que nous puissions parvenir à une conclusion cette semaine», a déclaré Abbas Araghchi au diffuseur public iranien à la suite de la reprise du sixième round de négociations à Vienne.

À la sortie de la réunion dans la capitale autrichienne, le représentant russe Mikhaïl Oulianov a aussi estimé que les négociateurs avaient besoin « de quelques semaines supplémentaires pour toiletter le texte existant », selon une déclaration sur Twitter.

Les Iraniens sont appelés aux urnes pour désigner le successeur du président Hassan Rohani, principal architecte, côté iranien, de cet accord conclu en juillet 2015 avec les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne.

Pour plusieurs analystes, la perspective d’une entente permettant de relancer ce pacte torpillé par Washington en 2018 apparaissait peu probable avant la tenue du scrutin.

Le «plan d’action global commun» (JCPOA, selon son acronyme anglais) offre à l’Iran un allègement des sanctions en échange d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Mais l’ancien président Donald Trump a rétabli les sanctions américaines que l’accord avait permis de lever et a lancé une campagne de «pression maximale» contre l’Iran à coups de sanctions supplémentaires.

En riposte, l’Iran a fait sauter depuis mai 2019 la plupart des limites qu’il avait consenties sur son programme nucléaire.

Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, dit vouloir réintégrer les États-Unis dans l’accord de Vienne.

Engageant l’Iran et les autres États encore parties au pacte, ainsi que, indirectement, les États-Unis, les négociations en cours à Vienne tendent vers ce but.

Le gouvernement modéré-réformateur de M. Rohani a promis aux Iraniens la levée des sanctions avant la fin de son mandat. Il espère un compromis à Vienne avant de passer la main, en août, au prochain président.

Par Le Figaro avec AFP, publié le 12 juin 2021 à 23h44, mis à jour le 13 juin 2021

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/nucleaire-iranien-sans-doute-pas-d-accord-cette-semaine-selon-teheran-20210612

L’EX-CHEF DU MOSSAD INDIQUE QU’ISRAËL ÉTAIT À L’ORIGINE DE L’EXPLOSION D’UNE INSTALLATION NUCLÉAIRE IRANIENNE ET DE L’ASSASSINAT D’UN SCIENTIFIQUE MILITAIRE

En juillet dernier, l’installation nucléaire iranienne de Natanz a été la cible d’une explosion qui a déchiré son assemblage de centrifugeuse avancé, Téhéran accusant rapidement Israël d’être derrière l’attaque. Une explosion similaire aurait complètement détruit le système électrique à l’intérieur d’une autre installation nucléaire souterraine iranienne plus tôt cette année.

En novembre 2020, le programme nucléaire iranien a subi un autre coup dur, lorsque l’un de ses meilleurs scientifiques nucléaires, Mohsen Fakhrizadeh, a été assassiné par une mitrailleuse automatisée. Encore une fois, le Mossad a été accusé d’être responsable de l’attaque à l’époque, le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif déclarant qu’il y avait « indications sérieuses » Israël était derrière.

Discutant des deux incidents, Cohen, qui a été directeur du Mossad de 2016 à la semaine dernière, a suggéré que son agence était derrière les attaques, bien qu’il n’ait pas fait d’aveux clairs pour l’un ou l’autre.

« Nous disons très clairement [to Iran]: nous ne vous laisserons pas obtenir d’armes nucléaires. Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? »

Abordant l’assassinat de Fakhrizadeh, Cohen a avoué que le scientifique iranien avait été la cible de la collecte de renseignements par le Mossad « pendant de nombreuses années, » comme Israël était « le plus troublé » par ses travaux sur le programme nucléaire de Téhéran. L’enquêteur a suivi ces remarques en affirmant que « Yossi Cohen ne peut pas assumer la responsabilité de cette action, mais sa signature personnelle figure sur l’ensemble de l’opération. »

Cependant, l’ex-chef du Mossad s’est vanté auprès de l’intervieweur que l’établissement de Natanz n’avait pas « ressemble à ce qu’il était avant », après que l’explosion a paralysé ses centrifugeuses. Le reportage était accompagné de l’explication détaillée de l’intervieweur Ilan Dayan sur la façon dont l’agence israélienne a introduit les explosifs dans l’installation, bien que ses affirmations n’aient pas été confirmées publiquement par Tel Aviv et qu’il ne soit pas clair où il a obtenu ces informations.

Parallèlement à ses commentaires sur les attaques, Cohen a apparemment lancé une invitation ouverte à tous les scientifiques iraniens qui pourraient souhaiter quitter le programme nucléaire de Téhéran, déclarant qu’Israël offrait parfois une issue à ceux qui étaient « prêt à changer de carrière. »

Alors que le Mossad est généralement connu pour sa discrétion, Cohen en a profité pour avertir l’Iran et les scientifiques travaillant dans son programme nucléaire qu’ils seraient ciblés s’ils poursuivaient leurs activités.

Utilisant l’interview pour s’adresser directement aux dirigeants iraniens, Cohen a déclaré qu’il avait été « infiltré » qu’Israël surveillait ses activités et que « L’ère du mensonge est révolue. »

Le remplaçant de Cohen au Mossad, David Barnea, et le gouvernement israélien n’ont pas répondu à l’interview télévisée ni confirmé l’implication de l’agence dans les attaques. L’Iran n’a pas non plus répondu aux commentaires de l’ancien chef du Mossad.

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Par Gaspar Bazinet, publié le 11 juin 2021 à 02h22

https://news-24.fr/lex-chef-du-mossad-indique-quisrael-etait-a-lorigine-de-lexplosion-dune-installation-nucleaire-iranienne-et-de-lassassinat-dun-scientifique-militaire/

ANTI-ÉOLIEN : GARE AU RETOUR DE FLAMMES

En France, des intellectuels et personnalités médiatiques, le lobby nucléaire et l’extrême-droite, alliés de circonstances, ont déclaré la guerre à l’éolien, accusés de tous les maux. Si par malheur cette tentative de stopper le développement éolien devait réussir, elle conduirait inéluctablement à un recours accru aux combustibles fossiles et une forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Après Alain Finkielkraut et Luc Ferry, Stéphane Bern s’enflamme contre l’éolien dans le Figaro du 30 mai. Extraits : « l’énergie éolienne n’est en rien écologique et renouvelable. Elle pollue gravement la nature et détruit le patrimoine naturel et bâti de la France. » Le célèbre défenseur du patrimoine ignore sans doute le mot de Talleyrand, « ce qui est excessif est insignifiant ». Il s’en prend à la ministre Barbara Pompili « coupable de destruction d’un patrimoine naturel, d’atteintes à la biodiversité, d’artificialisation des sols et de soutien aux énergies fossiles ». Soutien aux fossiles ? Oui parce que les éoliennes « fonctionnent seulement 25% du temps et nécessitent l’aide de centrales à charbon, qui rouvrent notamment en Allemagne ». En réalité, la consommation de charbon en Allemagne décroît sans cesse (voir graphique ci-dessous).

La situation est grave, poursuit Bern : « le projet de Mme Pompili implique de passer de plus de 8000 éoliennes en 2019 à près de 15 000 en 2028 ». C’est deux fois moins qu’aujourd’hui en Allemagne, pays plus petit et plus peuplé que la France, ils sont fous ces Allemands !

La colère gronde dans les campagnes, mais « les procédures de recours ont été largement décapitées… comme les oiseaux migrateurs dans les pales de vos machines infernales » s’insurge Stéphane Bern. Nulle part au monde il ne fallait autant d’autorisations et de décisions de justice pour faire aboutir un projet éolien, le tout prenant 7 à 9 ans de travail ; le gouvernement a simplifié les procédures et réduit les recours.

Un gypaète barbu, nous dit Bern, a été tué par une éolienne dans la Drôme « sans que les écologistes ne s’en émeuvent ». Il manque ici l’occasion de nous faire part de son émotion quand pesticides, pare-brise, vitres, chasseurs et chats tuent infiniment plus d’oiseaux que les éoliennes. Bref, conclut-il, l’énergie éolienne « nourrit des promoteurs puissants qui se parent des habits de l’écologie pour faire de l’argent facilement sur le dos de nos concitoyens ruraux », appelant son lecteur à visionner sur internet le film de Charles Thimon, Éoliennes : du rêve aux réalités.

Lire aussi : Infrasons émis par les éoliennes : une nouvelle étude confirme leur innocuité

Le soutien du nucléaire vire au nationalisme le plus étroit

Ce film laisse entrevoir une autre dimension de l’hostilité à l’éolien : c’est l’Europe, « donc en réalité l’Allemagne, devant laquelle on est obligé d’être à plat-ventre », qui impose les éoliennes à la France, par hostilité revancharde à l’égard du succès nucléaire français. Elle a imposé des objectifs identiques de développement des renouvelables à tous les pays de l’Union Européenne malgré la diversité des situations – affirmation dont la fausseté éclate en deux clics. Le soutien au nucléaire vire alors au nationalisme le plus étroit, mâtiné de défense des ruraux contre les élites urbaines et la finance internationale, expliquant le ralliement massif à la cause anti-éolienne de l’extrême-droite (et d’une partie de la droite, notamment Xavier Bertrand). En témoignent sur le plateau de LCI les aboiements anti-éoliens du « plus bruyant des trumpistes français », André Bercoff.

Évitons les caricatures : on peut être pour le nucléaire et pour les éoliennes, ou contre le nucléaire et contre les éoliennes. Le soutien au nucléaire traverse la plupart des partis politiques français, à l’exception d’Europe-Écologie les Verts et de la France Insoumise. Ce fut longtemps un thème fort du Parti communiste, et non l’exclusivité de l’extrême-droite. Néanmoins, on constate très souvent aujourd’hui que les adversaires acharnés de l’éolien sont souvent des défenseurs passionnés du nucléaire. Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à opposer les besoins en métaux et béton des éoliennes à ceux des centrales nucléaire, ou leurs emprises au sol (mais jamais, c’est curieux, leurs besoins en eau). Un argument revient sans cesse, celui des émissions de CO2 associées à la fabrication des éoliennes ou des panneaux solaires, respectivement « deux fois » et « huit fois » plus importantes que celles du nucléaire. Ces chiffres, excessifs car basés sur des données anciennes, devraient d’abord être comparés aux émissions des combustibles fossiles, dix à cent fois plus élevées…

Les pourfendeurs de l’éolien nourrissent surtout le procès de son « intermittence », contrastée avec la « pilotabilité » du nucléaire, sans qu’alors on comprenne bien pourquoi la montée en puissance de l’éolien imposerait d’utiliser plus de gaz naturel dans la production d’électricité [1]. Ils affirment mordicus que les éoliennes « ne marchent que 25% du temps » : en réalité, de 70 à 90% du temps, mais à puissance variable ; 25%, c’est le « facteur de capacité », la production effective par rapport à la production théorique si les éoliennes fonctionnaient tout le temps à leur puissance nominale. Dans le film de Thimon, un intervenant reproche aux promoteurs de l’éolien d’entretenir la confusion entre les capacités électriques (la puissance en mégawatts) et la production (l’énergie en mégawattheures). Mais le film joue lui-même sur cette confusion pour affirmer « l’inutilité des éoliennes », que prouverait la perpétuation des centrales thermiques allemande, et se garde bien de montrer la baisse des consommations de charbon et des émissions de CO2 outre-Rhin.

Lire aussi : L’Allemagne et son charbon : mythes et réalités

À quoi bon l’éolien, nous dit-on, puisque l’électricité française est très décarbonée ? Mais la France n’est pas isolée en Europe, davantage d’électricité renouvelable contribue via les interconnections à décarboner le mix européen. Et surtout, qu’en sera-t-il à l’avenir ? Les anti-éoliens font mine d’ignorer que le parc nucléaire existant vieillit. La prolongation des centrales existantes ne sera ni facile, ni peut-être généralisée, ni sûrement éternelle…

Le nucléaire est moins cher, affirment-ils sur la base des contrats d’achat des débuts de l’éolien et des subventions nécessaires au développement de la filière. Depuis le coût du « nouveau » nucléaire s’est envolé, celui du « nouvel éolien » s’est effondré : le premier représente deux fois le second, et l’écart continue de s’accroître. Pour décider de ce qu’on doit construire aujourd’hui, c’est cela qui compte.

Lire aussi : Trop cher et trop lent, le nucléaire ne sauvera pas le climat

Pour garantir la sécurité électrique du pays …

Imaginons un instant que la vague anti-éolienne l’emporte contre toute rationalité, peut-être en portant l’un de ses soutiens à l’Élysée. RTE, le réseau électrique français, vient de publier une première esquisse de ses scénarios aux horizons 2050-2060, avec 0% à 50% de nucléaire dans la production d’électricité – montrant que le scénario à 50% serait extrêmement ambitieux pour l’industrie nucléaire. Ce scénario nécessite pourtant, pour garantir la sécurité électrique du pays, de multiplier la capacité des éoliennes par 2,5 en France, celle du solaire par 7 (respectivement x4 et x20 pour les scénarios sans nucléaire à terme).

Arrêtons l’éolien, mettons en chantier de nouvelles centrales nucléaires : elles produiront leurs premiers kWh dans quinze ans. Entretemps, la consommation d’électricité aura augmenté, malgré les progrès de l’efficacité énergétique, du fait de l’électrification qui décarbone bâtiments, industries et transports. Si cette croissance n’est pas le fait des renouvelables, elle ne pourra venir que de combustibles fossiles. Sauf à rouvrir nos centrales à charbon, nous serons obligés de construire à toute vitesse des centrales à gaz, et d’augmenter fortement nos importations de gaz naturel. Et davantage encore si les travaux permettant d’assurer la poursuite du fonctionnement de certaines centrales nucléaires existantes s’avèrent trop chers, ou impossibles à réaliser dans les délais… Précisément les difficultés qu’anticipe l’Autorité de Sûreté Nucléaire !

Une alternative ? Il y en a une, bien sûr : renoncer à utiliser l’électricité pour décarboner toute l’économie. Ce serait donc un retour massif aux combustibles fossiles, que ce soit dans les centrales électriques ou chez les utilisateurs d’énergie. L’abandon des espoirs de maîtriser les changements climatiques, la trahison des engagements pris à Paris en 2015 – un retour de flammes au goût de cendres.

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Lire aussi : Nouvelle étude scientifique : le 100% renouvelable n’est pas une utopie

[1] La question est évidemment différente si on s’approche de 100% d’électricité renouvelables dans un pays aux apports hydroélectriques limités – on y reviendra.

Par Cédric Philibert, publié le 10 Juin 2021

À propos de l’auteur Cédric Philibert : Cédric Philibert a été conseiller du ministre français de l’Environnement (1988-1990), puis conseiller du Directeur général de l’ADEME (1992-1998) et a travaillé pendant 19 ans à l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Aujourd’hui, il est consultant indépendant et analyste senior des questions d’énergie et de climat. Il est également chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Enfin, il assure un enseignement à Sciences Po Paris. https://cedricphilibert.net/

POLYNÉSIE ET NUCLÉAIRE : MAUVAIS ACCUEIL POUR LA PROPOSITION DE LOI DE MOETAI BROTHERSON À L’ASSEMBLÉE NATIONALE

La proposition de loi « Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français » du député Moetai Brotherson a été examinée ce mercredi en commission de la Défense de l’assemblée nationale. Le texte, qui doit passer en séance le 17 juin, a été rejeté par les députés de la majorité présidentielle. Les précisions de notre partenaire Outremer 360°.

Cette proposition de loi (PPL) vise plusieurs objectifs : « environnement, maladies trans-générationnelles, victimes collatérales (ou ayants-droits, ndlr), vraie prise en charge au-delà de l’indemnisation, remboursement des sommes portées par la CPS (équivalent de la sécurité sociale en Polynésie)», avait expliqué le député sur sa page Facebook. Le texte propose aussi la suppression de l’amendement « Tetuanui », qui instaure le critère du millisievert (mSv) parmi les critères ouvrant droit à l’indemnisation. Ce seuil, retenu dans la procédure d’indemnisation après la suppression du risque négligeable par la loi Erom en 2017, est vécu par les associations qui accompagnent les victimes comme un nouveau frein à l’indemnisation.

Pour ce qui est de l’objectif environnemental et dépollution, cette PPL demande la création d’une « commission chargée d’étudier les moyens à mettre en œuvre pour la dépollution des sites des essais nucléaires ». Le député de Polynésie, siégeant au groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), évoque notamment l’atoll de Moruroa et sa fragilisation suite aux essais français.

En attendant la table ronde

« Nous ne pouvons pas soutenir cette proposition de loi » a déclaré Guillaume Vuilletet, député LaRem et rapporteur en 2019 de la loi portant réforme du statut de la Polynésie. « Il y a une radioactivité stable et en décroissance » a-t-il poursuivi, concernant la demande d’une commission pour la dépollution des sites. Pour le retrait du millisievert, Guillaume Vuilletet évoque « une erreur » : « soit on juge que tout le monde peut être concerné, soit on pense qu’il y a des avis scientifiques qui doivent étayer cela ». Pour le député de la majorité, le « vrai rendez-vous est celui de la table ronde qui va être organisée prochainement sous l’égide du président de la République », qui toujours selon lui « doit permettre de mettre à plat tout cela ». Cette table ronde promise par le président de la République devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochain.

Le président du groupe GDR, André Chassaigne, a naturellement vivement défendu la PPL du député Brotherson, qui sera par ailleurs examinée dans l’hémicycle à l’occasion de la niche parlementaire de son groupe. « Oui ou non, la loi Morin a-t-elle des manques sur l’aspect environnemental et humain des essais nucléaires ? (…) Est-ce qu’une table ronde permettra un travail aussi constant et approfondi qu’une commission chargée d’établir un programme de dépollution (…) ? », a-t-il interrogé, voyant en la table ronde « de la simple communication ». « Concernant les indemnisations des victimes ou de leurs proches : oui ou non, les critères d’indemnisation sont-ils trop restreints ? Oui ou non, les dossiers ne sont-ils pas trop complexes à monter pour les victimes ? Oui ou non ne faut-il pas élargir la loi Morin aux victimes de maladies trans-générationnelles dues aux essais ? (…) Est-il normal que ce soit la Caisse de prévoyance sociale de Polynésie qui prenne en charge les dépenses des victimes ? », a-t-il ajouté. « Pensons aux victimes, au devoir que la France a ».

Maina Sage « solidaire » sur le fond mais pas sur la forme

« Le texte proposé touche à un sujet particulier » a rappelé la députée de Polynésie Maina Sage (Agir). « Notre réponse législative », plus précisément l’actuelle loi Morin indemnisant les victimes des essais, « est-elle à la hauteur ? (…) Force est de constater que non », a-t-elle déclaré. La députée a aussi souligné l’enquête du média Disclose publiée en mars et révélant que « cet exercice de vérité depuis 2006 (date du rapport du CEA, ndlr) aurait été tronqué ». « Les retombées sont deux à dix fois supérieures à ce qu’on nous a dit », a-t-elle insisté. Pour la députée, les révélations du média Disclose remettent ainsi en cause les critères actuels ouvrant droit à l’indemnisation, notamment celui du millisievert. « Sur le fond je suis solidaire » a assuré la députée, mais souligne la nécessité « d’un travail collectif » et « trans-partisan » à travers la table ronde. « On ne pourra pas avancer ensemble si nous n’avons pas fait toute la vérité et si nous n’avons pas rendu justice à toutes les victimes », a-t-elle poursuivi, exhortant son collègue de Polynésie à y participer. Non-membre de la commission, elle n’a pas participé au vote.

Voix dissonante au sein de la majorité, le député du Finistère, Didier Le Gac, « considère que la plupart des dispositions de cette PPL constitue un véritable progrès pour les populations civiles et militaires » pour pallier aux « manquements » de l’actuelle loi. « À titre personnel », ce député de Bretagne qui connaît bien les marins de Brest « qui ont participé à l’effort de dissuasion nucléaire », votera en faveur de la PPL du député polynésien.

Table ronde en forme de « coquille vide » pour Moetai Brotherson

« J’ai un peu de mal à voir disqualifier l’action de notre Assemblée simplement parce que l’exécutif a décidé la mise en place d’une table ronde », s’est agacé le député Moetai Brotherson, « l’un n’exclut par l’autre ». « J’espère sincèrement que les quelques jours qui séparent l’examen en Commission et la session à l’Assemblée nationale permettront aux uns et aux autres de réfléchir » a-t-il ajouté, après le rejet de sa loi par la Commission. Réagissant encore sur la table ronde promise par Emmanuel Macron, le député rappelle « qu’elle est loin de faire l’unanimité en Polynésie ». « La plupart des associations de victimes ont déjà indiqué qu’elles ne participeront pas. Les confessions religieuses s’interrogent et il est probable qu’elles ne participent pas non plus », tout comme le parti indépendantiste, principal opposant politique aux essais nucléaires. « Elle tiendra plus de la coquille vide que de la table ronde », a-t-il ajouté.

Selon le député, la raison pour laquelle certaines associations, comme Moruroa e Tatou, ne participeront pas à cette table ronde est que « l’essentiel de ce (qu’elles veulent) exprimer est dans » cette PPL. Si le député avait déclaré participer à cette table ronde en sa qualité de parlementaire, il estime « qu’en tant que Polynésien, je serais tellement peu respecté que je n’ai pas envie d’y participer ».

Revoir l’examen de la PPL du député Moetai Brotherson ici.

Par Jean-Tenahe Faatau pour Outremer 360°, publié le 10 juin 2021

https://www.radio1.pf/nucleaire-mauvais-accueil-pour-la-proposition-de-loi-de-moetai-brotherson-a-lassemblee-nationale/

DÉCHETS NUCLÉAIRES : CONFÉRENCE DE CITOYENS ET « VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE »

Après une première séance parisienne de « formation » à Paris fin mai, l’Andra organise une plongée à 500 m sous terre de Bure, les 11 et 12 juin 2021, dans le cadre de la conférence de citoyens sur la phase industrielle pilote de Cigéo.

Une conférence de citoyens, mais pour quoi ?

Leur mission est de taille. 20 citoyennes et citoyens, censés représenter la société française devront «  rédiger un avis, dont le contenu rendu public servira à l’Andra pour organiser la phase industrielle pilote en adéquation avec les attentes de la société ». (Claude Brévan, présidente du Comité de pilotage)

Demander à 20 personnes de participer au lancement d’un gigantesque chantier, estimé entre 6 à 12 milliards d’euros, est une opération pour le moins exceptionnelle.

Qu’entend-on au juste par « attentes » d’une société, confrontée, depuis plus de trente ans, à un projet de méga-poubelle atomique imposé à coup de mensonges et d’achat des consciences ? Organisée en hâte par l’Andra, la démarche a de quoi inquiéter. Elle n’était pas prévue initialement et vient ajouter une complexité supplémentaire au mille-feuilles concertatif déployé actuellement sur le territoire.

Un geste ultime, voire désespéré

Perte de confiance en l’Andra, toujours dans l’incapacité de prouver la faisabilité en toute sécurité du projet Cigéo ? Besoin ultime d’associer, en trompe-l’œil, la société civile au lancement déguisé de Cigéo sous couvert de nouveaux tests ? Rappelons que cette idée de phase industrielle pilote est sortie, officiellement, d’une précédente conférence de citoyens en 2014, à l’issue et hors du débat public de 2013.

Besoin de contrer un désamour de plus en plus palpable ces derniers mois, tant au niveau local que national ? Que penser du timing de cette consultation planifiée au moment du procès des malfaiteurs de Bure, une manière de poursuivre la stratégie amorcée il y a quelques années : la démocratie avec celles et ceux qui  » jouent le jeu  » tandis que les soi-disant méchants se retrouvent à la barre ? Pour les promoteurs de Cigéo, l’expression citoyenne, essentielle mais insaisissable (débat public 2013, approches sociologiques, etc.) doit être recueillie, une bonne fois pour toute, pour pouvoir instruire l’autorisation de Cigéo.

Pour rassurer le monde du BTP ?

« Les conclusions que l’Andra retirera de cette concertation permettront de compléter le Plan directeur de l’exploitation de Cigéo (PDE), pièce essentielle du dossier de demande d’autorisation de création (DAC), en y intégrant une expression citoyenne. » (CONSTRUCTION CAYOLA.com.)

On imagine aisément que le BTP piaffe d’impatience, la première tranche de Cigéo, maquillée en phase d’essai, représentant un très beau marché à venir…

Boudée par les organisations nationales contactées par le comité de pilotage

France Nature Environnement, Global Chance, le Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire et Greenpeace ont refusé de participer à cette mascarade, ont décliné l’invitation à intervenir, allant même jusqu’à demander au comité de pilotage de l’annuler. Sur la forme, elles rappellent que l’Andra y est juge et partie, en tant qu’exploitant qui organise et qui finance. Sur le fond, le périmètre de la concertation ne permet pas de se prononcer sur l’opportunité du projet Cigéo qui est par ailleurs présenté comme « arrivé à maturité » malgré les nombreuses interrogations et les manques soulevés par l’Autorité Environnementale au début de l’année.

Toute en illusions et sans effet

« Au terme de ce processus, l’Andra s’engage à se prononcer en retour sur l’avis citoyen et d’en présenter les conclusions, tant pour l’élaboration du dossier de demande d’autorisation de création (DAC), que pour la suite de ses démarches de concertation. »

Le dernier exercice dans le genre a plus que déçu. La « convention citoyenne pour le climat », vaste opération de communication élyséenne, ne fit qu’accoucher d’un piètre résultat, engendrant au passage beaucoup de frustrations et de désillusions.

Pour cet exercice commandité par l’Andra, seul comptera le fait qu’un avis citoyen a été posé. Positif, nuancé ou négatif, il ne changera strictement rien au processus menant à Cigéo. Ou comment se moquer du monde.

La conférence de citoyens se déplace à Bure

La Coordination Stop-Cigéo, ayant refusé une nouvelle fois toute participation à un processus concertatif « bidon », souhaite aux 20 tirés au sort une belle immersion sous terre à Bure, façon Jules Verne. Puissent-ils ne pas céder au mirage déployé ?

Communiqué  du 10/06/2021 de la Coordination Stop-Cigéo (Collectifs Burestop55, Cedra 52, Cacendr, BZL, Eodra, HV de Gondrecourt-le-Château, MNE) publié le 10 juin 2021

https://cedra52.jimdofree.com/2021/06/10/conf%C3%A9rence-de-citoyens-et-voyage-au-centre-de-la-terre/

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter les sites : www.burestop.eu / https://cedra52.jimdofree.com/

RAPPORT « UNE ALLIANCE NON-NUCLÉAIRE : POURQUOI LES ÉTATS MEMBRES DE L’OTAN DEVRAIENT ADHÉRER AU TRAITÉ SUR L’INTERDICTION DES ARMES NUCLÉAIRES »

L’OTAN, qui tient son Sommet ce lundi 14 juin à Bruxelles, reconnaît depuis longtemps la menace que l’arme nucléaire et que les autres armes de destruction massive font peser sur sa sécurité et a, maintes fois, exprimé son engagement en faveur de la maîtrise des armements, du désarmement et à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires.

Pour inviter les États membres de l’OTAN à se conformer aux objectifs définis de l’Alliance, ICAN, la Campagne Internationale pour abolir les armes nucléaires publie un rapport (avec des contributions de ICAN France) « Pourquoi les États membres de l’OTAN devraient adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires » qui offre des analyses et des recommandations, notamment sur :

  • La relation et la compatibilité entre l’Alliance atlantique et le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ;
  • Les moyens concrets que le TIAN offre aux membres de l’OTAN pour renouveler et renforcer leurs efforts dans l’accomplissement des objectifs poursuivis par l’Alliance de réduction et, à terme d’élimination des menaces sécuritaires engendrées par l’arme nucléaire ;
  • L’existence d’un soutien fort et grandissant (parlementaires, villes, citoyens, organisations humanitaires internationales) au traité d’interdiction dans plusieurs des États membres ;
  • Comment en rejoignant le TIAN, les membres de l’OTAN peuvent aider à renforcer les barrières contre la prolifération et ouvrir une nouvelle voie pour le désarmement ;
  • L’opposition au TIAN, notamment de la part des États membres de l’OTAN, qui est basée sur des mythes, des idées reçues, ou encore sur des mensonges délibérés ;
  • Pourquoi construire une Alliance non-nucléaire doit commencer dès aujourd’hui.

À télécharger la synthèse en français et en anglais le rapport complet.

Publié le 10 juin 2021

http://icanfrance.org/rapport-alliance-non-nucleaire-pourquoi-etats-otan-devraient-adherer-traite-sur-interdiction-armes-nucleaires/

Nous vous invitons à voir également : Dépenses mondiales pour les armes nucléaires en 2020

SOMMET BIDEN-POUTINE: L’ALLEMAGNE VEUT QUE LA QUESTION DU DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE SOIT DISCUTÉE

Alors que le sommet entre Joe Biden et Vladimir Poutine est prévu le 16 juin à Genève, l’Allemagne a fait savoir aux Américains qu’elle aimerait que la question du désarmement nucléaire soit à l’ordre du jour lors de la rencontre, a déclaré Heiko Maas ce mercredi 9 juin.

Berlin reconnaît avoir demandé aux États-Unis d’inclure la question du désarmement nucléaire à l’agenda du sommet entre les Présidents russe et américain à Genève. Le ministre allemand des Affaires étrangères l’a confirmé lors d’une séance au Bundestag (chambre basse du Parlement).

«Nous aimerions en général [que cette question soit abordée, ndlr], et c’est ce que nous avons dit à nos partenaires américains: si un sommet entre Poutine et Biden a lieu, intégrer le désarmement à l’ordre du jour. Nous avons besoin des États-Unis et de la Russie quand il est question du désarmement nucléaire», a-t-il indiqué ce mercredi 9 juin.

L’Allemagne soutient l’effort de protéger les nouveaux accords dans le domaine du désarmement, selon le diplomate, qui a en outre exprimé l’espoir que de nouvelles décisions soient prises sous la nouvelle administration présidentielle américaine.

Le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) a été signé par l’URSS et les États-Unis à Washington en décembre 1987. En 2019, accusant la Russie d’avoir violé le traité, les États-Unis s’en sont retirés. Moscou a nié ces allégations et a proposé de démontrer les capacités du missile qui avait suscité des questions de la part de Washington, ainsi que de discuter du sujet. Un appel au dialogue n’a pas été accepté.

Le sommet

La première rencontre Poutine-Biden se tiendra à Genève le 16 juin. La stabilité stratégique et la situation en Ukraine et en Biélorussie devraient être examinées lors de leurs discussions, comme l’a confié à Sputnik l’expert américain Howard Hawkins, cofondateur du Parti vert aux États-Unis.

Ce 9 juin, Joe Biden a entamé son premier voyage à l’étranger depuis sa prise de fonctions. Il participera aux sommets du G7, de l’Otan, des États-Unis et de l’UE, puis rencontrera Vladimir Poutine.

Plus tôt, les États-Unis et la Russie avaient fait savoir qu’ils ne s’attendaient pas à des percées majeures lors de la rencontre à venir entre les deux dirigeants, dans le contexte des relations tendues.

Pour le Président russe, les sujets prioritaires sont la stabilité stratégique, le désarmement, le Covid-19, le règlement des conflits et l’écologie.

Le Président états-unien s’est pour sa part refusé à tout optimisme quant à la conclusion d’accords en matière de cybersécurité à l’issue du sommet à Genève.

Enfin, à la question de savoir s’il s’attendait à de la compréhension de Vladimir Poutine à ce sujet, Joe Biden a répondu aux journalistes présents sur la base militaire d’Andrews, près de Washington, avant de prendre le départ pour l’Europe: «Qui sait? Nous verrons. Cela sera l’objet de notre discussion».

Par Julia Belyakova, publié le 9 juin 2021 à 20h06

Photo en titre : Pixabay / Jörn Heller ©

https://fr.sputniknews.com/international/202106091045709924-sommet-biden-poutine-lallemagne-veut-que-la-question-du-desarmement-nucleaire-soit-discutee/

DÉCHETS NUCLÉAIRES : UNE LUTTE LOIN D’ÊTRE ENFOUIE

Changer ce qui paraît indestructible, telle que l’est l’industrie nucléaire française, c’est l’objectif des militant·es contre le projet Cigéo criminalisé·es par l’État.

Et si les choses s’étaient passées autrement ? Cette question philosophique a clos le procès des sept opposant·es à Cigéo. Ce projet d’enfouissement des déchets nucléaires grignote les terres et les esprits aux alentours de Bure depuis près de trente ans. Changer ce qui paraît indestructible, telle que l’est l’industrie nucléaire française, c’est finalement l’objectif de ces militant·es aujourd’hui criminalisé·es par l’État.

La fronde populaire fait partie de l’histoire de ce projet de cercueil des déchets nucléaires. Si Bure a été choisi, c’est parce que les villages du Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres se sont révoltés à la fin des années 1980, c’est parce que tous pensaient qu’à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne, il n’y aurait pas de désobéissance. Erreur. Agriculteurs et élus locaux viscéralement attachés à leur terre, antinucléaires de la première ou de la dernière heure, écologistes, féministes intersectionnelles ou simplement humain·es défendant le vivant se retrouvent dans ce combat. Des destins singuliers qui coagulent et créent une résistance protéiforme, volontairement « indiscernable ». « Les tactiques et les rôles que nous jouons doivent se transformer au gré des circonstances et des rapports de force. Émeutier un jour, citoyen légaliste qui demande des comptes le lendemain, danseur fou le surlendemain », clame cette résistance depuis 2016.

Pendant le procès, Claude Kaiser, opposant depuis vingt-huit ans, a raconté avec émotion le mépris de l’État envers les citoyens, les « petits élus locaux », la démocratie. Une attitude qui ne peut que créer de la colère. Une constellation de colères puissantes. Et si la répression féroce contre l’opposition à Cigéo ne l’avait pas tuée ? Et si elle lui avait au contraire redonné une énergie renouvelable à l’infini ?

Par Vanina Delmas, publié le 9 juin 2021

https://www.politis.fr/articles/2021/06/dechets-nucleaires-une-lutte-loin-detre-enfouie-43286/

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L’IRAN EST PASSÉ EN TERMES D’ENRICHISSEMENT DE L’URANIUM À PLUS DE 60%.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dénonce les entraves posées par les autorités iraniennes à l’accès aux données concernant sa filière nucléaire.

C’est un bâton de plus dans la roue des négociations sur la limitation du nucléaire iranien, dont les rouages ont toutes les chances de gripper. Selon deux rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) rendus publics, l’Iran comptabilise désormais une quantité d’uranium faiblement enrichi 16 fois supérieure à la limite autorisée par l’accord de 2015 (JCPoA). L’accumulation de matière fissile nécessaire à la fabrication d’une bombe nucléaire est une affaire de quelques mois à peine au vu des quantités enregistrées.

Une information qui tombe à pic, en plein cycle de négociations entre les signataires de l’accord, dont les États-Unis et la France, réunis à Vienne pour tenter de le sauver. Depuis 2018 et le rétablissement des sanctions américaines ordonné par Donald Trump, Téhéran s’en est peu à peu affranchi, violant, sans s’en cacher, ses obligations  en termes de recherche et développement, de quantité d’uranium enrichi et de centrifugeuses en action.

Ces derniers mois, l’Iran est passé en termes d’enrichissement de l’uranium de 20% à plus de 60%, se rapprochant ainsi des 90% nécessaires à une utilisation militaire. Une manière de dénoncer les sanctions qui pèsent sur un pays exsangue économiquement, et de mettre la pression sur les chancelleries occidentales pour la suite des pourparlers sur la suite.

Trois types d’uranium sont évoqués dans les rapports de l’AIEA. L’uranium faiblement enrichi accumulé par l’Iran atteint 3.241 kilos alors que le plafond fixé par l’accord était de 202,8 kilos (contre 2.967,8 kilos en février). La cadence s’est toutefois ralentie par rapport aux trois mois précédents, alors que le complexe nucléaire de Natanz a été victime le 11 avril d’une explosion imputée par Téhéran à Israël. Le stock à 20% s’élève à 62,8 kg. Et, enfin, celui à 60% est de seulement 2,4 kg pour le moment. L’AIEA n’a cependant pas pu vérifier ces chiffres en raison des restrictions d’accès décrétées par Téhéran depuis la mi-février.

L’organisation onusienne se plaint, dans son rapport, de ne pas avoir eu accès aux données nécessaires pour surveiller l’évolution du programme nucléaire développé par l’Iran depuis le 23 février dernier, au mépris des accords internationaux qui obligent Téhéran à fournir de telles informations. Trois sites nucléaires au total sont dans son viseur de l’organisation, qui en mentionne un quatrième, pour lequel « l’Iran n’a pas répondu aux questions ».

« Le directeur général (Rafael Grossi) est préoccupé par le fait que les discussions techniques entre l’Iran et l’Agence n’ont pas produit les résultats escomptés », écrit l’AIEA au sujet de réunions débutées en avril pour tenter de « sortir de l’impasse », et de clarifier la présence de matières nucléaires en plusieurs endroits.

Par Israelvalley Desk, publié le 9 juin 2021

https://israelvalley.com/2021/06/09/liran-est-passe-en-termes-denrichissement-de-luranium-a-plus-de-60/

ÉTAT-UNIS : APRÈS DE MULTIPLES RETARDS ET DÉPASSEMENTS DE COÛTS, LA SEULE CENTRALE NUCLÉAIRE EN CONSTRUCTION EST CONFRONTÉE À… PLUS DE RETARDS ET DE DÉPASSEMENTS DE COÛTS

L’expansion de Plant Vogtle en Géorgie, la seule construction majeure de nouveaux réacteurs nucléaires actuellement en cours aux États-Unis, ne sera probablement pas achevée à temps et au coût approuvé, ont déclaré des experts indépendants de la surveillance.

Deux nouveaux réacteurs de la centrale électrique de Vogtle ne devraient pas être opérationnels dans les délais, a indiqué la Georgia Public Service Commission. Le coût approuvé du projet de 17,1 milliards de dollars devrait augmenter d’environ 2 milliards de dollars supplémentaires, ont déclaré les moniteurs à la commission dans des témoignages la semaine dernière, qui ont été rendus publics lundi.

L’ajout des unités 3 et 4 à l’installation située dans le comté de Burke est censé faire de Vogtle la plus grande centrale nucléaire des États-Unis. Depuis le début de la construction en 2009, l’expansion a été entravée par des retards et des dépassements de coûts et a presque été annulée en 2017. À l’heure actuelle, c’est le seul grand projet nucléaire commercial du pays.

Les nouvelles unités de réacteurs sont construites par Southern Nuclear (SNC), une filiale de la société holding de distribution de gaz et d’électricité Southern Company. L’entrepreneur a insisté pour rédiger des parties du rapport à la commission afin de protéger ses secrets commerciaux, mais les sections mises à la disposition du public sont toujours assez accablantes, décrivant une multitude de problèmes qui sont apparus entre janvier et mai.

Le crucial Hot Functional Testing (HFT), qui est actuellement en cours, « a été nettement plus problématique » que les experts d’intérêt public ne l’avaient prévu, sur la base de leur expérience avec des projets similaires dans d’autres pays dans d’autres pays, a déclaré l’un d’eux. La phase d’essai a commencé en avril, avec trois mois de retard, et devrait durer jusqu’au début juillet, ont indiqué les observateurs.

Voie aussi sur rt.com : Les États-Unis sont en train de perdre la course au nucléaire face à la Russie et la Chine

« Beaucoup des problèmes rencontrés par SNC auraient dû être résolu bien avant le début du HFT. Les sous-systèmes doivent avoir été testés de manière adéquate avant le HFT pour s’assurer qu’ils fonctionneraient comme requis. Globalement, le contrôleur est d’avis que les résultats ont été étonnamment médiocres à ce jour », dit le rapport.

Jusqu’à récemment, SNC a déclaré que son premier nouveau réacteur fournirait de l’électricité aux clients en Géorgie au plus tard en novembre et que le deuxième réacteur serait opérationnel au plus tard en novembre 2022. Le mois dernier, le régulateur a été informé de s’attendre à ce que l’unité 3 devienne opérationnel fin décembre, avec un deuxième examen une semaine plus tard repoussant la date de lancement au premier trimestre 2022.

Les contrôleurs s’attendent à ce que l’unité 3 soit mise en service à l’été 2022. L’unité 4, qui a été mise sous tension plus tôt ce mois-ci, pourrait commencer à fonctionner commercialement entre juin et août 2023, car elle « a été traité comme une priorité inférieure à » l’Unité 3, a-t-on dit à la commission.

Des problèmes similaires avec des coûts gonflés et des calendriers de lancement décalés ont condamné l’autre grand projet nucléaire lancé aux États-Unis au cours de ce siècle. L’agrandissement de deux unités de la centrale nucléaire Virgil C. Summer en Caroline du Sud a été abandonné en 2017, quatre ans après le début de la construction. Les réacteurs devaient initialement être mis en service en 2017 et 2018, respectivement. Leur coût initial de 11,5 milliards de dollars était passé à environ 25,7 milliards de dollars au moment de la clôture du projet.

Par Gaspar Bazinet, publié le 9 juin 2021 à 12h51

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https://news-24.fr/apres-de-multiples-retards-et-depassements-de-couts-la-seule-centrale-nucleaire-des-etats-unis-en-construction-est-confrontee-a-plus-de-retards-et-de-depassements-de-couts-rt-usa-n/

DÉCHETS RADIOACTIFS : LE RETARD PRIS DANS LA GESTION DES DÉCHETS D’ITER INQUIÈTE L’ASN

La gestion des déchets d’Iter inquiète l’Autorité de sûreté nucléaire : le site d’entreposage ne sera pas prêt à temps et les volumes attendus sont mal évalués. Elle appelle à la création d’un groupe d’experts rassemblant toutes les parties prenantes.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’inquiète de l’absence de solution de gestion des déchets contenant du tritium. Les déchets métalliques tritiés posent d’autant plus problème que leur volume va centupler avec Iter et que la solution de gestion initialement prévue ne sera pas prête. Elle souhaite que l’étude des solutions de gestion de ces déchets soit confiée à un groupe ad hoc rassemblant toutes les parties prenantes.

Telles sont les points saillants de l’avis relatif aux 1 350 m3 de déchets radioactifs dits « sans filière » rendu par l’ASN dans le cadre de l’élaboration du cinquième plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR). Cet avis traite de déchets nécessitant des filières de gestion spécifiques : déchets contenant du tritium (dits « déchets tritiés ») ; sources scellées usagées ; huiles et liquides organiques ; déchets radioactifs d’établissements hors secteur électronucléaire produits en très faibles quantités.

30 000 m3 de déchets tritiés

Pour la plupart de ces déchets, l’avis ne formule pas de remarque  particulière, hormis un appel renouvelé à « poursuivre activement » les travaux pour mettre en œuvre des filières de gestion adaptées, et cela, dans le cadre d’« un calendrier robuste, précisé dans le PNGMDR ». Dans ce contexte, la gestion des déchets tritiés se démarque, tant l’autorité multiplie les critiques. Le sujet n’est pas nouveau, puisque dans un avis d’août 2009, elle recommandait déjà « que les besoins en capacité d’entreposage des déchets tritiés soient anticipés et qu’une démarche de précaution soit développée ».

Au cœur des inquiétudes figure la gestion de ceux produits par Iter. Le PNGMDR 2016-2018 prévoyait que ces déchets solides fortement tritiés soient entreposés à Cadarache (Bouches-du-Rhône) dans une installation du CEA appelée « Intermed ». Mais aujourd’hui les modalités de gestion de ces déchets et le calendrier de construction d’Intermed « apparaissent incertains ». Les incertitudes liées à certains aspects d’Iter ont retardé le projet d’entreposage et « la décision d’en engager la construction n’a pas été prise ».

En conséquence, elle « recommande » une mise à jour de l’inventaire des déchets qui seront produits par le projet de réacteur expérimental international de fusion nucléaire pour que les caractéristiques définitives d’Intermed puissent être arrêtées. Ce travail doit être fait « dans les meilleurs délais » et concerne aussi bien les déchets produits lors de l’exploitation d’Iter que ceux générés par son démantèlement.

Jusqu’à récemment, l’estimation du volume de déchets tritiés d’Iter était d’environ 30 000 m3. Mais ce chiffre fait l’objet d’« incertitudes importantes ». À titre de comparaison, l’ensemble des petits producteurs généreront quant à eux « moins d’une centaine de m3 »

La durée d’entreposage des déchets tritiés inquiète

L’Autorité ne s’inquiète pas uniquement pour l’avenir. Elle tacle aussi la gestion actuelle des déchets tritiés des petits producteurs qui sont entreposés dans une installation nucléaire secrète située à Valduc (Côte-d’Or). Cet entreposage « n’est pas justifié par d’éventuels besoins de protection des informations au titre de la défense ». Et puisque Intermed ne sera probablement pas disponible en 2033, comme prévu initialement, l’autorité recommande que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) prenne le relais et mette en place des capacités d’entreposage. Et cela, « dès que possible ».

Plus globalement, l’ASN demande que l’analyse des scénarios de gestion des déchets tritiés fasse l’objet d’une procédure pluraliste. Celle-ci passe par la création d’un groupe de travail qui associe l’ensemble des parties prenantes concernées ou susceptibles de l’être.

Parmi les sujets à mieux prendre en compte figure la mobilité du tritium dans l’environnement. Et de rappeler que cette propriété impose des « moyens adaptés, tels qu’un confinement approprié [des] systèmes de traitement de l’air extrait des installations [d’entreposage] ».

La durée d’entreposage envisagée est aussi critiquée. Celle-ci pourrait être « supérieure à 50 ans », relève l’Autorité qui s’inquiète que « l’inventaire des déchets tritiés concernés ainsi que la durée d’entreposage associée ne [soient] pas précisés, ni justifiés ». Elle demande donc qu’un entreposage sur de telles durées « [soit] dûment justifié et, en tout état de cause, limité aux déchets tritiés pour lesquels cette option est adaptée ».

Enfin, l’ASN tacle le CEA au sujet d’un scénario qui prévoit l’incinération de ces déchets à l’issue de l’entreposage. « Dans son principe, l’incinération de l’ensemble des déchets tritiés, qui conduirait à rejeter dans l’environnement le tritium qu’ils contiennent sous ses différentes formes, n’est pas acceptable du point de vue environnemental », rappelle-t-elle.

Par Philippe Collet, journaliste, publié le 7 juin 2021

https://www.actu-environnement.com/ae/news/avis-asn-gestion-dechets-tritie-iter-37664.php4

RTE PUBLIE SIX SCÉNARIOS POUR L’AVENIR DU SYSTÈME ÉLECTRIQUE FRANÇAIS À L’HORIZON 2050

RTE, le gestionnaire du réseau à haute tension français, publie mardi six scénarios pour l’avenir du système électrique national à l’horizon 2050, qui impliquent tous une forte hausse des énergies renouvelables, à commencer par le solaire.

RTE s’est lancé en 2019 dans cette vaste étude avec pour horizon 2050, date à laquelle la France vise la neutralité carbone. Après avoir reçu de nombreuses contributions (d’entreprises, ONG, syndicats, etc.) dans le cadre d’une consultation publique, la société a dévoilé mardi le « cadrage » retenu. Il en ressort six scénarios pour le mix de production, qui doivent maintenant faire l’objet d’évaluations avant publication des principaux résultats de l’étude à l’automne.

Un premier scénario (M0) prévoit un système s’appuyant à 100% sur les renouvelables en 2050, avec une sortie complète du nucléaire d’ici là. Cela suppose un rythme d’installation des énergies renouvelables poussé à son maximum, notamment pour le solaire. La faisabilité technique de ce scénario avait déjà fait l’objet d’un rapport conjoint avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié fin janvier. Les deux entités concluaient à sa faisabilité, à condition de remplir une série de conditions techniques strictes et cumulatives.

À l’autre bout du spectre, un autre scénario (N03) retenu par RTE imagine que le nucléaire représentera encore 50% du système électrique en 2050, à parité avec les renouvelables. Il s’appuie sur ce que la filière, à commencer par EDF, s’estime capable de faire : la construction d’environ 14 réacteurs EPR ainsi que quelques petits réacteurs modulaires (SMR). Il suppose aussi de prolonger une partie du parc nucléaire actuel. Mais même ce scénario suppose un développement très volontariste du solaire et de l’éolien.

« Tous les scénarios supposent un effort substantiel du pays sur toutes les technologies d’ENR (énergies renouvelables, NDLR), sans exception« , souligne-t-on chez RTE. Entre ces deux scénarios, quatre autres scénarios intermédiaires panachent plus ou moins nucléaire et renouvelables. Tous feront l’objet, d’ici à l’automne, d’évaluations sur trois autres critères : économique, environnemental et sociétal.

Côté consommation, RTE a retenu une hypothèse d’environ 645 térawattheures par an dans le « cadre de référence » à l’horizon 2050, en nette hausse par rapport à aujourd’hui (460 TWh en 2020). L’avenir suppose en effet un recours plus important à l’électricité au détriment des énergies fossiles, par exemple pour la mobilité, ainsi que pour la production d’hydrogène. RTE a cependant retenu plusieurs variantes (sobriété, réindustrialisation forte, plus d’hydrogène…) en fonction desquelles la consommation pourrait aller de 550 à 770 TWh.

Accéder à la synthèse « Futurs énergétiques 2050 » de RTE

Par AFP, publié le 8 juin 2021 à 12h02

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/rte-publie-six-scenarios-pour-lavenir-du-systeme-electrique-francais-lhorizon-2050-210608

NDLR : officiellement, ce ne sont que des scénarios mais en fait la décision est plus que probablement déjà prise. Les gouvernements à venir n’iront certainement pas contrarier le duo EDF/RTE. Et pour se justifier, on prend un maximum de retard dans le développement des énergies renouvelables ainsi que dans les économies d’énergie électrique. Pauvre France !

« À BOUT DE SOUFFLE », LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE TRICASTIN VA FÊTER SES 40 ANS

La centrale de Tricastin, dans la Drôme, fêtera ses quarante ans le 26 juin. Elle pourrait obtenir un délai de dix ans avant sa fermeture. Abîmée, située sur une zone sismique, elle cristallise les inquiétudes.

Le 26 juin, la centrale nucléaire de Tricastin, située entre la Drôme et le Vaucluse, fêtera ses quarante ans. La date est cruciale car la centrale a justement été conçue pour fonctionner… quarante ans. L’heure de sa fermeture a-t-elle donc sonné ? Rien n’est moins sûr : dès 2009, EDF annonçait vouloir prolonger la durée de fonctionnement de ses centrales jusqu’à cinquante ou soixante ans. Plus récemment, en février dernier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu une décision générique sur les trente-deux réacteurs de 900 mégawatts (MW) (les plus anciens du parc nucléaire) ouvrant la voie à leur prolongation pour dix ans. Le gendarme du nucléaire doit désormais se prononcer réacteur par réacteur, après un examen approfondi des installations.

Ce « réexamen périodique » permet de contrôler l’état de chaque réacteur au regard des normes actuelles, et de réévaluer leur sûreté pour s’approcher de celle des réacteurs les plus récents, de type EPR. Le réacteur 1 de Tricastin a été le premier à passer ce test en 2019. Conclusion ? De lourds travaux de maintenance sont nécessaires pour qu’il puisse continuer à fonctionner. Il faudra attendre 2022 pour que l’Autorité se prononce officiellement sur sa prolongation. Si elle est approuvée, EDF aura encore six ans pour renforcer sa sûreté. « Les travaux ont déjà commencé, et quand ils seront terminés, on arrivera quasiment aux cinquante ans », note Roland Desbordes, porte-parole de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) et membre de la commission locale d’information du Tricastin (Cligeet). Preuve, selon lui, qu’il n’y a « pas de réelle remise en cause de cette prolongation, de ses risques, de ses coûts et de sa faisabilité ».

La banderole déployée devant le siège social d’EDF, le 28 mai 2020. © Réseau Sortir du nucléaire

En attendant le verdict de l’ASN, les militants antinucléaires n’ont en tout cas pas oublié l’anniversaire de Tricastin. Une manifestation est prévue le 26 juin à Montélimar (Drôme), rassemblant des associations (Sortir du nucléaire, Greenpeace, France Nature Environnement, Alternatiba…), des syndicats (Confédération paysanne, Confédération nationale du travail) et des partis politiques (Europe Écologie-Les Verts, la France insoumise). Le mot d’ordre : « Quarante ans, ça suffit ! » « La centrale de Tricastin est la pire de France, en particulier son réacteur 1. Or, il y a un enjeu particulier autour de sa prolongation car c’est le premier à recevoir l’autorisation de fonctionner après quarante ans », affirme Alain Volle, porte-parole du collectif Stop Tricastin. La pire de France ? La centrale, régulièrement ciblée par les mobilisations antinucléaires, cristallise effectivement les inquiétudes.

Une cuve vieillissante et fissurée

À mesure qu’une centrale vieillit et se dégrade, la plupart de ses pièces peuvent être remplacées. Ce n’est pas le cas de la cuve, la pièce maîtresse qui renferme le cœur du réacteur nucléaire. Or, la cuve du réacteur 1, en particulier, est très surveillée : c’est l’une des plus fissurées de France. Dans un rapport publié par Greenpeace en janvier, le physicien Bernard Laponche, ancien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et cofondateur de l’association Global chance, se penche sur son cas : « Parmi toutes les cuves neuves des réacteurs de 900 MW (…), la cuve du réacteur 1 du Tricastin est la plus affectée, avec une trentaine de défauts sous revêtement ». Pour l’ASN, ces défauts ne remettent pas en cause la sûreté de la centrale : « On a la certitude que ce sont des défauts de fabrication. Ils sont suivis depuis 1999 et n’ont pas évolué depuis », assure à Reporterre Richard Escoffier, directeur adjoint de l’Autorité à Lyon. Les associations, elles, ne sont guère rassurées. Dans son rapport annuel sur l’état de la sûreté nucléaire, publié jeudi 27 mai, l’ASN évoque d’ailleurs ces défauts sous revêtement : elle note que la sensibilité du métal de la cuve est « accrue en présence de défauts technologiques ».

La robustesse de l’acier de la cuve du réacteur 1, au bout de quarante ans de service, est au cœur des préoccupations. © Site d’EDF

Or la robustesse de l’acier de la cuve, au bout de quarante ans de service, est justement au cœur des préoccupations. Sans cesse bombardé de neutrons, le métal se modifie, supportant de moins en moins les fortes variations de température. La température à partir de laquelle il devient fragile grimpe au fil des ans : négative à son origine, elle est désormais de 40 à 60 °C selon la partie de la cuve, nous a précisé l’ASN. Rien d’inquiétant en temps normal, puisque celle-ci fonctionne à 300 °C. Mais en cas d’accident, s’il faut la refroidir, il est inenvisageable d’injecter de l’eau à moins de 60 °C… au risque d’une rupture catastrophique. Les circuits de refroidissement de secours doivent donc être chauffés, ce qui entraîne des contraintes de fonctionnement supplémentaires. EDF se veut néanmoins rassurant : « La cuve du réacteur 1 fait l’objet d’une surveillance constante. Le dernier contrôle approfondi, réalisé en 2019, a confirmé l’absence d’évolution de l’acier. » Pour Richard Escoffier, de l’Autorité de sûreté, « il y a un consensus sur cette cuve, les experts de l’ASN ont rendu un avis favorable sur la poursuite de son fonctionnement ».

Ce « consensus » n’est pas partagé par certains physiciens du nucléaire. Il a fait l’objet de plusieurs échanges entre EDF, l’ASN et ses groupes d’experts. En octobre dernier, un article de Libération dévoilait des documents internes d’EDF montrant que l’exploitant avait modifié en cours de route ses méthodes de calcul sur la résistance de l’acier. « Dans certains cas accidentels, les calculs de ténacité aboutissaient à un résultat égal ou inférieur à la marge de sécurité », note le journaliste. EDF a alors « optimisé » ces calculs et abouti à des résultats conformes à la marge de sécurité, permettant in fine de valider la robustesse de l’acier. Le contrôle technique aurait-il été simplifié pour absoudre le vieux réacteur ? « Une optimisation de calcul n’est pas une simplification mais une représentation beaucoup plus complexe dans laquelle on peut intégrer de nombreuses hypothèses, permettant d’avoir une vision plus réaliste du comportement des matériaux », a rétorqué EDF, dans un courriel à Reporterre. Pour Richard Escoffier, « ces calculs sont examinés par l’IRSN [Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire] et les experts métallurgistes de l’ASN, il n’y a eu aucun arrangement pour favoriser cette cuve ».

La carte des centrales nucléaires françaises. © Dossier de presse d’EDF

Dans tous les cas, lors de la remise du rapport de l’ASN le 27 mai, son président Bernard Doroszczuk a souligné devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) la nécessité de voir plus loin : EDF n’a justifié la prolongation des cuves que pour dix ans de plus, or « plusieurs réacteurs ne disposent que de très peu de marge pour un fonctionnement au-delà de cinquante ans », note-t-il. Il appelle à anticiper très en amont une éventuelle fermeture d’un réacteur à cause de l’état de sa cuve à cet horizon. Celui de Tricastin 1 est-il visé ?

Deux fuites de tritium, un matériau radioactif, en 2013 et 2019

Dans ce même rapport, l’ASN note que les performances de Tricastin en matière de sûreté demeurent « contrastées », évoquant notamment des « difficultés » lors de la réalisation des examens périodiques. En mars dernier, l’IRSN a relevé l’importance d’un incident survenu sur le réacteur 1 en septembre 2019, au moment de ce réexamen, sur une pompe du circuit de refroidissement. Selon l’Institut, cette défaillance, potentiellement grave, était liée au vieillissement prématuré de câbles électriques. De son côté, le physicien Bernard Laponche a listé 147 incidents dans cette centrale entre 2010 et 2020, dont 43 sur le réacteur 1. D’après lui, les défaillances techniques sont « le plus souvent [liées à] des phénomènes de vieillissement qui se manifestent soit parce que le remplacement des pièces n’a pas été effectué à temps, soit que la maintenance ait été défaillante ».

De la même manière, le vieillissement de la centrale peut-il aggraver les contaminations environnementales ? C’est en tout cas l’avis de la Criirad, qui a relevé deux fuites de tritium, un matériau radioactif, en 2013 et 2019. Dans ce dernier cas, l’événement est dû, selon EDF, à « la défaillance d’une tuyauterie d’un réservoir d’effluents radioactifs, immédiatement réparée ». Il serait sans conséquence selon l’exploitant, qui assure que le tritium ne s’est pas échappé dans la nappe phréatique à l’extérieur de la centrale. La Criirad s’alarme, de son côté, d’un niveau de contamination « plus de 2 000 fois supérieur au niveau de tritium “normal” que l’on mesure en France dans les nappes non contaminées ». « Ces fuites ne sont pas spécifiques à Tricastin mais le vieillissement des installations entraîne une corrosion des tuyaux qui augmente les risques », estime Roland Desbordes, porte-parole de l’association.

La centrale de Tricastin est construite en zone sismique

Outre son vieillissement, la centrale de Tricastin présente une faiblesse géologique : elle est construite en zone sismique. Et qui plus est, en contrebas d’un canal, dont elle est séparée par une digue. En 2017, l’ASN s’est rendu compte que cette digue pouvait rompre en cas de « séisme maximum historiquement vraisemblable » — soit le séisme le plus fort connu depuis environ mille ans, qui surviendrait directement sous la centrale. En cas de rupture, l’eau du canal viendrait inonder les réacteurs, et causer potentiellement un accident de fusion du cœur, selon le scénario qui s’est déroulé à Fukushima.

L’ASN avait alors imposé l’arrêt immédiat de Tricastin, le temps de réaliser des travaux pour renforcer la digue. Jusqu’à 2017 donc, et depuis 1980, la centrale fonctionnait sous une « menace permanente », selon le rapport de Bernard Laponche. En 2019, l’ASN a de nouveau exigé des travaux sur la digue pour la mettre aux normes post-Fukushima, qui prennent en compte un niveau de séisme plus élevé encore. Les travaux, toujours en cours, doivent être achevés d’ici décembre 2022.

Le séisme du Teil, en Ardèche, a obligé près de 2.000 personnes à être relogées. © Cédric Crocilla

Les analyses concernant le séisme du Teil (Ardèche) pourraient changer la donne. Survenu en novembre 2019 à 25 kilomètres de Tricastin, ce tremblement de terre d’une magnitude de 5,4 sur l’échelle de Richter présente, selon l’IRSN, « des caractéristiques proches du séisme maximum historiquement vraisemblable ». La caractérisation de ce séisme est toujours en cours. En fonction des conclusions de cette étude, il se peut que les normes sismiques de Tricastin soient relevées. « Il faudrait alors vérifier immédiatement si le matériel de la centrale résiste, et éventuellement le renforcer », explique Richard Escoffier. En attendant, Tricastin continue de fonctionner. « Tout en sachant, Fukushima nous l’a montré, qu’un séisme nettement supérieur au séisme historique est toujours possible lorsque le site de la centrale se trouve en zone sismique », relève Bernard Laponche.

Un manque de moyens humains et financiers

Face à l’ampleur des travaux prévus pour prolonger le parc nucléaire, le collectif Stop Tricastin s’inquiète aussi des moyens humains et financiers d’EDF. « On a des réacteurs à bout de souffle et, au moment où ils doivent être contrôlés, la sous-traitance en cascade fait qu’EDF n’a plus les moyens d’assurer cette maintenance correctement ! » dénonce Alain Volle, du collectif.

Il faut dire que le calendrier du « grand carénage », les travaux liés à la prolongation des centrales au-delà des quarante ans, est particulièrement ambitieux. Son budget également : 49,4 milliards d’euros, selon EDF. D’ici à 2031, jusqu’à sept réacteurs seront soumis, chaque année, à leur réexamen périodique. Chacun de ces réexamens exige des moyens considérables : « En moyenne, pour une quatrième visite décennale [principale étape du réexamen], il faut compter cinq mois d’activité, près de 5 000 intervenants et 120 entreprises industrielles », indique EDF à Reporterre.

Intrusion de militants de Greenpeace afin d’« alerter l’opinion publique sur les nombreux problèmes techniques du Tricastin », le 21 février 2020. © Capture d’écran de la vidéo de l’action par Greenpeace

Lors de son audition du 27 mai, le président de l’ASN, M. Doroszczuk, a évoqué un « point de vigilance » sur la capacité industrielle d’EDF et des intervenants de la filière à faire face à la multiplication de ces travaux, alors même que certains secteurs comme la mécanique ou l’ingénierie sont en tension. « Ce point s’est traduit par une demande spécifique de rendre compte annuellement de la capacité des industriels à assurer les travaux demandés dans le calendrier défini », a-t-il annoncé.

La question est d’autant plus brûlante que les conditions de travail dans les centrales d’EDF sont régulièrement mises en cause. Malgré des améliorations sur le sujet, l’ASN note, dans son rapport annuel qu’elle « a régulièrement relevé par le passé la difficulté d’EDF à assurer une surveillance adaptée et proportionnée des activités sous‑traitées ». À Tricastin, les conditions de travail des sous-traitants sont suivies de près par l’association Ma Zone contrôlée. Son fondateur, Gilles Reynaud, syndicaliste et employé d’une filière d’Orano (ex-Areva) sur ce site, détaille à Reporterre : « On estime que la sûreté repose sur ces sous-traitants, qui prennent en charge 80 % des activités de la filière nucléaire. Or ils sont de plus en plus précarisés, sous pression, avec des expositions à la radioactivité importantes. EDF se lance dans des travaux colossaux alors qu’on n’a déjà pas les moyens de faire nos métiers correctement. »

Par Angela Bolis (Reporterre), publié le 9 juin 2021 à 09h44, mis à jour le 9 juin 2021 à 10h22

https://reporterre.net/A-bout-de-souffle-la-centrale-nucleaire-de-Tricastin-va-feter-ses-40-ans?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
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CENTRALE NUCLÉAIRE DU TRICASTIN : DÉPASSEMENT DU DÉLAI DE MISE À L’ARRÊT DU RÉACTEUR FIXÉ PAR LES RÈGLES GÉNÉRALES D’EXPLOITATION

Le 13 avril 2021, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif au dépassement du délai fixé par les règles générales d’exploitation (RGE) pour procéder à la mise à l’arrêt du réacteur 4 de la centrale nucléaire du Tricastin.

Le 7 avril 2021, le dysfonctionnement d’un tableau électrique a conduit EDF à amorcer la mise à l’arrêt du réacteur 4, en application des consignes de conduite en cas d’incident, figurant au chapitre VI des règles générales d’exploitation (RGE). L’application de ces consignes a conduit à diminuer la pression et la température du réacteur 4 et à utiliser de l’eau borée du réservoir du système de traitement et refroidissement d’eau des piscines (PTR).

Le 8 avril 2021, après avoir restauré l’alimentation normale du tableau électrique défaillant, l’exploitant a interrompu le repli du réacteur tel que permis par les consignes du chapitre VI des RGE. Le fonctionnement normal du réacteur est alors encadré par les spécifications techniques d’exploitation (STE), qui constituent le chapitre III des RGE. Ces dernières prévoient, lorsque le niveau d’eau borée disponible dans le réservoir du système PTR n’est pas à l’attendu, que le réacteur soit ramené en état d’arrêt à froid, connecté au système de refroidissement du réacteur à l’arrêt (RRA). EDF a donc repris les opérations de diminution de la pression et de la température du réacteur 4.

Le 9 avril 2021, l’état de repli imposé par les STE a été atteint, 21 heures après avoir repris les opérations de diminution de la pression et de la température, alors que les STE prescrivent une durée maximale de 14 heures pour effectuer ces opérations.

L’ASN a mené une inspection réactive sur cet événement le 21 avril 2021, qui a montré que le non-respect de la durée des opérations de repli s’explique principalement par la réalisation, au cours du repli, d’un essai périodique nécessitant la stabilisation de la pression et de la température ainsi que  par le manque d’anticipation de certaines actions préalables à la mise en service du système de refroidissement du réacteur à l’arrêt (RRA).

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur le personnel ou l’environnement.

En raison du dépassement du délai de repli prescrit par les spécifications techniques d’exploitation du réacteur, l’ASN a classé cet événement au niveau 1 de l’échelle INES.

Publié le 8 juin 2021    

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Depassement-du-delai-de-mise-a-l-arret-du-reacteur-fixe-par-les-RGE

QUELLE PANDÉMIE ? LES ÉTATS-UNIS ONT DÉPENSÉ PLUS POUR LE DÉVELOPPEMENT D’ARMES NUCLÉAIRES EN 2020 QUE LE RESTE DU MONDE COMBINÉ, SELON UN RAPPORT – RT USA NEWS

Les États-Unis représentaient plus de la moitié des dépenses totales en armes nucléaires en 2020. Les 37,4 milliards de dollars qui ont été consacrés à son arsenal nucléaire ont dépassé les dépenses combinées des huit autres puissances nucléaires, selon un nouveau rapport.

La majorité de cette somme colossale, environ 5% des dépenses militaires totales du pays l’année dernière, a été versée sous forme de contrats de défense à des sociétés privées. Près d’un tiers, environ 13,7 milliards de dollars, a été attribué à l’entrepreneur Northrop Grumman, qui construit un nouveau système d’armes nucléaires intercontinental.

Selon le rapport intitulé « Complicit : 2020 Global Nuclear Spending » et publié lundi par le groupe de défense International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN), les pays dotés de l’arme nucléaire ont collectivement dépensé 72,6 milliards de dollars pour ces armes l’année dernière, soit une augmentation de 1,4 milliard de dollars sur l’année précédente.

Les États-Unis ont dépensé plus de trois fois le montant annoncé par leur plus proche concurrent, la Chine (10,1 milliards de dollars). La Russie figurait à la troisième place avec 8 milliards de dollars, tandis que le Royaume-Uni a dépensé environ 6,2 milliards de dollars, selon le rapport.

Le rapport de l’ICAB a calculé que les États dotés d’armes nucléaires, qui comprennent également la France, l’Inde, Israël, le Pakistan et la Corée du Nord, ont dépensé ensemble plus de 137 000 $ par minute en armes atomiques alors que la pandémie faisait rage en 2020.

« Il y a toujours plus (de dépenses nucléaires) là-bas… encore plus qui se cachent dans l’ombre », Susi Snyder, directeur général du projet « Don’t Bank on the Bomb » et co-auteur du rapport, a déclaré à The Intercept. Snyder a déclaré au point de vente que « les gouvernements, en particulier les États-Unis, le Royaume-Uni et (et) la France exigent toujours de la « transparence » … mais ils ne se conforment pas aux normes qu’ils exigent des autres. »

Plus de 20 développeurs d’armes nucléaires se sont avérés avoir profité de contrats existants ou nouveaux – avec 11 entreprises occidentales qui ont rapporté à elles seules 27,7 milliards de dollars en contrats d’armes nucléaires nouveaux ou modifiés, note le rapport.

Derrière Northrop Grumman dans ce classement se trouvaient les sociétés américaines General Dynamics (10,8 milliards de dollars), Lockheed Martin (2,1 milliards de dollars), Raytheon Technologies (450 millions de dollars) et Charles Stark Draper Laboratory (342,3 millions de dollars).

Le rapport met également à nu les réalités de ce cycle de dépenses qui voit les gouvernements canaliser de plus en plus l’argent public dans les contrats nucléaires. Les fabricants d’armes dépensent à leur tour des sommes de plus en plus importantes pour faire pression sur les décideurs politiques – à hauteur de près de 100 millions de dollars l’année dernière – pour aider à pousser les responsables du budget à augmenter les dépenses.

Pour chaque dollar dépensé l’année dernière pour faire pression sur les gouvernements pour augmenter les dépenses de défense, 236 dollars sont revenus aux entreprises dans le cadre de contrats d’armement nucléaire, indique le rapport.

Aussi sur rt.com : Caitlin Johnstone : Les grands médias américains ne perdent pas de temps à utiliser un rapport sur les ovnis pour promouvoir la course aux armements.

Les entreprises ont même fait pression pour autoriser le financement de la défense dans les projets de loi de secours de Covid-19. Par exemple, le rapport note qu’une grande partie des activités de lobbying en matière de défense de Boeing ont été regroupées avec le lobbying autour du plan de relance économique américain CARES (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act) de 2 200 milliards de dollars.

En outre, entre 5 et 10 millions de dollars ont été collectivement distribués l’année dernière à un certain nombre de groupes de réflexion de premier plan, dont certains ont publié des rapports recommandant de renforcer les capacités nucléaires.

Le rapport a souligné, par exemple, que l’Atlantic Council, qui a reçu plus de 1,7 million de dollars en 2019, « publié une note d’information qui recommandait aux États-Unis de développer de nouvelles capacités nucléaires à « faible rendement » pour dissuader la Russie. »

Selon le rapport de l’ICAN, Northrop a dépensé 13,3 millions de dollars pour faire pression sur les décideurs américains et au moins 2,0 millions de dollars supplémentaires pour financer neuf grands groupes de réflexion, dont l’Atlantic Council, la Brookings Institution, le Center for a New American Security et le Center for Strategic and International. Études.

Le contrat pour le système de missiles balistiques « Ground Based Strategic Deterrent » (GBSD), attribué à Northrop Grumman l’année dernière, devrait représenter une valeur estimée à 85 milliards de dollars sur la durée de vie du programme. Lors d’une téléconférence avec des journalistes en mars 2020, Will Roper, le secrétaire adjoint aux acquisitions de l’Air Force, a déclaré qu’en dépit de la pandémie, il y avait « pas de gros retards » aux programmes de développement d’armes de l’armée de l’air.

Plutôt que d’adopter une « une approche à tous les niveaux pour aider des millions de patients de Covid-19 à survivre ou en faisant don de bénéfices à des organisations caritatives médicales », le rapport note que ces entreprises ont dépensé « de l’argent pour persuader les décideurs politiques de soutenir l’industrie des armes nucléaires et de se remplir les poches pour les années à venir ».

Aussi sur rt.com : Blinken affirme que le « temps d’éclatement » de la bombe nucléaire iranienne pourrait bientôt être « une question de semaines », les pourparlers étant pris en otage par les sanctions américaines

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Par Gaspar Bazinet, publié le 8 juin 2021 à 04h17

https://news-24.fr/quelle-pandemie-les-etats-unis-ont-depense-plus-pour-le-developpement-darmes-nucleaires-en-2020-que-le-reste-du-monde-combine-selon-un-rapport-rt-usa-news/

CONFRONTÉ À DE POTENTIELS RISQUES, EDF VA FERMER UNE CENTRALE NUCLÉAIRE EN ANGLETERRE

EDF Energy, la filiale britannique d’EDF, a annoncé la fermeture d’une centrale nucléaire du groupe énergétique français en Angleterre. Entrée en service en 1983, la centrale a fonctionné une décennie de plus que sa durée de vie initiale.

EDF préfère jouer la carte de la prudence. Le groupe énergétique français va fermer sa centrale nucléaire de Dungeness B, dans le sud de l’Angleterre, à l’arrêt depuis 2018 en raison de problèmes techniques, a annoncé lundi sa filiale britannique EDF Energy. EDF Energy a précisé dans un communiqué avoir décidé de passer à « la phase de retrait du combustible avec effet immédiat« , une opération qui prendra « plusieurs années« , première étape du démantèlement des deux réacteurs situés dans le Kent.

Depuis 2018, la centrale est confrontée à des « difficultés techniques importantes et persistantes » et, bien que nombre d’entre elles aient pu être surmontées, « une nouvelle analyse détaillée a dévoilé de nouveaux risques spécifiques à la centrale au sein de certains composants clés« , en lien notamment avec l’assemblage du combustible, a expliqué l’entreprise.

« En conséquence, EDF a décidé de ne pas redémarrer la centrale mais de la faire passer à l’étape de retrait du combustible« , a-t-elle ajouté. Acquise par EDF en 2009, Dungeness B était entrée en service en 1983 et a fonctionné dix ans de plus que sa durée de vie initiale, a souligné EDF Energy.

Publié le 08/06/2021 à 11h07

https://www.capital.fr/entreprises-marches/confronte-a-de-potentiels-risques-edf-va-fermer-une-centrale-nucleaire-en-angleterre-1405683

Sur le même sujet, nous vous conseillons également de lire l’excellent article de la coordination-antinucleaire du sud-est: http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/06/08/EDF-contraint-de-fermer-sa-centrale-nucleaire-de-Dungeness-B-dans-le-sud-de-l-Angleterre

 

NUCLÉAIRE IRANIEN : CONSTATATION PESSIMISTE DU DIRECTEUR DE L’AIEA

L’argentin Rafael Grossi, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a exprimé son pessimisme face à l’attitude iranienne : « Il est de plus en plus difficile pour nous de négocier avec l’Iran sur la question du prolongement de l’accord d’inspection de ses sites nucléaires, et il sera difficile de prolonger l’accord actuellement en vigueur ».

Cet accord qui avait échu le 24 mai avait été prolongé d’un mois supplémentaire de haute lutte. Il prendra fin le 24 juin. L’inspection des sites nucléaires iraniens est un élément-clé dans la surveillance des activités nucléaires iraniennes et le fait que les Iraniens mettent des obstacles à ces inspections n’a pas besoin d’explications.

Depuis son entrée en fonction, Rafael Grossi se montre très sérieux et motivé dans son travail mais il a aujourd’hui face à lui une administration américaine et des pays signataires européens qui ne rêvent que de revenir à l’accord de 2015 et de reprendre les affaires avec l’Iran.

Par Shraga Blum, publié le 7 juin 2021

https://lphinfo.com/nucleaire-iranien-constatation-pessimiste-du-directeur-de-laiea/

GESTION DES DÉCHETS NUCLÉAIRES : L’ASN APPELLE À PRENDRE DES DÉCISIONS RAPIDEMENT

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a appelé lundi les autorités à prendre rapidement des décisions en matière de gestion des déchets nucléaires.

« Des décisions seront nécessaires, à court terme, afin que des filières de gestion sûres soient disponibles pour tous les types de déchets radioactifs dans les 15 à 20 ans à venir« , a-t-elle souligné. Elle insiste dans une note sur « l’importance d’anticiper les choix de gestion des matières et des déchets radioactifs« .

Cette mise en garde survient alors que la France prépare son cinquième plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR). L’ASN a publié plusieurs avis, le dernier en mai, en vue de la préparation de ce plan et elle multiplie les alertes sur ce thème depuis le début de l’année.

Lors d’un rapport remis récemment à des parlementaires, elle estimait ainsi « qu’à défaut de décision prise dans les cinq prochaines années, aucune filière de gestion ne serait opérationnelle dans les 20 ans qui viennent« . « Les besoins capacitaires de stockage des déchets ne seront (alors) donc pas assurés« , selon l’ASN.

Concernant les déchets les plus dangereux et radioactifs, dits à haute activité à vie longue, elle souligne lundi que « l’entreposage de longue durée ne peut pas constituer une solution définitive« . Pour ces déchets, la France prévoit un stockage à 500 mètres sous terre à partir de 2035 à Bure (Meuse) : c’est le projet Cigéo, qui doit encore obtenir une série d’autorisations avant d’être formellement lancé.

En attendant, les déchets sont entreposés temporairement. Mais ce projet Cigéo, estimé à 25 milliards d’euros, suscite des oppositions. Il a récemment été au cœur d’un procès en correctionnelle à Bar-le-Duc, au cours duquel le parquet a requis un an de prison ferme contre un opposant.

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) comptabilisait 1,67 million de mètres cubes de déchets radioactifs en France à fin 2019, dont environ 4 000 m3 à haute activité.

Par AFP, publié le 7 juin 2021 à 18h18

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/gestion-des-dechets-nucleaires-lasn-appelle-prendre-des-decisions-rapidement-210607

QU’EST-CE QUI COÛTE 113 043 EUROS PAR MINUTE?

Selon les auteurs du rapport « Complicit : 2020 Global Nuclear Weapons Spending« , publié par l’ICAN, ce sont plus de 60 milliards d’euros (72,6 milliards $) qui ont été dépensés pour les arsenaux nucléaires en 2020, ce qui équivaut à plus de 113 043 € par minute (soit 137 000$). 

En 2020, la France pour sa part a dépensé plus de 8 969 € par minute pour son arsenal nucléaire, soit 500 € de plus que sur l’année 2019. Le budget officiel est annoncé à 4,7 milliards d’euros pour l’année 2020.

Selon l’ICAN, « ce montant ne contient pas les salaires des personnels militaires affectés aux armes nucléaires. Certains coûts additionnels ne sont pas, non plus, pris en compte, tels ceux associés au Rafale ou à la gestion des déchets nucléaires militaires. Et la facture va continuer de s’alourdir, entre 2021 et 2025, puisque la France consacrera, selon la Loi de programmation militaire (LPM), la somme de 27,85 milliards d’euros à la dissuasion nucléaire et au renouvellement complet des deux composantes« .

Par Philippe Chapleau (Ligne de défense), publié le 7 juin 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/06/07/qu-est-ce-qui-coute-137%C2%A0000-dollars-par-minute-22203.html

CENTRALE NUCLÉAIRE DU BUGEY (F): BERNE PREND-IL LE DOSSIER À LA LÉGÈRE?

Questionné par Lisa Mazzone qui s’inquiétait du prolongement de 10 ans de la durée de vie de la centrale nucléaire près de Genève, le Conseil fédéral a répondu. La sénatrice est fâchée.

La centrale nucléaire du Bugey, à 70 km de Genève à vol d’oiseau, fait parler d’elle jusque dans la Berne fédérale. En effet, le Conseil fédéral avait été interpellé en mars dernier par la sénatrice Lisa Mazzone (Verts/GE). Elle s’inquiétait de la décision en février dernier de la France de prolonger de 10 ans la durée de vie de ses réacteurs les plus anciens. Dont ceux de la centrale du Bugey qui est, depuis l’arrêt de Fessenheim, la plus vieille de l’Hexagone. Berne vient de répondre.

Pour rappel, Genève, qui réclame depuis des années la fermeture de cette centrale en raison de ses défaillances régulières, avait immédiatement déposé un recours contre cette prolongation. Le Canton n’a pas du tout été mis au courant de cette décision de Paris, avait indiqué alors le conseiller d’État genevois Antonio Hodgers. «Nous avons été ignorés par l’État français, alors que nous avons pourtant deux procédures judiciaires en cours en lien avec cette centrale», avait-il critiqué.

Lisa Mazzone a donc pris le relais pour amener le sujet aux Chambres et avait interpellé le Conseil fédéral. Elle souhaitait savoir si Berne avait eu l’occasion de prendre position lors de la consultation technique menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française et si oui, quelle était sa position. Et surtout, ce que comptait faire le Conseil fédéral pour assurer la sécurité de la population. Car elle le rappelle: le bassin genevois est bien plus concerné par un accident au Bugey qu’à la centrale de Gösgen par exemple.

Berne pas consultée

Dans sa réponse, Berne indique d’abord que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire et l’Office fédéral de l’énergie «ont été informés de la consultation par l’ASN mais n’ont pas été invités à y participer». Quant à la sécurité, le Conseil fédéral indique que «la Suisse peut contacter directement ses interlocuteurs français concernés» en cas d’accident nucléaire sur le site du Bugey. Et rappelle simplement que le scénario d’accident nucléaire helvétique, avec les mesures qui en découlent, couvre également les accidents survenant à l’étranger.

Le Conseil fédéral rappelle aussi qu’en Suisse, les comprimés d’iode sont distribués à titre préventif à tous les ménages vivant dans un rayon de 50 km autour d’une centrale et de manière centralisée au niveau cantonal dans les régions situées au-delà de ce rayon. Le Grand Genève se trouve dans ce 2ème cas de figure, précise-t-il. Les cantons concernés disposent donc chacun sur leur territoire d’un stock de comprimés d’iode suffisant pour les distribuer à l’ensemble de leurs résidents en cas d’incident majeur, souligne-t-il dans sa réponse.

Lisa Mazzone fâchée après le Conseil fédéral

Berne ne répond en revanche pas à la question de Lisa Mazzone sur sa position dans le dossier. Ce qui fâche la Genevoise qui estime que la réponse du Conseil fédéral est insuffisante. «On a l’impression qu’il prend ce dossier très à la légère», estime-t-elle. «Or la population de canton est bien plus concernée par le site du Bugey que par toute autre centrale suisse», souligne-t-elle. «Et il en va de la sécurité des Genevois et de toute la Suisse romande», rappelle-t-elle. «Car en cas d’accident, le nuage radioactif ne va pas s’arrêter à 50 km autour de la centrale».

La sénatrice estime aussi que Berne n’a apporté dans ce dossier que très peu de soutien au canton de Genève et à la ville. «Or le Conseil fédéral sait bien qu’un appui de la Confédération est nécessaire sur un tel sujet», déplore-t-elle. «On a l’impression que les autorités genevoises sont livrées à elles-mêmes».

Du coup, Lisa Mazzone ne compte pas en rester là. Elle va à nouveau interpeller le Conseil fédéral sur les raisons pour lesquelles il n’a pas pris position sur ce dossier alors qu’elle le demandait explicitement. Et elle compte se coordonner avec le canton de Genève et d’autres politiciens pour que soit assurée autant que possible la sécurité de la population romande.

Genève n’est pas (assez) près du Bugey, estime Berne

À noter que la conseillère nationale Isabelle Pasquier-Eichenberger avait elle aussi interpellé le Conseil fédéral en mars dernier sur la centrale du Bugey. Dans deux motions, la Verte genevoise demandait que Berne fasse distribuer des comprimés d’iode à titre préventif à tous les Suisses. Elle voulait aussi que le Conseil fédéral revoie la définition des zones de protection d’urgence et l’étende à l’ensemble du pays. En cause là aussi, la centrale française, contre laquelle les Genevois sont insuffisamment protégés, estimait-elle.

Là aussi Berne avait répondu dans le même sens mi-mai. «Ce rayon de 50 kilomètres a été fixé afin de garantir, sur la base du nouveau scénario de référence établi à la suite de l’accident de Fukushima», avait-il écrit. Contrairement aux agglomérations de Bâle, de Lucerne et de Zurich, la grande région de l’arc lémanique ne se trouve pas à proximité (<50 km) d’une centrale nucléaire suisse ou située dans un pays frontalier. Par conséquent, les cantons concernés stockent dûment une quantité suffisante de comprimés d’iode afin de pouvoir approvisionner toute la population en cas d’accident, avait-il ajouté.

Par Christine Talos, publié le 7 juin à 14h29

Photo en titre : La centrale du Bugey (Ain), construite dans les années 70, est désormais la plus ancienne de France. Elle est accusée par Genève de faire courir un grave danger à la population, en raison de sa vétusté. AFP

https://www.lematin.ch/story/centrale-nucleaire-du-bugey-f-berne-prend-il-le-dossier-a-la-legere-803233604554

UN RÉACTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CHOOZ À L’ARRÊT À CAUSE D’UNE ANOMALIE INÉDITE EN FRANCE

De mystérieuses dégradations ont été constatées sur les gaines du combustible au sein du réacteur nº2. Depuis quatre mois, EDF et l’autorité de sûreté nucléaire le maintiennent à l’arrêt par précaution le temps des expertises. L’anomalie détectée est une première en France. Pas de danger, assurent-ils.

L’anomalie est rarissime. À l’étranger, le nombre de cas recensés se compte sur les doigts d’une main, en France c’est tout simplement inédit. Des dégradations ont été détectées sur la gaine de combustible au sein de la centrale nucléaire de Chooz dans les Ardennes. La découverte a eu lieu de manière inopinée le 12 février dernier. Alors que les équipes procédaient au déchargement du combustible dans le réacteur numéro 2, des matériaux en suspension sont apparus, « une sorte de nuage de poussières » compare Mathieu Riquart, chef de division au sein de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Le risque, c’est une fuite d’éléments radioactifs dans le réseau primaire

Après analyse, il s’avère que ce sont particules issues de la gaine de protection du combustible. Gaine corrodée et présentant des signes de desquamation sur « quelques crayons », «  comme si elle pelait ». Or il s’agit de la première barrière de protection des éléments radioactifs au sein de l’installation nucléaire. Le risque, c’est la fuite de produits radioactifs. « En termes de sûreté, il n’y a pas de risque », affirme M. Riquart, rejoint par la direction EDF du site et le représentant de la CGT du site.

« S’il y a fuite, il resterait la deuxième barrière, avance-t-il. Les éléments de fission se retrouveraient dans le circuit primaire, c’est-à-dire la tuyauterie d’eau et seraient récupérés en grande partie par les filtres. Aujourd’hui, on est sûr qu’il n’y a pas eu franchissement de la deuxième barrière. »

Autre élément rassurant, et il est imparable : le réacteur est à l’arrêt. Alors qu’il aurait dû être réactivé début mars après cette ultime opération de maintenance, « Chooz B2 » est maintenu à l’arrêt depuis quatre mois « et les assemblages de combustible sont stockés dans un bâtiment à part ». « Principe de précaution » le temps que l’expertise menée conjointement par EDF et l’ASN réponde à toutes les interrogations. Quelle est l’origine du phénomène ? Quelles ont été ses potentielles conséquences lors du précédent cycle d’exploitation ? Comment assurer le rechargement puis l’exploitation du réacteur en toute sécurité ? Une flopée de techniciens issus des services centraux d’EDF et l’ASN sont dépêchés depuis des semaines dans la Pointe des Ardennes pour investiguer sur cet événement scruté au niveau national. L’ASN dit n’avoir à ce stade aucune information sur le contenu des expertises. La direction EDF du site n’est pas plus diserte. « Les investigations sont longues, de très haut niveau », confie Laurent Marvaille, représentant CGT du personnel. Si la direction du site ardennais avance le 31 août prochain comme date de reconnexion au réseau du réacteur numéro 2, le chef de division de l’ASN s’empresse d’ajouter « sous réserves des expertises et recommandations formulées ».

Aucun impact négatif n’est prévu sur l’emploi assure Laurent Marvaille, déléguée syndical CGT. Les 766 salariés de la centrale et 271 prestataires permanents ont été déployés sur d’autres tâches.

Un coup au moral des 1 000 salariés, des pertes d’exploitation

«  Mais le moral en a pris un coup parce que ça dure. Et puis, après c’est pour l’entreprise qui n’a qu’un réacteur sur deux qui fonctionne. C’est 1 500 méga watts en moins par jour…  » En effet, les comptes d’exploitation 2021 feront état d’une perte sèche qui pour l’heure n’est pas chiffrée selon le syndicaliste. Doit-on par ailleurs redouter des difficultés d’approvisionnement d’électricité sur le réseau ? «  EDF dispose d’un parc de production diversifié et le réseau électrique national est interconnecté avec les pays frontaliers, garantissant l’approvisionnement électrique, y compris lorsqu’un arrêt de réacteur se prolonge », ajoute EDF.

Par Manessa Terrien, publié le 6 juin 2021 à 13h56

https://abonne.lardennais.fr/id263230/article/2021-06-06/un-reacteur-de-la-centrale-nucleaire-de-chooz-larret-cause-dune-anomalie-inedite#popin-newsletters-form

ORANO-LA HAGUE ET LA SÉCURITE INCENDIE: 5 ORGANISATIONS MEMBRES DE LA CLI SAISISSENT LE PRÉFET DE LA MANCHE

Communiqué ACRO, CRILAN, Greenpeace, CREPAN FNE et EELV, organisations antinucléaires et critiques, membres de la CLI Orano La Hague

Suite à deux rapports d’inspection de l’ASN, les représentants des organisations CREPAN, ACRO, CRILAN, GREENPEACE et EELV membres de la CLI ORANO veulent alerter les citoyens sur le risque d’accident pouvant se produire si un incendie se déclarait à l’usine de retraitement de La Hague.

Les faits.

Le 29 septembre 2020 ¹ au cours d’une inspection concernant l’atelier R7 dédié à la vitrification des produits de fission, les inspecteurs notent qu’ Orano refuse d’engager les moyens nécessaires pour cet exercice inopiné d’incendie, que cette situation se répète d’inspection en inspection , et que par conséquent les effectifs ne seraient pas suffisants pour lutter contre un incendie sur l’ensemble du site.

Dans une autre lettre du 22 février 2021², l’ASN souligne une défaillance au regard du PUI (plan d’urgence interne) et du PPI (Plan particulier d’Intervention).

Cette inspection inopinée, un week-end avait pour objet de tester la façon de réagir de l’exploitant et de l’amener à déclencher simultanément le PUI (Plan d’urgence interne) et le PPI réflexe (La décision d’activation du Plan Particulier d’Intervention en phase réflexe est prise par le Préfet lors d’une situation à «cinétique rapide», c’est-à-dire lorsqu’un rejet radioactif est en cours (avéré) ou imminent (pouvant survenir moins de 6 heures après l’accident).

À la lecture de cette lettre de suite d’inspection, les moyens de communications sont défaillants, le nombre de personnels est insuffisant pour mettre en route le scénario du PUI. Pour l’autre scénario concernant le PPI, donc la population et les citoyens, rien n’est prévu , ce qui est très inquiétant car un incendie est un vecteur très important de dispersion de matières radio actives dans l’environnement.

Alerte !

Après être intervenus en séance sur ces sujets lors de la dernière assemblée générale de la CLI du 27 mai à Beaumont-Hague, nos organisations membres de la CLI Orano, ont décidé de saisir le Préfet de la Manche du risque d’accident grave pouvant se produire sur ce site.

1) Inspection n° INSSN-CAE-2020-0127 du 29 septembre 2020.

INSSN-CAE-2020-0127Télécharger

2) Inspection inopinée n° INSSN_CAE – 2020-0148 du dimanche 6 décembre 2020

INSSN-CAE-2020-0148-1Télécharger

Par André JACQUES, publié le 5 juin 2021

http://crilan.fr/orano-la-hague-et-la-securite-incendie-5-organisations-membres-de-la-cli-saisissent-le-prefet-de-la-manche/

À BURE, L’ÉTAT NUCLÉAIRE TENTE D’ENFOUIR SES CRIMES

Le procès de sept militants antinucléaires qui vient de se tenir à Bar-le-Duc du 1er au 3 juin après une enquête judiciaire et policière de près de quatre années, 25 perquisitions (dont, chose inouïe, la perquisition du cabinet d’un avocat des prévenus), 29 personnes mises sur écoute, l’enregistrement de l’équivalent de seize années de conversations, plus de 20 000 pages de dossier d’instruction, nous aura coûté près d’un million d’Euros d’argent public (source : Reporterre).

 Et bien davantage si l’on compte les salaires de tous les fonctionnaires, policiers et gendarmes mobilisés en permanence dans la région de Bure et le département de la Meuse, pour tenter de démanteler le mouvement antinucléaire, persécuter les militants (les poursuivant pour « association de malfaiteurs », leur interdisant de communiquer entre eux, faisant intrusion avec brutalité dans la « Maison de la résistance » de Bure et dans des domiciles particuliers) et protéger la mise en place par l’ANDRA, à 500 mètres sous terre, d’une poubelle nucléaire.

« Depuis 2017, un escadron de gendarmes mobiles est chargé de surveiller le territoire : 75 gendarmes y patrouillent jour et nuit, 24 heures sur 24. Une surveillance dont les coûts — une dizaine de millions d’euros par an — sont pris en charge par l’Andra et qui pèse lourdement sur la vie quotidienne des habitants. La Ligue des droits de l’Homme a d’ailleurs remarqué dans un rapport que « les contrôles d’identité permanents et répétés portent atteinte aux libertés individuelles » et ne peuvent « que déboucher sur des incidents ». » (Reporterre)

Ce procès sans objet s’est complètement dégonflé avant même d’avoir eu lieu, puisque la justice elle-même a dû prononcer l’an dernier un non-lieu sur les deux principales charges retenues contre les prévenus : un début d’incendie en juillet 2017 dans un hôtel-restaurant, et quelques dégradations en mai 2018 autour de l’écothèque de l’ANDRA. Finalement, ils ne sont plus soupçonnés que d’avoir pris part à l’organisation, le 15 août 2017, d’une manifestation non déclarée, qui fit l’objet d’une violente répression policière

Mais ce que l’État cherche à enfouir à Bure, ce ne sont pas seulement des déchets hautement radioactifs à vie longue. Ce sont ses propres crimes. Ceux qu’il commet en exposant quotidiennement la population française aux effluents radioactifs de ses 56 réacteurs électro-nucléaires encore en service et de ses dizaines d’autres Installations Nucléaires de Base (INB). Ceux qu’il a commis en ne consacrant pas à la satisfaction des besoins sanitaires et sociaux les plus urgents les dizaines de milliards qu’il a gaspillés en pure perte dans la construction de Super-Phoenix, celle de l’EPR de Flamanville qui n’a toujours pas produit un seul kilowattheure après dix ans de retard et un budget initial de 3 milliards multiplié par 4, celle des missiles du plateau d’Albion, des missiles Pluton et Hadès, tous envoyés au rencart, et plus généralement la construction, l’entretien, la modernisation et le renouvellement de toute la « force de frappe », cette ligne Maginot des temps modernes qui nous a coûté au bas mot entre 300 et 400 milliards d’Euros (son coût réel restant « secret défense »). Et qui de plus a fait directement de nombreux morts à travers le monde, par les retombées radioactives de ses essais nucléaires. Les vétérans des essais (ou leurs familles) et les Polynésiens en savent quelque chose !

À Bar-le-Duc comme à Bure et ailleurs, ce que l’État nucléaire cherche avant tout à enterrer, c’est cette terrible vérité : le nucléaire sert accessoirement à faire bouillir de l’eau pour produire de l’électricité (17% de l’énergie finale consommée en France, à peine 2% dans le monde entier) en polluant la planète pour l’éternité. Mais il sert avant tout à perpétuer l’armement atomique, comme nos quelque 300 bombes H capables de faire près d’un milliard de morts. Les antinucléaires le savent depuis toujours, même s’ils n’y pensent pas suffisamment. Emmanuel Macron leur a donné raison le 7 décembre 2021 en déclarant au Creusot : « Pas de nucléaire civil sans nucléaire militaire, pas de nucléaire militaire sans nucléaire civil ». Depuis ses origines, le nucléaire est fondamentalement mortifère.

Il tue également nos libertés et ce qu’il nous reste de démocratie.

Sur le même sujet :

. 24 septembre 2005 : Revue de presse : Manifestation à Bar-Le-Duc contre l’enfouissement des déchets nucléaires

 . 22 février 2016 : Etat d’urgence, « calamités publiques » et accident nucléaire : le gouvernement cible les antinucléaires

. 20 septembre 2017 : De New York à Bure (Champagne), la France s’enfonce dans la folie nucléaire

. 15 juin 2018 : Bure à la veille du 16 juin 2018

 . 20 juin 2018 : Français, pendant que nous faisons la fête, le gouvernement assassine nos libertés

. 21 juin 2018 : Communiqué des avocats : « Nouvelle étape dans la répression des opposants à l’enfouissement des déchets nucléaires à BURE : un avocat perquisitionné et placé en garde à vue »

 . 22 octobre 2018 : Criminalisation de la lutte contre Cigéo à Bure

L’argent est le nerf de la paix !

ACDN vous remercie de lui faire un DON

Publié le 4 juin 2021

Photo en titre : Photo ACDN

https://www.acdn.net/spip/spip.php?article1249&lang=fr

UNE BANDE DESSINÉE : LES VEUVES ÉLECTRIQUES, GUERRE AU NUCLÉAIRE

Une centrale atomique qui tue des employés par la négligence à répétition d’un directeur, des veuves qui prennent le maquis et ont bien l’intention de se rembourser des souffrances qu’elles endurent, Les Veuves électriques est une sorte de polar social où tous les coups sont permis. L’état est au-dessous de tout, les médias à l’affût de l’Audimat. Relom (Dirty Karl) a signé le scénario et Damien Geffroy le dessin. Degreef est aux couleurs. Un western campagnard avec un trio qui ne va pas se laisser faire.

Ils partent au boulot comme chaque jour. Ils sont trois, Pieric, Sébastien, Jean-Pierre plus Brendan le fils de Jean-Pierre, un des techniciens qui travaillent dans la centrale atomique de Chissouane. Sauf que ce matin-là, elle fuit la centrale et que Brendan, pas habitué, bloque la porte par laquelle les trois autres auraient pu fuir. Et meurent. Les autorités écrasent le coup. Jasmine, Odette, Gabrielle décident de déclarer la guerre au nucléaire, manifestent devant la marie mais ne mobilisent pas les foules. La Presse se tait, le préfet Einreich envoie les CRS, les ministres et le Président, le maire de Chissouane dit avoir échappé à un attentat. Le directeur de la centrale bien connue pour ses incidents confirme que tout va bien à 100%. Gabrielle prend une balle de flash-ball dans l’œil. Finies les gentillesses, les veuves vont passer à la vitesse supérieure.

Relom et Damien Geffroy joue la carte de l’humour noir car le sujet est mine de rien grave. On prend des otages, on discute avec le commissaire Broussaille. Brendan rentre dans le jeu et on attendre le tome 2 pour savoir comment les trois veuves devenues presque flingueuses vont s’en tirer. Sympa et sans prétention sur un dessin un soupçon caricatural. Idem pour le scénario qui flirte avec la comédie dramatique.

Les Veuves électriques, Tome 1, Deuil atomique, Delcourt, 15,50 €

Publié le 4 juin 2021 15h30

https://www.ligneclaire.info/deuil-atomique-248001.html

POLYNÉSIE NUCLÉAIRE – LE CESEC RÉCLAME LES 80 MILLIARDS DÉPENSÉS PAR LA CPS

À la quasi-unanimité, les membres du Conseil économique, social, environnemental et culturel ont adopté un vœu relatif au fait nucléaire.

Ils demandent à Paris le remboursement des dépenses engagées par la CPS, au titre des cancers potentiellement radio-induits, soit 80 milliards de francs. La Dépêche de Tahiti

Mon actu

« La France, à travers la loi Morin de 2010, a reconnu que les essais nucléaires avaient eu des conséquences sanitaires importantes et qu’elle devait réparation afin d’amorcer la réconciliation avec les Polynésiens. Force est de constater qu’après onze années de procédures administratives, juridiques et d’interminables processus politiques, le but fixé par la dite loi est très loin d’être atteint. »

Par la voix du conseiller Calixte Helme, membre de la CSTP/FO représentant le collège des salariés, le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) a adopté hier un vœu relatif au fait nucléaire. Seuls Yannick Lowgreen et Félix Fong se sont abstenus. Une démarche qui s’inscrit dans le cadre du départ prochain de la délégation polynésienne Reko Tika, qui doit participer, à la fin du mois, à Paris, à la « table ronde de haut niveau sur le fait nucléaire ».

Une rencontre souhaitée par le président de la République lui-même, selon le gouvernement Fritch, mais qui n’a séduit ni les principales associations de victimes des essais nucléaires, ni le Tavini huiraatira, ni l’Église protestante maohi (EPM)… Le Cesec rappelle au gouvernement central que la Caisse de prévoyance sociale (CPS) a « assumé toutes ses responsabilités quant à la prise en charge médicale ou accidentelle de tous les résidents polynésiens atteints d’une des 23 maladies radio-induites de la loi Morin, pour un montant cumulé évalué à 80 milliards de francs, et même au-delà en prenant en charge les maladies radio-induites non encore reconnues, telles de nombreuses maladies cardiovasculaires ». Selon le Cesec, la CPS couvre ainsi, chaque année, pour 5,2 milliards de francs que représentent les dépenses des services d’oncologie et la prise en charge des malades.

Pour une « dépollution » de Hao

Dans son vœu, le Cesec se déclare se déclare sensible « aux peines et aux difficultés rencontrées par les familles éprouvées », et demande « d’indemniser toutes les victimes et leurs ayant droits ».

Dans le cadre de la table ronde « de haut niveau », organisée fin juin, à Paris à la demande du chef de l’État, Emmanuel Macron, les représentants de la société civile souhaitent que soient prises en compte par Paris, les dépenses mises à la charge de la Polynésie française. Le Cesec demande ainsi le remboursement des sommes engagées par la CPS (80 milliards de francs) et la prise en charge des services d’oncologie, à hauteur de 5,2 milliards par an. Le Cesec « préconise » également une dépollution en profondeur de Hao.

Enfin, le Conseil demande que la Polynésie française bénéficie de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE), soit la somme de 13 milliards de francs par an.

La CSPE a été instituée en 2000, pour financer les charges dites de solidarité des « Zones non interconnectées » (ZNI) au réseau électrique de l’Hexagone « dont 77 % de l’électricité est assuré par le nucléaire », rappelle le Cesec.

Le dispositif a été étendu à la quasi-totalité de l’Outremer, hors la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. « Or, seule la Polynésie française a subi les méfaits du nucléaire sans en bénéficier des bienfaits », écrit le Conseil qui, « dans l’intérêt d’une reconnaissance effective du fait nucléaire et de ses conséquences », émet le vœu que ces questions soient inscrites prioritairement aux travaux de la table ronde.

Le Cesec « justifie » à sa manière le CEP

Dans le vœu émis par le Cesec s’est glissée une phrase assez étonnante, mais qui n’a manifestement fait tiquer aucun conseiller. Avant de chiffrer ses doléances à l’intention de Paris, le Cesec a décidé de « justifier » à sa manière l’ère du Centre d’expérimentation, en lui prêtant une mission éthique : « Ces essais ont été décidés au nom de l’idéal de liberté, d’indépendance et du bonheur des populations, permettant la dissuasion nucléaire, exclusivement défensive selon le principe de la légitime défense, qui remplit dès lors une mission éthique, celle d’empêcher une guerre. » (voir NDLR en fin d’article)

Le Cesec écrit par ailleurs que sa volonté est de « renforcer l’ambition de l’Union européenne et de la France en contribuant à la paix et la stabilité du plus grand espace maritime mondial ».

« La Polynésie française en est un point de convergence stratégique exceptionnel : sa situation, ses dimensions, son isolement, ses spécificités culturelles et environnementales sont devenus de remarquables atouts dans un contexte international d’incertitudes, d’insécurités et de menaces grandissantes face à l’hégémonie des puissances étrangères avides d’exploiter ces espaces maritimes, jusqu’aux confins de l’Antarctique, encore protégé par le Protocole de Madrid jusqu’en 2048. »

36 milliards par an pour la « location » de Moruroa et Fangataufa ?

Les conseillers souhaitent aussi la mise en place d’une « redevance », au titre de la location des « laboratoires vivants que sont Moruroa et Fangataufa, transformés en dépotoirs nucléaires ».

Le Cesec propose de partir sur une base de 150 F le mètre carré par mois. L’atoll de Moruroa représente 15 km2 de surfaces émergées, contre 5 km2 pour Fangataufa. Soit 20 km2, ou encore 20 millions de m2. Ce qui, multiplié par 150 F, donne un loyer mensuel de 3 milliards de francs, sauf erreur. Et donc un revenu annuel de 36 milliards de francs pour le Pays, le double de la dette annuelle (18 milliards) promise un temps par l’ancien président Jacques Chirac…

Parole à Calixte Helme, présentateur du vœu : « La CPS a une ardoise de 80 milliards de francs »

Calixte Helme

« Le Cesec voulait se rapprocher du protocole de Madrid, qui rappelle les responsabilités de chaque État. (…) La CPS a une ardoise de 80 milliards de francs au titre des cancers, plus 5,2 milliards annuels d’oncologie. Il ne s’agit que des pathologies reconnues comme potentiellement radio-induites par la loi Morin. (…) Il est un fait que l’électricité en France doit beaucoup au nucléaire civil, qui n’a pu lui-même se développer sans le nucléaire militaire, et donc le CEP. Nous apportons la précision que toutes les collectivités ultramarines, sauf Nouméa et Tahiti, bénéficient de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE). On dit quand même qu’il y a une certaine redevance qui doit revenir au Pays.

Il y aura deux représentants du Cesec à la table ronde, à Paris : Patrick Galenon, du collège des salariés, et Patrick Bagur, du collège des employeurs. »

Par Damien Grivois, publié le 4 Juin 21 à 7h39 

https://actu.fr/politique/nucleaire-le-cesec-reclame-les-80-milliards-depenses-par-la-cps_42405086.html

NDLR : j’ai publié cet article malgré cette phrase digne du plus beau cocorico pronucléaire de l’année mais j’avoue avoir bien hésité. Toutefois, je n’ai pas eu le courage de vous priver des autres informations qu’il contient.

Petit rappel : 1franc Pacifique = 0,0083 € donc 80 milliards de francs Pacifique =  664 millions d’Euros

POLYNÉSIE NUCLÉAIRE : UNE TENTATIVE DE DIALOGUE DE L’ÉTAT VERS LES HABITANTS DES TUAMOTU-GAMBIER

Une délégation de 6 personnes menée par le haut-commissaire et le tavana hau des Tuamotu-Gambier a effectué une tournée de deux jours pour s’entretenir avec les populations des îles de Takapoto, Reiao, Tureia puis enfin Mangareva au sujet des essais nucléaires. Au cœur des échanges avec les habitants des Gambier : les enjeux liés aux dossiers d’indemnisation Civen, dont la date limite de dépôt concernant les ayants droit a été fixée au 31 décembre 2021.

 « La vérité, on nous la doit ! »  « Il faut démythifier le nucléaire et clarifier les impacts réels des essais sur les populations ! » : telles étaient en substance certaines des premières prises de parole de l’assistance ce mardi 1er juin à la mairie de Rikitea. Comment mieux expliquer le fait nucléaire et ses conséquences aux populations concernées ? Quels moyens mettre en œuvre pour leur accorder davantage d’écoute et de considération ? De quelle manière les accompagner efficacement dans les procédures de demande d’indemnisation ? Y a-t-il encore aujourd’hui des conséquences avérées sur la santé et l’environnement ? Car rappelons que les Gambier constituaient à l’époque du CEP la base arrière de Moruroa, et qu’elles ont été particulièrement touchées par les retombées radioactives des tirs.

Un déplacement au sujet du nucléaire pour cerner et recueillir les attentes des habitants

Une centaine d’habitants des Gambier était réunis ce soir-là dans le village principal des Gambier, à l’appel de l’équipe municipale, pour être entendus par la délégation d’officiels venue sur place pour ouvrir le débat sur nucléaire. « Si le déplacement était prévu de longue date, il avait été décalé à cause de la crise sanitaire, explique le haut-commissaire Dominique Sorain, accompagné du tavana hau Frédéric Sautron, chef de la subdivision administrative des Tuamotu-Gambier. Aujourd’hui, je ne porte aucun message, nous venons à la rencontre des populations de ces îles pour entendre leurs attentes et porter leur message dans le cadre d’une table ronde prévue à Paris fin juin avec Emmanuel Macron. Il faut absolument libérer la parole et ouvrir le dialogue avec les habitants lors d’échanges directs. »

Photo de HCPF ©

Lors de leur passage qui marquait la fin d’une tournée de deux jours aux Tuamotu-Gambier, après les îles de Takapoto, Reiao et Tureia, les deux officiels étaient eux-mêmes accompagnés de trois représentants du monde médical, militaire et scientifique, dont le médecin du Centre de suivi médical Philippe Jarzuel, un conseiller nucléaire et un membre de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Si ces deux derniers n’ont quasiment pas pris la parole de la soirée, le médecin du CMS, quant à lui, a tenté, avec difficulté, de vulgariser des points techniques relevant du médical.

Mais comment répondre avec acuité aux inquiétudes des habitants et à leurs difficultés ? Après des décennies d’interrogations sur le nucléaire en Polynésie française, comment désamorcer à présent des questionnements auxquels la science n’a pas encore apporté de réponses ? Le médecin affirmera en tout cas que dans d’autres contextes nucléaires, la transmission intergénérationnelle des maladies radio-induites  n’a pas été prouvée.

Anxiété, souffrance et doléances exprimées

Pourtant, les différents témoignages des habitants exprimaient des peurs et colères réelles et anciennes liées à des taux élevés de problèmes thyroïdiens sur l’île, à l’absence de compensations économiques destinées spécifiquement à l’archipel, ou encore au manque de transparence lors d’un refus d’indemnisation suite au dépôt d’un dossier Civen. Certains membres de l’association 193 présents demandaient également le retrait de la date du 31 mai 1998 relative aux ayants-droit. Quant à la date-limite de dépôt des dossiers au 31 décembre 2021, celle-ci a également été largement contestée, la population demandant son report.

Si les officiels étaient à l’écoute, l’impression générale était plutôt au décalage entre les deux parties. Cette réunion, attendue de longue date par tous, mais relayée relativement récemment par la commune, aurait pu être l’occasion d’ateliers de préparation en amont. Il aurait par exemple été intéressant de constituer un véritable cahier de doléances à remettre aux autorités.

Il n’empêche que si les résultats de cette réunion ne semblent pas avoir été clairement concluants, la population semblait reconnaissante et satisfaite de ce déplacement officiel inédit : ce mois de juin 2021 marquera la toute première fois qu’un haut-commissaire se rendait aux Gambier pour parler du nucléaire. Quant au sujet de l’accompagnement des populations sur la question des dossiers Civen, verdict lors de la table ronde sur le sujet du nucléaire à Paris en juin, avec en perspective les préparatifs de la venue envisagée du Président de la République sur le territoire en juillet prochain.

Au nouveau complexe sportif ©Commune des Gambier

©Vaea Deplat

La délégation a profité également de son séjour pour visiter la nouvelle école primaire Maputeoa, financée en partie par l’État, ainsi que le nouveau complexe sportif. Le haut-commissaire a également pu apprécier l’avancée des grands projets en cours à Mangareva : la route ainsi que les travaux du quai.

Par Vaea Deplat, publié le 3juin 2021

Photo en titre : ©V.Deplat

https://www.radio1.pf/nucleaire-une-tentative-de-dialogue-de-letat-vers-les-habitants-des-tuamotu-gambier/

PROCÈS DE BURE : LA DÉFENSE FAIT SURGIR LES FAILLES DE L’ENQUÊTE

Des peines allant de dix mois avec sursis à douze mois ferme contre un prévenu déjà condamné ont été requises contre les sept opposant·es au projet Cigéo. La défense a voulu montrer que ce procès repose sur un dossier creux.

Pendant son réquisitoire, le procureur de la République a dû hausser le ton. D’abord pour dépasser la barrière du masque sanitaire, puis pour tenter de couvrir la musique techno venant des militant·es antinucléaires resté·es à l’extérieur du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc. Et enfin pour faire la preuve de l’autorité due à sa qualité de représentant du ministère public. Il faut dire qu’en trois jours de procès, le son de sa voix n’a pas beaucoup résonné dans le prétoire.

Quatre ans d’enquête, un dossier épais de 22.000 pages – mais absent du bureau du juge, 450 scellés, des centaines d’heures d’écoute, près d’un million d’euros dépensés (selon une enquête Reporterre et Médiapart) et seulement 45 minutes de réquisitoire. Face aux sept opposant·es au projet Cigéo d’enfouissement de déchets nucléaires qui le regardent depuis le banc des prévenu·es, Sofian Saboulard a clamé ne pas être « le bras armé de l’Andra » [ndlr : Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs] et déploré la tournure politique qu’a prise ce procès, malgré son avertissement à l’ouverture de celui-ci.

Pour J., F. et A. poursuivi·es pour « complicité de détention d’engin incendiaire en bande organisée et association de malfaiteurs », il a demandé 18 mois de prison avec sursis. Pour C.V. et B. accusé·es de « détention d’engin incendiaire en bande organisée », 12 mois avec sursis. C.D poursuivie pour « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique », 10 mois avec sursis. Un an ferme est requis contre K. ayant déjà été condamné et incarcéré, notamment pour non respect de son contrôle judiciaire.

« Une justice de classe »

De leur côté, les huit avocat·es fidèles à leur stratégie de défense collective ont utilisé chaque seconde pour décortiquer chaque point du dossier et de l’instruction jugés disproportionnés, impartiaux voire aberrants. Me Faro, également l’avocat de Greenpeace France, n’a pas mâché ses mots et qualifié cette instruction de « véritable acte de barbouzerie » tant elle a cherché à ratisser large, sans être sûre de ce qu’elle trouverait, sans véritable preuve.

Pêcher des informations à droite, à gauche n’est pas digne d’une justice bien ordonnée. Si le juge était un pêcheur, il mourait de faim, il n’y aurait rien dans ses filets. Ces méthodes-là, je ne les ai vues employées que dans des dossiers liés au nucléaire !

Il pose enfin la question qui est dans la tête de tous : « À qui profite l’enquête ? » L’Andra – qui n’était plus partie civile – a eu copie de toutes les pièces, « et accès à tous les secrets des prévenues, pour nourrir ses plans de déstabilisation des opposants ce qui peut alimenter ses plans de déstabilisation des opposants ». Précision : un climat plus silencieux lui serait bénéfique car les débats sur la déclaration publique de Cigéo devraient s’ouvrir à l’automne. D’autre part, la DGSI a récupéré une partie des scellés ainsi que les identités de centaines de militant·es antinucléaires.

Au tour de Me Ambroselli de plaider. Il se lance dans une longue plaidoirie, empreinte de droit et de vécu. En effet, l’avocat historique des militants anti-Bure a lui-même été visé par cette instruction, jusqu’à subir une perquisition et une garde-à-vue. « Me voici en robe, devant vous… C’est étrange. Depuis trois ans, je me prépare à être jugé avec mes amis comme un malfaiteur », a-t-il déclaré. Avec émotion, il se lance dans un petit historique de cette enquête qualifiée de « délirante », « kafkaïenne », « grotesque », tout en regardant souvent ses « camarades et ami·es ». Et confie qu’il ne comprend toujours pas le non-lieu dont il a finalement bénéficié, décidé par Kevin Le Fur, le juge d’instruction interrogé comme témoin la veille. « La différence entre moi et mes camarades, c’est le fait d’une justice de classe. Car il est plus difficile de poursuivre un avocat que ce que vous appelez une bande anarcho autonome.»

Outre les démonstrations diverses soulignant les incohérences du dossier notamment concernant le relevé d’ADN sur les engins dits explosifs et la notion de « bande organisée », la défense est revenue longuement sur la journée du 15 août 2017. Car si l’affaire a démarré en juin 2017 avec la tentative d’incendie du Bindeuil, l’hôtel-restaurant du site Cigéo, l’instruction n’a jamais pu faire le lien avec les individus surveillés. Le procès ne s’est donc porté que sur la participation et l’organisation supposées des prévenu·es à cette journée de mobilisation, et à la manifestation non déclarée.

Me Ruef n’en démord pas : sans les décisions prises par les forces de l’ordre ce jour-là, les affrontements n’auraient sûrement pas eu lieu. « La préfecture a pris un arrêté d’interdiction de transport d’armes par destination mais n’a pas interdit la manifestation », commence-t-elle. À l’aide de plans de la zone brandis sous le nez du juge, elle retrace quasiment minute par minute le déroulé de la journée. Elle pointe que les gendarmes sont sortis de leur mission qui consistait à surveiller les bâtiments de l’Andra à Bure et ont bloqué la route allant vers Saudron, obligeant les manifestants à s’éparpiller dans les champs. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont effectué 21 tirs de LBD ; 320 grenades lacrymogènes et 37 grenades GLI-F4 ont été lancées. Robin Pagès, un manifestant, a été gravement blessé au pied et en garde des séquelles aujourd’hui encore. L’avocate assène :

L’autorité civile n’a pas interdit cette manifestation mais l’autorité militaire a bloqué la route de son propre chef. Des difficultés dans le maintien de l’ordre qui n’ont jamais été analysées ni dans le dossier, ni dans cette audience.

La relaxe est demandée à l’unanimité, pour les sept prévenu·es et pour tous les chefs d’accusations. « Si l’information judiciaire n’a pas servi à étayer les infractions, elle a réussi à briser des solidarités, des amitiés… Souvenez-vous qu’ils et elles ont déjà payé ! », a tonné Me Bonaglia. Le jugement sera rendu le 21 septembre.

Par Vanina Delmas, publié le 4 juin 2021

Photo en titre : Amanda Jacquel

http://www.politis.fr/articles/2021/06/proces-de-bure-la-defense-fait-surgir-les-failles-de-lenquete-43266/

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À BURE, LES ANTINUCLÉAIRES ASSIÉGÉS, MAIS TOUJOURS REMONTÉS !

Le procès de sept opposants au site d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse, s’est terminé jeudi 3 juin au soir. Malgré une pression judiciaire et policière disproportionnée, les militants poursuivent la lutte.

À la façon dont la police et la justice les traitent, on pourrait les prendre pour de véritables terroristes. Les sept prévenus (quatre hommes et trois femmes, âgés de 28 à 48 ans) jugés cette semaine au tribunal de Bar-le-Duc n’ont pas été ménagés. Le parquet a requis des peines allant de 12 mois de prison ferme pour l’un, et de 10 à 18 mois pour les autres. Le jugement sera rendu le 21 septembre.

Leur crime ? S’opposer au site d’enfouissement qui, à partir de 2035, est prévu pour contenir 85 000 m2 de déchets nucléaires à 500 mètres de profondeur. Les griefs des magistrats ont surtout trait à une manifestation – disons un peu agitée – qui a lieu, en août 2017, et à laquelle Charlie a d’ailleurs assisté.

C’est ce qui vaut aux prévenus d’être notamment accusés de « participation à une manifestation interdite », « association de malfaiteurs », ou encore de « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée »… Hormis une courte déclaration, ils ont choisi de garder le silence durant tout le procès, comme le justifie Alexie, militante antinucléaire : « Il n’y a pas de raison que ces sept personnes-là soient accusées plus que d’autres, c’est pourquoi elles refusent de répondre, car c’est toute la lutte qui est en jeu.  »

Tous les détails sur le compte rendu du procès sont ici.

Une lutte fastidieuse

En février 2018, l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a repris possession du bois Lejuc, que les opposants avaient occupé à la manière d’une ZAD. Depuis, la répression policière très intense – et même disproportionnée, on peut le dire – complique évidemment la lutte. Marguerite (prénom modifié) en est témoin : «  Il y a une présence policière permanente, des contrôles d’identité incessants, et, depuis deux jours, un hélicoptère survole les environs, de 22 heures à 3 heures du matin. »

En dépit de ces difficultés, les militants sont loin de baisser les bras. Ils ont acquis trois lieux dans la région. D’abord « La maison de la résistance » à Bure, gérée par l’association « Bure zone libre », porte d’entrée pour tous ceux qui souhaitent s’informer sur l’opposition au site de stockage. À cela, s’ajoutent l’ancienne gare de Luméville et la maison « L’Augustine », à Mandres-en-Barrois, deux lieux collectifs qui accueillent en permanence toute une palette d’activités sur le combat antinucléaire.

À LIRE AUSSI : Après Fukushima, on poursuit le mythe du nucléaire sécurisé ?

Et le boulot ne manque pas. En août 2020, l’Andra a déposé un dossier de demande de Déclaration d’utilité publique (DUP), qui permet d’acquérir les terrains nécessaires à la création du site de stockage. Cette procédure administrative n’autorise pas à proprement parler la construction du centre de stockage, mais permet aux pouvoirs publics d’avancer des pions dans cette direction. C’est pourquoi les militants s’attachent à en décortiquer les moindres failles, poursuit Marguerite : « Notre travail consiste à éplucher les 4000 pages de dossier et à les vulgariser. Ils disent que cette procédure n’a pas vocation à démarrer le centre de stockage, mais ils le font quand même, pour nous mettre devant le fait accompli. De la même façon, l’Andra organise un débat public en virtuel, mais les associations locales boycottent ce débat, car on nous bassine avec une apparence de vernis démocratique. »

Ce qui remonte le moral des militants antinucléaires, c’est aussi le soutien de certaines collectivités locales. Ainsi, sur 11 communes directement concernées par le site d’enfouissement, quatre ont rendu un avis défavorable : Bure, Mendres-en-Barrois, Horville-en-Ornois et Ribeaucourt.

De plus, les aléas de la lutte n’empêchent pas de garder le sens de la teuf. Il y aura deux grandes occasions de le prouver cet été : les « Bure’lesques », du 6 au 8 août, et les « Rayonnantes », du 16 au 26 août.

Comme quoi, ce n’est pas en traînant sept malheureux militants devant un tribunal qu’on étouffe les innombrables enjeux politiques, philosophiques et écologiques soulevés par des déchets nucléaires qui empoisonneront le sol durant les 100 000 prochaines années. ●

Par Antonio Fischetti, publié le 4 juin 2021

https://charliehebdo.fr/2021/06/ecologie/a-bure-les-anti-nucleaire-assieges-mais-toujours-remontes/

DE NOUVEAUX RÉACTEURS? C’EST NON ! MERCI POUR VOTRE SOUTIEN, CONTINUONS L’ACTION ENSEMBLE

Avec les élections régionales, qui arrivent à grands pas, il est important de faire entendre la voix des citoyens.

Toute la France est concernée par ces projets ! La construction de ces 3 paires d’EPR dilapiderait l’argent qui pourrait servir à une vraie transition énergétique. Ils seront vulnérables aux conditions extrêmes (sècheresses, montée des eaux, etc.) qui pourraient devenir de plus en plus fréquentes  dans les décennies à venir et sont hors-jeu pour répondre à l’urgence climatique.

Nous aimerions atteindre le même nombre de signatures que notre pétition contre le projet de Flamanville qui avait atteint plus de 40 000 signataires, voire plus si nous rêvons un peu, et nous savons que c’est possible avec votre soutien !

Aidez-nous en invitant vos proches à signer la pétition contre ces projets insensés :

Par mail : en transférant ce mail et en ajoutant votre touche personnelle (par exemple : Je l’ai signé, à ton tour !)

Pour signer la pétition, rendez-vous sur :

https://www.sortirdunucleaire.org/de-nouveaux-reacteurs-c-est-non

Si chacun d’entre nous, premiers signataires, arrive à faire signer 4 personnes le défi est relevé !

Merci à vous pour l’intérêt que vous portez à notre action.

Par L’équipe du Réseau « Sortir du nucléaire »

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Pétition adressée au Président de la République, au Ministre de l’Économie et des Finances, et à la Ministre de la Transition Écologique :

Un coût initial multiplié par 5, 10 ans de retard au moins, des malfaçons et fraudes à foison… Le réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville est un fiasco. Le bon sens exigerait de s’arrêter là et d’engager maintenant une transition énergétique sans nucléaire.

Pourtant, EDF persiste ! Depuis plusieurs années, elle pousse pour la construction de six nouveaux réacteurs EPR et a même quasiment arrêté les trois sites pressentis : Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord), tandis que Bugey (Ain) et Tricastin (Drôme) seraient en concurrence pour le troisième.

 Sur le site du Réseau, cliquez sur les sites pressentis pour en savoir plus :

Officiellement, le gouvernement ne prendra de décision qu’en 2023. Dans les faits, il discute étroitement avec EDF pour rendre ce projet possible et lui permettre de bénéficier du soutien financier de l’État. Criblée de dettes, confrontées à des dépenses importantes, EDF n’a pas les moyens de financer seule ces constructions. Ce sont donc nos impôts qui financeraient plus de la moitié de ce projet, sans compter une partie des surcoûts !

Alors que la France peut s’engager vers le 100% renouvelable, il serait aberrant qu’elle se lance dans cette impasse dangereuse, productrice de déchets ingérables, qui gaspillerait des sommes qui feraient défaut à la lutte contre le changement climatique. Prétendre produire de l’électricité « bas-carbone » avec une technologie lente, chère et sujette aux retards est un leurre total. Tant que ces réacteurs seront présents à l’horizon, le gouvernement ne fera pas le nécessaire pour engager le changement de modèle énergétique dont nous avons besoin.

De premières décisions doivent être prises à l’été 2021. Alors que l’industrie nucléaire et ses soutiens politiques font pression pour présenter ces constructions comme inéluctables, faisons-nous entendre et refusons ces projets qu’on veut nous imposer !

TEXTE DE LA PÉTITION

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Ministre de l’Économie et des Finances, Madame la Ministre de la Transition Écologique,

Je souhaite vous exprimer ma profonde préoccupation quant à la volonté d’EDF de construire six nouveaux réacteurs EPR dans les décennies à venir, avec le soutien financier de l’État.

En effet, malgré vos prises de position officielles affirmant qu’une décision sur ce sujet ne serait pas prise avant la mise en service de l’EPR de Flamanville, prévue en 2023, le soutien de l’État à ce projet apparaît déjà acquis. Les documents dévoilés début novembre 2020 par les médias Contexte.com et Reporterre, tout comme l’appel d’offre publié le 14 avril par la DG Trésor, mettent en évidence la volonté du gouvernement d’aider à financer ces constructions sur fonds publics.

Le respect dû aux jeunes générations exigerait de faire le nécessaire pour engager dès maintenant la France dans une transition énergétique ambitieuse pour faire face à l’urgence climatique, en faisant évoluer en profondeur notre système de production et de consommation, en favorisant la sobriété, en encourageant l’efficacité énergétique (notamment par une politique ambitieuse de rénovation des logements) et en développant les énergies renouvelables. A contrario, envisager la construction de nouveaux réacteurs est un non-sens. Comme le montre l’exemple de l’EPR de Flamanville, cela reviendrait à gaspiller des dizaines de milliards d’euros dans une technologie dangereuse, polluante, sujette aux retards et surcoûts, au détriment des vraies solutions.

Je vous exprime donc mon opposition catégorique à la poursuite de ces projets de nouveaux réacteurs. En pleine crise économique, l’argent public n’a pas vocation à venir financer une telle aberration.

Veuillez recevoir, Madame, Messieurs, mes salutations respectueuses.

Par Réseau « Sortir du nucléaire« , 9 rue Dumenge – 69317 Lyon cedex 04, Tél : 04 78 28 29 22

https://www.sortirdunucleaire.org/

POUR LA DÉFENSE, LE PROCÈS DE BURE PROFITE À « L’ÉTAT NUCLÉAIRE »

Lors de la troisième et dernière journée du procès des sept militantes et militants antinucléaires opposés au projet Cigéo, le procureur a requis une peine de prison ferme et d’autres assorties de sursis. Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont insisté sur la disproportion entre le dérisoire des faits reprochés et les moyens titanesques de l’enquête.

Les 1er, 2 et 3 juin s’est tenu à Bar-le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Reporterre, présent sur place, fait le récit quotidien des audiences et des mobilisations de soutien aux prévenus.

Bar-le-Duc (Meuse), reportage

À qui profite le procès des antinucléaires de Bure ? C’est la question centrale de ce dossier à laquelle trois jours d’audience à Bar-Le-Duc (Meuse) auront eu du mal à apporter une réponse. Malgré une enquête titanesque révélée par Reporterre et Mediapart, qui a coûté près d’un million d’euros, on peine encore à comprendre pourquoi sept militants et militantes se sont retrouvées sur le banc des prévenus. « Quel dommage de se ruiner pour défendre le fleuron nucléaire plutôt que de poursuivre une criminalité en col blanc qui heurte pourtant beaucoup plus nos valeurs sociales », a remarqué l’avocat Matteo Bonaglia.

L’affaire a commencé avec l’incendie de l’hôtel-restaurant du Bindeuil en 2017, sur lequel un non-lieu a été rendu. Ainsi, l’audience a porté sur la manifestation du 15 août 2017, qui célébrait l’anniversaire de l’occupation du bois Lejuc. « Après trois jours d’audience, j’ai eu le sentiment qu’on jugeait une simple manifestation. Le sentiment qu’étaient sur le banc des prévenus des gens à qui on reprochait des jets de projectiles faits par d’autres personnes. C’est quelque chose qui n’est pas punissable en droit », a dit Me Raphaël Kempf, l’un des avocats des prévenus.

« C’est une justice de classe » 

Cette « simple » manifestation n’était même pas interdite, comme l’a expliqué l’avocate Muriel Ruef, avant de rappeler que 21 tirs de LBD ont été effectués par la gendarmerie, que 320 grenades lacrymogènes ont été lancées ainsi que 37 grenades GLI-F4. « Ce n’est plus un usage de la force, mais un usage des armes », a relevé Me Muriel Ruef. Des projectiles qui ont mutilé Robin Pagès, le seul blessé grave de cette journée. « Il aura des séquelles jusqu’à la fin de ses jours à cause d’une grenade lancée à un moment précis où il ne se passait rien », a poursuivi l’avocate.

Dans son réquisitoire, le procureur a pourtant déclaré que des gendarmes avaient été blessés, mais ils n’étaient pas présents à l’audience en tant que partie civile. Or, Chloé, l’une des prévenues, est poursuivie pour des faits de violence sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Précisément, pour avoir lancé des pierres contre les forces de l’ordre durant cette manifestation. Impossible cependant de déterminer avec certitude si elle est bien responsable de cet acte, selon l’avocate Norma Jullien Gravota. « D’autant qu’aucun gendarme dans ce dossier ne fait état d’un préjudice personnel, qu’il soit physique ou psychique. » Le procureur, Sofian Saboulard, va pourtant requérir pour Chloé une peine de 10 mois d’emprisonnement avec sursis.

Concernant les prévenus Florian, Angélique et Joël, le parquet a estimé que les faits de complicité de détention d’engins incendiaires en bande organisée et d’association de malfaiteurs étaient établis, mais a rappelé qu’ils n’ont aucun antécédent judiciaire. Il a demandé dix-huit mois de prison avec sursis, avec l’interdiction de détenir une arme pendant cinq ans. Pour Céline et Benjamin, accusés de détention d’engins incendiaires en bande organisée, le procureur a requis douze mois de prison avec sursis et l’interdiction détenir une arme pendant cinq ans. Seul Kévin, parce qu’il a déjà été condamné et qu’il a déjà passé sept mois en détention provisoire, risque douze mois de prison ferme. « C’est une justice de classe », a déclaré Me Étienne Ambroselli, l’un des avocats, qui a par ailleurs subi une garde à vue et une perquisition de son matériel. Il comparaît aujourd’hui libre après un non-lieu prononcé par le juge d’instruction Kévin Le Fur. « Je n’ai pas compris ce qui justifiait ce revirement final. La seule différence entre moi et mes camarades, c’est qu’il est plus difficile de poursuivre un avocat que ce que vous appelez une bande “anarcho-autonome”. »

« L’Andra sait désormais beaucoup de choses » 

Ainsi à qui profite ce procès ? Sans doute à la DGSI, qui a récupéré une partie des 450 objets placés sous scellés, avec le nom de centaines de personnes qui gravitent autour de la lutte antinucléaire. « Ils vont pouvoir faire des regroupements, des fichages, identifier des contacts qui pourraient leur servir plus tard », a expliqué Me Alice Becker, l’une des avocates. Ce procès profite sans doute également à l’Andra [1] qui, en tant que partie civile, a pu se plonger dans les milliers de pièces du dossier et récupérer des éléments contre le mouvement antinucléaire, comme l’a soupçonné l’avocat Alexandre Faro. « L’Andra sait désormais beaucoup de choses et peut alimenter sa réflexion et nourrir ses plans de déstabilisation des opposants. Et ce n’est pas anodin, car les débats publics vont commencer sur la déclaration d’utilité publique de Cigéo. »

Enfin, ce procès pourrait profiter à ce que les avocats ont nommé à plusieurs reprises « l’État nucléaire », qui a mobilisé des moyens titanesques contre les opposants au projet Cigéo, comme l’a détaillé Me Matteo Bonaglia. « Outre la montagne de renseignements accumulés, le contrôle judiciaire a brisé des solidarités, a interdit de territoire des gens qui militaient ensemble. Ce qui est fait est fait. Mais que votre juridiction se souvienne à quel point les prévenus ont déjà payé. Et qu’elle n’oublie pas de les relaxer. »

Le jugement sera rendu le 21 septembre, à 9 heures.

Par Laury-Anne Cholez (Reporterre), publié le 4 juin 2021 à 10h06, mis à jour le 4 juin 2021 à 10h08

Les dessins : sont de Grégory Mardon/La Revue dessinée ©

https://reporterre.net/Pour-la-defense-le-proces-de-Bure-profite-a-l-État-nucleaire?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.

Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

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En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.

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LA CRIIRAD, NÉE D’UNE CATASTROPHE NUCLÉAIRE, FÊTE SES 35 ANS

Née après la catastrophe de Tchernobyl, l’association se développe et prépare des projets à l’échelon national et international. Son actuel président Yves Girardot, avec l’ensemble des 13 salariés et le conseil d’administration de l’association, entendent réaffirmer les principes fondateurs de cette structure de renommée mondiale.

Par Le Dauphiné Libéré, publié le 3 juin 2021 à 06h05 –

Pour écouter son président Yves Girardot (vidéo de 4mn27s), cliquer sur : https://www.ledauphine.com/environnement/2021/06/03/la-criirad-nee-d-une-catastrophe-nucleaire-fete-ses-35-ans

NDLR : CRIIRAD = Commission de Recherche et d’Informations Indépendante sur la Radioactivité

NUCLÉAIRE INFOS, adhérent de la CRIIRAD depuis une vingtaine d’années, vous invite à soutenir financièrement ce laboratoire associatif agrée par l’État (reçus pour déduction fiscale).

EN MARGE DU PROCÈS DE BAR-LE-DUC, LES PAYSANS MOBILISÉS CONTRE LES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Le deuxième jour de mobilisation autour du tribunal de Bar-le-Duc, qui accueille le procès de militants antinucléaires, a été consacré aux luttes paysannes.

Les 1er, 2 et 3 juin se tient à Bar-Le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Reporterre, présent sur place, fait le récit quotidien des audiences et des mobilisations de soutien aux prévenus.

Bar-le-Duc (Meuse)

À l’occasion du deuxième jour de procès des sept opposants au centre d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, les mobilisations ont repris autour du tribunal. Après une première journée vibrante et colorée, cette journée a été voulue plus calme. Le procès a par ailleurs été reporté à l’après-midi, les témoins souhaitant conserver leur droit au silence lors de la très courte audience du matin. L’occasion pour tous de se consacrer pleinement aux animations en extérieur, qui se sont concentrées sur les luttes paysannes.

Christian, agriculteur à la retraite, vend des bouteilles de « vin des luttes » pour soutenir les prévenus. © Quentin Zinzius/Reporterre

« Nous autres agriculteurs sommes historiquement concernés par la lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires, a expliqué Christian, agriculteur à la retraite et membre actif de la Confédération paysanne. Nous travaillons la terre, et nous refusons qu’elle soit polluée par ces déchets [radioactifs] pour des milliers d’années ». Mercredi 2 juin, il tenait un stand de vente de produits locaux, dont les bénéfices serviront à couvrir une partie des frais de justice des prévenus. « C’est notre façon de les soutenir dans cette épreuve ».

Photo: © Quentin Zinzius/Reporterre

Et il n’était pas le seul. Autour de la place, plusieurs stands proposaient des produits fermiers en tout genre, des plants, et même des semences anciennes. Les jeunes pousses de tomates, poivrons et autres courges sont parties comme des petits pains. « Les plants ont été cultivés par nos soins, sur un terrain mis à notre disposition », dit Bertille [*], membre des Semeuses, un collectif de militants qui cultivent fruits et légumes sur des terrains convoités par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets). Lancée en 2019, l’expérience commence à convaincre localement. « Une partie de notre production est vendue directement aux habitants, qui ont pris l’habitude de nous voir travailler dans les champs, ça nous permet de recréer des liens avec la population, avec le territoire ».

Photo: Jean-Pierre Simon a prêté trois hectares aux Semeuses. © Quentin Zinzius/Reporterre

« Lorsque des terres agricoles disparaissent, elles ne reviennent jamais »

Pendant ce temps, au centre de la place Saint-Pierre, devant le palais de justice, une conférence s’est organisée. À tour de rôle, agriculteurs, maraichers et représentants syndicaux ont pris la parole, exposant les différents problèmes soulevés par l’installation de l’Andra sur le territoire. Jean-Pierre Simon, agriculteur haut-marnais qui se bat contre l’installation du projet depuis plus de vingt ans, a présenté le travail des Semeuses, à qui il prête trois hectares de terres.

Thierry Jacquot, porte-parole de Confédération paysanne du Grand Est : « Lorsque des terres agricoles disparaissent, elles ne reviennent jamais » © Quentin Zinzius/Reporterre

Thierry Jacquot, porte-parole de la Confédération paysanne pour le Grand Est, a évoqué le danger que représente le nucléaire pour le monde agricole : « Laisser ce projet s’implanter, c’est voir disparaitre des emplois agricoles, et faire perdre au territoire sa capacité de résilience alimentaire. Les cultures autour du site de Cigéo ne seront plus propres à la consommation […] et lorsque ces terres agricoles et nourricières auront disparu du territoire, elles ne reviendront jamais. » Mais Cigéo n’a pas été le seul sujet abordé. Également dans l’actualité, le sujet de la réforme de la PAC (Politique agricole commune) a été massivement critiqué, car très pénalisant pour l’agriculture biologique. La matinée s’est terminée sous les applaudissements du public, nombreux en attendant la reprise du procès dans l’après-midi.

Par Quentin Zinzius, (Reporterre), publié le 3 juin 2021 à 09h44, mis à jour le 4 juin 2021 à 11h08

https://reporterre.net/En-marge-du-proces-de-Bar-le-Duc-les-paysans-mobilises-contre-les-dechets-nucleaires

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
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SÛRETÉ NUCLÉAIRE : DES FRAGILITÉS QUI PERSISTENT DANS LA RÉGION DE LYON

 Dans son bilan 2020 présenté ce mercredi 2 juin, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a constaté 31 événements significatifs survenus sur des sites autour de Lyon. 

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a présenté ce mercredi 2 juin son bilan de l’année 2020 concernant l’inspection des sites industriels, de recherche ou encore des utilisations médicales du nucléaire à Lyon ainsi que dans l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les conclusions de l’ASN sont contrastées avec des appréciations globalement satisfaisantes entachées de fragilités qui persistent sur certains sites.

31 événements significatifs en 2020 dans la région

Caroline Coutout, cheffe de la division Lyon de l’ASN, le rappelle d’emblée : la division de Lyon est la plus importante de par la taille et la diversité du parc nucléaire. On y trouve en effet quatre centrales nucléaires exploitées par EDF, celle du Bugey (Ain), celle de Saint-Alban (Isère), celle de Tricastin (Drôme) et celle de Cruas (Ardèche). S’y ajoutent les nombreux sites industriels et de recherche de la région, la gestion des déchets nucléaires, le transport des substances radioactives et les établissements hospitaliers, nombreux là aussi, qui utilisent la technologie nucléaire pour effectuer certains soins.

Le secteur du nucléaire a également été impacté par la crise sanitaire et les confinements successifs. Les inspections de terrain de l’ASN ont de ce fait été moins nombreuses et parfois remplacées par le transfert de documents et des interviews à distance. Malgré ça, pour cette année 2020 l’ASN a recensé 31 événements significatifs, détaille Laurent Albert, chef du pôle du nucléaire de proximité :

« Ce chiffre est similaire aux années précédentes. Nous n’avons pas repéré de défaillance majeure en 2020. Nous avons recensé 31 événements significatifs dont un qui concerne un patient traité en radiothérapie sur une jambe et dont la deuxième jambe a été mal calée ce qui a lui provoqué une dermite sur un orteil, sans conséquence pour la personne. Les 30 autres événements de niveau 1 sont relatifs à des fragilités sur le respect des spécifications techniques d’exploitation. »

Des fragilités persistantes dans les centrales nucléaires de la région

Pour la centrale de Cruas, par exemple, l’ASN note « des fragilités dans les domaines de l’exploitation des réacteurs par rapport aux domaines de fonctionnement autorisés ». En clair, le site n’a pas entièrement suivi ce qui correspond au « code de la route » du nucléaire et a pu mal respecter, par exemple, les températures ou les pressions de rigueur. Le constat de l’ASN est identique pour la centrale du Bugey, pour celle du Tricastin et pour celle de Saint-Alban, dans une moindre mesure. Au Bugey et à Tricastin, ces « fragilités sur le respect des spécifications techniques d’exploitation » avaient déjà été pointées du doigt en 2019 par l’ASN.

Si l’Autorité de sûreté nucléaire note des améliorations, des progrès sont encore attendus concernant la gestion des déchets et la prévention de la pollution sur certains sites, explique Richard Escoffier, du pôle des réacteurs à eau pressurisée :

« Pour la centrale nucléaire du Bugey, les performances de sûreté nucléaire restent contrastées. Les fragilités déjà observées en 2019 persistent en 2020. Il y a des améliorations sur la prévention de la pollution de l’environnement mais encore des fragilités. Par exemple, il y a eu un déversement de substances qui ont pu être récupérées avant de contaminer l’environnement. »

Concernant les sites les plus anciens, en cours de démantèlement, les chantiers ont pris du retard à cause de la crise sanitaire. Le réacteur Superphénix par exemple, situé en bordure du Rhône à 30 km en amont de la centrale nucléaire du Bugey et arrêté définitivement en 1997, a donné quelques frayeurs avec un départ de feu signalé sur un chantier de démantèlement en 2020.

Un établissement hospitalier de la Loire mis en demeure

Un établissement hospitalier de la Loire a été mis en demeure par l’ASN cette année 2020. Il s’agit de l’Institut de cancérologie Lucien Neuwirth, situé à Saint-Priest-en-Jarez, à côté de Saint-Étienne. L’établissement est spécialisé dans la lutte contre le cancer et utilise la radiothérapie et la curiethérapie. L’institut avait éveillé l’intérêt de l’ASN en 2017 puis avait été mis en demeure fin 2019 « de se conformer à certaines dispositions réglementaires en matière d’organisation de moyens humains et de gestion des risques ».

En 2020, l’institut a présenté un plan d’action qui a permis une amélioration de la situation tout au long de l’année d’après l’ASN. L’établissement continuera cependant à être suivi de près en 2021.

L’Autorité de sûreté nucléaire a également dressé trois procès-verbaux sur l’année 2020, sans qu’on ne puisse savoir à quels sites ils ont été adressés pour le moment.

L’année 2021 s’annonce chargée. Plusieurs réacteurs des centrales nucléaires du Bugey ont passé – pour le moment avec succès – leur quatrième visite décennale en 2019 et en 2020. En 2021, ce sera au tour des réacteurs 4 et 5 du Bugey et du réacteur 2 de Tricastin. A l’issue de ces contrôles, ces réacteurs mis en service en 1979-1980 devraient rempiler pour dix années supplémentaires d’activité.

Par Oriane Mollare, publié le 03/06/2021 à 11h28

Photo en titre : La centrale du Bugey à Saint-Vulbas, à 30 km de Lyon et 70 km de Genève. Crédits : IG/Rue89Lyon.

https://www.rue89lyon.fr/2021/06/03/surete-nucleaire-des-fragilites-qui-persistent-dans-la-region-de-lyon/

PROCÈS BURE (2ème jour): SILENCES ET ESQUIVES PLOMBENT LA MANIFESTATION DE LA VÉRITÉ

Au deuxième jour du procès des militant·es de Bure, les prévenu·es ont gardé le silence, tout comme le procureur. Quant au juge d’instruction, cité comme témoin par la défense, il s’est réfugié dans le refus de commenter son ordonnance.

La journée a commencé par un silence. Ou plutôt sept silences : chaque prévenu·e a décidé de faire usage de son droit au silence lors de l’examen de personnalité. À l’inverse, la plupart des témoins appelés par la défense ont été plus volubiles. Sauf peut-être le premier, celui que la plupart attendait : Kevin Le Fur, ancien juge d’instruction de Bar-le-Duc qui a dirigé l’enquête ouverte en juillet 2017 après la dégradation de l’hôtel-restaurant le Bindeuil à Bure.

Un interrogatoire capital pour la défense qui fait corps pour démontrer les dérives de l’instruction visant sans le dire les idées politiques des sept prévenu·es, identifié·es comme opposant·es au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires. Si les faits retenus ne concernent plus que la manifestation non déclarée du 15 août 2017 qui a tourné en affrontements, l’accusation d’association de malfaiteur donne un tout autre ton à cette affaire.

À l’aise dans ce prétoire qui était son territoire, il a encaissé les questions des avocat·es car sa parade était toute trouvée : « Je ne commenterai pas mon ordonnance de renvoi », a-t-il répété en boucle pendant près d’1h30. La défense l’interroge longuement sur les moyens et le budget consacré à l’enquête qui a duré quatre ans. Une enquête fouillée de Reporterre et Médiapart (ici et ici) avait estimé à un million d’euros le coût de la géolocalisation, des perquisitions, des milliers d’heures d’écoutes, des balises posées sur des voitures, les contrôles routiers, l’utilisation du logiciel Anacrim…

Me Faro : Avez-vous bénéficié d’un budget illimité pour poursuivre toutes ces personnes ?

Kevin Le Fur : J’ai un budget illimité pour toutes instructions.

Parmi les moyens utilisés pour cette surveillance hors norme, l’utilisation d’imsi-catcher, des valises-espions qui happent les données téléphoniques présentes aux alentours. Une technologie rendue légale en 2016, dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Le juge d’instruction Kevin Le Fur avait autorisé la pose de ces capteurs en février 2018, lors d’une audience au tribunal de Bar-le-Duc concernant des personnes liées au mouvement anti-Cigéo.

Me Régley : Je vais vous dire le fond de ma pensée : je pensais que vous n’alliez pas venir. Quand je vous ai vu le premier jour, j’ai eu un espoir quant à la manifestation de la vérité. L’espoir est vite retombé. Nous sommes tous réunis ici pour la manifestation de la vérité. Pouvez-vous indiquer aux prévenu·es et au public ensuite, l’objectif de l’installation de ces imsi-catcher ?

Kevin Le Fur : De mémoire, cela a servi à faire avancer les investigations. Par principe, il n’y a pas d’obligation de résultat dans une investigation.

Progressivement, les avocat·es de la défense interrogent Kevin Le Fur sur les fondements politiques de l’enquête. « Pourquoi n’avez-vous pas dit aux gendarmes que les centres d’intérêts politiques de nos clients ne faisaient pas partie des éléments pour la manifestation de la vérité ? Pensez-vous que les prevenu·es comprennent les raisons pour lesquelles les gendarmes ont fouillé leurs idées politiques ? », interroge Me Kempf. Ferme, sûr de lui, mais pesant chacun de ses mots, Kevin Le Fur a répondu que « les gendarmes n’ont pas fouillé les idées politiques des prévenus. » « Ils ont mené les investigations sous mon contrôle avec un seul but : la manifestation de la vérité. »

Contrairement à Kevin Le Fur qui a donc refusé d’analyser, d’argumenter et même de défendre le dossier, le second témoin n’a pas hésité. Avec son recul d’historienne spécialiste des procès politiques depuis 1945, Vanessa Codaccioni l’affirme : « Dans ce procès, il n’y a jamais de malfaiteurs, il n’y a que des militants : il faudrait parler d’association de militants. » Elle précise :

Cette inculpation permet de neutraliser les individus avant qu’il ne passe à l’acte. Elle vise à criminaliser les idées et les appartenances politiques. Elle a des effets pernicieux : elle permet de pallier le manque de preuve. On arrête le plus grand nombre et la justice doit faire le tri. C’est le règne de la présomption de culpabilité.

À propos des interdictions de se rencontrer subies par les prévenu.es, la politologue, qui a aussi beaucoup suivi les procès des Gilets jaune, est catégorique : « C’est d’une extrême gravité, cela ne doit intervenir qu’après le jugement mais pas dans le cadre d’une enquête. Le but est d’empêcher de militer, d’avoir des liens affectifs. » D’une voix claire, elle explique que les procès politiques ne sont pas récents en France. « Mais auparavant, c’était reconnu, discuté par toutes les parties et l’amnistie politique existait. Aujourd’hui c’est fini et cela a laissé place à une criminalisation dépolitisante. »

Malgré l’avertissement du procureur de la République, la veille, sur le fait qu’il fallait rester sur le juridique et non émettre d’avis sur Cigéo ou le nucléaire, le sujet des déchets nucléaires s’est immiscé dans le prétoire. Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien ingénieur au CEA et membre de l’association Global chance, a commencé par rappeler à quel point la question des déchets nucléaires a toujours été secondaire puisque le plus important était l’usage militaire ou produire de l’électricité. Un cours d’histoire express pas vraiment au goût du juge qui demande à ce que les déclarations aient un lien avec le procès… Le scientifique, défenseur intraitable des alternatives à l’enfouissement des déchets nucléaires, affirme alors : « Il est normal qu’il y ait eu ces manifestations contestant cette solution mauvaise et imposée qu’est Cigéo. Il y a une légitimité éthique dans la protestation ! »

N’en déplaise au président, poursuivre des militant·es appartenant à une lutte qui dure depuis une trentaine d’années oblige à se replonger dans le passé. Car la façon dont le choix de la « solution miracle » de l’enfouissement a été fait, puis comment le territoire aux alentours de Bure a été acheté pour implanter ce qui devait rester un laboratoire de recherches géologiques, explique le terreau de cette lutte. Un historique que Claude Kayser a vécu dans sa chair puisqu’il est « entré en résistance » il y a 28 ans. « La moitié de mon âge ! », clame-t-il avec fierté. À la barre, l’ancien maire de Ménil- la-Horgne ne peut retenir l’émotion qui fait trembler sa voix lorsqu’il raconte la « corruption institutionnalisée ». « Je me suis senti humilié, sali, acheté, et trahi par ceux qui s’étaient portés candidats sans jamais nous consulter, nous, les petits élus locaux. Dans la vie d’un homme qui se bat pour un territoire, c’est extrêmement violent. »

Avec ses mots simples mais percutants, Claude Kayser décrypte le cercle vicieux enclenché : l’impuissance face au mur des institutions, la difficulté de s’exprimer, de s’opposer sur ce territoire peu peuplé et conservateur, le besoin d’un souffle nouveau de la lutte contre Cigéo, et le déni démocratique obligeant les opposants à créer un rapport de force :

Quand on s’exprimait, on était raillé, moqué, humilié… Ça donne de la colère ! Nous sommes vus comme des extrémistes, violents alors que pas du tout. La majeure partie des gens que j’ai rencontrés n’avait que de la paix en eux. Nous l’exprimons différemment mais nous avons tous la même colère ! J’aurai pu me retrouver sur le banc des accusés, j’aurai pu me retrouver malfaiteur parmi les malfaiteurs…

Par Vanina Delmas (texte et photos), publié le 3 juin 2021

https://www.politis.fr/articles/2021/06/proces-de-bure-silences-et-esquives-plombent-la-manifestation-de-la-verite-43263/

PROCÈS DE BURE (1er jour) : « AUCUNE PEINE NE SAURAIT FAIRE TAIRE MA RÉVOLTE CONTRE LE NUCLÉAIRE ET SON MONDE »

Mardi 1er juin s’est tenue la première journée du procès des militants contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo. Les sept personnes poursuivies pour association de malfaiteurs ont décidé de mener une défense collective pour politiser ce procès.

Les 1er, 2 et 3 juin se tient à Bar-le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Reporterre, présent sur place, fait le récit quotidien des audiences et des mobilisations de soutien aux prévenus.

Bar-le-Duc (Meuse), reportage

C’est un drôle de procès qui s’est ouvert mardi 1er juin à Bar-le-Duc (Meuse). Un procès où certaines parties civiles se sont désistées. Où la justice a dépensé 1 million d’euros pour surveiller des militants contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo. Où les prévenus ont décidé de ne pas répondre aux questions du tribunal. Où ils ont choisi de mener une défense collective. Où près de 800 personnes sont venues les soutenir dans leur combat.

Bref, un procès politique, n’en déplaise au président du tribunal, Sylvain Roux, qui a lancé un avertissement dès le début de l’audience : « Il ne s’agit ni d’une salle de spectacle ni d’une tribune politique. Le tribunal est très attaché à la sérénité des débats et n’hésitera pas à procéder à l’expulsion de la salle d’éventuels éléments perturbateurs. » Mais occulter le contexte de cette affaire relève d’un difficile exercice d’équilibriste comme le constate Me Raphaël Kempf, l’un des huit avocats des prévenus : « C’est un procès politique en raison de l’accusation et du comportement du parquet et de la justice qui visent à criminaliser des actions contre le nucléaire dans la Meuse. »

 Sept personnes comparaissent donc pour dégradation et vol en réunion, organisation d’une manifestation non déclarée, attroupement après sommation de dispersion, détention d’éléments entrant dans la composition d’engins incendiaires ainsi qu’association de malfaiteurs en bande organisée. Le président du tribunal a également évoqué l’incendie de l’hôtel-restaurant du Bindeuil le 21 juin 2017 ainsi que la dégradation de l’« écothèque » de l’Andra [1] en février de la même année. Mais aucun prévenu n’est poursuivi pour ces deux derniers faits, pour lesquels un non-lieu a été rendu. Seule l’organisation de la manifestation non déclarée du 15 août 2017 leur est reprochée. Ce jour-là, des affrontements entre les opposants à la poubelle nucléaire et les forces de l’ordre ont eu lieu ; des journalistes ont notamment été visés par les gendarmes, et un militant a été grièvement blessé. Reporterre a filmé et raconté cette journée.

« Face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître » 

Les prévenus ont décidé de ne pas répondre personnellement aux questions du tribunal, optant pour une défense collective : « Nous sommes dans un dispositif qui essaie d’individualiser des actes collectifs dont les responsabilités sont tournantes. Ainsi, face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître. Il n’est pas question d’être jugé individuellement car nos responsabilités sont collectives », expliquait à Reporterre l’un des sept prévenus. Certains ont en revanche choisi de lire un texte très personnel et émouvant, expliquant ce qu’ils ont subi pendant ces quatre années de procédure et sur les ressorts de leur engagement.

« Je continuerai à défier le nucléaire, Cigéo et leur monde. Face à leur obscure et violente puissance, aucune peine ne saurait faire taire ma révolte et briser mes irradieuses amitiés », a déclamé Angélique, l’une des prévenues. Elle également cité le géographe anarchiste Élisée Reclus : « L’homme vraiment civilisé doit comprendre que son intérêt propre se confond avec l’intérêt de tous et celui de la nature elle-même », disait le communard.

Florian, dont les parents travaillaient chez EDF, explique avoir attendu vingt-cinq ans avant de se questionner sur le nucléaire. Il a demandé à la fin de son discours si l’on pouvait éteindre les lumières de la salle d’audience. Joël a rappelé les 20 164 pages du dossier d’instruction qui détaille leurs « envies, leurs contradictions, accords et désaccords » et a posé une question : « Serez-vous les acteurs de cette généralisation et de l’extension des dispositifs judiciaires qui instituent progressivement une justice préventive et le délit d’intention ? »

« C’est une audience politique et nous voulions soutenir la cause en faisant valoir notre liberté de manifester » 

Est venue ensuite une litanie relatant quatre ans d’enquête contre les antinucléaires à Bure. Tout y passe, des numéros de téléphone à la lecture des SMS et des mails échangés dans le cadre de l’organisation de la lutte. Transparaissent aussi les doutes et les incertitudes des prévenus, comme lorsque Joël avoue qu’il ne se sent « pas grandi de ce 15 août. J’en sors plus affaibli que je ne l’ai jamais été (…) ». C’est pourtant sur lui, ainsi que sur Angélique et Florian, que pèsent le plus de charges. Ils sont notamment accusés de « contrôler » la Maison de résistance, à Bure, lieu qui aurait permis d’organiser cette manifestation du 15 août. Mais sont-ils pour autant responsables de la tournure prise par les évènements ? C’est tout l’enjeu du dossier.

« A-t-on jamais vu la CGT être poursuivie pour des dégradations commises en marge de manifestations qu’elles organisent en disantqu’elle ne pouvait ignorer que ? C’est pourtant la façon dont ils procèdent dans l’acte d’accusation. C’est une critique qui est politique dans son essence et qui reproche aux prévenus une modalité de lutte vis-à-vis de laquelle ils ne veulent pas se dissocier. S’ils organisent cette manifestation, ils ne le font pas en espérant que des dégradations soient commises, ils le font en espérant que l’attention publique soit attirée sur la question de l’enfouissement des déchets nucléaires », explique Me Matteo Bonaglia, l’un des avocats de la défense.

Si les prévenus ont décidé de ne pas répondre aux questions du tribunal, ils ont également choisi de sécher le début de l’audience du mardi après-midi afin de participer à la manifestation qui était organisée pour les soutenir. Le tout en compagnie de six de leurs huit avocats. « C’est une audience politique et nous voulions soutenir la cause en faisant valoir notre liberté de manifester », explique Me Muriel Rueff, l’une des avocates. Ainsi, la salle d’audience était bien vide à la reprise des débats vers 14 heures. Après avoir terminé la lecture de l’ensemble des charges, le président du tribunal semblait presque un peu perdu, faute de personnes à interroger.
« Est-ce qu’on sait à quelle heure vont revenir les prévenus ?
— La manifestation doit revenir vers 16 heures
, lui répond un avocat de la défense.

— Il me semble qu’on prend en otage votre juridiction, Monsieur le président, s’emporte le procureur. Or, vous êtes très à l’écoute de la défense. Et la seule obligation qu’on vous impose c’est de suspendre l’audience et d’attendre qu’ils reviennent. »

Ladite audience a finalement été suspendue et reprendra mercredi 2 juin. « Cela prouve qu’ils [les juges] n’ont déjà plus rien à dire », conclut l’un des avocats.

Par Laury-Anne Cholez (Reporterre), publié le 2 juin 2021 à 09h53, mis à jour le 3 juin 2021 à 15h01

Les 4dessins sont de  Grégory Mardon/La Revue dessinée ©

https://reporterre.net/Proces-de-Bure-Aucune-peine-ne-saurait-faire-taire-ma-revolte-contre-le-nucleaire-et-son-monde

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« SUR LES DÉCHETS NUCLÉAIRES, NOUS SOMMES DÉJÀ EN TRAIN DE DÉPLACER LE PROBLÈME SUR TROIS GÉNÉRATIONS »

Le nucléaire peut-il être classé comme une énergie durable ? Jan Haverkamp, expert pour Greenpeace, a répondu à la question à l’aide de 26 critères de soutenabilité : émissions de CO2, transparence financière, ou encore renforcement de la démocratie.

En France, les partisans du nucléaire défendent volontiers que l’énergie atomique serait une solution à la crise climatique, les centrales nucléaires émettant très peu de CO2. À Bruxelles, l’Union européenne étudie en ce moment si elle classera – ou non – le nucléaire parmi les énergies dites « soutenables ». C’est l’enjeu de ce qui s’appelle en langage bureaucratique européen la « taxonomie verte » ou « taxonomie durable » : établir la liste des activités vertes qui contribuent à la transition écologique.

Derrière, il est question d’argent : l’objectif de cette taxonomie est de définir quelles activités pourront faire l’objet de financements publics dans le but atteindre la neutralité carbone en 2050. L’outil pourrait ainsi changer la donne en matière d’investissements dans les différentes énergies. La taxonomie établit six objectifs environnementaux : promouvoir l’économie circulaire, éviter et contrôler la pollution, protéger la biodiversité, protéger les ressources aquatiques et marines, atténuer le changement climatique et s’y adapter. Pour qu’un investissement soit qualifié de vert, il doit contribuer à l’un d’eux et ne pas causer de préjudice aux cinq autres [1].

Dans cette perspective, le nucléaire peut-il être considéré comme une énergie soutenable ? Pour répondre à cette question, Jan Haverkamp, expert énergétique et nucléaire pour Greenpeace, a soumis l’énergie nucléaire à 26 critères de soutenabilité. Ceux-ci touchent au volet technique de la production – émissions de CO2, risques d’accident aux conséquences majeures, déchets… Ils s’étendent aussi aux aspects économiques, sociaux et politiques : transparence des financements, effets sur la concentration du pouvoir, charge financière aux futures générations, renforcement de la démocratie, pas de contribution aux tensions militaires….

Entretien

Basta !  : Comment avez-vous établi les 26 critères de soutenabilité des énergies ?

Jan Haverkamp [2] : Nous nous sommes basés sur les critères de soutenabilité du rapport Brundtland [le rapport qui a créé la notion de développement durable, au moment du Sommet de la Terre de 1992, ndlr] et sur le principe de « ne pas causer de préjudice » acté dans le Pacte vert (Green deal) européen. Sur ces bases, il est rapidement devenu clair que ces critères de soutenabilité ne concernent pas seulement des questions environnementales et techniques, mais aussi des questions financières, sociales et politiques. Les aspects financiers n’étaient pas très présents au début des débats sur la soutenabilité des énergies. Ils ont pris de plus en plus d’importance ces quinze dernières années. Car si vous faites quelque chose aujourd’hui qui va ruiner l’économie pour la prochaine génération, cela pose évidemment un problème.

J’ai examiné, avec ces critères, les installations nucléaires déjà en marche, les nouveaux réacteurs de design existant, comme les EPR, et les nouvelles centrales basées sur de nouveaux designs en projet, c’est-à-dire les « petits réacteurs modulaires » [Small Modular Reactor en anglais ou SMR, ndlr]. J’ai aussi étudié les alternatives au nucléaire, c’est à dire les énergies renouvelables, pour voir où sont les différences. Car même si vous regardez le dernier scénario que l’Agence internationale de l’énergie a publié en mai, l’énergie nucléaire y joue toujours un rôle à l’horizon 2050, mais qui reste marginal au niveau mondial. Tout le reste est couvert par les énergies renouvelables. Nous pensions donc qu’il était important de prendre aussi au sérieux la question de la soutenabilité des énergies renouvelables, parce qu’il y a quelques aspects dans le développement des renouvelables qui nous préoccupent.

L’une des conclusions de ce travail, qui n’était pas une surprise pour moi après avoir travaillé plus de trente ans sur l’énergie nucléaire, c’est que l’énergie nucléaire ne remplit aucun de ces critères de soutenabilité. On nous a dit « vous être très négatifs », mais j’ai réalisé cet exercice avec un esprit ouvert et je dois dire honnêtement que le nucléaire ne remplit pas ces critères. Donc, affirmer que l’énergie nucléaire serait soutenable d’une manière ou d’une autre, a fortiori renouvelable, est faux.

Parmi les critères, vous étudiez la relation entre le nucléaire et la démocratie. Ce qui est en général peu discuté, notamment en France…

Hors de France, l’exemple français est pris pour montrer que Robert Jungk par exemple avait raison dans son livre L’État atomique [3]. Le besoin en France d’avoir la « force de frappe » nucléaire et l’infrastructure nucléaire civile est une force motrice de la centralisation du pouvoir. La France a aussi des expériences de décentralisation dans les questions environnementales, par exemple pour la gestion des bassins hydrographiques. Mais le nucléaire en est exclu, alors que l’usage de l’eau de ces bassins est important pour les centrales [pour le refroidissement des réacteurs, ndlr]. Un autre exemple de la décentralisation en France, ce sont les commissions locales d’information [mises en place dans les années 1980 autour des installations nucléaires, elles réunissent élus, représentants d’associations et de syndicats, ndlr]. Mais le pouvoir ne se trouve pas entre leurs mains, il reste centralisé.

Je travaille pour Greenpeace depuis 1980, et j’ai perdu un ami, Fernando Pereira, dans l’attaque du Rainbow Warrior en 1985 [le Rainbow Warrior était un navire de Greenpeace, coulé en 1985 au large de la Nouvelle-Zélande, dans une attaque perpétrée par les services secrets français, alors que le navire se rendait vers l’atoll de Mururoa pour protester contre les essais nucléaires français, ndlr]. J’ai tout à fait conscience que le système de sécurité français est lié au secteur nucléaire. En France, on ne le voit pas, c’est l’environnement quotidien, mais le secteur de la sécurité est exacerbé à cause de l’activité nucléaire. On a la même chose au Royaume-Uni. Une question centrale aujourd’hui outre-Manche est pourquoi le pays poursuit-il le projet d’Hinkley Point C [projet d’extension d’une centrale nucléaire avec deux réacteurs EPR, construits par EDF, ndlr], alors que cela coûte très cher. La réponse tient au programme nucléaire militaire britannique, Trident. Il leur faut maintenir les compétences pour leurs forces nucléaires. Une grande partie du savoir du secteur nucléaire militaire vient du secteur nucléaire civil. Ce lobby est fort.

Le nucléaire exige des structures centralisées aussi du point de vue des besoins en capital. Par exemple, la Pologne veut se doter de deux centrales nucléaires. L’idée initiale était qu’elles soient développées par PGE, l’entreprise polonaise publique d’électricité, avec une participation de deux autres entreprises publiques et d’une entreprise minière. Mais ce n’est toujours pas suffisant pour prendre en charge le risque financier. Cela ne changera pas avec de petits réacteurs modulaires SMR, car il faudra des usines qui pourront les produire. Les pays qui vont développer ces usines donneront le ton. Et il s’agira là aussi d’une forme de centralisation du pouvoir.

Les énergies renouvelables excluent-elles vraiment cette centralisation ?

L’éolien offshore ne peut pas vraiment être décentralisé. Dire que les énergies renouvelables conduiront automatiquement à une décentralisation n’est donc pas vrai. Mais la transition vers les énergies renouvelables offre l’opportunité d’une grande décentralisation, même si certaines parties des infrastructures seront toujours gérées de manière centralisée. Dans les quatre pays européens où les énergies renouvelables se sont le plus développées – Danemark, Allemagne, Portugal et Espagne – cela s’est fait de manière décentralisée, par des petites entreprises énergétique, par les régies municipales d’électricité ou des petites coopératives. Ces acteurs ont créé une dynamique politique décentralisée si forte que, lorsque les grands groupes énergétiques allemands ont tenté de remettre en cause la loi de transition énergétique en 2010, ils n’ont pas pu. La pression des coopératives et des élus locaux était trop forte. La décentralisation est aussi très importante dans le scénario de transition énergétique développée par négaWatt pour la France.

Sur la question des sites d’enfouissement des déchets radioactifs, certains pays ont-ils mis en place des procédures réellement participatives ?

Le problème des déchets nucléaires a été nié jusque dans les années 1970. Avant, il était dit que tous les déchets pouvaient être réutilisés. En fait, c’est évidemment beaucoup plus compliqué. Quand le problème est apparu clairement, la réponse a été centraliste et technocratique. La quasi absence de discussion publique sur le sujet des déchets nucléaires a conduit à une impasse politique dans les années 1990 et qui continue aujourd’hui. La conclusion qu’on ne pouvait pas gérer ce problème sans la participation de la population n’a commencé à s’imposer qu’au début des années 2000, où des tentatives d’inclure les populations locales se sont mal passées au Royaume-Uni, parce que les gens ont vu qu’ils étaient manipulés.

Aujourd’hui, des pays essaient de faire les choses autrement, dont l’Allemagne. Outre-Rhin, les discussions sur les sites d’enfouissement ont été, au début, très techniques, ce qui a conduit au désastre du site d’Asse [autrefois présentée comme un site de stockage modèle, cette ancienne mine s’est en fait retrouvée infiltrée d’eau, les fûts radioactifs déjà stockés sur le site doivent en être retirés, ndlr]. En Allemagne, il y a maintenant une tentative de recommencer une discussion publique sur les déchets, mais avec des ombres au tableau. Car la discussion définit déjà le site d’enfouissement géologique profond comme le meilleur moyen de stocker les déchets, alors qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur le sujet. Il y a un consensus sur le fait que cela pourrait être un moyen, mais qu’il existe aussi de nombreuses incertitudes. Donc il faut aussi chercher un plan B, et être conscient du fait que nous sommes déjà de facto en train de déplacer le problème sur trois générations. Ce qui est moralement inacceptable.

Ces questions doivent aussi être discutées quand on parle de la soutenabilité de l’énergie nucléaire. Le problème des déchets n’est résolu nulle part, pas même en Finlande. Si le premier site finlandais d’enfouissement fonctionne, à Onkalo, ce que j’espère, il ne pourra pas accueillir tous les déchets, il faudra en trouver un second. Et on ne sera jamais en état de résoudre la question de l’interférence humaine, de gens qui creuseront peut-être dans des centaines d’années pour trouver du plutonium dans ces sites.

Parmi les critères de soutenabilité de l’UE, il y a celui de ne pas causer de préjudice. On en cause avec le nucléaire, car on transmet aux générations suivantes la gestion et le problème des déchets, pour lequel nous n’avons pas de solution aujourd’hui.

Quels effets cela aura-t-il si l’Union européenne exclut le nucléaire des énergies dites durables ?

Si le nucléaire est exclu de la taxonomie, cela aura des effets sur les financements à l’énergie atomique. Et aura donc pour conséquences la fermeture à terme des centrales, qu’il n’y en aura pas de nouvelles, et que les petits réacteurs modulaires SRM seront utilisés seulement pour la science fondamentale, pas pour produire de l’énergie. En 2050, on verra peut-être encore un ou deux EPR en service, peut-être celui de Flamanville s’il fonctionne un jour. Ce sera tout. La France a cet objectif de 50 % de nucléaire pour 2035, mais il faudrait aussi fixer bientôt les prochains objectifs, d’ici 2045. Et la fin de Flamanville en 2065 au plus tard. Si on prend ces décisions dans les années qui viennent, ce sera aussi plus facile de préparer les infrastructures nécessaires.

Recueilli par Rachel Knaebel, publié le 2 juin 2021

Photo en titre: CC Aurélien Glabas via flickr.

Pour retrouver cet article et voir la liste des 26 critères, cliquer sur: https://www.bastamag.net/nucleaire-energie-soutenable-emissions-de-CO2-dechets-radioactifs-green-deal-greenpeace

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LE PROCÈS « BURE » S’OUVRE SUR FOND DE LUTTE POLITIQUE

Le président du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc a suspendu l’audience, mardi 1er juin après-midi, alors que les sept prévenus étaient partis manifester contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires en Meuse.

Les bancs des prévenus sont vides au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, dans la Meuse. Et pour cause : au premier jour de leur procès, mardi 1er juin, pour « association de malfaiteurs » et « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée », les sept opposants au projet d’enfouissement, à l’horizon 2035, de déchets radioactifs sur la commune de Bure sont partis manifester dans les rues du centre-ville avec plusieurs centaines de membres du mouvement de contestation antinucléaire.

Lire aussi : Ouverture du procès des opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Article réservé à nos abonnés)

Manifestement embarrassé, le président du tribunal, Sylvain Roux – après avoir lu l’épaisse ordonnance de renvoi de 180 pages – s’est résolu à suspendre les débats jusqu’au lendemain plutôt que d’attendre le retour des prévenus. Il est alors 15 h 30 dans la salle d’audience quasiment déserte du petit palais de justice.

« M. le président, il me semble que l’on prend quand même en otage votre juridiction, assène, agacé, le procureur de la République de Bar-le-Duc, Sofian Saboulard. Maintenant, il faut attendre le retour des prévenus pour les interroger. Ce n’est pas le cours normal de la justice. »

« État policier »

Dans la matinée, le président n’avait pas autorisé les prévenus à prolonger leur pause méridienne pour participer au cortège avec leurs avocats : « Ce n’est pas l’extérieur qui doit dicter ce qui se passe dans un tribunal. Nous avons fixé un calendrier : l’audience est prévue sur trois jours. »

À l’ouverture du procès, les débats ont donc été complètement éclipsés par le rassemblement festif, au pied du palais de justice, des opposants à l’installation par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) d’un centre industriel de stockage géologique de déchets radioactifs (Cigéo). Dans une ambiance de kermesse, les prévenus, le poing levé, ont été ovationnés par les militants antinucléaires massés sur la place Saint-Pierre, où des stands étaient dressés. Vêtue de violet, la couleur des opposants au projet Cigéo, la foule a dénoncé « l’État policier » et réclamé « la fin du nucléaire ».

« Attaché à la sérénité des débats », le président du tribunal a émis en vain le souhait, dans son préambule, que l’audience ne se transforme « ni en spectacle ni en tribune politique ». Stoïque derrière son masque, M. Roux a menacé de « procéder à l’expulsion de la salle des éventuels éléments perturbateurs ». « Nous sommes là pour débattre de qualifications pénales et pas de nucléaire ou du projet Cigéo », a insisté, pour sa part, le représentant du ministère public.

Tour à tour, les sept prévenus (trois femmes et quatre hommes âgés de 28 à 48 ans) ont défilé à la barre pour planter le décor. S’ils ont lu une courte déclaration, les opposants ont annoncé qu’ils garderaient le silence durant l’audience, adoptant ainsi la même attitude que lors de l’instruction, ouverte à l’été 2017 et marquée par la mise en place d’un imposant dispositif d’écoutes téléphoniques.

« Pièce de théâtre »

Coprésident de l’association Bure Zone Libre au moment des faits incriminés et figure de l’opposition au projet d’enfouissement des déchets radioactifs, J.D., 38 ans, s’est livré à une charge virulente contre « le système judiciaire ». « La mouvance anti-Cigéo est présumée coupable », a lancé le trentenaire, soupçonné d’avoir organisé une manifestation illicite le 15 août 2017, lors de laquelle des affrontements ont éclaté entre les militants antinucléaires et les forces de l’ordre.

« Un représentant de l’État m’a dit un jour : “On n’a pas droit de lutter en France contre le nucléaire, s’attaquer au nucléaire, c’est s’attaquer à l’État” », a clamé de son côté F.L.M., 32 ans, pilier de la Maison de la résistance de Bure, le quartier général du mouvement. « Cette instruction n’a ni queue ni tête. Je n’ai aucune envie d’assister à cette pièce de théâtre », a fulminé K.F., 33 ans, placé en détention provisoire « durant sept mois » pour avoir violé son contrôle judiciaire. « Dehors, il s’en joue une plus joyeuse à laquelle j’aimerais participer. »

Au pied du palais de justice, sous un soleil de plomb, la foule galvanisée a demandé au tribunal de « relaxer » les sept prévenus.

Par Rémi Dupré (Bar-le-Duc, envoyé spécial), publié le 2 juin 2021 à 09h51, mis à jour à 11h04

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/06/02/le-proces-bure-s-ouvre-sur-fond-de-lutte-politique_6082490_3224.html

STÉPHANE BERN PREND LA DÉFENSE DU PATRIMOINE NUCLÉAIRE FRANÇAIS

De facto, en critiquant les éoliennes, Bern défend le parc nucléaire français que ces éoliennes contribuent à faire disparaitre. Il est irresponsable d’utiliser sa notoriété pour mettre son pays en danger.

Je l’entends déjà faire l’apologie de ces « majestueuses centrales qui comme la Tour Eiffel sont toujours là bien au-delà du temps de vie qui était prévu lors de leur édification« , ou encore ces centrales « qui aspirent l’eau de nos rivières pour recracher vers le ciel de magnifiques nuages qui représentent la puissance de l’homme face à la nature... » sans du tout expliquer qu’il s’agit là d’une puissance maléfique et mortifère.

Englué dans un lyrisme déplacé, Bern attend sans doute un Fukushima made in France, de telle sorte que les cathédrales, les châteaux et autres merveilles du patrimoine soient saupoudrées de particules nucléaires rayonnantes qui éloigneront à jamais les touristes et empêcheront les visiteurs de s’y intéresser autrement qu’en images télévisées. 

Si encore, Bern avait expliqué qu’il préfère les panneaux photovoltaïques aux éoliennes, on aurait compris qu’il se préoccupe du réchauffement climatique et du risque nucléaire, mais qu’il a quelques soucis esthétiques à propos des éoliennes … dont la vue rassure pourtant bien des esprits raisonnables même en France.

Mais non, tel un enfant gâté et imbu de lui-même, il utilise sa notoriété pour sortir de son domaine de compétence et critiquer ceux qui travaillent à sortir l’Humanité de la peste nucléaire et de l’enfer du réchauffement climatique.

Bern ferait bien de sortir un peu du confort de ses livres d’histoires (qui glorifie aussi le dictateur que fut Napoléon*) pour rencontrer les gens qui ont vécu les graves épopées du XXIème siècle, comme Naoto KAN, le héros de Fukushima, un pro-nucléaire devenu le plus crédible des anti-nucléaires.

Stéphane Bern vient de dégringoler bien bas dans mon estime. Dorénavant, je le regarderai comme un érudit volubile, mais irresponsable voire dangereux, qui peut abuser de son pouvoir pour tenter d’imposer ses opinions nostalgiques, simplistes** et mortifères.

* Comme l’écrivait hier Vue de Genève sur un autre blog, « C’est un peu comme l’héritage napoléonien, beaucoup se rengorgent des batailles, certains regrettent le rétablissement de l’esclavage, mais les millions de morts de toutes ces batailles, les millions d’estropiés ont aussi participé aux haines qui ont créé trois guerres franco-allemandes successives et l’abomination hitlérienne. » Napoléon est d’abord un salopard et un tyran qui a gâché la vie de ses contemporains dans toute l’Europe.

** Je n’imagine même pas que Bern puisse évoquer la révolution de l’hydrogène renouvelable qui est en voie de changer l’Histoire du monde

Note : Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction. (Ni Nucléaire Infos).

Par Jean-Lucien HARDY, publié le 1er juin 2021

https://blogs.mediapart.fr/jean-lucien-hardy/blog/010621/stephane-bern-prend-la-defense-du-patrimoine-nucleaire-francais

APRES UNE ENQUÊTE DÉMESURÉE, SEPT ANTINUCLÉAIRES EN PROCÈS À BAR-LE-DUC

Les 1er, 2 et 3 juin se tient à Bar-Le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Mais au terme d’une impressionnante enquête judiciaire de quatre ans, on ne leur reproche que l’organisation d’une manifestation non déclarée.

C’était le 21 juin 2017. Depuis un an, les militants contre le site d’enfouissement des déchets nucléaire Cigéo occupaient le Bois Lejuc, à Mandres-en-Barrois, dans la Meuse. Un bois que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) souhaite défricher pour y creuser des puits de ventilation pour les futurs colis de déchets nucléaires très radioactifs. Elle veut les enterrer à 500 mètres sous terre. Les militants avaient décidé de célébrer cet anniversaire avec un rassemblement festif baptisé « goûter interminable ».

Vers 6 h 30 du matin, trois à sept personnes se sont détachées d’un groupe d’une quarantaine de membres qui se dirigeait vers le laboratoire de l’Andra, à Bure. Ils ont pénétré dans l’hôtel-restaurant du Bindeuil, connu pour héberger du personnel de l’agence, brisant des vitres et renversant des meubles. Selon François Maltrud, le gérant du Bindeuil interrogé à l’époque par France Bleu, les militants auraient répandu le contenu d’une bouteille d’essence avant d’y mettre le feu. Un départ d’incendie immédiatement maîtrisé par le cuisinier présent sur place. L’établissement a pu rouvrir le lendemain, malgré des dégâts que François Maltrud estimait à « plusieurs dizaines de milliers d’euros ».

L’incendie qui enflamme la machine judiciaire

Selon le dossier juridique consulté par Reporterre et Mediapart, sur les treize clients hébergés à l’hôtel ce soir-là, seuls trois avaient décidé de porter plainte — dont deux sans se constituer partie civile après l’ouverture de l’information judiciaire — malgré les nombreuses relances des enquêteurs. « Je n’ai subi aucun préjudice moral ou financier. Mon entreprise n’a subi également aucun préjudice », avait répondu un client à un gendarme qui le relançait pour savoir s’il souhaitait porter plainte.

Mais cet incendie a été le point de départ d’une machine judiciaire d’une ampleur inédite lancée contre la lutte antinucléaire à Bure. Selon l’enquête menée par Reporterre et Mediapart, près d’un million d’euros d’argent public ont été dépensés pour, entre autres activités, mettre sur écoute 29 personnes et enregistrer l’équivalent de seize années de conversations, soit plus de 85 000 conversations et messages.

Quelques affiches ont été parsemées aux alentours du palais de justice de Bar-le-Duc par les opposants à Cigéo en prévision du procès. © Laury-Anne Cholez/Reporterre

Le 28 juillet 2017, un mois après l’incendie de l’hôtel, une information judiciaire a ainsi été ouverte contre X sur des chefs d’accusation de « dégradation par moyens dangereux et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement ». Mais cela ne semblait pas suffisant. Après six mois d’enquête, le 14 décembre, le juge d’instruction a décidé d’ajouter au dossier, par un réquisitoire supplétif, la manifestation qui s’était déroulée le 15 août 2017. Une mobilisation qui s’était soldée par des affrontements avec les forces de gendarmerie et avait été violemment réprimée. Un militant, Robin P., avait été mutilé au pied par une grenade.

Enfin, le 2 mai 2018, un autre événement a été ajouté au dossier : la dégradation de l’écothèque qui avait eu lieu en février 2017. Ce bâtiment appartenant à l’Andra est destiné à conserver des échantillons de l’environnement. Durant une manifestation, son grillage avait été mis à terre et quelques pierres avaient volé sur les vitres. Sur la route, une barricade avait été érigée et enflammée. Les activistes voulaient ainsi dénoncer le rôle d’écoblanchiment (greenwashing) de cette écothèque.

20 000 pages de dossier pour sept prévenus

En définitive, après quatre années d’enquête, 25 perquisitions et 20 164 pages de dossier d’instruction, sept personnes se retrouvent au tribunal. Elles sont notamment accusées de « complicité de détention d’explosifs relativement aux artifices employés à l’encontre des forces de l’ordre pendant la manifestation » et surtout de « participation à une association de malfaiteurs ». Un délit puni de cinq à dix ans d’emprisonnement.

Mais en dépit d’intenses recherches — à grands renforts de prélèvements ADN —, l’enquête n’a pas été en mesure de déterminer les responsables de l’incendie de l’hôtel-restaurant du Bindeuil et de la dégradation de l’écothèque. Un non-lieu a donc été rendu sur ces deux affaires le 8 avril dernier, le juge d’instruction ayant estimé qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments contre les personnes mises en examen pour justifier leur renvoi devant le tribunal correctionnel. En somme, malgré les moyens déployés, dix contrôles judiciaires très stricts, pendant deux ans, pour les militants, la perquisition d’un de leur avocats, les antinucléaires se retrouvent aujourd’hui face à la justice pour une manifestation non déclarée… qui n’était pas interdite.

Me Ambroselli et ses avocates à la sortie victorieuse du tribunal de Bar-le-Duc, le 25 juin 2018. © Mathieu Génon/Reporterre

« Quand on se donne autant de moyens pour mener une telle enquête, c’est frustrant de se dire qu’il n’y a rien sauf une manifestation un peu chahutée. Pourtant, dans leur réflexion, les enquêteurs ont estimé que le point commun entre tous ces gens, c’était la Maison de résistance. Mais pour établir la bande organisée, il faut savoir qui donne les ordres et distribue les rôles. C’est ce qui leur manque dans le dossier et c’est pourquoi on leur reproche des choses aussi disparates, enrobées de circonstances aggravantes », explique l’un des sept avocats des prévenus. « Ils ont créé une fiction pour donner l’impression d’avoir démantelé une organisation dangereuse. En attendant, l’incendie, qui est l’élément qui initie l’enquête, s’est totalement dégonflé. »

D’ailleurs, l’Andra ne participera même pas au procès. « Nous ne sommes plus partie civile car ce procès ne concerne pas des dégradations subies par l’Andra. C’est une atteinte à l’ordre public. Cela ne nous concerne pas », explique l’agence à Reporterre.

Le conseil départemental de Haute-Marne, autre partie civile dans ce dossier, semble également bien embarrassé. Durant la manifestation du 15 août, des panneaux de signalisation ont été arrachés et la route a été un peu abîmée. La procédure habituelle veut que l’institution porte l’affaire devant le tribunal pour dégradation du domaine départemental, ce qui arrive parfois lorsque des agriculteurs endommagent la chaussée avec leur tracteur. « Mais on se retrouve aujourd’hui dans un jugement au pénal qui dépasse largement le cadre de notre préjudice subi, estimé à moins de 10 000 euros. Il y a de fortes chances pour que notre demande de partie civile n’aboutisse pas. D’autant qu’il n’a pas été possible d’identifier les auteurs », explique à Reporterre Adrien Guéné, le directeur de cabinet du conseil départemental. Il n’attend donc rien du procès et semble presque un peu gêné d’apparaître dans ce dossier.

« Face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître. »

Pour la justice, il faut trouver des coupables et mettre des noms sur les chefs d’accusation. Face à cela, les sept militants et militantes ont fait le choix de construire une défense collective. « Nous sommes dans un dispositif qui essaie d’individualiser des actes collectifs dont les responsabilités sont tournantes. Ainsi, face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître. Il n’est pas question d’être jugé individuellement car nos responsabilités sont collectives », dit à Reporterre l’un des sept prévenus.

En effet, l’association de malfaiteurs est une accusation politique, selon le réseau d’autodéfense juridique collective RAJ. « Elle vise explicitement à terroriser, à défaire les liens, et à dissuader les opposant.es de s’engager », explique son communiqué. Prêter sa voiture, participer à l’achat de tissu avant une manifestation, avoir ses empreintes sur une bouteille plastique, son ADN sur une écharpe, être copropriétaire ou cogérant d’un lieu collectif où sont trouvées des fusées d’artifice : tout devient présomption de culpabilité, de complicité, et donc de participation à cette association de malfaiteurs. « L’objectif est clairement de s’en prendre aux structures qui permettent à nos luttes de vivre et de se défendre, à toutes ces petites ou grandes solidarités qui font vivre nos luttes. »

Du grand banditisme au mouvement social

Ce n’est pas la première fois que l’association de malfaiteurs est utilisée à l’encontre de militants. On se souvient de l’affaire de Tarnac ou encore des procès contre les Gilets jaunes. « Historiquement, cette infraction est liée à la criminalité organisée et au grand banditisme, expliquait à Reporterre Me Anis Harabi, avocat à Paris. Mais elle est de plus en plus utilisée contre le mouvement social. »

La Maison de la résistance, à Bure, en février 2020. © Lorène Lavocat/Reporterre

À Bure, l’acharnement judiciaire, doublé d’une forte répression policière, a désorganisé le mouvement entraînant le départ — de gré ou de force — d’un grand nombre d’activistes. Car depuis 2017, un escadron de gendarmes mobiles est chargé de surveiller le territoire : 75 gendarmes y patrouillent jour et nuit, 24 heures sur 24. Une surveillance dont les coûts — une dizaine de millions d’euros par an — sont pris en charge par l’Andra et qui pèse lourdement sur la vie quotidienne des habitants. La Ligue des droits de l’Homme a d’ailleurs remarqué dans un rapport que « les contrôles d’identité permanents et répétés portent atteinte aux libertés individuelles » et ne peuvent « que déboucher sur des incidents ».

Mais depuis quelque temps, de nouvelles personnes tentent de relancer la dynamique. Plusieurs évènements sont d’ailleurs prévus cet été, comme la troisième édition du festival des Bure’lesques et le campement antinucléaire Les Rayonnantes. En attendant, le procès du 1ᵉʳ au 3 juin qui aura lieu à Bar-le-Duc, et que Reporterre racontera dès mercredi 2 juin, sera animé par de nombreux événements, prévus pour permettre aux opposants de rassembler leurs forces et de profiter d’une tribune médiatique. « La victoire serait un réel camouflet et une prise de conscience par l’opinion publique des dérives de l’institution judiciaire. Car jamais nous n’avons observé un tel dévoiement des outils judiciaires au service de la préservation des intérêts du nucléaire », constate l’un des sept avocats.

Par Laury-Anne Cholez (Reporterre), publié le 1er juin 2021 à 09h56, mis à jour le 2 juin 2021 à 11h07

https://reporterre.net/Apres-une-enquete-demesuree-sept-antinucleaires-en-proces-a-Bar-le-Duc

DANS LA LOIRE, LES DÉCHETS RADIOACTIFS MENACENT LA RIVIÈRE DE LA BESBRE

Le territoire français compte plus de 250 anciennes mines d’uranium réparties sur 27 départements. Si la dernière a fermé il y a maintenant 20 ans, la contamination radioactive de l’environnement reste préoccupante autour de très nombreux sites, notamment dans la Loire.

À Saint-Priest-la-Prugne, village du département de la Loire, plus de 6 900 tonnes d’uranium ont été extraites de 1955 à 1980 sur le site minier dit Bois Noirs Limouzat. Ce chiffre est l’un des plus élevés parmi les sites français d’extraction du minerai d’uranium.

Le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), puis Areva, multinationale française spécialisée dans les métiers du combustible nucléaire, ont exploité sur le site plusieurs mines. L’exploitation a cessé en juillet 1980, mais la contamination du site perdure.

Entreposage des résidus radioactifs dans le grand bassin

Le lac artificiel « Grand Bassin » de Saint-Priest-La-Prugne est alors utilisé pour stocker 1,3 million de tonnes de résidus radioactifs issus de l’ancienne usine d’extraction de l’uranium.

Lors de débordements du lac, les eaux contaminées par ces résidus radiotoxiques se sont régulièrement écoulées dans La Besbre, une rivière de 106 kilomètres qui coule à Saint-Priest-la-Prune, menaçant et mettant en péril la santé des habitants.

Les rejets radioactifs liquides des installations d’Areva continuent aujourd’hui à polluer la rivière. L’étude conduite en 2014 par le laboratoire de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, basée à Valence, dans la Drôme) montre que les mousses aquatiques sont contaminées par l’uranium et le radium 226, jusqu’à 30 kilomètres en aval de l’ancienne mine.

Des valeurs 3 000 fois supérieures à la normale

Dans la zone de rejet, les mousses sont tellement contaminées que l’on peut les qualifier de « déchets radioactifs » (300 000 Bq/kg sec en radium 226, des valeurs 3 000 fois supérieures à la normale).

Le combat mené par le Collectif Bois Noirs et la Criirad a contribué à ce que l’administration impose à Orano (ex-Areva) des travaux pour traiter les eaux avant débordement. Résultat : Orano a finalement mis en service une nouvelle station de traitement des eaux contaminées avant rejet, en cas de risque de débordement du lac.

Une station sous-dimensionnée

Ces déchets radioactifs, dont la durée de vie se situe autour de 4,5 milliards d’années selon Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et directeur du laboratoire Criirad, soumettent les habitants à des radiations plus élevées que la dose normale et à des risques accrus de maladies, telles que le cancer. Pour cet expert, la contamination du site des Bois Noirs peut également créer un détriment financier sur le long terme pour les habitants, qui résident sur ces sites contaminés.

Malgré tout, en début d’année 2021, le Collectif Bois Noirs a signalé de nouveaux débordements en raison d’un sous-dimensionnement de la nouvelle station.

Pour la Criirad, “les citoyens et les élus locaux concernés doivent prendre conscience de ces réalités et faire pression sur les autorités pour qu’elles exigent de l’industriel le traitement de ces pollutions ».

Par Coppelia Piccolo, publié le 1er juin 2021 à 17h40

Photo en titre : L’ancien site minier des Bois Noirs Limouzat, situé sur la commune de Saint-Priest-la-Prugne

https://www.lyoncapitale.fr/actualite/dans-la-loire-les-dechets-radioactifs-menacent-la-riviere-de-la-besbre/

SCANDALE DES DÉCHETS NUCLÉAIRES À BURE: OUVERTURE DU PROCÈS ET MARCHE DE SOUTIEN

  Ils sont sept sur le banc des accusés du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, dans l’Est de la France, sept opposants à un projet d’enfouissement de déchets nucléaires, à Bure, une petite commune située à la limite des départements de la Meuse et de la Haute-Marne. Cigéo, le projet français de centre de stockage profond de déchets radioactifs, suscite dans toute la région une très vive opposition.

Juste avant l’ouverture de l’audience, un groupe de commerçants de Bar-le-Duc anti-Cigéo montait une cantine pour le déjeuner et offrait des cafés. Tout cela sur fond de comédie musicale montée par Les Bombes atomiques, un collectif féministe antinucléaire.

Puis, les prévenus sont arrivés sous les acclamations de soutien, et vers 9 h30, le procès a débuté. Ils sont accusés d’action en bande organisée, d’association de malfaiteurs, de dégradation de matériel et de détention de produits explosifs.

Les faits reprochés

En février 2017, ils auraient dégradé la clôture de l’écothèque de l’Andra, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, et auraient incendié le site de son restaurant d’entreprise. En août, ils se seraient rendus coupables d’une manifestation non déclarée sur le site du Bois Lejus, un site âprement défendu par les militants et les villageois, parce que l’Andra a prévu d’arracher tous les arbres pour creuser des galeries de stockage pour les déchets nucléaires.

Quand on lit l’ordonnance du juge d’instruction, il est en réalité reproché aux sept prévenus d’avoir participé à des attroupements ou ententes en vue de la préparation de délit avec armes, d’avoir participé à des manifestations non autorisées et détenu des substances explosives dans l’objectif des faits qui leur sont imputés. Mais cela se passe à des dates qui ne correspondent pas aux faits eux-mêmes. Il y a une grande incohérence entre le dossier et les accusations et c’est une incohérence qui a été soulevée d’emblée par les avocats des prévenus.

La lutte anti-nucléaire mise en accusation

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Il faut noter que la période est très critique pour l’Andra, parce que l’Agence de l’État a déposé fin 2020 sa demande de déclaration d’utilité publique, qui devrait déboucher après accord sur les travaux officiels de défrichement, en amont de la construction du site souterrain. Il faut quand même rappeler que c’est une histoire qui a commencé en 1998. Un laboratoire était construit, mais pas le site d’enfouissement.

Le nucléaire a toujours été un domaine protégé de l’État et Cigéo n’y fait pas exception. Les opposants au projet ont été espionnés, surveillés, leurs conversations téléphoniques ont été écoutées pendant des mois, la gendarmerie a même créé une cellule pour organiser la surveillance qui a eu recours au logiciel Anacrim utilisé dans des dossiers complexes. Les enquêteurs ont également utilisé des appareils permettant d’intercepter toutes les télécommunications mobiles dans un périmètre donné. Une procédure autorisée depuis le vote de la loi relative au renseignement, peu après les attentats contre Charlie Hebdo.

Une justice préventive ?

Et d’ailleurs, en début d’audience, un des prévenus a déclaré : « c’est la mouvance anti-Cigéo qui est mise en jugement, mais les charges ténues ne méritent pas cette cellule Bure. Il s’agit là de justice préventive et de délit d’intention. C’est une lutte toute entière qui comparaît devant vous ». De fait, le dossier semble plutôt vide, puisque seule la préparation d’éventuelles actions est citée, mais pas les actions elles-mêmes.

Une grande manifestation de soutien doit se dérouler dans l’après-midi dans Bar-le-Duc. Plusieurs personnalités politiques, dont les têtes de liste aux régionales pour la région Grand Est Aurélie Filippetti (L’Appel inédit) et Éliane Romani (Pacte Grand Est) ou la députée européenne écologiste Michèle Rivasi, ont d’ailleurs annoncé leur présence. En début d’audience, les avocats de la défense ont demandé au juge d’allonger la pause déjeuner pour pouvoir participer à la manifestation, mais ils n’ont pas obtenu gain de cause. Certains manifestants seraient déjà en garde à vue.

À écouter sur RFI Savoirs Bure: la poubelle nucléaire sous tension

Avec notre envoyée spéciale à Bar-le-Duc

Par Agnès Rougier, publié le 01/06/2021 à 16h59

Photo en titre : Autocollant anti-nucléaire sur une porte de maison à Bure. RFI/Agnes Rougier

https://www.rfi.fr/fr/france/20210601-scandale-des-d%C3%A9chets-nucl%C3%A9aires-%C3%A0-bure-ouverture-du-proc%C3%A8s-et-marche-de-soutien

MINES D’URANIUM EN FRANCE : LA CONTAMINATION RADIOACTIVE DE L’ENVIRONNEMENT RESTE PRÉOCCUPANTE AUTOUR DE TRÈS NOMBREUX SITES.

Le territoire français compte plus de 250 anciennes mines d’uranium réparties sur 27 départements. Si la dernière a fermé il y a maintenant 20 ans, la contamination radioactive de l’environnement reste préoccupante autour de très nombreux sites.

Dans le cadre du tournage d’un documentaire pour France 3 Nouvelle Aquitaine [1], fin mars 2021, à Bessines-sur-Gartempe en Haute-Vienne (Limousin), la CRIIRAD a constaté que des déchets radioactifs issus de l’ancienne usine d’extraction de l’uranium sont abandonnés dans l’environnement accessible au public, à proximité du site de Bellezane placé sous la responsabilité d’ORANO (ex AREVA). Le niveau de radiation [2] au contact de ces boues rouges atteint une valeur 20 fois supérieure à la normale. Voir la vidéo CRIIRAD (3 minutes) et le reportage [3] de France 3 Nouvelle Aquitaine.

L’analyse d’un échantillon de ces boues rouges au laboratoire de la CRIIRAD confirme que ces matériaux sont bien des déchets radioactifs de catégorie FA-VL (activité totale nettement supérieure à 200 000 Becquerels par kilogramme). Ils présentent des concentrations élevées en substances radioactives particulièrement radiotoxiques par ingestion comme le plomb 210 et/ou par inhalation comme le thorium 230. Ces matériaux devraient être stockés sur un site dédié. Cette situation est d’autant plus choquante que la CRIIRAD avait révélé la présence de ce type de déchets, au même endroit [4] il y a 23 ans.

Les mesures effectuées par la CRIIRAD en mars 2021 dans la région de Bessines-sur-Gartempe ont révélé d’autres pollutions radioactives liées au passif minier uranifère comme l’insuffisance de la décontamination radiologique des terrains en bordure de l’étang de la Crouzille [5] (qui sert pourtant de réserve en eau potable pour la ville de Limoges), ou encore la radioactivité élevée des voiries à Razès [6], près de l’ancien siège de la COGEMA, à proximité de terrains qu’AREVA-ORANO déclare pourtant avoir décontaminés.

Les citoyens et les élus locaux concernés doivent prendre conscience de ces réalités et faire pression sur les autorités pour qu’elles exigent de l’industriel le traitement de ces déchets radioactifs résiduels et potentiellement dangereux qui persistent sur le territoire français.

Notes

  1. Reportage de 12 minutes diffusé sur France 3 Nouvelle Aquitaine, le 12 mai 2021 à 23H.
  2. Flux de rayonnement gamma proche de 4 000 c/s (mesure effectuée le 30/03/2021 par B. Chareyron au moyen d’un scintillomètre gamma DG5). Le bruit de fond classique dans cette région est de l’ordre de 200 c/s.
  3. Voir le reportage diffusé sur France 3 Nouvelle Aquitaine le 12 mai 2021 et à partir de t = 5 minutes, la vidéo « Enquête de Région Nouvelle Aquitaine : le sous-sol limousin et la radioactivité ».
  4. Voir pages 23 et 24 du rapport CRIIRAD du 15 juin 2006.
  5. Voir le reportage diffusé sur France 3 Nouvelle Aquitaine le 11 mai 2021.
  6. Voir le reportage diffusé sur France 3 Nouvelle Aquitaine le 13 mai 2021 et à partir de t = 8.5 minutes, la vidéo « Enquête de Région Nouvelle Aquitaine : le sous-sol limousin et la radioactivité ».

Par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité), publié par « notre planète infos » le 1er juin 2021 à 14h24

https://www.notre-planete.info/actualites/4825-anciennes-mines-uranium-dechets-radioactifs-France

DÉFI CLIMATIQUE : QUAND L’ARGUMENTAIRE DES PRO-NUCLÉAIRES OUBLIE L’URANIUM ET LES DÉCHETS RADIOACTIFS

Les positions pro-nucléaires reprennent de la vigueur. Les centrales émettant peu de CO2, ce serait la solution pour le climat. C’est faire abstraction des autres problèmes, de taille, induits par l’atome et des alternatives au nucléaire.

C’est le nouvel argument des partisans du nucléaire : face à la crise climatique, maintenir, voire développer, l’énergie atomique serait la solution. Produire de l’électricité via une centrale nucléaire émet en effet 70 fois moins de CO2 que passer par une centrale au charbon, 40 fois moins qu’une centrale au gaz. Selon une ancienne synthèse d’études publiée par le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) en 2014, et régulièrement brandie par les partisans de l’atome, le nucléaire serait même aussi avantageux que le solaire ou l’éolien en terme d’émissions [1]. Pour ce courant, qui a gagné les rangs des militants pour le climat, l’énergie atomique constituerait ainsi le complément idéal au développement des énergies renouvelables et en remplacement des énergies fossiles.

Figure de proue des défenseurs du nucléaire au nom du climat, l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, diplômé de Polytechnique, fondateur du cabinet de conseil Carbone 4, et l’un des pionniers de la vulgarisation en France de la question du réchauffement climatique. Pour lui, le nucléaire est une modalité de production de l’électricité plus respectueuse de l’environnement « que toutes les autres modalités concurrentes », comme il l’assure dans un entretien à l’hebdomadaire Marianne en mars. « Jean-Marc Jancovici, c’est l’illustration d’un discours fondé sur un nucléaire idéalisé. Le nucléaire dont il parle ce n’est pas le nucléaire réel, c’est le nucléaire de la mythologie de l’indépendance énergétique, de la souveraineté nationale, de la grandeur française, de cette conception construite sous de Gaulle à la fin des années 1960 », critique Yves Marignac, porte-parole de l’association négaWatt, qui a élaboré en 2011 et 2017 des scénarios de transition énergétique et qui siège dans les groupes d’experts de l’Autorité de sûreté nucléaire.

« Pour le nucléaire, on ne connaît qu’un bout de la chaîne »

Les experts de négaWatt sont tout autant précurseurs que Jean-Marc Jancovici dans la prise de conscience de l’urgence climatique et de la nécessité de sortir au plus vite des énergies fossiles. Ils ne pensent cependant pas que le maintien et l’extension du nucléaire incarnent le salut. « Pendant longtemps, ses défenseurs parlaient du nucléaire comme source d’énergie abondante et pas chère, mais il y avait toujours dans les discussions la question du risque, rappelle Yves Marignac. Les questions de la sûreté des centrales, de leur combustible, l’uranium, des déchets radioactifs générés, étaient présentes dans ce débat. Avec le déplacement général de la question énergétique vers la question climatique, le point d’entrée pour parler du nucléaire est aujourd’hui avant tout son caractère décarbonné, en faisant du coup abstraction de la nature concrète de cette énergie et des risques spécifiques qui vont avec. »

Si l’avantage comparatif du nucléaire sur le gaz, et surtout le charbon, en matière climatique est incontestable, « le terme décarbonné nous pose cependant problème, estime Charlotte Mijeon, de l’association Sortir du nucléaire. Cela voudrait dire que c’est totalement neutre. Ce qui tient un peu de la pensée magique : même si les émissions de gaz à effet de serre de l’énergie nucléaire sont effectivement faibles, elles existent. » Charlotte Mijeon pointe ici des émissions indirectes, générées par l’extraction de l’uranium, son transport, le béton qui sert à construire les centrales, ou la gestion des déchets radioactifs. Ces émissions indirectes existent aussi pour les énergies renouvelables – éolien et photovoltaïque nécessitent aussi des métaux et composants issus de l’extraction minière, la construction d’un barrage hydroélectrique n’est pas « neutre » non plus.

Le stockage des déchets radioactifs, quelles émissions de CO2 ?

« Pour le nucléaire, on ne connaît qu’un bout de la chaîne. Car on ne sait pas au final quelles seront les émissions liées à la gestion des déchets », rappelle Charlotte Mijeon. Actuellement, au moins 1,61 million de mètres cube de déchets radioactifs sont entreposés dans des dizaines de lieux inventoriés par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Différence de taille avec des déchets industriels classiques, les déchets issus des centrales sont radioactifs, donc non recyclables. Leur radioactivité peut s’estomper relativement rapidement (plusieurs semaines) ou durer plusieurs millions d’années. La majorité des déchets, dits à « vie courte », voient leur radioactivité disparaître au bout d’une centaine de jours. Les déchets, dits à « vie longue », environ 10 % des déchets existants, demeurent radioactifs pendant au moins trois décennies… jusqu’à plusieurs millions d’année. Une éternité.

Ce type de déchets à vie longue et fortement radioactifs sera abrité dans les profondeurs de la Meuse et de la Haute-Marne, au sein du centre d’enfouissement de Cigéo, à Bure (dont sept opposants passent en procès ce 1er juin, accusés d’association de malfaiteurs). Or, « un site comme Cigéo mobilise des quantités phénoménales de béton, et il doit recevoir des déchets nucléaires pendant cent ans », pointe Charlotte Mijeon. Au bout d’un siècle, les 270 km de souterrains sont censés être condamnés puis rester sous surveillance.

« Le nucléaire, c’est peut-être mieux que le pétrole aujourd’hui ou le charbon hier, mais cela fera aussi beaucoup de dégâts potentiels avec les déchets qui sont produits depuis cinquante ans et qui vont continuer à être produits si on le maintient. On va devoir s’en occuper dans le futur pendant des millions d’années, rappelle Jean-Claude Delalonde, président de l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (ANCCLI) [2]. Le nucléaire est une énergie décarbonnée, oui, mais avec des conséquences. »

« L’énergie atomique ne peut jouer qu’une contribution très limitée dans la lutte contre le changement climatique »

Pour faire tourner ses centrales nucléaires, EDF doit aussi s’approvisionner en uranium. La dernière mine uranifère sur le sol français, à Jouac, au nord de Limoges, a fermé en 2001. Depuis, la France importe l’ensemble du combustible utilisé pour ses centrales, du Niger ou du Kazakhstan. L’entreprise française Orano (ex-Areva) explore aussi les sous-sols de Mongolie pour y trouver le minerai. Elle a aussi des velléités d’extraction au Groenland, où elle a déjà obtenu deux permis d’exploration. Les dernières élections groenlandaises ont porté au pouvoir en avril le parti de gauche écologiste Inuit Ataqatigiit, opposé à ces nouveaux projets miniers. La question minière avait été au cœur de la campagne électorale.

« Certaines personnes se prennent aussi une violente claque dans la figure quand elles découvrent la gravité de la situation sur le changement climatique et l’épuisement des ressources. Elles peuvent alors en venir à désirer des solutions qui semblent faciles pour y faire face, dont le nucléaire. Alors que l’énergie atomique ne peut jouer qu’une contribution très limitée dans la lutte contre le changement climatique », défend Charlotte Mijeon, de Sortir du nucléaire.

« En tant qu’énergie, le nucléaire est marginal »

En France, la production des 58 réacteurs représente environ 70 % de l’électricité consommée. Dans le monde, où 442 réacteurs nucléaires sont actuellement en service, cette part tombe à 10 %, et 2 à 3 % seulement de l’énergie totale consommée. « L’atome est une technologie majeure dans l’histoire de l’humanité, à travers sa dimension militaire et géopolitique, car le nucléaire, même civil, est un moyen efficace de créer des situations de dépendance entre des pays, les technologies comme l’enrichissement et de le retraitement n’étant accessibles qu’à un nombre limité et fermé d’États. Mais en tant qu’énergie, le nucléaire est marginal », soutient aussi Yves Marignac.

Dans son rapport de 2018 sur les stratégies à adopter pour rester sous 1,5 °C de réchauffement global d’ici à la fin du siècle, le Giec examinait plusieurs scénarios. Certains s’appuient sur un recours fortement accru au nucléaire, d’autres non. « La part du nucléaire dans le mix énergétique diminue dans la moitié des 90 scénarios qui sous-tendent les quatre trajectoires décrites par le Giec. Plusieurs scénarios qui atteignent l’objectif 1,5 °C vont jusqu’à réduire le nombre de réacteurs en fonctionnement. À l’inverse, tous les scénarios respectant l’objectif 1,5 °C misent sur une augmentation des énergies renouvelables, notamment électriques », explique négaWatt dans une analyse de ce rapport. Le même rapport du Giec soulignait par ailleurs qu’entre la décision de construction et le démarrage effectif d’une centrale nucléaire, il faut compter en moyenne 10 à 19 ans. Ce qui est bien lent pour répondre à l’urgence climatique. Sans oublier le coût, lié notamment aux indispensables renforcements des mesures de sécurité : la facture de l’EPR de Flamanville – prévu pour entrer en service en… 2012 – atteint désormais les 19 milliards d’euros.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE), une organisation intergouvernementale qui n’a rien d’une organisation antinucléaire, a publié mi-mai un scénario de sortie des énergies fossiles. Elle y prévoit qu’à l’horizon 2050, à l’échelle du monde entier, 90 % de l’électricité proviendra des énergies renouvelables, et 10 % du nucléaire. « Ce dernier rapport de l’AIE marque véritablement un tournant, car traditionnellement, les scénarios de cette agence misent sur le nucléaire et sur la captation du carbone [une technologie censée stocker les émissions de CO2, notamment expérimentée par Total, ndlr]. Ce nouveau rapport parle pour la première fois explicitement de changements de comportement et introduit des hypothèses de sobriété, en abordant notamment une stabilisation du trafic aérien, détaille le porte-parole de l’association négaWatt. C’était inimaginable il y a encore un an que l’AIE prenne ce type de position. Le sens de l’histoire est clair. » L’Ademe a déjà proposé plusieurs scénarios de mix électrique 100 % renouvelables en France pour 2050. RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité, doit également présenter un tel scénario à l’automne.

« Peut-être est-il temps aujourd’hui de diversifier nos énergies »

« Ce sont des scénarios crédibles, faisables, scientifiquement fondés, mais qui sont trop peu mis en avant », observe Zélie Victor, responsable de la question de la transition énergétique au Réseau Action Climat. Mais comment produire de l’électricité 100 % renouvelable quand une partie des ressources disponibles sont potentiellement infinies mais intermittentes – leur production va fluctuer en fonction de la force du vent (éolien) ou du niveau d’ensoleillement (photovoltaïque) ? C’est l’un des arguments avancé par les partisans du nucléaire pour défendre le maintien de la filière.

« On nous pose fréquemment la question de l’intermittence des énergies renouvelables. Le 100 % renouvelable, c’est un mix énergétique, il ne s’agit pas d’être dépendants à seulement un ou deux types d’énergies renouvelables. Cela se complète avec de l’hydroélectricité, qui est pilotable avec des stations de pompage. Il existe aussi des leviers de stockage de l’énergie, répond Zélie Victor. Un tel mix fait appel au réseau : quand il n’y a pas de vent dans le Nord, il peut y en avoir dans l’Est. Cela vaut au niveau français comme européen. Les scénarios 100 % renouvelables s’accompagnent évidement de logiques de sobriété, pour réduire ou au moins ne pas augmenter notre consommation, par exemple avec la rénovation des logements. »

« Peut-être est-il temps aujourd’hui de diversifier nos énergies, d’aller vers des énergies moins dangereuses et qui produisent moins de déchets. Il faut y réfléchir, d’autant plus que nos centrales nucléaires ont pour beaucoup dépassé les quarante ans, estime de son côté Jean-Claude Delalonde. Je ne suis pas convaincu que nos gouvernants soient vraiment transparents sur tous les éléments de la décision. Ils nous disent que le nucléaire n’a pas coûté cher, mais c’est parce qu’ils n’ont pas intégré dans ces coûts celui des déchets et du vieillissement. Pourquoi on ne mettrait pas tout sur la table ? On fait la balance et après, on décide. La meilleure solution, c’est la démocratie. »

Pour l’instant, cette discussion qui mettrait « tout sur la table » n’existe pas. En 2013, le débat sur la transition énergétique devait examiner la manière de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique française, comme s’y était engagé François Hollande. Mais cet objectif de 50 % ne pouvait lui-même pas être discuté. Et a de toute façon été repoussé à 2035 par le gouvernement actuel. À la Convention citoyenne pour le climat, la question du nucléaire n’avait pas non plus vocation à être abordée. « Je trouve d’autant plus intéressant les résultats de la Convention citoyenne, dit pourtant Yves Marignac. Car elle s’est approprié l’idée d’une transformation profonde de la société, où le nucléaire n’est pas un enjeu en soi mais dans laquelle il faut faire évoluer le système électrique comme le reste. »

Par Rachel Knaebel et Ivan du Roy, publié le 1er juin 2021

Photo : photo d’un train « Castor » transportant des déchets radioactifs / CC Wikimédia Commons

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LE NUCLÉAIRE NE SAUVERA PAS LE CLIMAT

Des associations et des mouvements écologistes réaffirment leur engagement antinucléaire et dénoncent l’offensive de l’industrie nucléaire pour paraître plus verte.

Le nucléaire pour sauver le climat ? Le croire est au mieux une illusion techniciste, au pire une terrible hypocrisie.

Si la filière nucléaire tente plus que jamais de se repeindre en vert, cela n’a rien d’un souci sincère ou vertueux. C’est le fruit d’un choix stratégique et foncièrement politique. La filière sait qu’elle joue sa survie en vantant ses faibles émissions de CO2, au moment où des centaines de milliers des personnes ont repris la rue le 9 mai dernier pour dénoncer l’inaction climatique du gouvernement et le sabotage des propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Acculée après la faillite d’AREVA, le scandale URAMIN et les déboires d’EDF sur ses chantiers de construction d’EPR, elle a trouvé dans l’argument climatique le nouveau moyen d’assurer sa pérennité et son emprise.

Le spectacle a de quoi être déconcertant. Alors que le mouvement écologiste s’est construit dans les années 1970 en France contre l’essor de l’industrie nucléaire, nous voyons cette dernière tenter aujourd’hui d’investir nos terrains de lutte. L’offensive est générale. Elle se fait à grands coups de campagnes publicitaires avec le soutien de plusieurs élus et d’influenceurs, et d’attaques virulentes sur les réseaux sociaux contre les critiques de l’énergie nucléaire. L’enjeu est de taille : tenter de faire basculer l’opinion publique pour rendre acceptable la construction de nouveaux réacteurs, en utilisant comme fer de lance leurs faibles émissions de CO2.

À lire > L’Allemagne prend congé de l’atome

Face à l’incendie climatique, Emmanuel Macron préfère allumer des contre-feux et fait comprendre depuis des mois son intention de relancer l’industrie nucléaire. En faisant diversion avec le nucléaire, le gouvernement cherche à diviser les forces au sein même du mouvement social et du mouvement écologiste.

Mais nous, associations, organisations, collectifs ne sommes pas dupes. Nous luttons pour le climat et contre le nucléaire parce que nous savons que cette technologie et le modèle qui l’accompagne n’est pas une solution valable pour faire face aux urgences climatiques, sociales et démocratiques.

1 : Elle est trop lente pour faire face à l’urgence climatique. Nous devons réduire drastiquement nos émissions de CO2 à l’horizon 2030 : comment peut-on envisager de miser sur une technologie aux chantiers lents et sujets à des retards chroniques, comme le prouve l’EPR de Flamanville qui cumule déjà 11 ans de retard et aura nécessité au minimum 16 ans de construction ? Et ce n’est pas un cas isolé : sur 52 réacteurs en construction dans le monde, 33 ont dépassé les délais initialement fixés.

2 : Elle est trop vulnérable face au changement climatique. D’ores et déjà, en été, de nombreux réacteurs doivent s’arrêter ou réduire leur puissance pour éviter de réchauffer encore plus des cours d’eau en souffrance. Et en période de stress hydrique, où trouver l’eau nécessaire au refroidissement sans entrer en concurrence avec d’autres usages ?

Avec la montée du niveau des océans, comment construire des centrales sur des littoraux ?

3 : Elle est extrêmement polluante. Réduire ses impacts environnementaux à ses seules émissions de CO2, c’est se voiler la face sur la pollution des mines d’uranium, qui contamine des territoires entiers. À l’autre bout de la chaîne, des centaines de milliers de tonnes de matières et déchets radioactifs s’accumulent dans des hangars, dans les sous-sols et débordent bientôt des piscines. Les pires déchets ultimes, radioactifs durant des centaines de milliers d’années n’ont aucune solution de gestion satisfaisante à ce jour, ni à Bure en France ni ailleurs. On ne peut pas vouloir sauver le climat dans les dix prochaines années en léguant aux générations futures des déchets radioactifs pour cent mille ans. Et que dire de la pollution des terres en cas d’accident ?

4 : Elle est trop chère : depuis plusieurs années déjà, le coût de l’énergie nucléaire (en hausse) est bien supérieur à celui des énergies renouvelables (en baisse constante). Les dizaines de milliards investis dans le nucléaire ne le seront pas dans les énergies renouvelables ou la rénovation thermique des bâtiments : le nucléaire verrouille toute possibilité d’une transition énergétique systémique, alors que des scénarios avec 100% d’énergies renouvelables sont crédibles même l’AIE et RTE le disent dans leur dernier rapport.

À lire > Nucléaire, une filière mondiale sous perfusion

En dépit de l’opération de séduction agressive qu’elle mène sur le thème de « l’énergie décarbonée meilleure amie du climat », l’industrie nucléaire n’est pas à la hauteur ! Nous ne sommes pas dupes de cette manœuvre. Nous refusons le chantage malsain entre risque climatique et risque nucléaire. Nous ne choisirons pas entre la peste et le choléra. Le monde que porte en lui le nucléaire est inconciliable avec toute forme de transition écologique réelle.

Le nucléaire n’est d’ailleurs pas seulement une énergie, c’est un ordre social et économique fondamentalement autoritaire. Cela fait plus de cinquante ans que nos aînés le disent. Certains comme Vital Michalon ou Fernando Pereira l’ont même payé de leur vie. Partout où il s’impose, l’atome est incompatible avec la démocratie. Il s’étend par la violence et méprise les opinions des populations. Encore aujourd’hui, la manière dont le nucléaire continue de s’implanter en France est inadmissible.

À Bure, contre le projet de poubelle nucléaire, les militant.e.s subissent une répression brutale, indigne d’un État de droit. Des séries de perquisitions ont été menées, des manifestations ont été interdites, et 7 militant·es passeront en procès les 1, 2 et 3 juin pour « association de malfaiteurs ». Ils risquent plusieurs années de prison alors que leur dossier judiciaire est vide comme l’ont révélé plusieurs enquêtes journalistiques. Le 29 juin, 34 activistes de Greenpeace doivent être jugés à Valence pour le démontage symbolique de la centrale de Tricastin. En 2020, des dizaines d’activistes climatiques ont été poursuivis par un bureau de lutte anti-terroriste pour avoir décroché symboliquement des portraits de Macron.

À lire > Au procès de Bure, nous sommes toutes et tous des malfaiteurs

Lutter contre les changements climatiques et contre le nucléaire, c’est se battre pour dépasser un système productiviste, extractiviste et néo-colonial, où le mythe de « l’énergie bon marché » s’accompagne du pillage des ressources et de la dévastation des écosystèmes et des sociétés des pays du Sud et des zones vues comme « périphériques ». Total s’arrange avec la junte militaire en Birmanie, Orano fait son business au Niger et des délits d’initiés en Namibie avec Uramin.

Sortons de l’ambiguïté : en finir avec le nucléaire, énergie du vieux monde, est une condition pour aller vers des scénarios de transition écologique, énergétique et démocratique profonde et construire des futurs désirables.

Premiers signataires :

Greenpeace, Alternatiba, Les Amis de la Terre France, ANV-COP21, Attac France, France nature environnement, Réseau action climat, Solidaires, Fondation Danielle Mitterrand, Coordination Stop CIGÉO, NDDL Poursuivre Ensemble, Réseau sortir du nucléaire, Virage énergie, SDN 27, SDN 49, SDN Berry, Puisaye Alofa Tuvalu, Collectif Alarme Nucléaire, Attac Nîmes, Mouvement Résilience…

Par Collectif , publié le 1er juin 2021

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NUCLÉAIRE IRANIEN : L’AIEA SOULIGNE DES IRRÉGULARITÉS ET SE DIT « PRÉOCCUPÉE » PAR DES SITES NON DÉCLARÉS

Le chef de l’agence onusienne dénonce notamment l’absence d’explications de la part de l’Iran à propos de traces d’uranium transformé sur trois sites non déclarés.

Le nucléaire iranien est au cœur des inquiétudes mondiales, lundi 31 mai, alors qu’un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) met en lumière un certain nombre d’irrégularités. Le pays comptabilise ainsi une quantité d’uranium faiblement enrichi près de seize fois supérieure à la limite autorisée par l’accord de 2015. Elle atteint désormais 3 241 kilos – pour un plafond fixé à 202,8 kilos – d’après une estimation, l’AIEA ayant expliqué qu’elle n’avait pas pu vérifier le total en raison des restrictions décidées par Téhéran. Dans le précédent rapport de l’agence, datant de février, ce stock était de 2 967,8 kilos.

Par ailleurs, le rapport dénonce également l’existence de plusieurs sites iraniens non déclarés, à propos desquels l’Iran n’a pas été en mesure de fournir d’explications des traces d’uranium transformé décelées par l’agence.

Lire aussi : Premières avancées pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien (Article réservé à nos abonnés)

Négociations en cours à Vienne

Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, devant la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, le 27 avril 2021. EFREM LUKATSKY / AP

Il y a trois mois, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni avaient renoncé à soutenir une résolution promue par les États-Unis qui critiquait l’absence d’explications de l’Iran sur l’origine de ces particules, le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, ayant annoncé de nouvelles discussions avec Téhéran.

Mais, « après de longs mois, l’Iran n’a pas fourni l’explication nécessaire pour la présence de particules de matériaux nucléaires sur aucun des trois sites où l’agence a mené des [inspections] supplémentaires », peut-on lire dans le nouveau rapport aux pays membres de l’AIEA. « Le directeur général [de l’AIEA] est préoccupé par le fait que les discussions techniques entre l’Iran et l’agence n’ont pas produit les résultats escomptés », est-il également écrit.

La cadence d’enrichissement de l’uranium s’est toutefois ralentie par rapport aux trois mois précédents, alors que le complexe nucléaire de Natanz a été victime le 11 avril d’une explosion. Outre cet uranium enrichi à moins de 5 %, l’Iran a repris depuis le début de l’année l’enrichissement à 20 %, avant de franchir un cap inédit en avril en montant à 60 %, se rapprochant ainsi des 90 % nécessaires à une utilisation militaire. Selon le rapport, le stock à 20 % s’élève à 62,8 kilos et celui à 60 % à seulement 2,4 kilos pour le moment.

Depuis 2019, Téhéran s’est affranchi progressivement de ses obligations nucléaires, en riposte au rétablissement des sanctions américaines par Donald Trump. Des négociations sont actuellement en cours à Vienne pour faire revenir les États-Unis dans le giron de cet accord, destiné à empêcher la République islamique de se doter de la bombe atomique.

Par Le Monde avec AFP et Reuters,  publié le 31 mai 2021 à 20h23, mis à jour le 1er juin 2021 à 04h32

Photo en titre : Le président iranien, Hassan Rohani, visite une exposition sur les accomplissements nucléaires de Téhéran, en avril 2021. BUREAU DE LA PRÉSIDENCE IRANIENNE / AP

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/31/nucleaire-iranien-l-aiea-pointe-des-irregularites-et-se-dit-preoccupe-par-des-sites-non-declares_6082263_3210.html

MULTILATÉRALISME À GÉOMÉTRIE VARIABLE: WASHINGTON REFUSE UN RETOUR DANS LE TRAITÉ CIEL OUVERT AVEC MOSCOU

Un an après la sortie des États-Unis du traité «Ciel ouvert», l’administration Biden a notifié à Moscou qu’ils ne reviendraient pas dans le traité. Une «grave erreur», selon Moscou. Pour le géopolitologue Pascal Le Pautremat, cette posture atteint la crédibilité de Washington en tant que porte-drapeau du multilatéralisme.

Le ciel se referme encore un peu plus pour Moscou et Washington.

Pas de retour des États-Unis dans le traité Ciel ouvert (dit Open Skies). Une annonce qui intervient moins de trois semaines avant la première rencontre présidentielle entre Vladimir Poutine et Joe Biden.

«Ce genre de décision me fait souvent m’interroger sur le fait que la guerre froide soit vraiment derrière nous», regrette au micro de Sputnik Pascal Le Pautremat, conférencier et chargé de cours dans l’Enseignement supérieur sur les crises et conflits contemporains.

Hérité de la période post-guerre froide (1992), le traité Ciel ouvert permettait aux signataires un survol avec des avions de surveillance non armés des territoires des autres signataires. Le but étant d’avoir une idée, si vague soit-elle, des arsenaux militaires et des mouvements stratégiques des autres parties. Outre les États-Unis et la Russie, la quasi-totalité des pays européens, ainsi que la Turquie, étaient parties prenantes du traité.

Après le retrait de Donald Trump du traité le 21 mai 2020, Moscou avait également signifié son retrait le 15 janvier 2021, avec un préavis de six mois avant que cette décision devienne effective. Un laps de temps stratégique permettant potentiellement à la nouvelle Administration Biden de revenir dans le traité. Une main tendue que Washington a préféré de ne pas saisir.

«Grave erreur», selon Moscou

Une politique que Pascal Le Pautremat, ancien membre et auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de la Défense nationale), juge «en rupture totale» avec le multilatéralisme que prétend pourtant défendre la nouvelle Administration Démocrate.

«N’oublions jamais que ces postures sont des effets de communication. Le multilatéralisme selon les États-Unis, c’est un multilatéralisme au sein duquel ils sont dans une position de prédominance. En aucun cas, ce multilatéralisme ne doit porter atteinte à la préservation de leur leadership. Personnellement, leur décision ne me surprend pas du tout», explique l’ancien membre du Comité de rédaction de la revue Défense.

Pour lui, «nous sommes à la veille de défis planétaires environnementaux, dont beaucoup n’ont même pas conscience» et ce type de traités «serait l’occasion de se dire que l’on peut travailler ensemble, de manière multilatérale.» Mais le géopolitologue déplore au contraire le fait «que l’on reparte sur des logiques partisanes et sectaires dans lesquelles les lobbies ne sont pas innocents

Signer à nouveau le traité Ciel ouvert relevait plus d’une preuve de confiance mutuelle que d’une réelle utilité stratégique, explique Theresa Fallon, directrice du Centre for Russia Europe Asia Studies (CREAS) au micro d’Al-Jazeera. En effet, d’un point de vue technologique, d’autres systèmes –notamment satellites– permettent d’accomplir peu ou prou la même mission que celles des avions de surveillance utilisés. Revenir dans l’accord avait donc en partie la vocation à créer des ponts. Mission unaccomplished.

La décision américaine n’a pas manqué de faire réagir l’autre principale intéressée, la Russie. Par la voix de son vice-ministre des affaires étrangères Sergei Ryabkov, Moscou a qualifié la décision américaine de «grave erreur», indiquant qu’elle endommagerait la sécurité européenne, même si cela n’aurait pas de conséquences critiques pour la sécurité russe.

«Malheureusement, d’autres approches l’ont remporté à Washington, elles n’ont rien à voir avec l’objectif de consolider la sécurité européenne ni avec la mission de normaliser les relations avec la Russie», a ajouté le diplomate russe.

Prorogation du traité New START sur les armes nucléaires

Tout n’avait pourtant pas si mal commencé entre la nouvelle Administration Démocrate et Moscou en termes de contrôle des armements. Le 3 février dernier, les États-Unis ont ainsi ratifié la prorogation du traité New START de limitation des armes nucléaires, deux jours avant son expiration. Signé en 2010 à Prague par les Présidents Barack Obama et Dmitri Medvedev, l’accord New Start limite les arsenaux des deux puissances à un maximum de 1.550 ogives nucléaires déployées de chaque côté.

Sa signature pouvait permettre d’imaginer de futures collaborations sur des sujets de contrôle des armements, notamment ceux desquels Donald Trump était sorti. Il n’en est pourtant rien. Et pour Pascal le Pautremat, fondateur de Actiongeos, société de conseil en analyses géopolitiques et analyse des risques, cette volonté de ne pas travailler de concert avec Moscou sur des sujets pourtant plus consensuels que la plupart des autres sujets bilatéraux, atteste d’une réelle forme d’hypocrisie américaine visant à gagner des points médiatiquement.

«Lorsque Washington dit qu’ils défendent le multilatéralisme, c’est une posture médiatique. C’est facile de le dire, c’est autre chose de l’appliquer», déplore-t-il.

Par Hakim Saleck, publié le 28 mai 2021 à 18h36, mis à jour le 28 mai 2021 à 20h39

Photo en titre : © AP Photo / Alex Brandon

https://fr.sputniknews.com/international/202105281045665167-multilateralisme-a-geometrie-variable-washington-refuse-un-retour-dans-le-traite-ciel-ouvert-avec/

USINE FRAMATOME DE FABRICATION DE COMBUSTIBLES NUCLÉAIRES : NON-RESPECT D’UNE RÈGLE DE MAÎTRISE DE LA CRITICITÉ

La société Framatome a déclaré le 27 mai 2021 à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif relatif à la maîtrise du risque de criticité [1]. L’événement est survenu dans la casemate d’entreposage du laboratoire L1 de son usine de fabrication de combustibles nucléaires de Romans-sur-Isère.

Avant de procéder à l’évacuation des déchets uranifères liquides vers le parc à déchets, le laboratoire effectue une opération de dénaturation. Ce procédé de dénaturation consiste à ajuster la teneur isotopique en uranium-235 de ces déchets uranifères liquides afin qu’elle respecte la valeur de 5 % d’uranium-235. Lorsque l’opération de dénaturation est effectuée, les déchets uranifères liquides sont conditionnés dans des bidons, qui sont ensuite entreposés dans une zone spécifique du magasin d’entreposage du laboratoire. Cette zone est constituée d’une partie réservée aux matières uranifères d’enrichissement inférieur à 5 % en uranium-235 et une autre partie pour celles d’enrichissement supérieur à 5 %.

Le 14 mai 2021, à l’issue d’une opération de dénaturation, deux bidons ont été entreposés dans la zone dédiée aux effluents d’enrichissement inférieur à 5 %. Le 21 mai 2021, les résultats d’analyse ont montré que les enrichissements en uranium-235 de ces deux bidons dénaturés étaient de 5,39 % et 5,50 %. Le 25 mai 2021, de nouvelles analyses ont confirmé ces résultats. Les bidons ont été alors immédiatement transférés dans la zone d’entreposage des matières avec un enrichissement supérieur à 5 %.

Compte tenu des marges de sûreté retenues vis-à-vis du risque de criticité, cet événement n’a pas eu de conséquence sur les travailleurs ou sur l’environnement.

En raison du non-respect d’une exigence définie des règles générales d’exploitation de l’installation relatives à la prévention du risque de criticité, l’événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des évènements nucléaires graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

NOTE :

[1] Le risque de criticité est défini comme le risque de démarrage d’une réaction nucléaire en chaine lorsqu’une masse de matière fissile trop importante est rassemblée au même endroit. Pour prévenir ce risque, les règles générales d’exploitation de l’installation prévoient, notamment, la limitation de la masse de matière présente à chaque étape de fabrication et le contrôle de la géométrie de la matière fissile.

Publié le 31/05/2021

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Non-respect-d-une-regle-de-maitrise-de-la-criticite7

OUVERTURE DU PROCÈS DES OPPOSANTS AU PROJET D’ENFOUISSEMENT DES DÉCHETS NUCLÉAIRES À BURE

Sept opposants au projet Cigéo, dans la Meuse, comparaissent dès mardi et pendant trois jours devant le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc pour « association de malfaiteurs », « détention de produits incendiaires » et « violences ».

Durant trois jours, le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, chef-lieu de la Meuse, va devenir l’épicentre de la contestation antinucléaire en France. Au terme de trois ans d’instruction, sept opposants au projet d’installation par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) d’un centre industriel de stockage géologique de déchets radioactifs (Cigéo), notamment sur la petite commune de Bure (Meuse), comparaissent, du mardi 1er au jeudi 3 juin, pour « association de malfaiteurs ».

Le juge d’instruction a renvoyé les prévenus, trois femmes et quatre hommes âgés de 28 à 48 ans, pour « destruction, dégradation ou détérioration de bien par substance explosive », « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée » et « organisation d’une manifestation sur la voie publique n’ayant pas fait l’objet d’une déclaration préalable », le 15 août 2017, durant laquelle une prévenue est soupçonnée d’avoir « exercé volontairement des violences ».

La plupart des prévenus ont gardé le silence durant l’instruction et nient tout acte délictuel. Six d’entre eux encourent une peine de dix ans de prison. Dix personnes avaient initialement été mises en examen dans le cadre de l’information judiciaire ouverte en juillet 2017 confiée au juge d’instruction Kévin Le Fur.

Affrontements entre opposants et gendarmes

Alors que le mouvement d’opposition au projet Cigéo a prévu une série de rassemblements au pied du palais de justice, le procès devrait mettre en lumière les grandes étapes de la mobilisation contre l’enfouissement, à 500 mètres de profondeur et pour plus d’un siècle, des déchets nucléaires dans la Meuse et en Haute-Marne

L’enquête s’est concentrée sur trois événements. Dans la nuit du 16 au 17 février 2017, le site « écothèque » de l’Andra à Bure est dégradé par une quarantaine de personnes, visages dissimulés, qui détériorent par la suite un véhicule de patrouille de gendarmerie. Le directeur de l’établissement public, David Mazoyer, dépose plainte. De nouveaux débordements ont lieu le 21 juin 2017 : plusieurs opposants au projet Cigéo pénètrent dans l’hôtel-restaurant Le Bindeuil, situé sur le site du laboratoire d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure, et tentent d’y mettre le feu.

Enfin, le 15 août 2017 dans l’après-midi, une manifestation intitulée Bure’s Zombie Walk, non déclarée, réunit entre 150 et 200 personnes encagoulées. À cette occasion, des affrontements éclatent entre les opposants au projet, rassemblés dans un champ sur la commune de Saudron (Haute-Marne), et les gendarmes, « visés par différents tirs de projectiles à leur endroit, que cela soit par jets de pierres, matériels artifices ou engins incendiaires », selon l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel signée par le juge d’instruction. Quatre blessés sont recensés du côté des manifestants, deux blessés « par traumatisme sonore » dans le camp des forces de l’ordre.

Imposant dispositif d’écoutes téléphoniques

« Dès son origine, la manifestation du 15 août 2017 avait notamment pour vocation de conduire à des dégradations ainsi qu’à des affrontements avec les forces de l’ordre », estime le magistrat. Selon un officier de gendarmerie auditionné, les forces de l’ordre auraient utilisé, ce jour-là, « 320 grenades lacrymogènes, 37 grenades GLI-F4, 21 cartouches de lanceurs de balles de défense et cinq grenades de désencerclement ».

Les perquisitions menées en septembre 2017 à la Maison de la résistance de Bure, quartier général et lieu de vie du mouvement anti-Cigéo, et en février 2018 lors de l’évacuation des opposants au projet installés au bois Lejuc (terrain acquis par l’Andra), ont entraîné la saisie de bouteilles incendiaires, pétards à mèche et autres feux de Bengale et mortiers.

S’ils n’ont pu identifier aucun des prévenus lors des débordements de février et juin 2017, les enquêteurs ont voulu reconstituer, au moyen d’un imposant dispositif d’écoutes téléphoniques, la chaîne de responsabilités relative à l’organisation de la manifestation du 15 août 2017. Le procès devrait ainsi se focaliser sur la personnalité et le parcours de trois piliers de l’opposition au projet Cigéo.

Dans son ordonnance, le juge d’instruction évoque « le rôle incontournable » et « l’influence significative » de J. D., 38 ans, « permanent » et coprésident de l’association Bure zone libre, créée en 2004 et gérant de la Maison de la résistance. Dans une lettre, le trentenaire a fait part de son dépit après la manifestation du 15 août 2017, déplorant une « cruelle impréparation et désorganisation ». « Ces difficultés organisationnelles ne sauraient à elles seules mettre à néant l’organisation, certes incomplète mais existante, intervenue en amont de cette manifestation en vue de permettre à sa réalisation et la commission d’infractions », estime néanmoins le juge d’instruction.

« Criminalisation des opposants au nucléaire »

Quant à A. H., 46 ans, et F. L. M., 32 ans, ils sont soupçonnés d’avoir relayé « des indications quant au trajet de la manifestation et des informations quant à la présence des forces de l’ordre afin de guider » la manifestation du 15 août 2017. L’audience devrait enfin mettre en exergue l’organisation de l’opposition au projet Cigéo. Le juge d’instruction relève des « tensions » au sein du mouvement et souligne le rôle majeur des « permanents » de la Maison de la résistance, « point d’ancrage et de ralliement » de la mobilisation, ainsi que le fonctionnement collégial du mouvement.

« Ce procès est celui de la criminalisation des opposants au nucléaire, considèrent Mes Alexandre Faro, Raphaël Kempf et Matteo Bonaglia, membres du collectif d’avocats des prévenus. Pendant trois ans, des militants ont été sous contrôle judiciaire strict et n’ont donc pas pu s’organiser et agir politiquement. C’est pourtant le procureur de Bar-le-Duc qui politise à outrance cette affaire depuis le début de l’instruction, se faisant ainsi le relais des exigences de l’industrie nucléaire. Utiliser la justice pour empêcher des gens d’exercer des droits démocratiques fondamentaux est grave dans un État de droit. »

Au terme de l’audience, la cour annoncera si elle délibère dans la foulée ou si son jugement est fixé à une date ultérieure.

Par Rémi Dupré, publié le 31 mai 2021 à 02h12, mis à jour à 13h14

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/31/ouverture-du-proces-des-opposants-au-projet-d-enfouissement-des-dechets-nucleaires-a-bure_6082124_3224.html

LES 3 RENDEZ-VOUS DE JUIN À NE PAS MANQUER: LE TEMPS DES CERISES, L’ARBRE À PALABRES, 40 ANS ÇA SUFFIT

3 rendez-vous + 1 à ne pas manquer… On reprend la vie et la contestation à bras le corps, on réfléchit et on agit, on ne se laisse pas faire ni soumettre, on redresse la tête, on passe à l’offensive et aux solidarités…

Trois temps forts à partager et à faire connaître :

Le « Chant/Temps des cerises » le samedi 5 juin à partir de 10h

Comme chaque année, à l’initiative du Collectif antinucléaire de Vaucluse, ce sera le « Temps des cerises » au pied du mont Ventoux. Ce samedi 5 juin 2021 on se retrouvera à partir de 10h sur le terrain pour passer un moment de convivialité et de détente tout en cueillant sur l’arbre des cerises bio à remporter chez soi. On chantera aussi, on rira, on partagera ses espoirs et ses rêves, ses coups de gueule et sa bonne humeur. Maitres mots : fraternité, solidarité, amitié (ici l’édition 2014). Le soleil est commandé, le repas est partagé avec ce que chacun-e apporte, et les instruments de musique sont les bienvenus tout comme les minots, les anciens et les plus jeunes. Une cagnotte sera à disposition de ceux et celles qui souhaitent apporter un soutien financier aux actions du CAN84. Pour venir le plan est  ici  (un petit courriel pour dire qu’on vient serait sympa : la.belleverte@free.fr ).

« l’Arbre à palabres » le mardi 15 juin à 19h

Après le couvre-feu, le confinement, les interdits en tous genres, l’isolement, les impossibilités de se réunir et d’agir collectivement contre ce monde mortifère et pour un projet émancipateur et humain : on se retrouve ce mardi 15 juin 2021 à 19h à l’espace de l’Arbre à palabres de la biocoop associative de Carpentras (283 Avenue Notre-Dame de Santé). Comme les violents et dominants veulent à tout prix prolonger les vieux réacteurs nucléaires fissurés du Tricastin et aussi implanter 2 nouveaux réacteurs atomiques de type EPR sur ce même site, la soirée sera consacrée à cette situation qui appelle la riposte et l’opposition et de s’organiser, se coordonner dans l’action. En ouverture du débat : des vidéos-témoignages de scientifiques, médecins, salarié-es du nucléaire, riverain-es de centrales. Pour venir le plan est ici.

C’est pas du nougat à Montélimar le samedi 26  juin à partir de 12h

On s’oppose au prolongement au-delà des 40 ans des vieux réacteurs atomiques fissurés et en zone sismique (entre-autres joyeusetés) du Tricastin et des autres en France ayant atteint 40 années de fonctionnements chaotiques et pour lesquels  l’ASN et le gouvernement Macron ont plongé dans une  fuite en avant criminelle. L’ensemble des vieilles poubelles nucléaires de France est concerné par cette prolongation irresponsable hautement dangereuse.  « 40 ans ça suffit ! » 
Ce samedi 26 juin 2021 : pique-nique à 12h00 non loin de la centrale de Cruas-Meysse (Ardèche), puis Vélorution (ou en voiture pour les moins courageux) jusqu’à Montélimar (Drôme) et sa place de Provence, puis à 14h une manifestation dans les rues de la ville. Des stands associatifs d’informations et de luttes vous accueilleront, il y aura aussi des animations et des prises de paroles, de la musique. Plus d’informations pratiques ici

On est encouragé à faire connaître autour de soi le rassemblement, à photocopier (recto et verso) les flyers et à en déposer dans des points relais proches de chez soi ou de son lieu de travail. (NDLR : La Photo des flyers est sur le site en fin d’article)

À l’appel de : Alternatiba, Attac, Arrêt du Nucléaire (ADN), Chang (Gard), CNT26, Confédération paysanne de la Drôme, Extinction Rébellion, EELV, La France Insoumise, FNE Drôme, CAN84 (pour l’arrêt immédiat du nucléaire), Greenpeace, Rech, Réseau Sortir du Nucléaire, SDN Bugey (Ain), SDN 38, SDN sud-Ardèche, Stop Nucléaire 26/07, Stop Tricastin.

… et on n’oublie pas les 1.2.3 juin 2021 à Bar le Duc

Soutien aux militants antinucléaires qui luttent contre l’enfouissement des déchets nucléaires dans la Terre (projet Cigéo à Bure en Champagne) et sont poursuivis devant le tribunal pour « association de malfaiteurs » au terme d’interdiction de territoires, de surveillances policières, d’espionnage de la vie privée, de harcèlement, d’interdiction de voir sa famille,… (voir ici)  . Programme Luttes et festivités des 3 journées ici .

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Par admin, publié le samedi 29 mai 2021 à 21h45

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/05/29/Les-3-rendez-vous-de-juin-%3A-le-temps-des-cerises%2C-l-arbre-%C3%A0-palabres%2C

LA MENACE CROISSANTE DE GUERRE NUCLÉAIRE EST LE PROBLÈME LE PLUS URGENT DANS LE MONDE.

Le commandement stratégique américain, cette branche de l’armée de États-Unis responsable de l’arsenal nucléaire américain, a tweeté ce qui suit le 20 avril :

« Le spectre actuel de conflits n’est ni linéaire ni prévisible. Nous devons tenir compte de la possibilité d’un conflit menant à une situation qui pourrait conduire très rapidement un adversaire à considérer que son option la moins mauvaise consiste en l’utilisation de l’arme nucléaire. »

Cette déclaration appelée par STRATCOM une « avant-première » de sa déclaration de position qu’il soumet chaque année au Congrès américain, était assez intense pour Twitter et a déclenché beaucoup de réactions inquiètes. Cette inquiétude n’était pas due à une quelconque inexactitude dans la déclaration franche de STRATCOM, mais au fait étrange que le risque croissant de guerre nucléaire dans le monde ne se retrouve quasiment pas dans le discours majoritaire.

STRATCOM n’a pas seulement préparé l’arsenal nucléaire pour la dissuasion, mais aussi pour « gagner » une guerre nucléaire s’il s’en déclenchait une en raison d’une « situation » (entièrement créée par les États-Unis), qui n’est « ni linéaire ni prévisible ». Et il paraît de plus en plus envisageable que cela arrive, alors que l’orthodoxie en vigueur parmi les impérialistes occidentaux, selon laquelle l’hégémonie unipolaire des États-Unis doit être préservée à tout prix va droit vers un plongeon américain dans une ère post-primauté.

Les États-Unis ont accru les agressions contre la Russie d’une manière qui a terrifié les experts, et il semble qu’ils vont continuer. Ces agressions sont encore compliquées par des fronts de plus en plus tendus comme l’Ukraine, qui menace d’obtenir l’arme nucléaire si elle n’obtient pas l’adhésion à l’OTAN, chacun de ces événements augmentant le risque de conflit. Les agressions contre la Chine, dotée de l’arme nucléaire, augmentent apparemment chaque jour en ce moment, avec des embrasements potentiels en mer de Chine, à Taïwan, au Xinjiang, à Hong Kong, en Inde, et sur d’autres fronts possibles.

Le dirigeant de STRATCOM Charles Richard a déclaré mardi au Comité des Armées du Sénat  (SACS) que les capacités nucléaires de la Chine progressent si vite qu’ils ne s’intéressent même plus à des renseignements obtenus depuis plus d’un mois dans leurs réunions, parce qu’ils sont probablement dépassés, et il a demandé une mise à niveau de l’infrastructure nucléaire des États-Unis. Richard aurait assuré qu’une partie de l’arsenal nucléaire chinois aurait été récemment préparé à un usage immédiat.

Le fait que les personnes chargées des armes nucléaires américaines voient à présent la Russie et la Chine comme des menaces majeures, et le fait que les participants américains de la guerre froide augmentent la pression à leur égard, sont terrifiants. Le fait qu’une fois de plus ils jouent avec des armes nucléaires « de faible puissance » destinées à un une utilisation effective sur le champ de bataille assombrit encore le tableau. C’est sans compter les tensions entre les puissances nucléaires que sont le Pakistan et l’Inde. Israël et ses voisins, la Corée du Nord et l’empire occidental.

Le Bulletin des scientifiques nucléaires (Bulletin of the Atomic Scientists) a placé 2021 l’horloge 2021 de l’apocalypse 100 secondes avant minuit, citant la menace croissante de guerre nucléaire :

« L’accélération des programmes nucléaires dans plusieurs pays a conduit le monde dans un territoire moins stable et moins gérable l’année dernière. Le développement de planeurs hypersoniques, de défenses anti-missiles et de systèmes de vecteurs d’armements capables d’utiliser des ogives conventionnelles ou nucléaires peut accroître la probabilité d’erreurs de calcul dans des périodes tendues. Des événements tels que l’assaut meurtrier le mois dernier contre le Capitole des États-Unis ont renouvelé des préoccupations légitimes concernant des dirigeants nationaux possédant seuls le contrôle de l’utilisation de l’arme nucléaire. Les nations nucléaires ont cependant ignoré ou sapé les instruments diplomatiques et de sécurité disponibles, destinés à gérer les risques nucléaires. Selon nos estimations, le risque de voir le monde basculer dans une guerre nucléaire – un danger permanent depuis 75 ans – s’est accru en 2020. Un échec mondial, extrêmement dangereux, de résolution des menaces existantes – ce que nous appelions « le nouvel anormal » en 2019 – a renforcé la menace dans le domaine nucléaire, augmentant le risque de catastrophe »

Dans un entretien récent  avec Slava Zilber de Phoenix Media, le spécialiste de l’institut Quincy pour une politique nucléaire étatique responsable (Quincy Institute for Responsible Statecraft nuclear policy) Joe Cirincione a décrit un accroissement des technologies des armes parmi toutes les nations nucléaires du monde, dont le futur est qualifié de « sombre ».

« Nous vivons actuellement une course mondiale à l’armement nucléaire. Chacune des neuf nations nucléaires construit de nouvelles armes. Certaines remplacent des armes devenant obsolètes. D’autres agrandissent leurs arsenaux. Mais toutes ces nouvelles armes représentent de nouvelles capacités pour ces pays. Nous assistons donc à une course à l’armement qualitative et quantitative sans aucun contrôle.

Si vous consultez les données récoltées par la Fédération des scientifiques américains, par exemple, vous verrez que – depuis les années 80 au pic de la guerre froide – nous avons diminué les arsenaux nucléaires mondiaux. Nous venons d’un monde de 1986 où environ 70.000 armes nucléaires se trouvaient dans le monde et actuellement il reste environ 13.500 armes nucléaires. C’est une formidable réduction de 85% de ces armements…

Mais la courbe s’aplatit. Il n’y a pas eu de réduction significative depuis des années. Le traité New START de 2010 est le dernier traité de contrôle de l’armement. Cela fait 11 ans. Il n’y a pas eu de traité de réduction depuis lors. Il n’y a pas eu de négociations sur des traités de réduction. Je pense que le futur du contrôle des armements est sombre. C’est sombre. Et je ne perçois pas d’intérêt pour un nouvel accord sur le contrôle des armes de la part des États-Unis ou de la Russie. Je suis donc pessimiste pour l’avenir. »

Ainsi que je dois trop souvent le rappeler, le premier risque n’est pas que quiconque va décider de lancer une guerre nucléaire, c’est qu’une arme nucléaire sera utilisée dans un climat de tensions, entouré de mauvaises communications, erreurs de calcul, ou problèmes techniques, ainsi que cela a déjà failli se produire à de nombreuses reprises au cours de la dernière guerre froide, déclenchant le lancement d’autres armes nucléaires prévu par la doctrine de Destruction Mutuelle Garantie.

Plus la situation devient tendue, plus la survenance d’un tel événement devient envisageable. Cette nouvelle guerre froide se développe sur deux fronts, avec son lot de conflits liés compliquant encore les choses. Il existe un si grand nombre de petits acteurs qu’il est impossible de tous les contrôler.

Les gens se plaisent à imaginer que chaque pays disposant de l’arme nucléaire a un « bouton » sur lequel la personne responsable déciderait consciemment d’appuyer pour lancer une guerre nucléaire après une complète délibération, mais ça ne marche pas comme ça. Il se trouve des milliers de personnes dans le monde commandant divers éléments d’arsenaux nucléaires, qui pourraient lancer indépendamment une guerre nucléaire. Des milliers de « boutons ». Il suffit d’un seul. L’arrogance tendant à croire que qui que ce soit pourrait contrôler un tel conflit en toute sécurité, durant des années, est incroyable.

Un rapport de 2014 publié par le journal Earth’s Future a révélé qu’il suffirait de 100 ogives nucléaires pour expédier 5 Téra-grammes de suie noire dans la stratosphère pour des décennies, faisant ainsi obstacle aux rayons solaires et rendant impossible la photosynthèse des plantes. Cela pourrait aisément causer la mort par inanition de tout organisme terrestre qui aurait survécu aux radiations et au chaos climatique. La Chine dispose de centaines d’armes nucléaires, la Russie et les États-Unis en ont des milliers.

Cela devrait être le premier sujet de conversation. Il n’existe littéralement pas de question plus urgente sur Terre que la perspective de tous mourir dans une guerre nucléaire.

Mais les gens ne le voient pas.

Lors d’un passage récent à Tucker Carlson Tonight , l’ancien membre du Congrès Tulsi Gabbard a bien décrit l’horreur de la guerre nucléaire et la possibilité très concrète qu’elle nous soit infligée en raison de la folle politique américaine de la corde raide avec la Russie. Elle a parlé franchement, disant « comment une telle guerre aurait un coût au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, » dépeignant avec exactitude les « centaines de millions de personnes mourant et souffrant alors que leur chair sera brûlée jusqu’aux os ».

Gabbard a eu raison de donner un tel point de vue sur la situation actuelle. Mais si vous lisez les réponses au tweet de Gabbard où elle a partagé une vidéo de cet entretien, vous verrez un déluge de commentaires l’accusant « d’hyperbole », prétendant qu’elle est le fils préféré de Poutine et la réprimandant pour s’être présentée dans l’émission de Tucker Carlson. C’est comme s’ils ne pouvaient même pas entendre ce qu’elle dit, combien c’est réel, combien c’est important.

L’incapacité des gens à réfléchir à cette question témoigne de la puissance du biais de normalité, un biais cognitif qui nous fait supposer que si quelque chose de néfaste ne s’est jamais produit dans le passé, cela ne se produira pas dans le futur. Nous avons survécu à la dernière guerre froide de justesse entièrement et tout bêtement par chance; la seule raison pour laquelle des gens peuvent encore débiter des âneries du style « hyperbole » est que nous avons eu de la chance. Il n’y a pas de raison de penser que nous aurons la même chance dans le contexte de cette nouvelle guerre froide, seul le biais de normalité le fait croire. Croire que nous survivrons à cette guerre froide juste parce que nous avons survécu à la précédente, est aussi sensé que de croire que la roulette russe est sans danger parce que le joueur précédent a survécu.

C’est aussi une indication du pouvoir de la bonne vieille compartimentation psychologique. Les gens ne peuvent pas appréhender l’idée que tout prenne fin, que toutes les personnes qu’ils connaissent et aiment meurent, de voir leurs êtres chers périr dans les flammes ou par les effets des radiations sous leurs yeux, tout ça parce que quelqu’un aurait commis une erreur au mauvais moment, après qu’une bande d’impérialistes avait décidé que la domination planétaire par les États-Unis méritait de prendre le risque de jouer aux dés la vie de tous les organismes terrestres.

Mais c’est avant tout un témoignage des mauvaises pratiques universelles des médias occidentaux. Il ne convient pas aux projets de la machine de guerre impériale que des gens se plaignent de leur folie de jeux de guerre froide, de leur politique nucléaire de la corde raide, alors les sténographes des médias effleurent à peine ces questions. Si la presse libre existait vraiment, ce jeu dangereux avec la guerre nucléaire serait porté à l’attention de tous et les gens envahiraient les rues en masse, s’opposant à ce que leurs vies soient prises comme des jetons de casino dans un délirant jeu de tout ou rien.

Il n’existe rien de plus important parmi les petites choses auxquelles nous consacrons chaque jour notre énergie mentale. C’est plus important que votre cheval de bataille préféré. C’est plus important que votre mépris pour Moscou ou Pékin. C’est plus important que mon propre mépris pour l’empire américain. Cela dépasse nos opinions politiques. C’est plus important que toute controverse où nous serions mêlés sur Internet. C’est plus important que de savoir si nous avons un problème avec la présentation de Tulsi Gabbard dans l’émission de Tucker Carlson.

Parce que le jour où les missiles s’envoleront, tout cela n’aura plus la moindre importance. Rien de tout cela. Tout ce qui comptera, c’est que tout se terminera. Si vous ouvrez votre porte et voyez un champignon nucléaire, toutes vos priorités mentales se réorganiseront très vite.

Nous ne devons pas nous trouver dans cette situation. Il n’y a aucune raison valable pour que nos gouvernements jouent à ces jeux avec ces armes. Il n’y a pas de raison nous empêchant de vivre ensemble et collaborer pour un monde plus sain. Seuls les projets psychopathes d’impérialistes avides de pouvoir maintiennent cet équilibre de la folie et cela n’apporte rien, en aucune façon, aux personnes ordinaires comme nous.

LA MENACE CROISSANTE DE GUERRE NUCLÉAIRE EST LA QUESTION LA PLUS URGENTE AU MONDE ET C’EST UNE FOLIE DE NE PAS LA TRAITER.

FAISONS CE QUE NOUS POUVONS POUR QUE CELA CHANGE.

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Par Pressenza London (Extrait de l’excellent blog de Caitlin Johnstone), traduction de l’anglais, Serge Delonville, publié le 29 mai 2021

Pour retrouver cet article et les 2 vidéos qui l’accompagnent, cliquer sur : https://www.pressenza.com/fr/2021/05/la-menace-croissante-de-guerre-nucleaire-est-le-probleme-le-plus-urgent-dans-le-monde/

29.05.2021 Pressenza London

Extrait de l’excellent blog de Caitlin Johnstone

DEUX CENTRALES NUCLÉAIRES CHINOISES SECRÊTES INQUIÈTENT LES EXPERTS

Le pays semble vouloir se doter de grandes quantités de plutonium. Et le plutonium, c’est mal.

L’appétence pour le nucléaire d’une Chine en pleine tentative de transition énergétique n’est un secret pour personne: le pays a dans ses cartons de nombreux projets de centrales, qu’elle commence d’ailleurs à exporter, et expérimente même avec de nouvelles méthodes l’extraction de l’uranium marin.

Ce n’est un secret pour personne, sauf quand ça l’est. Comme le rapporte Popular Mechanics, c’est semble-t-il le cas de deux unités dont l’empire du Milieu a commencé la discrète construction sur la petite île de Changbiao, dans la province de Fujian.

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La China National Nuclear Corporation y bâtit deux réacteurs d’un type nommé China Fast Reactor 600. Le CFR-600 est, explique le site américain, une sorte d’antithèse des technologies désormais majoritairement utilisées par ailleurs.

C’est un «réacteur rapide refroidi au sodium» (RNR-Na), qui a la fâcheuse tendance à consommer plus d’uranium que d’autres solutions appliquées ailleurs. C’est surtout ce que l’on appelle un «surgénérateur», comme a pu l’être Superphénix: doté d’une confortable capacité de 1500 MWt et 600 MWe, le CFR-600 produit plus de combustible qu’il n’en consomme.

Du plutonium, tiens tiens…

Nourri au MOx, carburant atomique que lui fournit l’étroit allié russe via Rosatom, le CFR-600 recrache ainsi du plutonium, de grandes quantités de plutonium. Et c’est précisément ici que le bât blesse et que les experts ouvrent de grands yeux effrayés.

Car le plutonium est ce que l’on met dans les têtes nucléaires. Et un rapport récent du Nonproliferation Policy Education Center explique que les deux centrales construites par la Chine pourraient lui permettre de disposer de 1.270 de ces engins de la mort d’ici à 2030: c’est colossal, et à même de bouleverser certains fragiles équilibres.

Une partie des analystes constatent que le programme nucléaire civil chinois est –en partie– d’une grande opacité comparé à ceux des pays européens, des États-Unis, du Japon ou de la Corée du Sud notamment, Beijing n’ayant procédé à aucun rapport auprès de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (IAEA) depuis 2017.

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Ils s’interrogent logiquement sur cette curieuse capacité de réacteurs supposés civils à ainsi contribuer à la constitution d’un important stock de plutonium: seul un usage au final militaire semble pouvoir expliquer ces choix techniques inhabituels.

«La Chine est actuellement engagée dans une course à l’armement atomique qui, selon les officiels du renseignement américain, devrait à terme permettre à Beijing de doubler (ou plus) son arsenal nucléaire», explique ainsi l’un de ces experts à Popular Mechanics.

Cela n’a rien de très surprenant pour une grande puissance historique comme la Chine, qui après tout ne fait que suivre les exemples occidentaux ou soviétique. Mais en cascade ou en réponse, il y a de quoi provoquer une nouvelle et funeste escalade dans la musculature des arsenaux nucléaires: pour un monde libéré des frayeurs de la bombe A, ça semble dans l’immédiat tout à fait râpé.

Repéré par Thomas Burgel sur Popular Mechanics, publié le 28/05/2021 à 6h29

Photo en titre : Joli mais mortel, le champignon. | AFP

https://korii.slate.fr/tech/energie-chine-centrales-nucleaires-secretes-inquietent-monde-plutonium-arsenal-bombes-atomiques

LA RUSSIE PROJETTE D’ENVOYER UNE SONDE PROPULSÉE À L’ÉLECTRICITÉ NUCLÉAIRE VERS LA LUNE ET JUPITER

ESPACE –  Cette mission interplanétaire est prévue pour durer 50 mois avec un départ programmé pour 2030 depuis la base de Vostochny, au sud-est de la Sibérie

L’agence spatiale russe Roscosmos a dévoilé, le 22 mai, un projet de mission interplanétaire avec une sonde propulsée à l’électricité nucléaire. Ce module baptisé Zeus devrait décoller en 2030 pour un voyage en direction de la Lune, de Vénus puis de Jupiter d’une durée totale de 50 mois, rapporte Futura-Sciences.

D’après les informations de l’agence Spoutnik, le satellite de 22 tonnes sera propulsé par un « mini-réacteur nucléaire » de 500 kilowatts. Ce module Zeus sera lancé grâce au lanceur Angara-A5V depuis la base de Vostochny, au sud-est de la Sibérie.

Des missions de ce type déjà menées dans le passé

Il s’agira du premier projet de ce module nucléaire baptisé TEM dans le cadre duquel un contrat de 4,17 milliards de roubles (46,5 millions d’euros) a été conclu au mois de décembre 2020 par l’agence spatiale russe Roscosmos. Grâce à l’énergie nucléaire, les Russes souhaitent pouvoir bénéficier d’une source d’énergie de long terme qui permettra également d’aller dans des régions cachées du Soleil lors de missions longues.

Ce type de mission utilisant l’énergie nucléaire pour mener à bien des projets d’exploration nucléaire a déjà été tenté par le passé. En effet, l’URSS avait lancé 32 satellites propulsés grâce à l’énergie nucléaire entre 1970 et 1988. Mais des problèmes importants avaient été relevés à l’époque, notamment en 1977 lorsque des débris radioactifs du satellite Kosmos 954 étaient retombés au-dessus du Canada.

Par 20 Minutes avec agence, publié le 29/05/21 à 17h35, mis à jour le 29/05/21 à 17h35

Photo en titre : Europa, une des lunes de Jupiter, photographiée par la Nasa. — N.A.S.A./SIPA

https://www.20minutes.fr/sciences/3050167-20210529-russie-projette-envoyer-sonde-propulsee-electricite-nucleaire-vers-lune-jupiter?xtor=RSS-176

NDLR : sur 32 satellites (connus) propulsés grâce à l’énergie nucléaire, il est peu probable qu’un seul soit retombé sur un continent.

LES EXPERTS MILITAIRES CHINOIS EXHORTENT LE PAYS À RENFORCER LA DISSUASION NUCLÉAIRE EN MER FACE À L’INTENSIFICATION DE LA MENACE STRATÉGIQUE AMÉRICAINE

Face à une grave menace stratégique des États-Unis, la Chine doit augmenter le nombre d’armes nucléaires, en particulier sa dissuasion nucléaire en mer composée de missiles balistiques intercontinentaux lancés depuis des sous-marins, afin de dissuader une éventuelle action militaire des bellicistes américains, ont déclaré le 28 mai des experts militaires chinois, après des informations selon lesquelles le nouveau budget américain de la défense va moderniser l’arsenal nucléaire des États-Unis pour dissuader la Chine.

Selon les experts, disposer d’un arsenal nucléaire adapté à sa position aidera la Chine à sauvegarder sa sécurité nationale, sa souveraineté et ses intérêts de développement et à établir un ordre mondial plus stable et pacifique, ce qui sera bénéfique pour le monde entier.

Le budget de la défense américain, qui devait être envoyé au Congrès le 28 mai, devrait inclure des investissements dans la préparation des troupes, l’espace et l’Initiative de dissuasion dans le Pacifique visant à contrer l’existence militaire de la Chine dans la région ainsi que la technologie des armes nucléaires, a rapporté Reuters le 27 mai. 

Cependant, les experts militaires chinois estiment que les tentatives américaines de renforcer le déploiement militaire dans la région indo-pacifique n’augmenteront pas les bénéfices pour les États-Unis, car la plupart des pays de la région ne laisseront pas les flammes de la guerre allumées par les États-Unis les brûler. 

Selon Reuters, les États-Unis devraient acheter des navires et des avions et développer et tester des armes hypersoniques et d’autres systèmes d’armes de « nouvelle génération » pour renforcer leurs capacités de contrer la Russie et la Chine. Le budget total de la sécurité nationale sera de 753 milliards de dollars, soit une augmentation de 1,7% par rapport au chiffre de 2021. 

D’après les données, la Chine a quant à elle maintenu ses dépenses de défense à environ 1,3% du PIB ces dernières années, bien en dessous du niveau mondial moyen de 2,6%. Les États-Unis, de loin le premier pays du monde en matière de dépenses militaires, ayant dépensé environ quatre fois plus que la Chine ces dernières années. 

De leur côté, les analystes chinois ont souligné que la Chine n’a jamais ciblé les dépenses militaires américaines, pas plus qu’elle ne souhaite s’engager dans une quelconque forme de course aux armements avec les États-Unis. 

En revanche, les États-Unis ont exercé une plus grande pression militaire sur la Chine, envoyant des navires et des avions de guerre à une fréquence croissante vers la mer de Chine méridionale et le détroit de Taïwan. 

Les États-Unis préparent également ce que les médias américains ont appelé leur « plus grand exercice naval en une génération avec 25 000 hommes répartis dans 17 fuseaux horaires », dans le cadre de leur préparation à un « conflit éventuel » avec la Chine et la Russie. 

De plus, les États-Unis ont tenté de renforcer la militarisation de l’espace avec leur nouveau plan budgétaire, notamment leurs investissements dans les armes futures. Sachant que les États-Unis considèrent la Chine comme leur principal ennemi imaginaire, la Chine doit augmenter la quantité et la qualité de ses armes nucléaires, en particulier les missiles balistiques lancés depuis des sous-marins, pour protéger efficacement sa sécurité nationale, sa souveraineté et ses intérêts de développement, a déclaré le 28 mai au Global Times Song Zhongping, un expert militaire et commentateur de télévision chinois. 

Certains experts militaires estiment que la Chine devrait augmenter le nombre de ses missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) les plus avancés, le DF-41, qui a la plus longue portée opérationnelle parmi tous les ICBM chinois. 

Pour M. Song, le renforcement de la dissuasion nucléaire stratégique basée en mer est également une direction importante pour le développement futur de la Chine, car ces armes sont meilleures lors de frappes nucléaires furtives et secondaires. La Chine pourrait utiliser son missile balistique lancé par sous-marin (SLBM) le plus avancé pour contrer efficacement la menace américaine, a-t-il noté. 

La Chine vient de mettre en service trois navires de guerre dans la marine de l’Armée populaire de libération, à savoir le Changzheng 18, le Dalian et le Hainan, dans un port naval de Sanya, dans la province de Hainan (sud de la Chine), en avril. Les observateurs ont identifié le Changzheng 18 comme un probable sous-marin lance-missiles balistiques stratégique à propulsion nucléaire de type 09-IV. 

Selon Reuters, l’initiative américaine de dissuasion dans le Pacifique, créée pour contrer la Chine, se concentre sur la concurrence dans la région Indo-Pacifique et vise à renforcer la préparation des États-Unis dans la région en finançant des radars, des satellites et des systèmes de missiles. 

Wei Dongxu, un expert militaire basé à Beijing, a déclaré le 28 mai au Global Times que cette initiative permet aux États-Unis d’utiliser toute une variété de satellites d’espionnage pour effectuer des reconnaissances et des collectes de renseignements afin de fournir un soutien étendu et précis du renseignement aux opérations militaires américaines, y compris les opérations militaires conjointes avec leurs alliés, et les États-Unis utiliseront également leurs alliés, tels que des bases militaires américaines à l’étranger, pour déployer davantage de systèmes radar pour guider leurs armes. 

Le jour où son budget a été envoyé au Congrès, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin devait rencontrer le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, dans le cadre de la première visite du gouvernement indien à Washington, a annoncé le Pentagone, qui a ajouté que « la rencontre entre le secrétaire et le ministre des Affaires extérieures poursuivra les discussions qu’ils ont déjà eues à New Delhi en mars et poursuivra les solides relations bilatérales de défense et de sécurité entre nos deux pays ». 

Les experts militaires chinois estiment qu’il est probable que l’Inde achètera davantage d’armes américaines, organisera plus d’exercices militaires avec les États-Unis ou approfondira sa coopération avec les États-Unis dans le partage du renseignement militaire, et les États-Unis les utiliseront en échange de la coopération de l’Inde pour leur stratégie indo-pacifique. 

Mais l’Inde sera certainement plus réticente au sujet d’un éventuel déploiement militaire américain sur son sol, a affirmé M. Song, notant que le déploiement d’armes et de radars implique la souveraineté d’un pays, et que l’Inde, qui affirme poursuivre une politique étrangère indépendante, ne donnera probablement pas aux États-Unis une réponse satisfaisante sur ce point. Même si l’Inde souhaite approfondir sa coopération militaire avec les États-Unis, certaines coopérations telles que l’ouverture de bases militaires aux États-Unis ne sont pas une option pour elle, a-t-il ajouté. 

L’Inde pourrait ne pas être pas un partenaire idéal, et la plupart des alliés des États-Unis en Asie, notamment le Japon et la Corée du Sud, craignent également que les flammes de la guerre finissent par les brûler. 

En Corée du Sud, les protestations contre la présence militaire américaine se sont intensifiées ces dernières années, et la Corée du Sud ne permettra pas aux États-Unis de transformer l’Asie du nord-est en un champ de bataille et de plonger dans la guerre, ni de sacrifier ses relations avec la Chine, ont souligné des observateurs. 

De son côté, Zhang Junshe, chercheur principal à l’Institut de recherche en études militaires navales de l’APL, a déclaré le 28 mai au Global Times que l’Australie devrait probablement autoriser les États-Unis à déployer davantage d’équipements militaires sur son sol, ce qui en ferait le seul ami de Washington dans sa stratégie Indo-Pacifique. Mais en agissant ainsi, l’Australie fera aussi d’elle-même une cible pour les futurs conflits militaires entre les États-Unis et d’autres pays, a averti M. Zhang, ajoutant qu’un gouvernement responsable qui se soucie vraiment des intérêts de son peuple ne le permettrait jamais.

Par China.org.cn (que vous pouvez suivre sur Twitter et Facebook pour rejoindre la conversation).

Publié le 29 mai 2021

http://french.china.org.cn/china/txt/2021-05/29/content_77535217.htm

DES SOLDATS AMÉRICAINS RÉVÈLENT MALENCONTREUSEMENT DES SECRETS NUCLÉAIRES

Contraints de mémoriser un grand nombre d’informations et d’acronymes, des militaires chargés de l’arsenal nucléaire ont utilisé des applications en ligne comme outils de révision, dévoilant des informations sensibles sans s’en rendre compte.

Des soldats américains qui révisaient leurs connaissances en ligne ont révélé des secrets nucléaires, selon une enquête publiée, vendredi 28 mai, par Bellingcat. Le site d’investigation a pu localiser précisément les bombes thermonucléaires américaines stockées en Europe.

Les soldats américains chargés de cet arsenal sont régulièrement soumis à des questionnaires de sécurité longs et détaillés, ce qui les oblige à mémoriser un grand nombre d’informations et d’acronymes.

En recherchant sur Google des acronymes utilisés par l’armée américaine et associés au nom de bases militaires européennes connues pour abriter des missiles nucléaires – même si le gouvernement local ne l’a jamais reconnu – Bellingcat a découvert des fiches de révision en ligne divulguant la localisation exacte des missiles, précisant même s’ils étaient « actifs », c’est-à-dire s’ils étaient bien armés de têtes nucléaires.

Par exemple, sur des bases où sont stockés des missiles nucléaires aéroportés B61, les hangars à avions (PAS, selon l’acronyme anglais) sont équipés de systèmes de sécurisation des armements (WS3) et d’une armature en béton (vault) qui peut abriter quatre bombes thermonucléaires B61, explique l’auteur de l’article de Bellingcat, Foeke Postma.

Lire aussi: Une application de jogging menace la sécurité des bases militaires

En tapant dans la ligne de recherche Google « PAS », « WS3 » et « vault », en même temps que le nom d’une base militaire connue pour abriter de tels armements, le journaliste s’est vu proposer des applications gratuites de fiches de révision destinées aux étudiants, tels Chegg, Quizlet et Cram.

Fiches retirées des applications

Le gouvernement néerlandais n’a jamais reconnu officiellement que la base aérienne de Volkel, dans le sud-est du pays, abritait des armes nucléaires. Mais Bellingcat a découvert, sur l’application Chegg, 70 fiches de révision la concernant. On y apprend qu’il y a onze armatures de protection à Volkel, dont cinq sont « chaudes » – ce qui signifie qu’elles sont armées – et six « froides ».

D’autres fiches de révision trouvées sur l’application Cram révèlent que, sur la base d’Aviano, en Italie, l’armature 27 de la zone « Tango Loop » abrite un missile « froid ». Pis, un militaire avait renseigné, sur l’une de ces fiches de révision en ligne, les mots de passe et noms d’utilisateurs requis pour désactiver les systèmes de sécurisation WS3.

« Nous avons aussi pu trouver des détails sur (…) toutes les autres bases européennes connues pour abriter des armes nucléaires : Incirlik (Turquie), Ghedi (Italie), Büchel (Allemagne) et Kleine Brogel (Belgique) », note le site d’investigation, connu pour avoir démasqué des agents du GRU, le renseignement militaire russe, et documenté l’usage d’armes chimiques par le gouvernement syrien.

Lire aussi : « Il y a eu plus d’une centaine d’attaques chimiques en Syrie »

Ces fiches de révision datent de 2012, et la plus récente a été mise en ligne en avril 2021, fait savoir Foeke Postma, qui précise avoir tenté, sans succès, d’obtenir une réaction de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, du Pentagone et du commandement européen de l’armée américaine pour son article. Les fiches de révision ont été supprimées des applications à la suite de sa démarche.

Par Le Monde avec AFP, publié le 28 mai 2021 à 22h37, mis à jour le 29 mai à 05h42

Photo en titre : Le Pentagone, le 27 mars 2008. CHARLES DHAPARAK/ AP

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2021/05/28/des-soldats-americains-revelent-malencontreusement-des-secrets-nucleaires_6081945_4408996.html

« LES CENTRALES NE SERONT PAS ÉTERNELLES », AVERTIT L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a publié son rapport annuel le 27 mai. Devant les parlementaires français, le gendarme de la filière a insisté sur l’importance d’anticiper l’arrêt à venir de certains réacteurs.

Anticiper. C’était le maître mot du président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) lors de son audition à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Le gendarme de l’atome a dévoilé jeudi 27 mai son rapport annuel sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France. Parmi les risques identifiés : un manque de préparation face au vieillissement du parc nucléaire.

Efforts d’EDF, Orano et du CEA

En janvier 2020, le patron de l’ASN n’avait pas pesé ses mots pour dénoncer les « déficiences industrielles » du nucléaire en France. Tout n’est pas encore rose au pays de l’atome. L’autorité salue toutefois les efforts réalisés par EDF, Orano et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) alors que ces protagonistes de la filière ont dû gérer également l’impact de la crise sanitaire. « Les résultats de sûreté et de radioprotection sont globalement en amélioration en 2020, a introduit Bernard Doroszczuk, président de l’ASN. Chez EDF, par exemple, l’ASN considère que la rigueur d’exploitation a progressé avec une meilleure surveillance en salle de commande, un pilotage plus rigoureux des installations et l’amélioration de la gestion des écarts affectant les installations. »

Dans une certaine mesure, la crise sanitaire aurait contribué à ce bilan. L’autorité remarque, en lien avec la pandémie, « une meilleure présence des managers sur le terrain », « une plus grande attention à la réalisation des travaux » et « une pression moindre en ce qui concerne la durée des arrêts ». « Quelques constats viennent nuancer cette appréciation générale positive », nuance toutefois l’ASN, qui mentionne par exemple des écarts de conformité sur les groupes électrogènes de secours à moteur diesel. Ces systèmes d’alimentation sont complétés par les fameux diesels d’ultime secours post-Fukushima.

2040, « le point principal de préoccupation »

Devant les parlementaires, Bernard Doroszczuk a surtout évoqué l’avenir du parc nucléaire français. En février, l’ASN avait donné son feu vert pour prolonger de 40 à 50 ans la durée de vie des réacteurs de 900 MW. Mais le gendarme du nucléaire s’interroge déjà sur l’après. « Le point principal de préoccupation pour l’ASN est celui de l’horizon 2040. C’est-à-dire le moment où la durée de fonctionnement des réacteurs les plus anciens du parc nucléaire atteindra entre 50 et 60 ans », a expliqué le président de l’ASN. « La tentation pourrait être de vouloir prolonger la durée d’exploitation des réacteurs en service pour disposer d’un socle de production électrique pilotable non carboné suffisant. Rien ne permet aujourd’hui de garantir que ce sera possible. Dans ce contexte, nous estimons qu’il est absolument nécessaire d’anticiper », a-t-il poursuivi, mettant en garde contre toute « décision subie ».

L’horizon 2040 paraît éloigné. L’ASN rappelle toutefois la longue durée des chantiers du nucléaire, sans compter le temps du processus de décision. « Il conviendrait de poser dès à présent, dans le cadre de la prochaine PPE, la question de la durée de fonctionnement des réacteurs en exploitation de manière transparente et réaliste », a conseillé Bernard Doroszczuk. « Les centrales nucléaires ne seront pas éternelles. À un moment donné, elles devront être mises à l’arrêt », a souligné le président.

Le Parlement dans l’attente pour les déchets nucléaires

En janvier, le dirigeant avait alerté de la même façon l’exécutif sur la gestion des déchets nucléaires, étant donné les capacités limitées des centres de stockage existants. Le cinquième plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) qui doit s’étendre de 2021 à 2025 ne semble toujours pas arrêté. « À défaut de décision prise dans les cinq prochaines années, aucune filière de gestion ne sera opérationnelle dans les 20 ans qui viennent », s’alarme l’ASN. Le président de l’OPECST, Cédric Villani (Europe Écologie Les Verts), semblait aussi dans l’attente : « Pour l’évaluation du PNGMDR, tout bêtement nous sommes coincés par l’absence de publication par l’État. »

Dans cette logique d’anticipation, le président a également appelé à maintenir des marges en matière d’approvisionnement électrique. Selon lui, d’éventuelles tensions sur le réseau électrique, notamment en période hivernale, pourraient aussi avoir un impact sur la sûreté nucléaire : « Il ne faudrait pas que la situation tendue en matière de réseau électrique influence ou conditionne des décisions de sûreté que nous aurions à prendre. »

Si l’ASN ne commente pas les choix du gouvernement, ses propos font écho à une certaine discrétion de l’exécutif sur l’avenir de la filière nucléaire. Fin 2020, les rumeurs allaient bon train sur l’éventuelle annonce d’un programme de construction de six nouveaux réacteurs de type EPR. Emmanuel Macron avait finalement douché les espoirs de la filière, reportant toute décision à la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche). « Au plus tard en 2023 », avait déclaré le président de la République… Mais il n’est pas certain qu’EDF tienne ce calendrier. Sans attendre 2023, le débat sur des nouveaux réacteurs devrait toutefois s’inviter dans la campagne pour l’élection présidentielle de 2022.

Par Simon Chodorge, publié le 27 Mai 2021 à 15h27

Photo en titre : © abarbaux. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a évoqué l’épineuse question de la prolongation des réacteurs nucléaires français de 900 MW.

Simon Chodorge : Journaliste pour le site web de L’Usine Nouvelle, Simon Chodorge assure La Matinale depuis 2018 pour couvrir les évolutions les plus importantes de l’industrie. Il est en charge de la rubrique “L’industrie c’est fou” pour présenter des inventions uniques et des innovations improbables. Diplômé de Sciences Po Lille et du Celsa en master journalisme, il est passionné de science-fiction, de cinéma, d’histoires humaines… et extraterrestres.

https://www.usinenouvelle.com/article/les-centrales-ne-seront-pas-eternelles-avertit-l-autorite-de-surete-nucleaire.N1097139

MOBILISEZ-VOUS POUR UN ÉTÉ ANTINUCLÉAIRE

Rejoignez les nombreuses mobilisations liées à la lutte antinucléaire cet été, après la période compliquée que nous venons de vivre il y aura de quoi faire !

1, 2 et 3 juin à Bar-le-Duc, 3 jours de mobilisation en soutien aux malfaiteurs de Cigéo

Après 4 années d’instruction pour « association de malfaiteurs », les 1, 2 et 3 juin se tiendront au Tribunal de Bar-le-Duc les procès de sept militant·es de la lutte anti-Cigéo. Depuis de nombreuses années, le mouvement contre l’enfouissement des déchets radioactifs est criminalisé et subit une surveillance démesurée : mobilisons-nous durant ces trois jours pour affirmer que ce procès sera en réalité celui de Cigéo et du nucléaire.

En savoir plus : https://www.sortirdunucleaire.org/1-2-3-JUIN-a-BAR-LE-DUC-contre-Cigeo-le-nucleaire?origine_sujet=MOB202105

Du 22 au 29 juin à Montélimar : Mobilisation festive contre les 40 ans de la centrale du Tricastin

Le 12 juin 2021, c’est l’anniversaire officiel de la connexion du réacteur n°4 de Tricastin au réseau électrique. À cette date, les quatre réacteurs de la centrale nucléaire auront dépassé la durée de vie pour laquelle ils avaient été initialement conçus. Pour refuser cette prolongation dangereuse, exiger la fermeture de tous les vieux réacteurs ayant atteint 40 ans, et s’opposer à leur remplacement par des réacteurs EPR, nous appelons à une grande mobilisation. Conférence sur les travailleur·euses du nucléaire le 22 juin, manifestation festive et animations durant toute une journée le 26 à Montélimar, soutien aux militants de Greenpeace en procès le 29, venez nombreux·euses !

En savoir plus : https://www.sortirdunucleaire.org/26juin?origine_sujet=MOB202105

Du 24 juillet au 25 Août : La Grande Marche contre le nucléaire de La Hague jusqu’à Paris

Après une première édition en 2018, la Grande Marche revient pour exposer au plus grand nombre que développer un modèle énergétique sans nucléaire est possible et n’est pas synonyme de retour à la bougie. Au fil des jours et des étapes, des conférences seront tenues et axées sur le développement de la transition énergétique, son avancée et ses obstacles : tout savoir sur les façons possibles pour avancer ensemble vers une énergie 100 % renouvelable. La marche suivra le trajet suivant : La Hague – Flamanville – Caen – Le Havre – Paluel – Rouen – Louviers – La Défense – L’Assemblée Nationale à Paris.

En savoir plus : https://lagrandemarche.org/nous-aider/?origine_sujet=MOB202105

Du 16 au 26 août : Le camp des Rayonnantes

La mobilisation antinucléaire s’affirme en Meuse, où près de Bure, va s’installer durant dix jours un camp militant auto-géré pour se réapproprier les terres convoitées par l’Andra. L’objectif de ce camp : parvenir à tisser des liens et unir celles et ceux qui luttent contre un système destructeur, autoritaire et technocrate. Au fil des jours seront organisées des rencontres entre militants de différents mouvements, des formations pour se tenir informé des avancées du projet Cigéo, et des soirées désobéissantes afin de continuer à rendre la lutte belle et festive.

En savoir plus : https://www.sortirdunucleaire.org/LES-RAYONNANTES?origine_sujet=MOB202105

Du 18 au 22 août : Les Universités d’Été des mouvements sociaux et des solidarités

Organisées par plus d’une vingtaine de structures différentes, c’est à Nantes que se tiendront cette année les Universités d’Été des mouvements sociaux et des solidarités, un véritable temps de rencontre et d’échange au sein du monde militant. Durant quatre jours, plusieurs centaines de collectifs, de syndicats et d’organisations issues de divers horizons viendront exposer leurs engagements et leurs façons de lutter au quotidien.

En savoir plus : https://ue2021.org/?origine_sujet=MOB202105

LA CRIIRAD VOUS REMERCIE DE VOTRE SOUTIEN POUR LE LANCEMENT DE SON RÉSEAU CITOYEN DE VIGILANCE SUR LA RADIOACTIVITÉ, CIVIRAD.

Le 17 mars, la CRIIRAD lançait une campagne de financement participatif dans l’objectif de développer son Réseau Citoyen de Vigilance sur la RADioactivité, CiViRAD. La collecte s’est achevée le 17 mai dernier et c’est avec beaucoup de gratitude et de reconnaissance que nous vous annonçons aujourd’hui un résultat bien au-delà de nos espérances.

Grâce à de nombreux et généreux dons, nous avons réuni près de 54 000€ ! Cette très belle somme représente 145% de notre objectif initial de 37 000€. Ce dernier avait évolué au fil de la campagne, tenant compte de sa dynamique très positive. 

Nous remercions infiniment l’ensemble des donateurs et donatrices pour leur soutien et leurs encouragements.

L’équipe du laboratoire de la CRIIRAD en charge de la coordination du réseau CiViRAD va désormais pouvoir s’atteler à la mise en place des différentes étapes du projet.

Dans un premier temps, un budget de 11 000€ sera consacré à l’organisation d’une nouvelle session de formation pour les membres du réseau. L’acquisition de compétences renforcées leur permettra dans la deuxième phase du projet de réaliser des mesures et des prélèvements dans l’environnement autour des centrales nucléaires. L’analyse des échantillons au laboratoire de la CRIIRAD permettra,

.d’estimer, par comparaison, l’ampleur des retombées radioactives en cas de contamination, et

. d’en informer rapidement la population.

Notre objectif initial prévoyait une seconde enveloppe de 26 000€ dédiée à la couverture de 10 des 18 centrales nucléaires françaises (soit 2 600€ par site). Grâce au budget supplémentaire dont nous disposons à l’issue de la campagne, nous sommes en mesure de réaliser le suivi de 16 sites.

Afin de couvrir l’ensemble des 18 sites nucléaires français de production d’électricité, la CRIIRAD a décidé de compléter la somme manquante par un budget propre.

Depuis sa création en 1986, la CRIIRAD œuvre pour le respect du droit à l’information et l’obtention d’une réelle radioprotection. Le réseau CiViRAD se place dans la continuité des actions et outils mis en place par l’association pour la diffusion d’une information transparente et indépendante des autorités et des industriels du nucléaire.

Nous tenons à remercier une nouvelle fois l’ensemble des personnes qui soutiennent ce projet. Les donatrices et donateurs éligibles aux contreparties seront contactés dans les semaines à venir.

À bientôt pour des nouvelles du réseau CiViRAD !

Par la CRIIRAD, message reçu le 27 mai à 18h45

CRIIRAD, 29 Cours Manuel de Falla, 26000 VALENCE

www.criirad.org

L’ASSOCIATION NÉGAWATT AFFIRME QU’ON PEUT DIVISER PAR 2 NOTRE CONSOMMATION D’ÉNERGIE FINALE

Marc Jedliczka, porte-parole de l’Association négaWatt : « la conjugaison de ces deux familles de mesures, sobriété et efficacité, permet de diviser par 2 la consommation finale d’énergie de la France »

Depuis une quinzaine d’années, l’association négaWatt propose des scénarios de transition énergétique pour la France. Marc Jedliczka, l’un de ses porte-parole revient sur la faisabilité du scénario négaWatt qui mise sur la réduction de la consommation d’énergie pour permettre aux énergies renouvelables de répondre à la demande énergétique du pays.

Qu’est-ce que le scénario négaWatt ?

Le scénario négaWatt est un scénario de transition énergétique qui permet d’atteindre la neutralité carbone tout en fermant progressivement les 56 réacteurs nucléaires en activité, en ne lançant pas la construction de nouveaux réacteurs et en ne démarrant même pas l’EPR de Flamanville. Pour autant, la sortie du nucléaire n’est pas une fin en soi. Notre scénario vise avant tout à sortir complètement des énergies fossiles tout en s’inscrivant dans le respect des 17 Objectifs de Développement Durable des Nations Unies. négaWatt montre que pour ce faire, le nucléaire n’est pas nécessaire.

Concrètement qu’est-ce que cela signifie ?

Si le scénario envisage de se passer du nucléaire à terme, il ne s’agit pas pour autant de sortir de cette énergie du jour au lendemain, mais de mener les réacteurs actuellement en service au terme prévu de leur durée de vie dans des conditions de sécurité acceptables. Notre hypothèse de travail propose de miser d’une part sur des mesures de maitrise de la consommation d’énergie grâce à l’efficacité et la sobriété, d’autre part sur le développement des énergies renouvelables. C’est ce qui permet de ne pas prolonger la durée de vie des centrales outre-mesure ni de démarrer de nouveaux réacteurs.

Comment y parvenir ?

La sobriété correspond à des comportements individuels ou collectifs qui visent à réduire la demande d’énergie pour rendre ce que l’on appelle « des services énergétiques » tels que se chauffer, s’éclairer, se déplacer, communiquer, etc… Un exemple typique est la réduction de la vitesse sur les routes qui permet de répondre au besoin de se rendre d’un point A à un point B certes en prenant un peu plus de temps mais en consommant beaucoup moins d’énergie et en émettant beaucoup moins de gaz à effet de serre. Les mesures d’efficacité quant à elles visent à améliorer les rendements en travaillant par exemple sur l’isolation des bâtiments ou le rendement des moteurs, afin qu’ils consomment moins à performances équivalentes. Le scénario négaWatt a démontré dès 2011 que la conjugaison de ces deux familles de mesures, sobriété et efficacité, permet de diviser par 2 la consommation finale d’énergie de la France. Les énergies renouvelables peuvent alors répondre à une demande réduite en énergie. Cette ambition a d’ailleurs été reprise dans les objectifs fixés par la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015. Ajoutons que la France est un pays privilégié puisque notre géographie et notre météorologie offrent beaucoup de vents, de soleil, de forêts et de rivières pour produire localement l’énergie renouvelable dont nous avons besoin pour répondre à une demande divisée par 2.

Quelle surface du territoire faudrait-il consacrer à cette production d’énergies renouvelables ?

Les besoins en surfaces dédiées sont raisonnables. Il nous faudrait environ 20 000 éoliennes terrestres (contre 8 000 actuellement), soit moins que le parc aujourd’hui en service en Allemagne et, par ailleurs, les côtes françaises sont assez étendues pour permettre de développer l’éolien off-shore sans saturer l’espace. Les panneaux photovoltaïques peuvent être installés sur les bâtiments ou recouvrir des infrastructures existantes telles que les parkings ou encore les friches industrielles. Il n’y a pas besoin d’aller installer des énergies renouvelables en allant chercher des terrains agricoles ou des espaces naturels à préserver. La surface totale de panneaux à installer représente entre 900 et 1 200 km2, soit entre 0,17 et 0,23 % de la superficie totale du territoire de la France métropolitaine, Cela reste un faible pourcentage du territoire. Enfin, le scénario négaWatt mise aussi sur la biomasse (bois et biogaz), sans recourir aux cultures énergétiques qui entreraient en concurrence avec l’alimentation.

Dans votre scénario, vous voyez donc le nucléaire comme une énergie de transition plutôt qu’une énergie durable ?

Nous exploitons au mieux le nucléaire existant, dont la durée de vie peut être prolongée sous certaines conditions. Mais nous refusons la construction de nouvelles centrales car la filière a montré ses limites et se trouve dans une impasse technologique partout dans le monde, notamment sur la question de la gestion des déchets. En France, 80 % des réacteurs ont été construits en 10 ans, ils arrivent donc tous au même âge à peu près en même temps, ce qui fait qu’on subit « un effet falaise » qui complexifie la transition car cela impose de raisonner réacteur par réacteur si l’on veut éviter les risques à la fois sur la sécurité d’approvisionnement et sur la sécurité tout court.

Le nucléaire peut donc être considéré comme une énergie de transition, au même titre que le gaz fossile communément appelé « naturel » que l’on l’importe principalement de Russie ou d’Algérie. Il émet moins de CO2 que le charbon et peut jouer un rôle à court terme dans la mobilité, notamment des véhicules les plus lourds, avant d’être progressivement remplacé par du gaz renouvelable qui peut être issu de la méthanisation des matières organiques (biogaz), de la gazéification du bois ou des excédents d’électricité renouvelable (via la « méthanisation » de l’hydrogène) – quand il y en aura, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, la France étant très en retard sur ses propres objectifs en la matière.

Pensez-vous que les gens sont prêts à faire des efforts pour aller vers plus de sobriété que ce soit à l’aide de la technologie ou en modifiant leurs comportements ?

Penser que les gens vont spontanément faire des efforts, c’est se bercer d’illusions. Le sujet doit impliquer l’ensemble de la société, à commencer par nos dirigeants s’ils ont une once de sincérité dans leurs engagements climatiques. Des efforts de pédagogie restent plus que jamais nécessaires. Il faut aussi sortir du mythe de la croissance infinie dans un monde fini et de certaines contradictions. Par exemple, comment dire qu’il faut réduire l’impact de notre consommation, si la publicité ne cesse d’inciter à consommer davantage sans se soucier de l’avenir de la planète… comment va-t-on y arriver ? Les incitations ne suffiront pas. Les tergiversations autour de la loi climat et résilience, qui s’avère très décevante alors qu’elle était censée reprendre « sans filtre » les mesures proposées par la Convention Citoyenne pour le Climat, montrent bien la difficulté de l’exercice.

Propos recueillis par Julien Leprovost, publié le 27 mai 2021

https://www.goodplanet.info/2021/05/27/marc-jedliczka-negawatt-sobriete-efficacite-diviser-par-2-consommation-energie-france/

ORANO LA HAGUE VEUT ACCROÎTRE LA CAPACITÉ DE STOCKAGE DE TROIS PISCINES

La Hague (awp/afp) – Orano, anciennement Areva, veut être autorisé à entreposer plus de combustibles irradiés dans trois de ses piscines de la Hague (Manche), a indiqué jeudi la direction du site qui concentre le plus de matière radioactive en Europe.

« Ce projet de densification permet un gain de 30% des capacités de ces trois bassins. C’est une disposition technique jusqu’à la mise en œuvre de la piscine qu’EDF a prévu de mettre en service en 2034« , à La Hague, a indiqué Jean-Christophe Varin le directeur adjoint de ce site de retraitement de déchets nucléaires.

Les quatre piscines d’Orano à la Hague sont menacées de saturation à l’horizon 2030.

En attendant la nouvelle piscine, Orano projette ainsi de « réduire l’espace » entre les différents paniers qui comprennent les combustibles en cours de refroidissement et de « réduire la taille des paniers« , pour en mettre plus par piscine.

Varin s’exprimait lors d’une commission locale d’information (CLI) qui réunissait à La Hague élus locaux, syndicats, associations, industriel et autorités.

Les trois piscines concernées passeraient ainsi d’une capacité totale de 12’000 tonnes de combustibles à 15’600 tonnes. Le site comprend quatre piscines d’une capacité totale de 14’000 tonnes environ, selon Orano.

Près de 9710 tonnes de combustibles refroidissaient fin avril dans les piscines de La Hague, vers laquelle convergent tous les combustibles irradiés dans les centrales nucléaires françaises.

Orano espère un début de mise en service de ces nouvelles capacités début 2025, si l’entreprise obtient le feu vert de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) après un dépôt de dossier espéré en juillet 2022.

« Densifier c’est augmenter la quantité de radioactivité qu’il y a dans une piscine. La température de l’eau va passer de 45 à 55 degrés. L’enjeu c’est le refroidissement« , s’est inquiété le chargé des questions nucléaires en France Yannick Rousselet interrogé par l’AFP.

Orano a elle assuré à l’AFP qu’avec la densification la température de l’eau serait maintenue à un niveau inférieur à 50 degrés contre 45 aujourd’hui. « Pour satisfaire aux exigences de sûreté, des moyens de refroidissement complémentaires seront ajoutés« , précise l’entreprise.

« Rapprocher les combustibles » est certes un « risque » mais ce ne serait « pas un enjeu technique majeur » car « Orano va changer le matériau du panier« , a expliqué M. Varin lors de la CLI.

« L’ASN a une pression très très forte. Elle va se retrouver à se dire ‘comment on fait puisque la piscine, on ne l’aura pas avant 2034, est-ce que je ne suis pas obligée d’accepter cette densification?‘ », a estimé M. Rousselet durant la CLI.

Par afp/buc, © AWP 2021, publié le 27/05/2021 à 18h03

https://www.zonebourse.com/cours/action/ELECTRICITE-DE-FRANCE-4998/actualite/Orano-veut-accroitre-la-capacite-de-stockage-de-trois-piscines-33369338/

LE PROCÈS DES OPPOSANT.ES À CIGÉO DOIT ÊTRE CELUI DE LA FILIÈRE NUCLÉAIRE – SOLIDARITÉ AVEC LES « MALFAITEURS » !

Communiqué du 28 mai 2021 – Les 1er, 2 et 3 juin 2021, sept personnes sont convoquées devant le tribunal de Bar-le-Duc avec le chef d’accusation inique de participation à une « association de malfaiteurs« .

Ce qu’on leur reproche ? Tout simplement de s’être investies dans la lutte contre Cigéo, ce projet dangereux et imposé d’enfouissement des déchets les plus radioactifs. Nous appelons à leur manifester un soutien massif. Ceux qui méritent un procès, ce sont ceux qui produisent et imposent ces déchets radioactifs ingérables à la population, pas les personnes en lutte !

Le 20 juin 2018, une dizaine de personnes investies dans la lutte contre le projet Cigéo ont été réveillées à l’aube par la police et ont dû subir, pour certaines d’entre elles, jusqu’à 60h de garde à vue. Certaines furent placées sous le chef d’accusation inique de « participation à une association de malfaiteurs », tout comme d’autres personnes ajoutées ultérieurement à cette procédure odieuse. Pour en parvenir là, l’État avait déployé des moyens dignes de la lutte antiterroriste :

. 100 téléphones mis sous écoute,

. des balises placées sous des voitures,

. une cellule de gendarmerie spécialement dédiée aux opposant.es à la poubelle nucléaire.

… Et tout cela pour un dossier aussi volumineux que vide [1] !

Les éléments dévoilés par plusieurs médias le montrent : ce qu’on reprochait à ces personnes, c’était tout simplement d’avoir joué un rôle actif dans cette lutte. S’être organisé, avoir participé à des manifestations, être en contact avec de nombreuses personnes… voilà ce qui suffit, pour les autorités françaises, à être catalogué comme « malfaiteur » !

Personne n’est dupe : cette artillerie lourde avait pour seul objectif de tenter de discréditer et paralyser un mouvement pluriel et divers, qui tenait tête à l’Andra. Pendant plus de deux ans, une partie de ces personnes ont été interdites de territoire sur les lieux mêmes où elles s’impliquaient (alors que certaines habitaient le village voisin !). En raison de contrôles judiciaires absurdes, des dizaines de personnes ont été empêchées de se parler. Des liens amicaux ont été mis à mal, l’activité d’associations et de collectifs entiers a été entravée par ces mesures surréalistes. Le Réseau « Sortir du nucléaire » lui-même a été confronté à un casse-tête : comment assurer un fonctionnement associatif normal alors que deux membres de son Conseil d’administration n’étaient plus censées échanger ni se retrouver dans la même pièce ?

Solidaires des sept prévenu.es, nous exigeons leur relaxe : si s’engager contre Cigéo peut mener au qualificatif de membre d’une « association de malfaiteurs« , ce sont des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes qui pourraient à leur tour revendiquer cette appellation ! Nous dénonçons le harcèlement judiciaire dont font l’objet depuis plusieurs années les opposant.es [2]. Ces procédures arbitraires devraient nous inquiéter toutes et tous, dans un contexte où l’État adopte un tournant de plus en plus autoritaire et réprime les mouvements sociaux.

Les véritables malfaiteurs, ce ne sont pas celles et ceux qui s’opposent à l’enfouissement des déchets, mais bien cette industrie et ces institutions qui imposent à la population le nucléaire et ses déchets. Ce sont bien elles qui devraient être convoquées à la barre,

. elles qui polluent les territoires des peuples autochtones avec les mines d’uranium ;

. elles qui font peser en permanence sur les populations un risque d’accident nucléaire majeur, auquel ces dernières sont censées se préparer en se munissant sagement de leurs pilules d’iode et en s’informant sur le « post-accident nucléaire » ;

.  elles qui produisent ces matières radioactives qui resteront dangereuses sur des durées dépassant le temps des civilisations humaines !

Pourquoi réprime-t-on les opposant.es à Cigéo ? N’est-ce pas pour détourner l’attention des failles persistantes de ce projet ?

En janvier 2021, l’Autorité environnementale a publié un avis cinglant sur le dossier de demande de déclaration d’utilité publique déposé par l’Andra. Informations manquantes, absence de démonstration de la possibilité de récupérer les déchets, risques de contamination des eaux, impacts sur la biodiversité minimisés… celui-ci donne raison aux critiques exprimées depuis des années par les opposant.es. Pour noyer le poisson, l’Andra prétend maintenant… organiser elle-même une conférence de citoyens ! Mais quel sens a ce simulacre de démocratie lorsqu’on réprime des militant.es ? Construit-on une société sereine en utilisant des forces militaires contre des civils ? Combien de temps encore va-t-on imposer la folie nucléaire aux citoyens ?

Nous appelons à venir massivement soutenir les prévenu.es à Bar-le-Duc les 1, 2 et 3 juin et à participer à la manifestation festive qui aura lieu mardi 1er juin à 14h. « Et c’est qui les « malfaiteurs » ? »

Notes

[1] Voir l’enquête publiée par Libération en novembre 2018

[2] Voir le rapport de la Ligue des Droits de l’Homme à ce sujet.

Contact presse : Martial Chateau – 06 45 30 74 66

Retrouver toutes les informations sur le procès et les événements organisés en soutien aux prévenu.es sur https://bureburebure.info/123proces/

Toutes les informations sur les rendez-vous destinés aux médias sur cette page : https://noussommestousdesmalfaiteurs.noblogs.org/infos-presse/

https://www.sortirdunucleaire.org/Le-proces-des-opposant-es-a-Cigeo-doit-etre-celui

NUCLÉAIRE : LE DÉMARRAGE DE L’EPR DE FLAMANVILLE POURRAIT ENCORE ACCUSER DU RETARD…

Le président de l’ASN a estimé ce jeudi que les solutions envisagées par l’EPR de Flamanville face aux problèmes de soudure ne garantissent pas toutes le respect du calendrier.

Le président de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) s’est montré relativement sceptique ce jeudi 27 mai 2021. Auditionné par des parlementaires au Sénat, Bernard Doroszczuk a prévenu que le problème des piquages pourrait entraîner un nouveau retard dans le calendrier du réacteur EPR de Flamanville (Manche). 

Trois piquages du circuit primaire principal, correspondant à la partie d’une tuyauterie qui la raccorde à une autre ou à un récipient, présentent en effet un écart par rapport au référentiel d’étude. Détectés en 2013, ils ont été rapportés à l’ASN par EDF le 3 mars dernier. Au début du mois d’avril, l’ASN avait déjà averti « qu’il n’y avait plus de marge » pour un démarrage de l’EPR à la fin de l’année 2022. 

À lire aussi : Nucléaire: un nouveau contre-temps pour l’EPR de Flamanville

Consolidation ou réparation

Lors de son audition de ce jeudi, Bernard Doroczczuk a rappelé que l’« on ne peut pas exclure la rupture de ces soudures et donc il faut bien évidemment les consolider ou les réparer ». 

EDF envisage trois options : consolider le piquage avec des colliers de maintien, couper et remplacer les tronçons en question, ou réparer les soudures. Or, seule la première option permettrait selon le président de l’ASN « d’espérer rester dans le calendrier visé ». Une décision est attendue d’ici à l’été sur la faisabilité de cette option, privilégiée par EDF. 

À lire aussi:EPR de Flamanville : l’ASN donne son feu vert pour les huit soudures problématiques

Des problèmes de soudure 

Outre ces problèmes de piquage, plusieurs soudures du circuit secondaire doivent être reprises par EDF. Une centaine d’opérations est encore à réaliser. Le vendredi 21 mai 2021, le directeur de l’achèvement et des essais pour EDF David Le Hir avait confié être prêt « à passer à une phase industrielle, en déployant 500 soudeurs ». L’objectif ? Terminer ce travail avant le mois de septembre, alors qu’ils sont dans l’attente d’ « une non-objection de la part de l’ASN ». 

Bernard Doroczczuk est revenu sur ces problèmes également, qui avaient conduit EDF en 2019 à annoncer un retard d’au moins trois ans pour l’EPR. « Il n’y a plus de marge par rapport à l’objectif qu’a EDF d’obtenir une autorisation de mise en service pour fin 2022. La réparation de ces soudures est sur le chemin critique », a martelé Bernard Doroszczuk.

Par Thibault Delafosse, La Presse de la Manche, publié le 27 Mai 21 à 16h01 

Photo en titre : Le calendrier de démarrage de l’EPR de Flamanville sera difficile à tenir selon l’ASN. (©Jean-Paul BARBIER)

https://actu.fr/normandie/flamanville_50184/nucleaire-le-demarrage-de-l-epr-de-flamanville-pourrait-encore-accuser-du-retard_42170821.html

LA RUSSIE DÉPLOIE DES BOMBARDIERS À CAPACITÉ NUCLÉAIRE SUR UNE BASE MILITAIRE EN SYRIE

Dans sa dernière initiative visant à renforcer sa sphère d’influence dans la région méditerranéenne, la Russie a annoncé mardi qu’elle avait déployé trois bombardiers à longue portée à capacité nucléaire sur sa base militaire en Syrie.

Le ministère russe de la Défense a déclaré que trois bombardiers Tu-22M3 étaient arrivés à la base aérienne de Hemeimeem, située dans la province côtière syrienne de Lattaquié et principale plaque tournante des opérations de Moscou dans le pays.

Le ministère a déclaré que les équipages de bombardiers effectueraient une série de missions d’entraînement au-dessus de la Méditerranée. Le Tupolev Tu-22M3, dont le nom de code est Backfire par l’OTAN, est un bombardier supersonique bimoteur à longue portée capable de transporter des armes nucléaires et d’une portée dépassant 5000 kilomètres (3100 miles).

La Russie mène une campagne militaire en Syrie depuis septembre 2015, permettant au régime de Bashar Assad de reprendre le contrôle de la majeure partie du pays à la suite d’une guerre civile dévastatrice.

Le ministère russe a déclaré que la piste de Hemeimeem avait été étendue pour accueillir les bombardiers lourds et qu’une deuxième piste avait été modernisée.

La Russie a également étendu et modifié une base navale dans le port syrien de Tartous, la seule installation de ce type que la Russie possède actuellement en dehors de l’ex-Union soviétique.

Dans le cadre des efforts du président Vladimir Poutine pour renforcer l’armée russe dans un contexte de tensions avec l’Occident, la marine russe a relancé ces dernières années la pratique de l’ère soviétique consistant à faire tourner constamment ses navires de guerre en Méditerranée.

Le déploiement des bombardiers marque la première fois depuis l’époque de la guerre froide que Moscou a stationné des bombardiers lourds dans la région.

On estime qu’environ 60 Tu-22M3 restent en service dans l’armée de l’air russe, et certains ont effectué des missions de bombardement pour frapper des militants en Syrie depuis leurs bases en Russie.

Les médias russes ont déclaré que le Tu-22M3 pourrait être modernisé pour transporter les derniers missiles hypersoniques.

Par LaminuteInfo, publié le 26 mai 2021 à 14h11