NUCLÉAIRE FRANÇAIS ET CATTENOM : L’ENQUÊTE QUI DÉRANGE

CattenomPour éviter un accident nucléaire majeur, toutes les centrales nucléaires françaises disposent de groupes électrogènes de secours. Mais ceux-ci seraient dans un état «dégradé», voire «inacceptable», a révélé le Journal de l’énergie, grâce à des lanceurs d’alertes. À Cattenom, le directeur déplore cette polémique. Explications.

« On a mis sur la place publique qu’un des éléments les plus importants pour la sûreté nucléaire des réacteurs était mal entretenu. Et ça, EDF aura du mal à le contester », nous explique Martin Leers. Ce qui rend ce journaliste français si confiant, ce sont plusieurs documents internes provenant du géant français de l’électricité EDF.

En mars dernier, il a publié une enquête dans le Journal de l’énergie, un média français en ligne indépendant, qui pointe un élément crucial de sécurité : les diesels de secours. Présents dans toutes les centrales nucléaires françaises, ces immenses moteurs doivent, en cas de coupure du réseau électrique national, fournir aussitôt l’électricité vitale au refroidissement du cœur nucléaire et du combustible radioactif, et pour plusieurs jours, voire semaines. Sans refroidissement, le combustible fond en quelques heures, et la radioactivité devient incontrôlable : c’est l’accident nucléaire majeur, que redoute le proche Luxembourg (situé à 10 km de la centrale).

État «dégradé», voire «inacceptable»

Bref, ces moteurs doivent impérativement tourner rond! Or, révèle l’enquête, le contrôle technique est loin d’être vierge : «Aucun bilan effectué sur les diesels de secours en 2014 des réacteurs français n’est classé en « état correct ».» Ces systèmes de secours sont tous classés : «état à surveiller», «état dégradé» et «état inacceptable», écrit Le Journal de l’énergie.

Il cite aussi pas moins de 600  anomalies «actives» signalées sur ces diesels en mai 2014, et 458 en mars 2015, et donne l’exemple de «nombreux suintements ou fuites d’huile, d’air ou de carburant sur les circuits auxiliaires des groupes électrogènes (qui) dégradent la fiabilité d’ensemble». Et dans la majorité des cas, ces anomalies ont «pour origine une erreur humaine».

La centrale de Cattenom n’est pas épargnée : ses diesels sont soit «à surveiller», soit pour la plupart «dégradés». « Dans nos documents, on voit que Cattenom est loin d’être exemplaire. On s’est même aperçu qu’il y avait eu des oublis et qu’ils n’ont parfois pas été contrôlés. »

Certes, EDF a également prévu des groupes électrogènes d’«ultime secours», chargés de pallier un défaut des diesels. Mais pour ces «secours des secours», pas de bol, un bilan d’EDF en 2014 les classe aussi dans un état «à surveiller» (48,7  %), ou «dégradé» (40,5  %), affirme le journal.

Donc, « est-ce que tout va bien, ou bien est-ce qu’EDF a fait des économies sur la sécurité de son matériel et sur la maintenance? J’ai demandé à un ingénieur américain, car la méthodologie de ces documents est américaine, si ces bilans révélaient quelque chose de grave. Et il m’a dit que si vous avez une voiture avec plusieurs voyants allumés, c’est qu’il y a un souci. Il y a un problème, et il est bien réel. »

D’ailleurs, « les documents ont intéressé particulièrement les autorités de sécurité en France, notamment l’IRSN (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), ainsi que l’Autorité de sûreté nucléaire qui, à la suite de notre publication, a quand même dit qu’EDF devait progresser dans la maintenance du matériel ».

«Il y a une omerta sur le nucléaire»

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http://www.lequotidien.lu/grande-region/nucleaire-francais-et-cattenom-la-fuite-qui-derange-dossier/