Juil 20

EDF: LES SYNDICATS TIRENT LA SONNETTE D’ALARME SUR HINKLEY POINT

SyndicatsLe ton monte entre EDF et ses syndicats autour du projet des deux EPR britanniques d’Hinkley Point. En cause notamment, des dépenses faramineuses en perspective pour l’électricien.

Rien ne va plus entre EDF et ses syndicats. L’objet de la discorde est toujours ce satané projet des deux EPR britanniques d’Hinkley Point, d’un budget de 24 milliards d’euros. Estimant que la consultation du comité central d’entreprise (CCE) est désormais terminée, l’électricien s’apprête à réunir son conseil d’administration pour fixer la date de la décision finale d’investissement. Au préalable, une réunion s’est tenue hier entre les syndicats et Emmanuel Macron pour discuter de l’avenir de la filière nucléaire. Celle-ci a tourné court. Les fédérations de l’énergie et de la métallurgie CGT, FO, CFE-CGC et Unsa Industrie ont claqué la porte et seule la délégation de la CFDT est restée.

L’objet du courroux? La présence du PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy. « C’était une réunion ministère-syndicat, s’insurge Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la fédération mines-énergie CGT. Hier à 10 heures, on a reçu un mail, nous indiquant que Jean-Bernard Lévy serait présent. Il était finalement là avec Marianne Laigneau (la directrice des ressources humaines d’EDF, NDLR) et Martin Vial, le patron de l’Agence des participations de l’Etat. On ne voulait pas se faire instrumentaliser d’autant que la réunion ne devait durer qu’une heure. Si Macron souhaitait un échange plus large, il fallait aussi inviter les dirigeants du CEA et d’Areva ». Pour la CFDT, le blocage n’est pas une solution. Dans un communiqué, la centrale de Laurent Berger se désole de « ces rendez-vous manqués (qui) sont dommageables avant tout pour les salariés et l’avenir de la filière nucléaire« . Avant de quitter à son tour la réunion, la CFDT a demandé « la tenue d’un Comité Stratégique de Filière Nucléaire pour que tous les acteurs soient présents et puissent, peut-être, enfin prendre leurs responsabilités ». 

100 milliards d’euros de dépenses d’ici à 2030

L’opposition des quatre syndicats à Hinkley Point repose essentiellement sur deux points. D’abord la fragilité actuelle des finances d’EDF vu les dépenses faramineuses que l’entreprise doit engager: 100 milliards d’euros d’ici à 2030 selon la Cour des Comptes. Le second point porte sur l’état de la filière nucléaire française. « Elle n’est pas stabilisée, dit Marie-Claire Cailletaud. EDF n’a toujours pas repris Areva NP (les réacteurs, NDLR) et les centrales d’Areva connaissent des malfaçons ». La très pro-nucléaire CGT, premier syndicat de la maison, freine donc des quatre fers en indiquant qu’il serait plus raisonnable d’attendre le retour d’expérience de l’EPR de Flamanville qui doit être connecté au réseau fin 2018. C’est d’autant plus nécessaire, indique Marie-Claire Cailletaud, que les Britanniques demandent pour Hinkley Point des spécifications nouvelles, comme un contrôle commande numérisé ». 

En partant la fleur au fusil, on risque de reproduire la catastrophe de l’EPR finlandais Olkiluoto, dit-elle. Quant à l’argumentaire tenant à dire qu’en différant le projet, EDF risquerait de le perdre au profit de concurrents étrangers, ça ne tient pas. Car il faut deux à trois ans pour certifier un réacteur. Et qu’EDF possède les terrains d’Hinkley. « Pour autant, Emmanuel Macron n’en démord pas. Il martèle qu’il faut faire Hinkley Point. Il y a quelques semaines, le ministre de l’Economie évoquait pour septembre la date de la décision finale d’investissement. Jean-Bernard Lévy est sur la même longueur d’onde. Pour le PDG d’EDF, le Brexit ne change rien car EDF n’a pas signé avec un gouvernement mais a conclu un contrat bilatéral avec la couronne britannique. « Ne pas faire Hinkley Point mettrait en péril la filière nucléaire française », disait-il récemment. 

http://www.challenges.fr/energie-et-environnement/20160719.CHA1982/edf-les-syndicats-tirent-la-sonnette-d-alarme-sur-hinkley-point.html