Août 18

RTE : CACHEZ CE NUCLÉAIRE QUE JE NE SAURAIS VOIR !

CachezLe dernier bilan énergétique du Réseau de Transport d’Électricité national minore curieusement ce qui saute aux yeux : l’énergie électrique en France marche essentiellement grâce au nucléaire !

Le Réseau de Transport d’Électricité national (RTE), filiale à 100% d’EDF, produit chaque année un « bilan électrique ». La version 2016 est stupéfiante! Le nucléaire, pourtant acteur majeur de notre système électrique avec plus de 75% de la production, y est marginalisé.

Est-ce un tour de magie cousu de fils verts, ou une suggestion du nouveau patron de RTE, l’ex député socialiste François Brottes ? Ce dernier a été un pilier de la nouvelle loi de transition énergétique pour une croissance verte, avant d’être directement promu directeur de RTE mi-2015 par le pouvoir politique, peut-être pour impulser une orientation verte dans ce secteur.

La contribution nucléaire n’apparaît que dans un seul graphe et chiffre clé de 76,3% de la production nationale n’est assorti d’aucun commentaire. En revanche, les productions minoritaires des énergies renouvelables, notamment éoliennes et photovoltaïques (PV), sont abondamment commentées pour en souligner la croissance et l’importance.

Dans la synthèse en début de document, les productions renouvelables sont à dessein rapportées à la consommation intérieure (qui est d’environ 15% inférieure à cause des exportations et des pertes), ce qui revient à les gonfler.

Ainsi,  il est annoncé 4,5% pour l’éolien, 1,6% pour le solaire PV et 18,7% pour l’ensemble des renouvelables…, mais le nucléaire n’y figure pas !  Sans doute parce que le chiffre de 87,5% ferait désordre pour tomber sur un total de 100%.

Production nationale avant tout nucléaire

Il faut attendre la page 13 pour que le nucléaire soit inscrit simplement dans un tableau. Le seul commentaire concernant le nucléaire se trouve page 18 et vaut d’être cité : « La capacité de production nucléaire n’évolue pas en 2015 et la production nucléaire reste stable (+0,2%) ». Et puis,… plus rien. Aucun graphe, aucune analyse sur le moyen de production qui, rappelons-le, a fourni 76,3% de la production d’électricité nationale en 2015.

En revanche, le document s’attarde longuement sur le déploiement de l’éolien et du solaire PV (respectivement 3,9% et 1,4% de la production) avec des graphes dédiés et des développements spécifiques.

Les bilans en production « renouvelables » incluent naturellement les 10,8% de l’hydraulique (la seule formidable énergie renouvelable) ce qui permet d’annoncer qu’on atteint déjà 17,5 % ! Et même 18,7% (page 13) en comparant la production des renouvelables à la… consommation en France.

Les valeurs relatives permettent de mettre en valeur la transition énergétique (antinucléaire ?) « en marche » et d’occulter ce qui dessert le dogme en vigueur (vive les renouvelables, à bas le nucléaire).

Ainsi, la puissance éolienne installée qui dépasse les 10 000 MW, (la puissance moyenne de 10 réacteurs nucléaires sur les 58 en service) doit être comparée à sa modeste proportion dans la production nationale : 3,9 % !

Pour le PV, il faut, là encore, rapprocher les 6200 MW du parc national fin 2015 (l’équivalent de six réacteurs nucléaires) à sa contribution énergétique nationale : 1,4%.

Le parc fossile (charbon, fioul et gaz), avec 6,2% de la production, a joué un rôle équivalent à celui de l’ensemble des renouvelables (hors hydraulique) qui est de 6,7%…

 …La consommation des particuliers, des PMI / PME et des professionnels est en augmentation en 2015

…Cachez donc ce nucléaire que je ne saurais voir !

Par Michel Gay et Gérard Petit.

Totalité de l’article sur: https://www.contrepoints.org/2016/08/18/263202-cachez-nucleaire-ne-saurais-voir