NUCLÉAIRE : UNE BOMBE FINANCIÈRE ET FISCALE À RETARDEMENT

Courbe 3Pendant des décennies l’État et le lobby nucléaire ont servi un mensonge à la population, notamment sur le faible coût supposé de la production d’électricité par la destruction atomique. Aujourd’hui la manipulation se révèle aussi au travers du fiasco financier et économique d’EDF et d’Areva dont la maison-mère est le Commissariat à l’Énergie Atomique. Le nucléaire est moins compétitif financièrement que les énergies renouvelables. Dans les 3 domaines du prix, de l’indépendance énergétique et de l’emploi c’est le fiasco. Pour maintenir à flot les producteurs de la bombe atomique et l’illusion d’une modernité technologique, EDF-Areva et l’État prennent des risques que les contribuables devront assumer. Un patron livre son analyse…

Grégory Lamotte est le fondateur et président de Comwatt une société montpelliéraine en pointe sur la gestion de l’énergie électrique. Dans une interview accordée au journal financier « les échos » Il livre son analyse sur la réalité du coût de l’énergie électrique et le devenir comparé du nucléaire et des énergies renouvelables. Une pierre de plus dans le cloaque des « fous de l’atomisme » et de leurs agissements mortifères.

La France a-t-elle eu raison de miser sur le nucléaire dans les années 1970 ?
En 1970, le prix de l’électricité nucléaire était bien plus bas que le prix des renouvelables (NDLR : hors  coûts du traitement des déchets, de l’éventuel démantèlement des installations, du soutien financier de l’État donc des contribuables par l’impôt). À cette époque, beaucoup de pays ont choisi d’investir dans cette technologie, probablement à juste titre. Mais depuis cette date, les mauvaises nouvelles se sont accumulées et le nucléaire a perdu progressivement ses trois avantages que sont le prix, l’indépendance énergétique et l’emploi.

Le nucléaire est-il toujours rentable en 2016 ?

Depuis 1970, chaque nouvelle génération de centrale coûte plus cher que la précédente. Plus le temps passe, plus la technologie est complexe à mettre en œuvre. Nous le constatons tous les jours avec les injonctions de l’Autorité de sûreté nucléaire qui mettent régulièrement en demeure EDF de respecter les critères de qualité. D’un autre côté, les chantiers étant de plus en plus complexes, ils mettent de plus en plus de temps à se réaliser. En 1970, il fallait en moyenne quatre ans, en 2014 la moyenne est de 10 ans, avec des records à plus de 16 ans. Le nucléaire est une des seules technologies au monde à avoir une courbe d’apprentissage négative, c’est-à-dire que plus nous avons d’expérience et plus le délai et le prix augmentent. Une complexité plus importante et un temps de construction qui double, cela nous entraîne forcément vers une explosion des coûts.

L’électricité produite par les centrales nucléaires est-elle la moins chère ?

Depuis les années 2000, le prix du nucléaire a été multiplié par 5 et le prix du solaire divisé par 6. Le projet de réacteur nucléaire de type EPR qu’EDF souhaite construire en Angleterre va commercialiser de l’électricité à un prix de 0,12 €/kWh à partir de 2027 (les Anglais s’engagent à acheter à ce prix pendant 35 ans, ce prix est indiqué dans le contrat). En comparaison, en 2016 le solaire et l’éolien produisent de l’énergie en Europe (Royaume-Uni, Allemagne, France…) vendue à 0,07 €/kWh. En 2027, le solaire sera à moins de 0,04 €/kWh selon le rapport de BNE (Bloomberg New Energy). Le nucléaire est donc trois fois plus cher que les renouvelables sans subventions.

Le nucléaire garantit-il notre souveraineté économique ?

Depuis que la dernière mine d’uranium a fermé en France, nous avons tiré un trait sur l’indépendance énergétique. 100 % de l’uranium est donc importé, ce qui rend la France vulnérable en cas de conflits, comme nous l’avons observé lors de conflits proches du Niger.

Le nucléaire est-il bon pour générer des emplois locaux ?

Selon une étude de l’OCDE, à quantité d’énergie produite équivalente, les renouvelables créent 6 fois plus d’emplois que les énergies nucléaires. D’autant plus que les renouvelables étant installés sur nos toitures et dans nos champs de France vont créer des emplois locaux, non délocalisables. Ainsi avec l’énergie solaire et éolienne, nous faisons d’une pierre deux coups, nous réduisons notre facture et sans subventions nous créons de l’emploi local pour que l’argent reste à la maison.

Qui va payer le déficit de compétitivité du nucléaire français ?

En 2016, le nucléaire est devenu si peu compétitif que sans le soutien public, la plupart des constructeurs de centrales (comme Areva) auraient déposé le bilan. Les banques ne croient plus au nucléaire, c’est pour cette raison qu’EDF (via nos impôts) va devoir supporter seule le risque financier de son projet d’EPR anglais de Hinkley point qui est de 22 milliards d’euros (plus que la capitalisation d’EDF qui est de 19 milliards d’euros). L’État va devoir injecter 5 milliards d’euros pour recapitaliser Areva et éviter ainsi le dépôt de bilan, mais comme la situation économique d’Areva ne se redresse pas, il va falloir réaliser cette opération tous les deux ans.

En plus de sous-estimer le démantèlement avec les estimations les plus basses du monde, EDF vient d’annoncer vouloir retarder de 50 ans le démantèlement des anciennes centrales nucléaires. La raison invoquée : un virage technologique à 180° avec un démantèlement sous air et non plus sous eau. Mais derrière ce rapport, se cache un signal clair : « après moi le déluge ! ». Qui va payer dans 50 ans des économies que nous aurons réalisées en 2016 ? C’est une dette aux générations futures qui est inexcusable. Nous ne pouvons plus nous permettre pour des raisons électorales de fixer le niveau des tarifs réglementés de vente de l’électricité en dessous des coûts d’EDF. Il faut cesser de faire payer par l’impôt les pertes abyssales du nucléaire et enfin proposer une énergie post nucléaire !

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2016/08/20/Nucl%C3%A9aire-%3A-une-bombe-financi%C3%A8re-et-fiscale-%C3%A0-retardement

Source originale : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158645-nucleaire-francais-la-bombe-fiscale-des-10-prochaines-annees-2012936.php?f8aWSeY0lSx8667M.99#Xtor=AD-6000