Août 25

FERMETURE DE FESSENHEIM : L’ÉTAT VERSERA AU MOINS 400 MILLIONS D’EUROS À EDF

FessenheimEDF et l’État sont parvenus à un accord sur l’indemnisation qui sera versée à l’électricien pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, a-t-on appris mercredi auprès du ministère de l’Énergie. Au total, l’électricien touchera donc au minimum 400 millions d’euros.

Le processus de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim a franchi une nouvelle étape, indispensable mais encore loin d’être la dernière, avec l’annonce mercredi d’un accord sur les modalités d’indemnisation que l’État versera au groupe EDF. L’accord prévoit une indemnisation par étapes, avec un premier versement « de 100 millions d’euros« , au moment de l’arrêt de la centrale, et « des étapes ultérieures en fonction de plusieurs paramètres, dont le prix de l’énergie » dans les années suivant la fermeture, a indiqué un porte-parole du ministère.

Parmi ces étapes ultérieures, un second versement « fixe » de « 300 millions d’euros » a déjà été acté, a précisé une source au fait des discussions. EDF recevra donc au minimum 400 millions d’euros pour arrêter de manière anticipée les deux réacteurs de la doyenne des centrales françaises, confirmant une information de l’agence Bloomberg News. 
Ces versements doivent permettre à EDF de financer les coûts de fermeture des deux réacteurs de 900 mégawatts et l’éventuel manque à gagner pour le groupe durant les années où la centrale aurait pu fonctionner. Sollicité, EDF n’a pas souhaité commenter l’information. L’arrêt définitif de Fessenheim, promesse de campagne du président de la République en 2012, est fixé à l’horizon 2018, quand EDF prévoit de mettre en service l’EPR de Flamanville (Manche). La loi sur la transition énergétique prévoit en effet de plafonner à son niveau actuel la capacité nucléaire installée sur le territoire.
Cette fermeture est aussi réclamée de longue date par les écologistes ainsi que par l’Allemagne et la Suisse, pays frontaliers du site, inquiets pour la sécurité de cette centrale située sur une faille sismique. L’accord doit désormais être soumis pour avis au comité central d’entreprise (CCE) d’EDF, qui se réunit le 14 septembre, puis au Conseil d’administration d’EDF. Le gouvernement devra ensuite prendre un décret entérinant la décision de fermeture. Cela sera fait « cette année« , a assuré François Hollande en avril dernier.

L’annonce d’un accord a suscité une vive réaction de la CGT, qui promet de faire « tout pour que le CCE utilise toutes ses prérogatives et se garde le droit de faire une nouvelle demande d’expertise » car « on n’a pas exploré toutes les conséquences de cette fermeture sur le réseau électrique français et les répercussions économiques et sociales sur le bassin d’emploi », a déclaré Philippe Page Le Merour, représentant du premier syndicat d’EDF. Il a qualifié de « blague » le montant évoqué de 400 millions d’euros, alors que le syndicat estime à 2 milliards le préjudice pour EDF.
La CGT appelle à « une journée de mobilisation, y compris par la grève et en pesant sur la production d’électricité« , le 14 septembre, a-t-il ajouté. La CFE-CGC d’EDF a aussi réitéré son opposition à une fermeture anticipée, une « aberration politique et économique » qui « va supprimer des emplois à EDF et chez ses prestataires », selon son représentant Frédéric Letty. 
En 2014, un rapport parlementaire avait estimé que 5.000 personnes dépendent de la centrale, et prévoyait un impact direct sur près de 2.000 emplois. Il avait évalué à 5 milliards d’euros le coût total de la fermeture, des calculs jugés « farfelus » par la ministre de l’Energie Ségolène Royal. Le gouvernement réfléchit actuellement à la reconversion du site. Mme Royal a indiqué, en avril, travailler avec l’Allemagne sur le sujet, évoquant aussi l’installation d’une usine de fabrication de batteries. « On trouve indécent d’indemniser EDF pour une centrale qui est en fin de vie et qui est très souvent en panne », a réagi Charlotte Mijeon, porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire.
 L’indemnité prévue est « beaucoup trop » élevée « pour une centrale qui est en déficit et qui est souvent en panne », a renchéri André Hartz, porte-parole de l’association Stop Fessenheim. Le réacteur numéro 2 est à l’arrêt depuis le 13 juin, en raison d’une anomalie détectée sur un générateur de vapeur. La fermeture de Fessenheim pourrait aussi être un enjeu de la prochaine élection présidentielle. Plusieurs candidats à la primaire du parti Les Républicains, dont Alain Juppé, François Fillon et Nicolas Sarkozy, ont assuré qu’ils reviendraient sur cette décision en cas de victoire…

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