Oct 18

DÉCHETS NUCLÉAIRES : ENCORE UN PROJET EN CHAMPAGNE

bisonLe sud de la Champagne n’en finit plus d’accueillir des sites liés aux déchets nucléaires. Baptisé Bison, le dernier en date, envisagé par Derichebourg en Haute-Marne près de Joinville, suscite déjà une vive opposition.

Projet Bison. Forcément, le nom interpelle. Derrière cet acronyme se cache une Base intermédiaire de services opérationnels nucléaires. Soit un nouveau site réservé aux déchets nucléaires en Champagne. Un de plus. Il est porté par le groupe Derichebourg, l’un des leaders mondiaux de recyclage des métaux. Celui-ci projette la création d’une installation de tri, traitement et conditionnement de déchets radioactifs de faible activité (FA) et de très faible activité (TFA). Elle s’implanterait sur le site en friche d’une ancienne scierie de 9 ha, à Gudmont-Villiers, en Haute-Marne.

L’objectif est de caractériser les déchets, de réduire leur volume, de séparer les matières et d’assurer le conditionnement avant livraison sur les sites voisins de l’Andra (Agence nationale de gestion des déchets nucléaires) : le Cires à Morvilliers (50 km) et le CSA à Soulaines-Dhuys (40 km). Ou vers les fours de la Socodei, une filiale d’EDF dans le Gard. Autant d’opérations qui avaient jusque-là lieu sur les sites producteurs de ces déchets, « au détriment d’une possible optimisation globale de la chaîne logistique », estime Derichebourg.

Le groupe y voit un marché plein d’avenir : « Les flux de déchets TFA devraient progresser de plus de 70 % entre 2020 et 2030. » A la clé, un investissement de 10 M€. Et la création d’une quarantaine d’emplois directs et d’une dizaine d’indirects. Se voulant rassurant sur l’environnement, Derichebourg met en avant « un impact nul ou très faible sur la totalité des items explorés ». A l’exception du trafic routier. Le passage quotidien de trois camions et quarante voitures fera grimper la circulation de 13 % sur cette route très peu fréquentée.

Plus de sangliers que d’habitants

Sauf que cette carte postale n’est pas du goût de tout le monde. L’annonce a fait bondir les opposants locaux. Ils ferraillent depuis déjà plusieurs années pour dénoncer la nocivité des sites déjà existants dans ce secteur. Le projet Bison sonne pour eux comme « la goutte de trop ». Une association, Gudmont-dit-non, a vu le jour. Le Cedra (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) dénonce « une étude d’impact bidon ». Il s’inquiète aussi des conséquences sur le tourisme, l’immobilier et l’avenir économique du territoire, qu’il estime sacrifiés à la cause du nucléaire : « Si la Champagne a été ciblée pour l’implantation de poubelles nucléaires, c’est surtout pour les caractéristiques de sa population. Il y a plus de sangliers que d’habitants au km², ce qui explique la faible résistance. Et le niveau de la misère est tel qu’il facilite l’acceptabilité de tout projet. »

A seulement quelques kilomètres de la route du champagne, l’image commence à faire tache estime le collectif : « Bientôt, il y aura des bulles de tritium dans le célèbre breuvage ! »

Derichebourg, pour sa part, affirme que ce dossier – soutenu par la communauté de communes de Joinville-en-Champagne et la mairie de Gudmont – sera soumis à l’acceptabilité du projet par la population locale et aux résultats de deux études en cours. Celle d’un hydrogéologue. Et celle concernant l’impact socio-économique. Une fois l’autorisation d’exploitation déposée, le chantier durera deux ans.

Article de Philippe MARQUE.

http://www.republicain-lorrain.fr/environnement/2016/10/17/dechets-nucleaires-encore-un-projet-en-champagne