Oct 19

SUISSE : SE PASSER DU NUCLÉAIRE ÉTAIT POSSIBLE, SELON AXPO

se-passer-du-nucleaireIl y a 19 ans, une étude menée par l’exploitant qui s’appelait NOK alors, montrait que la Suisse pouvait se passer de l’atome. Le discours d’aujourd’hui est tout autre.

La nouvelle avait fait l’effet d’une bombe en 1997. En effet, deux journaux dominicaux alémaniques s’étaient fait l’écho d’une possible sortie du nucléaire envisagée par les exploitants des centrales eux-mêmes. «L’industrie de l’atome estime qu’une sortie est possible», titrait ainsi la SonntagsZeitung le 16 mars 1997.. Le SonntagsBlick allait même plus loin: «l’énergie nucléaire n’a plus d’avenir», titrait-il.
C’est l’Aargauer Zeitung <http://www.aargauerzeitung.ch/schweiz/atomausstieg-bis-2030-eine-alte-studie-der-akw-betreiber-wirbelt-staub-auf-130652250> qui est allé exhumer ce mercredi ces anciennes coupures de presse, image à l’appui.
La cause de toute cette agitation médiatique à l’époque? Les médias avaient alors mis  la main sur une étude – non publiée – des forces motrices du nord-est de la Suisse, les NOK, aujourd’hui Axpo. Cette étude portait sur les limites et les possibilités du nucléaire en Suisse. Et le point le plus fort de ce document était que selon les calculs effectués, la demande d’électricité en Suisse pouvait être satisfaite jusqu’en 2030, sans énergie nucléaire. Ceci grâce à des petites usines à gaz décentralisées, ce qui pouvait même être, selon les NOK, une entreprise rentable. Une conclusion pour le moins étonnante de la part d’un exploitant nucléaire.
Le discours a changé
Aujourd’hui, presque 20 ans plus tard, alors que les Suisses doivent se prononcer le 27 novembre sur l’initiative des Verts qui demande que la dernière centrale nucléaire soit débranchée en 2029, le discours a bien changé. Selon les exploitants, il faut continuer de faire fonctionner les centrales atomiques tant que la sécurité le permet, estiment-ils.
En débranchant de manière précipitée trois des cinq centrales nucléaires à partir de 2017, comme le demande le texte des Verts, la production d’électricité diminuerait de 15%. Ce qui correspond à la consommation de 1,6 million de ménages. Se passer de cette source d’électricité menacerait la sécurité de l’approvisionnement, estiment les opposants au texte, dont les exploitants.
Mais surtout, pour les exploitants, il faut que les centrales restent rentables. Ainsi, Axpo a investi près de 2,5 milliards de francs pour rénover Beznau, la plus vieille centrale nucléaire en activité au monde, afin de l’exploiter le plus longtemps possible.
Pour les partisans de l’initiative des Verts, ces discussions de l’époque montrent que la politique énergétique d’alors tournait en rond. Pour l’ancien vice-président de la Fondation Suisse pour l’énergie, Heini Glauser, la Suisse a raté le virage des investissements dans les énergies renouvelables. Nous sommes restés endormis ces 20 dernières années, estime-t-il.
Pas rentable pour les Verts
L’initiative des Verts «Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire» veut débrancher les centrales nucléaires après 45 ans et remplacer le courant qu’elles produisent par des énergies renouvelables. En plus d’être vétustes et dangereuses pour la population, les centrales nucléaires suisses ne sont plus rentables, soulignent les initiants.
Si le peuple dit «oui», Beznau I, mise en service en 1969, devrait être arrêtée l’année prochaine, tout comme les centrales de Beznau 2 et de Mühleberg, construites en 1972. Gösgen devrait être arrêtée en 2024 et Leibstadt en 2029, soit dans treize ans. L’exploitant de Mühleberg, BKW, a déjà décidé de fermer le site en 2019 pour raisons économiques. Actuellement, les centrales de Leibstadt et de Beznau I sont désactivées, représentant un manque de 40% dans l’électricité nucléaire indigène.

Article de Christine Talos

http://www.tdg.ch/suisse/Se-passer-du-nucleaire-etait-possible-selon-Axpo-/story/13527157