Nov 04

PÉNURIE D’ÉLECTRICITÉ : LA GROSSE OMISSION DE FRANCE 2 SUR LA FILIÈRE NUCLÉAIRE

france-2Pour Télérama : Ma vie au poste, le blog télé de Samuel Gontier

« Le coup de frein de la production d’électricité française », alerte Julian Bugier au 20 heures de France 2 mardi dernier. L’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires fait craindre une rupture d’approvisionnement. Un tiers des installations sont en maintenance. » Ah bon ? Et pourquoi donc ? Elles sont victimes d’une épidémie de grippe précoce ? « Et cela alors qu’on annonce une forte baisse des températures ces prochains jours. » Du froid en novembre, c’est vraiment pas de chance.

« Nos centrales produiront-elles cet hiver assez d’électricité pour faire fonctionner les radiateurs des Français ? », interroge le reporter, sans mentionner l’absurdité du chauffage électrique et tandis que de multiples plans de doigts tournent la molette de radiateurs à neutrons. « Un risque de pénurie au moment où la demande est la plus forte, avec une chute des températures attendue dans les prochains jours. » Ça se confirme, novembre sera plus froid que juillet.
« La ministre de l’Ecologie s’inquiète. » Que vient faire l’écologie là-dedans ? C’est en tant que ministre de l’Énergie que « Ségolène Royal demande à EDF un plan d’action pour maîtriser la situation ». Ah oui, la « situation ». Quelle situation ? Peu importe, passons à la solution. « Parmi les solutions, acheter de l’électricité à l’étranger. » Et remettre en route toutes les centrales à charbon qu’EDF exploite encore. On voit là comment le nucléaire, vanté pour la faiblesse de ses rejets de CO2, contribue à lutter contre le réchauffement climatique… Mais cette solution n’est pas évoquée par France 2, qui préfère donner la parole à un éminent « économiste à l’OFCE, spécialiste de l’énergie » pour me rassurer : « Notre réseau électrique est connecté à celui des pays voisins. » Ouf, merci les voisins ! On va pouvoir acheter leur courant à des pays où l’absence de chauffage électrique évite les pics de consommation. En Allemagne, par exemple, dont l’électricité provient des énergies renouvelables… et du charbon.    
Finalement, « pas de risque de coupure mais déjà une conséquence, une flambée des prix sur les marchés de gros où les fournisseurs achètent et revendent l’électricité : + 50 % pour les mégawatts livrés la semaine prochaine ». Heureusement que le nucléaire est vanté comme une énergie bon marché. « EDF toutefois se veut rassurante, l’entreprise assure faire le nécessaire pour qu’un maximum de réacteurs soit remis en service d’ici janvier. » Ne reste plus qu’à souhaiter une résurgence de l’été indien pour passer Noël au balcon.
En plateau, Julian Bugier interroge une journaliste. Cette fois, c’est sûr, elle va révéler l’origine de la pénurie : la détection de défauts dans l’acier des cuves ou des générateurs de vapeur de dix-huit réacteurs, découverte à la suite de laquelle l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a contraint EDF à en arrêter certains. « Plus d’une vingtaine de réacteurs nucléaires à l’arrêt, c’est tout simplement du jamais vu, s’inquiète le présentateur. Est-ce que c’est une situation normale ? » Ça m’étonnerait, puisque c’est du « jamais vu ». « Proche de la normale », répond la journaliste. Du jamais vu proche de la normale, c’est du jamais vu.
« Reste qu’EDF doit gérer un parc de centrales vieillissantes. » Elles ont Alzheimer ? Pourtant, leur grand âge n’a rien à voir avec l’arrêt de la plupart des réacteurs, consécutif à la découverte de défauts de fabrication dans les pièces forgées par Areva au Creusot. « Moyenne d’âge : 31 ans, insiste la journaliste, alors que la durée de vie en théorie des centrales est de quarante ans. » Un peu d’arthrite dans la robinetterie, peut-être ? « Mais EDF veut aller plus loin, jusqu’à 50 voire 60 ans, pour éviter les problèmes de pénurie d’électricité à l’avenir. » Euh… le problème de pénurie actuel serait résolu « à l’avenir » par des centrales plus vieilles de vingt ou trente ans… Ça paraît ambitieux.
Surtout quand on sait que l’ASN, inquiète des défauts détectés sur les cuves et générateurs, a diligenté une enquête révélant la falsification des certificats de conformité de centaines d’autres pièces.. La « facture de la maintenance et de la modernisation de ces centrales », estimée à « 51 milliards d’euros » par EDF (et par France 2), risque donc d’être sous-estimée — et l’arrêt forcé des réacteurs prolongé. « Est-ce ça veut dire que nos factures d’électricité vont grimper ? », interroge Julian Bugier. Oui, répond la journaliste, parce qu’« EDF cherche comment financer les lourds investissements à venir pour ces centrales ». Des investissements aussi lourds que les silences de France 2.

http://television.telerama.fr/television/penurie-d-electricite-la-grosse-omission-de-france-2-sur-la-filiere-nucleaire,149611.php