Nov 24

7 QUESTIONS SUR LE PARC NUCLÉAIRE FRANÇAIS

241 > Pourquoi douze réacteurs nucléaires sont à l’arrêt ?
Actuellement, douze réacteurs sont à l’arrêt pour contrôler que l’excès de carbone découvert dans l’acier de certaines pièces majeures n’altère pas la capacité de résistance mécanique des générateurs de vapeur. Cette vérification s’est avérée nécessaire depuis la découverte en mai dernier de défauts de fabrication dans les pièces forgées par l’usine du Creusot d’Areva pour la cuve du futur EPR de Flamanville dans la Manche. Outre la France, l’Espagne, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud ou encore le Brésil seraient concernés.

2 > Les centrales posent-elles un problème de sécurité ?
EDF qui exploite les centrales nucléaires avaient assuré en juin dernier que «les analyses mécaniques de ces non-conformités identifiées, ne présentent pas d’éléments venant remettre en cause l’intégrité et la sûreté des équipements concernés». L’autorité de sûreté nucléaire en a visiblement décidé autrement puisqu’elle a lancé une vaste campagne de contrôle du parc français. Seraient concernées des pièces comme les couvercles de cuve, les générateurs de vapeurs ou les pressuriseurs. L’organisation écologiste Greenpeace et six autres associations ont porté plainte pour «mise en danger délibérée de la vie d’autrui». Dans un rapport publié dès janvier, Greenpeace estimait que les pièces en cause sont en contact direct avec les éléments les plus radioactifs ou les plus chauds d’une centrale. Les inspections de l’ASN ont pour but de répondre à ces interrogations.

3 > En cas de manque d’électricité, où la France peut-elle se fournir ?
Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), la France est le premier exportateur mondial d’électricité. Mais parfois comme en cas de pic de consommation, EDF est amené à acheter de l’électricité à ses voisins européens dont les réseaux très haute tension sont interconnectés avec les nôtres. La France achète ainsi de l’électricité à l’Allemagne qui peut connaître des pics soudains de production en cas de forts vents pour ses éoliennes. A l’inverse, EDF en vend à la Suisse et à l’Espagne. Lors des fortes chaleurs de l’été 2006, EDF avait ainsi acheté 2 000 MW sur le marché de gros international.

4 > Quel est le coût d’entretien des centrales françaises ?
On voit que si une opération de maintenance massive des pièces mises en doute est rendue nécessaire, le coût d’entretien des centrales nucléaires va s’envoler. En janvier dernier, la Cour des comptes a estimé à 100 milliards d’euros les coûts de maintenance du parc des 58 réacteurs français à l’horizon 2030. Ce coût important comprend «le grand carénage», des travaux qui permettront à EDF d’allonger la durée de vie des centrales de dix ans. Conçues pour durer 40 ans, les centrales françaises ont été mises en service entre 1977 et 2000 mais à l’occasion d’opérations de maintenance décennale, EDF procéderait au grand carénage permettant de renouveler et améliorer les éléments vitaux comme les générateurs de vapeur, les turbines, ou moderniser le contrôle commande. Cette mise à niveau, EDF la chiffre à 4,2 milliards par an pour la période 2014 à 2025 soit un total d’environ 50 milliards d’euros sur douze ans, en dessous de ce qu’estime la Cour des comptes. Selon EDF, ces opérations lourdes pourraient permettre de porter la durée de vie des centrales à 60 ans. Toutefois, ce sera au gendarme du nucléaire, l’ASN, de se prononcer sur toute prolongation.

5 > Qui paiera leur démantèlement ?
C’est ce que les opposants au nucléaire appellent la «facture cachée». Le coût de démantèlement des centrales européennes est estimé à 250 milliards dont 123 milliards pour le démantèlement et 130 milliards pour la gestion des déchets. À l’échelle française cette énorme opération pourrait atteindre un coût de 22 milliards pour les 58 réacteurs mais la Cour des comptes multiplie les précautions oratoires car personne ne sait vraiment de combien sera la facture finale. L’Allemagne a estimé, elle, que le coût d’un démantèlement est équivalent au coût de construction.

6 > L’EPR est-il la solution ?
Le réacteur pressurisé européen ou EPR est un projet de réacteur nucléaire de troisième génération conçu et développé par Areva. Le premier réacteur construit à Flamanville, dans la Manche doit démarrer selon EDF fin 2018. Les travaux seraient presque terminés et pourront aboutir une période d’essais l’an prochain avant la mise en service. Le chantier aura duré neuf ans. Un EPR doit fournir deux fois plus d’électricité qu’un réacteur d’ancienne génération tout en rejetant 17 % de déchets nucléaires de moins. Cette «tête de série» doit servir de modèle à suivre pour renouveler progressivement le parc nucléaire français.

7 > Quelle place pour les énergies renouvelables ?
C’est dans ce contexte très nucléarisé qu’est intervenue en 2015 la loi sur la transition énergétique afin de plafonner l’électricité nucléaire à 50 % d’ici 2025 et à faire monter les énergies renouvelables à 23 % de la consommation dès en 2020 et même 32 % en 2030. Fermes solaires, éoliennes sur terre et off shore… les énergies alternatives montent en puissance. Toutefois, les élections présidentielles pourraient modifier de transition sur l’énergie en maintenant la part du nucléaire à 75 %.

 Article de Gil Bousquet

http://www.ladepeche.fr/article/2016/11/24/2465051-7-questions-sur-le-parc-nucleaire-francais.html