Nov 29

AREVA-TRICASTIN : FUITE, POLLUTION ET REJETS RADIOACTIFS À LA COMURHEX. ÉMISSION EN URANIUM 8 FOIS SUPÉRIEURE À LA « NORME »

comurhexUne accumulation de défaillances techniques et organisationnelles dans l’usine Comurhex de conversion chimique de l’uranium sous forme d’hexafluorure (UF6) au Tricastin/Pierrelatte, a conduit à une pollution radioactive lors d’une fuite sur un échangeur de refroidissement des gaz mortels. L’émission en uranium a été 8 fois supérieure à la valeur autorisée légalement.

Et ça continue. D’année en année les défaillances et incidents radioactifs se multiplient sur les installations atomiques d’Areva notamment au Tricastin. Dans le plus grand silence médiatique et la non-information de la population.

Cette fois-ci c’est à la Comurhex-Areva (INB105) – usine de préparation d’hexaflorure d’uranium et de transformation de substances radioactives –  que des rejets intempestifs ont été générés par la fuite d’un échangeur de refroidissement. La teneur limite d’émission en uranium autorisée pour le transfert des effluents issus du processus de fabrication a été pulvérisée de 8 fois ( 0,8 mg/l au lieu de 0,1 mg/l ) ! Le pH autorisés en potasse pour le transfert de ces effluents a été aussi dépassé de plus de 15% (10,5 au lieu de 6,5/9,5) et a également généré une pollution.

Les usines de la mort

Areva-Comurhex de Pierrelatte convertit le tétrafluorure d’uranium (UF4) en provenance de la Comurhex de Malvési/Narbonne, en hexafluorure d’uranium (UF6). C’est la deuxième étape de  la conversion du concentré « yellow cake » en provenance des mines d’uranium du Niger et du Kazakstan. Ici sur-exploitation des travailleurs et les atteintes sanitaires et cancérigènes y sévissent à longueur d’année.

L’usine de Pierrelatte recycle également l’uranium contenu dans des matières diverses issues des opérations de conversion tels des sels d’uranium impurs plus ou moins complexes, de l’uranium métal, des concentrés miniers impurs, de l’uranium fixé sur résines échangeuses d’ions, de l’uranium de retraitement.

Elle utilise pour cela des produits hautement dangereux pour la santé humaine et l’environnement, notamment hexafluorure de tungstène, fluor azote, trifluorure de chlore. Et les installations rejettent des gaz toxiques à qui mieux mieux : en ammoniac, en tritium et en carbone 14 radioactif (1).

2 jours après la fuite et les rejets radioactifs

C’est le 30 septembre 2016, deux jours après la pollution radioactive, qu’Areva-Comurhex a déclaré à l’ASN cet  » événement significatif pour l’environnement« . Cette contamination-pollution s’est précisément déroulée au niveau du point de rejet des eaux pluviales et des eaux de refroidissement de l’installation nucléaire de base (INB) n° 105. Autrement dit le problème aurait eu lieu dans la partie nucléaire de l’usine et du secteur de retraitement de l’uranium.

Trois jours plus tard, le 3 octobre 2016, une inspection conduite par l’ASN a constaté que « cet événement a pour origine une accumulation de défaillances techniques et de défaillances organisationnelles« . Les termes sont choisis pour dire que c’est le bordel sur toute la ligne chez Areva.

Déjà, en décembre 2009, 18 000 litres d’effluents acides issus de la Comurhex-Areva étaient déversés « par erreur » dans le sol du Tricastin. Une inondation chlorée, fortement acide (PH de 1) et radioactive (0,4 microgramme d’uranium /litre) s’était « échappée » d’un bassin de rétention. Le syndicat CFDT-Comurhex exprimait alors de lourds griefs à l’égard de la direction, mettant particulièrement en cause « des conditions de travail déplorables ». Cet accident faisait suite, à celui de la Socatri-Areva de l’été 2008 au cours duquel 74 kg de liquide uranifère avait fuités dans les sols alentours et les rivières de Lauzon et de la Gaffière. Le 12 mai 2015, le tribunal de grande instance de Carpentras condamnait Areva à 30 000 euros de dommages et intérêts.

Pourtant n’est-ce pas l’ASN qui, quelques années après, en juillet 2014, libéralise/privatise radicalement l’organisation alors en place pour donner un quasi blanc-seing à Areva afin d’auto-décider de ce qui doit être fait et modifié au sein des installations, sans contrôle externe de l’ASN. A trop vouloir servir les intérêts du lobby nucléaire…

Areva : le nucléaire civil et militaire intimement liés

Les gaz issus du procédé de conversion chimique de l’uranium, dont la fuite sur l’échangeur de refroidissement est à l’origine de la fuite radioactive, sont en effet traités par un dispositif de lavage au moyen d’une solution de potasse qui est refroidie, dans des échangeurs, par de l’eau industrielle. Ce mélange est ensuite transféré vers un bassin de collecte d’une station de traitement… militaire (INBs) de la Cogema, puis rejeté dans l’environnement. En décembre 2007 un arrêté gouvernemental en autorisait les rejets sous forme gazeuse et sous forme liquide :

. le tritium et le carbone 14 gazeux peuvent être rejetés par la cheminée des effluents gazeux de l’atelier de conversion à 10,8 m au-dessus du sol  (ça se dilue et se répand mieux un peu partout sur les terres agricoles et les lieux de vie sans que cela puisse être vu) avec un débit minimal d’extraction en exploitation normale de 200 Nm³/h (il faut faire vite et accélérer la diffusion dans l’air pour ne pas laisser de trace)

. La radioactivité en tritium et carbone 14 des effluents radioactifs rejetés dans l’atmosphère sous forme gazeuse ou d’aérosols par l’INB n° 105 peuvent atteindre les limites annuelles de 500 GBq pour le tritium et de 15 GBq pour le carbone 14.

. Les effluents radioactifs liquides de l’INB n° 105 transférés à la station de traitement des effluents chimiques (STEC) de l’installation nucléaire de base secrète (INBS), exploitée par Cogema peuvent atteindre les jusqu’à 9 000 GBq/an pour le tritium et les 15 GBq pour le carbone 14. Et le traitement des effluents liquides radioactifs peut conduire à un rejet dans le milieu ambiant des mêmes quantités et niveaux de radioactivité.

Incident classé au niveau 1. Et après ?

L’ASN a classé l’’incident au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires qui en compte 8, de 0 à 7). Et après ? Quelle suite ? Quelle sanction ? Quelle poursuite pénale ?

http://www.coordination-antinucleaire-sudest.org/