Déc 01

ROSATOM, LE MAUVAIS ÉLÈVE DU NUCLÉAIRE

rosatomLe nucléaire crie victoire en Suisse ! En effet, samedi 26 novembre, les électeurs ont rejeté à 54,2 % la proposition des Verts visant à sortir du nucléaire rapidement, en « fermant les cinq centrales nucléaires du pays après 45 ans d’activité »… Reflet d’un monde qui n’apprend pas de ses erreurs ?

Paradoxalement, deux jours après les résultats de ce scrutin, l’Agence France Presse (AFP) revenait sur la catastrophe de Tchernobyl avec l’article « Catastrophe de Tchernobyl : dates-clefs du pire accident nucléaire de l’histoire ». Deux poids, deux mesures. Certains font la promotion du nucléaire quand d’autres au contraire mènent un véritable combat à son encontre. C’est le cas de Greenpeace qui, à coups de rapports, d’enquêtes et d’actions-chocs, veut obliger « les décideurs politiques et économiques à prendre en compte les problèmes environnementaux » afin de préserver les générations futures. 

En dépit des divergences d’opinions sur le sujet, le minimum serait de tirer un enseignement des évènements passés (Tchernobyl, Fukushima, etc.). Un point de vue que ne semble pas partager l’entreprise russe Rosatom.
Greenpeace alerte sur l’irresponsabilité de Rosatom
Dans sa lutte contre le nucléaire, Greenpeace a fait, à côté de ses actions spectaculaires, de la production de rapports précis et détaillés une arme contre les industriels de l’atome. Dans un rapport, publié en octobre 2014, l’ONG entend ainsi « exposer l’histoire trouble de l’entreprise d’État russe » Rosatom. Le géant du nucléaire russe y est décrit, pêle-mêle, comme un « partenaire d’affaires discutable, cerné de préoccupations concernant la corruption, la sûreté et la qualité des contrôles de ses réacteurs nucléaires, ses compétences à construire et à exploiter des installations nucléaires, son modèle de financement de projet et sa capacité de livrer les chantiers dans les temps et en respectant les budgets prévus »..
Un réquisitoire à charge, donc, détaillé au cours des quelque 50 pages du rapport. Dans lequel il est rappelé que Rosatom exploite certains réacteurs parmi les plus dangereux au monde dans les centrales de Balakovo et Rostov notamment. Ainsi, trois des réacteurs en construction au moment de la rédaction avaient été initiés durant la période soviétique. Greenpeace rappelle, à ce titre, que l’entreprise publique russe est la digne héritière des agences soviétiques en charge des programmes nucléaires avant la chute du Mur de Berlin. Rosatom a ainsi conservé la culture du secret qui prévalait en URSS, tout comme les faibles standards en matière de sécurité.
Le rapport de Greenpeace critique également le modèle établi par Rosatom pour vendre ses centrales. Gardant la main sur l’ensemble du processus, de la construction à l’exploitation des centrales, Rosatom renforce la dépendance de ses clients à l’entreprise, mais également aux importations d’uranium – et ce alors que Rosatom fournit un cinquième du combustible nucléaire utilisé dans le monde et 27% de l’uranium des centrales européennes.
L’entreprise promet également à ses clients étrangers de retraiter les déchets produits par ses centrales en Russie, avec l’ensemble des dangers inhérents à une telle opération, notamment en termes de transport. Enfin, Rosatom, connue pour outrepasser les délais de livraison prévus, serait financièrement incapable de maintenir son modèle économique et son expansion internationale. In fine, « le poids, les risques financiers et les dépassements de coûts pour lesquels Rosatom est connu seront supportés par les gouvernements étrangers et leurs contribuables »..
Et pourtant…
Malgré ses échecs et scandales à répétition, Rosatom n’a pas l’intention de faire marche arrière. Au mépris de toutes les règles de sécurité transfrontalières, l’entreprise est même en train de construire une nouvelle centrale aux portes de l’Union européenne, en Biélorussie. À seulement 20 kilomètres de la Lituanie, et à 50 de sa capitale, Vilnius, le chantier de la centrale d’Ostrovets est situé dans une zone sismique. Les installations ne prévoiront pas de dispositif contre la chute d’un avion sur les réacteurs, et l’entreprise refuse de les soumettre à d’élémentaires tests de résistance, comme prévus par une déclaration signée avec la Commission européenne en 2011.
Rosatom n’entend pas non plus munir la centrale, dont le premier réacteur devrait entrer en service en 2018, de sarcophages à même de contenir les radiations, en cas d’accident de type Tchernobyl. Et tant pis si la rivière Néris, qui servira au refroidissement des turbines, est contaminée et se déverse dans la Mer baltique, menaçant tout le nord de l’Europe. Tant pis également pour la capitale lituanienne, dont les habitants devraient être intégralement évacués en cas d’incident.
Le combat des ONG comme Greenpeace n’a donc rien perdu de son acuité. En mettant, inlassablement, en garde contre les dangers du nucléaire et de compagnies comme Rosatom, ces organisations contribuent à briser les mythes, tenaces, qui entourent cette énergie. Une énergie qui appartient définitivement au passé, mais dont les générations futures n’ont pas fini de payer les conséquences.

https://blogs.mediapart.fr/geopo69/blog/301116/rosatom-le-mauvais-eleve-du-nucleaire