Déc 22

SUISSE , AXPO: QUI PERD GAGNE

axpoAxpo, le géant suisse de production, de distribution et de commerce d’énergie – l’homologue outre-Sarine d’Alpiq – accumule les chiffres rouges. Les pertes dévoilées hier pour 2016 s’élèvent à 1,25 milliard de francs. En cause, un prix du kilowattheure européen  historiquement bas en raison de pratiques de dumping.

Pour répondre à ce déficit structurel, outre les habituelles mesures d’économie dont les travailleurs feront les frais, Axpo annonce une restructuration de fond en comble. Deux mesures se doivent d’être relevées: une soi-disant dépolitisation du conseil d’administration et la création d’une nouvelle entité dans la holding Axpo qui accueillera les activités rentables – les énergies renouvelables – et sera ouverte aux investisseurs privés.

Les deux annonces sont cousues de fil blanc. Lorsqu’on lit «dépolitisation» dans un rapport d’audit, c’est bien de l’éjection des pouvoirs publics et de perte de contrôle démocratique qu’il est question. Cette entreprise – en mains de plusieurs cantons alémaniques comme Zurich et Argovie – est certes noyautée par le binôme PLR-UDC. Gageons toutefois que ce n’est pas ce lobby qui restera sur le carreau mais bien les voix discordantes ou soucieuses des intérêts de l’État qui seront étouffées lorsque le conseil d’administration réduit sera mis en place.

Quant à la deuxième manœuvre, elle est encore plus hypocrite: elle consiste à regrouper les actifs pourris – les centrales nucléaires – dans une entité séparée. Rappelons que Leibstadt et Beznau I sont à l’arrêt et ne produisent pas de courant. Ce qui explique aussi les pertes enregistrées par le groupe.

Une fuite en avant? Voire. Car in fine ce sera bien au contribuable d’éponger les pertes une fois qu’il faudra solder le passif désastreux du nucléaire «made in Switzerland».

En revanche, les mêmes qui ont voulu cette politique énergétique et ont conduit la Suisse dans l’impasse continueront à prospérer dans les secteurs rentables qui auront été mis à l’abri.

Et gageons qu’ils ne rechigneront pas à dispenser avec la même arrogance leurs conseils de bonne gestion et justifieront leurs bonus mirifiques au nom de leur compétence autoproclamée.

Cela a d’ailleurs marché durant la campagne de votation du 27 novembre dernier sur le nucléaire où le lobby de l’atome a pesé de tout son poids; pourquoi se gêner?

Article de Philippe Bach

http://www.lecourrier.ch/145325/axpo_qui_perd_gagne