Déc 29

TOSHIBA ÉBRANLÉ PAR SON ACTIVITÉ NUCLÉAIRE AUX ÉTATS-UNIS

toshibaLe conglomérat japonais, dont la filiale américaine Westinghouse Electric est menacée de plus de 2 milliards de dollars de pénalités, a un besoin urgent d’argent frais.

Déjà fragilisé par les révélations sur une surestimation de ses profits de 1,2 milliard d’euros et par une restructuration sévère dans plusieurs secteurs (PC, semi-conducteurs, électroménager, médical…), Toshiba affronte une nouvelle crise, dans le nucléaire cette fois.
Le conglomérat industriel japonais a annoncé, mardi 27 décembre, qu’il devra sans doute inscrire « plusieurs milliards de dollars » de dépréciations d’actifs sur son activité nucléaire américaine – ce qui aura un effet très négatif sur ses résultats 2016-2017.
L’annonce a entraîné une chute de 20,42 % de son action à la Bourse de Tokyo mercredi, après un recul de 12 % la veille. Menacé par une crise de liquidités dans les prochains mois, le groupe nippon a été une nouvelle fois dégradé par les agences de notation Standard & Poor’s, Moody’s et la japonaise R&I, qui l’ont placé sous surveillance.
Des équipements très coûteux
Nommé en juin PDG d’une entreprise en pleine crise, Satoshi Tsunakawa a reconnu que sa filiale Westinghouse Electric avait sous-estimé les risques lors de l’acquisition de la société de services CB&I Stone & Webster, active sur les chantiers des centrales nucléaires (ingénierie, gestion de projets, environnement…). « Nous avions jugé à l’époque que les avantages du rachat étaient supérieurs aux risques », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. Après une étude approfondie de ces derniers, Toshiba a constaté sa méprise. « Cette réévaluation a été trop tardive », a déploré le patron.
En fait, Westinghouse, et donc sa maison mère Toshiba, pourraient avoir à payer plus de 2 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) de pénalités pour des retards de plusieurs années et des surcoûts de plusieurs milliards sur les chantiers de quatre réacteurs de troisième génération AP1000 construits dans les États de Caroline du Sud et de Géorgie.
Ces équipements sont très coûteux dans un environnement où la surproduction de gaz de schiste, une ressource bon marché de plus en plus utilisée pour produire du courant, a fait chuter le prix de l’électricité. Le coût du nucléaire a aussi augmenté avec le renforcement de la sûreté des installations après la catastrophe de Fukushima en mars 2011.
Une forte concurrence frontale
La crise est si grave que M. Tsunakawa n’exclut pas de revoir la place de l’activité nucléaire :

« A l’heure actuelle, nous n’avons pas pris de décision, mais, à l’avenir, c’est une possibilité. Je dis cela sans plan concret. »

Toshiba-Westinghouse est en concurrence frontale avec EDF-Areva, le russe Rosatom, le consortium General Electric-Hitachi et son compatriote Mitsubishi Heavy Industries. Sans oublier les chinois CGN et CNNC, de plus en plus entreprenants sur le marché des centrales et du cycle du combustible nucléaire.
Toshiba reste un groupe diversifié (semi-conducteurs, mémoires flash, robots, ascenseurs…) et pourrait tirer bénéfice du renchérissement du dollar par rapport au yen. Mais il a dû licencier 10 % de ses effectifs depuis 2015 et pourrait aller jusqu’à céder une partie de son activité dans les mémoires flash.
« Une perte de plusieurs milliards de dollars, même partiellement compensée par des meilleurs résultats dans d’autres activités, va susciter des craintes sur le capital du groupe », préviennent Yutaka Ban et Kentaro Harada, analystes de SMBC Nikko, en n’excluant pas « un risque pour la trésorerie à court terme ». Cette vénérable entreprise, née à la fin du XIXe siècle, va devoir regagner la confiance d’investisseurs rendus méfiants par les révélations sur les manipulations comptables découvertes en 2015.

http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2016/12/29/toshiba-ebranle-par-son-activite-nucleaire-aux-etats-unis_5055168_1656994.html