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Jan 10

DOCUMENTAIRE : LA RÉBELLION ÉNERGÉTIQUE, FACTEUR DE PAIX

filmLe film allemand « Power to change », en salles ce mercredi, considère la transition vers les énergies renouvelables comme un facteur de paix universelle. Exemple ukrainien à l’appui.

GAZ. Le premier sujet du film de Carl Fechner « Power to change » –au cinéma ce mercredi– n’est pas l’énergie, mais la paix. Pour le cinéaste allemand, s’appuyer sur le vent et le soleil pour s’éclairer et se chauffer est un moyen de faire reculer les conflits. C’est pourquoi son film passe par l’Ukraine. Sa caméra revisite une zone d’un conflit oublié mais pas réglé. Les barrages militaires cernent le Donbass. Des soldats ukrainiens sont morts dans des accrochages ces dernières semaines. Cette guerre n’est pas seulement la conséquence d’un pays écartelé entre l’Europe et la Russie. C’est aussi un ballet mortel autour de la distribution du gaz russe.

C’est en tout cas le cœur du plaidoyer d’un des personnages de ce documentaire, Roman Zinchenko. Ce dirigeant de Greencubator, une ONG ukrainienne spécialisée dans les questions d’énergie, plaide avec vigueur pour l’indépendance énergétique de son pays grâce aux énergies renouvelables. Il déplore que l’Ukraine n’ait pas encore réussi à sortir du schéma soviétique où la ressource est gaspillée et la mainmise des énergies fossiles totale. Il plaide pour une autonomie de production décentralisée d’éolien et de solaire contre un système énergétique fauteur de guerre qui n’enrichit que quelques oligarques. Le soleil et le vent profitent au monde entier quand le pétrole, le charbon et le gaz n’appartiennent qu’à quelques-uns.

Une énergie universelle et inépuisable

PAIX. Comment lui donner tort tant la question gazière sous-tend un conflit qui dure depuis avril 2014 et a fait 10 000 morts? La force du film de Fechner c’est ainsi de relier deux questions qu’en France on pense –à tort– sans relations aucunes. Le témoignage de Ganna Gladkykh, conseillère en développement durable au ministère de l’Environnement ukrainien, personnage central de ce film, prend d’autant plus de force qu’elle est originaire du Donbass. «On pense toujours que la guerre, ça se passe ailleurs, qu’elle n’est pas possible chez soi », note-t-elle. 

Autre personnage de ce documentaire : Amir Roughani, Iranien exilé en Allemagne à l’âge de neuf ans du fait de la guerre des années 1980 entre Iran et Irak. Longtemps sceptique sur les éoliennes et panneaux solaires, ce financier a changé d’avis et est aujourd’hui à la tête d’une société d’ingénierie engagée dans la planification de centrales d’énergies renouvelables. C’est lui qui recueille la plupart des récits d’entrepreneurs lancés dans l’exploitation de la biomasse, de chercheurs sur les nouveaux modes de déplacement, d’ingénieurs lancés dans le stockage de l’électricité, d’employés municipaux élaborant un réseau local de distribution. Ces petites mains de l’énergie renouvelable d’outre-Rhin ne sont guère différentes de celles qui œuvrent ici en France. A la différence près que l’Allemagne est en avance dans la diffusion de ces technologies et qu’elle a renoncé au nucléaire.

En Allemagne, le lien entre énergie et paix mondiale est profond et explique en grande partie l’opposition très forte de la population au nucléaire. Amir Roughani est un concentré de cet état d’esprit. Il a construit sur un site militaire de l’ex-RDA la plus grande centrale solaire d’Allemagne.

Une revanche. Dans les années 1980, on fabriquait à cet endroit des roquettes qui servaient sur le front de la guerre Iran-Irak.

http://www.sciencesetavenir.fr/decouvrir/tele-cinema/power-to-change-un-film-qui-relie-energies-renouvelables-et-paix_109551