Jan 10

L’INÉLUCTABLE FAILLITE DU NUCLÉAIRE FRANÇAIS (VIDÉO)

faillite-edfLe communiqué alarmiste lancé par Greenpeace en novembre 2016 relance une nouvelle fois le débat sur la fiabilité du nucléaire. Au bord de la faillite, le groupe français EDF n’est plus crédible dans la conduite de sa politique nucléaire. La France se trouve engagée dans une impasse tant technologique que financière, qui menace à la fois notre sécurité et celle de notre environnement.

Faillibilité du système électrique français, EDF : un géant aux pieds d’argile
Avec 58 réacteurs en activité dans 19 centrales, la France est le pays le plus nucléarisé au monde. Après les États-Unis, son parc nucléaire est en effet le deuxième plus important au monde. « Ce monolithisme énergétique fait de la France un géant aux pieds d’argile« , alerte le communiqué d’Agir pour l’environnement.
Si la situation quasi-monopolistique de l’entreprise avait autrefois permis un essor économique, elle aboutit aujourd’hui à la création d’un « géant inefficace, surdimensionné, incapable de résister aux vents contraires provenant du marché de l’électricité » accuse l’association, c’est à dire incapable de s’affirmer face à la concurrence. Au final, la situation de crise dans laquelle se trouve actuellement EDF témoigne d’un manque évident de résilience : l’augmentation des coûts du parc nucléaire français, combinée à l’obsession de vendre des réacteurs de nouvelles technologies complexes et chers fragilisent considérablement l’entreprise. En clair : son modèle économique n’est plus du tout adapté aux règles de la concurrence, souligne Agir pour l’Environnement.
Selon une étude du cabinet AlphaValue, sortie le 17 novembre 2016 à la demande de Greenpeace, l’entreprise se révèle aujourd’hui non compétitive sur le marché de l’énergie et incapable de réagir efficacement aux variations des besoins en électricité, sans avoir recours à l’importation d’électricité des pays voisins comme en témoigne cette carte en temps réel.
En effet, l’énergie nucléaire est incapable de répondre rapidement à des pics de consommation Lorsque des vagues de froid (même légères) traversent le pays, EDF doit mettre en route des centrales thermiques polluantes (gaz ou charbon) pour répondre aux besoins croissants en électricité domestique comme en témoigne l’hiver 2012.
Rappelons que la France est une exception non seulement à cause du poids du nucléaire dans son mix électrique (entre 75 et 80 %), mais aussi à cause de l’importance des logements chauffés à l’électricité (30 %), ce qui explique l’appel de consommation électrique important en hiver.

Énergie nucléaire : une impasse technologique et financière

Les coûts opérationnels d’EDF ont considérablement augmenté ces dernières années, et ce pour plusieurs raisons :

  •     renforcement des mesures de sûreté liées à la catastrophe nucléaire de
    Fukushima ;
  •     vieillissement des installations nucléaires ;
  •     travaux de maintenance de plus en plus fréquents ;
  •     augmentation du montant des provisions.
    La Cour des comptes, dans son rapport public annuel de février 2016, note que le coût de production de l’électricité nucléaire a beaucoup augmenté entre 2010 et 2013 atteignant 59,8€/MWh (vs 49,6€/MWh).
    L’étude d’analyse financière d’Alphavalue enfonce le clou et montre clairement que le modèle nucléaire ne tient plus la route. Les comptes publiés par EDF ne reflètent pas la réalité de sa situation financière, plus fragile encore que ce que l’on imaginait. D’après l’étude, EDF sous-estime drastiquement les coûts liés au démantèlement de ses centrales et au traitement des déchets.
    « Sur ses investissements futurs, EDF n’a pas non plus les moyens de ses ambitions. Mis bout à bout, ces investissements représentent 165 milliards d’euros[1] sur les dix prochaines années. Une somme astronomique« , déplore Greenpeace.

L’Autorité de sûreté nucléaire s’inquiète de la sécurité des installations

Une dizaine de réacteurs nucléaires arrêtés pour cause de maintenance
Des travaux de rénovation et de modernisation sont désormais impératifs pour garantir la protection des installations du parc nucléaire français. EDF doit notamment envisager de remplacer certains réacteurs, vieux de plus de trente ans. C’est le cas des générateurs de vapeurs, transformateurs, alternateurs.
Le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) Pierre-Franck Chevet a déclaré dans Le Figaro que la situation du parc français était « préoccupante ». Actuellement, plusieurs réacteurs sont à l’arrêt ou vont prochainement l’être après la découverte de concentrations de carbone susceptibles de les fragiliser. Il s’agirait d’une  anomalie de la composition de l’acier dans certaines zones du couvercle et du fond de la cuve des réacteurs en question.
« Le risque est que cet acier résiste moins bien à des chocs thermiques« , explique Rémy Catteau, directeur des équipements sous pression nucléaires à l’Autorité de sûreté nucléaire. « Mais aussi à des séismes. »
RTE, le gestionnaire du réseau électrique à haute tension, a placé cet hiver sous « forte vigilance« , et a prévu des mesures exceptionnelles, pouvant aller jusqu’à des coupures momentanées de courant, en cas de températures particulièrement froides.
Pour la première fois depuis que le parc électronucléaire français a été construit, l’ASN a donc demandé à EDF, en novembre 2016, de mettre à l’arrêt près d’un tiers des tranches électronucléaires françaises, ce qui explique le recours massif aux importations électriques des pays voisins.
Au total, 12 réacteurs étaient à l’arrêt complet fin décembre 2016. D’ici la fin janvier 2017, trois réacteurs devraient être remis en état de fonctionnement, selon des données fournies par EDF et publiées sur le site web de RTE.
Pour Greenpeace, la conclusion est sans appel : « la stratégie industrielle de prolongation des réacteurs nucléaires en France est un échec« .

Des erreurs qui s’accumulent sur la gestion des réacteurs
L’EPR de Flamanville, initialement prévu pour 2012, entrera finalement en service fin 2018, en raison des erreurs accumulées par EDF.  L’entreprise en estime le coût à 10 milliards d’euros, soit trois fois plus que l’évaluation d’origine.
L’Autorité de sûreté nucléaire sera responsable des tests de conformité qui commenceront début 2017. Elle devra se montrer vigilante, car des concentrations excessives de carbone ont aussi été décelées sur le chantier de Flamanville en 2014.

L’impérieuse nécessité d’une transition énergétique
« EDF doit changer de cap industriel tant qu’il est encore temps. Ce changement doit être rapide et passer par l’abandon définitif du programme nucléaire d’EDF« , affirme Greenpeace.
Avec le vieillissement des réacteurs [2] – qui ont pour la plupart été́ construits dans les années 80 – et le développement de nouvelles sources d’énergie, la question de leur démantèlement devient de plus en plus pressante.
Sortir de notre dépendance au nucléaire pour la production d’électricité implique en effet principalement d’arrêter les centrales nucléaires. Il est donc urgent que les exploitants nucléaires mettent de côté́ des sommes suffisamment importantes pour y faire face.
D’un autre côté,  Areva – multinationale française de l’énergie et principalement du nucléaire – indique que le nucléaire permet à la France d’économiser chaque année 20 milliards d’euro d’importations de gaz et de charbon… Une considération non négligeable mais qui ne suffit plus face au déclin mondial de l’énergie nucléaire.
La loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) pose que la politique énergétique nationale a notamment pour objectif de « réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % à l’horizon 2025 » (article L.100-4 du code de l’énergie).
Certains candidats aux élections présidentielles de 2017 soutiennent d’ailleurs ce projet de sortie du nucléaire. C’est le cas notamment du candidat écologiste Yannick Jadot, mais également de Jean-Luc Mélenchon, créateur du mouvement politique la France insoumise.

Privilégier les  énergies renouvelables
L’efficacité croissante des énergies renouvelables les rend aujourd’hui de plus en plus compétitives et attractives, contrairement à nos préjugés. Un rapport de Bloomberg New Energy Finance (BENF) de 2015 révélait que l’éolien était devenu l’énergie la moins chère à produire en Allemagne et en Grande-Bretagne (basé sur le Levelized Cost of Electricity (LCOE) model ou CCE). Et ceci, sans subvention.
« L’Allemagne a même réussi le 15 mai dernier, à servir 100% de la demande en électricité avec des énergies renouvelables. Certes c’était un dimanche, jour où la demande est traditionnellement la plus faible, mais cet événement montre à quel point ce qui pouvait paraître comme une utopie il y a quelques années, est aujourd’hui devenu une réalité« , explique t-on dans l’étude commandée par Greenpeace.
De moins de 5 GW en 2010 en France, la capacité disponible assurée par le solaire et l’éolien représente aujourd’hui plus de 16 GW. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) prévoit que ce chiffre atteindra plus de 28 GW en 2021.
« Il est urgent de remettre la France sur les rails de la transition énergétique, transition passant par un soutien massif aux énergies renouvelables, à la sobriété et l’efficacité énergétique« , conclut l’étude d’AlphaValue.
Il apparaît aujourd’hui que le coût de l’électricité nucléaire est désormais plus élevé que celui de certaines énergies renouvelables, notamment l’énergie hydraulique. D’après les chiffres fournis par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) et la Cour des Comptes en 2013, l’énergie dont le coût de production en France est le plus faible est, de loin, l’énergie hydraulique

Conclusion
La France dépend des 58 réacteurs français d’EDF pour 75 % de ses besoins en électricité. « De fait, l’apparition d’un défaut générique sur l’un des réacteurs entraîne notre pays dans une menace bien réelle« , explique Agir pour l’Environnement.
« Nous refusons que les décideurs politiques et économiques continuent à faire peser sur nous et nos voisins européens la menace d’un nouvel accident. Le nucléaire est une impasse écologique et économique, qui détourne des sommes colossales de la transition énergétique nécessaire pour freiner la dégradation du climat (…) Au bord de la faillite, EDF n’est plus crédible sur sa politique nucléaire et doit d’urgence sortir du déni. La France continue de s’embourber dans l’impasse nucléaire et doit maintenant se réveiller pour faire face à un triple défi écologique, de sûreté et économique. », conclut Greenpeace.
Le coût et la fiabilité du nucléaire sont donc aujourd’hui sérieusement remis en question, corroborant ainsi les critiques formulées par les écologistes depuis des décennies.
A noter pour finir que les centrales nucléaires s’avèrent particulièrement vulnérables, au regard des tensions géopolitiques actuelles et du risque croissant d’attentat terroriste. Christophe Magdelaine souligne à ce titre le cas des étranges survols de drones au-dessus des centrales, au cours des années 2014 et 2015… Toujours sans aucune explication.
Notes
    1. Soit près de 11 fois le budget investi en 2017 en faveur de l’emploi en France, qui s’élève à 15,3 milliards d’euros
    2. Les réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim, la plus vieille centrale nucléaire française en service, datent de 1978.

http://www.notre-planete.info/actualites/4568-energie-nucleaire-faillite-EDF