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Jan 19

NUCLÉAIRE : QUELLE ÉNERGIE LES CANDIDATS À LA PRIMAIRE DE GAUCHE VEULENT-ILS ?

Primaire gaucheAprès les grands projets contestés et les politiques de transports, Libération poursuit sa série consacrée aux positions des candidats à la primaire de la Belle alliance populaire sur les questions écologiques en se penchant sur leurs politiques énergétiques. Pour faire simple, dans la grande famille de la primaire, il y a ceux qui veulent sortir du nucléaire au plus vite, et les autres. Ils sont en revanche (presque) tous d’accord sur le fait que l’heure est venue d’abandonner les énergies fossiles au profit de solutions plus «vertes».

Sortir du nucléaire : mais quand ?

Avec autour de 75% de son électricité provenant du nucléaire, la France se situe bien au-dessus de la moyenne mondiale. 19 centrales, soit 58 réacteurs, sont théoriquement en fonctionnement dans l’Hexagone. Mais les plus vieilles centrales arrivent en fin de vie, et un point d’interrogation surplombe le coût du démantèlement et la gestion à très long terme des déchets. Inévitablement, se pose la question de la sortie progressive de l’atome.

Ils veulent une sortie du nucléaire totale au plus vite

Un seul candidat veut aller plus loin que la loi de transition énergétique adoptée en juillet 2015 et qui prévoit que le nucléaire ne fournisse plus que 50% de la production d’électricité française d’ici 2025. François de Rugy réclame 50% de nucléaire en 2025 puis «la disparition, à horizon 2040 de toute production d’électricité nucléaire». Pour rappel, le candidat EE-LV, Yannick Jadot, se prononce pour une sortie progressive et définitive d’ici 2035. François de Rugy demande aussi la fermeture des centrales nucléaires qui atteignent 40 ans. «Dès qu’une centrale atteindra les 30 ans, EDF devra mettre en place un programme de reconversion», préconise-t-il encore pour préserver les emplois.

Ils veulent réduire la part du nucléaire à 50% en 2025

Plusieurs candidats s’alignent sur les objectifs déjà fixés par la loi. Benoît Hamon par exemple, qui table sur une sortie progressive du nucléaire et se positionne pour que les centrales nucléaires les plus à risque et arrivant en fin de vie soient fermées au fur et à mesure. Vincent Peillon, en retard sur les questions écologiques, défend la même «position raisonnable» de 50% de nucléaire à horizon 2025. Mais il est méfiant : «la sortie du nucléaire amène l’Allemagne à avoir 30% de plus que nous d’émissions de gaz de serre (sic)», a-t-il argumenté. Un coup qui n’a pas fait mouche puisque, comme l’a souligné François de Rugy, aucun des candidats n’envisage en France de remettre au goût du jour l’exploitation du charbonJean-Luc Bennahmias est sur la même ligne. Le candidat de l’Union des démocrates et écologistes se prononce également pour la fermeture de centrales nucléaires, notamment la plus vieille, mise en service à Fessenheim en 1978 : «Pour passer à 50%, il faudra fermer bien plus que Fessenheim, il faut fermer au moins une douzaine de réacteurs en France», a-t-il commenté sur France Info. Manuel Valls ne se prononce pas avec limpidité sur la question mais il a confirmé sur France 2 «que l’objectif c’est bien 2025 pour passer la part du nucléaire à 50%». «On ne ferme pas une centrale nucléaire en quelques semaines», s’est-il empressé d’ajouter. L’ancien Premier ministre, qui ne se prononce pas sur l’avenir de Fessenheim, défend dans son programme l’idée «d’un secteur nucléaire sécurisé en fermant ou en prolongeant la vie des centrales selon un calcul économique clair».

Ils ne sont pas pressés

Gêné aux entournures, Arnaud Montebourg qui qualifiait en 2012 le nucléaire de «filière d’avenir», défend cinq ans plus tard une «position raisonnable et pragmatique» et a décidé… de passer la main à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). «Si notre ennemi commun et immédiat est le carbone, on ne peut pas être sur deux fronts à la fois : contre le nucléaire, qui n’émet pas de gaz à effet de serre, et contre le carbone», a-t-il prétendu face à la rédaction de Libération. Lors du deuxième débat de la primaire, il a assuré que la France avait «besoin du nucléaire pour réduire l’addiction au carbone». Concernant le cas particulier de Fessenheim, là encore, Arnaud Montebourg se «cale» sur l’ASN.

Pour Sylvia Pinel, «50% [d’électricité nucléaire] dans huit ans» est un objectif «très ambitieux». «Maintenir le nucléaire à un niveau suffisant est un gage d’indépendance énergétique de la France», a ajouté dimanche lors du deuxième débat la candidate du Parti radical de gauche, estimant que l’atome, «filière d’excellence», et les énergies renouvelables étaient «complémentaires». Comme Arnaud Montebourg, elle juge que la durée de fonctionnement des centrales relève de l’ASN, comme elle l’a expliqué au Monde.

Sortir des énergies fossiles, mais quand ?

Pétrole, charbon, gaz naturel ou de schiste… les énergies fossiles sont présentes dans les sous-sols en quantité limitée. Elles posent deux problèmes majeurs : l’épuisement à venir des gisements et le dégagement de gaz à effet de serre que produit leur combustion. Les candidats ne peuvent donc pas faire l’impasse sur la fin programmée de ces ressources «sales» mais ne semblent guère inspirés, exception faite de la question des gaz de schistes.

Mal à l’aise sur le nucléaire, Arnaud Montebourg a fait de l’abandon des énergies fossiles son cheval de bataille, et un préalable au désengagement nucléaire. Lui qui vante désormais sa nouvelle position anti-gaz de schiste après avoir tergiversé, prend «l’engagement de conduire le désinvestissement des énergies fossiles dans l’ensemble du périmètre de l’État en dix ans», le secteur privé sera incité à suivre le mouvement. L’ancien député de Saône-et-Loire explique notamment que «les centrales à charbon seront fermées progressivement». La fermeture des centrales «à charbon ou au fuel» est également qualifiée par François de Rugy d’«impératif climatique».

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Aucune occurrence de l’expression «fossile» en revanche dans le programme de Vincent Peillon qui s’aligne prudemment sur la question des gaz de schiste dont l’interdiction (NDLR : l’auteur a voulu dire « autorisation » je suppose) et l’exploitation resteront interdites, assure-t-il. Les candidats parviennent d’ailleurs presque à l’unanimité sur ce point : François de Rugy, Jean-Luc Bennahmias et Benoît Hamon se sont déclarés opposés à l’exploitation et l’exploration, de même que Manuel Valls, qui n’a cependant pas évoqué publiquement ce thème depuis… 2011.

Seule Sylvia Pinel qui consent à «une diminution» des énergies fossiles, ouvre la porte sur la question des gaz de schiste à «la recherche de technologies non préjudiciables à l’environnement» qui, elles, «restent  évidemment acceptables», selon la présidente du Parti radical de gauche.

Comment comptent-ils soutenir les énergies renouvelables ?

S’ils sont assez peu zélés pour laisser les vieilles énergies sous terre, les candidats rivalisent d’idées pour promouvoir les énergies renouvelables. Pour rappel, le projet de loi de finances pour 2017 consacrera 35,7 milliards d’euros pour soutenir la transition énergétique. Elle représente aux yeux des candidats un réservoir de création d’emploi et un moyen de permettre l’indépendance énergétique du territoire à long terme.

Pour François de Rugy et Jean-Luc Bennahmias, les deux anciens Verts, il faut tenir un objectif de 100% d’énergie renouvelable en 2050. Ils s’alignent ainsi sur les projections de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Pour atteindre ce but François de Rugy mise d’abord sur la baisse de la consommation et la lutte contre les «passoires thermiques». Il a fixé un objectif pendant le deuxième débat : «Faire baisser la facture énergétique des ménages de 25% d’ici cinq ans.» «Ce sont les énergies renouvelables qui sont sur notre territoire : l’éolien, le solaire, la biomasse, l’hydro-électricité, la filière bois-énergie, les énergies marines renouvelables», énumérait-il dimanche face à ses concurrents pour défendre une autre indépendance énergétique.

Benoît Hamon vise à moins long terme en pariant sur 50% de renouvelable en 2025. «Le choix des énergies renouvelables, c’est le choix des économies pour les Français», a défendu le député des Yvelines dimanche après avoir pointé les coûts d’entretien d’un parc nucléaire vieillissant. Pour lui, la transition énergétique doit devenir un moyen de relancer un projet européen dont la France serait le leader. Concrètement, il a déjà promis d’aider les citoyens à s’équiper en «matériel de production d’énergie renouvelable domestique» et évoqué la «territorialisation d’unités de production d’énergie» pour permettre aux collectivités locales d’être autonomes.

Moins ambitieux encore, Vincent Peillon vise 40% d’énergies renouvelables en 2030, ce qui ne l’empêche pas d’assurer qu’il fera «de la transition écologique une priorité de [s]on quinquennat». L’ancien ministre de l’Education propose d’accélérer la mise en place de la loi de transition énergétique mais surtout d’augmenter les financements de la recherche liée aux questions environnementales, notamment les énergies renouvelables, mais aussi le stockage de l’énergie. Sylvia Pinel n’est pas très bavarde sur ce point mais elle entend apporter un soutien «déterminé» au renouvelable, «notamment dans les bâtiments et le logement» mais aussi sur l’éolien terrestre et marin, au solaire, et à la géothermie.

Bien peu de chiffres dans le programme d’Arnaud Montebourg qui vante une «écologie des solutions» mais évoque de vagues «objectifs d’installation d’énergies renouvelables à horizon 2020». Il expliquait toutefois à Libération vouloir consacrer de l’argent «pour les énergies renouvelables, par exemple l’éolien, le solaire, l’hydrolien, l’hydraulique». Son pari, comme il l’a expliqué dimanche, est de stimuler un changement de société à la base : «Chacun va devenir producteur d’électricité. C’est comme ça que les énergies renouvelables rendront inutile le nucléaire.» Par ailleurs, l’éphémère locataire de Bercy préconise que l’ensemble des bâtiments publics, hors patrimoine historique, soit rénové au cours du quinquennat et annonce un «plan massif de rénovation thermique des logements d’un montant de 100 milliards» d’euros.

Manuel Valls affiche l’ambition de «parvenir à un mix énergétique moderne» et veut créer avec d’autres pays une communauté de l’énergie «qui aurait pour fil conducteur la transition énergétique afin de décarboner l’économie européenne». Aucun objectif chiffré pourtant dans le programme de l’ancien Premier ministre qui se contente de promettre que l’État «accompagnera prioritairement» les nouvelles entreprises dans les secteurs éolien, marin, agricole ou forestier… Comme Vincent Peillon, il entend soutenir la recherche dans le stockage de l’électricité. Le patrimoine public sera mis à contribution à travers l’installation de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments publics et la rénovation d’un million de logements, bureaux et bâtiments publics par an.

On le voit, pour un président de la République, la question énergétique est cruciale et c’est au croisement d’enjeux financiers colossaux, de stratégies pour emplois et de gestion des risques environnementaux que se révèlent les stratégies à moyen et long terme des impétrants.

http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/01/18/nucleaire-quelle-energie-les-candidats-a-la-primaire-de-gauche-veulent-ils_1542091