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Jan 27

DANSE SUR UN VOLCAN : DE MARINE LE PEN À BENOȊT HAMON, L’INCONSCIENCE FRANÇAISE…

bombNous courons à la catastrophe planétaire, nous vivons sur un baril de poudre, et la mèche est allumée. Mais les Français sont délibérément maintenus par la classe politique, avec la complicité de la plupart des médias, dans l’ignorance du danger, ou plutôt –car ils en sont en réalité bien plus conscients que leurs élites supposées- dans l’ignorance de l’issue qui permettrait de s’en éloigner…

…Omerta nationale

Maintenant que le chef de l’État chinois, prenant la relève d’Obama, a proposé à Davos de construire un monde sans armes nucléaires, il devient encore plus difficile de masquer cette perspective. L’omerta française n’en continue pas moins de frapper deux autres faits nationaux, horrifiques pour les partisans de la force de frappe, mais aussi désagréables pour certains de ses adversaires, plus soucieux de conserver le monopole du combat contre les armes nucléaires que de le voir aboutir.

D’abord, contrairement au mythe du « consensus national » en faveur de « notre dissuasion », mythe soigneusement entretenu par les adeptes de la chose, il s’avère que, d’après un sondage effectué par l’IFOP à la demande d’ACDN en octobre 2015, 3 Français sur 4 (74 % exactement) voulaient déjà, avant même que l’opportunité n’en soit offerte par l’ONU, « que la France négocie et ratifie avec l’ensemble des États concernés un traité d‘interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ». Certes, il ne s’agissait que d’un sondage et les choses peuvent avoir évolué depuis, dans un sens ou dans l’autre. Mais pour vérifier la volonté majoritaire des Français et lui donner force de loi, il existe un moyen simple et indiscutable : c’est d’organiser un référendum. En 2015, les citoyens voulaient justement être consultés par référendum sur cette question précise. Trois sur quatre, là encore, se disaient prêts à soutenir une initiative parlementaire qui irait en ce sens (27% « certainement », 47 % « probablement »).

Cette volonté de soutenir un désarmement nucléaire multilatéral varie bien entendu selon la sensibilité politique de chacun. Il est d’autant plus remarquable qu’elle traverse tous les partis et rassemble partout, d’après l’étude de l’IFOP, une majorité absolue d’électeurs : de 63 % chez les sympathisants du Front National (et 63% des électeurs de Marine Le Pen en 2012) à 94 % chez ceux d’EELV, en passant par 72 % chez ceux des Républicains (et 74 % des électeurs de Nicolas Sarkozy), 78 % chez ceux de l’UDI (72 % des électeurs de François Bayrou), 80 % chez ceux du PS (81 % des électeurs de François Hollande) et 88 % chez ceux du Front de Gauche (89 % des électeurs de J-L Mélenchon).

Avec les précautions d’usage à l’égard des sondages même les plus sérieux, on peut donc affirmer qu‘il existe bien en France un consensus national – mais pour que la France s’implique activement dans le processus d’abolition (interdiction et élimination totale) des armes nucléaires, françaises comprises.

Or, et voilà le dernier fait politique scandaleusement occulté : la possibilité d’organiser concrètement un référendum sur cette question existe bel et bien aujourd’hui. En effet, plus de cent parlementaires (111 depuis le 20 janvier 2017) désavouent la politique de la chaise vide pratiquée par le gouvernement actuel comme par tous ses prédécesseurs, de gauche ou de droite. Nombre de ces députés et sénateurs ont beau être proches de la majorité et même membres du Parti socialiste, ils veulent tous, néanmoins, que la France participe au processus d’abolition en cours. Ils veulent en outre que le peuple français soit consulté par référendum là-dessus. Joignant le geste à la parole, ils ont non seulement signé un Appel à référendum sur la participation de la France à l’abolition des armes nucléaires, mais encore une Proposition parlementaire de loi (PPL) organisant ledit référendum selon la procédure dite d’initiative partagée (parlementaire et citoyenne).

Pour satisfaire à l’article 11 de la Constitution qui exige le soutien d’un cinquième du Parlement à cette Proposition de Loi, il reste à trouver 74 signataires parmi les 814 autres parlementaires susceptibles (hormis quelques défunts…) de la cosigner. Elle sera alors transmise au Conseil constitutionnel et devra, une fois validée par le Conseil, recueillir à partir du 1er août 2017 le soutien de 10% des électeurs inscrits, par voie électronique et sous contrôle du ministère de l’Intérieur – soit depuis un ordinateur personnel, soit depuis une mairie, par l’intermédiaire d’un fonctionnaire spécialement habilité à le faire et d’ores été déjà en place. 4,5 millions environ de soutiens citoyens, c’est beaucoup, mais en 9 mois, cela ne devrait pas être trop difficile

Ainsi, le peuple français, pour peu qu’on lui donne la parole, pourrait, conformément à la constitution de la République française qui exige le respect des traités et celui des droits de l’Homme, ouvrir la voie à un monde sans armes nucléaires. Il pourrait se montrer plus sensé que ses dirigeants…

Les briguants de la République : tous (ou presque) pour la Bombe !

L’idée de voir le peuple français faire irruption dans la chasse gardée du Président de la République effraie la plupart des « grands candidats » qui briguent la fonction. Pas question pour eux de « baisser la garde » ni de risquer de perdre un jour l’usage du bouton nucléaire et de la valise noire qui les suivra partout. Cela pose son homme, même s’il s’agit d’une femme.

Tous ou presque entendent conserver et embellir la force de frappe française. Pour Marine Le Pen, « notre concept de dissuasion nucléaire sera réaffirmé et précisé. Il doit demeurer le fondement de notre stratégie de défense et la garantie ultime de la sécurité et de l’indépendance nationale. » Même chose pour François Fillon : il faut « maintenir la Force de dissuasion nucléaire et préparer sa modernisation« , et pour Manuel Valls. Tous deux veulent faire grimper le budget des armées à 2% du PIB, comme l’a demandé le chef d’état-major Pierre de Villiers en décembre 2016, afin d’améliorer fortement leur dotation conventionnelle tout en continuant à moderniser les forces nucléaires.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la dissuasion nucléaire « demeure l’élément essentiel de notre stratégie de protection« , mais elle doit « être dépassée à terme ». En attendant, il se prononce pour « supprimer la composante aérienne« , qu’il juge « obsolète« . Apparemment pas pour soumettre tant la « stratégie » que toutes ses « composantes » aux négociations sur le traité d’interdiction qui vont s’ouvrir dans deux mois.

Quant à Emmanuel Macron, on aimerait savoir ce qu’il en pense, mais il serait surprenant que cet admirateur enthousiaste du nucléaire civil (« un choix résolument moderne« ) n’en soit pas aussi un du nucléaire militaire.

Heureusement, il y a Benoît Hamon, le cœur sur la main et la main sur le cœur, qui en appelle à la France du cœur.

Eh bien non, pas du tout. Ce Brestois d’origine dont le père travaillait à l’arsenal ne se contente pas de vouloir, comme il l’a dit à Libération, conserver tous nos SNLE construits à Brest et basés à l’Ile Longue, ni d’envisager la construction de deux nouveaux porte-avions nucléaires (le futur successeur du Charles-de-Gaulle, et son suppléant à la mer quand il est en radoub). Que les électeurs de gauche tentés par ses discours alléchants se le disent : ce n’est pas lui qui nous sauvera de la catastrophe. Il partage au contraire la même foi dans les armes nucléaires que Manuel Valls, François Fillon et Marine Le Pen. Mais il la pousse encore plus loin, voulant faire passer le « budget défense et sécurité » à 3% du PIB (il est vrai qu’il n’en est pas à des dizaines de milliards près), réclamant (comme Fillon) que ce budget échappe au calcul du déficit, que « nos partenaires (européens) accentuent leur soutien logistique et financier aux opérations extérieures faites par la France » (comme Fillon), qu’ils augmentent eux aussi leurs dépenses militaires, et enfin qu’ils accordent à la France un leadership en la matière, car elle est seule désormais au sein de l’UE à disposer d’un « outil militaire complet« , seule à pouvoir protéger l’Europe grâce à sa force de dissuasion nucléaire, après le Brexit et le repli du « parapluie américain » annoncé par Donald Trump.

Nous allons enfin recevoir les dividendes politiques et militaires de notre force de frappe. Que cette ligne Maginot à plus de 300 milliards d’Euros soit inutilisable militairement, comme l’avait reconnu le président Giscard en 1973, qu’elle soit absurde, immorale, criminelle et suicidaire, et que nos partenaires européens n’en veuillent absolument pas, peu importe. Avec « un appareil de défense à la hauteur de nos ambitions« , nous allons pouvoir défendre « le rang de la France » : « Le rang de la France nous permet de proposer des coopérations de défense de nos frontières qui pourraient compenser le désengagement des États-Unis » (2e débat de la « primaire citoyenne »). « Ambitions« , « rang de la France« , qu’il est neuf, ce langage !

Qu’elle est belle et intelligente, la France dont Benoît Hamon veut faire « battre le cœur » ! Elle menace le monde, mais qu’elle est fraternelle ! Qu’elle est démocratique ! A ce stade, la posture ringarde et ravageuse du futur chef d’État- nous en sommes avertis : « sa main ne tremblera pas » (Benoît Hamon applique la formule à son attitude face aux lobbies qui nous empoisonnent, mais elle est extensible et s’applique idéalement au détenteur du bouton nucléaire) – cette posture relève-t-elle encore de l’inconscience, ou bien révèle-t-elle une forme d’imposture ? Les deux peut-être ? Mais comment pourrait-on se fier à cet homme-là plus qu’à d’autres ?

Tel est le drame des monarchies nucléaires du genre de la Ve République : le chef de l’État se déclarant prêt à commettre des crimes contre l’humanité pour défendre nos intérêts vitaux, nos valeurs et même les droits de l’homme, on ne peut plus s’y fier à rien ni à personne. Le langage même est perverti : les mots disent tout et le contraire de tout. Les contraires se confondent. La bombe, c’est le salut. La guerre, c’est la paix. La mort, c’est la vie. Le crime, c’est la vertu. Le cœur, c’est le meurtre. La convivialité, c’est la menace. La fraternité, c’est l’annihilation. Et vice-versa.

Comment voulez-vous, avec un tel délire, échapper aux démons de minuit ?

La dernière chance du désarmement nucléaire

Aucun des 7 candidats à la primaire du Parti socialiste dite « primaires citoyennes » n’a jugé bon de répondre aux trois questions qu’ACDN leur avait adressées le 4 décembre dernier. Parmi eux, trois députés : Benoît Hamon, Sylvia Pinel (devenue soutien de Manuel Valls), François de Rugy. Aucun des trois n’a signé l’Appel à référendum ni la proposition de loi référendaire qui leur ont été adressés, comme à tous les parlementaires, à plusieurs reprises depuis mars 2016.

Force est de constater qu’à ce jour, un seul candidat a fait connaître son intention de « remplacer la stratégie de dissuasion nucléaire par un sanctuaire européen « dénucléarisé », et d’œuvrer à une diplomatie active en faveur du désarmement nucléaire » : Yannick Jadot (75e proposition de « la France vive »). Il n’a pas signé la PPL référendaire, puisqu’il n’appartient pas aux eurodéputés de le faire. Mais il a signé, à l’occasion de la primaire de EELV, l’Appel à référendum et il est le seul à l’avoir fait.

Lui seul devrait donc logiquement recevoir le soutien de celles et ceux pour qui la devise « Liberté, égalité, fraternité » veut encore dire quelque chose. Mais lui-même l’a reconnu : il n’a aucune chance de devenir président de la République.

Quel moyen d’exprimer leur volonté reste-t-il donc aux citoyens français de tout bord qui veulent voir la France participer à l’abolition des armes nucléaires ?

Un seul : écrire aux députés et sénateurs de leur département -ou d’ailleurs- pour leur demander de cosigner la Proposition de Loi référendaire avant la dernière réunion du Parlement, qui aura lieu le 24 février. Il reste à peine quatre semaines pour donner au REFERENDUM SUR LA PARTICIPATION DE LA FRANCE L’ABOLITION DES ARMES NUCLÉAIRE une chance d’avoir lieu.

Une chance de retarder un peu l’heure de l’Apocalypse.

Jean-Marie Matagne
Président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN)
Docteur en philosophie

https://blogs.mediapart.fr/jean-marie-matagne/blog/270117/danse-sur-un-volcan-de-marine-le-pen-benoit-hamon-linconsceience-francaise