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Fév 13

VOILÀ POURQUOI IL FAUT FERMER FESSENHEIM

FessenheimC’était une promesse du candidat Hollande. Et la nécessité de son démantèlement n’est pas politique, mais bel et bien énergétique.

Il s’agit de la plus ancienne des centrales nucléaires françaises, raccordée au réseau électrique en 1977, que la proposition 41 du programme du candidat Hollande prévoyait de fermer. Il aura fallu un quinquennat entier pour que soit finalement amorcée une mise à l’arrêt des deux réacteurs, d’une puissance cumulée de 1 800 MW, à l’horizon 2018. Malgré l’accord d’EDF le 24 janvier dernier sur les conditions d’indemnisation de l’énergéticien par l’État (part fixe de 490 millions d’euros versés d’ici 2021), l’hypothèse de sa fermeture définitive est loin d’être acquise, tant ce dossier est politique…

…Soutenus par la CGT, les salariés sont prêts à tout pour sauver la centrale.

Non, Fessenheim n’est pas dangereuse, en tout cas pas davantage que les 56 autres réacteurs, n’en déplaise aux riverains suisses et allemands qui pointent régulièrement une installation obsolète et porteuse de risques. Pourtant, Fessenheim doit fermer et sa fermeture doit marquer le début de la transition énergétique que nous devons amorcer de toute urgence. Une partie de l’opinion publique ne veut en effet plus assumer les risques d’une énergie nucléaire dont l’acceptation sociale reposait il y a trente ans sur les promesses d’indépendance énergétique, de prix bas de l’électricité et de développement d’une nouvelle filière industrielle. Depuis la fin des années 1980, le nombre total de réacteurs en fonctionnement dans le monde stagne autour de 430, répartis dans 31 pays. Si le nucléaire a encore un avenir – 25 réacteurs sont en construction en Chine –, ce n’est plus une énergie d’avenir. C’est aujourd’hui davantage la filière du démantèlement des réacteurs qui va prendre un essor considérable. Construit majoritairement dans les années 1970 et 1980, le parc nucléaire mondial amorce la mise à l’arrêt d’installations initialement prévues pour trente ou quarante ans.

L’Allemagne, qui a arrêté 28 réacteurs, a pris une longueur d’avance. Aux États-Unis, où la concurrence d’un gaz de schiste peu cher rend le nucléaire moins compétitif, ce sont 33 réacteurs qui ont été mis à l’arrêt. La France, championne de la construction des centrales, ne doit pas rester à l’écart de l’immense marché du démantèlement. La prolongation des installations de quarante à soixante ans, telle que préconisée par François Fillon, nécessiterait des investissements considérables. Le coût du « grand carénage » d’un réacteur est estimé par EDF à 1 milliard d’euros, au minimum, soit 51 milliards sur douze ans pour l’ensemble du parc français. Autant d’investissements qui ne seraient pas orientés vers le développement des énergies renouvelables et la recherche sur le stockage de l’électricité.

Ce n’est pas un hasard si les pays les plus en pointe en matière d’énergies renouvelables (ENR) sont aussi ceux qui se passent du nucléaire : les ENR assurent plus de 80 % de la production d’électricité en Norvège, en Nouvelle- Zélande et en Autriche, pays dépourvus d’installations nucléaires, et la Suisse et la Suède, qui ont tous deux renoncé au nucléaire, produisent plus de 60 % de leur électricité à partir des ENR. En revanche, en France, au Japon, en Corée du Sud ou aux États-Unis, pays parmi les plus nucléarisés au monde, les ENR représentent encore moins de 20 % du mix énergétique2. La construction d’une nouvelle filière industrielle des énergies renouvelables suppose des choix politiques clairs et une réorientation massive des investissements en faveur de la transition écologique
Soit les fonds vont au nucléaire, et la part des ENR restera marginale, soit ils vont vers les énergies alternatives dans la perspective d’une économie totalement décarbonée. Fessenheim est un symbole. Il faut fermer la centrale, non pas en raison de ses risques supposés, mais bien pour amorcer un changement d’époque, tourner définitivement la page des années 1970 et produire une énergie sans risques, débarrassée de la problématique des déchets et de l’approvisionnement en uranium.

  1. Source : ASN, appréciations 2015 pour la centrale nucléaire de Fessenheim.
  2. Source : Agence internationale de l’énergie, 2015.

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http://www.temoignagechretien.fr/articles/pourquoi-il-faut-fermer-fessenheim