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Mar 02

AREVA ET EDF EN PASSE DE RAPPROCHER LEUR INGENIERIE SUR LES GRANDS PROJETS

reva et EDFLa création d’une coentreprise est prévue pour avril et le lancement opérationnel pour juin. L’objectif est de réduire les interfaces pour livrer les prochains EPR ou développer un futur réacteur.
Avant même qu’EDF finalise le rachat de la division réacteurs et services d’Areva (ex-Areva NP), prévu au second semestre, les deux groupes vont bientôt loger dans une coentreprise les projets de réalisation des « îlots nucléaires » – la partie nucléaire d’une centrale. Elle aura ainsi pour mission, parmi ses premiers chantiers, de travailler sur le projet des deux EPR de Hinkley Point en Grande-Bretagne ou sur le futur EPR (lire ci-dessous). Le processus d’information-consultation des comités d’entreprise a démarré en janvier et la création de Nice (Nuclear Island Common Engineering)  « pourrait être envisagée en avril 2017 », indiquent des documents d’EDF et d’Areva.  « Le lancement opérationnel de Nice serait, lui, prévu en juin 2017 », précisent-ils.
L’électricien, actionnaire très majoritaire
Si le projet avait été annoncé par l’Elysée dès l’annonce de la  « refondation » de la filière nucléaire mi-2015, il a pris du retard, mais EDF entend néanmoins le mettre en œuvre avant l’acquisition des usines de fabrication d’équipements (générateurs de vapeur, assemblages de combustibles…) d’Areva et de ses services de maintenance.  « Nous avons obtenu de Bruxelles fin octobre que la création de Nice soit considérée comme une opération indépendante de l’acquisition d’Areva NP. Ils ont considéré que ce n’était pas une anticipation illégale d’opération », indique une source au fait du dossier à EDF. L’objectif de la mise en commun est de  « réduire les interfaces et les itérations ».  « Ce sera le bureau de l’ingénierie des réacteurs, on ne passera plus commande à Areva et donc on gagnera un niveau. Cela nous fera gagner du temps et de l’argent mais surtout, ce sera plus efficace », explique-t-on au sein d’EDF. L’électricien public en sera l’actionnaire très majoritaire, avec 80 % des parts en direct. Nice, qui ne portera pas les risques de construction, devrait compter 2.050 salariés, dont la moitié venue de prestataires extérieurs, 200 venus d’Areva, 650 d’EDF et des personnels en support, via des mises à disposition.
Les effectifs pourraient ensuite monter en puissance, en fonction du plan de charge. Dans les hypothèses présentées aux élus, la coentreprise table sur des décisions d’investissement pour 12 réacteurs EPR à l’horizon 2025, incluant  « l’hypothèse de la construction en France d’un palier EPR NM à partir de 2020 […] sur la base d’une tranche tous les dix-huit mois ». Des chiffres auxquels  « il ne faut pas trop s’attacher », notent toutefois plusieurs sources.
Inquiétudes
Si les deux groupes attendent de Nice des synergies,  « par exemple en n’ayant qu’une seule maquette numérique, en standardisant les matériels, en unifiant les processus de qualification des matériels, le management des contrats et la surveillance », certains doutent de leur ampleur.  « Il y aura quelques coûts de frottement évités, mais c’est tout », estime un consultant. « Nice sera une société avec son propre management, il va donc rester une interface, regrette de son côté un bon connaisseur du dossier.  Il aurait mieux valu intégrer directement l’ingénierie d’Areva à EDF. »
Côté Areva, certains syndicats s’inquiètent de la chronologie du projet.  « Nice ne répond qu’aux intérêts actuels d’EDF », estime Eric Devy, délégué syndical central FO à Areva NP, qui redoute par ailleurs un transfert de propriété intellectuelle vers Nice.  « La valeur d’Areva NP, ce sont ses codes et ses méthodes, c’est-à-dire la propriété intellectuelle de la chaudière nucléaire [la cuve, les générateurs de vapeur et le pilotage de la centrale, NDLR].  Si elle allait dans la coentreprise, EDF pourrait ensuite prendre n’importe quel fournisseur pour sa maintenance », redoute un autre élu. Des craintes infondées, estime-t-on chez EDF.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211748663567-areva-et-edf-en-passe-de-rapprocher-leur-ingenierie-sur-les-grands-projets-2069012.php