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Mar 09

SORTIE DU NUCLÉAIRE, LA FIN D’UN TABOU

Fin tabou,La question de la sortie du nucléaire est à nouveau au menu de la campagne présidentielle. Les contraintes financières, techniques et environnementales rendent ce dossier très compliqué.

À l’approche de l’élection présidentielle, le nucléaire est de nouveau sur la sellette. En 2012, le candidat François Hollande avait promis la fermeture de la centrale de Fessenheim avant la fin de son mandat, ce qui ne sera finalement pas le cas.
Il s’était engagé aussi à ramener de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025. La loi de transition énergétique a été votée en ce sens en 2015. Elle plafonne également la capacité de production nucléaire à son niveau actuel (63,2 gigawatts).
Cette fois, les candidats de gauche frappent encore plus fort. Le socialiste Benoît Hamon, allié au vert Yannick Jadot, s’engage sur une sortie intégrale du nucléaire en 2040. Jean-Luc Mélenchon parle, lui, de 2050. Au grand dam des syndicalistes CGT d’EDF, pas loin d’y voir une trahison de la part d’un candidat soutenu par les communistes.

Emmanuel Macron reprend pour sa part les promesses de François Hollande. À Bercy, l’ancien ministre de l’économie s’affichait pourtant comme un ardent partisan de l’atome, en soutenant notamment le projet Hinkley Point de construction par EDF de deux réacteurs EPR en Grande-Bretagne.
« C’est la fin d’un consensus historique en faveur du nucléaire, fondé sur l’indépendance énergétique de la France et des prix bas de l’électricité, souligne l’économiste Jacques Percebois, ancien président de la commission Énergies 2050. L’accident de Fukushima en mars 2011 a marqué les esprits. Tout le monde se rend compte que le nucléaire va coûter plus cher pour répondre aux nouvelles exigences de sûreté, alors même que les énergies renouvelables se développent. »
L’ancien fleuron Areva accumule aussi les pertes sans discontinuer depuis 2011. Quinze milliards d’euros au total ! Et l’an dernier, EDF a dû procéder à des vérifications sur 18 réacteurs après la découverte d’anomalies dans la fabrication de pièces à l’usine du Creusot. Fortement endetté et en grandes difficultés financières, l’électricien vient de lancer une augmentation de capital).
Objectif 2025, la difficile fermeture d’un tiers du parc
Si l’on s’en tient à la loi de la transition énergétique, la diminution d’un tiers de la part du nucléaire conduira à la fermeture de 17 à 20 réacteurs, à l’horizon 2025. Mais aucune étude d’impact n’a été réalisée, déplorait l’an dernier la Cour des comptes.
C’est beaucoup, surtout quand on voit les difficultés rencontrées par le gouvernement pour fermer simplement les deux plus vieux réacteurs français de Fessenheim. Le Conseil constitutionnel l’a même obligé à indemniser EDF, qui devrait recevoir 500 millions d’euros plus une part variable. Pour arrêter une vingtaine de réacteurs, l’État devrait donc verser au minimum dix milliards d’euros à EDF, soit, peu ou prou, le prix de l’EPR de Flamanville.
Au total, en 2025, 37 réacteurs auront atteint ou dépassé les quarante ans, c’est-à-dire la durée de vie initialement retenue lors de leur conception. (NDLR : FAUX, c’était 30 ans). « Fermer des réacteurs en fonctionnement et qui sont amortis, c’est absurde au plan économique, juge Bertrand Barré, ancien directeur des réacteurs nucléaires au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). La solution la plus intelligente serait de laisser l’Autorité de sûreté prolonger leur durée de vie, ce qui donnerait un peu de temps pour trouver des alternatives. » C’est le projet d’EDF baptisé le « grand carénage ».
La question n’est pas de savoir comment on ferme une vingtaine de réacteurs, mais comment on peut les maintenir en activité. Nous avons déjà recensé une trentaine souffrant d’anomalies », affirme Cyrille Cormier, chargé de campagne énergie et climat chez Greenpeace, en mettant l’accent sur la mauvaise santé d’EDF, qui « n’a plus les moyens techniques et financiers d’assurer la prolongation de la durée de vie de son parc ».
Début février, un rapport parlementaire estimait d’ailleurs que l’électricien avait passé des provisions insuffisantes pour les charges futures de démantèlement…

Reste à voir par quoi on remplacera le nucléaire. Ses opposants sont persuadés que la montée en puissance des renouvelables suffira. Julien Chardon, qui vient de lancer le mouvement et le site fermetacentrale.org, a fait le calcul.
Selon lui, pour compenser l’arrêt d’ici à 2022 des 19 réacteurs ayant atteint les quarante ans, il faudrait construire 34 GW d’éolien (soit multiplier par trois le parc actuel), 14 GW de solaire (deux fois plus qu’aujourd’hui), 6 GW de barrages (un quart de capacité supplémentaire) et 1 GW de biomasse. Pas impossible, mais très compliqué. Il faut au minimum cinq ou six ans pour développer un projet de renouvelables.
À défaut, la France pourra toujours importer d’Allemagne de l’électricité produite à partir des centrales charbon, qui tournent aujourd’hui à plein régime, ce qui est en contradiction avec les engagements pris dans le cadre de la COP21.
Mais dans tous les cas, transformer le parc de production électrique coûtera cher, qu’il s’agisse de prolonger la vie des réacteurs (EDF évoque 55 milliards d’euros pour le grand carénage) ou de construire de nouvelles installations. L’an dernier, le soutien public aux énergies vertes s’est élevé à 5,1 milliards d’euros, selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Objectif 2040, le saut dans l’inconnu
Personne n’est capable de dire quelle sera l’énergie dominante en 2040. Aucun expert n’avait prédit la révolution des gaz et pétrole de schiste aux États-Unis au milieu des années 2000, ni prévu qu’en dix ans le prix des panneaux solaires serait divisé par six.
L’idéal, évidemment, est d’arriver à stocker l’électricité. « Beaucoup de progrès ont été faits, notamment avec les batteries, mais c’est long. À petite échelle tout est possible, mais pas pour l’ensemble d’un pays, même s’il n’est pas exclu qu’une technologie nouvelle apparaisse d’ici à 2040 », juge Bertrand Barré.
« Pour l’industrie lourde, qui a besoin d’une puissance électrique importante, on a également du mal à entrevoir un approvisionnement 100 % renouvelable dans l’état actuel des connaissances », ajoute Jacques Percebois…
Pour lire l’intégralité de l’article : http://www.la-croix.com/Sciences/Environnement/Sortie-nucleaire-tabou-2017-03-08-1200830372