Mar 11

APRÈS L’ACIER, DES DOUTES SUR LE BÉTON D’UN RÉACTEUR

doutes bétonSelon des documents dévoilés par Sortir du nucléaire, le béton de l’enceinte du réacteur n° 1 de Civaux serait parmi les plus fissurés du parc des centrales
Alors que l’affaire des générateurs de vapeur en acier défectueux se referme, c’est le béton qui suscite des questions à la centrale nucléaire de Civaux. Dans un ouvrage publié jeudi, « La farce cachée du nucléaire » (1), le réseau Sortir du Nucléaire affirme en effet que l’enceinte du réacteur n° 1 souffre de graves défauts de construction, jamais corrigés de façon satisfaisante ni définitive.

«  Piètre qualité du béton  »
L’auteur, qui signe sous le pseudonyme de Nozomi Shihiro, appuie ses affirmations sur plusieurs documents internes à EDF. La centrale poitevine n’est pas la seule concernée par les problèmes d’étanchéité : « Le béton des enceintes, autant interne qu’externe, est fissuré. C’est un fait avéré. » Reconnu d’ailleurs par EDF à Civaux dès 2001 (lire ci-dessous).Mais « le béton de la cadette de nos centrales [Civaux] est encore plus [fissuré] que celui des autres tranches. » En cause, « la piètre qualité du béton » mis en œuvre lors de la construction, selon une note d’études, « et notamment son retrait important. »
Conséquences  : des fissures qui font l’objet de réparations successives depuis le premier test de mise en pression, échoué en juin 2001. Des corrections avaient alors été apportées, permettant d’atteindre en novembre 2001 l’étanchéité attendue aux gaz radioactifs (collectés entre les deux parois). « L’honneur est sauf. Cependant, un relevé des défauts dans le béton de l’enceinte interne, avant et après l’épreuve de novembre, vient tempérer l’enthousiasme, poursuit Nozomi Shihiro. L’expertise révèle que quelques fissures «  s’ouvrent  » au niveau du fût de l’enceinte : l’ouverture de ces fissures est supérieure à la valeur mesurée avant l’épreuve. Avec ce suivi rapproché des parois, on comprend que chaque test en pression abîme un peu plus l’enceinte de confinement. »
Rebouchages successifs
En 2005, « les relevés font état d’environ 2 km de fissures sur l’enceinte externe. Comme les mesures du taux de fuite sont au-dessus de 1 %, hiver comme été, des travaux de bouchage sont lancés : «  environ 1.400 m de fissures [sont] injectés en 2006  ». Ce qui laisse tout de même 600 m de fissures ouvertes ».
Ces réparations vieillissent plus ou moins bien. Fin 2011, le réacteur n° 1 passe avec succès un nouvel essai de tenue à la surpression, mais c’est grâce au remplacement et à l’ajout préalable de revêtements d’étanchéité.
Le verdict de Nozomi Shihiro est sans appel : « À cause de leurs enceintes dites sensibles, certains réacteurs doivent être stoppés sans délai : Belleville 1 et 2, Flamanville 1 et 2 et bien sûr Civaux 1 qui a probablement l’enceinte la plus délabrée du parc ».
«  Ce sujet est connu  »
À la direction de la centrale de Civaux, on juge évidemment cette affirmation très excessive. Le problème du béton ? « Ce sujet est connu par EDF et l’Autorité de sûreté nucléaire. Nous présenterons d’ailleurs mardi à la Commission locale d’information le programme des travaux qui seront réalisés lors du prochain arrêt du réacteur n° 1, entre mai et juillet. Il y aura effectivement des travaux de renforcement de l’étanchéité de l’enceinte. L’évolution du béton est suivie sur la durée pour garantir que l’enceinte répond aux attentes. L’enceinte de confinement était bien conforme aux prescriptions lors de la dernière visite décennale en 2011, elle a été testée à 5 bars ».

(1) Éditions Yasnost.
Article de Sébastien Kerouanton

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Economie-social/n/Contenus/Articles/2017/03/11/Apres-l-acier-des-doutes-sur-le-beton-d-un-reacteur-3029302