Mar 24

L’OBSERVATOIRE DU NUCLÉAIRE CONTESTE LES 3 ANS SUPPLÉMENTAIRES ACCORDÉS À EDF POUR CONSTRUIRE LE RÉACTEUR EPR DE FLAMANVILLE

EPREn 2007, le 1er ministre De Villepin pensait avoir vu large en accordant à EDF 10 ans pour construire l’EPR…
C’est par le biais d’un arrêté particulièrement discret que le gouvernement a accordé aujourd’hui à EDF, sans aucune raison valable, un délai supplémentaire de 3 ans pour construire le réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche). Ce décret se contente de préciser qu’ « Au II de l’article 3 du décret du 10 avril 2007 susvisé, le mot : « dix » est remplacé par le mot : « treize« . »

En accordant à EDF dix ans pour construire un réacteur qui devait être achevé en quatre ans et demi, le premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, pensait avoir vu large. Mais c’était oublier l’incompétence généralisée de l’industrie nucléaire française, incapable de construire son propre réacteur.

En 2007, EDF ne se privait pas de railler Areva qui était déjà largement empêtrée dans son propre chantier EPR en Finlande : commencé en 2005, le réacteur devait entrer en service en 2009… mais il n’est toujours pas achevé à ce jour. Avec leur arrogance légendaire, les dirigeants d’EDF clamaient qu’ils allaient démontrer la « maestria » et la supériorité de leur entreprise, laquelle s’est en réalité tout autant ridiculisée qu’Areva.

C’est ainsi que la validité du décret de 2007 arrive à échéance sans que l’EPR de Flamanville ne soit achevé. Si la meilleure option serait incontestablement d’abandonner ce chantier (**), sa continuation devrait a minima faire l’objet d’une nouvelle procédure administrative, avec un nouveau débat national de la CNDP (***) et une nouvelle enquête publique, tant le contexte a changé en dix ans.

Mais EDF a pu compter sur un complice de poids, le premier ministre actuel Bernard Cazeneuve qui, faut-il le rappeler, était surnommé « le député du nucléaire » lorsqu’il était parlementaire. C’est une nouvelle démonstration de ce que les lobbyistes ne se content plus d’influencer les politiciens, ils prennent désormais carrément leur place et ce jusqu’à la tête du gouvernement.

Loin de demander des comptes à EDF qui gaspille pourtant par milliards l’argent des Français – annoncé à 2,8 milliards, le prix de l’EPR a déjà dépassé les 10 milliards… en attendant la facture finale – le premier ministre a donc accordé à EDF 3 ans de plus pour terminer son EPR.

En coopération avec d’autres organisations, l’Observatoire du nucléaire va contester en justice la légalité et la légitimité de ce délai.

Il est par ailleurs nécessaire de souligner la défaite totale du Président de la République François Hollande qui tenait avec l’EPR la possibilité de contraindre EDF à respecter la promesse présidentielle de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim (Alsace) : il lui suffisait de dire à EDF « Vous fermez Fessenheim et je vous accorde le délai pour l’EPR ».

Au contraire, c’est EDF qui a dicté sa loi à M. Hollande en lui disant « Nous ne fermerons Fessenheim que si vous nous accordez d’abord le délai pour l’EPR ». Aussi incroyable que cela puisse paraitre, alors que c’est lui qui était en position de force, M. Hollande s’est soumis à EDF qui, de toute évidence, ne fermera pas la centrale de Fessenheim ou demandera sa réouverture immédiate dès le départ (imminent) de M Hollande…

(*) Journal officiel : http://bit.ly/2myLUKc

(**) Un réacteur qui n’est pas entré en service est immensément plus facile à démanteler

(***) Commission Nationale du Débat Public

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article325

NDLR : il s’agit du Décret n° 2017-379 du 23 mars 2017 publié au JORF n°0071 de ce jour 24 mars 2017