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Mar 28

LES ROBOTS MEURENT LENTEMENT À FUKUSHIMA

RoboteÀ Fukushima, que reste-t-il à faire quand les robots sont eux aussi vaincus par la destruction?

Il y a six ans, un gigantesque séisme, puis un tsunami et une crise nucléaire ont frappé le Japon. Les organisations internationales se sont précipitées pour aider les résidents de ce pays dévasté, et pour déterminer comment nettoyer Fukushima Daïchi, la centrale nucléaire durement touchée. Des robots représentaient une lueur d’espoir dans une destruction généralisée. Mais plus maintenant.

Comme l’écrit le journal japonais Asahi Shimbun, dans des propos rapportés par le site internet Techcrunch, des membres de l’Autorité japonaise de réglementation nucléaire pressent maintenant les exploitants de la centrale, la Tokyo Electric Power Company, de trouver de nouvelles technologies et méthodes pour faciliter le nettoyage. Les robots continuent de tomber en panne lors de leurs missions, que ce soit des suites de la radiation, ou en se retrouvant coincés sur place, gaspillant ainsi un argent et un temps précieux.

L’implication est que, peut-être, le nettoyage ira plus rapidement si l’énergie de Tepco et l’argent du gouvernement sont redirigés vers la chimie, la biologie, et la construction dite de « contention » d’une sorte de structure autour de la centrale, à l’image du « sarcophage » de Tchernobyl. Ou, peut-être que les humains doivent faire confiance à l’IA (NDLR : Intelligence Artificielle) pour guider les robots dans certaines de leurs tâches. Tous les robots déployés dans le cadre des efforts de nettoyage ont jusqu’à maintenant été téléguidés par des humains. Ces commentaires critiques du chien de garde du gouvernement surviennent après la plus récente panne robotisée rapportée par Tepco.

Le 23 mars, la compagnie a dit avoir tenté d’envoyer un engin d’exploration dans une enceinte de protection pour y trouver des débris de carburant radioactif, des informations qui sont nécessaires pour décommissionner (NDLR : démanteler) la centrale. Mais le robot en question n’a pas pu installer ses caméras au bon endroit. Avec, pour résultat, l’envoi d’un rapport parcellaire.

Un mois plus tôt seulement, Tepco avait avorté une mission employant un autre robot qui avait été construit pour se déplacer sur des débris, histoire de capter des images et des données à l’intérieur des installations de la centrale. Le robot en question pourrait tolérer jusqu’à 1000 sieverts de radiation. Malgré tout, l’engin a éprouvé des difficultés dans les environs dangereux du réacteur no 2, où il avait été dépêché.

Ces incidents font suite à une série de robots perdus remontant à Quince 1, le premier engin à pénétrer dans la centrale après le désastre. Après plusieurs missions dans le bâtiment du réacteur no 2, Quince 1 a détaché son câble de communications et est demeurer coincé dans les installations.

Ce n’est toutefois pas comme si quiconque pensait qu’il serait facile de développer des robots capables de trouver et de récupérer du carburant nucléaire fondu, ou de déclasser et décontaminer une centrale nucléaire. Des chercheurs japonais tentent de créer de tels robots depuis les années 1980. La robotique demeure une technologie particulièrement complexe.

Avec des caméras, des dosimètres et d’autres outils, les robots peuvent évidemment se rendre où l’environnement serait mortel pour les humains. S’ils sont suffisamment forts et agiles, ils pourraient être en mesure de rapporter des échantillons à des fins d’analyse, ou de trouver et combler des fuites, dégager des chemins d’accès et dégager des matériaux radioactifs. La tâche ultime consisterait, pour les robots, à identifier et récupérer quelque 600 tonnes de carburant (NDLR : combustible) nucléaire fondu et de débris de Fukushima.

Même si ces robots se sont montrés utiles, chaque mission ratée ou avortée, chaque million de dollars dépensé rendent plus difficile le fait de dire à des gens dévastés par une crise que des robots sont leur meilleur espoir. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, plusieurs milliers d’autres ont disparu et un quart de million de citoyens se sont retrouvés sans domicile. Aux premiers jours de la crise, des millions de personnes ont été privées d’électricité ou d’eau courante, et ce en plein temps humide et froid de la fin de l’hiver.

Plus de la moitié des gens évacués ou qui ont fui n’envisagent pas de revenir, selon des sondages du gouvernement japonais. Des études scientifiques ont conclu que certaines zones sont maintenant sécuritaires et peuvent de nouveau être habitées. Mais on attend encore les écoles, les magasins ou les autres bâtiments et services essentiels à la bonne marche de la communauté autour de Fukushima, et la crainte persiste. Le gouvernement japonais estime que le nettoyage coûtera un peu moins de 200 milliards, et s’étirera sur des décennies.

http://www.pieuvre.ca/2017/03/27/les-robots-meurent-lentement-a-fukushima/