Mar 30

EDF MET EN PÉTARD LE GENDARME DU NUCLÉAIRE

EDF met en pétardL’électricien vient de se prendre une nouvelle bordée d’engueulades de la part de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). En cause cette fois : la qualité et l’entretien des enceintes bétonnées où sont enfermés les cœurs des réacteurs nucléaires de Paluel et du Bugey. Dans deux « lettres de suite », datées des 14 et 22 mars, le gendarme du nucléaire reproche à l’électricien d’avoir traité par-dessus la jambe des désordres qui, à terme, pourraient s’avérer dangereux pour la sûreté.

À Paluel (Seine Maritime) les contrôleurs de l’ASN déplorent, dans leur habituel langage châtié l’absence d’« un processus qualité plus rigoureux ». En clair, EDF a travaillé comme un cochon. En zone nucléaire, la moindre fissure ou la plus petite perte d’étanchéité doit être répertoriée, sa dangerosité analysée et sa réparation planifiée. Mais dans cette centrale, la « rédaction de plusieurs dizaines d’analyses de nocivité des défauts » reste bloquée dans le stylo de l’exploitant. Déjà, en 2013 pour le même motif, les patrons de la centrale s’étaient fait sonner les cloches par l’Autorité de Sûreté. En vain…

Plus ennuyeux, des réparations prévues de longue date n’ont jamais été effectuées. Ainsi une conduite esquintée attend depuis 2012 d’être raccommodée. Les travaux auraient dû avoir lieu avant la fin de 2016, mais aucune échéance n’a été fixée.

Les inspecteurs ont également grimpé sur les toits du bâtiment qui abrite le réacteur à l’arrêt depuis la chute spectaculaire, le 31 mars 2016, d’un générateur de vapeur de 465 tonnes. Les envoyés de l’ASN sont redescendus effarés sur le plancher des vaches. Ils sont tombés ici sur des supports métalliques « en état de corrosion important », là sur des échafaudages dangereux pour la sécurité des piscines nucléaires. Enfin, ils ont découvert des risques d’accumulation d’eau sur le bâtiment destiné à stocker le combustible « neuf ».

Béton mité

Leurs collègues chargés de passer le réacteur numéro 5 de Bugey (Ain) au peigne fin n’ont pas été, eux non plus, déçus du voyage. À cause de vilains petits trous mitant son enceinte de confinement en béton, ce réacteur est à l’arrêt depuis 2015. Si les réparations se déroulent aujourd’hui sans trop des problèmes, les inspecteurs en revanche ont déniché d’autres dégâts non déclarés par EDF. Ils sont aussi tombés sur des « entrées d’eau ruisselant » dans des locaux situés « en zone contrôlée » c’est-à-dire potentiellement exposée aux radiations. Pour l’ASN, ce problème pourrait (si l’on ne s’y attaque pas) mettre en péril le « confinement des substances radioactives ». Santé !

Plus stupéfiant encore : les ingénieurs de l’Autorité de sûreté ont découvert (toujours en zone contrôlée) « 20 étais » censés supporter un plafond en béton qui, en raison d’« une fissure significative » menaçait de s’effondrer. Une fois de plus, aucune analyse de cet incident et de ses possibles conséquences n’a été menée par EDF.

La nouvelle est d’autant plus rassurante que la centrale du Bugey se trouve dans une zone de risque sismique assez élevé. De quoi transformer les étais et une partie de la centrale en grand jeu de chamboule-tout atomique…

Article d’Hervé Liffran, Le Canard Enchainé le 29 mars 2017

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