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LES 7 PLUS GROS RATÉS DE LA CENTRALE DE FLAMANVILLE

7 ratésDifficile de fixer une date pour la mise en service de la nouvelle centrale nucléaire de Flamanville. Le chantier de ce réacteur EPR de troisième génération multiplie les déboires. Retour sur les 7 plus gros ratés de ce projet qui prend de plus en plus des allures de fiasco.

Les dernières difficultés du nouveau réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche) ne sont que le énième épisode d’un long feuilleton de déboires.

Initialement prévu pour 2012, on sait désormais qu’il ne devrait pas entrer en service avant 2019. Quant au coût du réacteur de troisième génération, il devrait dépasser les 10,5 milliards d’euros, bien loin des 3,3 milliards du devis initial. Comment en est-on arrivé là ? Retour sur les 7 plus gros ratés de la technologie nucléaire de troisième génération.

  1. Contrefaçons sur le béton

Le 10 avril 2007, à quelques jours du premier tour de la présidentielle qui voit certains candidats s’opposer à l’EPR, le gouvernement de Dominique de Villepin signe un décret autorisant la construction du réacteur nucléaire de Flamanville. La première pierre est posée en décembre 2007. Mais dès 2008, le chantier connaît son premier coup d’arrêt. Des fissures sont constatées dans le radier en béton. L’ouverture de l’EPR est repoussé d’un an.

La facture, elle, augmente de 20 %. En 2010, les malfaçons constatées sont inquiétantes : des erreurs de ferraillage et une structure en béton « trouée comme du gruyère », selon les termes de l’Agence de sûreté nucléaire. Le coût est revu à hauteur de 5 milliards d’euros et la fin des travaux n’est pas attendue avant 2015.

  1. Un chantier mortel

2011 est une année noire pour le nucléaire. Outre la catastrophe de Fukushima, au Japon, qui ravive les craintes liées à l’atome, le chantier de Flamanville tourne au cauchemar : en janvier, un ouvrier est tué sur le chantier, qui est stoppé pendant neuf semaines. Un autre décédera en juin.

S’ensuivent de nouvelles procédures de sécurité qui retardent la construction de neuf mois supplémentaires. Le chantier perd également deux mois à cause des intempéries. On parle désormais d’une inauguration en 2016. L’enveloppe est désormais estimée à 6 milliards d’euros.

  1. Un partenaire italien jette l’éponge

EDF annonce en décembre 2012 que les retards accumulés les années précédentes ont fait augmenter la facture de 2,5 milliards d’euros (8,5 milliards d’euros au total). Conséquence : le groupe italien Enel, partenaire d’EDF (à hauteur de 12,5 %) pour la construction de l’EPR, jette l’éponge. Et en 2014, EDF convient de difficulté dans la livraison de certains équipements, retardant la livraison du projet à 2017.

  1. Bouygues condamné pour travail dissimulé

Le groupe de BTP est poursuivi dans une affaire de travailleurs européens irrégulièrement détachés sur le chantier de Flamanville. Et en mars 2015, la responsabilité de Bouygues a été reconnue dans le recrutement, par l’intermédiaire d’une société d’intérim fondée par un ex-cadre de Bouygues (Atlanco, aujourd’hui liquidée), qui, entre 2009 et 2011, avait employé 163 travailleurs polonais sans les avoir dûment déclarés. 

Atlanco était basée en Irlande, agissait à travers une succursale chypriote pour recruter des Polonais qui n’avaient jamais mis un pied à Chypre et signaient des contrats rédigés en grec, auxquels ils ne comprenaient pas un traître mot.

  1. Anomalie sur la cuve du réacteur

C’est un très sérieux coup de semonce pour le chantier de Flamanville. Le 19 avril 2015 : l’ASN a repéré une « anomalie sérieuse voire très sérieuse » sur la cuve et le couvercle du réacteur de Flamanville. Son président indique qu’ « il faudra qu’on ait une conviction forte, une quasi-certitude, une conviction absolue » sur la fiabilité de ce « composant crucial » avant de donner le feu vert à sa mise en service.

Le programme de test devra donc être étendu. La mise en service n’est pas prévu avant 2019 pour un coût réévalué à 10,5 milliards d’euros. Résultat l’Etat a du prendre récemment un nouveau décret, permettant à EDF de prolonger la construction jusqu’en 2020. Le précédent décret de 2007 imposait une livraison au plus tard le 10 avril 2017.

  1. Crise de gouvernance

EDF doit-il construire deux réacteurs de type EPR en Grande-Bretagne et y investir plusieurs milliards d’euros ? Pour son directeur financier, la réponse est non. Thomas Piquemal claque la porte en mars 2016. Une démission qui entretient le doute sur la viabilité du programme EPR. 

Plusieurs fois repoussée, la décision finale d’investissement a finalement été prise par l’électricien fin juillet 2016, et le contrat a officiellement été signé fin septembre à Londres entre le gouvernement britannique, EDF et le groupe nucléaire chinois CGN, partenaire du français dans ce projet.

  1. Une vitrine fêlée

Pas forcément indispensable à la production d’électricité en France et surtout jugé par les spécialistes comme une technologie déjà dépassée, l’EPR de Flamanville devait servir de vitrine pour EDF qui comptait bien exporter son prototype. Sauf que les déboires de Flamanville ne constituent pas la meilleure des publicités.

Parallèlement, l’EPR en Finlande démarré en 2005 ne devrait lui, non plus, être mis en service avant 2018…

Article de Frédérick MACE

http://www.ledauphine.com/france-monde/2017/03/31/les-7-plus-gros-rates-de-la-centrale-de-flamanville