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Avr 07

ÂGE, SÉISME ET INONDATION : POURQUOI IL FAUDRAIT FERMER LA CENTRALE DE FESSENHEIM

Fessenheim finPourquoi faudrait-il fermer Fessenheim ? Il y a d’abord son âge : la plus vieille centrale nucléaire française a été mise en activité en 1977. Les quarante ans étaient dans les années 1970-1980 la durée de vie envisagée pour les centrales nucléaires. Mais Fessenheim présente aussi une singularité que la catastrophe de Fukushima a mise en exergue. Cette dernière a « rappelé que le séisme et l’inondation, bien que de faible probabilité, peuvent néanmoins se produire […]. Et Fessenheim est un cas emblématique. Cette centrale à 15 km de Mulhouse, 20 km de Colmar, 40 km de Bâle et 100 km de Strasbourg serait-elle capable de résister à un fort séisme suivi d’une possible lame d’eau venue du Grand Canal d’Alsace ? », nous sommes-nous interrogé dans  » Les dossiers noirs du nucléaire français « , ouvrage consacré à la sûreté du nucléaire français (1).

Il pourrait avoir lieu un séisme plus fort – jusqu’à « dix fois plus puissant« , que ce qui avait été envisagé à l’heure où la centrale a été conçue, et donc dimensionnée. Comment cela est-il possible ? Le séisme de référence (Séisme maximal historiquement vraisemblable ou SMVH) pour cette construction, autrement dit celui dont on a la mémoire dans la région, est celui  » de Bâle  » (à 40 km), qui avait détruit en grande partie la ville suisse en 1356. En faisant des études rétrospectives, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français) a évalué sa magnitude à 6,0 et situé son épicentre à 29 km au sud de la centrale. EDF a conclu à 6,2 et un épicentre à 34 km au sud.

Pas vraisemblable, un séisme à Fessenheim ? Il ne l’était pas non plus à Fukushima

Problème, dans une étude nommé Pegasos, menée dans les années 2002-2004 par vingt-et-un experts européens pour le compte de la ville de Bâle et selon les règles les plus strictes, deux sous-groupes sur quatre ont adopté la valeur de 6,9 comme magnitude du séisme de Bâle, le troisième de 6,5 à 6,9 et le quatrième à 6,5 (+ ou – 0,5). En clair, il pourrait survenir dans la région un séisme à l’énergie bien plus forte que ce qui avait été pensé des décennies plus tôt (attention, les magnitudes citées ci-dessus sont sur une échelle logarithmique, ce qui a pour effet de compresser les chiffres. Pour rappel, un séisme de 7 est 10 fois plus puissant qu’un séisme de 6 en magnitude).

On croise donc les doigts pour que la terre ne fasse pas des siennes – et ce, de façon largement imprévisible – juste pendant les prolongations ! Le tremblement de terre pourrait fissurer les cuves de réacteurs (microfissures dans les soudures), les murs de piscine contenant du combustible nucléaire, affecter les réservoirs d’eau de secours… L’eau, justement, mais d’une autre manière, est ce qui a toujours inquiété à Fessenheim. A été souligné le risque d’une vague, non maritime (cf. Fukushima), mais fluviale. Pourquoi ? Parce que les réacteurs, refroidis grâce à l’eau du Grand Canal d’Alsace, se situent sur une plate-forme… en contrebas de 10 mètres par rapport au canal ! Si séisme trop violent, comment être sûr qu’aucune brèche ne se crée, relâchant l’eau vers la centrale ?

Peu vraisemblable ? Rappelons que la vague de Fukushima, elle non plus, n’était pas considérée comme vraisemblable. Rappelons aussi que ce risque d’inondation n’est pas une vue de l’esprit. Après les ECS (Evaluations complémentaires de sûreté) réalisées quelques mois seulement après les débuts de la catastrophe de Fukushima , le 11 mars 2011, par les exploitants d’installations nucléaires (EDF, CEA, Areva…) et par l’IRSN puis présentées à l’ASN à l’automne 2011, on peut estimer qu’au minimum quatre autres centrales françaises présentent un risque d’inondation à prendre très sérieusement en considération (Gravelines, Tricastin, Blayais, Bugey).

(1) Le premier chapitre de cet ouvrage paru en 2013 aux éditions  » Presses de la Cité  » (auteurs : Dominique Leglu, Monique Sené et Raymond Sené), est entièrement consacré à Fessenheim.

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/nucleaire/age-seisme-et-inondation-pourquoi-il-faudrait-fermer-la-centrale-de-fessenheim_112038