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Avr 11

L’INTERMINABLE DÉMANTÈLEMENT DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE BRENNILIS

BrennilisSur la lande des monts d’Arrée, entre rivières et tourbières, se dresse une cathédrale de béton. Mise en service en 1967, après cinq ans de travaux, la centrale de Brennilis (Finistère) a été le seul site électronucléaire de Bretagne.

Fonctionnant avec un réacteur à eau lourde, la centrale EL 4 pilotée initialement par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) n’a pourtant pas dépassé le stade du prototype unique. EDF a finalement opté pour des réacteurs à eau pressurisée au début des années 70. Après dix-huit années de fonctionnement et une production équivalente à la consommation annuelle d’électricité à Paris, EL 4, dont la puissance était faible, est finalement arrêtée en 1985. Le groupe promettait, énergétiquement, un chantier exemplaire et « le retour à l’herbe » le plus rapidement possible.

Mais que s’est-il passé en trente-deux ans ? Le démantèlement, mené en totale autonomie par EDF, s’est éternisé. Il est toujours en cours. La centrale se dresse encore à environ soixante kilomètres de Brest. Quinze employés d’EDF et environ soixante salariés d’entreprises sous-traitantes y travaillent. Pourtant, en 2002, EDF annonçait la libération des lieux pour 2018.

Une facture salée

On évoque aujourd’hui 2032… Et plus le chantier dure, plus il coûte cher. Le premier devis de 2001 était de 254 millions d’euros, il est passé à 377 millions en 2007, selon la Cour des comptes. Le coût total du démantèlement est désormais estimé à 482 millions d’euros !

Comment expliquer que le chantier se prolonge ? D’abord, le caractère unique d’EL 4 : « C’est un réacteur à eau lourde : une technologie unique en France, rare est complexe, et dont le démantèlement nécessite des études préalables poussées, ainsi que le développement de différents modes d’intervention », rappelait EDF à Franceinfo en 2016. Et de mettre en avant « des travaux télé-opérés, effectués à distance pour garantir la sécurité totale des intervenants ». S’y ajoutent les rebondissements juridiques et les aléas techniques.

Jusqu’en 1992, il a d’abord été procédé à la mise à l’arrêt des installations avec vidange des circuits et transfert de cent tonnes de combustible vers le site nucléaire de Cadarache (Bouches-du-Rhône). La seconde phase, prévue jusqu’en 2007, porte sur un démantèlement partiel et non nucléaire. Des bâtiments sont démolis, d’autres transformés : la cantine devient un centre d’information pour les visiteurs, le poste de garde abrite désormais une entreprise de signalisation. Le bâtiment des bureaux et de la salle des commandes, le bâtiment du combustible irradié, le bassin d’accumulation n’existent plus.

Rebondissements juridiques

Coup d’arrêt en 2007 : le Conseil d’État annule le décret de démantèlement total signé l’année précédente par le Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, en raison d’un défaut de communication de l’étude d’impact. En 2012, une nouvelle demande de démantèlement complet est rejetée par l’Autorité de sûreté nucléaire. Cette dernière exige un nouveau dossier : il sera déposé… en 2018. Au final, le bloc réacteur, qui concentre 90 % de la radioactivité, est toujours debout. La question du stockage des déchets nucléaires se posera donc lors de sa déconstruction. L’installation de conditionnement et d’entreposage des déchets de longue et moyenne activité (Iceda) prévue près de la centrale du Bugey (Ain) a vu sa réalisation retardée en raison de recours juridiques. Perturbé et ralenti, le chantier a aussi connu nombre d’incidents. En septembre 2015, par exemple, un incendie s’est déclaré dans l’atelier de conditionnement de déchets situé dans l’enceinte du réacteur.

Alors que les écologistes locaux veillent au grain, l’ASN assure qu’il n’y a eu aucun rejet radioactif. Ces derniers ont évoqué des rejets de tritium lorsque la centrale était en activité. Le très lent démantèlement de la centrale de Brennilis constitue-t-il une exception ? C’est ce que veut croire le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Écologie, Alain Vidalies. En réponse à une sénatrice du Finistère, il déclarait en septembre 2015 : « D’autres démantèlements suivent leur cours tout à fait normalement. Par exemple, la centrale Superphénix [en bordure du Rhône, NDLR], ou au réacteur de Chooz A [à la frontière franco-belge, NDLR], similaires aux centrales actuellement en exploitation. »

http://www.lepoint.fr/environnement/l-interminable-demantelement-de-la-centrale-nucleaire-de-brennilis-11-04-2017-2118829_1927.php