«

»

Mai 14

EN IRAN, L’ACCORD NUCLÉAIRE PEINE À RELANCER L’ÉCONOMIE

IranL’accord nucléaire conclu en juillet 2015 avec les grandes puissances a permis à l’Iran de sortir de son isolement, sans toutefois attirer les investissements espérés pour relancer l’économie du pays et faire baisser le chômage.
Le président Hassan Rohani tablait sur 50 milliards de dollars d’investissements étrangers par an, grâce à l’accord nucléaire, afin d’atteindre une croissance de 8% permettant de résorber le chômage qui touche 12,5% de la population active, dont 27% chez les jeunes.
Seize mois après l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire et la levée d’une partie des sanctions internationales, on est loin du compte.
« Plus de 11 milliards d’investissements directs ont été enregistrés auprès du ministère de l’Économie depuis janvier 2016, mais dans les faits, les investissements réalisés, c’est entre un à deux milliards de dollars« , a déclaré à l’AFP Es-Hagh Jahanguiri, premier vice-président iranien, lui-même candidat à l’élection présidentielle du 19 mai.
Il a également reconnu que les grandes banques européennes et asiatiques refusaient toujours de coopérer avec l’Iran à cause du risque d’un retour des sanctions liées au nucléaire et « du climat de tension créé par Donald Trump« .
« Concernant l’économie on s’est tous fait des illusions en pensant qu’en six mois ou un an, on retrouverait la prospérité, il faut du temps pour que ça ait de l’effet. Il faudra au moins deux ou trois ans encore« , selon François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran (2001-2005) et spécialiste de l’Iran.
Le président modéré Hassan Rohani, qui brigue un second mandat de quatre ans, peut cependant se prévaloir d’avoir réussi, grâce à l’accord, à reprendre les exportations pétrolières qui ont atteint près de 2,8 millions de barils par jour, y compris les condensats de gaz.
Ce qui a permis d’atteindre, selon le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI), une croissance de 6,6% durant la dernière année iranienne (mars 2016 – mars 2017). Mais cette croissance n’a pas eu d’effet sur la vie quotidienne des Iraniens.
Également à l’actif du président sortant, une forte baisse de l’inflation, passée de 40% il y a quatre ans à environ 8%. Mais elle repart à la hausse: 9,5% en mars-avril et les experts estiment qu’elle pourrait rapidement franchir le seuil psychologique des 10%.
Les prévisions de croissance du FMI pour 2017-2018 sont à la baisse à 3,3%, un taux largement insuffisant pour faire baisser le chômage et relancer l’économie. « Il faut une croissance de 5 à 6% pour faire baisser le chômage« , estime l’économiste Mohammad Hachem Pessaran.

L’inconnue Trump

La situation des classes populaires et le chômage sont largement exploités par les adversaires conservateurs de Rohani qui ont promis d’augmenter par trois l’aide aux plus défavorisées et de créer au moins un million d’emplois par an.
Mais l’élection aux États-Unis de Donald Trump, qui ne cesse de dénoncer l’accord nucléaire et a imposé de nouvelles sanctions contre l’Iran, complique la tâche pour attirer les sociétés étrangères et les grandes banques internationales qui craignent des représailles américaines et de nouvelles sanctions.
« La situation des banques est même pire qu’il y a deux ans« , affirme, sous couvert d’anonymat, un homme d’affaires français installé à Téhéran depuis plus de quinze ans.
« Toutes les grandes sociétés, notamment les compagnies pétrolières, sont dans une position d’attente pour voir si Trump va renouveler en mai la suspension des sanctions américaines contre l’Iran« , a-t-il déclaré.
Ces sanctions ont été suspendues depuis la mise en œuvre de l’accord nucléaire en janvier 2016.
Le 21 avril, le président américain a accusé l’Iran de ne pas respecter « l’esprit » de l’accord, notamment par sa politique au Moyen-Orient, où Téhéran est accusé d’attiser les conflits et de soutenir des organisations « terroristes« .
Son secrétaire d’État Rex Tillerson a informé le Congrès américain du lancement d’une étude qui devra déterminer si l’allègement des sanctions envers l’Iran prévu par l’accord correspond à l’intérêt national des États-Unis.

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/en-iran-l-accord-nucleaire-peine-a-relancer-l-economie-14-05-2017-6947280.php