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Mai 19

ÉDOUARD PHILIPPE-NICOLAS HULOT : DANGER DE HAUTE TENSION

Philippe HulotEntre un ministre de la Transition écologique qui veut la fin du nucléaire et un Premier ministre prudent sur la question, cela s’annonce compliqué !

Il y a fort à parier que le couple formé par le Premier ministre Édouard Philippe  et Nicolas Hulot, numéro deux du gouvernement, sera scruté durant ces prochains jours. D’autant qu’il devra sans tarder s’atteler à l’un des sujets brûlants du prochain quinquennat : la filière nucléaire. Areva est découpée en morceaux et sauvée de la faillite par l’État, EDF  se démène avec des milliards d’investissements et une dette qui grimpe (75 milliards d’euros), et le précédent gouvernement a fait adopter une loi, dite de transition énergétique, qui doit limiter à 50 % la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité en France en 2025 (contre 76 % aujourd’hui). Et qui devra mener à bien ces multiples chantiers, ô combien, essentiels pour l’avenir énergétique de la France ? Un couple qui, à première vue, est fait pour se déchirer.
D’un côté, presque au sommet de la pyramide, le Premier ministre, Édouard Philippe. Sur son CV, trois années (de 2007 à 2010) passées à la direction des affaires publiques d’Areva, le fleuron un peu en capilotade du nucléaire français. À Matignon, le Premier ministre a d’ailleurs appelé à ses côtés Charles Hufnagel, ancien directeur de la communication du même Areva. Son directeur de cabinet, enfin, Benoît Ribadeau-Dumas, est un ancien haut dirigeant de CGG, une société spécialisée dans les forages pour l’industrie pétrolière – bref, pas un écologiste forcené… Les contempteurs d’Édouard Philippe notent par ailleurs que, député, il a refusé de voter la loi de transition énergétique. « Il a voté contre parce que c’était la décision du groupe à l’Assemblée, c’est tout », répond Julien Aubert, député Les Républicains en charge des questions d’énergie.

Hulot a durci sa position

De l’autre côté, donc, Nicolas Hulot. Le ministre de la Transition écologique a un peu fluctué sur la question nucléaire. S’il a d’abord reconnu les avantages de la filière, qui ne produit pas de C02, il a ensuite durci sa position. L’an dernier, sur Europe 1, l’ex-animateur assurait que « le nucléaire [faisait] partie du monde d’hier ». Une position réaffirmée depuis. Jeudi soir sur France 2, Nicolas Hulot a semblé plus conciliant et martelé : « le nucléaire, que l’on soit pour ou contre, de toute façon on ne peut pas s’en passer demain matin« .
Il y a quelques mois, Hulot souhaitait qu’EDF  se repositionne « dans une trajectoire compatible avec celle de la transition énergétique », affirmant que « le modèle économique du nucléaire appartient au passé ». Hulot s’inscrit donc dans l’épure de la loi de transition énergétique, qui devrait, selon un rapport de la Cour des comptes, obliger EDF à fermer entre 18 et 20 réacteurs. Or, à part les deux tranches de Fessenheim  (dont la fermeture est lancée mais reste soumise à conditions), on n’en prend pas le chemin…

« Ça va coincer »

Emmanuel Macron l’a affirmé durant la campagne : il veut que les objectifs de la loi soient atteints. Mais ces considérations politiques risquent de se heurter au mur des réalités économiques. L’État peut-il handicaper encore plus EDF en le privant d’un outil industriel performant ? Un rapport parlementaire de 2014 évalue ainsi la rentabilité moyenne de Fessenheim à 200 millions d’euros par an. Une approche économique à laquelle Édouard Philippe, ex-maire du Havre, sera sans nul doute attentif. Plusieurs centrales nucléaires sont implantées dans les environs (Paluel, Penly, etc.), sans oublier l’EPR de Flamanville, dans le Cotentin. De surcroît, Philippe avait fait pression auprès de la ministre de l’Écologie Ségolène Royal pour éviter la fermeture de la centrale à charbon de la ville portuaire, sauvant ainsi les centaines d’emplois qui y sont attachés. Emmanuel Macron est tout autant sensible à l’argument économique : c’est lui qui, secrétaire général adjoint de l’Élysée, a mis en musique le sauvetage d’Areva.
Nicolas Hulot n’est sans doute pas hostile, par principe, à EDF. Après tout, l’entreprise publique ainsi que RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité, figurent parmi les partenaires financiers de sa fondation et investissent massivement dans les énergies renouvelables. Mais la personnalité de l’ex-animateur ainsi que ses positions affirmées contre le nucléaire risquent de provoquer des tensions au sein du gouvernement. « On ne sait pas trop où on va, alors que la filière nucléaire a besoin de visibilité, s’inquiète le député Julien Aubert. Entre la position d’industriel d’Édouard Philippe, les convictions écologiques de Nicolas Hulot et les tergiversations d’Emmanuel Macron, c’est sûr, ça va coincer ! »
Article de Michel Revol

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