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Juin 14

EDF MET UNE DOSE DE NUMÉRIQUE DANS SES CENTRALES NUCLÉAIRES

EDF numériqueLa centrale nucléaire de Saint-Alban a rénové une partie de son système de pilotage.
EDF commence à digitaliser certaines activités industrielles dans le cadre du « grand carénage ».

Les parkings de la centrale nucléaire de Saint-Alban sont pleins, premier signe extérieur du « grand carénage » en cours, ce programme de maintenance lourde engagé par EDF depuis 2014 pour prolonger la durée d’exploitation de son parc. Pour la centrale iséroise en bord de Rhône, c’est le réacteur numéro un de 1.300 mégawatts, mis en service en 1986, qui achève six mois de travaux pour prolonger son exploitation de dix ans, mobilisant près de 3.000 personnes, contre 800 habituellement.

À l’intérieur du site, la plupart des prestataires d’EDF sont représentés, de Spie à Areva en passant par Bouygues, Rolls-Royce ou Onet. Des filiales de grands groupes mais aussi des entreprises plus régionales, de Sigedi (chaudronnerie) à Tchoulfian (calorifugeage) ou Mediaco (levage).

Un chantier moins visible est l’introduction d’une dose de numérique dans la gestion des centrales nucléaires. « L’aéronautique et l’automobile l’ont fait plus vite, plus fort et plus complètement que nous, il faut avoir l’humilité de le reconnaître », expliquait, fin mars, au colloque de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), le directeur chargé de l’ingénierie et du nouveau nucléaire d’EDF, Xavier Ursat. « Le numérique n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour atteindre un niveau de performance », rappelle Étienne Dutheil, qui dirige le programme du grand carénage.

Rénovation du pilotage

À Saint-Alban comme dans d’autres centrales, l’introduction du numérique passe notamment par la rénovation du pilotage de la centrale, avec des travaux menés par Atos Worldgrid. « On a un peu changé d’ère en passant des enregistreurs papier aux enregistreurs numériques », explique Guillaume Guichard, chef de service conduite de la tranche 1. « Ce n’est pas cosmétique. Cela donne accès à des informations importantes en une image et cela améliore le confort d’exploitation. » « Le grand carénage représente pour Atos jusqu’à plus de 100 personnes sur plusieurs années à Grenoble, note Jean-Claude Hocquette, d’ Atos Worldgrid. Et cela nous ouvre des portes à l’export, notamment en Chine et au Royaume-Uni. » Plus « rustiques », les réacteurs plus anciens de 900 MW, en revanche, ne seront pas digitalisés.

Un autre chantier sur lequel le numérique s’est imposé, ce sont les « diesels d’ultime secours », l’un des équipements de sécurité post-Fukushima dont sera doté chaque réacteur : « C’est l’apport du numérique dans la conception d’installation. On ne monterait pas les platines scellées comme on le fait si on n’avait pas eu de maquette numérique », note Étienne Dutheil. Mais la numérisation découle aussi parfois de la simple évolution des matériels. « Sur les groupes frigorifiques, le contrôle commande est aujourd’hui le standard industriel », reconnaît-il.

D’ici à trois à cinq ans, des « jumeaux numériques » seront déployés sur l’ensemble du parc. Ce seront « de véritables clones virtuels de nos centrales, réalisés sur la base de scans laser et de photos 3D », selon Pierre Béroux, directeur de la transition numérique industrielle d’EDF. Avec des économies en ligne de mire, expliquait-il récemment dans une publication interne d’EDF : « L’ambition est de tendre vers les objectifs atteints par d’autres secteurs, comme l’aéronautique, qui affiche un gain de 30 % de compétitivité sur ses projets. »

Usage de tablettes

Pour y parvenir, EDF pilote aussi un club de la transition numérique, auquel participent notamment les entreprises réunies au sein du Pôle nucléaire de Bourgogne. Au-delà du grand carénage, l’un des enjeux sera aussi de « déporter » l’ordinateur dans la centrale en phase d’exploitation, via l’usage de tablettes, avec toutefois des enjeux de sécurité informatique. À terme, « si nous rentrons massivement dans le numérique, la cybersécurité sera un sujet à traiter », prévenait d’ailleurs, fin mars, le président de la SFEN, Christophe Béhar.

Véronique Le Billon, à Saint-Alban (Isère), Les Échos

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/030363653686-nucleaire-edf-met-une-dose-de-numerique-dans-ses-centrales-2094293.php#O8UtrSzZJJJpqgfq.99

(NDLR : attention : plus de numérique veut dire plus de sensibilité aux cyberattaques ! Des « très forts » se sont déjà fait piéger !)