Juil 03

EDF REVOIT DÉJÀ À LA HAUSSE LA FACTURE DES EPR ANGLAIS

EPR anglaisL’électricien prévoit une facture alourdie de 1,5 milliard de livres et craint un retard de 15 mois pour la livraison du premier réacteur nucléaire à Hinkley Point.

Depuis quelques semaines, les nuages menaçants s’accumulaient au-dessus d’Hinkley Point, le site anglais qui accueillera deux réacteurs nucléaires de type EPR construits par EDF. La douche froide est tombée ce lundi matin : l’électricien français a annoncé une révision à la hausse des coûts du chantier et du calendrier, dans laquelle il prévoit une augmentation « de 1,5 milliard de livres sterling » par rapport au devis initial, pour une facture totale désormais estimée à 19,6 milliards (22,3 milliards d’euros). Et il estime que le chantier pourrait accuser un retard « de 15 mois pour la tranche 1 (le premier réacteur), et de 9 mois pour la tranche 2 (le second) ». Ce qui ferait grimper les coûts de 0,7 milliard supplémentaire.

Ces différents éléments cumulés vont peser sur le taux de rentabilité <https://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_taux-de-rentabilite.html#xtor=SEC-3168>  prévisionnel du projet, qui passerait ainsi de 9 % à « environ 8,2 % » si les risques de retards se confirment. Pour EDF, ces surcoûts « résultent essentiellement d’une meilleure appréhension du design, adapté aux demandes des régulateurs, du volume et du séquencement des travaux sur site et de la mise en place progressive des contrats fournisseurs ».

Premier béton prévu mi-2019

Mais le groupe tente de rester positif en indiquant être « mobilisé sur l’objectif initial de livraison de la tranche 1 fin 2025, et sur l’identification et la mise en place des plans d’actions destinés à réduire les coûts et les risques ». Il confirme que le premier béton du bâtiment de la tranche 1 doit être coulé mi-2019… si le design définitif, « dont le calendrier est tendu », est fixé comme prévu fin 2018.

Cette revue de projet tombe au moment où le projet  d’Hinkley Point suscite de nouvelles interrogations. <https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/030402694546-les-epr-anglais-inquietent-la-cour-des-comptes-britannique-2096775.php>  Objet de longues négociations, le chantier des deux EPR anglais avait déjà sérieusement ébranlé EDF en interne, plusieurs voix trouvant le projet trop risqué (le directeur financier a démissionné et la plupart des syndicats s’y sont opposés). Une revue interne lancée avant la signature du contrat, paraphé en septembre 2016, avait également mis en garde contre le planning très serré du projet.

Départ du patron d’EDF en Grande-Bretagne

Coïncidence ou non de la revue de projet publiée ce lundi et menée depuis plusieurs semaines, EDF a annoncé mi-juin le départ au 1er novembre de Vincent de Rivaz, PDG <https://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_president-directeur-general.html#xtor=SEC-3168>  de la filiale d’EDF en Grande-Bretagne, qui a mené de bout en bout la négociation du contrat Hink­ley Point. Si la durée de son mandat en Grande-Bretagne (près de seize ans) et son âge (soixante-quatre ans cet automne) peuvent justifier le choix d’un nouveau patron, le groupe n’a pas eu un mot pour son action à la tête du deuxième marché d’EDF. Ce départ intervient en outre dans un climat visiblement tendu sur le terrain, notamment entre Humphrey Cadoux-Hudson, qui dirige la filiale NNB chargée du projet, et Philippe Bordarier, nommé responsable du projet l’an dernier.

Inquiétude de la Cour des comptes britannique

La Cour des comptes britannique a, elle aussi, fait part de son inquiétude. Dans un rapport publié en juin, le National Audit Office britannique estime que le ministère de l’Économie, qui a géré le dossier, « n’a pas suffisamment pris en compte les coûts et les risques de son accord pour les consommateurs ». Pour financer le projet, EDF a obtenu un prix d’achat garanti de l’électricité produite de 92,50 livres (indexé sur l’inflation) par mégawattheure pendant trente-cinq ans, soit environ trois fois le niveau des prix de marché actuels.

Alors que la  technologie de l’EPR reste « non éprouvée » <https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/030416243728-epr-de-flamanville-la-cuve-obtient-la-validation-de-lasn-2098427.php>  et que la situation financière d’EDF « s’est affaiblie depuis 2013 » (date de l’accord de principe pour les EPR), le National Audit Office redoute, en cas de dérapage du projet, un recours <https://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_recours.html#xtor=SEC-3168>  au gouvernement et, in fine, au contribuable. Il estime que l’accord « a enfermé les consommateurs dans un projet risqué et coûteux avec des bénéfices stratégiques et économiques incertains ». Le NAO recommande de renforcer la surveillance du projet, de réfléchir à un « plan B » en cas de report de la mise en service, et de rappeler aux futurs « décideurs » politiques tout l’intérêt de garder de la souplesse vis-à-vis des investisseurs.

Article de Véronique Le Billon et Pierre Demoux.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/030424452136-edf-revoit-deja-a-la-hausse-la-facture-des-epr-anglais-2099336.php