«

»

Juil 11

CORINE DUBRUEL : «LE PRIX DE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE NE REFLÈTE PAS LA RÉALITÉ»

CorineCorine Dubruel,  (Présidente de Centrale Supelec Énergie,  ancienne responsable exécutive chez Engie, Vinci Énergies, GE/Alstom ou ABB) interrogée par Olivier Auradou.

Ramener en sept ans la part du nucléaire de 75 % à 50 %, ça vous paraît réaliste ?
Il faut cinq ans pour arrêter un réacteur, il faut effectivement prendre ça au sérieux. La première question qui se pose c’est pourquoi on veut arrêter 17 réacteurs. Il y a une logique économique et une autre d’accélération de la transition économique. La première logique c’est que le prix du nucléaire augmente de manière significative tous les ans. On était entre 42 € à 52 € du Mégawatt/heure en son temps, maintenant avec le nouveau nucléaire on va augmenter. On est ainsi à 120 € en Angleterre. Et en parallèle, on a les autres énergies renouvelables qui baissent leurs prix, et on va arriver à parité. En 2025 on aura même peut-être une énergie nucléaire qui sera plus chère. Ensuite, il faut se poser la question du besoin d’électricité en France en 2025, 2030, regarder nos capacités d’énergies, prendre les mesures adéquates, et regarder quel est le nombre de réacteurs qu’on pourrait arrêter.

En Allemagne, la fermeture de la moitié des réacteurs nucléaires en 2011 a fait bondir la production de charbon. Court-on ce risque en France ?

Non, puisque nous n’avons quasiment pas de centrales charbon. On a de l’énergie hydraulique de façon importante. Ça permettrait plutôt de faire monter en puissance les énergies renouvelables de manière accélérée, car pour l’instant on l’a fait de façon modérée. Je pense que c’est un effet d’annonce de Nicolas Hulot pour accélérer la production d’énergies renouvelables.

Vingt-huit réacteurs auront 40 ans d’ici 2025. Pensez-vous qu’il faille prolonger leur durée de vie au-delà ?

Les experts sont tous d’accord pour dire qu’un très grand nombre de réacteurs français peuvent vivre au-delà de 40 ans, on parle de 50 à 60 ans, mais jamais de la durée de vie américaine, où ils ont été autorisés jusqu’à 80 ans. Il faut faire un état des lieux pour prolonger certains réacteurs, afin de maintenir un socle d’énergie électrique produit à un prix faible. Encore que je ne suis pas sûre qu’on fasse toujours la vérité des prix sur les centrales nucléaires.

Justement, avec la baisse de la part du nucléaire, on doit s’attendre à voir nos prix augmenter ?

C’est justement le problème de la montée en puissance de la transition énergétique. Pour l’instant, le prix du nucléaire est facialement bas car il ne prend pas en compte l’ensemble des coûts. On se masque la face avec des prix de l’énergie électrique qui ne sont pas la réalité. On va en effet vers une augmentation du prix de l’électricité, mais aussi plus d’efficacité. En Allemagne par exemple, leur facture de l’énergie au global n’est pas plus chère, bien que le prix de l’électricité au Mégawatt/heure est plus élevé. Mais ils consomment moins, grâce à des mesures d’économies d’énergies efficaces. Il faut mettre en place un ensemble de mesures en ce sens.

EDF a-t-elle les moyens de survivre à cette transition énergétique ?

Je pense sincèrement que non, et c’est bien le problème. Jusqu’à maintenant on n’a pas voulu regarder les problèmes en face, pour protéger EDF. Et EDF a développé très timidement le reste, du fait du poids du nucléaire. Il va falloir réaffecter le personnel à la maintenance et au démantèlement, et EDF doit revisiter sa stratégie à 2025/2030. Aujourd’hui on a un leader chinois qui va être le meilleur mondial sur le plan du nucléaire. Je n’ai aucune certitude qu’Areva soit capable de produire une nouvelle centrale EPR à un prix compétitif. En tant que citoyenne je ne suis pas sûre que ça vaille le coup de prendre des risques de construire des grosses centrales nucléaires alors que le prix de l’électricité est supérieur à de l’énergie plus facile. À titre professionnel j’ai développé toutes les énergies : le charbon, le gaz, le nucléaire, le solaire, l’éolien, et j’étais favorable à un mix énergétique avec le nucléaire. Mais quand je vois que c’est un chinois qui va prendre la place ça ne m’enchante pas, et j’ai aussi un doute sur le prix du nucléaire face aux enjeux de sécurité.

http://www.ladepeche.fr/article/2017/07/11/2610497-corine-dubruel-prix-energie-nucleaire-reflete-realite.html