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Juil 13

DÉMANTÈLEMENT : L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE REFUSE DE VALIDER L’ESTIMATION FINANCIÈRE D’EDF

démantèlemmentL’Autorité de sûreté nucléaire ne peut pas garantir l’exactitude de l’estimation financière des coûts de démantèlement réalisée par EDF. Elle n’a pas accès aux études de l’électricien et remet en cause certaines hypothèses trop optimistes.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) estime que le dossier d’EDF relatif au financement de ses charges de démantèlement « ne présente pas les informations suffisantes pour [qu’elle] prenne position sur la complétude de l’évaluation« . Elle aimerait que l’électricien lui détaille ses calculs et reconsidère certaines hypothèses. Elle estime aussi nécessaire qu’EDF présente les hypothèses de démantèlement réacteur par réacteur, plutôt qu’une estimation globale des coûts extrapolée à partir de l’étude d’un site. Telle est la principale conclusion d’un avis de l’ASN sur le financement des charges nucléaires de long terme par les exploitants français publié ce mercredi 12 juillet.

Cet avis intervient alors que le niveau des provisions constituées par EDF pour couvrir le démantèlement de ses réacteurs est remis en cause. En février, un rapport de l’Assemblée nationale estimait que les coûts de démantèlement calculés par EDF faisaient apparaître « une sous-évaluation vraisemblable« . Les députés critiquaient entre autre « les hypothèses optimistes [et] un certain nombre de dépenses lourdes négligées« .

L’ASN n’a pas accès aux études d’EDF

Contrairement à la plupart des exploitants d’installations nucléaires, EDF ne présente pas d’évaluation installation par installation. L’ASN ne peut donc pas analyser avec précision le dossier de l’électricien. Pour l’instant, EDF s’appuie sur l’étude « DA09 » qui évalue les charges futures en extrapolant un scénario de démantèlement des quatre réacteurs de 900 mégawatts de la centrale de Dampierre (Loiret). Un audit demandé par le ministère en charge de l’énergie a validé la méthode en 2015. Mais l’ASN refuse de se prononcer sur l’exactitude de ce chiffrage car elle n’a eu accès ni à l’étude DA09, ni à l’audit.

En l’occurrence, le gendarme du nucléaire ne s’oppose pas par principe à une déclinaison à l’ensemble du parc d’une évaluation basée sur le démantèlement d’un réacteur, mais elle souhaite avoir accès aux documents avant de se prononcer. Avant de valider les estimations d’EDF, l’ASN veut étudier précisément deux points : les hypothèses considérées pour le démantèlement du réacteur de Dampierre et la méthode d’extrapolation à chaque réacteur.

Comment gérer les déchets ?

Les doutes de l’ASN concernent aussi le calendrier d’EDF. Pour l’instant, l’électricien estime à 20 ans la durée moyenne de démantèlement d’un réacteur à eau pressurisée. « L’ASN recommande qu’EDF présente un calendrier prévisionnel de l’arrêt définitif et du démantèlement du parc en exploitation détaillé par réacteur. » Un tel calendrier permettrait de juger « la cohérence des modalités de gestion envisagées, notamment en ce qui concerne la disponibilité des ressources industrielles nécessaires au démantèlement de plusieurs réacteurs en même temps, ainsi que l’existence d’exutoires pour les déchets produits ».

S’agissant de la gestion des déchets, l’Autorité souligne que de manière générale les exploitants nucléaires n’évaluent pas la disponibilité des installations de traitement, de conditionnement, d’entreposage ou de stockage de déchets radioactifs. « Or, celle-ci n’est pas démontrée du fait de retards dans leur mise en service ou d’incertitudes liées à leur pérennité. » L’ASN leur demande donc d’évaluer les conséquences financières de ces retards.

Le problème de gestion des déchets concerne en particulier les déchets de très faible activité (TFA) dont on sait déjà que les capacités d’entreposage sont insuffisantes pour accueillir ceux produits par le démantèlement des réacteurs d’EDF, « y compris en considérant d’éventuelles extensions de capacité ». Quant aux déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL), EDF ne prévoit pas de les entreposer avant de les stocker dans Cigéo. « L’hypothèse d’un envoi direct vers Cigéo n’est pas prudente« , critique l’Autorité.

Quid des pollutions des sites ?

Une autre hypothèse d’EDF soulève des doutes. L’électricien estime que lorsqu’une tranche est en démantèlement, une autre tranche du site reste systématiquement en exploitation. Cela permet de mutualiser certains frais du site. « Cette hypothèse ne semble pas applicable à l’ensemble des sites« , note l’ASN qui demande à EDF de les justifier ou les modifier.

L’ASN remet aussi en cause l’absence de pollution radiologique et chimique des 19 sites d’EDF. « Cette hypothèse n’est pas cohérente avec les connaissances actuelles, qui montrent (…) des pollutions historiques« , rappelle l’Autorité qui explique que ces pollutions peuvent avoir des conséquences significatives sur le démantèlement et la gestion des déchets. Elle cite notamment les sites de Chinon (Indre-et-Loire) et du Blayais (Gironde).

Elle note enfin qu’EDF ne précise pas les hypothèses retenues pour l’assainissement des structures de génie civil. Elle demande à l’entreprise de préciser l’état initial pris en compte, les hypothèses de surface à assainir, les volumes associés, la nature des déchets produits et leur gestion.

Article de Philippe Collet, journaliste, rédacteur spécialisé

https://www.actu-environnement.com/ae/news/asn-refuse-valider-evaluation-finaniere-demantellement-edf-29383.php4