«

»

Juil 17

RISQUES CLIMATIQUES ET RISQUE NUCLÉAIRE : DES CATASTROPHES À VENIR PAS DU TOUT NATURELLES !

climatVoici un excellent papier que m’a transmis Fred Moreau sur un risque majeur pour notre avenir que l’on oublie souvent : de la montée du niveau des océans et du risque pour les centrales nucléaires situés sur les côtes. En effet, les dernières recherches sur le Groenland et l’Antarctique montrent que la fonte des immenses calottes polaires avait été précédemment sous-estimée (certaines études majeures indiquent ainsi un risque d’élévation du niveau des océans aux alentours d’1m en 2050 et de plus de 6m en 2100 !). Vous trouverez un petit billet de ma part en complément de l’article de Fred Moreau plus loin. En attendant place à cet excellent article :

Voici probablement un risque particulier qu’aucun gouvernement n’a dû jusqu’à présent envisager : celui combinant risques climatiques induits par les changements déjà en cours, amorcés, ou encore à venir, et risque nucléaire. Dans la première catégorie on trouve les super-tempêtes, dont les mécanismes les générant ont été décrits par un certain nombre de climatologues1. Le principal mécanisme est l’échange thermique considérablement amplifié – et dont l’amplification ira en s’accentuant à mesure que les calottes glaciaires fonderont et apporteront de l’eau glacée à la surface des océans limitrophes – entre zones chaudes et froides de l’océan et de l’atmosphère située au-dessus donnant naissance à des vents particulièrement violents pouvant aller jusqu’à 300 miles par heure (environ 500 kilomètres/heure). Ces tempêtes soulèveront littéralement l’océan de plusieurs mètres en le poussant devant elles et généreront des vagues géantes allant jusqu’à trente mètres de hauteur, soit le double de celle du tsunami qui a frappé la centrale de Fukushima Daiichi, vagues capables de drosser à la côte des rochers pesant 2330 tonnes2.

Quant au risque nucléaire, depuis Three Miles Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011), sans parler de tous les autres incidents «mineurs» ou tout simplement passés sous silence, plus personne ne peut en toute bonne foi en nier l’existence. Mais à la lumière de ce qui précède on se doute bien vite qu’il ne suffit plus d’un tsunami provoqué par un tremblement de terre dans la mesure où les vagues promises par ces super-tempêtes seraient bien plus fréquentes que celle, unique et dépendant en amont d’un séisme suffisamment puissant pour provoquer un tsunami, ce qui reste rare, qui a frappé la centrale japonaise; et sans les rochers de deux mille trois cents trente tonnes en prime venant s’écraser contre des installations pas forcément conçus pour résister à de pareils impacts. D’ailleurs, avant que le combustible usagé hautement radioactif entreposé dans la «piscine» du réacteur n°4 ne soit finalement intégralement évacué, et il y en avait 264 tonnes, le monde a vécu quelques années et en toute inconscience dans l’ombre d’une catastrophe pire encore que celle de Tchernobyl. En effet, cette piscine se situait dans un bâtiment grandement fragilisé risquant de s’effondrer en cas de nouveau séisme et de tsunami, et cette éventualité avait été évoquée par le physicien français Jean-Louis Basdevant dès 2012 dans un article paru dans Le Nouvel Observateur3.

Mais la centrale de Fukushima n’est plus la seule concernée car le risque de catastrophe naturelle ne sera bientôt plus cantonné aux seules régions à fort potentiel sismique mais aux régions exposées à ces super-tempêtes, à savoir entre autres les côtes baignées par l’Atlantique nord. C’est pourquoi l’étude sommaire de la carte ci-dessous permet d’appréhender l’extrême gravité de ce risque nouveau qui n’est plus exclusivement « naturel ». On constate en effet que les centrales nucléaires construites en bord de mer s’y comptent par dizaines.

Un second risque, quoique beaucoup plus lent et bien moins violent – sur l’instant – que les super-tempêtes mais toujours lié aux changements climatiques, est la possible élévation brutale du niveau de la mer en quelques mois, voire en quelques semaines seulement, comme cela s’est déjà produit par le passé, par exemple lors de la vidange du lac glaciaire Agassiz-Ojibway, survenu il y a 8.200 ans et connu sous le nom d’événement de Heinrich, lorsqu’un volume d’eau de fonte estimé par certains à 200.000 kilomètres cubes s’est déversé principalement dans la baie d’Hudson puis l’Atlantique.

Différentes études, entre autres des dépôts sédimentaires, mettent en évidence des élévations soudaines par le passé de 0,50 mètre, 1 mètre, et jusqu’à plus de 2 mètres – de 0,80 à 2,20 mètres pour le lac Agassiz-Ojibway comme on le découvre dans un article publié sur le site de Earth and Planetary Science Letters5, soit de quoi noyer les zones portuaires (et nos containers de chinoiseries) et les terminaux pétroliers mettant ainsi probablement un terme à notre glorieuse civilisation technologique insatiable en énergie et en matières premières. Et rien ne permet d’affirmer que de tels scenarii ne soient pas amenés à se reproduire avec la désintégration des banquises – comme celles de Larsen A et B, déjà achevée, et celle de Larsen C, en cours– et des glaciers, pour le moment toujours ancrés aux fonds marins ou aux terres émergées du Groenland et de l’Antarctique ; mais pour combien de temps encore?

Étant donné la lenteur induite par les difficultés pour évacuer le combustible nucléaire d’une centrale endommagée, ce qui a pris des années à Fukushima et n’est d’ailleurs toujours pas terminé – arrêter proprement une centrale nucléaire prend déjà bien plus de temps que d’appuyer sur un simple interrupteur -, on voit mal comment on pourrait s’en charger pour des dizaines d’autres en quelques semaines ou quelques mois seulement. Nos gouvernements feraient donc bien d’envisager rapidement des plans d’urgence car la Nature, elle, ne respecte pas les plans quinquennaux et ne déclenche pas des super-tempêtes à coups d’ordonnances et de 49.3 en pensant comme l’espèce humaine que la volonté de toute-puissance, exacerbée par ses prouesses technologiques et sa foi inexpugnable dans le Père Noël (ou Dieu, ou les extra-terrestres, ou son sacro-saint modèle économique auquel même la Nature devrait se soumettre, ou quelque autre magie que vous voulez), viennent forcément à bout de toute adversité quelle qu’elle soit. Mais peut-être que le risque de contamination n’est finalement pas jugé si important que ça puisque le Japon s’apprête à tout bonnement déverser dans l’océan les 920.000 tonnes d’eau contaminée, stockée dans un millier de réservoirs, dont il ne sait plus quoi faire6. Entre autres centaines de milliers de tonnes d’autres déchets. Quant au cœur du réacteur, toujours en fusion, il continue de s’enfoncer inexorablement dans le sol.

Article de Fred Moreau

Pour lire l’intégralité de l’article avec ses notes, voir les photos et écouter Jim Hansen concernant la fonte des glaces (traduction sous-titrée en français), durée 15 mn, cliquer sur : https://docuclimat.com/2017/07/17/risques-climatiques-et-risque-nucleaire-des-catastrophes-a-venir-pas-du-tout-naturelles/