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Juil 26

POURQUOI L’ANDRA DOIT (ENCORE) REVOIR LA COPIE DU PROJET CIGÉO

CigéoANALYSE. Si l’Andra a repoussé à mi-2019 le dépôt du dossier de construction de Cigéo – le centre de stockage profond des déchets nucléaire de longue vie de Bure – ce n’est ni à cause des déchets bitumineux inflammables pointés par l’IRSN, ni à cause des opposants au projet. La raison est à chercher du côté économique.  

À Bure, les opposants au projet d’enfouissement des déchets ne sont pas le seul problème de l’Andra, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. L’inflammabilité des anciens déchets nucléaires stockés dans des colis bitumineux, pointée par l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) dans un rapport publié le 4 juin, non plus. Si l’Andra a dû reculer à nouveau d’un an le dépôt de la demande d’autorisation de construction (DAC) du centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Bure dans la Meuse, pour l’enfouissement profond de déchets nucléaires, c’est pour des raisons économiques et politiques.

Prévue pour 2016 par la loi de 2006 concernant Cigéo, et repoussée à 2018 dans une nouvelle loi votée le 11 juillet 2016, la DAC ne sera finalement déposée que mi-2019, vient d’annoncer l’Andra. Selon Pierre-Marie Abadie, son directeur général, cela repoussera le début de la construction à 2022, l’instruction de la demande prenant environ trois ans. Les premiers colis de déchets nucléaires de longue vie ne seront donc pas descendus avant 2031, si l’autorisation est donnée. Et l’exploitation du site, toujours après autorisation, ne débutera pas avant 2036, si le dernier calendrier établi est respecté

Intégrer des variantes

L’exploitation du site de stockage à 490 mètres de profondeur dans une couche d’argile (dite argilites du Callovo-Oxfordien) des déchets nucléaires de haute et moyenne activité à vie longue (plusieurs dizaines de milliers d’années) produits par la France, est prévue pendant une durée 100 ans, avant scellement du site. Enfin, si les générations futures en décident ainsi, la loi de 2016 acte la réversibilité du processus, c’est-à-dire la possibilité de faire évoluer les choix, tant au niveau du concept même d’enfouissement, avec possibilité de retrait des colis, qu’au niveau des technologies utilisées.

Officiellement, ce report va servir à « intégrer les études des variantes de nos choix de conception », a expliqué le directeur de l’Andra. Lors d’une visite, le 21 juillet au laboratoire souterrain de Bure, Mathieu Saint-Louis, un porte-parole de l’Andra, a été un peu plus explicite.

Étudier d’autres scénarios

D’abord, les études de l’Andra pour Cigéo fixaient son coût total à 32 milliards d’euros <http://www.usinenouvelle.com/article/dechets-nucleaires-la-facture-de-cigeo-double-a-32-milliards-d-euros.N373160> . Trop cher pour le gouvernement et surtout pour les trois producteurs de déchets nucléaires EDF, le CEA et Areva, financeurs du projet, qui tablaient sur 25 milliards d’euros. Mais ce n’est pas tout. L’État lui demande aussi de travailler sur des scénario alternatifs au scénario initial qui prévoyait l’enfouissement de 10 000 m3 de déchets de haute activité à vie longue (HAVL), issus du combustible des 58 réacteurs nucléaires français retraité à la Hague, et de 85 000 m3 de déchets de moyenne activité à vie longue (MAVL), provenant des structures métalliques qui entoure le combustible et des résidus liés au fonctionnement les installations nucléaires.

« Le scénario initial tablait sur un fonctionnement de 50 ans des centrales, explique Mathieu Saint-Louis. Et 60% des déchets MAVL et 30% des HAVL attendent déjà en surface dans les centres de stockage de l’Andra basés dans la Manche et dans l’Aube. » Or la durée des centrales est aujourd’hui remise en cause. L’option de les prolonger est étudiée grâce au grand carénage voulu par EDF, ou au contraire de fermer plus tôt des réacteurs, pour réduire à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique français d’ici à 2025 – et donc de générer plus de déchets de démantèlement (MA) et a priori moins de haute activité (HA). Or si le lieu choisi est le même, les options de galeries et d’alvéoles de stockage sont différentes pour les deux types de déchets. « On nous a demandé d’étudier d’autres scénarios », précise le porte-parole de l’Andra.

Réduire les coûts

Mais c’est surtout le problème du cout qui pose problème. « Il nous faut optimiser le stockage, ce qui implique de refaire pas mal de chose », explique Mathieu Saint-Louis.  Et l’on comprend en visitant le laboratoire souterrain et le centre technologique de surface, où sont étudiées les méthodes d’acheminement des colis, que les études ne sont pas finies. Toutes les options technologiques ne sont pas actées. Difficile dans ces conditions de déposer un projet de construction complet, qui ne pose pas plus de questions, qu’il n’y répond. Et même si l’Andra mise sur le temps long de l’étude du dossier et de la construction du site pour trouver des solutions aux problèmes non résolus à ce jour (comme les déchets stockés dans le bitume), les nouveaux choix politiques compliquent l’exercice.

Sans parler du fait que, même si l’enfouissement souterrain des déchets radioactifs à vie longue est considérée aujourd’hui comme la moins pire des solutions et surtout l’unique trouvée à ce jour par les grands pays nucléaires, elle garde toujours de farouches opposants. Les écologistes craignent notamment qu’en autorisant Cigéo, on dédouane la filière nucléaire du problème des déchets. Après une visite du laboratoire, on comprend bien que le stockage profond est une solution qui ne règle pas tout. Et que les réels efforts de transparence de l’Andra ne suffiront pas à rassurer.

Article d’Aurélie Barbaux

http://www.usinenouvelle.com/article/pourquoi-l-andra-doit-encore-revoir-la-copie-du-projet-cigeo.N569593