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Août 04

FACE À TRUMP, L’IRAN DÉFEND L’ACCORD NUCLÉAIRE

Face à TRUMPLe président iranien, Hassan Rohani, entame son second mandat dans une atmosphère internationale lourde. Réélu le 19 mai, M. Rohani devait prêter serment, samedi 5 août, alors que les États-Unis viennent d’adopter de nouvelles sanctions contre son pays, censées répondre à la poursuite du programme de missiles balistiques de l’Iran et à son soutien au régime syrien de Bachar Al-Assad.

Dans le même temps, Donald Trump, le président américain, exprime avec une force nouvelle sa volonté de revenir sur l’accord international sur le nucléaire conclu en juillet 2015, qui a permis à l’Iran de relancer ses relations commerciales avec l’étranger.

Rohani a voulu faire de la cérémonie de samedi une démonstration de soutien international, face à ces pressions américaines. Des ministres et des envoyés des diplomaties française, allemande, britannique, chinoise et russe sont attendus à Téhéran – soit les pays négociateurs de l’accord nucléaire, moins les États-Unis –, aux côtés de la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. « Nous n’accepterons pas l’isolement, nous ne nous rendrons pas à ceux qui nous veulent du mal », a déclaré jeudi M. Rohani en direct à la télévision d’État, aux côtés du Guide suprême, Ali Khamenei, qui approuvait formellement sa réélection.

Dans la matinée, le vice-ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait rappelé que Téhéran considérait désormais que les sanctions américaines violaient l’accord sur le nucléaire. L’Iran rappelle qu’une clause du deal demande aux puissances signataires de ne pas directement empêcher une normalisation du commerce Iranien. Or, les sanctions et les déclarations de Washington refroidissent les investisseurs étrangers.

Pousser Téhéran à la faute

Ces dénonciations révèlent la fébrilité de Téhéran, alors que l’administration américaine s’emploie à « repousser » ce qu’elle perçoit comme un expansionnisme iranien encouragé par le deal nucléaire. Washington entend lutter contre l’influence iranienne croissante dans la région, contre les groupes armés locaux qui relaient sa puissance en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen, et contre son programme de missiles balistiques.

Le président américain, Donald Trump, a par ailleurs rappelé, dans une interview au Wall street journal, le 25 juillet, sa conviction que l’Iran ne respectait pas l’accord sur le nucléaire, et qu’il faudrait donc dénoncer le texte. M. Trump se disait certain que les États-Unis en attesteraient à la mi-octobre, lors d’un nouveau passage en revue de l’application de l’accord, prévu par une loi américaine tous les 90 jours.

Une partie de l’administration s’emploie à tempérer cet empressement. Il s’agit, selon Robert Corker, président du comité des affaires étrangères du Sénat, de ne pas ouvrir une nouvelle crise internationale en rompant unilatéralement le deal. Vu de Washington, mieux vaudrait pousser l’Iran à la faute.

Dans ce but, les États-Unis ont, selon la presse américaine, déjà exploré auprès d’inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la possibilité que l’agence étende ses inspections en Iran, y compris à des sites militaires sur lesquels il existerait une probabilité raisonnable que Téhéran continue de mener secrètement des activités nucléaires.

« La réponse appropriée à l’hostilité est de devenir plus fort », a rappelé Ali Khamenei, le Guide suprême

L’Iran refuserait assurément cette exigence, y voyant une atteinte à sa souveraineté. Ce qui permettrait aux États-Unis de pointer sa mauvaise volonté. « Les Iraniens savent très bien que l’administration Trump cherche à les pousser à se retirer de l’accord. Mais il existe un consensus large à Téhéran pour que si le deal s’écroule, ce soit la faute des États-Unis, afin que l’Iran ne soit plus jamais perçue à l’étranger comme la partie inflexible en faute », dit Ali Vaez, analyste à l’International crisis group. En revanche, l’Iran pourrait riposter à ces pressions en encourageant l’activité des Gardiens de la révolution, la principale force armée iranienne, et de ses milices alliées, notamment à la frontière irako-syrienne, où des accrochages ont eu lieu en mai et en juin avec un contingent américain appuyant des rebelles syriens.

Téhéran pourrait également accélérer son programme balistique, qu’il considère comme une garantie vitale de sa sécurité, face à ses rivaux du Golfe qui bénéficient de ventes d’armes américaines de haute technologie. « La réponse appropriée à l’hostilité est de devenir plus fort », a rappelé Ali Khamenei, jeudi 3 août.

Pour l’heure, l’Iran s’abrite derrière l’expertise de l’AIEA, qui confirme son respect scrupuleux de l’accord. Mais l’agence, tributaire de financements américains, se prépare à des mois difficiles. Au siège de l’organisation, à Vienne, en Autriche, on se souvient de la période qui avait précédé l’intervention militaire américano-britannique contre l’Irak de Saddam Hussein, en 2003. Contrairement aux États-Unis, l’organisation estimait alors que l’Irak ne disposait pas d’armes de destruction massive. Quatorze ans plus tard, le défi peut sembler similaire.

Offensive diplomatique

La nouvelle chargée d’affaire de Washington arrive cependant tout juste à Vienne : elle aura besoin de temps pour mener une offensive diplomatique efficace. L’agence ne craint pas non plus des « fuites orchestrées » par les Américains en provenance d’inspecteurs de l’ONU envoyés en Iran : Donald Trump n’a pas encore la main sur les nominations et les postes sensibles au sein de l’agence viennoise ont été « bétonnés ».

Par ailleurs, depuis l’arrivée du nouveau locataire de la Maison Blanche, on ne constate aucun changement susceptible de contenter les États-Unis dans les rapports que rédige le très effacé Yukiya Amano, le directeur général de l’AIEA. Sauf un peut-être, qui peut traduire un changement de ton de l’agence.

En février, l’Union européenne lui a demandé de spécifier s’il avait bien tous les moyens de contrôler les secteurs du programme iranien inclus dans la première annexe du « deal » et qui concernent notamment la conception des engins explosifs. M. Amano a répondu par l’affirmative dans son dernier rapport, le 2 juin.

Sa précision peut sembler mineure. Mais elle élargit de fait le champ de contrôle de l’AIEA. Elle garde ainsi la possibilité d’organiser des inspections surprises sur un grand nombre de sites civils et militaires, comme pourrait l’y inciter l’administration Trump.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/08/04/face-a-trump-l-iran-defend-l-accord-nucleaire_5168649_3218.html