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Août 05

PARTICULES RADIOACTIVES INSOLUBLES (PARTIE 3 ET DERNIÈRE)

particulesSuite (3ème partie) de la transcription en français et en japonais du documentaire diffusé sur la télévision NHK au sujet des particules radioactives insolubles (Note 1).

Comme nous l’exposons ci-après, de minuscules particules radioactives insolubles se sont retrouvées disséminées dans l’aire métropolitaine de Tokyo. Nous pensons que cela pose, en terme d’irradiation interne, un problème sanitaire grave pour la population puisque les particules radioactives insolubles vont demeurer à l’intérieur de l’organisme pendant très longtemps.
Pour les personnes qui séjourneraient dans cette aire métropolitaine, des mesures de radioprotection relativement à la contamination interne seraient nécessaires.

Des particules ont atteint la région métropolitaine de Kanto

Takeda : Je souhaiterais poser une question à Yuchi Moriguchi, qui conduit en ce moment des recherches sur la radio-contamination suite à l’accident nucléaire, en particulier sur les particules radioactives insolubles ; savons-nous combien il en existe et sur quelle étendue ?                                                                                             Moriguchi : il y en a de différentes grosseurs, mais les particules de taille relativement importante n’ont été retrouvées qu’à proximité de la centrale nucléaire. En revanche, nous savons que les particules plus petites ont été transportées au loin par les vents, jusqu’à atteindre la région du Kanto (Note 2).

Les deux grands types de particules radioactives insolubles

Kamakura : Merci de vous reporter ici pour plus de détails.
Mr Moriguchi et ses collaborateurs ont réparti les particules radioactives insolubles en deux grands types, le type A et le type B.
Les particules « de type A » sont toutes d’une taille relativement petite, de l’ordre de 10 micromètres tout au plus. Elles sont généralement sphériques. On les appelle des « billes de Césium ». Et comme elles sont de petite taille, ces particules sont susceptibles de pénétrer dans les poumons, par inhalation.
À l’opposé, les particules « de type B » sont de dimensions relativement importantes, plusieurs dizaines de micromètres ou davantage encore, et la plupart sont de forme biscornue. Comme ce sont de grosses particules, elles ne peuvent pas pénétrer dans les poumons mais sont susceptibles d’adhérer à la peau ou aux muqueuses.

Les zones où chacun des deux types s’est retrouvé éparpillé

Petit-à-petit, on connaît de mieux en mieux les zones où chacun des deux types s’est retrouvé éparpillé. C’est ainsi que des particules assez grosses et lourdes, du type B, ont été retrouvées jusqu’à 20 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Par contre, dans la région du Kanto on  retrouve des particules petites et légères.

Le panache des 14 et 15 mars 2011

Selon une simulation publiée par le laboratoire de météorologie, les particules de type A ont été transportées par le vent de cette façon [se reporter à la carte…] les 14 / 15 mars, immédiatement après l’accident nucléaire [dont le début date du 11 mars 2011].
Takeda : « les particules plus petites de type A se sont envolées jusque dans la région du Kanto, tout de suite après l’accident ». Pourriez-vous nous apporter des précisions..?
Moriguchi : C’est précisément l’objet de nos recherches actuelles. J’ai tout dernièrement fait une intervention sur la question, dans une société savante. On savait que des substances radioactives avaient atteint la région du Kanto le 15 mars, mais parmi elles nous avons découvert des particules radioactives insolubles. Nous sommes en ce moment-même en train d’essayer de comprendre pourquoi elles sont parvenues jusque-là. Nous commençons à mieux comprendre comment ces substances radioactives ont dû être rejetées, à un temps T.
Takeda : juste pour confirmer : ce sont bien celles qui ont été rejetées entre le 14 et le 15 mars ?
Moriguchi : oui, c’est exact.                                                                                    Takeda : pouvez-vous nous donner un chiffre des quantités qui ont été transportées par le panache ?
Moriguchi : Je n’en ai pas connaissance mais en ce qui concerne ce qui est retombé sur la région du Kanto le 15 mars, selon les conclusions d’un autre groupe de chercheurs, 80% à 90% de ces substances radioactives étaient composées de cette particule insoluble de type A. Je pense qu’il faut en évaluer l’impact avec circonspection parce qu’elles ont touché un territoire d’une superficie considérable, qui s’étend de la préfecture du Fukushima jusqu’à la région du Kanto.

 Les risques sanitaires liés aux particules radioactives insolubles

Takeda : Monsieur Kai, quel est votre sentiment sur les effets du type A, sur la santé ? Kai : il convient de distinguer les effets de l’irradiation externe et ceux de l’irradiation interne. Selon le rapport du Comité Scientifique des Nations-Unies sur les Effets des Rayonnements Atomiques (UNSCEAR), l’effet de l’irradiation externe est plus important. Par voie de conséquence, et bien qu’il soit nécessaire d’étudier les effets de l’irradiation interne relativement à ces nouvelles « particules insolubles » qu’on vient de découvrir, la variante d’une irradiation interne d’un nouveau type ne changera pas grand-chose, globalement parlant, aux effets de l’irradiation externe. Quoi qu’il en soit, il faut en tout cas évaluer avec soin cette irradiation interne.                                  Takeda : L’UNSCEAR a estimé que le niveau d’exposition qu’on puisse avoir dans la région métropolitaine n’a aucun impact sur la santé. Vous semble-t-il possible que cette estimation puisse s’inverser ?                                                                                         Kai : dans un sens, l’influence d’une exposition interne à la radioactivité changera les choses, mais je ne crois pas que leur conviction en sera modifiée, parce qu’on considère que l’influence de l’exposition externe est déterminante.

Comment réagissent les gouvernements locaux à propos de cette particule radioactive insoluble ?

Kamakura : Mais tout de même, il y a des gens qui avaient été forcés d’évacuer et sont revenus récemment vivre dans le voisinage de la centrale nucléaire. Comment réagissent les gouvernements locaux à propos de cette particule radioactive insoluble ? la section de politique environnementale d’Okuma dit, par exemple : « on n’a pris aucune mesure particulière, mais quand les gens pénètrent dans la zone où « le retour est difficile », nous leur conseillons de revêtir une tenue de protection et un masque, et de prendre soin de ne pas faire voler de poussière quand ils nettoient une pièce.» Comme vous pouvez vous en rendre compte, chacune des municipalités fait appliquer les règles de protection de base recommandées jusque-là, à savoir d’éviter d’être au contact de substances radioactives ou d’en inhaler.
Takeda : Monsieur Moriguchi, les ordres d’évacuation ont été levés à côté de la centrale nucléaire, et déjà des habitants sont de retour. Quels sont les points sur lesquels ces gens doivent rester vigilants ?
Moriguchi : Les travaux de décontamination sont achevés, et les ordres d’évacuation sont levés parce que le niveau de radioactivité a baissé, mais le fait est que les opérations de décontamination n’ont concerné que l’espace extérieur. Je dirai même plus, même dans des secteurs où la radioactivité est relativement faible, il y a des endroits où de telles particules radioactives ont pénétré dans les pièces d’habitation immédiatement après l’accident. C’est pour cette raison que je considère qu’il est nécessaire de prendre au sérieux les mesures de radioprotection.

Le problème de la « re-dissémination »

Takeda : Il y a un autre problème qui préoccupe les chercheurs, sur cette question des particules radioactives insolubles. C’est le problème dit de la « re-dissémination », autrement dit, il y a des particules qui ont été re-dispersées dans un deuxième temps, en provenance de zones qui n’ont pas été décontaminées, et aussi du site de la centrale nucléaire. À vrai dire, on a déjà pu observer par le passé un cas de re-déposition.
Le 19 août 2013, à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, en s’attelant aux travaux de démantèlement, on s’affairait à retirer les débris, au niveau du réacteur N°3. Mais …le niveau de dose a brusquement augmenté sur le chantier. Des ouvriers ont été irradiés.

Une augmentation de la radioactivité dans l’atmosphère observée à une balise située à 26 kilomètres de Fukushima Daiichi

Au même moment, une équipe de chercheurs de l’Université de Kyoto a noté une augmentation de la radioactivité dans l’atmosphère, sur une balise située à 26 kilomètres environ de la centrale nucléaire. En outre, on a recueilli des particules radioactives insolubles sur des dispositifs-témoins situés entre la centrale nucléaire et la balise de l’Université de Kyoto.
Une équipe de recherche de l’Université de Kyoto a fait une projection de la dispersion de particules radioactives, en se reportant aux relevés météorologiques de la journée. Les conclusions ont montré que les particules qui avaient été rejetées suite aux travaux de déblaiement des débris, s’étaient disséminées sur une vaste zone et jusqu’au point d’observation.

Takeda : Que pensez-vous des effets sur la santé de cette re-dissémination ?
Kai : Je crois que le niveau de dose est assez faible, mais il importe de le mesurer précisément et de le surveiller. Je pense qu’il est particulièrement important d’analyser les résultats des mesures autour des balises qui ont été installées à proximité de la centrale nucléaire.

Takeda : Et vous, Monsieur Moriguchi ? Quelle est votre position sur les mesures à prendre pour contrer le problème de la re-dissémination ?
Moriguchi : Sur la re-déposition, s’il y avait de nouveau un gros problème, ce serait très probablement lié aux travaux de démantèlement. C’est donc la première des choses dans laquelle il faut user de précautions.

Les effets des particules radioactives insolubles sur les cultures

Takeda : Autre chose : quels sont les effets des particules radioactives insolubles sur les cultures ?
Moriguchi : Elles sont véritablement surveillées avec rigueur. On surveille l’atmosphère et il y a un contrôle rigoureux des productions agricoles. Je crois qu’il est important de communiquer soigneusement sur la question.
Takeda : Selon vous, on peut donc avoir confiance dans les produits commercialisés ?
Moriguchi : Je crois que la surveillance est scrupuleuse.

En guise de conclusion

Takeda : Messieurs Moriguchi et Kai poursuivent leurs recherches afin de découvrir l’étendue de la localisation des particules dispersées, et d’évaluer le niveau de la dose d’irradiation. Ils espèrent parvenir à une conclusion dès la fin de cette année fiscale (fin mars 2018).
Actuellement, des chercheurs tentent de préciser le danger des particules radioactives insolubles. Quant à nous, nous poursuivrons nos reportages d’investigation.
D’aucuns pourraient en éprouver quelque angoisse mais nous pensons qu’il est important de faire face sereinement à cette information, dès aujourd’hui.

Ce documentaire a été créé et diffusé par la chaîne NHK (Nippon Hoso Kyokai, Compagnie de diffusion du Japon), une chaîne publique de grande diffusion. Nous saluons l’équipe de reporters, avec M. Takeda, l’animateur principal, d’avoir eu le courage et l’habilité de le faire.

Nous signalons toutefois, que la position de l’UNSCEAR  citée par M. Kai, ainsi que celle des autorités japonaises, sont de minimiser le risque l’irradiation interne. Depuis l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, le mythe de la sécurité (qu’il ne peut y avoir aucun accident) semble être remplacé par un mythe de sieverts, ou de débit de dose de la radioactivité ambiante, qui cache le risque d’irradiation interne, tout en effaçant les problèmes des hotspots et des particules radioactives.

Note 1 – Mieux comprendre les particules radioactives 6 ans après l’accident nucléaire (diffusion le 6 juin 2017)
Note 2 – Kanto est la région comprenant Tokyo et les 6 préfectures autour de Tokyo.

http://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france/single-post/2017/08/03/Particules-radioactives-insolubles-partie-3

NDLR : nous vous conseillons de lire cet article directement sur ce site pour disposer des nombreuses images explicatives.

Nous tenons à remercier Javale Gola pour sa traduction en français à partir du texte en anglais