Août 30

TIRS NORD-CORÉENS : LES JAPONAIS DISPOSENT-ILS D’ABRIS ANTIMISSILES ?

japonais abrisUn projectile lancé par le régime de Kim Jong-un a survolé une partie de l’Archipel ce mardi. Le gouvernement a demandé à la population de se réfugier dans des «bâtiments solides», et de plus en plus de particuliers achètent leurs propres structures de protection.

«Tir de missile. Veuillez vous abriter.» Il était un peu après 6 heures du matin (23 heures à Paris) quand le gouvernement japonais a largement diffusé, ce mardi, des alertes sur les téléphones des habitants du nord du pays. Les sirènes ont retenti et à la télévision, un message expliquait : «Il y a peu de temps, un missile a apparemment survolé cette zone. Si vous trouvez des objets suspects, ne vous en approchez pas et appelez immédiatement la police ou les pompiers. Mettez-vous à l’abri dans des bâtiments sûrs ou en sous-sol.»

L’engin en question était un missile nord-coréen. Il a survolé l’île de Hokkaido durant deux minutes (à 550 kilomètres d’altitude), avant de tomber dans l’océan Pacifique.

À Tokyo, qui se situe pourtant à 700 kilomètres au sud de la zone survolée, les mêmes mises en garde ont été faites auprès des usagers des transports. «Un missile nord-coréen est en train de survoler le Japon, disait le message affiché dans le Shinkansen (train à grande vitesse). C’est très dangereux. Restez dans les salles d’attente ou à l’intérieur des trains.» Les autorités recommandent donc le confinement. C’est d’ailleurs le sens des exercices qui se sont multipliés au Japon depuis que la Corée du Nord accumule les provocations. Des alertes sont simulées, par exemple dans les écoles, et les personnes se regroupent dans des bâtiments publics comme des gymnases, ainsi qu’on peut le voir dans ce reportage vidéo de CNN.

D’autre part, le gouvernement a payé une publicité de trente secondes, diffusée à la télévision, et donnant quelques règles de base en cas de tir de missile. (En gros : rentrez dans un bâtiment et si vous n’en avez pas la possibilité, couvrez-vous la tête avec ce que vous avez sous la main.)

 «Mettez-vous à l’abri», enjoignait le gouvernement. Oui, mais où ? A la suite de l’alerte de ce matin, «des passagers sont descendus pour s’abriter dans deux de nos stations», a expliqué par exemple à l’AFP un porte-parole du métro de Sapporo. En cela, ils ont respecté les consignes données par les autorités nippones : en cas d’alerte, il faut «évacuer dans un immeuble solide ou dans un centre commercial souterrain».

Jusqu’à 210 000 euros pour un abri

Voilà pour les instructions officielles. Mais les particuliers s’organisent aussi de leur côté. Les Japonais sont de plus en plus nombreux à faire construire chez eux des abris souterrains. Seiichiro Nishimoto, le dirigeant d’une entreprise qui en fabrique, basée à Osaka, a expliqué en juillet au Guardian que les demandes ont considérablement augmenté depuis le début de cette année : il en a vendu douze durant les deux derniers mois, deux fois plus que ce qu’il vend en un an. Prix de l’abri conçu par cette entreprise : 8 millions de yens (plus de 61 300 euros).

À Kobé, Seiki Seisakusho fabrique des abris plus grands, pouvant accueillir treize personnes, dont le prix est autour de 210 000 euros. Son carnet de commandes est lui aussi chargé depuis les alertes nord-coréennes. Cette structure, construite en quatre mois, est munie d’un purificateur d’air qui peut bloquer autant les radiations que les gaz nocifs. Reuters rapporte pour sa part qu’à Shizuoka, les demandes d’information sur ses abris ont été multipliées par dix. Aux États-Unis, l’entreprise Atlas Survival Shelter parle d’un doublement des demandes au cours des dernières semaines, dont 80% viendraient du Japon.

Le tout n’est que l’un des signes d’une certaine fébrilité de l’opinion japonaise. Après les tirs nord-coréens du printemps, le site de la protection civile japonaise a ainsi enregistré 5,7 millions de visiteurs en avril, contre moins de 400 000 les autres mois, rapporte la correspondante du Washington Post à Tokyo. Sur ce site, une des «questions les plus fréquentes» (FAQ) se demande combien de temps il faudrait à un missile pour toucher le Japon. La réponse n’a rien de rassurante : «Quand un missile est lancé de Corée du Nord, il ne met pas longtemps avant de rejoindre le Japon. Par exemple, le missile balistique lancé le 7 février a mis dix minutes avant de survoler Okinawa.» 

Article de Guillaume Lecaplain

http://www.liberation.fr/planete/2017/08/29/tirs-nord-coreens-les-japonais-disposent-ils-d-abris-antimissiles_1592631