Sep 30

ARRÊT DE LA CENTRALE DE TRICASTIN

TricastinPar décision du 27 septembre 2017, l’ASN vient d’imposer à EDF la mise à l’arrêt provisoire des quatre réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin dans les délais les plus courts. Il en va de la sécurité et de la survie de toute une région face à la menace atomique. C’est une première en France. Si l’actuelle injonction de l’Autorité de Sûreté Nucléaire s’appuie sur un risque de rupture d’une partie de la digue du canal de Donzère-Mondragon qui protège en théorie le site atomique, une autre décision vise aussi deux des installations d’Areva implantées sur le même site. Et là ne réside pas toute la menace.

Alors qu’il y a un mois, le 18 août 2017, EDF avait déclaré à l’ASN un « événement significatif pour la sûreté » concernant un risque de rupture en cas de séisme de la digue du canal de Donzère-Mondragon bordant le site du Tricastin sur une longueur de près de 400 mètres : l’ASN feint de découvrir cette menace permanente sur toute la région.

Or ce n’est pas d’aujourd’hui qu’une inondation – liée ou pas à un séisme – conduirait inéluctablement à un accident de fusion du combustible nucléaire des quatre réacteurs de la centrale atomique et rendrait impossible toute mise en œuvre de moyens de gestion d’urgence qu’ils soient internes ou externes. En effet l’ensemble du site atomique du Tricastin se trouve sous le niveau du canal de Donzère. Six mètres en dessous ! L’ensemble des huit autres installations nucléaires d’Areva implantées au Tricastin tout comme les deux du Commissariat à l’Énergie Atomique ou l’installation nucléaire secrète militaire ne résisteraient pas non plus.

Ce 26 septembre 2017 les éléments complémentaires apportés par EDF – qui n’en est pas à son premier mensonge – à l’ASN pour la rassurer ont visiblement plutôt fait trembler. Le risque à court terme existe réellement. C’est ce que dit et démontre depuis plus de cinq ans la CAN-SE et le CAN-Vaucluse. La digue n’est qu’une illusion et des infiltrations pénètrent jusque dans les sous-bassement d’au moins un des réacteurs nucléaires. Si en plus, la digue constituée de remblais sablo-graveleux présente en plus des signes inquiétant de fragilité et rupture

L’ASN met donc à l’arrêt la centrale atomique du Tricastin. Provisoirement. C’est une première en France. EDF est sommée de compléter ses « investigations géotechniques afin de caractériser plus finement la constitution de la partie de la digue concernée et procéder, avant le redémarrage des réacteurs, aux renforcements nécessaires pour assurer la résistance de la digue au séisme maximal retenu dans la démonstration de sûreté nucléaire« .

Un état de délabrement qui doit conduire à l’intransigeance

Qu’on y prenne gare : la digue n’est qu’un des aspects menaçant la vie et la sécurité de toute la région car c’est tout l’état de délabrement de la centrale atomique qui est en cause. La centrale atomique n’a pas été conçue pour être reliée au réseau électrique mais pour fournir aux installations d’uranium d’Areva l’énergie dont elles avaient besoin pour produire leur produits de fission atomique, les réacteurs 1 et 3 sont au bout du rouleau, les autres ne vont pas mieux. Les enceintes béton sont fissurées, un des réacteurs repose sur une marne glauque sans stabilité ce qui impose un pompage permanent de l’eau en sous-sol, la tuyauterie est constamment sous tensions à l’image des salariés qui n’en peuvent plus (près de 30% sont sous médicaments tranquillisants ou ont consulté un médecin selon une enquête interne), les réacteurs sont gorgés du « Mox » instable d’Areva comme à Fukushima.

Areva aussi dans le viseur

La digue du canal de Donzère-Montdragon menace aussi les installations d’Areva qui menacent elles-mêmes et contaminent l’ensemble de la région. Ici Areva manipule jusqu’à 2000 tonnes d’uranium par an.

Areva qui a aussi été auditionnée par l’ASN le 26 septembre 2017 sur les conséquences d’une rupture d’une partie de la digue sur les 8 installations nucléaires (6 INB et 2 ICPE) qu’elle exploite sur le site du Tricastin est également visée par une décision similaire à celle d’EDF.

Ainsi l’installation nucléaire ComurhexI-Areva est aussi dans le viseur de l’ASN. Elle est pour le moment en « arrêt technique« . Là, le nucléariste transforme le tétrafluorure d’uranium/UF4 (en provenance du site de Malvési dans l’Aude), en hexafluorure d’uranium/UF6, destiné à être ensuite traité dans l’usine Georges-Besse/Eurodif-Production pour produire de l’uranium enrichi destiné soit à l’armement soit à la fabrication de produits de fission atomique pour les réacteurs dit civil.

La reprise de l’activité de Comurhex 1-Areva est conditionnée elle aussi aux mises à niveau de sécurité indispensables. Mais pas que, car l’ASN lui prescrit aussi d’autres mesures telles la mise à niveau des moyens de limitation des conséquences des rejets chimiques tant pour Comurhex1 que pour une de ses autres installations, la « W » qui transforme l’hexafluorure d’uranium naturel appauvri en provenance de l’usine Georges Besse et de la SET/Georges Besse II, en oxyde d’uranium stable permettant un entreposage de longue durée. Mais là encore on a l’impression que l’ASN s’accommode de faire les gros yeux pour laisser ensuite carte blanche et toute latitude aux exploitants atomiques. Ainsi dans sa décision n° 2015-DC-0489 du 8 janvier 2015 l’ASN n’avait-elle pas déjà fixé à Areva les prescriptions à appliquer dare-dare au vue de ses inspections qui révélaient qu’on était bien loin d’une conformité de l’installation aux obligations minimales de sécurité ?

Alors  » l’arrêt – très provisoire pour un mois – de la centrale atomique du Tricastin est-il pour l’ASN une manière de se redorer le blason alors qu’elle s’apprête à valider par ailleurs la cuve défectueuse de l’EPR de Flamanville ?« 

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