Nov 06

TROIS ANS DE RETARD POUR LE SOUS-MARIN NUCLÉAIRE D’ATTAQUE BARRACUDA

Le premier sous-marin nucléaire d’attaque de nouvelle génération Barracuda sera finalement livré à la Marine en 2020 au lieu de 2017.

La Marine attendra encore. Au lieu de monter à bord du premier des six sous-marins Barracuda dès 2017, puis en 2019, les sous-mariniers patienteront donc jusqu’en 2020 pour plonger dans les eaux profondes à bord du Suffren. « En raison du retard industriel dans la construction du premier sous-marin, le calendrier de commande a été réexaminé et optimisé », a expliqué un document officiel du ministère de la l’Économie. Ainsi, la commande du cinquième sous-marin a été décalée en 2018 sans impact sur son calendrier de livraison, les équipements à long cycle d’approvisionnement ayant été commandés en 2017. La commande du sixième sous-marin est maintenue en 2019, les équipements à long cycle d’approvisionnement ayant été également commandés en 2017.

« Le premier exemplaire entrera en service avec retard, vers 2020 au lieu de 2017, avait expliqué le 26 juillet 2017, devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, le chef d’état-major de la marine, l’amiral Christophe Prazuck. Ce n’est pas une trottinette mais un engin difficile à construire et des erreurs ont été commises, qu’il faut identifier, corriger puis rattraper« .

Le décalage de livraison du premier sous-marin est dû à un retard industriel, avait expliqué le ministère de l’Économie. Un retard qui n’est pas très surprenant. Les audits lancés par Naval Group avaient mis en évidence en 2014 une augmentation des coûts à terminaison, particulièrement sur le programme Barracuda, en raison de retard dans les livraisons du groupe naval. Le calendrier du premier sous-marin Barracuda est resté très tendu. D’où le décalage de l’ordre de trois ans du Suffren. Ce qui oblige la marine nationale à prolonger l’usage des sous-marins Rubis. La disponibilité des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) est tendue car il était prévu de diminuer ce parc d’une unité dès janvier 2017.

« Nous avons constitué notre premier équipage et utilisons des simulateurs pour les former, mais j’attends avec impatience ce bateau, avait précisé le chef d’état-major de la marine. Le retard de livraison du premier de série, le Suffren, va m’obliger à prolonger l’usage des Rubis pour avoir en permanence six sous-marins nucléaires d’attaque en parc. Quand j’ai six SNA, un est en entretien de longue durée – pendant un an et demi ou deux ans -, un autre en entretien intermédiaire, un troisième en entraînement, un quatrième dans l’Atlantique, un cinquième en Méditerranée et le dernier soit dans l’Atlantique, soit en Méditerranée, soit dans l’océan Indien. Le format de six SNA – les Britanniques en ont sept – correspond donc à notre besoin opérationnel« .

Frappe dans la profondeur

Lancé en 1998 et commandé en 2006, le programme Barracuda, un sous-marin long de 99 mètres, engage les forces sous-marines françaises pour les cinquante années à venir. L’ensemble du programme Barracuda représente 7,9 milliards d’euros de la conception à la livraison de six sous-marins entre 2019 et 2028, date de livraison du sixième et dernier sous-marin Barracuda, doté d’un équipage de 60 personnes, dont 12 officiers.

Le Barracuda, qui bénéficie de crédits de paiement de 563,9 millions euros en 2018 (570 millions en 2017), est un sous-marin nucléaire d’attaque destiné à la maîtrise des espaces maritimes (5;100 tonnes en plongée). Il assure le soutien de la force océanique stratégique (FOST) ou d’une force aéronavale. Il participe en outre aux opérations de projection de forces et de frappe dans la profondeur (missile de croisière naval) et aux opérations spéciales (commandos et nageurs de combat). Il peut également agir isolément. Ce sous-marin est doté de moyens de communication permettant son intégration au sein d’une force navale.

Naval Group et Areva TA sont regroupés au sein d’un groupement momentané d’entreprises, dans lequel la maîtrise d’œuvre du programme est confiée au groupe naval. Dans le domaine de la chaufferie nucléaire, sous responsabilité de la société Areva TA, le commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) assure une maîtrise d’ouvrage déléguée.

Le missile de croisière, l’arme fatale du Barracuda

Le Barracuda est capable de mettre en œuvre la torpille F21, le missile anti-navire Exocet SM39 modernisé et le missile de croisière naval (MdCN). Le MdCN permet de disposer d’une capacité de frappe dans la profondeur depuis les frégates multi-missions (FREMM) et les Barracuda. La portée est de la classe 1.000 km.

La précision à l’impact est équivalente à celle du Scalp EG, visant à éviter tout effet collatéral. La charge militaire devra favoriser les effets de souffle et d’éclats et assurer la perforation de cibles moyennement durcies. La réception du premier lot de missiles de série pour les FREMM a été réalisée en janvier 2017 (au lieu initialement de 2012). Un deuxième lot est prévu en 2018. Au total, 90 missiles devront être livrés sur la période de la loi de programmation militaire 2014-2019 sur une cible de 250 unités, et 60 missiles sur 2020-2025

Article de Michel Cabirol

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/trois-ans-de-retard-pour-le-sous-marin-nucleaire-d-attaque-barracuda-756792.html