Nov 14

FAITES-VOUS PARTIE DE LA POPULATION LA PLUS À RISQUE EN CAS D’ACCIDENT NUCLÉAIRE?

En France, plus de 200.000 personnes vivent dans une commune située à moins de 5 km d’une centrale nucléaire. Un accident grave pourrait les contraindre à évacuer leur domicile.

D’ici quelques jours, la centrale du Tricastin qui est à l’arrêt depuis plus d’un mois devrait reprendre du service. L’autorité de sûreté nucléaire a imposé en septembre la suspension d’activité de cette centrale située à la frontière de la Drôme et du Vaucluse, en raison de risques d’inondation du site en cas de séisme d’ampleur exceptionnelle. Au-delà de cet événement, EDF a décelé jeudi dernier un incident «significatif de sûreté» concernant deux des réacteurs de la centrale de Paluel, située en Seine-Maritime. En conséquence, le leader de l’énergie a remplacé les équipements en cause qui avaient souffert de corrosion. Ce fait survient après plusieurs incidents de niveau 2 sur le parc nucléaire français, depuis cet été. Le président de l’ASN Pierre-Franck Chevet, auditionné mercredi par des députés, a toutefois jugé «globalement satisfaisant» le niveau de sûreté des installations nucléaires en France.

Si ces événements n’ont pas, ou peu, de conséquences, un accident plus grave pourrait être bien plus préoccupant pour la population avoisinant une des 19 centrales françaises. Sur tout le territoire, plus de 2 millions de citoyens vivent à moins de 20 km d’une infrastructure nucléaire. Ces derniers sont donc dans le champ d’application des plans particuliers d’intervention (PPI) ; des mesures de protection des populations, des biens et de l’environnement. Parmi ces 2 millions de personnes, 211.000 vivent dans une commune située à moins de 5 km d’une centrale, et sont- elles – concernées par une évacuation en cas d’accident grave.

En mars 2011, l’accident nucléaire de Fukushima a provoqué le déplacement de plus de 200.000 habitants. Dans les minutes qui ont suivi l’événement, les autorités japonaises ont évacué directement un premier rayon de 3 km avant de l’étendre à 20 km, le lendemain. Les personnes résidant dans un rayon de 20 km à 30 km de la centrale ont quant à elles étaient invitées à se mettre à l’abri et éviter, au maximum, de sortir de chez elles. Lors de cet événement, Marie-Pierre Comets, commissaire de l’ASN, avait estimé que les «les hypothèses les plus pessimistes» auraient pu conclure à un élargissement de la zone d’exclusion de 60 à 70 km. Toutefois, l’évolution de la situation n’a pas requis une révision de la zone.

En France, la zone de 5 kms peut donc paraître faible. Mais celle-ci est relativement théorique. Elle représente un premier palier d’évacuation avant de recevoir notamment, les modélisations et calculs de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), et ainsi décider d’un éventuel élargissement. «Si l’accident s’avère important, il y a en premier lieu une mise à l’abri de la population. Ensuite, dans les 6 heures qui suivent l’événement, le préfet peut décider de l’évacuation des premières zones à risque. Mais dans les faits, le retour d’expérience de Fukushima nous montre que 80% de la population habitant à moins de 5 km de la centrale quitte d’elle-même les lieux», explique au Figaro Michel Demet, conseiller du Président de l’ANCCLI. «La population qui se situe dans un rayon de 20km est sensibilisée à ce risque grâce aux plans particuliers d’intervention (PPI). Ces personnes savent se comporter en fonction des consignes données. Toutefois, après ces 20 km, la sensibilisation au risque est bien moindre. C’est pour cette raison que l’ANCCLI souhaiterait que les PPI soient étendus à 80km», ajoute Michel Demet.

Détail des populations concernées par site

Dans l’Hexagone, dans un rayon de 5 km, c’est la centrale du Tricastin qui concerne le plus de personnes, soit 40.000. La deuxième est celle de Saint-Alban, en Isère, avec plus de 35.000 habitants. En cas d’accident, cette dernière pourrait d’ailleurs être une des centrales les plus problématiques. Comme le montre la carte suivante, la centrale de Saint-Alban se situe à une quarantaine de kilomètres de la métropole lyonnaise et pourrait donc concerner plus de 3 millions de personnes si une zone d’évacuation de 60 km était décrétée. Une mesure qui reste peu probable au vu des précédents accidents nucléaires. En revanche, cette population pourrait tout de même être plus exposée que la moyenne à des rejets radioactifs.

À l’inverse, la centrale de Flamanville, située au bord de la Manche, est l’une des moins problématiques en termes de population. En effet, son emplacement côtier minimise le nombre d’habitants qui entoure le complexe nucléaire. Ainsi, dans un rayon de 20 km, «seulement» 46.345 personnes pourraient être amenées à quitter leur domicile. (La centrale de Chooz compte 29.517 personnes sur le territoire français auxquelles s’ajoutent de nombreux belges que nous n’avons pas inclus dans nos calculs).

Enfin, la centrale de Nogent-sur-Seine est celle qui se trouve la plus proche de Paris. Celle-ci est localisée à près de 93 km de la capitale. À cette distance, une évacuation paraît totalement irréaliste, mais près de 10 millions de personnes pourraient tout de même être exposées à des rejets radioactifs.

Les estimations réalisées ci-dessus sont purement théoriques. Pour pouvoir avoir une idée plus précise et réaliste de possibles expositions, il est primordial de prendre en compte des données météorologiques comme le vent, par exemple. Depuis plusieurs dizaines d’années, Météo France calcule des «roses des vents» permettant de connaître les vents majeurs d’une station géographique précise. Ainsi, en fonction de ces informations et en prenant en compte les différentes probabilités, il est possible d’estimer des directions «moyennes», en cas d’émanation d’un panache radioactif. «De manière générale le législateur ne prend pas en compte le relevé de vent moyen. Bien sûr, pour certaines zones, il y a des axes de vents majeurs connus mais cette donnée est trop aléatoire. Par exemple pour Fukushima, les vents majeurs auraient dû amener les rejets radioactifs vers Tokyo, heureusement, le jour de l’accident ce n’était pas le cas, les vents allaient vers l’océan», explique au Figaro le directeur Général adjoint chargé de l’environnement et de la santé de l’IRSN.

Comme le montre le graphique suivant, la majorité des vents majeurs à proximité de la centrale de Nogent-sur-Seine se dirigent vers le Nord-Est, selon les relevés de Météo France. Statistiquement, il y a donc plus de chances qu’en cas d’accident nucléaire les vents amènent l’hypothétique panache radioactif vers Reims ou Châlons-en-Champagne, plutôt que vers Paris.

Un coût important pour l’État

Dans un rapport publié en 2013, l’IRSN estimait à 11 milliards d’euros le coût de l’évacuation et des préjudices territoriaux pour un accident jugé «grave». Pour un accident «majeur», la facture pourrait même monter à 110 milliards d’euros. «Les quantités de produits agricoles devant être éliminées seraient considérables. La gestion des territoires contaminés (en dehors des zones d’exclusion) resterait un défi permanent durant de nombreuses années. Les pays voisins seraient également souvent affectés par la contamination», souligne l’INRS dans ce même document. Bien sûr, le risque d’un tel événement est faible et l’estimation de son coût reste approximatif tant la gravité de l’accident et différentes données entrent en jeu dans son évaluation.

Toutefois, sans fixer de montant précis, même un accident bien moins important, jugé «mineur» pourrait coûter cher à l’État. «Dans un accident mineur, avec très peu de rejets radioactifs, on serait tenté de réaliser une décontamination ambitieuse pour revenir à une situation normale et c’est coûteux. D’où l’importance des exercices réalisés chaque année – une quinzaine par an – pour se préparer à ce type de gestion», détaille Jean-Marc Péres.

Fin 2014, l’Ifop avait réalisé une étude sur la perception du risque nucléaire dans l’Hexagone. En moyenne, les Français estimaient que la distance de sûreté entre leur habitat et une centrale en cas de fuites radioactives étaient de 330 kilomètres. Les sondés résidant à moins de 20 km d’un réacteur la surévaluaient même à 489 km.

Pour accéder aux différentes cartes illustrant cet article, cliquer sur : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/11/14/20002-20171114ARTFIG00018-faites-vous-partie-de-la-population-la-plus-a-risque-en-cas-d-accident-nucleaire.php