Nov 17

UNE AUDITION DU SÉNAT AMÉRICAIN RÉVÈLE UN MONDE AU BORD DE LA GUERRE NUCLÉAIRE

L’audience du Comité des affaires étrangères du Sénat américain sur l’utilisation des armes nucléaires a mis en lumière le danger aigu de l’éruption d’une guerre qui pourrait tuer des centaines de millions, voire des milliards de personnes.

L’audience a été convoquée au milieu d’une série de menaces de l’administration Trump d’aller en guerre contre la Corée du Nord. En plus des menaces de Trump de déchaîner «le feu et la fureur comme le monde n’en a jamais vu» contre un pays dont l’économie est un millième de la taille de l’économie américaine, le conseiller à la sécurité nationale HR McMaster, un général actif de l’armée, a clairement indiqué que les États-Unis sont prêts à mener une guerre «préventive», c’est-à-dire non provoquée.

Pour donner du poids à cette menace, l’administration Trump a déployé une vaste armada au large de la péninsule coréenne, comprenant trois porte-avions et une série de sous-marins et de bombardiers capables de mener des opérations nucléaires. En même temps, Washington est en train d’étendre et de moderniser l’arsenal nucléaire américain.

Prenant la parole à l’audition de mardi, le sénateur du Massachusetts Ed Markey a déclaré que des plans pourraient être en place «dès maintenant à la Maison Blanche permettant au président de lancer une guerre préventive contre la Corée du Nord en utilisant des armes nucléaires américaines sans consulter, ni informer le Congrès».

Le sénateur Chris Murphy du Connecticut a déclaré que le Congrès était «préoccupé du fait que le président est si instable, si volatil, a un processus décisionnel si étrange, qu’il pourrait ordonner une frappe nucléaire» sur un coup de tête.

Ces déclarations démontrent que le plus petit incident – un test de missile qui tourne mal; un accrochage entre la Russie, la Chine, la Corée du Nord ou l’Iran et des soldats (parmi les dizaines de milliers), avions ou navires de guerre américains déployés sur leurs frontières; ou une des crises de colère notoires du président tard la nuit – pourrait conduire à une attaque nucléaire à grande échelle des États-Unis.

Commentant l’audition, Bruce Blair, expert en commandement et contrôle nucléaires à l’Université de Princeton, a fait remarquer à Newsweek que «ce système donne à une personne le pouvoir divin de mettre fin au monde». Le pouvoir de détruire la civilisation humaine est unilatéralement exercé par un homme, qui se trouve être un escroc de carrière et star de la télé-réalité connu pour son caractère impulsif, ses crises de colère et sa faible capacité de concentration.

Convoquée par le sénateur Bob Corker afin de considérer «les conditions où le président pourrait ordonner l’utilisation d’armes nucléaires», l’audition a été officiellement tenue pour discuter de «la possibilité d’une législation qui nécessiterait l’approbation du Congrès pour l’utilisation de ces armes».

Le résultat de l’audition était catégorique: le pouvoir du président d’ordonner un holocauste nucléaire est total et incontestable, et personne au Congrès ne demande sérieusement de changer cet état de choses. Le président du comité Corker, malgré ses attaques rhétoriques sur Trump, y compris sa comparaison de la Maison Blanche à une «garderie pour adultes», n’a fait aucune proposition pour limiter le pouvoir de Trump de mener une guerre nucléaire préventive, déclarant: «Je ne vois pas de solution législative aujourd’hui».

Le seul moyen de contrer le pouvoir de Trump de lancer unilatéralement une attaque nucléaire qui a été soulevé lors de l’audition était une mutinerie du haut état-major. «Des mesures peuvent être prises», a déclaré le général Robert Kehler, qui a témoigné devant le comité. Cela constituerait toutefois une «situation constitutionnelle très intéressante». En d’autres termes, cette action serait un coup d’État militaire.

Cet état de choses, où la perspective d’une prise de pouvoir par l’armée est soulevée lors d’une audition d’un comité du Congrès comme le seul moyen de bloquer un holocauste nucléaire, est l’expression d’une société profondément malade.

La source de la crise n’est pas la personnalité de Donald Trump. Au contraire, Trump incarne la criminalité et la corruption de l’oligarchie financière dont il fait partie.

Si Trump était démis de ses fonctions, qui le remplacerait? Son vice-président, Mike Pence, est un va-t-en-guerre notoire. Si Trump était évincé par les Démocrates, le résultat serait une escalade américaine majeure contre la Russie, le pays avec le deuxième plus grand arsenal nucléaire du monde. Si c’était l’armée, l’arsenal nucléaire serait entre les mains de tueurs professionnels qui ont commis des crimes de guerre en Serbie, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale.

Le rôle incendiaire des États-Unis sur la scène mondiale est l’expression externe de leurs relations sociales internes. Ce pays est dominé par des tensions sociales colossales, où trois personnes – Bill Gates, Jeff Bezos et Warren Buffett – contrôlent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population. Comme beaucoup de ses prédécesseurs, cette classe dirigeante décadente et en proie à la crise utilise la guerre pour diriger les tensions sociales vers l’extérieur.

Le Congrès, qui depuis des décennies entérine une guerre illégale et criminelle après l’autre, a depuis longtemps abandonné sa responsabilité constitutionnelle de contrôler les pouvoirs de guerre du président.

Les menaces de Washington contre le monde sont le résultat de l’effondrement de l’ordre géopolitique imposé par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, effondrement qui reflète avant tout le déclin de la puissance économique américaine et la montée de concurrents stratégiques en Asie et en Europe. La tournée de 12 jours de Trump dans le Pacifique en est un bon exemple: crachant sa rhétorique protectionniste, Trump a visité pays après pays pour exiger des accords commerciaux plus favorables, mais il est rentré bredouille.

Embourbés dans une crise géopolitique et interne, les États-Unis ont un dernier recours: la menace d’effacer avec l’arme nucléaire quiconque se dresse devant eux. Venant du seul pays à avoir utilisé l’arme nucléaire lors d’une guerre, il serait stupide de penser que c’est simplement du bluff. Si les États-Unis, au sommet de leur puissance mondiale, ont détruit deux villes japonaises sans défense avec des armes nucléaires pour envoyer un message à l’Union soviétique, quelle est la menace actuelle, alors que la domination mondiale américaine s’érode à vue d’œil?

Le danger imminent d’une nouvelle guerre mondiale, cette fois combattue avec des armes nucléaires, soulève le besoin urgent pour la classe ouvrière d’intervenir indépendamment et de construire un mouvement anti-guerre international de masse basé sur la perspective socialiste de supprimer la cause profonde de la guerre: le système capitaliste.

Par André Damon, le 17 novembre 2017

(Article paru en anglais le 16 novembre 2017)

Source : World Socialist Web Site

http://www.wsws.org/fr/articles/2017/nov2017/pers-n17.shtml