Nov 18

TÉHÉRAN ACCUSE PARIS DE TENIR DES POSITIONS « PARTIALES » ENVERS ELLES ET D’ALIMENTER LES TENSIONS DANS LA RÉGION

Moyen-Orient: la charge de l’Iran contre la France

La semaine dernière, Emmanuel Macron s’est rendu en Arabie saoudite, pour une visite éclair. L’occasion de s’entretenir avec le prince-héritier Mohamed Ben Salman sur les derniers développements de la crise au Moyen-Orient, où les relations entre Riyad et Téhéran se détériorent, et se répercutent sur le Liban, avec la démission surprise du Premier ministre Saad Hariri. Le Libanais n’a pas remis les pieds à Beyrouth depuis l’annonce de son départ, le 4 novembre dernier, et a accepté jeudi l’invitation du président français de se rendre à Paris samedi. Le départ de Saad Hariri a été finalisé avec la visite de Jean-Yves Le Drian à Riyad. Tout cela sous l’œil d’un Iran méfiant.

L’action de la France au Moyen-Orient n’est pas vue d’un bon œil par l’Iran. Vendredi, Téhéran est même allée jusqu’à accuser Paris d’alimenter les tensions dans la région, en proie à une certaine instabilité, en raison de ses positions « partiales » envers le régime iranien. « Il semble que la France ait une vue partiale des crises et catastrophes humanitaires en cours au Moyen-Orient. (…) De manière intentionnelle ou non, cette position alimente les conflits régionaux », a ainsi déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qasemi, cité par la télévision d’État.

Jeudi, lors d’un déplacement à Riyad, la capitale saoudienne, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a fait part de ses inquiétudes concernant le rôle de l’Iran. Et ce après une visite surprise d’Emmanuel Macron la semaine dernière pour tenter d’apaiser les tensions avec Téhéran. « Nous avons évoqué le rôle de l’Iran et les différents domaines dans lesquels les actions de ce pays nous inquiètent », a expliqué Jean-Yves Le Drian, aux côtés de son homologue saoudien Adel Joubeïr. « Je pense en particulier aux interventions de l’Iran dans les crises régionales, à cette tentation hégémonique et je pense à son programme balistique. » Réplique de Bahram Qasemi vendredi : « Vos inquiétudes ne sont pas conformes à la réalité régionale et elles vous conduisent dans la mauvaise direction ».

Hégémonie et nucléaire.

Le patron du Quai d’Orsay avait également fait le déplacement afin de négocier le départ du Premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri vers la France. Le 4 novembre dernier, celui-ci avait annoncé, depuis Riyad, sa démission surprise, accusant le Hezbollah, soutenu par Téhéran, de vouloir trop étendre son influence au Liban. Une influence mal vue par les pays sunnites du Golfe. L’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite se disputent depuis des années le contrôle du Moyen-Orient. « L’Arabie saoudite joue un rôle destructeur évident » dans les crises de la région, a accusé le chef de la diplomatie iranienne.

Sur la question du nucléaire, l’Iran a rejeté à plusieurs reprises les appels du président français Emmanuel Macron en faveur de discussions sur le programme de missiles de Téhéran, affirmant qu’il sert uniquement à la défense du pays et n’a de ce fait rien à voir avec l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Il y a huit jours, lors d’un entretien à Ryad avec le prince-héritier d’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salman, Emmanuel Macron a jugé nécessaire d’encadrer l’activité balistique iranienne et « d’ouvrir un processus, avec des sanctions si besoin était, de négociation qui permettra d’encadrer cette dernière ». Cette hypothèse semble avoir été écartée mardi par la porte-parole de la diplomatie européenne Federica Mogherini, soucieuse de ne pas mettre en péril l’accord conclu en juillet 2015 pour limiter les activités nucléaires de Téhéran.

(Avec Reuters)

http://www.lopinion.fr/edition/international/moyen-orient-charge-l-iran-contre-france-138039