Nov 20

GRAND JEU DE LA FRANCE AU PROCHE-ORIENT

Emmanuel Macron propose à l’Iran de sauver le compromis nucléaire en échange d’une démilitarisation du Hezbollah au Liban

La France veut sauver le Liban. Elle veut le sauver d’une vacance institutionnelle pouvant déboucher sur des affrontements armés. En voulant le sauver elle veut également tenter d’éviter à toute la région une montée de la tension, déjà forte, entre l’Arabie saoudite et l’Iran mais en a-t-elle les moyens ? 

Tout parait dire que non tant les positions iraniennes et saoudiennes semblent inconciliables. 

L’Iran ne veut pas entendre parler de la moindre négociation sur son programme balistique et l’a clairement rappelé à Emmanuel Macron qui souhaite lui que ce programme soit encadré afin d’apaiser les inquiétudes de Ryad et de Washington. On n’imagine pas non plus que les Iraniens puissent envisager un retrait, même partiel, des troupes du Hezbollah qu’ils ont engagées en Syrie car leur allié, Bachar al-Assad, a un besoin vital de l’appui de l’organisation politico-militaire des chiites libanais que Téhéran arme et finance. 

Or tout le problème est que c’est pour obtenir ce rappel des troupes du Hezbollah et un reflux de l’Iran vers ses frontières que le prince héritier saoudien avait imposé au Premier ministre libanais, Saad Hariri, de démissionner. Il l’avait fait avec la volonté d’obliger le Liban à contraindre le Hezbollah de se retirer de Syrie et a pris les Libanais en otage en les sommant d’agir ou de bien vite replonger dans la guerre civile faute de retrouver un consensus leur permettant de se gouverner. 

Pour Ryad comme pour Téhéran, l’enjeu est tel qu’on ne voit pas comment la France pourrait les amener à un compromis sauf… Sauf deux choses. 

La première est qu’Emmanuel Macron a su convaincre l’Arabie saoudite de laisser Saad Hariri rentrer à Beyrouth mercredi via Paris en lui montrant qu’elle était en train de cimenter le Liban dans le refus de la violence et donc, rapport de forces oblige, dans une volonté de compromis avec le Hezbollah et son protecteur iranien. La France a marqué un point et ne désespère pas d’en marquer un second en obtenant du Hezbollah qu’il cesse de se comporter comme un État dans l’État et laisse s’affirmer un Etat libanais. 

Ce n’est pas gagné mais, dans cette bataille, la France a l’atout d’avoir, en même temps, l’oreille des Saoudiens et celle des Iraniens car elle dénonce la déstabilisation du Proche-Orient par Téhéran tout en défendant, contre Donald Trump, la pérennité du compromis sur le nucléaire. 

Ce que la France essaie de faire est d’obtenir des Américains, des Saoudiens et des Israéliens qu’ils tempèrent leur ardeur à enterrer le compromis nucléaire en échange d’un feu vert de l’Iran à une démilitarisation du Hezbollah au Liban. L’ambition est grande mais, si Emmanuel Macron y parvenait, ce serait un premier pas dans la recherche d’un compromis régional. 

Vous pouvez écouter cet entretien avec Bernard Guetta (2 mn) en cliquant sur :

https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-20-novembre-2017