Déc 15

TRICASTIN : ÉVACUATION D’UNE CENTAINE DE TRAVAILLEURS SUITE À UNE ALERTE À LA RADIOACTIVITÉ ET RÉACTION DE LA CRIIRAD

Communiqué d’EDF (13 décembre)

Ce matin à 11h30, une erreur lors de manœuvres sur les vannes du circuit de traitement du réservoir des effluents gazeux du bâtiment des auxiliaires nucléaires n°9 a provoqué une variation de l’activité radiologique. Il n’y a pas eu de dépassement des seuils de rejets autorisés.

Le personnel de la centrale a immédiatement remis en conformité les matériels concernés mettant ainsi fin à l’événement. L’activité radiologique est revenue à sa valeur initiale à 12h30.
Conformément à nos procédures, une centaine de personnes ont été évacuées du bâtiment des auxiliaires nucléaires n° 9 et des bâtiments réacteurs n°1 et 2. Elles ont passé une anthropogammamétrie* qui a confirmé l’absence de contamination.
Les contrôles radiologiques ont permis de confirmer l’absence d’impact sur l’environnement et au personnel de réintégrer leur poste de travail.

*L’anthropogammamétrie est un examen qui permet de détecter la radioactivité dans le corps humain.

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Réaction de la CRIIRAD

Une manœuvre incorrecte aurait entraîné la contamination d’une partie du bâtiment des auxiliaires nucléaires (BAN) et l’évacuation d’une centaine de personnes.

La CRIIRAD dénonce la communication très opaque de l’exploitant. Ainsi qu’il est malheureusement d’usage, le communiqué d’EDF soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

1 : Contamination des locaux

Le communiqué fait état d’une «montée de l’activité radiologique» induite par une erreur lors de manœuvres sur les vannes. On peut donc logiquement conclure que l’incident a provoqué une contamination de l’atmosphère et donc de l’air respiré par les personnes présentes. Le communiqué mentionne une «montée» puis un retour à la «valeur initiale» mais sans aucune précision sur l’information importante: les niveaux de contamination mesurés entre ces deux phases!

Constat aggravant, dans la version actualisée, et presque inchangée ,de son communiqué, EDF a remplacé l’expression «Montée de l’activité radiologique» par celui de «Variation de l’activité radiologique». Une troisième version évoquera-t-elle une baisse? C’est une tradition française bien ancrée: après Tchernobyl, les services officiels n’en finissaient pas de communiquer sur le «retour à la normale» alors qu’ils n’avaient jamais fait état de l’élévation réelle de la radioactivité de l’air. EDF doit caractériser la contamination atmosphérique: quels radionucléides étaient présents? À quels niveaux d’activité volumique? Toutes les analyses nécessaires ont-elles été conduites (faute de quoi les résultats pourraient être fortement sous-évalués)?

2 : Contamination des employés

Il faudrait savoir combien d’employés sont susceptibles d’avoir été exposés à la radioactivité (combien étaient présents dans le BAN n°9? La contamination a-t-elle été circonscrite à cette zone?) Parmi les personnes présentes, combien portaient les protections requises contre les contaminations externe et interne (masque respiratoire notamment)? En l’absence de protections adaptées, les employés présents subissent nécessairement une contamination externe et interne. La première est facile à traiter, la seconde plus délicate. Lorsque le résultat d’une anthropogammamétrie est négatif cela ne signifie pas l’absence de contamination mais l’absence de contamination supérieure à la limite de détection. Par ailleurs, une anthropogammamétrie ne peut renseigner que sur une contamination par des radionucléides émetteurs de rayonnements gamma; les autres produits radioactifs ne sont pas détectés et requièrent d’autres types de contrôle. EDF doit donc démontrer qu’il a procédé à une caractérisation radiologique exhaustive de la radioactivité de l’air et que les contrôles qu’il a effectués sont adaptés aux caractéristiques des radionucléides. Il doit également publier les limites de détection associées.

3 : Rejets radioactifs dans l’environnement

Sur ce point, le communiqué est tout sauf explicite. Toutefois la mention «sans dépassement des seuils de rejets autorisés» atteste de la réalité de rejets dans l’air extérieur (de fait, il n’ya pas d’autorisation de rejet à l’intérieur des installations!). Si l’exploitant peut affirmer qu’il n’y a pas de dépassement des limites, c’est qu’il dispose de résultats d’analyse. La CRIIRAD demande qu’il publie ses résultats en précisant sur quels éléments il base ses évaluations et à quelle(s) limite(s) il se réfère. Rappelons, par ailleurs, que les autorisations de rejets sont définies pour des rejets contrôlés effectués par les émissaires prévus à cet effet et équipés en conséquence de filtres et d’instruments de mesure. Rien n’indique à ce stade que cette prescription est respectée. Il importe enfin de rappeler que le respect des limites de rejets autorisées, n’implique pas l’absence de risque mais l’absence de dépassement du niveau de risque maximum autorisé par les autorités.

4 : Erreur lors de manœuvres sur des vannes

Étant donné l’importance des risques radiologiques associés au réservoir des effluents gazeux, les interventions sont nécessairement encadrées par des procédures strictes et des dispositifs de sécurité redondants qui doivent rendre improbable, voire impossible une erreur humaine. La CRIIRAD demande que l’ASN établisse avec précision les différents niveaux de responsabilité et les mesures à prendre pour empêcher le renouvellement d’un tel incident, sur la centrale nucléaire du Tricastin ou sur un autre site.

Plus d’information:

Dès qu’il a été informé, le laboratoire de la CRIIRAD a joint par téléphone le service communication d’EDF.

N’ayant pu obtenir de réponse, il a adressé un courriel le 13/12/2017, peu après 18h.

Pour lire le premier communiqué qui contient en annexe la demande d’information adressée à l’exploitant, cliquer sur : http://balises.criirad.org/pdf/CP_CRIIRAD_171214_Tricastin_BAN_V1.pdf