Déc 21

UN MUR D’INCOMPRÉHENSION S’EST ÉLEVÉ À BURE

« Les limites de l’indignation, la révolution commencera-t-elle à Bure ? », un livre de Jan Spurk publié aux éditons du Croquant sur le projet de site d’enfouissement des déchets nucléaires vitrifiés dans des tunnels creusés dans la roche.

Alors que l’attention risque de se focaliser dans les prochaines semaines sur le maintien ou l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des Landes en Loire Atlantique, un autre site fait l’objet d’une contestation croissante. Il s’agit de Bure, une commune de 82 habitants retenue depuis une vingtaine d’années pour l’enfouissement de déchets nucléaires à longue vie aux confins des départements de la Meuse et la Meurthe-et-Moselle. Il s’agit pour l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) de creuser des galeries en profondeur dans la roche pour stocker des colis radioactifs vitrifiés de manière réversible, en le maintenant accessibles durant au moins un siècle.

Publié en octobre 2017, le livre de Jan Spurk ne prend pas parti pour ou contre la construction de ce site. En six chapitres et près de 200 pages il tente de faire comprendre de quoi il retourne dans cette affaire tandis qu’un dialogue de sourd se poursuit autour du site. Comme à Notre-Dame-des-Landes, le site attire des militants venus de loin.

Pour les promoteurs, ce Centre industriel de stockage géologique (CIGÉO) est « rationnel et sans alternative », sauf à laisser les déchets en surface au fur et à mesure de leur accumulation. Il nous est dit que « l’Andra conçoit le stockage de telle sorte que la radioactivité présente dans les déchets puisse être confinée le temps nécessaire à sa décroissance, pour que son impact sur l’homme et l’environnement soit la plus faible possible ». Ce stock de fûts vitrifiés doit être accessible de manière à pouvoir réutiliser de l’uranium appauvri quand une nouvelle technologie permettra cette utilisation.

Un dialogue impossible entre l’Andra et les opposants

Mais les opposants au projet de l’entendent pas de cette oreille. Selon l’auteur, ils « considèrent les arguments les plus essentiels des promoteurs comme des contre-vérités et des mensonges ». Alors que l’Andra « pense représenter l’intérêt général grâce à son mandat institutionnel, les opposants pensent le contraire : pour ces derniers, elle représente les intérêts de la mafia nucléaire ».

Mais qui sont ces farouches opposants établis sur place dans ce « Bure zone libre » en milieu rural comptant très peu d’habitants ? « Selon nos observations, il s’agit d’une population entre 20 et 40 ans, donc moins jeune que le discours établi le prétend. On constate également un très haut niveau de formation. La population ressemble, aussi bien dans sa vision du monde que dans son discours, au milieu alternatif intellectualisé. On y trouve beaucoup de (presque) diplômés de l’enseignement supérieur et beaucoup d’étrangers. Les compétences, les savoir-être et les savoir-vivre indiquent des milieux d’origines assez élevés, mais cette impression est difficile à vérifier » écrit Jan Spurk.

L’auteur dit encore que les responsables de l’Andra disent choisir « une technologie considérée dans ce milieu comme « le mieux que l’on sait faire », selon la formule habituelle. Il s’agit pour eux d’un problème technique maîtrisé, ou du moins maîtrisable, d’une solution trouvée et scientifiquement fondée ainsi que solidement financée ». En revanche, « de la part des opposants, on constate le manque de volonté de l’Andra de trouver une autre solution et sa mauvaise foi ».

Tout semble donc indiquer que les opposants sont aussi et surtout des opposants à la production d’électricité à partir des centrales nucléaires. La lecture de l’ouvrage donne le sentiment que c’est cela qui rend le dialogue impossible.

Les limites de l’indignation, la révolution commencera-t-elle à Bure, de Jan Spurk publié aux éditons du Croquant. 190 pages, 15 euros.

Gérard Le Puill, journaliste et auteur

https://www.humanite.fr/un-mur-dincomprehension-sest-eleve-bure-647677

Note : Publié en octobre 2017, le livre de Jan Spurk ne prend pas parti pour ou contre la construction du site controversé de stockage de déchets nucléaires radioactifs à Bure (Meuse). Photo : AFP