Déc 25

D’HULOTERIE EN HULOTERIE, COMME LA FRANCE RUINE SON IMAGE FACE AUX CLIMATO-SCEPTIQUES ET À DONALD TRUMP

Tandis que le temps s’accélère face au changement climatique et à la destruction des espèces, Monsieur Hulot paraît dépassé par la stratégie médiatique des industriels et des poids lourds du gouvernement. L’homme semblait pourtant au fait des stratégies d’image. Naïveté, cynisme ?

ACTE 1 : NON-SORTIE DU NUCLÉAIRE, EDF AU SECOURS DU SOLDAT HULOT

 « C’est une erreur de casting », disait en 2003 Nicolas Hulot de Roselyne Bachelot lorsqu’elle fut nommée au ministère de l’écologie. Alors conseilleur de Jacques Chirac pour l’environnement, Nicolas Hulot jugeait ce président « imprégné de sincères convictions écologiques » (voir ici), même s’il regrettait sa « solitude » face aux lobbies de l’agriculture productiviste et du nucléaire. Comment gommer le désastre en termes d’image quand le ministre annonce le mardi 7 novembre que l’objectif de réduction ou sortie du nucléaire est abandonné ? Dès le 11 décembre 2017, le Groupe EDF vole au secours de la communication énergétique du gouvernement Philippe : son PDG, Jean-Bernard Lévy annonce le « Plan solaire » du Groupe EDF. En termes de couverture médiatique, c’est le jack-pot, toute la presse spécialisée et généraliste est présente : le chiffre annoncé, 25 milliards, est énorme. Le PDG développe ensuite ses intentions dans Ouest France : « Avec 1,5 % de la production, cette énergie était marginale. À terme, ce sera 15 %, 20 %, 25 %. Le journal insiste sur les 35 milliards de dette du Groupe : « C’est une vraie préoccupation », reconnaît le PDG. La Cour des comptes estime à 80 milliards le « grand carénage » des centrales nucléaires, indique l’intervieweur. C’est moins, rassure le PDG : « Les investissements sur 2014-2015, c’est bien 48 milliards ». Différence : 32 milliards ! Et le PDG de préciser : « Nous avons réduit les coûts d’investissements du grand carénage de 13 % par rapport à ce que nous annoncions en 2014 » (soit seulement 48). Pour l’EPR de Flamanville, maintien des positions : « La situation s’est (même) améliorée ». « Ce sera bien une vitrine technologique ». Mais, entre les lignes, on comprend bien l’effet de ciseau dans lequel est pris le groupe : baisse structurelle du photovoltaïque, augmentation structurelle du nucléaire. Il faudrait un prix plancher à l’électricité non-carbone. La solution est trouvée : fixer un coût supérieur à la tonne de carbone, un « prix plancher pour le C02 », nous dit le PDG. Or, aujourd’hui, le coût de la tonne est de 5 dollars. Monsieur Macron voudrait le voir à 30. Les ONG, elles, préconisent 80, voire 120 dollars, l’idéal pour rendre définitivement non rentables le charbon et le fuel. Mais la création d’un grand marché du carbone ne peut être qu’internationale : en l’absence des USA, du Canada et de la Russie, une telle régulation est inenvisageable. Et ce d’autant plus que ces pays en partie au-delà du cercle arctique voient le réchauffement comme un atout. Jusqu’à présent, la décision puis la régulation étatique, ont imposé et protégé le nucléaire : immergé par le vœu même de l’état dans un contexte international, le Groupe EDF ne peut compter sur aucune régulation pour empêcher le scénario de la faillite. La seule solution serait de cantonner ses actifs quelque part dans un hors bilan, à l’image de ce qui a été fait pour la crise du Crédit Lyonnais. Plus que jamais, éviter le désastre climatique impose de faire disparaître le passif financier de la France.

En tout cas, en termes d’image, le baromètre Statista, pour BFM.com, le montre : Nicolas Hulot reste une des personnalités préférées des Français : 46 %, en remontée de 1 %. La remontée d’Emmanuel Macron est spectaculaire : + 9% ; + 11 % pour Édouard Philippe. 46è place dans le baromètre Journal du Dimanche/Europe1 , juste après Madame le Pen (et 34 pour Monsieur Macron). À l’évidence, Emmanuel Macron n’a pas fait d’erreur de casting en promouvant cette personnalité comme ministre ; les reniements de celui-ci semblent en plus montrer l’indifférence de l’opinion par rapport à l’écologie. Quel prix devra-t-on payer jusqu’à ce que cette dernière envisage l’importance de la crise biologique ? Il est clair que Monsieur Hulot, en reniant le rôle d’ambassadeur naturel qu’on lui avait attribué, participe à cette occultation. Et cela s’amplifie…

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