Déc 28

SÉOUL MISE SUR LES J.O. 2018 DE PYEONGCHANG POUR S’APPROCHER DE PÉKIN

La Corée du Sud met les bouchées doubles pour réussir ses Jeux olympiques d’hiver. Toutefois, le dossier nucléaire risque de compromettre le succès qui se mesurera notamment par le nombre de touristes chinois qui feront le déplacement.

Les Jeux olympiques de Pyeongchang, du 9 au 25 février 2018, devaient servir de tremplin à la Corée du Sud pour s’imposer aux yeux du monde comme la nouvelle destination de tourisme de sports d’hiver en Asie. Ils pourraient cependant devenir une monnaie d’échange dans le dossier nucléaire, ce qui pourrait ruiner les ambitions de Séoul.

Quand Pyeongchang a été choisi en 2011 pour accueillir les XXIIIe Olympiades d’hiver, les retombées s’annonçaient juteuses: 1 million de touristes étrangers supplémentaires par an, 40 milliards de dollars de bénéfices pour le nouveau hub de ski, selon les projections formulées alors par un think tank local, Hyundai Institute.

Le pays a donc investi massivement dans les infrastructures, le recyclage ou la construction d’un stade avec l’ambition d’égaler le succès des Jeux de Séoul en 1988. Mais cet espoir s’amenuise aujourd’hui à mesure que l’impétueux voisin nord-coréen, distant de moins de 100 kilomètres des sites de la compétition, multiplie les essais nucléaires. Les relations géopolitiques s’enveniment, les craintes pour la sécurité des Jeux s’amplifient sur fond de morosité dans un pays secoué par un vaste scandale de corruption.

Seulement la moitié des billets vendue

À six semaines de l’ouverture des Jeux, les organisateurs ont vendu un peu plus de 586 000 places, soit tout juste la moitié de leur objectif de vente, laissant un trou de centaines de millions dans le budget de 2,5 milliards de dollars du comité olympique local.

Pour enrayer la situation, Séoul mise sur la toute récente détente diplomatique avec la Chine, son premier partenaire commercial, qui absorbe le quart de ses exportations et lui fournit un cinquième de ses importations.

Le président Moon Jae-in a ainsi affiché mi-décembre avec son homologue chinois Xi Jinping une volonté commune de remettre sur les rails la relation bilatérale très tendue depuis le déploiement en mars par la Corée du Sud du bouclier Thaad. Le dispositif est nécessaire selon Séoul et son allié américain pour contrer d’éventuels missiles nord-coréens. Mais la Chine estime que son rayon d’action couvre en partie son territoire et entrave donc sa propre force de dissuasion.

En représailles, les autorités chinoises ont pris de lourdes mesures de rétorsion, frappant tous azimuts produits cosmétiques, musiciens de pop ou séries télévisées. Les ventes d’Hyundai se sont quant à elle effondrées sur le marché du géant asiatique et le conglomérat Lotte, qui avait cédé un terrain à l’État sud-coréen pour installer le bouclier antimissile, a dû fermer une centaine de supermarchés en Chine.

Otage du dossier nucléaire

Le tourisme est aussi l’un des otages du dossier nucléaire. Pour intimider Séoul, Pékin a intimé aux tour-opérateurs chinois de cesser de vendre des séjours en Corée du Sud. La sanction a été aussi efficace que soudaine.

Les Chinois qui représentaient la moitié des visiteurs étrangers en Corée du Sud en 2016 sont aujourd’hui moins du tiers. Entre janvier et novembre 2017, 3,5 millions y avaient effectué un séjour, contre plus de 7,5 millions à la même période en 2016. Cette chute pèse sur les magasins hors taxes sud-coréens, dont 70% du chiffre d’affaires est assuré par une clientèle chinoise.

Les touristes européens se sont eux aussi raréfiés. Alors, Séoul a multiplié ces derniers mois les offensives de charme à l’étranger, faisant la promotion des Jeux sur les salons de professionnels du tourisme, de la Chine au Japon en passant par Paris, Manille ou Taïwan. De son côté, Pyeongchang a conclu un accord avec le très populaire réseau social chinois Weibo pour le soutenir dans sa promotion des Jeux d’hiver 2018.

Xi Jinpin aux Jeux?

Bien que partielle, la récente levée de l’interdiction donnée aux voyages en groupe vers la Corée devrait apporter une bouffée d’oxygène à Séoul. Mais la situation reste tendue, car «le Parti communiste chinois est déçu de ne pas avoir obtenu plus lors de la récente visite de Moon» à Pékin mi-décembre, souligne Scott Snyder, expert du dossier coréen au Council of Foreign Relations. Selon l’analyste du centre d’analyse américain, «les principales représailles économiques au sujet du THAAD ont cessé, mais il est certain que ce dossier restera du point de vue chinois un point de contentieux potentiel dans les relations de la Chine avec la République de Corée».

La présence de Xi Jinping à la cérémonie d’ouverture des Jeux, qui garantirait une résurgence de touristes chinois, serait en ce sens un bon marqueur. «Pourquoi le président Xi n’a pas encore accepté l’invitation de la Corée? Ce n’est pas clair, commente David Straub, expert à l’institut Sejong près de Séoul. S’il ne vient pas, il sera évident que la raison sous-jacente est d’accentuer davantage la pression sur Séoul en limitant la présence de ses citoyens aux Jeux

https://www.letemps.ch/economie/2017/12/27/seoul-mise-pyeongchang-2018-sapprocher-pekin