Déc 30

CE NIORTAIS LUTTE CONTRE LA POUBELLE NUCLÉAIRE DE BURE (LIVRE)

Andrea Fuori a présenté son livre mercredi à la Librairie des halles. Se sachant dans le collimateur des autorités, il signe sous pseudonyme et refuse d’être photographié.

Sous le pseudonyme “ Andrea Fuori ”, ce Niortais entré en résistance dénonce la stratégie du projet de poubelle nucléaire de Bure et le combat qu’il a rejoint.

Il se fait appeler « Andrea Fuori ». Évidemment, ce n’est pas son vrai nom. Il justifie ce pseudo par son engagement militant qui lui vaut d’être dans le collimateur des autorités depuis qu’il s’est installé à Bure, dans la Meuse. Ça ne l’étonnerait d’ailleurs pas d’être fiché S. « On a été perquisitionnés fin septembre dans le cadre d’une enquête après des sabotages d’engins de chantier, ils cherchent à nous poursuivre pour “ association de malfaiteurs ”. Ils ont saisi le bouquin avant qu’il ne sorte : du coup, nos premiers lecteurs ont été les forces de l’ordre, le ministère de l’Intérieur et le parquet ! » Ça l’amuse presque.
Il y a deux ans, ce Niortais de 26 ans a rejoint le groupe qui bataille contre le projet Cigéo, un centre d’enfouissement de déchets nucléaires ultimes, ajoutant ses forces à une lutte commencée il y a vingt-cinq ans.
Le résumé qu’il fait du projet de l’Andra est édifiant : « Ce serait la plus grande poubelle nucléaire d’Europe : ils veulent creuser 265 kilomètres de galeries à 500 mètres sous terre pour enfouir 80..000 m3 de déchets. Ils ont prévu que sa construction s’étalera sur cent trente ans. L’Andra voudrait nous faire croire que la roche retiendra ces déchets pendant 100.000 ans… »
“ Fabriquer de l’acceptation ”… On découvre ces chiffres dans le livre qu’il cosigne avec le journaliste Gaspard d’Allens, « Bure, la bataille du nucléaire », et qu’il a présenté à la Librairie des Halles mercredi. « Ce livre va au-delà de l’aspect technologique du projet, on s’intéresse plutôt à sa dimension sociale et territoriale, on raconte comment l’Andra s’implante, on montre comment Bure cherche à fabriquer de l’acceptation et de la résignation sociales, on étudie comment, par de la propagande, le rachat et la redistribution des terres ou l’argent aux collectivités… On fait avaler à des gens une pilule refusée partout ailleurs (*). »
… et “ faire avaler la pilule ” Andrea Fuori le revendique : ce « réquisitoire argumenté et partisan » est un acte foncièrement militant pour médiatiser un projet que ses porteurs ont, au contraire, tout intérêt à garder dans l’ombre. « Pour eux, il est essentiel qu’on n’en parle pas. Ils sont sur une stratégie d’implantation lente et de banalisation : ils s’installent lentement, donnent à leur projet le nom flatteur et “ rassurant ” de “ laboratoire de recherche scientifique ” pour que, dans vingt-cinq ou trente ans, quand la construction démarrera, plus personne ne s’en offusque car le complexe fera partie du paysage… Ils ne cherchent plus les meilleurs sous-sols mais l’acceptabilité sociale du projet. »

 L’Andra avait en vain tenté d’installer son « laboratoire » ailleurs, notamment à la Chapelle-Bâton, dans le sud-Vienne, et dans le Gard. L’opposition des populations locales avait fait reculer les décideurs. « Bure, la bataille du nucléaire », par Gaspard d’Allens et Andrea Fuori, éditions Seuil avec Reporterre, 150 pages, 12 €.

NOTE sur l’auteur :

À demi-mots, « Andrea Buori » commence par remercier ses parents de lui avoir donné les outils pour diagnostiquer les plaies du monde : il s’est d’abord convaincu de l’urgence d’instaurer « une agriculture plus durable », puis, à Notre-Dame-des-Landes, il a découvert « une manière de vivre autrement et de lutter en même temps ». Son besoin d’engagement l’a conduit à Bure où il a participé à l’organisation d’un campement anticapitaliste pendant l’été 2015. « En 2016, j’ai quitté ma vie urbaine, à Paris, pour m’y installer. Aujourd’hui, nous sommes entre une quarantaine et une cinquantaine, on essaie de faire revivre ce territoire sacrifié. »

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